Bonjour à tous! J'ai pas mal été absente ces derniers temps mais je suis particulièrement heureuse de vous dire que ma fic est désormais complète car ce chapitre est le dernier et la clos! YOUPI! C'est pas que j'aimais pas l'écrire, bien au contraire, ça a été une expérience extraordinaire sur près de deux ans! Mais j'avoue être soulagée de l'avoir terminée, pour vous, mais aussi pour moi, c'était un projet qui me tenait à cœur car c'est ma première fic :D

Je posterais sous peu une sorte de "note du fan-ficeur" afin d'y mettre et d'y expliquer mes inspirations pour cette fic, si cela peut intéresser quelques un d'entre vous! (vous verrez que depuis le début, des détails sont placés là où on ne les attend pas!)

J'ai également pour projet d'ouvrir une autre fanfic qui sera une espèce de suite sur le gagnant, les conséquences de sa victoire et sa vie durant ses années de mentor, ses rencontres, notamment avec Finnick ou Johanna etc!

Ceci étant dit, je ne vous retiens pas plus longtemps pour vous laisser découvrir le vainqueur de ces 64 ème Hunger Games!

Merci aux reviewers: FaenaFiliana, Eclipse on Panem (WHAOU tu me flattes tellement! *.* Ahh et j'apprécie vraiment que tu aimes Lucia! C'est vrai qu'elle est top haha! Et comme tu dis: rien n'est moins sur! Merci en tout cas, j'espère que ce chapitre te plaira autant!), nina123 (Merci! Pour la final, on est à l'abris de rien, crois moi, je pense que tu vas pas la voir venir, celle ci :D), mama99 (merci beaucoup! Je tenais absolument à mettre en lien les deux histoires, je trouve que ça donne plus d'intéret et plus d'impact! Malheureusement, il ne peut y avoir qu'un seul gagnant et aucune possibilité que les deux s'en sorte... A savoir qui s'en sortira désormais! Et navré de ne pas avoir posté plus tot, mais vaut tard que jamais, je suppose XD), Ilfasidrel 57 (Rahhhhh mais merci quoi, merci de ce compliment juste incroyable *.* haha et je n'ai pas encore atteint le sommet du sadisme! :D),


Acacia (de son vrai nom Lucia) Aaron, District 11, 7h05

Quand je regarde le ciel et que je ne vois rien le survoler, comme depuis le début des Jeux, je me souviens que ce que je vis n'est pas réel. Pourtant, je peux tout ressentir ; l'air sur mon visage, l'herbe fraiche sous mes pieds, la caresse du soleil sur ma peau et les milles parfums que la nature pouvait offrir. Réaliser que tout cela avait été créé, façonné, transformé pour les Jeux était une vérité inacceptable. Cette réalité avait été polie pour nous faire oublier la vérité. Nous étions enfermés dans une fiction, dans une scène montée et nous subissions aléatoirement tout ce qu'il s'y passait. Aucun oiseau n'a traversé le ciel depuis le début des Jeux. Aucun. Je le réalise désormais. J'ai trouvé la faille, et c'est ce qui me raccroche à la vérité. Il ne s'agit pas d'un simple Jeu ; c'est tellement plus que cela.

Je me relevais doucement. Tout semblait aller tellement lentement. Tout semblait être ralenti. Chaque mouvement me donnait l'impression de déplacer des montagnes et de durer indéfiniment. L'impuissance ressentie me donnait envie de hurler de frustration. Pourtant, je mettais toute la volonté possible à me cacher derrière un tronc. Ma capacité de survie prenait le dessus inexorablement, et allait bien au-delà de ma volonté. J'en oubliais Ethan pendant une seconde, reprenant mon souffle, puis attrapais sa main pour le trainer alors qu'il gémissait sous l'effort. L'instant d'avant alors qu'il avait hurlé et m'avait poussée presque en même temps, j'ai pensé que c'était pour me tuer. Je m'étais préparée à riposter, ne lâchant mon morceau de vie pour rien au monde. Mais pendant ce qui m'avait semblé être des minutes et non pas des micros secondes, je l'avais vu hurler et tomber à genou, une expression d'intense douleur déchirant son visage. Son cri avait pénétré le silence effrayant des Jeux de manière tellement brutale que j'en étais restée coite. J'avais senti mon cœur se pincer douloureusement, souhaitant presque absorber la douleur si cela pouvait apaiser la sienne. Mais je m'étais vite remise à la réalité. C'était avec la tête qu'il était nécessaire de penser, dans l'arène. Pas avec le cœur.

Je m'étais redressée soudainement, l'avait saisis par la manche de son tee shirt et avait tiré dessus avec force, de manière à le faire basculer complètement de côté. Juste à ce moment, un éclair métallique avait traversé l'air à l'endroit où se trouvait la tête d'Ethan et le shuriken vint se planter dans l'arbre plus loin. Cleta. Dominée par la peur, j'avais rampé seule jusque l'arbre, avait fermé les yeux un instant avant de réaliser qu'Ethan n'arrivait pas à bouger malgré ses efforts. Je l'avais attrapé par la main et ramené vers moi avec difficulté.

Les oiseaux. Le dernier ciel que je verrais sera probablement un ciel virtuel, dénué de sens. Une pale imitation de son original. Le ciel était une faille. Et nous étions bien dans les Jeux, il n'y avait aucun échappatoire si ce n'est la mort.

Ethan, désormais adossé à l'arbre à côté de moi, ne perd pas de temps. D'un mouvement étonnamment précis, il saisit son arbalète, laissée là et se tourne pour viser avec précision les bosquets au loin, obligeant Cleta à changer de retranchements. Il bascule évidemment mais parvient à se redresser avec mon aide. J'aimerais dire que je suis utile, mais j'ai réellement l'impression de ne pas l'être. Ce n'est pas que je n'ai pas envie de survivre ou que je sois une pauvre gourdasse qui est arrivée à ce stade des Jeux par chance… Cela n'a pas grand-chose à voir avec la chance. Pour être ici, j'avais tué. Mon cœur se pince douloureusement. J'avais tué des adolescents. Mon regard devient vide un instant, avant que je me rende compte que la respiration profonde et bruyante qui obstrue mes oreilles n'est pas celle d'Ethan. C'est la mienne. J'ai du mal à respirer et mes yeux semblent amplis d'une nappe épaisse de brouillard. Mes oreilles se bouchent par moment, et les cris d'Ethan pour me reconnecter à la réalité, son visage près du mien, ses claques sur mon visage me paraissent lointains. Il a besoin de moi. Je secoue la tête, prenant compte de l'état second dans lequel je m'étais enfermée et ses cris deviennent distincts. Je hoche la tête et il recharge son arbalète aussitôt, lançant des regards affolés partout autour de nous. Cleta. Je fais de même et saisis deux couteaux par automatisme. Quand je tourne mon regard vers Ethan, un bref instant, c'est pour le baisser vers ses jambes. Elles restent devant lui, immobiles, et le sang a déjà peint l'intégralité du bas de son pantalon. Quand il fait un mouvement de bassin, je retiens une exclamation d'horreur. J'aperçois le shuriken planté dans sa chair, en plein dans le muscle. Impossible de marcher. Sans compter le sang qu'il perdait et qui le rendait plus faible chaque secondes. Impossible de retirer les petites armes également ; elles sont trop enfoncées dans la chaire. Mon cœur bat la chamade. J'ai du mal à maintenir les couteaux, mes mains tremblent, mais l'adrénaline me fait soudainement serrer leur manche jusqu'à ce que mes jointes blanchissent.

Ethan souffle fort une insulte puis se repli à mes côtés. Il recharge l'arbalète avec une grimace qui me fait penser à un mauvais sourire et j'admire la force avec laquelle il parvient à dissimuler sa douleur pour ne pas m'influencer. Il tourne finalement son regard aux aguets vers le mien et je me rends compte que je l'ai observé pendant tout ce temps. Il semble ne pas pouvoir parler –sa bouche est barré d'une balafre récente et je suis certaine que le seul son qui peut en sortir est un hurlement-. Quant à moi, ma gorge me brûle terriblement, et avaler ma salive me donne l'impression d'ingurgiter un rasoir.

Alors nous nous regardons comme pour profiter de la courte trêve offerte par la progression de Cleta. Parce que nous savons qu'aussi certainement que Cleta arrive que pour que l'un de nous deux vive, l'autre doit mourir. Et j'aimerais beaucoup dire que je suis prête à me sacrifier pour quelqu'un que j'aime, mais je suis réaliste. Nous voulons tous les deux vivres. Inutile de se mentir à soit même, nous le voyons clairement dans nos yeux. C'est dans le gène humain. J'aimais sincèrement Ethan, plus passionnément que Taleb, mais quelques jours ensembles à représenter la seule chance de garder la raison l'un pour l'autre pouvaient s'estomper devant un enjeu aussi grand que celui de nos vies. Aucun de nous ne veut et ne peut se sacrifier pour l'autre, et je sais que nous n'en tiendront pas rigueur. Cependant, nous voulons que l'un de nous vive. Et pour cela, il fallait absolument se débarrasser de Cleta. Et alors que nous semblons en venir à la même conclusion, j'ai un doute. Minuscule mais bien présent depuis le début des Jeux. Et si nous nous retrouvions tous les deux en final, ce que nous avions prévu au mieux, allait-il se battre loyalement ou me tuer en traitre ? Qu'est-ce que je ferais si moi, j'en avais la possibilité ? Jusqu'où l'espèce humaine était capable d'aller pour survivre ? J'avais tenté de reculer la réflexion pour ne pas y trouver de réponses. Mes actes m'avaient déjà prouvé que j'étais capable de tuer. C'était terrible, mais je n'avais connu aucune de ces personnes. Je connaissais Ethan. J'avais grandi avec, même si ce n'était pas dans de bonnes relations. Mais je l'avais connu, et désormais j'y étais attachée. Etais-je capable de le tuer sans pitié ?

Il sembla lire le doute dans mon regard et ferma le sien sévèrement comme pour me le reprocher, avant de tourner la tête attentif. Il a tort, cependant. Il ne peut pas me reprocher de douter de lui. Il est impossible qu'il me fasse entièrement confiance, autrement je crains malheureusement qu'il tombe de haut, car je ne sais pas moi-même de quoi je suis capable. Parce qu'après tout, qu'est-ce que c'était, la confiance, si ce n'est un ramassis de naïveté et d'hypocrisie ? Comment pouvait-il l'exiger ? Je n'avais aucune garantie, aucune certitude de la lui accorder. Et en même temps, si nous le pensions tous les deux, il est vrai que nous en mourrions. Cleta. L'objectif, c'était de se faire confiance jusqu'à ce que le canon tonne à sa mort. Tout changerait au moment où cela arriverait. Et enfin, nous saurons, les yeux dans les yeux, à priori, qui nous étions vraiment face à la mort.

J'entends un bruissement de feuille venant sur ma gauche et esquive un mouvement par reflexe. Je guette, mais ça ne semble pas être elle. Le problème, c'est qu'elle peut être n'importe où. Ethan me fait signe de sa main libre, l'autre visant à l'arbalète, de rester où je suis. Je fronce les sourcils, mi-perplexe, mi-ennuyée et détourne le regard pour guetter de mon côté. Il est incapable de se lever, et de tenir sur ses jambes. Alors si l'un de nous doit se battre, c'est bien moi, il va falloir qu'il se fasse à l'idée que sa finale ne sera pas d'un grand exploit. Et puis avec un peu de chance il pourra m'aider en la visant à l'arbalète. J'ai beau être sure de moi, me sentir capable d'en découdre malgré le mal horrible de ma gorge, je sens la peur me tordre les boyaux.

Je me remets à réfléchir à toute vitesse. Une des meilleures stratégies, à ce stade du jeu, c'était de ne pas tomber dans la peur qui perturbait vos sens comme un caillou dans une eau calme. Je devais me reprendre, et réfléchir à la stratégie de Cleta. Penser comme elle. Cleta est intelligente, c'est une certitude. A sa place, je prendrais mon temps pour laisser mes adversaires blessés se vider de leur sang et les cueillir à la mort. Mais il s'agissait d'une finale. Il fallait du spectacle, et si elle ne se décidait pas à venir nous conter fleurette, elle serait alors forcée de le faire par les juges. Et ça n'allait pas lui plaire. Cleta n'allait pas tarder, c'était désormais une certitude.

Mon cœur bat la chamade. J'ai tellement chaud, j'ai tellement peur, j'ai tellement froid, je voudrais simplement rentrer à la maison. Je voudrais que tout se termine. Mon ventre se contracte à chaque bruissement. Je secoue vivement la tête pour garder un semblant de raison. Je tremble, je serre mon couteau avec conviction. Elle allait arriver. J'aurais aimé que mon père soit là, et que je lui dise que j'étais terrorisé, et qu'il me réponde alors que tout irait bien, même si c'était faux. Je ne voulais pas tourner la tête vers Ethan. Il était tout aussi terrorisé que moi, si ce n'est plus, lui, qui venait de perdre l'usage de ses deux jambes. Personne n'est invincible dans les Jeux, et prétendre de ne pas avoir peur alors que vous savez que votre heure approche n'est qu'une manière de le dissimuler. Tout le monde a peur. Me vient alors une pensée : Cleta doit être terrorisée. Sans réfléchir une minute de plus, je saisis ce que j'ai sous la main. Dans le sac qui traine, des objets désormais inutiles. Une bombonne de fils, une gourde et un couteau minuscule. L'arène est d'un silence oppressant, et je sais que Cleta, si elle se concentrait et avançait en tendant l'oreille, pouvait être guidée par nos respirations. Mais plutôt que de ne plus faire de bruit, malgré que je sois au bout de mes forces je prends le risque de changer de tronc. En un instant, je l'atteins en grimaçant. Je ne faiblis pas et mets ma main en visière au-dessus de ma bouche. Je sais qu'il n'y a pas d'oiseau ici, mais avec de la chance, Cleta, elle, ne s'en était pas rendue compte. Elle était en plein dans cette fiction.

Il fallait l'effrayer. Il fallait faire tomber un caillou dans l'eau calme qui la baignait.

Et si… Oui ! J'imitais sans problème un des oiseaux qui survolait les champs du Onze. Le corbeau. Il ne portait jamais bonne augure, n'était pas bien impressionnant mais son cri était sinistre. Nous l'avons toujours associé à la mort ou à la destruction. De plus, le moindre son animalier dans l'arène et proche de vous, qui plus est, n'est pas bon signe. Il y a de fortes chances que cet animal cherche à vous tuer.

Cleta, immergée comme elle devait l'être dans l'arène, sur nos pas alors qu'elle ignorait mon état et mes dispositions au combat, était aux aguets. Et elle était tout aussi terrorisée que nous. A la fin des Jeux, tout était possible. Il fallait absolument que je la fasse paniquer, perdre le contrôle. Il fallait, pour que nous ayons une chance, que je brouille sa piste, que je détruise son champ auditif.

Je me mis alors à imiter plusieurs fois les roucoulements des corbeaux (dans le district, on s'entrainait à le faire depuis petit pour s'amuser, et j'avais appris par la suite à le perfectionner pour surveiller les champs et faire fuir les bêtes, comme beaucoup de jeunes du District). Au bout de quelques roucoulements espacés, j'en lançais un plus perçant et strident que les autres et jetais ma bobine en l'air, et loin, vers la droite, de manière à ce qu'elle n'atterrisse pas près de Cleta, mais suffisamment proche pour qu'elle réagisse. Je souhaitais de tout mon cœur que cela fonctionne. Associer les cris des corbeaux, à priori terrifiants d'après le contexte, à un objet qui traverserait les arbres avant de tomber à terre, devrait sans problème déstabiliser Cleta. C'était notre seule chance de la mener dans nos filets, aussi terrorisée que nous. Je pouvais l'imaginer marcher vite, voir courir dans les bois, commençant à paniquer à cause des bruits des objets que je balançais pas fréquence et des cris qui devenaient de plus en plus fort, à mesure qu'elle s'approchait de moi. Avec de la chance, elle était tellement effrayée, qu'elle croirait sans problème mes imitations et ma supercherie. Je l'espérais.

Ethan, qui, jusque-là, m'avait regardé faire, adossé au tronc, commença à imiter l'oiseau à son tour. A cet instant, je pourrais presque lui sourire avec complicité, mais notre contact visuel suffit à me réchauffer le cœur. Il pense à la même chose.

Un jour, dans le District 11, alors que nous n'avions pas plus de quinze et seize ans, les hommes du Terrain nous avaient entrainés toute une matinée à imiter des oiseaux. Bien sûr, nous savions déjà le faire, car les enfants s'amusaient toujours à les imiter, mais c'était devenu une mission sérieuse. Cela nous avait longtemps fait rire, avec Taleb. C'était d'ailleurs la première fois, et la seule, il me semblait bien, que Taleb, Ethan et moi avions ri en même temps. Ça avait semblé ridicule de voir les hommes à la carrure impressionnante du Terrain, imiter un oiseau aussi nuisible que l'était le corbeau, avec autant de sérieux. En grandissant, j'avais deviné sans peine que nous l'avions appris pour nous en servir comme d'un code, plus tard. Le corbeau. Il annonçait un danger ; la mort. Il annonçait les pacificateurs.

Dans l'arène, il annonçait désormais une carrière ; un soldat du Capitole. Cleta.

Ethan et moi reprenions notre souffle par fréquence en nous alternant. Cela ne dura pas une éternité, mais c'était suffisamment malin pour en venir à la conclusion que Cleta était bel et bien perturbée. Pour ma part, je restais vive car tout de même en panique, et me redressais pour me tenir debout, prête à en découdre. Ethan ne pourrait pas se battre à moins qu'il ne s'agisse d'un combat à terre, alors que moi… Mais j'étais prête, je me sentais une force nouvelle.

Tout aurait été plus simple si je n'avais pas senti une douleur aigue me saisir soudainement au cou. J'eus un haut le cœur, et tout s'enchaina alors subitement. J'eus l'impression que l'on m'étranglait de nouveau et je poussais un râle, lâchant mon couteau pour me palper le cou avec frénésie. Je n'y sentis rien, cependant et cela finit de briser le mur que j'avais construit pour ne pas perdre le contrôle. Je tombais à genou et appuyais ma tête contre le tronc, la bouche grande ouverte et le cou tendu, comme pour mieux aspirer l'air. Ma gorge continuait à me brûler mais j'avais la désagréable impression que la douleur se propageait dans mon dos et dans le reste de mon être. Avant de remonter soudainement. Je sentis le liquide me déchirer de l'intérieur jusque ma bouche. Je le crachais tout aussi vite. La douleur n'était rien comparée à ce que j'avais sous le nez. Du sang. Mon sang. Je fixais la main avec laquelle je m'étais essuyée la bouche et restais hypnotisé devant le spectacle de mes doigts poisseux et ensanglantés. Je n'avais jamais été réellement horrifiée par le sang. Encore moins par le mien, du moment qu'il s'agissait d'une légère blessure identifiable. A la différence que ce sang devait venir du fond de mes tripes et qu'il n'était pas de la texture qu'il aurait du être. Je suis affalée sur le sol, désormais, mes mains sur le cou à cracher mon propre sang. Je panique et sens des larmes strier mon visage. Je ne comprends pas ce qu'il se passe. C'est hors de contrôle. La douleur déchire mon être et j'ai l'impression que mon corps se décompose vitesse grand V de l'intérieur. J'ai l'impression qu'il pourrit.

C'est lorsque j'ai un nouveau haut le cœur, au milieu des larmes que je ne maitrise plus du tout, que j'entends le cri perçant de Cleta. Je pose ma main au sol pour me redresser, tentant de retenir les hauts le cœur qui me saisissent. Mais je finis toujours par devoir cracher le sang qui emplit ma bouche, comme une source intarissable. Je panique, je gémis et sens des larmes de frustration et de douleur couler sur mes joues. J'ai du mal à respirer, évidemment, car le sang empêche visiblement l'air d'entrer dans mes poumons.

Je parviens cependant à tourner la tête pour voir avec horreur Cleta et Ethan se battre avec la férocité du désespoir. Malgré ma vision troublée par la fatigue et la sueur, je remarque que Cleta a une flèche cassée enfoncée dans l'épaule droite alors qu'Ethan tangue misérablement sur ses jambes. L'adrénaline leur coupe la douleur. Je vomis de nouveau. Je ne saurais dire lequel des deux à l'avantage. Cleta évite habilement les poings puissants d'Ethan, qu'il cherche évidement à poser sur l'épaule abimée de Cleta. De son côté, Ethan parvient à la garder à bonne distance, en la faisant chuter, pour éviter qu'elle ne lui attaque les mollets. Ils savent se battre et l'issue du combat semble serré. Le premier qui portera le bon coup aura l'avantage sur l'autre.

Une quinte de toux me saisit de nouveau et je laisse ma bouche entrouverte pour laisser le sang en couler. J'ai la tête qui commence à tourner –je me vide de mon sang, c'est normal-, mes yeux se ferment par moment malgré l'agitation du combat d'Ethan et Cleta. Je ne sais pas ce qu'il m'arrive. Cela aurait-il un rapport avec Hera, qui m'avait sauvagement agrippée et griffée assez profondément dans le dos, les mains pleines de poison ? Ce n'était pas impossible. Etait-ce dû aux strangulations répétés d'Amon, ces deux derniers jours ? A la nourriture que j'avais ingurgitée ? J'avais fait attention, mais je n'étais pas à l'abri d'avoir mangé quelque chose de mauvais. J'étais pourtant certaine que tous ces éléments ne pouvaient pas me rendre aussi mal en point, ou tout du moins, pas d'un seul coup. Surtout quand, visiblement, Cleta arrivait vers nous. Ça ressemblait à tout sauf à un coup du hasard. J'avais eu l'impression d'être piquée au cou. Une bestiole, très probablement. Ça aurait pu être une réaction violente à l'allergie du poison d'une abeille si seulement j'y étais allergique, justement. Hors, je n'étais allergique à rien, à ce que j'en savais. J'avais beau retourner les choses dans ma tête, ça ne pouvait pas être- je ne voulais pas que ce soit !- une coïncidence. Un enchainement de malheureux accidents comme c'était le cas depuis le début de mes Jeux. Je ne pouvais pas mourir à cause du cours malheureux de mon destin. Je ne pouvais pas mourir en vomissant mon sang en final ! Je pouvais gagner ! Il suffisait que je résiste suffisamment longtemps pour qu'ils s'entretuent - ?-.

Et dire que moi, Aca… Lucia, plutôt, j'allais probablement mourir à cause d'une plante ou d'une bestiole ! Lucia Aaron, fille de grand vainqueur, assassinée par un insecte après avoir tué des hommes. C'était ironique. A ce stade des jeux, si mon esprit ne s'était pas aussi obscurcit, j'aurais affiché un sourire mesquin.

Mais ça n'arriverait pas. J'écarte les bras de ma bouche et respire profondément. Je n'ai, heureusement, plus de haut le cœur pour le moment –comme si mon organisme refusait lui aussi de pourrir et luttait contre le poison – en était-ce ?-. Les regardant combattre, ne voulant pas éveiller leur soupçons et comme dans un état second, je recule en rampant. J'ai repéré l'arbalète lâchée à terre par Ethan. Mon regard s'obscurcit quand je saisis le métal froid de l'arme. Je vais vivre. Je vivrais. Je la traine difficilement et lentement vers ma tête. Je crache. Je ferme les yeux une seconde. Je respire doucement car difficilement. Je peux encore tenir. Mais le temps est compté. Mes mains tremblent mais je parviens à les serrer autour de l'arme.

Parce que, quels étaient mes choix ? Rester allongée ici, fermer les yeux et laisser mon corps pourrir pour ensuite mourir en me vidant de mon sang ? Attendre que l'un d'eux en finissent et viennent m'achever comme un animal blessé ? Attendre qu'ils s'entretuent pour gagner en m'évanouissant ? Je ne voulais pas attendre. Je n'attendrais plus jamais. L'équation était simple dans ma tête, j'en oubliais complètement les noms et les visages de mes adversaires. Pour gagner, la fille du Deux et le garçon du Onze devaient mourir. Je positionne alors lentement l'arbalète devant moi, crachant des caillots de sang. Je devais vivre. Je m'aide en m'appuyant sur mes coudes et lorsque je parviens à la maintenir en place, Ethan fait une clé de bras à Cleta qui parvient à lui frapper le mollet gauche au même moment. Semi dos à moi, il hurle et Cleta parvient à se dégager après être tombée. Après une roulade elle atteint un couteau laissé à terre. Elle lève le bras.

Et je tire.

Le déclic de l'engin mécanique fait vibrer douloureusement mes épaules mais je reste en position. Je ne sais pas exactement où je l'ai visée mais elle s'affaisse sur le côté quand Ethan la pousse. Il se redresse alors légèrement pour me regarder. Nous nous observons un bon moment, tous les deux à terre tous les deux vulnérables. Sauf que j'ai la flèche qui pourrait le tuer dans les mains. Je n'ai toujours pas baissé l'arbalète, désormais visée droit sur lui. Un déclic. « Juste un déclic et je gagne », je me répète. Je peux le tuer. Je peux encore survivre. Je sens les larmes me monter aux yeux et je gémis intérieurement, éprise d'un dilemme fatal. Ethan semble accepter le sort et me fait signe de la tête de tirer. Je lis la résignation dans ses yeux, la peur aussi, mais tout son être semble calme. Il accepte de mourir pour que je vive. Je crois même qu'il essaie de me sourire pour me rassurer mais que la peur de la mort le lui en empêche. Il veut que je tire. Il suffisait d'appuyer et je remportais les Jeux. Et je retournais vers les miens. Je reverrais Taleb. Ma mère.

Alors je tire.

Le coup de canon tonne avant même que le corps de Cleta n'atteigne de nouveau le sol. Au même moment, Ethan pousse un hurlement de douleur. Cette fois, j'ai touché Cleta en pleine tête. Sauf qu'elle a eu le temps de poignarder Ethan avant. Elle a été tellement rapide que le temps de changer de direction, son couteau s'était déjà enfoncé dans le rein gauche d'Ethan, lui arrachant un hurlement monstrueux. Je vois son corps retomber en arrière et sa main se poser près de sa blessure. D'ici, je peux voir son visage tiré par la douleur. Je n'ai plus de flèche dans l'arbalète. Quand bien même j'en aurais, je n'aurais pas eu la force de tirer, parce que ma tête rencontre le métal froid de l'arbalète avant de se cogner contre le sol.

J'entends les battements affolés de mon cœur comme s'il se trouvait juste devant moi. Fort, puissant en proie au désespoir. Je tousse faiblement tandis qu'un filet de sang s'échappe de mes lèvres. Je tente de garder les yeux ouverts pour ne pas laisser la mort m'attraper. C'est alors que les paroles d'Amon me reviennent : « Tu ne peux pas gagner ». J'avais pensé qu'il disait simplement que la victoire lui appartenait. Mais je découvre désormais une deuxième interprétation. Je ne pouvais pas gagner. Pas parce qu'il était meilleur que moi, mais parce que j'y étais destinée. Et si ça n'avait rien à voir avec des coïncidences… Et si, depuis mon tirage au sort… Tout avait été planifié ? Amon l'avait-il compris bien avant moi, lui qui était tout aussi malin et intelligent que fort ? Et si depuis le début, depuis ma naissance, j'étais destinée à mourir dans ces Jeux ? Etait-ce une manière de manipuler mon père ? De le détruire, lui et les espoirs des habitants du Onze ?

Chaque battement de mon cœur semble raisonner dans l'arène comme des coups de canons. A chaque battement, j'ai l'impression de revivre le sursaut de peur et de soulagement mêlé lié à la mort d'un tribut. Chacun d'entre eux me rapproche de la victoire comme de la perte. Chaque battement peut-être le dernier de mon être et le tonnerre de ma mort dans l'arène.

Boom. Boom. Boom. Boom.

Je suis cependant contente de ne pas avoir eu à tirer sur Ethan. Parce que si Cleta ne s'était pas redressée, je l'aurais fait. Je lui aurais tiré dessus. Pour survivre, pour retourner dans mon district. Et après ? Tout le monde m'aurait haie. Tout le monde adorait Ethan. Un coupe gorge. Voilà ce qu'était cette finale pour moi. Je ne pouvais pas gagner quoiqu'il en soit. Mourir jeune dans les jeux ou mourir vieille et haie dans mon District ? Depuis le début je le savais Je l'ai toujours su. Ce qui m'avait terrifiée au-delà des Jeux, quand Ethan s'était porté volontaire, c'était de réaliser que j'y mourrais quoiqu'il en soit, et que je devrais prendre des décisions au-delà de mes convictions.

Boom. Boom. Boom.

Je sens une dernière fois la brise virtuelle de l'arène caresser mon visage et je ferme les yeux. Elle me rappel la douceur de celle du Onze, le soir où Taleb et moi étions au sommet de la plus haute colline de notre région du District. Surplombant le monde, le soleil se levant à l'horizon avec la sensation que Panem n'était plus. Que le Capitole n'existait pas. Un vent de liberté.

Boom. Boom.

Et puis, sans que ce soit particulièrement douloureux, ni violent, je sens la vie me quitter. Je tente de consacrer mes derniers morceaux de vie à mes proches. Le visage doux et tendre de ma mère m'apparait tout d'abord. Son sourire rassurant, sa force extraordinaire face à la souffrance de son mari et de sa fille. Face à leur sort. Puis le mot laissé par mon père, ce victorieux tribut du Onze qui a consacré sa vie, je le savais désormais, à lutter pour sauvegarder la mienne, en vain. Taleb, qui avait été le pilier auquel je m'étais souvent retenue. Maya, l'innocente victime de la soif de sang des hommes. Pragto, qui, malgré tout, avait intégré ma vie et mes peines. Ethan, enfin. Je ne connaissais pas la véritable raison pour laquelle il s'était porté volontaire, mais ce n'était surement pas pour se venger de moi. J'en étais certaine. Quoiqu'il en soit, je me souviens des moments que l'on a pu passer ensembles, sans lesquelles je n'aurais pas pu connaitre la puissance des sentiments humains. Grâce à lui, je sais désormais que si le Capitole s'est établi sur les braises de la guerre, il peut aussi s'embraser grâce à la passion des hommes.

Boom.


-Dépêchez-vous, allez, remontez –les !

Les machines ont atterrit sur le sol de l'arène au moment précis où l'on avait soupçonné les deux tributs de s'être évanouit. Bien qu'ayant connaissance, grâce aux capteurs dans leur bras, de leur état de santé, il n'était pas possible d'établir un diagnostic précis de celui qui vivrait ou mourrait le premier. De peur de n'avoir aucun gagnant, le haut juge avait décidé de ne pas prendre de risque en faisant remonter les deux tributs afin de les maintenir en vie juste ce qu'il faut et voir celui qui vivrait avant de laisser l'autre mourir. L'opération était délicate. Par soucis d'équité, il fallait laisser une chance aux deux tributs de regagner la vie. Mais l'un d'eux devait mourir. Les aides-soignants se précipitèrent sur leur corps. Ils établirent un diagnostic précis. Ils prélevèrent le pou de chacun, prirent leur tension, leur température. Le suspens était à son comble dans les gradins gigantesque du Capitole. Les femmes et les hommes maquillés et vêtus de matières précieuses aux couleurs vives s'estompaient les joues avec un petit mouchoir. Les enfants avaient arrêtés de jouer pour poser des questions à leurs parents trop bouleversés pour leur répondre. Le silence se faisait sur les places des Mairies où tous les habitants avaient étés obligés de se rejoindre pour assister à la grande finale. Jamais dans l'histoire des Jeux deux tributs s'étaient retrouvés trop faibles pour se battre en final, et en même temps luttant suffisamment fort pour rester en vie. Une seule fois il n'y avait pas eu de gagnant dans des Jeux, et cela avait donné lieu aux Editions spéciales qui avaient lieu tous les vingt-cinq ans. Mais jamais nous n'avions eu un suspens pareil. Personne n'était capable de dire qui allait gagner les Jeux. Les aides-soignants se précipitaient autour des corps puis se consultaient pour échanger leurs diagnostics. Un ordre dans l'oreillette et les deux corps- en plus de celui de Cleta- furent transportés au Capitole. Personne ne pouvait voir ce qu'il se passait dans les planeurs, mais il y avait de très grandes chances que le haut juge ait donné un ordre. Il y avait d'énormes chances que celui qui avait le plus de chances de survivre soit branché sous perfusion à l'instant où les écrans s'étaient éteints. L'autre mourrait sans assistance.

Au Capitole, les visages ébahit des téléspectateurs devant l'écran éteint se transformèrent en protestation. Dans les District, les visages fermés étaient perplexes, voir surpris. Dans le Onze, les larmes des deux familles se rejoignaient. Alors que la foule cherchait à se disperser au Capitole, les écrans se rallumèrent sur les visages enjoués des présentateurs. Pendant plusieurs minutes, ils parvinrent à susciter l'intérêt des téléspectateurs en leur expliquant les différents scenarios possibles.

Pendant ce temps, le mentor des tributs du Onze fut amené par des pacificateurs.

Dans ce lapsus de temps, un coup de canon tonna dans l'émission de Caesar, indiquant que les soixante quatrième Jeux de la Faim avaient enfin leur vainqueur. Les cris de joies se mêlèrent aux cris indignés. Le portrait qui s'affichait sur l'écran fut visionné par tout Panem. Il en résultait autant de satisfaction que de déception, rapidement effacé par la mise en valeur du tribut gagnant. On fit visionner sa Moisson, son interview et les moments forts de ses Jeux. On mit l'accent sur sa vie dans son District avec des interviews préalablement préparés de ses proches. On demanda en exclusivité le ressenti du mentor féminin du Onze. Tout était calculé pour combler le vide qu'avait laissé la mort de l'autre tribut.

Car une chose était sure. Il était question de limiter l'impact de cette perte. De limiter l'étendue de son affection. Tous les citoyens du Capitole n'étaient pas dupes. C'était pour eux que l'on en disait le moins.


La première chose que je perçois, quand je reprends connaissance, c'est l'odeur désagréable d'un parfum à la rose. Mes sens se réveillent d'un coup. Je sens mes doigts me picoter, mes orteils également, et entrouvre les yeux difficilement. Je sens des douleurs musculaires, mais rien de particulièrement douloureux. La lumière aveuglante me fait fermer les yeux avant de les ouvrir progressivement pour m'habituer aux blancs immaculé du plafond. Quelqu'un, couvert d'une combinaison des pieds à la tête, entre dans mon champ de vision.

-Allez, encore un effort, tu t'en tires bien. Ouvres grand les yeux.

J'obéis sans me poser de question, la tête encore emplit d'un épais nuage de confusion. Je suis dans une salle d'un blanc immaculé, allongé avec deux personnes en combinaison au-dessus de moi. Qu'est-ce que je fais dans un endroit par… Tout me revient subitement en mémoire. Les Jeux.

-Où je suis ?! Qui êtes vous ? Qu'est ce que…

-Calmes-toi ! Faites quelque chose !

Je me redresse subitement avec puissance et me débat à cause des lanières qui me tiennent les jambes et les bras. Trois pacificateurs entrent dans la salle pour aider leurs collègues à me maintenir en place. J'ai beau hurler et gesticuler dans tous les sens, ils finissent par y parvenir et m'injecte quelque chose. Je m'endors lourdement.


Quand j'ouvre les yeux de nouveau, il ne reste qu'une personne dans la salle, et il ne s'agit pas des gens en costume. J'observe un moment la femme avant de me souvenir qu'il s'agit d'un de mes mentors. Quand elle tourne la tête vers moi, elle se redresse instinctivement.

-Tu sais, c'est pas en t'enfuyant de cette salle que tu vas changer le cours des choses. Tu as gagné les Jeux. Alors maintenant écoutes moi bien. Ne tente pas de te rappeler de ce qu'il s'est passé, tu auras tout le temps de le savoir après l'interview.

-L'interview ?

Je demande d'une voix roque. Elle hoche la tête, le visage à l'apparence calme.

-Ça fait deux jours que tu es dans le coma. C'est peut-être peu si on considère la gravité de tes blessures et du choc, mais ils ne veulent plus attendre. Lèves-toi.

-Quoi ?... Non, non, je dois aller…

-Arrêtes !

Elle me saisit fermement par les épaules et me fixe sévèrement dans les yeux. Je peux y lire la tristesse mais j'y vois surtout la détermination. Elle n'a pas gagné les Jeux pour rien.

-Ce qui est passé est passé ! On ne revient pas sur des choses déjà établit ! Alors oublie, fais ce que tu veux, mais lèves tes fesses et dépêches-toi ! Snow n'est pas tendre avec ceux qui le font trop attendre, tu auras tout le temps de le découvrir aussi.

Elle me prend par le bras et m'entraine jusque la porte où deux pacificateurs me conduisent dans une autre salle. On me prépare, mais mon regard reste dans le vague tandis que mes stylistes tentent d'alimenter la conversation autour des deux jours qui ont suivis la fin des Jeux. Mais malgré leurs efforts visibles pour ne pas diriger la discussion sur les conséquences de ma victoire, cela m'énerve de plus en plus. Je sens mon pouls s'accélérer, l'irritation grimper, et alors qu'ils se mettent à m'asperger de leur truc odorant, je saisis le flacon brutalement et le fais exploser contre le miroir qui me fait face. J'hurle en frappant de mes poings la table sur laquelle les débris sont tombés. Les stylistes se sont éloignés, effrayés à l'autre bout de la pièce et me regardent avec horreur, je peux le voir dans les restes de miroir encore accrochés au mur. Une seule personne est restée près de moi. Mon mentor, évidemment.

-Je sais ce que tu es en train de vivre. Mais contrôles-toi ! Les Jeux ne sont pas terminés, pas encore, alors tiens le coup quelques heures et ce soir tu pourras casser tout ce que tu veux. Il suffit juste de…

-Non. Non ! J'en ai rien à foutre de votre interview ! Laissez –moi ! Je… J'ai… A cause de moi…

-Tu n'es pas responsable de la mort d'Acacia !

Son nom résonne dans la salle et me donne la sensation d'un coup de couteau. Un sanglot explose et j'aperçois Armine se coller à son mouchoir, la tête baissée.

-Ethan, regardes-moi.

M'ordonne mon mentor, ne pouvant dissimuler l'émotion dans sa voix.

-Tout a foiré, d'accord ? Le Capitole est sens dessus dessous à cause de tes deux jours dans le coma et à cause de la mort non télévisée d'Acacia. Ils ont étouffés l'affaire, mais le mot qu'a laissé Tred à Acacia n'a pas aidé.

-Quel mot ?

Elle semble hésiter puis soupire, vaincue.

-Il lui a envoyé un mot avec « Lucia » comme seul message. On soupçonne que ce soit le nom choisis par les parents d'Acacia avant que le Capitole lui en assigne un. C'est donc un acte de rébellion de l'utiliser. Tred a été arrêté pour ça.

Elle reprend son souffle comme pour éviter de montrer le désespoir pourtant bien visible dans ses yeux.

-Il y a eu ce lapsus de temps où on savait qui de toi, ou d'Acacia allait survivre. Vous vous êtes évanouit presque en même temps. Les soigneurs vous ont diagnostiqués et apparemment tu avais plus de chance de survire alors ils t'ont branchés. Acacia est morte une heure après, inconsciente.

J'ai beau tourner et retourner l'information dans ma tête, j'ai toujours du mal à saisir le sens des réponses que m'apporte mon mentor. Ils n'ont pas de sens, et je ne peux pas réaliser leur étendue. Je fais mine de comprendre mais mon manque de réaction semble l'inquiéter.

-Il est indispensable que tu convainques le Capitole que tu es content d'avoir gagné. Regardes-moi, Ethan. Tu vas aller à cette interview, et tu vas leur sourire. Réponds brièvement s'il le faut. Evites de parler de Lucia, ou de quoique ce soit en rapport avec la fin des Jeux. Une seule erreur de ta part, Ethan, et Snow détruit ta vie encore plus qu'elle ne l'ait déjà. Il faut absolument que tu calmes le jeu. Il en va de la vie de plusieurs personnes ici.

Je la regarde étrangement, et acquiesce, perdu. Les maquilleurs finissent leur travail et j'enfile mon costume sans broncher. Oublier, tout oublier. La voix grave et le regard emplit de tristesse de ma mentor m'a assuré que la situation était catastrophique. Mais comment faire lorsque j'allais vraiment réaliser que j'avais gagné les Jeux, et que par conséquent, elle était morte ? Je m'appuie sur le mur et ferme les yeux. J'inspire profondément. Jouer le Jeu. Il fallait que je joue le jeu pour les faire oublier. Un maquilleur me nettoie les mains. Après ça, j'aurais tout le temps de planifier une vengeance. Voilà, c'était ça. Il fallait qu'ils ne soupçonnent rien venant de moi. Je devais leur faire croire que je n'étais pas affecté. Je devais vivre, puis je pourrais me venger.

Et je me vengerais.


C'est avec un sourire cruel que je pénètre dans la salle d'interview, suivit pas une grande ovation et un public en liesse. Caesar rit et m'ouvre les bras pour m'accueillir. Je me dresse devant la foule et lève les bras en signe de victoire, un sourire aux lèvres. Les cris, les mots, les rires autour de moi me font oublier que j'ai tué pour être ici. Je m'assois tranquillement près de Caesar et je réponds avec habilité à ses questions sans me laisser démonter. Il se fait grave mais très souvent, il rit et me taquine. Quand il me demande quelle est la clef de mon succès, je lui réponds que c'est la stratégie. Il n'en est rien pourtant. Mais je tente de coller au personnage cruel que j'avais choisis d'incarner au début des Jeux. Une personne, résumée par Caesar, digne et fier. Indépendante et stratégique.

Quand Snow vint me déposer la couronne, mon nez s'emplit de nouveau de cette odeur de rose. Il me félicita et je lui affichais un sourire satisfait et froid. Il ne fallait pas que je perde le contrôle, pas que je montre ma peur, ma colère. Il me sourit en retour, sans que je puisse lire dans ses yeux une quelquonque information. Son être inspirait la mort. Sa carrure, loin d'être impressionnante prouvait que le plus perfide des hommes n'était pas forcément le plus fort. Il avait construit son empire en contrôlant des armés. Le pouvoir était bien plus important que tout le reste. Il combattait avec de simples ordres donnés à d'autres hommes de pouvoir.

Et tout cela me donna une idée. La résistance ne devait pas être installée dans le District Onze. Ils constitueraient des soldats à l'avenir. Elle devait éclore chez l'ennemi même. Ici, au Capitole. La mort de Lucia avait soulevé l'indignation si j'en croyais les paroles de mon mentor. Alors elle serait le symbole de notre ralliement. Je me le promis quand je souris à la foule sous les yeux de Snow. J'avais promis à Lucia qu'elle vivrait dans la résistance et elle le fera. Je trouverais les rebelles du Capitole. Je les trouverais et je détruirais le système de l'intérieur. Au nom de Lucia. Au nom de Maya. Au nom de tous ces adolescents morts dans l'arène. Et l'âme de Lucia continuera à nous guider comme un halo annonçant l'embrasement Celui du pouvoir de Snow.


YOUHOU! Alors je ne sais pas trop quelle tête vous faites, mais je suppose que vous êtes à la fois heureux et malheureux? Un peu comme les gens du Capitole? Je ne vous cache pas que ça a été extrêmement difficile de faire mourir un de ces deux personnages que j'aimais tellement, et que j'admets en avoir pleuré! Ca m'a réellement déchiré le cœur, surtout que la mort, en soit, n'est pas vraiment glorieuse! Vous vous posez d'ailleurs probablement des questions, si vous n'avez pas déjà deviné, sur cette dite mort.

C'est là que ma nouvelle fic intervient avec comme personnage principal ce vainqueur, qui va évoluer après sa victoire et découvrir pas mal de vérités sur la mort mystérieuse de son adversaire ( je parle en code pour éviter le spoil XD). Il y aura donc bien une suite sous forme de quelques chapitres étalés sur des années (les années du personnage, évidemment).

N'hésitez pas à me donner vos impressions sur cette finale, cela m'intéresse!

A bientot!