Après une nuit paisible, Rider se réveilla. Oubliant qu'il ne se trouvait pas chez lui, il se fit une tasse de café, et entreprit de regarder à nouveau la vidéo de la veille. Absorbé par le délice de cette violence, il ne vit ni n'entendit Gregorovitch se lever. Il s'approcha du canapé en silence, regardant sans ciller les preuves de la folie de Rider. Il dégringolait une piste à toute allure, sans se soucier de foncer droit dans le mur. Cela finirait mal, et ça ne le perturberait sans doute même pas. Ce gamin avait sa dose d'horreurs à faire subir.

''Ca te choque ?'' demanda Rider sans même se retourner.

Gregorovitch ne répondit pas tout de suite, tout d'abord surpris que Rider l'ait entendu arriver. Il réfléchit quelques instants à sa réponse.

''Oui, un peu, sans doute. Mais tu es jeune, Little Alex, et tu as déjà beaucoup souffert. Je peux comprendre ça.''

Rider se retourna cette fois vers lui.

''J'ai un bâtiment à prendre. Tu m'accompagnes ?''

Deux hommes blonds pénétrèrent dans le bâtiment C de l'ancien camp militaire, le seul encore debout. Des hommes en uniforme se tenaient un peu partout, Gregorovitch supposa qu'il devait en avoir une quarantaine. Il jeta un coup d'oeil à son coéquipier. Il semblait détendu, et pourtant concentré. Et si les traits de son visage ne reflétaient aucune émotion, ses yeux brillaient d'un bonheur non feint. Effrayant.

Ils avancèrent à découvert, chacun protégeant les arrières de l'autre. Le boss éliminé, la discrétion ne posait plus de problème. Rider rassembla tous les gardes dans la cour, sous l'oeil attentif de Gregorovitch. Il leur expliqua, de son ton ironique, la situation, leur proposant, magnanime, de collaborer ou de mourir. A ceux qui collaborèrent, il demanda l'exécution des autres. Ceux qui hésitèrent, il les tua lui-même. Vingt minutes après le début de l'opération, la cour du bâtiment C de l'ancien camp militaire était un cimetière.

Rider s'essuya les mains tachées de sang sur son treillis et détacha la caméra de son socle.

''Tu filmes toujours tout ce que tu fais, Little Alex ?

C'est ce qu'on appelle des ''souvenirs''. Les gens partent en vacances et filment les bons moments. Je ne pars pas en vacances, mais je filme les bons moments aussi.

Tu les revisionnes, après ?

Evidemment. J'ai mes favoris, comme un réalisateur a des scènes favorites. Il les a toutes faites, mais il en préfère certaines à d'autres.''

Rider rangea le petit disque dans une pochette, puis se tourna vers son aîné.

''Cigarette ?''