Il est deux heures du matin et je rentre enfin chez moi. Ma journée a été dure : deux homicides et un viol. Je suis exténuée et je ne pense qu'à une chose : me laisser tomber sur mon lit pour enfin dormir. Je me gare devant ma maison, il n'y a personne comme chaque soir. Personne ne m'attend. Je fais les quelques pas jusqu'à ma porte et découvre sur le paillasson une enveloppe. Je la prends et j'ouvre la porte. Je m'installe sur mon canapé, je crois que mes projets vont être un peu retardés. J'ouvre l'enveloppe et en sors une lettre avec un doux parfum de framboise, mon favori. Je le reconnaîtrais entre mille. Je commence ma lecture.

Rachel,

Voilà des mois que j'essaye de te dire tout ce que j'ai sur le cœur. Tu me connais assez pour savoir que ses derniers temps je n'ai pas été pas au meilleur de ma forme. Je ne vais pas tourner autour du pot, j'ai assez attendu déjà.

Cela fait quoi, cinq ou six ans que nous nous connaissons, tu es ma meilleure amie, tu es celle à qui je peux tout dire, mais depuis quelque temps tu es aussi celle qui fait battre mon cœur. Lorsque tu es tout prêt de moi, tous mes sens sont en alertes. Je frisonne, ma tête tourne et mes jambes me lâchent. Je sais que tu ne ressens pas les même sentiments que moi, mais je ne peux plus me taire tout cela me tue. J'ai eu des histoires plus ou moins sérieuses, mais tu es la seule qui était là quand plus rien n'aller dans ma vie. Tu as su me redonné le sourire dans mes plus mauvais moments. Je ne sais trop si tu as remarqué quelque chose. Je me suis faite plus distante et je le regrette bien mais je ne tenais plus, je ne pouvais plus faire semblant ni être qu'une simple amie à tes yeux. Je voulais beaucoup plus. Je veux beaucoup plus. Je veux t'avoir dans mes bras, me réveiller à tes côtés et sentir tes mains sur mon corps.

Je me fous de ce que pourront penser les autres après mes aveux car je ne serais plus là. J'ai donné ma démission en partant il y a quelques heures et je quitterais Sidney cette nuit. Je ne veux pas voir ta pitié quand tu me diras que tu ne ressens rien que de l'amitié pour moi. Je ne peux plus vivre à tes côtés sans pouvoir être à tes côtés. Alors, je préfère fuir. Je fuis ma ville, ma vie et toi… Je t'aime d'un amour si fort que si je restais j'en mourrais à petit feu. Tu es ce que j'ai de plus beau dans ma vie et je ne veux pas tout gâcher alors je pars. Tu ne pourras pas me retenir car il est déjà trop tard. A l'heure où tu lis cette lettre, je dois déjà être loin, très loin…

Rachel, je pars mais je ne t'oublierai jamais, tu resteras toujours dans mon cœur comme une partie de moi. Je t'aimerais toujours, prends soin de toi et de toute l'équipe. Tu pourras inventer ce que tu veux sur mon départ, je te fais confiance.

En espérant te revoir un jour,

Je t'aime…

Helen

Il me fallut lire cette lettre plusieurs fois. Je n'en croyais pas mes yeux. Comment ais-je pus être aussi aveugle ? Il faut que je la trouve. Il faut que je lui parle. Je suis sure qu'elle n'est pas encore partie, je la connais trop pour cela.

Je me dirigeai alors à son appartement et je la vis entrain de mettre ses affaires dans sa voiture. Elle ne m'avait pas menti. Elle quittait la ville. Je ne sais même pas ce que je vais lui dire, mais je ne peux pas la laisser partir, elle ne peut pas me laisser seule. Je m'approchai d'elle et commença à parler :

« Helen… »

« Rachel, que fais-tu là ? Tu ne devrais pas être là… »

« Je ne pouvais pas te laisser partir sans qu'on parle toutes les deux. Tu ne peux pas partir comme ça sur un coup de tête ! » Je venais de dire cela en hurlant. Je ne voulais vraiment pas qu'elle parte. Que ferais-je sans elle ?

« Ce n'est pas un coup de tête Rachel. J'ai beaucoup réfléchi. Cela fait des mois que je réfléchi à ça. Tu ne peux pas me retenir et ne cries pas comme ça, ça ne changera pas ma décision. Tu ne peux plus me retenir Rachel. »

« Donc ça veux dire que je pouvais avant. Dis-moi comment faire ? Dis moi comment et je le ferais. Je t'en supplie ne pars pas, ne pars pas ...» Mes mots s'étouffèrent dans un sanglot, je ne pouvais plus me retenir.

« Je n'ai pas dis ça. Ne joue pas avec les mots sur ce coup ci. Je ne peux plus rester, tu ne comprends pas. Je souffre Rachel, je ne peux plus vivre comme ça. »

«Et moi, tu as pensé à moi ? Qu'est-ce que je vais faire sans toi ? Tu es ma meilleure amie. »

« Je ne pense qu'à toi, c'est bien ça le problème. Et au fait que je sois ta meilleure amie. J'ai besoin de beaucoup plus que d'être simplement ton amie. Tu ne comprends donc pas que j'en meurs au plus profond de moi. Il faut que tu me laisses partir maintenant, je ne tiendrais plus longtemps. C'est le mieux pour nous deux, crois moi. » Les larmes coulèrent sur son visage.

« Ne pleures pas. Je… je sais pas Helen. Tout ce que je peux te dire pour le moment, c'est que j'ai pas envie de te perdre. Quand j'ai lu ta lettre, j'ai…, je sais pas comment te dire ça, je me suis sentie comme une ado à qui on venait de déclarer sa flamme pour la première fois… » Je m'étais rapprochée d'elle pour la prendre dans mes bras et j'ai eu cette sensation étrange comme-ci j'étais à ma place.

« Rachel, je… »

« Non, Helen. Laisses moi parler. Comme je te disais, j'étais comme une ado qui découvrait sa première lettre d'amour. Tu ne peux pas savoir combien ça m'a touché Helen. Tu as toujours été là pour moi toi aussi. Quand plus rien n'allait, que j'avais envie de mourir, c'est toi que j'appelais sous un faux prétexte. J'avais juste besoin d'entendre ta voix et de voir ton sourire. Tu ne t'ai jamais éloigné de moi malgré mon caractère de merde. Tu n'imagines même pas tout ce que tu peux faire de moi rien qu'avec un de tes sourires. » Je ne pouvais m'empêcher de sourire à cette remarque et elle non plus.

« Et toi alors, je mourrais rien que pour te voir rire. J'ai l'impression d'être une adolescente moi aussi lorsque je me retrouve devant toi. J'ai jamais connu un sentiment aussi fort pour quelqu'un d'autre. Tu es unique Rachel, je sais pas si tu t'en rends compte. Franck le savait mais comme moi, il a préféré fuir. Il voulait que tu sois heureuse mais ça lui faisait mal de te voir nager dans le bonheur dans les bras d'un autre. Alors il est parti. Il nous a abandonné pour pas que tu le vois souffrir. »

« Tu ne peux pas me faire ça toi aussi. Franck, c'était Franck. Toi, tu es différente. Je ne sais pas si je pourrais m'en remettre si tu me quittais. »

« Je suis désolée, mais je n'ai pas envie de souffrir en te voyant avec d'autres que moi. Tu peux comprendre, je ne veux pas être malheureuse. »

« Tu ne seras pas malheureuse Helen, je te le promets. »

« Ne fais pas de promesses que tu ne pourras pas tenir. J'ai été seule trop longtemps, je n'ai plus envie de me prendre la tête avec des histoires qui ne mènent à rien. Je veux pouvoir finir ma vie avec une femme que j'aime et qui m'aime. Me réveiller chaque matin en me disant que je suis la femme la plus heureuse du monde. Mais pour le moment, c'est le contraire. Je me réveille et quand je regarde à mes côtés, c'est vide. Mon appartement est vide, ma vie est vide. »

« Mais, je suis là, Helen. Tu m'as moi. Ta vie n'est pas vide, tu n'es pas seule. »

« Si Rachel, je suis seule car tu n'es pas à mes côtés. Je t'aime Rachel. Tu comprends, je suis éperdument amoureuse de ma meilleure amie et j'en crève. »

« Je…Helen. Je… suis là. Ne me regarde pas comme ça. Tu m'as très bien comprise. »

« Tu m'aimes ? Rachel, tu te rends compte. Pince moi, je dois rêver, faut que je me réveille je crois. »

« Non, tu ne rêves pas. Quand j'ai lu que tu voulais partir, je me suis sentie si vide. Si tu partais, je perdrais une partie de moi. C'est à ce moment là que je me suis rendu compte que tu comptais plus que je ne le pensais. Tu n'es pas qu'une simple amie. Je ne sais pas comment d'expliquer… Je ne me suis jamais posée la question mais lorsque j'ai lu que tu comptais partir par ma faute, je ne sais pas, j'ai paniqué et je suis venue jusqu'ici. Je ne savais pas ce que j'allais te dire et mes mots sont venus d'eux même. Ce n'est pas des paroles en l'air. Je n'ai pas réfléchi et j'ai laissé parler mon cœur. Mais, je pourrais comprendre si tu me disais que c'était déjà trop tard. Je ne pourrais jamais t'en vouloir. »

« Alors je ne rêve pas. Tu es bien certaine de ce que tu dis car si ce n'était pas le cas, je ne sais pas comment je pourrais réagir et il n'est jamais trop tard pour revenir en arrière maintenant. »

« Oui, je suis sure. Je n'ai jamais été aussi sérieuse de toute ma vie. »

« Tu veux te réveiller tous les matins à mes côtés, supporter mes sautes d'humeurs, être là quand je ne serais pas bien, prendre soin de moi et de mon sale caractère ? »

« Oh que oui je le veux ! Mais est-ce que toi tu me supporteras ? »

« Je te supporte déjà toute la journée alors la nuit en plus ! Je crois que je supporterai. J'ai attendu ça depuis tellement longtemps. »

Et voilà, je crois que je suis folle de cette femme. Comment est-ce possible ? J'ai passé des années avec elle à être sa confidente et maintenant je vais passer mes nuits avec elle et pour le reste de ma vie. Je pensais que le plus dur serait de lui dire mes sentiments mais je me suis trompée. Le plus dur sera de l'annoncer aux autres. Nous n'en n'avons pas discuté et je ne sais vraiment pas comment nous allons faire. On verra demain, nous avons toute la vie pour y réfléchir.