Le troisième chapitre est maintenant là. Allez, ne soyez pas timide. Si vous avez des soupçons, si vous pensez savoir qui est le meurtrier, dites-le. Sait-on jamais…

Chapitre 3: Abandonné

Le capitaine s'effondra en voyant Valence sans vie, sur sa chaise. Des torrents de larmes coulaient sur ses joues. Le genre de larmes qu'on croit infinis. Sa respiration se faisait très courte, même rare. Il avait chaud, il transpirait abondamment. Des frissons lui parcouraient la colonne vertébrale. Il avait mal. Charles Patenaude était en pleine crise de panique. Flavien se dépêcha de lui fournir à boire, croyant que cela l'aiderait peut-être à se calmer. Le capitaine avala l'eau si rapidement qu'il s'étouffa. Quand sa quinte de toux fut passée, le pauvre homme prit quelques respirations pour se calmer un peu. Il n'osait même plus poser ses yeux sur son aimée, maintenant éteinte. Il n'en croyait pas se yeux. Deux meurtres en seulement quelques heures. Le capitaine sortit du bureau de la psychologue en chancelant, s'appuyant sur Flavien. Le capitaine, pilier de la mission, devait rester droit afin que le reste de l'équipage reste fort. Le pauvre tremblait encore en épongeant son front d'un linge blanc et propre. Depuis la découverte de ce second corps, personne n'avait osé prononcer le moindre mot. Tous attendaient une réaction, un parole de leur capitaine, leur second père. Il ravala sa salive difficilement. Sa voix était encore toute chambranlante lorsqu'il s'adressa aux deux membres de son équipage toujours avec lui.

« Flavien, Brad... C'est sérieux... », dit-il péniblement. « Il y a un meurtrier à bord. Nous allons chercher Pétrolia et Serge. En restant ensemble... »

« Non! », répondit Brad, coupant net la phrase de son supérieur. Il recula tout en poursuivant son idée. « Pas question que je reste ici avec un meurtrier. »

« Avec un meurtrier? », demanda le capitaine, mi-intrigué, mi-choqué. « Vous croyez qu'il s'agit de l'un d'entre nous? »

« Si vous ne voulez pas ouvrir les yeux, Capitaine Patenaude, c'est votre affaire, mais moi, je suis trop logique pour ça. Pensez-y »

Brad sortit l'arme qu'il avait toujours sur lui, un petit fusil laser caché en permanence dans sa veste. Il la pointa sur les deux hommes. Le scientifique recula vers la porte. Il était apeuré et ne songeait qu'à sauver sa vie. Il jetait des regards frénétiques autour de lui, sans jamais cesser de viser ses collègues. Sa voix n'était plus qu'un sifflement de serpent prêt à cracher son venin quand il porta les accusations les plus graves de l'histoire de la mission.

« Capitaine... Quand l'autre mangeur de pogos est mort, cet imbécile de E.T. qui se prend pour un humain était avec lui dans la cuisine. C'est même lui qui a donné au gros balourd la bouteille de ketchup rempli d'acide. Et il est sorti de la cabine de repos, tout à l'heure, pour soi-disant aller vérifier le radar. Quand il revient, on trouve la femme morte. C'est clair... Moi je ne resterai pas avec ce... ce... ce monstre... Cette abomination de l'univers va tous nous tuer... »

La porte du centre de santé coulissa. Brad jeta un coup d'œil dans le couloir pour s'assurer que personne ne l'y attendait. Les lieux étaient sécuritaires, alors il sortit. La porte reprit sa position initiale. Les deux hommes fixèrent un moment la porte du centre de santé, attendant de voir le scientifique la franchir à nouveau, mais en vain. Le capitaine se retourna lentement vers Flavien. Comme si le simple fait de faire un geste brusque envers son second officier avait signé son arrêt de mort. Il regarda Flavien sans rien dire. Le Capitaine Patenaude refusait de donner raison à Brad, mais en même temps, son inconscient l'obligeait à voir les évidences. Flavien vit bien le regard de son capitaine, lourd de soupçons et de questions peser sur lui. Il s'insurgea.

« Capitaine! Vous ne pensez pas vraiment que c'est moi qui aie tué Bob et Valence... Capitaine... Je ne ferais pas de mal à une mouche... », se défendit l'opérateur radar, tout en essayant de garder son calme.

Le capitaine voulait croire son second officier et ami, mais les évidences étaient là... Il leva une main pour le faire taire. Il poussa un long soupire, fixant ses pieds quelques secondes. Lorsqu'il releva la tête, c'est avec un air décidé qu'il parla.

« Flavien! Allez m'attendre dans la salle de commandements. Je vais aller chercher Pétrolia et Serge, et je viens vous retrouver. Ne bougez pas de là. C'est un ordre! »

« Oui capitaine! », dit Flavien en se mettant au garde-à-vous comme si ce simple geste coutumier pouvait faire descendre son anxiété.

Flavien sortit d'un pas rapide. Le capitaine prit quelques secondes pour réfléchir, puis, il sortit. Il se dirigea à pas de loup vers la salle de bain, où était allée Pétrolia avant que les évènements ne surviennent. La jeune femme avait l'habitude, au sortir de régénérescence, de prendre un long bain chaud. Elle avait aussi cette fâcheuse tendance à s'endormir dans la salle de bain. Le capitaine cogna à la porte. Pétrolia se réveilla en sursaut. Elle passa un peignoir et vint ouvrir au capitaine. Charles Patenaude entra et referma derrière lui afin de lui expliquer la situation sans avoir cette peur de se faire déranger. À l'évocation des deux morts, la rouquine fut paniquée. Le capitaine, dans son attitude la plus protectrice, calma la jeune femme.

« En premier lieu, l'important, c'est de se protéger. Nous allons chercher Serge et les armes. Ensuite, nous nous regroupons dans la salle de commandements. Venez avec moi... Tout va bien aller. », dit le capitaine d'une voix posée.

Il laissa à la jeune femme le temps de remettre ses vêtements, puis ils sortirent d'un même pas. Pétrolia pleurait en silence. Néanmoins, elle suivait le capitaine avec la plus grande prudence et la plus grande discrétion. Ils arrivèrent sans embûches dans la salle des machines, là ou Serge était branché. Pétrolia réactiva Serge. Il fut un peu lent à partir, mais rien d'alarmant. Le capitaine résuma la situation au robot qui intégra les informations sans manifester de réaction. Ils se dirigèrent tous les trois ensemble vers la salle de commandements.

« Il est où Flavien? Et Brad? », demanda Pétrolia sur le ton de l'inquiétude. « C'est pas que je m'ennuie de Brad, mais c'est pas dangereux d'être tout seul? »

« Flavien nous attend dans la salle de commandements. », répondit le capitaine après un bref moment de réflexion. Ce n'était pas le lieu ni le temps d'expliquer à la jeune femme les soupçons qui pesaient sur Flavien. Il poursuivit. « Brad... Il préfère rester tout seul et se protéger lui-même. J'ai respecté ça. »

Serge, Pétrolia et le capitaine approchaient de la salle de commandements. En passant devant le dortoir des hommes, le capitaine voulu jeter un coup d'œil afin de s'assurer que Brad allait bien. Il ne l'aimait pas vraiment mais il faisait partie de son équipage. Il annonça son arrivé, pour s'assurer que Brad ne lui tirerait pas dessus à son entrée.

« Brad? C'est le Capitaine Patenaude. J'entre pour vérifier que vous allez bien. », dit-il sans trop hausser la voix.

Le capitaine se plaça donc devant la porte, qui coulissa, afin d'entrer. Il n'avait reçu aucune réponse, ce qui ne manqua pas de faire palpiter son cœur plus rapidement qu'à l'habitude. Il ne tenait vraiment pas à enterrer un autre de ses membre d'équipage, aussi détestable soit-il.

« Brad? », tenta le capitaine à nouveau en entrant dans la pièce.

Il était suivit de Serge et de Pétrolia. En entrant dans la chambre, le capitaine regarda autour mais ne vit pas Brad. Puis, en regardant plus attentivement, il l'aperçu, dans un coin de la pièce, le fusil braqué droit devant et les yeux vitreux. Il était paralysé. Pétrolia se blotti dans les bras du capitaine. La pauvre pouvait à peine contenir sa peur. Aux pieds du scientifique se trouvait une feuille, semblable aux deux autres trouvées près des corps de Bob et Valence. Le capitaine se pencha et la ramassa tout en scrutant la pièce sans arrêt. Il lut la notice à haute voix.

« Ça, c'est pour m'avoir abandonné… », lut-il textuellement.

Le Capitaine Patenaude leva un sourcil. Les deux autres feuilles avaient été trouvées sur des cadavres. Par contre, cette fois-ci, Brad Spitfire n'était pas mort. Il était seulement paralysé… Le capitaine plia la note et la plaça dans la poche de son pantalon.

« Serge! »

« Oui capitaine! », répondit le robot en s'approchant d'un pas.

« Aidez-moi à emmener Brad dans la salle de commandements. », ordonna le capitaine Patenaude. Quand Brad recouvrerait ses esprits, il serait peut-être à même de parler de son agresseur.

« Oui capitaine! », acquiesça Serge.

Serge approcha donc de Brad. Il le prit par les bras et le souleva de terre. C'est à ce moment précis que la tête du scientifique se détacha de son corps pour tomber sur le sol. Elle heurta le plancher dans un bruit sourd. Pétrolia hurla autant de surprise que de terreur. La tête avait été proprement coupée, puis replacée sur le corps préalablement paralysé.

Brad Spitfire était mort…