Auteur : Ariani Lee

Bêtalecture : Lyly u

Fandom : Nightrunners

Disclaimer : Les personnages et l'histoire de Nightrunners appartiennent à Lynn Flewelling. Bénie soit-elle!

Pairing : Seregil/Alec

Spoilers : « Luck in the shadows »

Résumé : Seregil s'interroge sur la véracité de la prédiction de l'Oracle quant à sa relation avec Alec.

Note : J'en suis à la lecture du tome 1, d'autres histoires suivront sans doute. Ah, et si les termes ne sont as les bons excusez-moi, c'est parce que je les lis en Anglais.

Maudite Bénédiction

« Un père, un frère, un ami, un amant. »

Des mois plus tard, Seregil ne pouvait toujours pas expliquer pourquoi il avait pris Alec sous son aile au départ, pourquoi il l'avait emmené au lieu de simplement laisser leurs routes se séparer une fois qu'ils avaient été hors de danger.

Quand il l'avait sorti du cachot dans lequel ils s'étaient tous deux trouvés emprisonnés, il l'avait arraché à une mort certaine, une mort qui aurait été sans le moindre doute lente est douloureuse. Il l'avait emmené avec lui, acceptant sa proposition de lui servir de guide et n'ayant qu'à s'en féliciter, mais une fois au terme de ce bout de route faite ensemble, quand il aurait dû laisser Alec s'en aller, pourquoi avait-il décidé de le ramener à Rhiminee ?

Pas qu'il eût eu à s'en plaindre. Alec s'était révélé dieu-touché et chaque jour il l'ahurissait par ses progrès, sans parler du fait que si lors de leur rencontre il lui avait sauvé la vie, c'était lui à présent, de même que Micum, qui avait une dette envers lui. Il était loyal, dévoué, avide d'apprendre et la noblesse de son cœur combinée à son sens aigu de la justice faisaient de lui un Watcher né. Il avait le don, ses mains étaient celles d'un escamoteur autant que celles d'un archer, et si au départ la perspective de devenir un espion doublé d'un voleur l'avait fait hésiter, il avait vite oublié ses scrupules au profit de la cause. Il avait à présent des choses et des gens à protéger – Rhiminee, l'Orëska, Nysander…

Oui, il semblait que c'était la volonté d'Illior qui s'était exprimée à travers ses actes ce jour-là, mais il savait bien que ça avait d'abord et avant tout été sa décision. Alec était comme une pluie de miracles et de bénédictions, mais rien n'aurait pu le laisser deviner, alors pourquoi ?

La première fois que son désir pour Alec s'était manifesté, c'était durant ces rêves – ces cauchemars – provoqués par l'Artefact. Quand il s'était réveillé dans sa chambre à Rhiminee, il s'était efforcé de l'ignorer en se disant que ça n'avait pas sens. Mais par la suite, il s'était à maintes reprises demandé si ce n'était pas précisément pour ça qu'il lui avait proposé de le suivre. Nysander lui-même l'avait suggéré mais il s'était récrié, assurant avec aplomb que ça n'avait strictement rien à voir. Il avait refoulé son attirance avec application, à chaque fois qu'elle se manifestait, avec une rapidité et une efficacité nées de l'habitude, convaincu qu'il se fourvoyait et qu'une telle relation entre eux n'était pas une possibilité. Puis l'Oracle avait parlé.

« Un père, un frère, un ami, un amant. »

Seregil avait compris et agréé la majeure partie de la prédiction, quand bien même il avait été extrêmement surpris d'entendre la Sybille parler d'Alec alors que ce n'était absolument pas l'objet de sa visite. Mais l'Oracle ne dormait pas, l'Oracle n'avait pas de fausses visions, il le savait.

Un père. Alec était orphelin, quand Seregil l'avait rencontré il avait tout perdu, il était seul et sans ressources, on lui avait pris jusqu'à son arc et ses vêtements. Seregil avait presque soixante ans, malgré les apparences, et il l'avait emmené, il lui avait offert un toit, un avenir, il lui avait donné un but et un métier dans l'apprentissage duquel Alec s'était révélé incontestablement doué. Il avait révélé sa vocation. Alors que son père était mort depuis quelques mois à peine, Seregil était devenu un modèle, un guide, et même si l'idée de devenir pour lui un substitut, une nouvelle figure paternelle le gênait assez, il savait que dans un sens, c'était le cas.

Un frère. Là, encore une fois, dans un sens strictement allégorique, c'était la vérité. Il le protégeait, le conseillait, lui apprenait mille et une choses sérieuses ou non, veillait sur lui et s'en sentait responsable comme un grand-frère l'aurait fait, le taquinait et riait avec lui. Alec était enfant unique mais Seregil pensait qu'il devait néanmoins le percevoir de cette façon.

Un ami. Là du moins n'y avait-il aucune question à se poser. Ils étaient amis, loyaux l'un envers l'autre, et ils se faisaient confiance au point de laisser sans aucune hésitation leur vie entre les mains de l'autre. Alec avait mené la vie d'ermite de son père pendant presque toute sa vie, à l'écart du monde exception faite des moments où il travaillait en ville, et Seregil avait dans l'idée qu'il était le premier ami que le garçon eut jamais eu.

Mais quand l'Oracle avait énoncé le quatrième rôle – un amant – il n'avait pu s'empêcher de se demander s'il se ne trompait pas – blasphème s'il en était, mais néanmoins…

Alec avait à peine dix-sept ans et il était totalement innocent, il s'empourprait d'embarras à la simple idée de se déshabiller devant lui, de partager un lit ou un bain ou d'aborder le sujet de la gaudriole. Sans parler de sa réaction lorsque Seregil lui avait expliqué la signification des couleurs de la Rue des Lumières. C'était un Nordique et il avait reçu une éducation qui l'avait fondé à penser que les couples de même sexe étaient contre nature parce que stériles. Pour un adorateur de Dalna, c'était quelque chose à prendre très au sérieux, aussi Seregil doutait-il qu'Alec puisse un jour regarder un homme de cette manière.

De plus, du fait de son jeune âge, de la solitude absolue dont il l'avait tiré et de la confiance sans borne qu'il lui témoignait, Seregil doutait que même s'il finissait un jour par manifester de tels sentiments à son égard, il les accepterait et y répondrait, dusse son cœur les partager. Céder à des émois éphémères qui n'auraient sans aucun doute été dus qu'à la curiosité naturelle et passionnée dont Alec faisait montre en toute circonstance aurait été bien trop risqué, compte tenu de ce que cela aurait pu leur faire perdre. S'il finissait contre toute attente par s'avérer qu'Alec voulait s'essayer à cela, Seregil ne serait pas celui qui l'y initierait.

Enfin, Seregil n'oubliait et ne pourrait jamais oublier qu'Alec était un humain. Un garçon normal, avec ses failles, ses faiblesses et surtout ses limites.

Seregil avait presque soixante ans. Pour un Aurenfaïe, cela revenait juste à sortir de l'adolescence. Il savait ce qui l'attendait avec Alec, comme avec Micum et tous les autres sauf peut-être Nysander. Il allait le regarder devenir un homme, mûrir et vivre pendant de trop courtes années, puis il vieillirait.

Cela lui faisait mal jusqu'au fond de son cœur et de son âme mais ça fonctionnait diablement bien, quand ses pensées s'égaraient trop loin et qu'il n'arrivait plus à les retenir, il fermait les yeux et imaginait Alec dans son dernier âge, un vieil homme.

Des années durant il avait lutté mais son bras d'épée avait faibli, il ne parvenait plus à bander un arc correctement ni à viser juste, sa beauté s'était évanouie avec les années, le blond de ses cheveux était devenu gris, des rides profondes creusaient ses traits, son corps mince et svelte s'était flétri et affaissé, il était devenu plus petit, ses épaules s'étaient voûtées, sa voix était devenue trop rauque et il ne pouvait plus chanter.

Alec allait vieillir et mourir et quand il serait parti Seregil serait toujours là, toujours jeune et pour des siècles encore, et c'était bien là la pire des malédictions qui découlaient de son bannissement d'Aurenën. Il avait le droit d'aimer, et savait que jamais il n'aurait de difficulté à se faire aimer en retour, mais juste pour une poignée d'années trop courtes compte tenu de sa longévité. Juste assez pour souffrir de la perte des êtres qui lui devenaient chers. Et il savait qu'Alec le lui était déjà, peut-être même trop, et que s'il se laissait aller aux sentiments qui le tourmentaient de plus en plus, il ne pourrait jamais supporter sa perte. Il savait aussi qu'il ne pourrait rien faire pour l'empêcher.

Alors l'Illuminateur lui pardonne mais lui, Seregil, fils d'Aura au service de la Reine et des Quatre, priait pour que la parole de l'Oracle ait été erronée, car c'était une mer de larmes et de douleur qu'elle lui prédisait…