Auteur : All About Eric

Traductrice : Moi

Spoilers : -

Rating : M

Genre(s) : Romance/Angst

Disclaimers : Tout l'univers de Sookie et Eric appartient à Charlaine Harris. L'histoire que vous allez lire appartient à All About Eric. Quand à moi, je ne suis qu'une humble traductrice.

Bêta : GingerRin...Merci Marine!

Notes : Pour ceux que ça intéresse de lire cette histoire en version originale, le lien se trouve dans mon profil.

Je rappelle que vous pouvez désormais me trouver sur Facebook sous le nom de Saw Trombone... Si vous voulez discuter de mes fics ou vous tenir au courant de ma vie :D Vous êtes les bienvenus!


- Chapitre 2 -

-PoV Sookie-

"Les préparations pour le dixième anniversaire de la Nuit-V sont pratiquement complètes alors que le soleil est sur le point de se coucher. Les krewes ont préparé leur parade au cour des douze derniers mois et dans trois heures, ils s'aligneront pour se préparer à la procession, qui sera suivie par ce qui est annoncé comme le feu d'artifice le plus spectaculaire que la Nouvelle Orléans ait vu depuis un siècle. Les feux d'artifices ont été placés sur les berges de la rivière et le Roi lui-même donnera le signal de départ après que les chars aient défilés devant le palais.

Notre reporter, Kate O'Donnell est en direct depuis Convention Center Boulevard, près des portes du palais..."

J'entendis la clé dans la serrure et éteignis rapidement la télé. J'étais sensée travailler sur mon exposé et non pas regarder les infos, mais j'étais si excitée; c'était la première fois que ma Gran me laissait rester debout pour la Nuit-V. Elle avait été un peu réticente, vu que je n'avais que douze ans, mais je l'avais suppliée pendant des jours; ce ne serait plus jamais le dixième anniversaire, et finalement, Gran avait accepté vu que c'était une occasion si spéciale.

"Salut Gran."

"Bonjour ma chérie. Comment s'est passée l'école aujourd'hui?"

Je gonflai les joues et soupirai bruyamment. Ma grand-mère eut l'air déçue.

"Toujours pas d'amélioration?"

"Nan. Gran, quand est-ce que je serais assez vieille pour quitter l'école? Ça ne sert à rien que j'y aille, je n'arrive pas à apprendre."

"Je sais, mon sucre d'orge. C'est très difficile pour toi mais tu sembles toujours te débrouiller pendant les examens."

"C'est parce que je peux me concentrer. Tout le monde pense à la même chose, et ça me permet de me concentrer. En classe, c'est horrible - tout le monde pense à quelque chose de différent et tout le monde pense à des choses horribles et il me faut toute ma volonté pour ne pas m'enfuir en courant."

"Je suis vraiment désolée, Sookie. Mais tu connais la loi; tu dois aller à l'école au moins jusqu'à tes seize ans."

"Est-ce que je peux commencer à travailler avec toi à mon seizième anniversaire?"

"Eh bien, peut-être pas le jour de ton seizième anniversaire, ma chérie; tu voudras certainement faire la fête ce jour-là," sourit ma grand-mère.

"J'aime travailler avec toi, Gran. Et je suis douée à ça, tu le sais. Tout le monde dit que je suis la meilleure assistante pendant les vacances."

"Oui, je sais, ma chérie, et je suis toujours très contente d'avoir ton aide, mais ça m'inquiète parfois; tous les autres enfants passent leur temps à jouer dehors, en plein air."

"Je m'amuse aussi. Tu sais à quel point j'aime être à l'étage des vampires. C'est si paisible. Rien qu'en montant à l'étage, j'ai l'impression de partir en vacances. Et j'ai plein d'air sur le toit." C'était vrai. Il y avait un passage dans le grenier qui permettait de monter sur le toit en passant par une des trappes d'inspection et je m'étais fait un petit nid entre deux panneaux solaires. J'avais monté une chaise pliante et une petite table, et un carton plein de livres, et deux coussins et je m'étais mis à l'aise. Je passai des heures à bronzer là-haut, et j'avais un teint très mât, mais ma grand-mère était toujours aussi inquiète. Ma vie était plutôt solitaire quand je n'étais pas à l'école, mais être en présence de trop d'humains à la fois me tourmentait vraiment. J'arrivai de mieux en mieux à rester hors des pensées des adultes, mais les autres enfants pensaient si fort, et leurs pensées étaient toujours si chaotiques que j'avais beaucoup de mal à fermer mon esprit en classe. Ce qui signifiait que, bien que Gran insistait que j'étais naturellement intelligente, ça ne se reflétait jamais dans mes bulletins de notes.

Je pensais vraiment que le meilleur futur pour moi serait de travailler avec des vampires. J'avais découvert, après ma première expérience avec le Roi, que tous les vampires étaient complètement silencieux pour moi, et c'était un tel soulagement pour moi que ma grand-mère avait prit l'habitude de me prendre avec elle quand elle faisait sa première ronde. J'avais adoré transmettre des messages quand j'étais encore petite, apprenant rapidement à me déplacer dans tout le palais et en grandissant, on m'avait confié des tâches plus complexes, m'apprenant à faire fonctionner un immeuble de cette envergure. A part la sale manie que j'avais de dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas (quelque chose que ma Gran avait toujours espéré que j'arrêterais de faire en grandissant, mais je pense que cet espoir commençait à disparaître), Gran pensait que je serais une addition utile à l'équipe permanente du palais lorsque je serais plus grande, mais pour le moment, elle était juste reconnaissante de mon aide après l'école et pendant les vacances. Elle ne rajeunissait pas, et parfois, une paire de mains agiles et des pieds rapides étaient juste ce dont elle avait besoin.

En voyant mes livres ouverts devant moi, elle changea de sujet.

"Est-ce que c'est ton exposé sur la Nuit-V? C'est à quel sujet cette année?"

Je soupirai à nouveau. "C'est de plus en plus dur chaque année. J'aimerais retourner au CP. Tout ce qu'on avait à faire à l'époque c'était de colorier des dessins de vampires et de loups-garou et de démons et tout le reste. C'était amusant. Cette année, je dois écrire cinq cent mots sur 'les bénéfices socio-économiques de la Nuit-V.'

"Combien de mots as-tu écrit pour le moment?"

Je les comptai lentement et soupirai à nouveau. "Sept. Juste le titre. Oh, et la date. Ça fait trois de plus. Plus que quatre cent quatre-vingt-dix mots."

"Tu sais que l'exposé doit être rendu le lendemain de la fête nationale. Si tu veux voir la parade et les feux d'artifices, il va falloir que tu te mettes au travail."

"Oh, très bien. S'il le faut." Je repoussai mes cheveux de mes yeux et attrapai mon crayon.

"Oui, il le faut, Sookie. Tout le monde doit faire un exposé sur la Nuit-V."

"Pas toi."

"Si j'étais encore à l'école, j'en ferais un aussi. Et ce n'est qu'une fois par an."

Je travaillai en silence pendant quelques minutes pendant que ma grand-mère me préparait un goûter. Elle le déposa sur la table et je le grignotai distraitement en rêvassant. C'était toujours difficile pour moi de savoir si je devais qualifier ma nourriture de repas ou non, parce que même si j'étais debout toute la journée, à l'école comme tout le monde, ma Gran se levait seulement quand je rentrai. Elle travaillait en début de soirée, revenait me mettre au lit avant de retourner travailler toute la nuit, allant se coucher au petit matin, après m'avoir préparé mon petit-déjeuner. Lorsque j'étais plus jeune, il y avait toujours eu une baby-sitter avec moi, fournie par le Service Personnel, pour que ma grand-mère ne s'inquiète pas, mais le jour de mes douze ans, j'avais décidé que j'étais assez grande pour m'occuper de moi-même avec juste un téléphone portable en cas d'urgence. C'était dur d'imaginer quel genre de danger je pourrais courir; dans l'aile des servants, il y avait toujours quelqu'un à proximité, et il ne fallait jamais plus de cinq ou six minutes à Gran pour rentrer. Le palace, haut de huit étages, était grand, mais pas immense. Il y avait de bien plus grand bâtiments dans le Central Business District, juste derrière.

Certains des enfants à l'école avaient été curieux et m'avaient demandé comme c'était de vivre dans un palais, mais j'avais eu du mal à comprendre. Comment c'était de ne pas vivre dans un palais? Je ne me rappelai pratiquement rien de ma vie avant de venir ici. A part ça. Parfois, je me sentais légèrement coupable de ne plus me souvenir clairement du visage de mes parents, mais à chaque fois que je pensais à eux, je ne voyais que des images, et certaines n'étaient que des souvenirs de photos que Gran gardait dans le placard. Mes souvenirs concernant ma mère était particulièrement flous. Elle n'avait jamais vraiment eu beaucoup de temps pour ses enfants et elle n'avait pas supporté mes différences. Je me rappelai de certains des contes que mon père me racontait, et l'une de mes possessions les plus précieuses étaient un gros livre de contes de fées qu'il m'avait offert pour mon septième anniversaire, peu avant sa mort. Je n'avais pas pu ramener grand chose de Bon Temps; l'appartement de ma grand-mère n'était pas assez grand pour qu'on puisse y rajouter plus que mes vêtements et quelques-uns de mes livres et jouets, mais ce livre avait été le premier sur ma liste, et je l'avais lu tellement de fois que la couverture était sur le point de tomber.

Ma Gran racontait aussi de formidables histoires au sujet des fées, et l'une des plus belles choses qu'elle possédait était un petit dessin que mon grand-père lui avait offert et qui était posée sur sa table de chevet. Dans un cadre élaboré se trouvait le dessin d'un homme grand et mince, aux longs cheveux argentées et aux oreilles pointues, clairement inhumain, en train de parler à une superbe femme humaine. Ils se tenaient la main et se regardaient amoureusement. Il y avait deux autres petites fées sur la photo, un garçon et une fille, et ils étaient assis par terre, et ma Gran disait que l'homme fée et la femme étaient amoureux et que les deux petites fées étaient leurs enfants. Le dessin était dans des tons bleus et gris et crème, et je l'aimais depuis aussi loin que je m'en souvenais. J'avais toujours aimé les histoires de fées, et j'avais été très déçue de découvrir que bien que pratiquement toutes les créatures surnaturelles existaient, les fées n'existaient pas.

Mais bien que les fées n'existaient pas, il y avait des loups-garous, et des démons, et des métamorphes, et des sorcières et, bien sûr, des vampires. Cette pensée me ramena au présent et je réalisai que je devais finir ce papier où il n'y aurait pas de feux d'artifices pour moi! J'appelai ma grand-mère, qui était dans la chambre.

"Gran, comment c'était pré-V?"

"Comment ça chérie?"

"Ben, je dois écrire sur les bénéfices économiques et sociaux. Ça devait être pire avant, autrement ils appelleraient pas ça des bénéfices. En quoi c'était différent?"

Ma grand-mère revint dans le salon et s'assit à table. Elle avait sa boîte à couture avec elle, et elle était en train de vérifier les vêtements que je mettais pour l'école, remplaçant les boutons manquants, recousant les coutures défaites, et grimaçant aux tissus élimés. C'était une couturière expérimentée, mais son vrai talent était les broderies. Elle avait commencé à m'apprendre, et elle avait été très heureuse de découvrir que j'aimais vraiment ça. Et je devenais de plus en plus douée, aussi.

"Alors voyons, laisse-moi réfléchir..." Ses mains continuèrent à travailler automatiquement alors que son esprit se concentrait sur ma question.

"Bon, tu sais comment s'est passée la Nuit-V?"

Je répondis rapidement. Tout le monde savait ça.

"Oui, on l'a étudié en classe. Attends, il y a un passage là." J'attrapai mon livre d'histoire et cherchai la bonne page. 'Après l'invention du sang synthétique par les Japonais, les vampires sortirent du cercueil la nuit de la Grande Révélation, cherchant à co-exister avec les humains en paix puisqu'ils n'étaient plus une menace pour eux. Bien que tous les humains ne les acceptèrent pas, les vampires persévérèrent et leur culture s'établit. Vampires et humains vécurent côte à côte harmonieusement. Cela encouragea les Hybrides et les métamorphes à se révéler, et certains humains intolérants se sentir si menacés que des législations furent passées au Sénat' - c'est quoi le Sénat, Gran?" Ce mot inconnu me fit perdre le fil de mes pensées.

"Je te l'expliquerai dans un moment, mon enfant. Continues."

"Où en étais-je? Oh oui, 'des législations furent passées au Sénat exigeant que tous les Hybrides s'inscrivent sur des listes pour être surveillés. Ils n'eurent plus le droit de travailler dans l'armée et durent demander l'autorisation de se marier avec des humains purs. Influencés par l'organisation quasi-religieuse, la Confrérie du Soleil (quasi veut dire presque, Gran - j'ai regardé dans le dictionnaire) cette horrible législation fut plus tard étendue à la pacifiste population vampirique, ce qui les força à agir pour se protéger et protéger leur culture. A contre-coeur, de concert avec les autres créatures surnaturelles, ils renversèrent le gouvernement anti-vampire en une nuit, une nuit désormais connue comme la Nuit-V. La majorité des membres du régime d'oppression se suicidèrent cette nuit-là, et les survivants quittèrent le pays. Les courageux combattants de la liberté formèrent un nouveau gouvernement destiné à s'assurer que les Créatures Surnaturelles auraient les mêmes droits que les humains. La Confrérie du Soleil fut abolie et toutes les législations anti-supernaturelles furent abolies.' Voilà." Je me renfonçai sur ma chaise. "C'est ce qui s'est passé, mais je ne sais pas vraiment ce qui a changé. C'était quoi le Sénat?"

"Eh bien," me dit ma grand-mère. "Le Sénat était une partie de l'ancien gouvernement. En Amérique, nous avions un système qui s'appelait la démocratie. Ça existe encore dans certaines parties du monde, ce qui veut dire que les gens peuvent choisir qui les gouvernera, et ils choisissent des représentants pour agir en leurs noms, faire les lois et s'occuper des relations avec les autres pays. Ce genre de choses. Le Sénat était le nom de l'une des organisations qui votait - ça veut dire choisir - les nouvelles lois."

"Donc le système qu'on a maintenant, c'est un bénéfice social ou économique?"

Ma grand-mère eut l'air perdue. "Eh bien, je ne sais pas vraiment Sookie. Je suppose que tu peux dire que c'est un bénéfice économique parce qu'avant, nous devions payer les salaires de tous les politiciens - les représentants que le peuple avait choisi - et leurs équipes, et c'était énormément de monde et énormément d'argent. Et les élections étaient épuisantes. C'est quand nous devions choisir de nouveaux politiciens, et parfois, j'en avais assez de toutes les campagnes, et de toutes les publicités nous disant pour qui nous devions voter. Et ils nous faisaient toutes sortes de promesses, mais la plupart des gens avaient l'impression qu'ils ne tenaient aucune de ces promesses. Le dirigeant de l'état s'appelait le Président, pas le Roi, et on en choisissait un nouveau tous les quatre ans. Maintenant, nous avons moins de politiciens."

"Mais on a beaucoup de rois."

"Pas beaucoup, Sookie. Nous n'en avons qu'un."

"Qu'un en Louisianne, mais il y a d'autres royaumes dans le Clan Amun, non? Et il y a aussi le Clan Moshup, et le Clan Zeus et le Clan Narayana - il y a beaucoup de royaumes là-bas aussi."

"C'est vrai, mais ça ne coûte pas aussi cher que l'ancien système. Et au moins, nous ne devons payer un tribut qu'à notre propre Roi - nous n'avons pas à payer pour tous les autres rois. Et au moins, les vampires tiennent parole. C'est définitivement un bénéfice - on sait à quoi s'en tenir avec eux."

"Okay. Quoi d'autre est différent?"

"Eh bien, tu ne te rappelles pas de ça, mais autrefois, la plupart des magasins, des bureaux et des organisations étaient fermées la nuit."

"Vraiment?" J'arrivai à peine à y croire. "Mais et si on devait...je sais pas...aller à la bibliothèque ou quelque chose comme ça?"

"On y allait la journée. Certains business restaient ouvert tard le soir, et il y avait quelques épiceries qui restaient ouvertes toute la nuit et certains garages, et les hôpitaux bien sûr, mais ce ne fut qu'après la Grande Révélation que les magasins commencèrent à profiter de la clientèle vampirique en restant ouverts toute la nuit. Et ensuite, bien sûr, après la Nuit-V, cela devint obligatoire de rester ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

"Est-ce que c'est une bonne chose?"

"D'une certaine façon. Le nouveau gouvernement a aussi réduit les dépenses militaires. Comme tu peux l'imaginer, très peu de pays sont prêts à attaquer un pays où les soldats ne meurent pas, et guérissent même pratiquement immédiatement s'ils sont blessés. Donc il n'y avait plus besoin d'armée. Elles furent désassemblées et le budget dédié à la défense fut grandement réduit. Crois-le ou non, nous dépensions pratiquement cinq pour cent du revenu national en armes et armées! Ça nous a fait économiser beaucoup d'argent et bien que désassembler les armées mit beaucoup de monde au chômage, ce ne fut pas vraiment un problème parce que chaque magasin, usine, et organisation du pays dût tripler son nombre d'employés. Il y avait plein de travail et en moins de trois ans, le taux de chômage était tombé plus bas que jamais. Je crois me rappeler que la seule exception fut l'industrie alimentaire. Etant donné que les vampires ne mangent pas, il ne fut pas nécessaire de modifier quoi que ce soit connecté à la production de nourriture. Oh oui, et les écoles et associations pour la jeunesse. Il n'y a pas d'enfants vampires, donc il n'a jamais fallut ouvrir les écoles la nuit donc l'éducation primaire et secondaire est toujours la même.

Enfin bref, tout l'argent qui fut économisé en ne payant pas pour les soldats et les armes, et en ayant plus à payer les personnes au chômage, fut utilisé pour mettre en place le nouveau gouvernement, et le gouvernement dépensa beaucoup de cet argent pour développer les énergies renouvelables. Bien sûr, vu que tout fonctionne nuit et jour, nous utilisons beaucoup plus d'énergie que nous n'en utilisions, et le Clan Conseil a agi très responsablement. La plupart des usines qui fabriquaient des armes ont été converties en usine travaillant sur les énergies alternatives. Tu as vu les panneaux solaires sur le toit. Presque tous les bâtiments en ont maintenant, et la plupart des voitures utilisent des carburants bio."

Ça je le savais. "Oh, ouais, Mr Hennessy nous en a parlé en chimie la semaine dernière. Il a dit que les scientifiques ont trouvé un moyen de dissoudre le bois en utilisant quelque chose qui s'appelle du liquide ionique pour en extraire la cellulose, et il a dit que la cellulose était un excellent fuel. Il a dit qu'il ne faut qu'un pourcent de tous les nouveaux arbres qui sont plantés chaque année - juste les nouveaux arbres, Gran, pas ceux qui étaient déjà là! - pour fournir assez de fuel à la cellulose pour tout le pays."

Gran hocha la tête. "Oui, je crois même que le scientifique qui a découvert le liquide ionique à reçu le Prix Nobel pour ça. Ça veut dire qu'on est plus dépendant du pétrole maintenant, et c'est les vampires qui ont financé ces recherches, donc c'est un immense bénéfice social pour toi.

"Est-ce qu'il y a des désavantages, Gran?"

"Oui, bien sûr, mais ton exposé est sur les bénéfices de la Nuit-V, non?"

"Oui, mais ça m'intéresse. Quels sont les désavantages? Il doit y en avoir."

"Et bien, je suppose que l'un des principaux problèmes vint du fait qu'employer plus de gens demanda plus de salaires, mais le gouvernement offrit des aides et le tribut est beaucoup plus bas que dans l'ancien système. Et tous les nouveaux vampires qui sont venus vivre ici ont augmenté la population donc la demande pour pratiquement tout augmenté aussi, ce qui signifie que la plupart des firmes gagnent plus d'argent, donc même si les prix ont légèrement augmenté, ça n'a pas été trop terrible.

"Est-ce que beaucoup de vamps sont venus vivre ici, alors?"

"Vampires, Sookie, pas vamps. C'est malpoli. Et oui, lorsqu'il fut clair que le gouvernement avait du succès, des vampires et des membres des autres communautés surnaturelles ont commencé à arriver du monde entier. Je ne sais pas exactement combien, mais je serais surprise qu'il y ait encore beaucoup de vampires et de créatures surnaturelles dans le monde - ils ont tous été accueillis ici. Et bien sûr, ils ont ramené leurs techniques et leurs technologies et elles se sont très bien intégrées dans la population."

"Est-ce qui que ce soit à pris la route inverse? Je veux dire, est-ce que des gens ont quitté l'Amérique?"

Pour la première fois, Gran hésita avant de répondre.

"Et bien, au début quelques personnes sont parties, mais ensuite, le Conseil a renforcé les contrôles de l'émigration, et c'est très dur d'obtenir la permission de partir maintenant. Mais les gens sensés sont parfaitement heureux ici. Et si tu n'es pas à l'aise dans un des royaumes, il y en a plein d'autre à choisir. Ils sont tous très différents dans leur fonctionnement. Nous sommes chanceuses de vivre en Louisiane - c'est l'un des meilleurs royaumes. Beaucoup de personnes se sont installées ici pour profiter des bénéfices sociaux."

"Qu'est-ce que tu veux dire?"

"Le Roi a une politique de non-interférence très stricte. Certains royaumes font de la discrimination entre les vampires et les humains, et insistent pour mettre des vampires à la tête de toutes les organisations, qu'elles soient judiciaires, financières, ou autre. Mais notre Roi laisse tout le monde trouver son niveau. Les choses sont très semblables à ce qu'elles étaient avant. Et comme je te l'ai dit, les taxes sont plus basses, aussi."

"Les taxes?"

"Le tribut. Ça s'appelait les taxes avant, mais seul le nom a changé. Le système est toujours le même. Tout le monde paye un tribut dans la Zone dans laquelle ils vivent et la plupart de l'argent est dépensé localement, mais une partie du tribut est versée au Roi, et ça paye tout ce qui affecte le royaume. Comme les programmes médicaux. Les gens ont une bien meilleure santé maintenant qu'il y a dix ans. On devait payer les soins médicaux avant, et certaines personnes étaient trop pauvres pour se le permettre, mais c'est gratuit maintenant. C'est un immense bénéfice social."

"Pourquoi les vampires ne peuvent-ils pas soigner tout le monde avec leur sang?"

"Je n'en suis pas sûre, chérie, mais je pense que ça ne les enchanterait pas de donner leur sang à n'importe qui. C'est plutôt personnel pour eux."

"Mais ils exigent qu'on leur donne notre sang."

"Ils n'exigent pas, Sookie. Pas en Louisiane. Et ce n'est pas la même chose; ils en ont besoin pour vivre. Et il y a toujours beaucoup de monde plus que prêt à leur donner leur sang. La plupart des vampires que tu as vu ont plusieurs...amis qui leur donnent leur sang."

"Des humains de compagnie."

"Ce n'est pas très joliment dit, Sookie." Gran était très délicate à ce sujet. J'aimais appeler un chat un chat.

"C'est comme ça que les vampires les appellent. Quand ils ont un humain avec eux. Je les ai entendu."

"Et bien, oui, mais ce n'est pas très poli de parler de quelqu'un comme ça, si? Tu pourrais très bien blesser les sentiments de quelqu'un en utilisant cette expression. Une dame réfléchit toujours à l'effet que ses mots auront avant de dire quoi que ce soit." C'était une des sales manies de Gran, me reprendre toujours pour que je me comporte comme une dame. Je changeai de sujet.

"Tu as dit qu'ils avaient dépensé de l'argent pour mettre en place le nouveau gouvernement, mais les vampires l'avait déjà non?"

"Oui, je suppose que ce n'était pas tant le mettre en place que de l'étendre aux humains. Ils avaient déjà divisé le pays en quatre Clans, contenant chacun un certain nombre de royaumes, chacun divisés en Zones, avec un Sheriff pour chaque Zone."

"Ouais, je sais, on l'a étudié en Education Civique. Mademoiselle Cartwright a dit qu'au sommet de la chaîne, il y a le Clan Conseil, composé de membres de chaque Clans, qui nomme les rois et reines, et ensuite, eux, ils nomment les Sheriffs. Elle a dit qu'on avait pas de Sheriff ici à cause du Roi."

"C'est ça - il gère la Nouvelle Orléans directement. Il a des lieutenants bien sûr, gérant les autres Sheriffs, mais il aime garder un œil sur les affaires du royaume. C'était un Sheriff lui-même avant, tu sais. En fait, il était le Sheriff de la Zone où tu vivais avec tes parents - Shreveport. Donc je pense qu'il connaît très bien Bon Temps." Je ne le savais pas.

"Oh. Je me demande s'il connaissait maman et papa."

"Probablement pas, ma chérie. C'était avant la Nuit-V, tu te rappelles? Et ça remonte à dix ans. En parlant de ça, tu ferais mieux de finir ton exposé si tu veux voir les célébrations. Après m'avoir autant supplié pour avoir le droit de rester debout, tu ne veux pas tout louper, si?" Elle plia la blouse qu'elle venait de recoudre et jeta un coup d'oeil à sa montre. "C'est le moment idéal pour aller faire une ronde dans les pièces de jours afin de vérifier le travail des femmes de ménage, pendant que tout le monde se rassemble pour la parade. Je te verrais plus tard, ma chérie." Elle se pencha pour m'embrasser, s'assura qu'elle avait son téléphone sur elle et attrapa ses clé avant de partir pour le cinquième étage. Les vamps vivaient et travaillaient principalement dans les quatre étages du haut, et toutes les fenêtres avaient été murées de ces étages pour cette raison. Les humains et les autres Cess occupaient les étages du bas, où la lumière du soleil pouvait entrer.

Je réfléchis à ce que Gran m'avait dit, et ensuite je commençai à écrire. Il se faisait tard.


Deux heures plus tard, j'étais installée sur le toit, penchée par-dessus le parapet. Juste à temps. La parade allait commencer dans un quart d'heure et le Roi allait bientôt sortir pour la voir, avant de donner le signal de lancer les feux d'artifices. Je ne l'avais pas vu depuis longtemps. Je pensais encore à lui, souvent, bien que je ne lui avais plus parlé depuis mon arrivée. Je l'avais aperçu occasionnellement, de loin, mais ses appartements étaient au huitième étage et je montai rarement là-haut. Les escaliers de service que j'utilisai pour monter dans le grenier avait une porte menant au huitième étage, mais elle était constamment fermée.

Le palais m'était devenu très familier, mais j'aimais tout particulièrement le grand hall, où j'avais rencontré le Roi pour la première fois, et j'adorais y aller durant la journée quand je savais qu'il était vide, pour m'asseoir au bord de l'estrade et regarder autour de moi. Je pouvais me rappeler de cette nuit-là très clairement, et parfois, j'aurais aimé que ce ne soit pas le cas; non pas parce que je voulais oublier le Roi, mais parce que je grimaçai intérieurement lorsque je repensai à ce que j'avais fait et dit à cette occasion. Ma seule excuse était que j'avais eu sept ans. Je savais comment me tenir maintenant.

Je savais aussi maintenant que la plume présente sur les bannières était le signe du Clan d'Amun (Le Dieu Egyptien Amun portait une coiffe de plumes) et l'immense épée en or était l'emblème du Roi, qui était un viking dans sa jeunesse. Quelqu'un m'avait dit qu'il avait plus de mille ans, ce que j'avais vraiment du mal à croire; il ne semblait pas avoir plus de trente.

Et maintenant, je savais ce qu'était l'hypnose aussi. Bien que je n'en sois pas complètement certaine, je pensai vraiment que la démangeaison que j'avais senti dans ma tête cette nuit-là avait été le Roi en train d'essayer de m'hypnotiser, sauf que ça n'avait pas marché. Aucun autre vamp avait essayé depuis (les domestiques n'en valaient généralement pas la peine) mais j'en avais parlé avec Gran et on en était arrivé à la conclusion que c'était ce qui s'était passé. Je ne savais pas pourquoi il n'avait pas réussi à m'hypnotiser, mais Gran pensait que ça avait peut-être quelque chose à voir avec mon 'don'.

Je pris une autre bouchée de la tarte à la citrouille que j'avais prise avec moi, en plus d'un saladier de popcorn et quelques pommes. La tarte à la citrouille était traditionnelle pendant la Nuit-V, parce que la Nuit-V avait pris la place d'un autre festival appelé Halloween. D'après mon livre d'histoire, les Cess avaient délibérément choisi Halloween pour leur rébellion parce que la population humaine serait distraite par la fête, et n'importe quelle activité inhabituelle serait moins remarquable. Mon amie Amelia m'avait dit que les sorcières fêtaient encore Halloween à leur façon, mais qu'elles appelaient ça Samain, pas la nuit-V. Les vampires étaient généralement très tolérants des croyances culturelles et religieuses des autres, exigeant seulement que personne ne prêche la haine inter-espèce. Et le seul festival sur lequel ils insistaient était la Nuit-V. Ceux qui se rappelait de la vie pré-V disaient que les vampires avait adoré Halloween avant la rébellion, et qu'ils avaient juste profiter de cette occasion pour augmenter les festivités, mais ça ne me dérangeait pas. Toute excuse était bonne pour s'amuser, tant que je n'avais pas à m'approcher de trop près des pensées des autres. C'était l'une des raisons pour laquelle je regardai la parade depuis le toit, même si les chars ne seraient pas très beaux. Ils étaient construits pour être vu de profil, mais je ne pensais pas être capable de pouvoir supporter d'être dans la foule avec les autres employés. Je pouvais les voir se rassembler dans un coin à gauche; ils avaient tous eu une nuit de congé pour regarder le défilé, mais j'étais plus heureuse ici. Leurs esprits étaient juste bien trop bruyants et excités. Je préférais mettre un peu de distance entre nous. Et puis, les feux d'artifices seraient sublimes depuis le toit.

Je pouvais entendre de la musique maintenant, donc ça devait avoir commencé. Je bus une gorgée de Sprite et reposai rapidement ma canette lorsque des mouvements attirèrent mon attention. Les Hérauts sortaient du palais, ce qui signifiait que le Roi et son entourage était en route. Les Hérauts demandèrent le silence de la foule, et il apparut, entouré par ses courtiers. Je le reconnus instantanément, même si j'étais directement au-dessus de lui, à cause de ses cheveux, brillant sous la lune. Je me penchai en avant pour le voir un peu mieux, et c'est là que ça arriva. Mon coude effleura ma part de tarte, et elle tomba par-dessus le parapet! J'essayai de la rattraper mais ce fut trop tard. Tout ce que je pus faire, ce fut la regarder tomber inexorablement.

Statistiquement, il y avait une quinzaine de personnes sur lesquelles la tarte aurait pu atterrir, mais à l'instant où elle commença à tomber, je sus qu'il n'y avait qu'un endroit où elle atterrirait. Figée par la terreur, je la vis tomber presque au ralentis, tournant en plein air pour que la partie charnue et juteuse frappe en première (bien sûr qu'elle frapperait en première! Pourquoi pas?) et fasse un maximum de dégats. Elle atterrit sur l'épaule du Roi avec un petit bruit humide, et il fit immédiatement volte-face, cherchant la direction de l'attaque. Les gens autour de lui regardèrent, abasourdi, la tâche orange sur sa chemise en soie noire, et ensuite il releva la tête, et me regarda droit dans les yeux.

Un petit sanglot terrifié m'échappa. J'étais morte! Je venais juste de couvrir le Roi de tarte! Et il m'avait vu! La seconde d'après, il avait quitté le sol et se dirigeait droit vers moi. J'eus à peine le temps de penser 'oh merde, il peut voler!' et ensuite, je me jetai en arrière, avec la folle idée de m'enfuir pour me cacher, mais c'était trop tard. Il atterrit sur le parapet et resta là, à me regarder, de ses yeux d'un bleu brillant, ses pieds bottés écartés, ses cheveux ressemblant à un halo doré autour de lui, son visage blanc luisant légèrement comme je m'en rappelai. Mais j'avais oublié à quel point il était grand! Il était immense, les crocs sortis, terrifiant, penché sur moi comme un dieu vengeur.

Il regarda autour de lui, alors que j'étais couchée sur le dos, gémissant de peur; il vit la couverture et le coussin que j'avais préparé au cas où j'aurais froid plus tard, et les restes de mon petit picnic, maintenant renversé par ma fuite hâtive. Puis il descendit du parapet et s'approcha de moi. J'essayai désespérément de me traîner en arrière mais je finis acculée contre un tuyau d'aération et ne pus pas aller plus loin. Je savais que j'étais censée baisser respectueusement les yeux, mais je ne pouvais pas - j'étais prisonnière de son regard brillant, capturée comme un papillon. Sans dire un mot, il se pencha en avant jusqu'à ce que son visage ne soit plus qu'à quelques millimètres du mien et il plongea son regard dans le mien à la recherche de quelque chose. Puis je sentis cette étrange démangeaison dans ma tête à nouveau, et sus qu'il essayait de m'hypnotiser, mais je ne savais pas ce qu'il voulait! Je réussis à fermer les yeux, m'attendant à ce que les coups pleuvent, mais il m'attrapa par le col de mon pull et me traîna vers le parapet. Pendant un horrible instant, je crus qu'il allait me jeter dans le vide, mais il s'envola à nouveau en tenant fermement mon pull, et descendit lentement vers son groupe de courtiers bouches-bées. Il atterrit et me jeta dans les bras d'une sublime humaine rousse qui était un membre de son entourage.

"Garde-la en place," dit-il et ensuite, il se tourna vers l'un de ses chambellans. "Vas me chercher une chemise propre." Instantanément, l'homme disparut et le Roi arracha sa chemise tachée. Des boutons volèrent partout lorsqu'il l'enleva et la tendit à un autre de ses courtiers, et pour la toute première fois, je le vis sans une chemise. Sa peau était laiteuse, et il avait quelques poils blonds sur le torse, qui était le torse le plus musclé que j'ai jamais vu. Ses bras et ses épaules étaient proportionnés aussi. Pas étonnant qu'il puisse soulever cette énorme épée que j'avais vu dans la salle du trône! Le chambellan revint avec une chemise propre que le Roi enfila rapidement, puis le groupe se remit en marche, cette fois avec moi au milieu. Toute cette scène n'avait duré que deux minutes, et la majorité de la foule n'avait même pas vu ce qui s'était passé, mais j'avais l'impression d'être dans un rêve. Encore et encore, mes pensées tournaient en boucle dans ma tête. Qu'est-ce qui allait m'arriver? Il allait certainement me punir! Que dirait Gran? Mais la dame rousse me sourit et me fit un clin d'oeil, comme pour me dire ne t'en fais pas, avant d'attraper ma main pour m'entraîner à sa suite. Lorsque sa peau entra en contact avec la mienne, son esprit me révéla qu'elle était hautement amusée par ce qui s'était passé, mais qu'elle n'oserait jamais le montrer. Le Roi n'aimait pas qu'on se moque de lui.

Le groupe s'approcha du bord de la terrasse devant le palais, et se positionna tout du long. La dame rousse était à la gauche du Roi, et j'essayai de la garder entre moi et la silhouette toute de noire vêtue en espérant pour qu'il oublierait ma présence s'il ne me voyait pas. Ça ne marcha pas. Il était vraiment grand, faisant au moins une tête de plus que tous les autres vampires autour de lui, et au moins deux bonnes têtes de plus que la femme. J'agrippai la main de la gentille dame et remarquai le bracelet incrusté de grenats à son poignet. Même à mon âge je savais ce que ce bracelet signifiait; Cette dame devait la dernière humaine de compagnie du Roi en date. J'admirai la magnifique robe en soie qu'elle portait, fendue presque jusqu'à la hanche, et souhaitai que le sol s'ouvre sous mes pieds pour m'engloutir. Je portai un jean et un pull Donald Duck jaune, à cause du froid, et je savais que je n'avais absolument pas ma place parmi ces élégants courtiers. J'essayai de reculer, pour m'éloigner du premier rang, mais il y avait une superbe vampire blonde juste derrière moi, et elle cracha et me lança un regard noir lorsque je marchai sur ses chaussures élégantes. "Désolée," murmurai-je, et je souhaitai immédiatement n'avoir rien dit parce que le Roi me regarda et me dit, "Arrêtes de gigoter." Je me figeai, n'osant plus bouger le moindre muscle, les yeux droit devant moi, juste à temps pour voir le premier char de la parade flotter le long de la route qui passait juste devant la terrasse, entre le palais et la rivière, et ensuite je fus perdu dans l'enchantement.

Les trois heures suivantes furent magiques pour moi, et j'en oubliai même ma peur et mon embarras, alors que j'admirai les splendeurs qui passaient devant moi. Les chars étaient des miracles d'imagination et de construction, des mélanges de lumières et de couleurs, leurs krewes portant tous des costumes scintillants et des coiffes de plumes, chaque char s'arrêtant devant le groupe royal pour saluer le Roi. Je fus abasourdie de voir à quel point le Roi était détendu. Je ne l'avais jamais vu que formel et sérieux, et maintenant il était penché par-dessus la balustrade de la terrasse, félicitant et blaguant avec les membres de chaque krewe. Certains d'entre eux eurent même le courage de lui répondre; les femmes lui envoyant des baisers, les hommes l'invitant à les rejoindre, ou répondant à ses blagues avec leurs propres traits d'esprit. Il accepta tout ça avec bonne humeur, rugissant de rire en entendant des remarques particulièrement drôles, et attrapant des poignées de pièces, de bonbons et de popcorn dans des sacs que ses courtiers lui tendaient pour les jeter dans la foule sous la terrasse qui se précipitait joyeusement pour tout ramasser.

Lorsque le dernier char fut passé, il y eut une brève pause, puis le Roi fit un signe de tête à l'un des officiels qui parla immédiatement dans un talkie-walkie, et soudainement, la foule haleta alors que le ciel s'illuminait. Des explosions résonnèrent et je fus assourdie et abasourdie à la fois. Ça devait avoir coûté des millions de dollars, et ça continua encore et encore, dessinant des fleurs et des fontaines et des nuées d'or et de bleu et d'argent jusqu'à ce que le grand final apparaisse; une immense épée en or et une immense plume en or, faits de lumière, suspendues dans le ciel et se reflétant dans la rivière. Lorsque les dernières lumières disparurent, l'assemblée royale, qui avait regardé le spectacle en silence, applaudit poliment avant de se retirer dans le palais, alors que la fête continuait dans les rues.

Je dormais presque debout, et fus à peine consciente lorsque l'humaine de compagnie du Roi me passa à Katherine, l'une des assistantes de ma grand-mère. Katherine était une femme forte avec un grain de beauté sur le menton, qui était tout poilu. Ça m'avait fasciné quand j'étais plus jeune, mais ma Gran m'avait clairement fait comprendre que je ne devais pas la fixer du regard. Mettre les gens mal à l'aise n'était pas digne d'une dame. Encore une fois. Ce soir, cependant, j'étais trop fatiguée pour me rappeler des instructions de Gran, et mon regard étaient fixés sur ces poils. "Pourquoi vous ne les coupez pas?" murmurai-je, mais heureusement pour la bienséance de ma grand-mère, Katherine était légèrement sourde, et elle se contenta de rire et de me ramener dans l'aile des servants.

Gran ouvrit la porte et me prit dans ses bras. J'étais très fine, et ne pesait presque rien, donc il lui fut facile de me porter jusque dans la chambre pour me déposer sur l'un des lit une personne qui avait remplacé le lit double lorsque j'avais décidé que j'étais trop grande pour partager un lit avec ma Gran.

Elle me couvrit et m'embrassa, mais je dormais avant même qu'elle n'éteigne la lumière. Cette nuit-là, je rêvai à nouveau du Roi, son visage près du mien comme sur le toit, mais cette fois-ci, il me souriait, et une immense épée en or scintillait dans le ciel derrière lui.


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