Bonjour tout le monde ! Alors voilà, il s'agit de ma première longue fiction, et j'espère qu'elle va vous plaire ! N'hésitez pas à me faire part de vos avis en tous genres, je vous en serais extrêmement reconnaissante !

Ca fait longtemps que je suis les fics ici, et je me lance enfin sur une idée qui a bien mûri et que j'ai depuis longtemps... Amusez-vous bien !


Beaucoup de gens insistaient sur le fait que Sherlock était un homme mystérieux. En effet il l'était, cela ne faisait aucun doute. Certains le trouvaient très « énigmatique », d'autre carrément « impénétrable » -en y accordant quelques jeux de mots-, et John ne pouvait qu'adhérer. Comment mieux qualifier la silhouette vêtue de noire qui hantait les scènes de crimes de son regard glacial ? Mais jamais on n'aurait pensé que l'assistant, lui, le tranquille docteur sympathique et ouvert, pouvait cacher quelque chose d'aussi important que ce que Sherlock, ce jour-là, venait de découvrir.

John rentrait à l'appartement, un sac de course à la main. La journée avait été longue, beaucoup de patients à la clinique, et le docteur était bien content de rentrer, même s'il s'attendait à devoir supporter l'humeur exécrable de son colocataire qui n'avait pas une enquête à se mettre sous la dent. Il traversa le salon vers la cuisine sans accorder un regard au détective, et ne vit donc pas qu'il était immobile, penché vers quelques lignes écrites sur un bout de papier qu'il tenait entre ses mains, fébrile. Trop occupé à songer à la douleur qu'il ressentait aux bras à force de porter ses lourds paquets, John commença à lui dire, dos à lui, posé à côté du frigo :

« J'ai racheté du lait, encore une fois. Ne le gâche plus en le mélangeant avec tes poisons et autres substances bizarres… Parce que ça sert, le lait, Sherlock. Même si tu t'en fiches, je te jure…

- Tu t'appelles Erickson ? »

Sherlock avait pivoté sa tête en direction de son ami sans changer d'expression, sans bouger du moindre millimètre le reste de son corps. Cette fois, il scrutait le dos de l'autre pour chercher à comprendre. John avait cessé de retirer les provisions de ses sacs en plastiques. Il n'osa pas lever le regard du plan de travail, appuya ses mains près de lui, cherchant à calmer son rythme cardiaque qui avait explosé à l'annonce de son nom, à retrouver l'équilibre qu'il sentait disparaître. Il se redressa et se tourna de manière très lente, l'angoisse envahissant ses yeux, et reprit sa droiture de soldat.

« Pourquoi as-tu fouillé dans mon dossier ?

- Tu as été adopté, continua Sherlock. A douze ans, par la famille Watson. Harry n'est même pas ta véritable sœur, vous n'avez rien en commun, tu étais fils unique et tu…

- Pourquoi ? »

Sherlock savait qu'il était en tort. Au fond, il n'avait absolument aucune raison valable d'avoir fouillé dans ce dossier, ou aucune qu'il ne pouvait lui expliquer. C'était sa curiosité naturelle qui l'avait poussé, et son instinct, rien de plus.

« C'était pour une expérience, déclara-t-il comme si cela justifiait tout.

- Une expérience ? Maintenant, ma vie, moi, je suis une expérience ?! Et bien bravo, bien joué, Sherlock ! Je sais bien que tu aimes triturer les choses, les gens, mais j'ai sûrement eu trop d'orgueil de penser que pour moi, tu ferais une petite exception. »

John s'agitait, haussait la voix. Il semblait complètement paniqué et hors de lui à la fois, hésitant entre se rapprocher pour le gifler et se retenir dans son amabilité habituelle. Le détective se dit qu'il n'arriverait pas à se contenir bien longtemps, alors il décida d'en apprendre le plus possible tant qu'il en avait l'occasion.

« Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? demanda-t-il.

- Parce que je n'en dit rien, et que personne n'a à le savoir. Mes parents, ou plutôt les Erickson dont je ne me souviens pas le moins du monde, sont morts et ne m'ont jamais élevés. J'ai peine à me souvenir de leurs visages, et je ne me rappelle d'aucun moment que nous ayons vécu ensemble. Alors, je suis John Watson, et personne n'a besoin d'en savoir d'avantage. Pas même toi.

- Pas même moi, vraiment ? ricana Sherlock. Tu pensais vraiment pouvoir me le cacher longtemps, n'est-ce pas ? Tu es si naïf, John. Comme si je n'allais pas le découvrir. Comme si je ne le méritais pas, de toute façon.

- Désolé, mais quand on connaît ton sens de la famille, on n'a pas forcément envie de te demander conseil. Et personne n'a envie d'entendre cette histoire, et personne n'a besoin de me connaître à ce point. Non, tu ne le mérites pas. »

Le silence se fît un instant, pendant que John fit quelques pas d'impatience en se passant la main sur le visage. Sherlock ne le méritait donc pas ? Et bien, nous allions voir.

« Tu ne te rappelles de rien d'eux ? insista le détective.

- De rien, et ça ne te regarde pas.

- Et de leur mort ? »

John s'arrêta et regarda son colocataire dans les yeux. Non. Il ne pouvait pas faire ça.

« Tu sais, toi. Tu sais quelque chose. »

Après un instant, Sherlock détourna la tête en une légère grimace et John partit dans un rire furieux.

« C'est la meilleur. Toi, tu sais, et moi rien. J'ai tout oublié. Alors que j'étais là ! »

Des bribes de mémoire lui revinrent inévitablement. Des choses qu'il voulait oublier pour toujours refaisaient surface, encore et encore. Ne pouvant plus contenir ses larmes, il laissa son ami. Le docteur n'avait même pas eu le temps de poser sa veste et s'enfuit vers les escaliers, et Sherlock fût plongé dans un nouveau silence. Plein de culpabilité. Plein de souvenirs, aussi.

Il tourna un instant dans la pièce endeuillée, le cœur lourd. Oui, il savait exactement ce qu'il s'était passé, mais pas parce qu'il avait fouillé son dossier. Oh non. Et John l'avait oublié, ça aussi.

« Il ne comprends pas, se dit-il à mi-voix. Comment pourrait-il ? Il ne se souvient de rien. »

Sherlock rangea la fameuse feuille de la discorde dans une pochette grise et usée, qu'il ferma d'un geste délicat pour en considérer la couverture. Il resta à nouveau sans bouger et ferma les yeux doucement. Sur le devant, on pouvait lire en écriture majuscule, éclairé par la lumière du soleil sur Baker Street : « Affaire Erickson ».


Françoise Holmes aimait beaucoup de choses dans sa vie de bourgeoise anglaise, mais surtout, elle adorait qu'elle lui fasse accéder au luxe non pas comme un plaisir, mais comme une nécessité. Oh non, elle ne faisait pas partie de la noblesse, elle n'avait pas de titre, mais avec la place de son mari au gouvernement, ses relations et son héritage, c'était tout comme. Associer la lignée des Holmes à la fortune des Lecomte, et la vie est un défilé de grandes fêtes. Elle avait toutes les robes qu'elle voulait. Tous les bijoux qu'elle désirait. Elle pouvait parer son long corps blanc de milles et uns artifices, soie, lin, diamant, parfum, talons, coiffer ses cheveux ébènes de centaines de façon, maquiller ses yeux bleu glacés avec autant d'aisance, rien ne lui était impossible. Elle qui ne s'était jamais aimé tombait amoureuse de son miroir chaque fois qu'elle avait l'occasion d'être enfin ce dont elle rêvait. Et ce soir-là, au manoir des Holmes, il y avait réception.

« Réception, réception, réception… » chantonnait-elle en s'attachant ses boucles d'oreilles brillantes, minaudant devant son miroir en pieds comme si son reflet allait lui en tenir vigueur.

« Madame ? demanda une voix timide derrière la porte.

- Nancy, c'est toi ? répondit la femme en se tournant. Tu peux entrer. »

La petite gouvernante entra à pas serrés. Sa silhouette tassée et mal vêtue contrastait largement avec celle, longiligne et gracieuse, de son employeuse. Baissant les yeux, elle rougit pendant que madame Holmes s'installait à son secrétaire orné de mille et un objets brillants.

« Comme nous allons nous amuser ce soir, Nancy ! Il y aura du beau monde, croyez-moi. Un peintre, un musicien de renom, un philosophe même, et quelques savants de tout premier ordre. Ah, j'espère que les garçons sauront se tenir ! Les avez-vous déjà habillés ?

- Eh bien madame, c'était de cela que…

- J'espère que Mycroft ne se comportera pas comme un goinfre, et que ce petit garnement de Sherlock ne fera pas de remarque désagréable aux invités, car…

- Madame, Sherlock est parti. »

Françoise arrêta soudain de s'affairer et considéra le visage de la jeune femme à travers son reflet. Elle demanda du bout des lèvres :

« Comment, Nancy ?

- Sherlock, il a encore filé. Je ne sais pas où il se trouve. »

La femme se leva avec précision et rapidité, croisa ses bras et toisa l'autre de toute sa hauteur. Avoir affaire au regard de Françoise Fanny Lecomte mariée Holmes, c'était comme combattre le pire des dragons du plus sombre des donjons, caché dans le corps d'une princesse.

« Rappelez-moi, mademoiselle, quel est votre rôle au sein de cette maison ? » demanda madame Holmes d'une voix monocorde.

Nancy se sentit rétrécir encore d'avantage. Elle aurait voulu disparaître, se changer en flaque d'eau ou en petite souris pour fuir cette pièce trop pleine de richesses qu'elle détestait.

« Madame, je suis sensée m'occuper de vos enfants, veiller sur eux et sur leur éducation, et m'assurer qu'ils deviendront de véritables gentlemen.

- Alors dites-moi, Nancy, pourquoi le plus jeune est encore en train de vagabonder dans les rues de Londres sans mon consentement, alors que nous recevons de hautes personnalités dans une heure ?

- Parce que j'ai failli à ma tâche, madame. J'ai perdu le jeune Sherlock de vue. »

Le visage de Françoise vira au rouge, et elle indiqua la porte à Nancy en se mettant à hurler :

« Allez chercher mon premier et incapable fils, et dites-lui que s'il n'a pas retrouvé son cadet dans la prochaine demi-heure, je lui ferai subir une punition si désagréable qu'il regrettera pour toujours d'avoir eu un petit frère ! Dépêchez-vous ! »

Nancy s'enfuit à reculons à travers la chambre et se mit à courir dans le couloir. Elle eut malgré tout le temps d'entendre que sa patronne abaissait sa paye, et elle couru dans la première chambre de l'étage chercher l'aîné des Holmes, maudissant ce nom au plus profond d'elle-même.

Pendant ce temps, le jeune garçon dont tout le monde s'inquiétait était tranquillement assis sur le banc d'une grande avenue marchande. Il neigeait doucement sur Londres, le monde était pressé à part ce petit homme-là, dont le regard naviguait entre les uns et les autres.

« Je m'ennuie, » râla une voix à côté de lui.

Vraiment, le jeune Oliver Flaversham n'était d'aucun intérêt. Comment pouvait-il considérer ce puits de déductions comme ennuyeux ? C'était incroyable comme la plupart des enfants étaient bêtes. Sherlock pensait qu'en entrant au collège, d'autant plus que le sien était prestigieux, il y rencontrerait certaines personnes d'intelligence comparable à la sienne. Et pourtant, toujours rien. Que de déceptions dans cette existence…

« Tu n'as qu'à rentrer chez toi, soupira-t-il. Je n'ai pas besoin de toi ici.

- Tu m'as dit qu'on irait jouer, insista Flaversham. Je ne vois aucun jeu là-dedans.

- Cette fille qui court, là. »

Le regard d'Oliver alla vers la direction pointée par le doigt de son camarade. Une jeune fille blonde aux cheveux attachés courrait en direction du centre du quartier. Le garçon attendit que quelque chose se passe… En vain.

« Eh bien, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Qu'est-ce que tu en penses ?

- Euh… Elle est jolie, mais vraiment, bien trop âgée pour toi si tu veux mon avis.

- Pas ça ! soupira Sherlock en levant les yeux au ciel. Qu'est-ce que tu sais d'elle ? »

Oliver fronça les sourcils.

« Ben rien. Je ne la connais pas.

- Sa coiffure, commença Sherlock. C'est un chignon serré qui ne laisse échapper aucun cheveu, la coiffure des danseuses classiques. Elle vient à peine de se le nouer en courant mais il est impeccable, elle est habituée à le faire. De plus, elle a le corps musclé de sa profession et court en tirant sur ses pointes. Elle a son sac de sport avec elle. J'imagine qu'elle va s'entraîner, et qu'elle est en retard. Tu ne penses pas ?

- Maintenant que tu le dis…

- Pourquoi est-elle en retard ?

- Qu'est-ce que j'en sais ?! commence à s'énerver le garçon.

- Ses chaussures. Le bracelet qu'elle porte. Elle vient de faire du shopping avec une amie. »

Le petit Flaversham écarquilla de grands yeux. Il ne comprenait rien du tout.

« Qu'est-ce que tu racontes, Holmes ?

- Mais enfin ! s'exaspéra Sherlock en s'agitant sur le banc. Il y avait encore une étiquette de prix sur la semelle de sa ballerine, et le pendentif de son bracelet, qui vient du même magasin, est la moitié d'un cœur ! Elle l'a forcément acheté avec quelqu'un, une copine plus probablement, puisque ce bijou-là est fait pour les couples de meilleures amies. Elle était en train d'acheter des futilités avec elle et s'est rendu compte qu'elle était en retard, voilà ! C'est pourtant pas compliqué ! Tu es complètement imbécile, ma parole ! »

Vexé, Flaversham grommela doucement :

« J'en ai rien à faire, de tes histoires…

- Et laisse tomber pour Hayden Lewiss. Elle n'en a rien à faire de toi. »

Oliver sursauta soudainement sur son siège.

« Quoi ? Mais je… bégaie-t-il. Je ne vois pas de quoi tu parles !

- Oui, bien sûr. Moi aussi, je viens de la voir passer. Elle t'avait vu, tu sais, mais quand tu lui as fait signe, elle a soudain trouvé le discours de son père sur la guerre franco-prussienne extrêmement intéressant. Non, et puis quelqu'un qui dirige toutes les filles de la classe pour compenser le fait qu'elle est adoptée, vraiment, ça n'en vaut pas la peine.

- Elle est adoptée ?!

-Evidemment. Tu n'as pas vu ? Elle a une tâche sur sa prunelle droite. Aucun de ses parents n'a la même. Ce genre de détail sont forcément transmis génétiquement, ce ne sont pas ses parents biologiques. A moins que sa mère ait trompé son père, qui sait… »

Quand Sherlock eut un rictus moqueur à cette idée, Oliver se scandalisa et se leva en prenant ses affaires.

« Vraiment, tu es imbuvable. Ca ne m'étonne pas que personne ne te parle en cours. Je ferais mieux de rentrer. Et puis, j'ai plein d'autres choses à faire, bien plus intéressantes.

- C'est ça. A demain, Flaversham. »

Alors que le garçon partait sans demander son reste, Sherlock resta un instant sans bouger. Il leva la tête et regarda la neige tomber silencieusement avec un léger sourire. Peu de choses lui plaisaient autant que de s'assoir sur ce banc et d'attendre que le temps s'écoule en devinant ces gens qui passent et leurs vies passionnantes. Il les enviait, au fond, d'être âgés et capables. Il aurait voulu, lui aussi, être libre de devenir ce qu'il voulait, et pourquoi pas, courir d'un endroit à autre et découvrir le monde. Être pirate était sans aucun doute la chose la plus extraordinaire qu'il aurait put devenir, mais il n'en avait encore jamais croisé.

Il se leva et se dirigea vers un kiosque pour acheter le Times, quand un visage familier apparu au coin d'une rue à quelque pas. Son grand frère Mycroft Holmes le regardait d'un air sévère et Sherlock comprit, dans un soupir d'agacement, qu'il allait falloir rentrer à la maison.


Alors ? Un premier avis ? ;)