Le huitième chapitre ! Je remercie tous ceux qui me lisent et commentent, car sans eux, je n'aurais pas la même motivation de continuer cette histoire, alors qu'elle entre enfin dans le vif du sujet. Je vous adore ! :D

CHAPITRE HUITIÈME

Prélude à la fin d'un monde

-Debout là-dedans ! s'exclame la voix autoritaire de Persei, empreinte d'une grande excitation. C'est le grand jour !

L'hôtesse frappe frénétiquement contre la porte de ma chambre. Ma main passe contre mes yeux bouffis ; je n'ai pratiquement pas dormi. Comment peut-on décemment dormir en sachant qu'on va peut-être mourir le lendemain ?

J'échange un regard avec Elisa, étendue à côté de moi, et son expression me confirme qu'elle n'a pas pu fermer l'œil non plus. Ma sœur n'a rien voulu savoir de dormir seule. Même la nuit avant la Moisson, je ne l'avais pas vue aussi terrorisée. Nous n'avons pas le choix. Il faut être prêt quand les pacificateurs vont venir nous chercher, sinon…ils s'assureront qu'on soit prêt. Personne n'a le droit d'être en retard pour les Hunger Games.

Notre uniforme pour l'arène nous attend déjà, accroché sur la porte. Cette année, il s'agit d'un manteau à capuche beige, dont les bords balaient contre les chevilles –un peut comme ma tenue aux interviews, en fait-, un pantalon noir semblable à ceux des uniformes des pacificateurs ainsi que d'un t-shirt orné du sceau du district Huit. Je n'aime pas ce manteau ; long comme il est, il va nuire mes mouvements de combat. Je me promets d'en découper des morceaux dès que j'en aurai l'occasion.

Gliese vient superviser notre tenue avec Joshua, chose que je trouve absurde, mais je ne veux pas perdre d'énergie à les chasser. La styliste nous apprend qu'une sorte de montre vient avec notre tenue, qu'il nous faut obligatoirement enfiler. Mais au lieu d'afficher l'heure, le cadran semble servir à mesurer quelque chose qui m'échappe. Gliese ne semble pas savoir ce dont il s'agit –ou elle ne veut pas me le dire-, alors je conclus que c'est lié à l'arène.

Je suis soudain alerté lorsque j'entends Elisa se mettre à respirer bruyamment à côté de moi. Ma sœur a les yeux exorbités et semble sur le point de faire une crise de panique. Soudain, elle tente d'arracher son manteau en poussant des cris aigus, comme un animal affolé. Je suis sur elle dans la seconde et je la retiens par les bras, doucement, mais fermement, et la force à me regarder dans les yeux.

-Eli. ELI ! Regarde-moi. Regarde-moi !

-Je veux pas mourir ! pleurniche-t-elle, terrorisée. Je ne veux pas mourir, Malek !

-Tout va bien aller, tu m'entends ? je tente de la calmer. Tu as été courageuse jusque-là, ce n'est pas le moment de flancher ! Allez, Elisa !

-Non…je veux…je ne veux pas…non…

Ma sœur éclate pour de bon en sanglots, la possible imminence de sa mort et tout le stress accumulé ayant finalement raison d'elle. Le cœur brisé, je la sers contre elle, lui répétant en boucle que tout va bien aller. Mes paroles sont creuses, et je dois moi-même me retenir pour ne pas pleurer. Elle n'a que douze ans, bordel ! Comment un enfant peut-il encaisser tout ça ?

-Brille…je commence à fredonner doucement à son oreille. Brille, brille, petites étoiles…comme un ange, tu seras…

-Rêve, rêve, dans les étoiles…poursuis Elisa d'une voix enrouée.

-Bien au chaud tu dormiras…je continue, la sentant reprendre un peu courage. Je resterai près de toi…

Cette dernière phrase du couplet m'aide à mon tour. Je sais ce que je vais faire, ce que je dois faire ; je resterai avec elle, quoiqu'il arrive, jusqu'à la fin. Quelle qu'elle soit.

De derrière l'épaule d'Elisa, je croise le regard vaguement attristé de notre mentor. Est-ce qu'il désespère de me voir protéger encore une fois ma sœur ou…regrette-t-il vraiment ce qui nous arrive ? Il est déjà passé par cette étape. Il a vaincu les Hunger Games. Je ne me souviens pas de les avoir vus. Peut-être que j'aurais dû.

Je me détache d'Elisa et la convaincs d'aller avaler quelque chose de solide. Dieu sait quand nous aurons l'occasion de nous nourrir la prochaine fois. Lorsque la fillette et les stylistes sont partis, j'affronte Griffin du regard, seul à seul.

-Vous avez des choses à me dire ?

-Oui. Des excuses. J'ai été un salopard. Tu peux le dire, c'est vrai.

-Ça m'étonne que ce soit vous qui l'avouiez.

Il ne mord pas à la pique et se contente de fouiller dans sa veste. Il en sort une de ces seringues que je l'ai vue utiliser et se l'enfonce dans la cuisse sous mes yeux. Un soupir de soulagement après, il reporte son attention sur moi et me désigne l'objet en question comme s'il avait peur qu'il me morde.

-Voilà ma faiblesse, ma honte, ma bouée. Grâce à ce produit, je peux me passer de sommeil pendant vingt-quatre heures. Je suis accro. Je me disais que tu méritais de connaître mon vrai visage avant…avant l'arène.

Je sais qu'il a failli dire «avant de mourir», même s'il s'est ravisé à la dernière minute. Il me parle rapidement de sa peur panique des cauchemars, et comment il perd le contrôle lorsqu'il n'a pas sa dose de poison quotidiennement. Il a au moins la décence de ne pas me quêter un pardon que je ne me sens pas capable de lui accorder. Après tout, il a passé proche de lever la main sur Elisa, à cause de sa faiblesse.

Griffin change rapidement de sujet, reprenant sa contenance et redevenant le mentor professionnel.

-Tu as conclu ton alliance avec la fille du Douze ? me demande-t-il.

Je secoue négativement la tête. Karel et moi n'avons jamais pu confirmer notre alliance avant l'arène. Alors autant la considérer comme morte et me concentrer sur la suite.

-Je voudrais te dire de ne pas t'approcher de la corne d'abondance. Malgré tous les trésors que tu y verras, c'est un piège mortel. Mais te connaissant, si je te dis de ne pas y aller, tu vas te jeter dans la mêlée.

Impossible de protester, il sait aussi bien que moi que je n'écoute jamais ses recommandations. Souvent parce que la situation m'en empêche.

-Je ne suis pas cinglé non plus, je le rassure tout de même. Je ne tiens pas à mourir durant le bain de sang.

-Tant mieux. Écoute, Malek…je n'ai pas vraiment été un type bien. Mais sache que j'ai confiance en toi. T'as les moyens de t'en sortir.

Il se veut sincère, il veut vraiment croire en ses paroles. Pour ça, je lui en suis reconnaissant. J'ai la certitude maintenant qu'il fera tout en son pouvoir pour nous attirer des sponsors.

XXXXXXX

Trois heures plus tard. Elisa et moi sommes dans un hovercraft en direction de l'arène inconnue en compagnie des tributs du district Cinq, Six et Sept. Le garçon attardé du Six a été tranquillisé après avoir fait une crise de colère et repose inerte sur son siège. Ces salopards n'ont pas hésité à lui envoyé deux décharges de pistolet électrique en même temps. Les infimes chances de survie qui lui restaient se sont probablement évaporées du même coup, maintenant qu'il est aussi vif qu'un légume.

Il est certain que j'aurais préféré ne pas faire le voyage dans le même compartiment que Nyx, mais heureusement, la jeune fille fait tout en son pouvoir pour m'ignorer, comme si j'étais indigne de son attention. J'en fais donc de même et observe une femme vêtue de blanc circuler entre nous, une espèce de seringue géante entre les mains. Lorsqu'elle s'approche d'Elisa et lui ordonne de tendre le bras, ma sœur recule tout contre son siège. Agacée, la femme jure avec son accent du Capitole et se saisit brutalement du bras d'Elisa, me jetant un regard d'avertissement. Ma sœur pousse un glapissement de douleur, puis il me semble voir une faible lueur transparaître à travers sa peau.

-À toi, garçon du Huit, me dit-elle.

-J'ai un nom.

-Rien à foutre. Ton bras.

Il y a des pacificateurs dans la cabine, alors défier cette femme serait absurde. Je tends le bras et elle enfonce sa seringue dans mon avant-bras, juste entre les veines. La douleur fait perler quelques larmes sur le coin de mes yeux, mais je ne lui offre pas la satisfaction de protester.

-C'est quoi ces trucs ? je demande néanmoins en frottant la bosse sous ma peau.

-Des mouchards. C'est le règlement.

-Depuis quand ? je m'exclame, surpris.

-Cette année. Fille du Six, ton bras.

Alors que la femme retourne à son travail, j'analyse cette nouveauté. Jamais le Capitole n'avait implanté de mouchards sur des tributs, en vingt-cinq ans de Jeux. Est-ce que des tributs avaient tenté de fuir l'arène ? Ou est-ce simplement pour s'assurer de ne rien manquer des meilleurs moments ? Je suppose que malgré toutes les caméras qu'une arène dispose, un tribut peut sans doute parvenir à se cacher des Juges…eh bien, plus maintenant. Où que je serai dans l'arène un technicien quelque part sera en mesure de me retracer. Je n'aime pas ça.

En plus, la disposition du mouchard est astucieuse. À cet endroit de l'avant-bras, je sais qu'une veine importante circule, et la trancher peut entraîner une mort très rapide. Sans une chirurgie précise, il est beaucoup trop dangereux pour un tribut qui veut rester en vie de s'arracher l'appareil traceur. Ils ont pensé à tout, visiblement.

Une série de claquements sourds secouent alors l'hovercraft, ce qui me donne l'impression que nous atterrissons. Il est probable que nous allons nous retrouver sous terre. Chaque année, c'est de sous le sol que les tributs entrent dans l'arène. La porte de notre étroite cabine s'ouvre et un officier des pacificateurs nous fait signe de nous lever et de le suivre, en mettant l'accent sur le mot «calmement». Nous obéissons tous, même si Nyx et moi ne pouvons résister à l'envie de jeter un regard menaçant au policier.

Une escorte emporte d'abord de la baie d'amarre les tributs du district Six. Pendant que nous attendons notre tour, je m'assure de serrer une dernière fois Elisa et de lui donner des derniers conseils.

-Ne panique pas.

-Je…j'ai peur, Malek.

-C'est normal, mais surtout, ne panique pas. Évite les combats. Trouve-toi un endroit éloigné où grimper et cache-toi. Personne ne peut t'attraper dans les hauteurs, tu le sais. Et s'il te plaît…évite de regarder le bain de sang.

-Tu vas t'enfuir aussi, hein Malek ? Tu ne vas pas…

Mon air sombre lui fait écarquiller les yeux d'inquiétude. Peu importe le décor de cette année, nous ne survivrons ni l'un ni l'autre sans un minimum de ressources. Je ne vais pas rester indéfiniment à la corne, bien sûr ; ce sera l'objectif principal des carrières. Mais il me faut prendre un sac à dos plein, et prier pour que ce soit un contenu utile.

Nyx a un reniflement méprisant, et cette fois, je réagis vivement.

-T'as un problème ?

-Vous me donnez envie de gerber, répond-elle, un rictus sur les lèvres. Tu ferais mieux de la laisser crever au bain de sang ; au moins, tu n'auras plus un tel boulet sur les épaules.

-Retire ça !

-Non. Toi et l'hypocrite du Douze, vous vous valez bien. Vous vous donnez des grands airs de noblesse, mais devant la mort et le chaos, même toi, tu serais capable d'enfoncer un couteau dans la poitrine de cette gamine…

Je suis retenu de justesse par la poigne de fer d'un pacificateur lorsque je manque de lui bondir à la gorge. Nyx ne cachant pas qu'elle aurait voulu ce combat, elle est aussi immobilisée jusqu'à ce qu'on appelle son district.

Puis, quelques minutes plus tard, on vient nous chercher à notre tour. Elisa et moi sommes emmenés dans un long couloir bordé de gardes en blanc. La moitié de notre escorte conduit soudain Elisa dans une direction différente. Au cri de surprise de ma jeune sœur, je me retourne, arrêté par les pacificateurs agacés.

-Tout va bien, Eli ! je lui lance. Souviens-toi : grimpe !

C'est la dernière que j'ai le temps de lui dire avant qu'elle ne soit hors de ma portée. Je suis conduit, dans un silence uniquement ponctué par le claquement des bottes des pacificateurs, jusque dans une petite pièce contenant, facilement reconnaissable, un tube de lancement juste assez large pour un humain adulte. Pour un gamin maigrichon comme moi, ça devrait être pas trop effrayant.

J'ai la surprise de constater que Gliese m'attend dans cette pièce, seule. Un vague agacement m'envahit, jusqu'à ce qu'elle me tende un objet que je n'aurais jamais cru revoir de ma vie.

-J'ai cru comprendre que tu n'avais pas de souvenir de ton district. Quelqu'un de là-bas a remué ciel et terre pour te l'envoyer.

Il s'agit d'un vieux bandana vert, simple et passablement effiloché, que mon oncle m'a offert pour me donner le titre non officiel de spécialiste des arts martiaux. Il m'avait dit que, dans le temps, on offrait une ceinture colorée aux apprentis pour signaler leur passage. Le tissu coutant cher, même dans le district le produisant, il m'avait acheté à la place ce bandana. Une légère appréhension m'envahit. Un tel cadeau doit probablement être considéré comme un sponsor ; quelle fortune ont-ils dépensée pour que je le reçoive ?

-Il y avait un message, aussi, révèle la styliste en me remettant le bandana. «Je me suis assuré que le district regrette son geste. P.»

Peter ! En réfléchissant au sens de ce message, je crois comprendre d'où viennent les fonds. Mon cousin a dû quêter l'argent auprès de tous ceux qui ont voté contre moi durant la Moisson. C'est la seule façon qu'il aurait pu trouver pour ramasser tout l'argent.

-Les officiels du Capitole voulaient l'envoyer via un parachute, poursuit Gliese. Mais j'ai réussi à les convaincre que c'est un souvenir de district, et que par conséquent, c'est ton droit de l'avoir avant l'arène.

-Je…je ne sais pas quoi dire, j'admets. Merci.

-C'est tout naturel. Attends, je vais t'aider à l'enfiler.

Je ne comprends la raison de son geste trop maternaliste lorsqu'elle me glisse précipitamment à l'oreille, à l'écart des caméras :

-Tout le monde au Capitole n'apprécie pas nécessairement les Hunger Games…ou le Capitole.

Choqué par les implications de cette phrase discrète, je m'efforce de rapidement afficher un air neutre, car je sais que nous sommes sous étroite surveillance. Gliese a attaché le bandana sur mon front, comme si elle savait exactement que c'était là que j'ai l'habitude de l'attacher.

-Je n'ai pas nécessairement été sympa avec vous…je dis. Pourtant, vous avez toujours fait votre boulot correctement. Je suppose que je peux au moins admirer ça.

-Mon stagiaire a fait beaucoup plus que tu ne le crois. Il a du talent.

-Je suppose, m'efforçant de cacher que j'ai détesté certaines tenues.

Un long silence s'écoule, pesant et malaisé, jusqu'à ce qu'un signal lumineux m'ordonne de me glisser dans mon tube. La gorge serrée, je me sens bouger comme si je n'avais plus de contrôle sur mes propres jambes. Le temps s'étire, et chaque seconde devient une heure. Lorsque j'entre finalement dans le tube, et qu'il se referme sur moi, j'entends la voix de Gliese me dire de dernières paroles, souvent entendues, mais que j'entends pour la première fois chargée de sincérités.

-Puisse le sort t'être favorable, Malek.

Je me sens soulever dans les airs par la plaque sous mes pieds, et graduellement, la styliste disparait de mon champ de vision pour ne faire place qu'aux ténèbres. Vaguement prit de claustrophobie, j'ai soudain hâte de sortir de ce piège mortel. Alors que cette pensée parcourait mon esprit, la plaque s'immobilise au milieu du trajet, me coinçant quelque part sous terre. Qu'est-ce qui se passe ? je songe avec horreur. Une panne ? Une stratégie vicieuse des Juges ? Et s'il n'y avait pas d'Expiation ? Et si tout ça n'était qu'une farce pour finalement tous nous exécuter, seuls et dans le noir…la panique commence à me gagner, quand soudain, une lumière holographique se matérialise sous mes yeux.

J'y vois cinq silhouettes humaines, vêtues d'une version modifiée de l'armure des pacificateurs, à laquelle des protections rigides ainsi qu'un casque intégral ont été ajoutés. Un fusil de précision se trouve entre les mains de chacune de ces silhouettes. Alors qu'un mauvais pressentiment prend la place de la panique, la voix d'Auguste Ocrux envahit mon tube.

-Bonjour, chers tributs ! En l'honneur de l'édition d'Expiation, le comité des Juges a décidé d'ajouter une dose supplémentaire d'excitation dans les Jeux. Voici…les Traqueurs. Leur rôle est simple : vous trouver et vous tuer. Vous êtes autorisé à vous défendre, bien sûr. Lorsque l'un des cinq Traqueurs succombe, un gong retentira dans l'arène. Puisse le sort vous être à tous favorables.

Les sales psychopathes ! Ils veulent qu'on se défende contre des adultes armés de snipers avec des épées et des couteaux ? Mais ils ont pété un câble ! Alors que je vocifère contre eux, la plaque se remet en mouvement et je suis précipité vers la surface à une vitesse décuplée.

XXXXXXX

-Tous les tributs sont dans les tubes, madame la présidente, annonce l'un des techniciens en constatant que toutes ses lumières sont dans le vert. Début de l'ascension.

C'est un jour historique. C'est la raison pour laquelle Dawn a insisté pour être présente dans la salle de contrôle lors du lancement de l'Expiation. Le point culminant de son œuvre…sans se départir de son air impassible, la femme d'état bout d'excitation. Elle se permet quand même un mince sourire de satisfaction.

-Arrêtez les plaques, ordonne-t-elle. Préparez l'annonce de la «surprise».

-Entendu.

-Les Traqueurs sont en position ?

Une autre technicienne, installée devant un large écran scindé en cinq, plisse les yeux dans l'attente du signale. D'abord T3 confirme sa position, puis T4, T5, T1 et enfin T2. Cela fait déjà deux jours qu'ils sont dans l'arène, à se familiariser avec la disposition des lieux, mais ils ont assez de vivres pour survivre un mois entier. Sur la carte de l'arène, des zones colorées indiquent les zones de chasses favorites des Traqueurs. Ce groupe meurtrier est une idée à elle. Il faut s'assurer que l'Expiation soit inoubliable, car de cette façon, le public en redemandera. Et bien d'autres sont prévues.

Dawn se déplace calmement vers l'écran des mouchards. Outre offrir en temps réel la position des tributs, ces merveilles technologiques permettent de surveiller la totalité des signes vitaux des vingt-quatre participants. Il sera ainsi plus simple de déterminer quand un tribut est mort, et éviter les erreurs gênantes comme il y en avait eu dans le passé. Un canon pourrait ainsi retentir précisément lorsque le cœur du tribut cesserait de battre.

Actuellement, la plupart des tributs présentent une augmentation du rythme cardiaque, probablement en raison du message qui circule sous leurs yeux pour leur apprendre l'existence des Traqueurs. Dawn se demande alors ce qu'ils ressentent. De la peur, de la colère ou…de l'excitation ? Si les carrières sont intéressants, il y a certains autres tributs qui font montre d'un grand potentiel. Et certains qui pourraient s'avérer particulièrement dangereux.

Sans surprise, des enfants de rebelles se retrouvent cette année dans les Jeux. Ceux du Huit, par exemple, dont l'oncle a été arrêté le jour même de la Moisson. Ils ne sont même pas au courant. La présidente a bonne mémoire. Ce qu'elle se souvient du garçon, c'est que c'est un rebelle dans l'âme. Voilà pourquoi elle lui a donné un dix à l'évaluation, note bien au-delà de sa performance. Le carrière du district Un n'est pas du genre à se laisser dépasser par un rival ; tôt ou tard, leurs chemins se croiseront.

Le message terminé, les plaques des tributs reprennent leur ascension et débouchent enfin sur l'arène. Au moins la moitié est aveuglée par l'éclat du soleil filtrant à travers le dôme énergétique. Une autre nouveauté, qui empêche définitivement toute tentative d'évasion. Sans compter qu'il permet également un contrôle du ciel et du climat beaucoup moins coûteux que les techniques de jadis. Oui, les Hunger Games entrent dès à présent dans une nouvelle ère.

Les tributs découvrent l'arène, d'un genre totalement nouveau. Outre la surprise, certains sont franchement inquiets devant les possibilités qui s'écroulent. Ils n'avaient certainement pas prévu ÇA…

-Enclenchez le décompte, ordonne Dawn. Que le spectacle commence.

XXXXXXX

Je jaillis à l'air libre presque sans prévenir, et instinctivement, ma main se dresse pour protéger mes yeux de la lumière du soleil. La première chose qu'on remarque, c'est l'air. Un air lourd, comme chargé de relents de plomb et de mort. Mon odorat ne détecte aucune senteur d'arbre.

Un vent sifflant fait claquer mon manteau tandis que, graduellement, ma vue se réhabitue à la lumière. Une longue minute m'est nécessaire pour pouvoir détailler mon environnement, et celui-ci ne ressemble en rien à de ce à quoi je m'attendais.

Il n'y a pas de vert, il n'y a pas de brun. Au lieu de l'herbe, du béton fissuré et des débris de pierre s'étendent à perte de vue sur le sol. Parcourant l'horizon, comme un labyrinthe monstrueux, des structures de béton et de métal se dressent partout, tout autour de nous. À perte de vue, il ne semble n'y avoir rien de viable.

Mais ce qui attire le regard en priorité, se dressant de toute sa hauteur vers ce ciel nuageux, c'est ce monument colossal, de la taille d'un gratte-ciel, qui s'étend à cent mètres de la corne d'abondance. Tout en métal, la tour rougie par la rouille possède une forme triangulaire et repose sur quatre larges pattes fermement ancrées dans le sol. La pointe de la tour semble défier le ciel, et j'ai le temps de voir un éclair frapper ce sommet avant d'entendre un bruit familier.

Le décompte de soixante secondes a commencé. Rapidement, j'abandonne mon observation de cette cité en ruine et de cette tour pour observer la corne d'abondance et les tributs. À mon grand soulagement, Elisa est située très près d'une façade d'immeuble. Il lui suffira de parcourir entre vingt et trente mètres avant de pouvoir se placer dans les hauteurs. Cette arène est une aubaine en or pour ma sœur, parce qu'à quelques détails près, elle pourrait se croire chez nous. Elle saura se cacher.

Rudy est invisible à moi, probablement directement de l'autre côté de la corne -nous sommes disposés en cercle autour-. Les carrières sont dispersés, et je constate que Lothar est plus concentré sur les piles de matériel débordant de la corne d'abondance que sur moi. Ça me rassure. Quant à Nyx, elle semble davantage occupée à étudier l'arène avec un rien d'inquiétude qu'autre chose. J'imagine que ce décor doit lui être totalement étranger, dans son district forestier.

Maintenant que je suis rassuré sur la position de mes ennemis déclarés, je repère Karel, relativement loin. Elle me fait un signe de la tête, puis se pointe du doigt avant de secouer négativement de la tête. Je comprends qu'elle ne veut pas que je tente de la rejoindre. Trouve-t-elle que c'est trop dangereux, ou parce qu'elle a changé d'idée sur sa proposition d'alliance ? Impossible à savoir.

Plus que trente secondes.

La corne d'abondance est hideuse. Un dirait un amoncellement de plaques métalliques rouillées qui ont été étroitement, mais grossièrement, soudées ensemble dans une forme approximative de corne. Des caisses métalliques sortent de cette gueule béante, elles aussi rouillées, et du matériel semble avoir été dispersé au petit bonheur tout autour. Des sacs à dos s'y trouvent, néanmoins, et ça me soulage ; je me voyais mal partir avec une de ces lourdes caisses.

Toutefois, le terrain entre le cercle des plaques de départ et les ruines est jonché de décombres. Il sera difficile de fuir sans trébucher sur ce sol traitre. Et des tributs pourront aisément se cacher parmi ces débris.

Un autre problème, de taille, s'impose soudain à mon esprit : comment vais-je trouver de l'eau dans ce décor apocalyptique ?

Le décompte est presque terminé, et je me mets en position, prêt à courir. Il ne faut pas partir trop tôt ; des mines sont placées sous chaque plaque, et elles ne se désactiveront qu'à la fin du décompte. Pas avant. L'adrénaline parcourt mes veines, alors que les derniers grains de sable du sablier s'écoulent.

Cinq…

Quatre…

Trois…

Deux…

Un…

-MESDAMES ET MESSIEURS, annonce la voix d'Auguste Ocrux. QUE LES VINGT-CINQUIÈMES HUNGER GAMES…COMMENCENT!

L'instant d'après, la porte des enfers était ouverte.

« La guerre…la guerre ne changera jamais »

XXXXXXX

Héhé, pas encore de bain de sang ! Ce sera pour la prochaine fois. :P