Une petite histoire centrée sur Mitsuhiko et Aï, se passant plusieurs années après les évènements du manga...


Prologue.


Vingt-six ans, cela se fête! Pour l'anniversaire de Shinichi Kudo, Ran et d'autres se sont démenés dans l'espoir de lui organiser une grande fête surprise. Mais évidemment, surprendre le Sherlock Holmes contemporain relèverait de l'exploit, et l'intéressé a vite fait comprendre son souhait d'une célébration humble en comité restreint. Apparemment, il a toujours été ainsi, allant même jusqu'à lui-même oublier son anniversaire le jour J.

Sa femme, Ran, nous raconte tout cela tandis que nous l'aidons à la cuisine... Enfin, par nous je veux dire que Ayumi, Ai et Genta (qui n'était pas fils de restaurateur pour rien), l'aident avec la nourriture tandis que moi je m'occupe de distraire leur jeune fils d'un an. Cela ne me gêne pas de m'occuper de Akio, même s'il s'avère être bigrement curieux et énergique, mais du coup, j'ai du mal à entendre la moitié des anecdotes que nous raconte notre hôte, sa voix noyée par les balbutiements du petit homme devant moi.

Je l'envie un peu, ce jeune Kudo, d'avoir toute sa vie devant lui et pas d'autre souci que son prochain repas. A seize ans, la vie perd en simplicité, avec les années lycée qui commencent, l'ombre de la vie active qui plane, et ce mystère insoluble qui porte l'appellation illusoire "les filles". Je soupire en reposant le verre que le petit curieux avait chipé hors de sa portée, et profite du fait qu'il soit distrait (probablement entrain de considérer les possibilités à sa portée pour reprendre ce verre) pour regarder le mystère qui m'intéresse moi. Aï Haibara.

Cela fait huit ans que je la connais. Huit ans était aussi l'âge qu'elle avait lorsque l'on s'est rencontré pour la première fois. Moi, j'étais un garçon naïf et peureux, elle? Elle était comme elle est maintenant encore, discrète mais sans détours, belle et intelligente. Elle n'a pas changé, si ce n'est qu'elle s'est encore embellie. Elle semble heureuse, bien plus heureuse qu'elle ne l'était au début, mais je ne peux m'empêcher, dans des moments comme ceux ci, où je la vois, le regard perdu dans le vague, de lire dans son regard une pointe de regret. Je me suis longtemps demandé pourquoi, mais ce n'est qu'en mentionnant cela au professeur, une nuit où il avait accepté de m'aider sur un projet scolaire, que j'ai pu découvrir la réponse la plus probable.

Aï avait eue une sœur. On le savait tous dans notre groupe, mais on ne lui avait jamais vraiment demandé ce qu'elle était devenue, ni pourquoi elle devait rester chez le professeur si ce n'était pas son père. Quand le sujet était abordé, elle avait toujours essayé de détourner la question, faire mine d'avoir oublié ou d'être distraite par autre chose. Le professeur Agasa de même, mais cette nuit là, il a fini par me le dire. Les parents et la sœur d'Aï étaient morts. Les premiers depuis bien longtemps, mais sa sœur... Sa sœur cela avait été encore tout récent lorsqu'elle s'était installée chez lui. Ayant moi-même une sœur, je ne peux m'empêcher d'essayer de m'imaginer une vie sans elle. Asami est bien bornée, taquine, souvent agaçante, mais aussi toujours enjouée et heureuse. Elle est peut-être de plusieurs années mon aînée mais... Une vie sans Asami serait une vie bien morne. Déjà rien qu'en la voyant quitter la maison pour ses études m'a laissé un petit pincement au cœur, alors la voir nous quitter définitivement? Non. Je ne veux pas m'imaginer cela. Je ne peux m'imaginer ce que cela a du être pour Aï. Je ne peux qu'espérer que, dans notre naïveté d'enfant, l'on n'ait pas remué le couteau dans la plaie, que l'on ait pu l'aider à traverser ce temps difficile.

Ce serait donc à sa sœur que penserait Aï, à chaque fois que son regard se ternit? Ou à ses parents, qu'elle n'a, semble-t-il, jamais pu connaître? Cela expliquerait peut-être la fréquence de sa mélancolie lorsque l'on mentionnait Ran et Shinichi... Ran que nous considérions tous comme une grande soeur, Shinichi qui en était l'époux et, plus récemment, un père. Oui, des fois Ayumi, Genta et moi avions bien eu l'impression que Shinichi veillait sur nous bien plus qu'il n'aurait jamais voulu l'admettre. Lorsque nous en avions fait la remarque à Aï, elle avait eu son regard triste et un sourire, disant simplement que oui, nous semblions tous très cher à Shinichi Kudo.

Elle remarque enfin mon regard posé sur elle. Sa mélancolie s'envole pour être remplacée par un sourire chaleureux qu'elle m'envoie. Je sens mon estomac qui se noue en moi, tandis que je lui rends un sourire loin d'être aussi confiant que je l'aurai aimé. Ce soir, je dois lui dire. Ce soir je ferais le premier pas. Je ne me défilerai pas. Je reste, un instant encore, subjugué par son visage tandis que ses lèvres s'entrouvrent. Ses yeux regardent maintenant derrière moi et je me retourne au son de son exclamation. Akio a réussi à trouver moyen de reprendre le verre, envoyant ce dernier accidentellement au sol, où, inéluctablement, il se fracasse. Je pousse un soupir, tandis qu'Akio fais usage de ses poumons pour exprimer son désarroi. Fini la contemplation et retour au travail!


Ce fut avec joie qu'une fois le petit Akio couché (si habilement) par sa mère et le dîner servi par nous mêmes, que la fête pu commencer. Amusé par notre enthousiasme, Shinichi nous fis la bonne grâce de ne dire "je le savais" qu'un nombre limité de fois, son injonction pour un comité restreint ne nous ayant pas totalement dépourvu d'occasion pour le surprendre malgré tout. La mère de Shinichi, madame Yukiko, nous fait l'honneur de chanter une chanson spécialement pour l'occasion, bien au désarroi de son fils. Ce dernier se trouve d'ailleurs rapidement en plein débat avec son père, monsieur Yusaku, et Heiji Hattori, un détective et ami d'Osaka qui a insisté pour venir, surprise partie ou pas. Genta et le professeur Agasa comptent bien profiter de la nourriture, malgré le sourcil levé que leur renvoi l'objet de mes intentions. Aï et Fusae, l'épouse du professeur, complimentent Yukiko pour sa chanson, tandis qu'Ayumi, Ran et une fille avec une queue de cheval, Kazuha je crois, semblent plongées dans des discussions sur la cuisine, dans laquelle Genta parvient à s'immiscer entre deux grandes bouchées. Je souris, faisant de mon mieux pour suivre la conversation de l'homme du jour avec le romancier, tout en parlant de choses et autres avec le professeur. Je suis heureux, mais comme souvent dans ce genre de situation, je ne peux m'empêcher de me demander ce qu'est devenu un petit garçon brillant... Celui qui serait probablement assis à cette même table avec nous, si seulement ses parents n'avaient pas décidé de l'emmener vivre aussi loin.

Oh je ne me fais pas d'illusions. Notre groupe était peut-être bien soudé à l'époque, mais il ne l'est pas toujours resté depuis. Genta a bien passé deux ans et demi sans nous adresser la parole à Aï et moi-même, et il eut un temps où Ayumi s'était refusée d'avoir quoique ce soit à voir avec une enquête criminelle ou non. Quant à moi, j'ai honte de me rappeler les mois durant lesquels je me suis enfermé dans ma chambre à jouer au technicien informatique. De tout le groupe, il n'y a qu'Aï qui n'ait jamais voulu en menacer l'intégrité. Malgré chacune de nos ambitions infantiles, de nos trahisons, elle ne nous a jamais tourné le dos. Même si ses remarques cassantes nous faisaient parfois mal, cela nous faisait toujours plaisir de la voir sourire parmi nous, d'écouter ses conseils. On ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable si jamais on la laissait de côté, par accident ou intention. Elle était si discrète et pourtant si essentielle à notre groupe. Est-ce que cela aurait été différent si Conan Edogawa était resté?

Je me souviens que peu de temps après son départ, Aï était tombée malade. Était-ce son départ qui l'avait provoqué? Nul ne sait. Je sais juste qu'à l'époque, nous nous sentions bien abandonnés. Genta aurait eu du mal à l'avouer alors, mais Conan avait été le cerveau de notre groupe. Sans lui, on hésitait à se lancer dans des investigations, la peur rentrant en conflit avec la pensée si persistante "qu'aurait fait Conan à notre place?" Si Aï n'était pas restée, les detective boys se seraient probablement retrouvés à ne rechercher que des chats perdus.

Et c'est ainsi que je me retrouve à ne plus penser à des "et si?" mais à notre bonne fortune. Aï est encore avec nous. Pour on ne sait quelle raison, à l'époque, nous avions été persuadés qu'avec Conan parti, elle allait partir aussi. Mais, malgré sa grippe (enfin je crois que c'était une grippe?) et son air déprimé, elle était restée.

C'était donc le cœur heureux que, voyant l'exemple de Kudo senior invitant sa femme à danser, j'en fais de même pour Aï. Elle a un sourire amusé en me voyant lui tendre ma main, mais elle ne refuse point, et se lève gracieusement de son siège auprès de madame Fusae pour accepter en bonne et due forme. La chanson n'a rien de spécial, et mes pas sont maladroits, mais je vois bien que cela ne la gêne pas. Je suis aux anges. Je n'avais donc bel et bien pas rêvé la semaine passée. Nous sortons ensembles.

Bien entendu, une fois notre danse finie, Genta ne se prive pas de me rappeler qu'il en est bien conscient aussi, au bonheur des autres, qui trouvent ma soudaine timidité toute aussi amusante. Elle sourit encore.


A suivre...