Auteur : Murron

Artiste : Salty_Catfish

Personnages/couples : Dean x Castiel / Sam / Michael / Lucifer

Rating : M (scènes de violence, mentions de torture, appropriation sans aucune honte de la mythologie Dantesque et scènes impliquant des relations sexuelles)

Spoilers : Réalité alternative après l'épisode 10 de la saison 6

Nombre de mots : 45174 (version originale).

Nombre de chapitres : 11 plus un prologue et 3 chapitres intermédiaires = 15 chapitres

Résumé : Après les événements de Caged Heat, Dean, Sam et Cas descendent en Enfer pour récupérer l'âme de Sam. Alors qu'ils passent d'un cercle infernal à l'autre, Dean lutte contre sa méfiance envers Sam et le fait qu'il n'ait pas d'âme ainsi qu'avec l'ombre de son propre passé dans la Fosse. De plus, se pose la question de Cas qui devient plus important pour Dean qu'il ne voudrait l'admettre. Combattant la progéniture démoniaque et les anges déchus, passant à travers les cités en feu et les déserts salés, Dean croit en la réussite de leur mission jusqu'à ce que leur chance tourne et que l'Enfer menace d'engloutir Cas tout entier.

Disclaimer : Aucun mal et aucune atteinte à la loi voulue.

Dédicace : Mes sincères remerciements vont à mes admirables bêtas : Auburn, pour ses conseils brillants et pour le prêt généreux de Richard Burton. Smilla, pour ses traductions et ses suggestions intéressantes. Eretria, pour son soutien, son œil perspicace et m'avoir aidé à garder ma santé. D'énormes mercis à salty_catfish pour sa série d'illustrations qui m'ont coupée le souffle.

Titre traduit : Au Ciel et en Enfer

Traductrice : Marple-Juice.

Bêta-lectrice : Mama-Marple

Nombre de mots dans la version française : 52527

Remerciements : Merci à Murron d'avoir accepté de me donner ma chance alors que je n'avais encore rien sorti, à ses explications et à sa disponibilité~ Merci à Salty_Catfish pour son aimable autorisation et merci aux francophones qui apprécient les traductions que je fais ^_- Je vous embarque pour une autre aventure épique !

Notes : les notes culturelles que j'ai fait moi-même se trouvent avant le chapitre afin de faciliter la lecture.


Le prologue n'est pas muni d'un résumé des épisodes précédents de Supernatural. Pour ceux qui désireraient savoir ce qui s'est passé avant, je vous conseille d'aller relire le prologue de 'The Law of Conservation of Energy' traduit par ma personne qui fournit déjà un résumé qui s'étend sur la même période.

Lien vers la fanfiction originale (où vous pouvez retrouver notamment les illustrations qui vont avec) : murron. livejournal 194201. html (retirez les espaces)


Les reviews anonymes sont acceptées et tous les messages que vous laisserez seront traduits et envoyés à l'auteur original de cette fanfiction.


Playlist conseillée : 0. Angels in America - Thomas Newman | 0. What's Keeping You Awake - David Arnolds | 1. Searching -Atli Örvarsson | 2. Jagged Edge - James Newtom Howard | 3. Running to the Rain - Peter Gabriel | 4. The Harrow – Lustmord | 5. Air - Hans Zimmer | 6. The Last Man - Clint Mansell | 7. Breathing Soul - Gustavo Santaolalla | 8. Prelude / In the Wake of Walpurga's Ashes - Shinjunku Thief | 9. North of the Wall - Ramin Djawadi | E. New Start - James Horner | E. Sanctuary - Nitin Sawhney | E. Yes -Thomas Newman | E. Sun on the Rug - Nancy Wilson


Notes Principales :

Marple-Juice n'a toujours pas réussi à se résoudre au nom de 'Michel' pour l'archange TT Donc, ce sera 'Michael', encore une fois ?

Gardez bien le Rating NC-17 en tête ! Ce n'est pas pour tout de suite, ce sera plutôt pour les derniers chapitres, mais je préfère prévenir plutôt que d'avoir des messages stipulant que vous n'avez pas été avertis. Il y aura également un rappel visible au début des chapitres concernés.

Notes du prologue :

- Citation : traduction française des éditions de Nesle.

- Roadhouse : le bar tenu par Ellen Harvelle

- Camden (Caroline du Sud) est aussi célèbre pour la bataille qui eut lieu en 1780 lors de la guerre d'indépendance Américaine.

- Red Hill : Endroit fictif en Caroline du Sud.

- Cicero : ville de l'Indiana.

- Viaggiatori dei Mondi : Voyageurs du monde en italien.

- Hudson Hawk (gentleman et cambrioleur) est un film de 1991 avec Bruce Willis et Andie McDowell. Hudson Hawk doit, dans le film, dérober trois objets faits par Léonard De Vinci.

- L'édition Penguin possède plusieurs collections, dont une édition spéciale lecteurs avec le niveau de lecture ainsi que le type d'anglais. Idéale pour les nouveaux lecteurs en anglais.

- Le cimetière de Stull est localisé à Lawrence, dans le Texas. C'est là que Michael et Lucifer s'affrontèrent dans la fin de la saison 5.

- Dalanzadgad est une ville localisée en Mongolie. Il y a un peu plus de 17.000 habitants.


CHAPITRE 1

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À la Surface

Nel mezzo del carmmin di nostra vita
Mi ritrovai per una selva oscura
Ché la diritta via era smarrita
Au milieu du chemin de notre vie,
Je me trouvai dans une forêt obscure,
Car j'avais perdu la bonne voie.

- Dante Alighieri, Inferno, Canto I

Avant, lorsque Dean allait chasser avec son père, John lui avait montré plusieurs caches. Il n'avait pas parlé à Dean du Roadhouse pour des raisons qui lui étaient propres, mais il lui avait montré d'autres endroits, des sanctuaires où un chasseur pouvait se faire oublier.

L'un de ces abris se trouvait en Caroline du Sud, à quelques kilomètres de Camden. C'était une vielle ferme, cachée derrière une allée qui passait à travers un tunnel de chênes verts et de tillandsia. À l'arrière de la maison, il y avait un porche abandonné à une prairie devenue incontrôlable avec des joncs et des roseaux.

À l'approche de la maison, les visiteurs remarquaient que l'endroit était bien entretenu pour une demeure à l'abandon. Une inspection plus poussée révélait des symboles destinés à chasser le mal gravés dans les embrasures et des pièges à démons sous les planches du sol. Du romarin et de l'encens poussaient autour du porche, gardant les mauvais esprits à seize kilomètres de distance.

Les règles de la demeure étaient simples. Si on utilisait la moindre réserve du garde-manger, il fallait la remplacer. Il fallait apporter son propre sac de couchage pour les lits et si on restait plus d'une nuit, il fallait s'occuper des dégâts que le temps et le climat faisaient à la maison, réparer les trous dans la toiture, aérer les pièces, ce genre de choses.

Durant le second matin de son séjour, Dean avait remplacé un des panneaux cassés d'une fenêtre avec un carré de contreplaqué. Cinq heures plus tard, il s'était installé sur le porche derrière la maison et regardait le ciel passer d'un rose pâle à un violet abîmé.

En arrivant ici, il avait laissé Sam s'occuper d'une affaire à Red Hill. Ils ne s'étaient pas quittés en bons termes, Dean criant que ce pourrait être leur seule chance de reprendre l'âme de Sam et que Sam ferait mieux de se préparer. Sam avait répliqué qu'il préférerait avaler un seau rempli de clous. C'est ainsi qu'ils s'étaient retrouvés dans cette situation.

Dean serra ses poings et essaya de ne pas se souvenir de la façon dont Sam lui avait tourné le dos, le laissant pour franchir la porte seul.

Il était venu ici parce que c'était le seul endroit calme auquel il avait pensé et il avait besoin de silence. Il avait besoin d'être seul parce que si une autre personne lui disait qu'il était fou de vouloir reprendre l'âme de Sam, il allait exploser.

Il observait un corbeau tournoyer au-dessus de la prairie lorsqu'il entendit le bruit d'ailes derrière lui. Sursautant, Dean se tourna pour trouver Cas se tenant sur la terrasse avec une pile de livres dans les bras.

Dean se leva sur ses pieds, son cœur battant plus fort malgré lui. « Ce sont eux ? » Demanda-t-il.

« Oui, » répondit Cas alors qu'il étalait les livres sur la table.

Dean s'approcha pour examiner les volumes en lambeaux. Ils ne semblaient pas aussi anciens qu'il s'y attendait, car pour lui, ils ressemblaient plutôt à des Moleskines de nos jours. Ils étaient reliés dans un doux cuir retourné et des rubans effilochés pendaient à l'extérieur des pages. Un des livres semblait gonflé et tâché comme si quelqu'un l'avait laissé tomber dans une flaque d'eau.

Les journaux de Dante. Les seules copies qui en restaient.

Dean frotta une main contre son menton. Ces livres pourraient bien être son premier filon de bonne chance dans sa vie de chien, mais il préférerait crever plutôt que de l'admettre.

« Donc, » dit Dean. « La Cité du Vatican ? »

« Oui, » convint Cas. « Ta source était exacte. Ils ont une bibliothèque plutôt exhaustive. »

Dean sourit. « Un ange qui fait un casse dans le palais du Pape, » dit-il. « J'aurais voulu être là. »

Cas lui sourit en retour et Dean jura avoir vu une ombre de satisfaction dedans. Dean avança le bras, ses doigts touchant le livre le plus près de lui.

La première fois que Dean avait entendu parler des journaux, c'était lorsqu'il était encore à Cicero et s'était mis bille en tête de sauver les livres de la perdition, de faire des voyages en enfer et de chemins vers les abysses. Suivant les recommandations d'un ancien contact de John, Dean avait cherché une société nommée Viaggiatori dei Mondi, des types qui prétendaient savoir comment fouler le sol de l'enfer sans avoir à mourir d'abord. D'après les informations que Dean avait réunies, la société utilisait les journaux de Dante comme des guides d'instructions, faisant des voyages dans la Fosse de la même façon que d'autres escaladeraient le Mont Everest.

Puis les recherches de Dean étaient tombées au point mort. D'après les quelques sources qu'il avait effrayé, les Viaggiatori avaient disparus au dix-neuvième siècle et les journaux étaient tombés dans l'obscurité avec eux. Elsie, la chasseuse qui avait mis Dean sur la piste des Viaggiatori, avait promis de continuer à chercher, mais alors que le temps passait, Dean avait tourné son attention vers des rumeurs plus prometteuses.

Lorsqu'Elsie lui avait téléphoné dix jours plus tôt, lui disant qu'un de ses contacts à l'étranger lui avait envoyé un indice quant à la localisation des livres, Dean avait tout sauf oublié les journaux. L'appel d'Elsie est arrivé à point nommé car elle les avait contactés deux semaines après que leur plan visant à forcer Crowley à leur rendre l'âme de Sam était parti en fumée, mais il était tombé mal parce que lorsqu'Elsie leur avait offert un plan B, Sam ne voulait plus de son âme.

Après que Cas ait tué Crowley, les choses entre Dean et Sam avaient dégénéré en un glissement de terrain. Tout à fait convaincu que ce qu'ils pourraient sortir de la Cage ne pourrait que lui faire du mal, Sam refusa de discuter à propos de son âme. Dean en débattit à s'en briser la voix jusqu'à ce que Sam suggère qu'ils partent chacun de leur côté s'il ne pouvait pas vivre avec Sam tel qu'il était. Il avait lancé une invitation à Dean pour qu'il lui mette un coup de poing mais s'était préparé à la réplique.

Dean ne fit rien de cela, mais il fracassa une bouteille de whiskey contre le mur dès que Sam fut sorti prendre une bière. Il avait respiré profondément, réprimé l'envie de taper dans le sac à dos de Sam et avait prié pour Cas.

À la surprise de Dean, Cas avait entendu parler des Viaggiatori mais, comme les autres anges, il avait supposé que ce n'était rien de plus qu'un mythe inventé par les humains. Intrigué par la piste d'Elsie, Cas avait promis de vérifier cela dès que possible. Il avait dû faire du ménage rapidement dans son emploi du temps car quelques jours plus tard, Cas était apparu pour apprendre à Dean qu'il se préparait à aller à Rome. Dean avait mis Sam au courant, Sam lui avait crié dessus parce qu'il préparait un sale coup derrière son dos et Dean s'était mis en route pour Camden seul. Pendant ce temps, Cas avait joué aux Hudson Hawk et avait libéré les journaux des saintes archives de Benoit XVI.

Dean s'assit, ouvrit l'un des livres et parcourut la première page.

L'élégante écriture manuscrite était facile à déchiffrer mais le texte semblait avoir été écrit en au moins trois langues, dont l'anglais ne faisait pas partie.

« Merde, » marmonna Dean. Mais à quoi s'attendait-il ? L'édition Penguin annotée ?

« Laisse-moi regarder, » demanda Cas qui s'installa dans la seconde chaise.

Lorsque Dean lui remit le livre, Cas fit défiler les premières pages et sourcilla. « Intéressant. »

« Tu crois que ça va marcher ? »

« Je ne peux pas encore le dire. Cependant, l'incantation me semble familière. » Il leva les yeux de la page et regarda Dean droit dans les yeux. « Si ça marche, » dit-il, « est-ce que tu comptes toujours y aller ? »

« Je ne t'aurais pas demandé d'apporter les livres si ce n'était pas le cas, » répliqua Dean en ouvrant un autre journal.

« Et Sam ? » Demanda Cas.

Tout d'abord, Dean ne répondit pas, ses yeux happés par les pages au centre du cahier. Il ne pouvait pas lire les mots, mais il pouvait en distinguer les croquis, des petites images de portes et de chaînes. Ses mains serrées autour du livre, Dean sentit son estomac se retourner. Prudemment, il ferma le journal et se tourna vers Cas.

« Je lui ai téléphoné, » dit Dean. « Je lui ai dit que tu allais
apporter les livres. Je ne sais pas s'il va se montrer. »

Cas ne répondit pas, ne lui dit pas que les peurs de Dean ne pouvaient être que trop réelles : que Sam camperait sur ses positions et ne le rejoindrait pas.

À la place, Cas tendit la main vers un autre livre et commença à le feuilleter.

« Et toi ? » Demanda Dean. « Ils n'ont pas besoin de toi là- haut ? »

« J'ai un peu de temps. »

Alors qu'il disait cela, Cas ne regarda pas Dean droit dans les yeux et Dean savait que Cas omettait la vérité s'il ne mentait pas de façon éhontée.

« Cas… » Commença Dean, puis il s'arrêta ne sachant pas réellement ce qu'il voulait dire là. Il avait besoin de l'aide de Cas mais ne lui avait-il pas déjà demandé assez de faveurs ? Dean ouvrit la bouche pour dire à Cas qu'il n'avait pas à rester, mais Cas fut plus rapide que lui.

« Est-ce que tu as de ces notes adhésives ? » Demanda Cas, parcourant le journal et désignant une page.

« Oui, » dit Dean qui se leva pour prendre des post-it et des surligneurs de son sac, pensant qu'il ferait mieux de prendre également quelques bières au passage.

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Dans son rêve, Dean courrait dans un couloir, essayant de rattraper Sam. Son souffle était laborieux à entendre et l'odeur du papier peint brûlé était dense dans l'air. Sam l'appelait et il lui semblait qu'il l'attendait juste au tournant mais Dean ne le vit jamais, ne l'entrevit pas.

L'odeur du charbon et du feu s'intensifia et la poitrine de Dean se serra de peur, son cœur battant violemment dans sa cage thoracique. Il savait qu'il était trop tard ; il aurait dû courir plus vite, il aurait dû le savoir plus tôt.

Sam l'appela et Dean s'éveilla en sursaut, sa tête se relevant subitement de la table.

La lune était haute au-dessus de la plaine, telle une pièce cabossée qui déposait une lueur argentée sur les tiges des roseaux. Dean écouta le vent bruisser dans l'herbe et l'espace d'une minute, il lui sembla pouvoir encore entendre Sam, ses cris presque noyés par le froissement des roseaux. L'estomac de Dean se noua, l'envie de répondre aux appels de Sam était si fort que Dean faillit ouvrir la bouche pour le faire.

« Dean ? » Demanda Cas, s'introduisant dans la confusion de Dean. Dean sursauta, tendit l'oreille pour entendre Sam mais cette fois, il n'entendit que le vent dans les joncs. Faisant courir une main sur son visage, Dean s'assit complètement et fit dos à la prairie ondulante. « Je vais bien. »

Il ne voulait pas s'endormir, mais à un moment il avait complètement décroché car il était fatigué à ce point. Déglutissant, Dean reporta son attention aux recherches qui se déroulaient sur la table.

Il faisait si chaud cette nuit-là qu'ils étaient restés sur le porche à l'arrière de la maison, allumant une lanterne électrique lorsque le soleil se coucha. Il devait être minuit passé et sur la table étaient éparpillées des notes froissées, des journaux ouverts et des sandwiches à moitié mangés.

Cas avait une feuille devant lui, autrefois blanche et maintenant recouverte de ses traductions. « Tu as fait un cauchemar, » constata-t-il et reposa son stylo. « À propos de Sam ? »

Dean secoua la tête, pas pour dire 'non' mais parce qu'il ne voulait pas y répondre. Cas savait déjà que Dean avait les mêmes rêves, quoiqu'avec des variations, depuis ce qu'il s'était passé dans le cimetière de Stull. Nuit après nuit, Dean avait fermé les yeux et s'était retrouvé dans des maisons vides, des tunnels noirs et des égouts, courant toujours après Sam mais ne le trouvant jamais.

Les cauchemars avaient cessé pendant un certain temps après le 'retour' de Sam, mais étaient revenus en force lorsqu'ils avaient découvert que l'âme de Sam était toujours coincée dans la Cage. L'âme de Sam, que Dean s'était toujours imaginé comme ayant l'apparence de son petit-frère, qui était attachée du haut de son mètre quatre-vingt dix aux barreaux de la Cage avec Lucifer qui lui faisait Dieu seul savait quoi.

Son expérience de première main sur le sujet avait appris à Dean qu'une âme pouvait saigner en Enfer, qu'elle pouvait souffrir de la douleur et la peur et de l'espoir qui dépérit. Il n'avait pas besoin de Mort et de ses sermons pour comprendre que l'âme était loin d'être un accessoire ; c'était la manifestation d'un humain, d'une personne sans corps. Quoique plus vulnérable, car une âme ne pouvait pas avoir recours à un soulagement physique tel que l'évanouissement ou le sommeil.

Une fois, alors que Dean ne pouvait plus se taire, il avait parlé de ses cauchemars à Cas. Il lui avait demandé s'ils pouvaient être réels, et que la partie manquante de Sam essayait de l'atteindre comme les anges l'avaient déjà fait. S'il lui passait des messages alors que Dean dormait. Cas lui avait répondu que ni les humains, ni leurs âmes ne pouvaient communiquer de cette façon.

Cela ne changea rien en les convictions qui animaient Dean ; que quelque part dans la Fosse, Sam criait à l'aide et personne ne lui répondait. Dean savait exactement ce qu'il ressentait.

« Dean ? » Insista Cas.

« Oui, » admit Dean. Il tira l'un des journaux plus près de lui et espéra que Cas laisserait tomber le sujet. Mais Cas ne le comprit pas et il fixa Dean jusqu'à ce qu'il craque. Dean regarda Cas droit dans les yeux, et détourna le regard avec un grognement avant de repousser le journal.

« Je l'ai laissé tomber, » murmura Dean et sa stupide voix en capta les mots. « Il est resté enfermé dans cette foutue Cage pendant une éternité. Et pendant cette année ? Je ne l'ai même pas cherché, Cas. »

Pendant des mois, il était sur les routes avec une coquille vide qui se posait comme étant son frère et il n'en avait pas eu la moindre idée. Qu'elle soit justifiée ou non, la culpabilité que Dean ressentait était écrasante. Il ne cessait de penser qu'il ne s'était pas posé assez de questions quant à l'évasion de Sam. Mais plus que tout, il ne pouvait pas passer outre son échec à se rendre compte que la partie qui faisait que Sam était lui-même avait été laissée quelque part.

« Tu ne le savais pas, » le raisonna Cas et Dean laissa échapper un soupir de frustration.

« Ouais, et apparemment tu peux remplir des livres avec tout ce que je ne sais pas, » dit Dean tout en ouvrant un autre journal.
« Tu as trouvé quelque chose ? »

« Peut-être, » répondit Cas avec son honnêteté habituelle.

Dean gloussa dans sa gorge. « 'Peut-être' est déjà pas mal. »

C'était plus que pas mal, pensait-il. Après deux ans passés à tout foutre en l'air dans sa quête pour trouver une porte vers l'Enfer, 'peut-être' était un progrès.

Dean tourna quelques pages, revérifia une colonne de symboles qu'il supposait être des coordonnées. Il ne pouvait pas se prêter totalement au jeu, les lettres devenaient floues devant ses yeux. Le vent qui montait de sous les planches du porche fit bruisser les livres et murmurer les pages. Avalant malgré sa gorge serrée, Dean attrapa un morceau de papier avant qu'il ne tombe au sol.

Au-dessus de la table, Cas avait mis un post-it orange pour marquer la page d'un des journaux. Il avait retiré son manteau ainsi que son haut de costume et semblait peu conscient de l'encre qui tâchait son pouce. Tout l'investissement dont Cas faisait preuve pour cette recherche impressionnait Dean quelque peu, non parce qu'il pensait que Cas n'aiderait pas, mais parce que cela faisait quelques temps qu'ils avaient mis leurs doutes de côté pour aider Dean.

Même si ces doutes étaient justifiés.

« Est-ce que tu penses toujours que l'âme de Sam sera
endommagée après qu'on l'aie secourue ? » Demanda Dean alors qu'il
mettait le morceau de papier volant sous une des pierres qu'ils utilisaient comme presse-papier. Des papillons de nuit faisaient battre leurs ailes contre la lanterne, le son de leurs petits corps battant et le sifflement de l'air chaud qui s'élevait donna à Dean la chair de poule.

Cas hésita, passa sa main sur la punaise d'une note. « Je ne sais pas, » admit-il. « Sam est plus fort que ce que je, et que les autres le pensent. Il pourrait être capable de supporter les effets à long
terme. »

Pourrait, nota Dean qui s'appuya sur ses coudes, et frotta ses doigts contre sa nuque.

« J'ai parlé avec un guérisseur de Dalanzadgad, » dit doucement Cas. « Il m'a donné une idée sur une façon dont je pourrais aider Sam. »

« Tu veux dire– » Commença Dean mais Cas secoua la tête.

« Je ne pourrai pas réparer tous les dommages, » dit-il. « Mais je peux placer quelques sécurités dans l'âme de Sam. Ce ne serait pas permanent, mais cela devrait apaiser une grande partie de la douleur et faciliter le processus de guérison. »

« Quoi, un peu comme un anesthésiant spirituel ? »

« Oui, c'est cela. »

« C'est toujours ça. » Dean pinça l'arrête de son nez avant de tendre le bras vers le thermos et de se servir un autre café. « Ce guérisseur, » dit-il en inclinant la bouteille vers Cas. « Est-ce qu'il a aussi eu des idées pour sortir Adam de là aussi ? »

« Non, » répondit Cas. Il tendit sa tasse et Dean le servit. Cas n'avait pas besoin de boire mais visiblement, il appréciait le café américain. « Si on peut séparer Adam de Michael, » médita Cas, « je peux essayer de soutenir son âme de la même façon que Sam, mais– »

« C'est un peu délicat d'exorciser un archange, c'est ça ? » Demanda Dean qui se reposa dans sa chaise.

La bouche de Cas trembla. « Très. »

« Tu sais, » dit Dean, « je dois me faire des idées, mais je crois bien que la chance n'est pas de notre côté. »

Son café à mi-chemin de sa bouche, Cas leva les yeux et haussa un sourcil. « C'est du sarcasme, » se risqua-t-il à dire et Dean ne put s'empêcher de sourire.

« 'Peut-être', » le railla Dean qui s'étira jusqu'à ce que sa colonne vertébrale craque. « Allez, » l'encouragea-t-il. « Dis-moi quelque chose de bien. Dis-moi à quel point tu mets à raclée à Raphael au Ciel. »

Son visage tout à coup aigri, Cas reprit son stylo et parcourut rapidement sa traduction. « Si tu veux entendre une histoire qui est couronnée de succès, je ne te parlerai pas de ma campagne. »

« Tu es un vrai rayon de soleil, tu sais ça ? » Rétorqua Dean et Cas fit trembler à nouveau un coin de sa bouche, puis lécha son pouce pour tourner une page du journal.

Sa cravate de travers, son regard passant d'un livre à l'autre puis à ses notes, Cas ajouta une ligne après l'autre à sa traduction. Dean referma une main autour de son mug et l'autre sur son bloc-notes, mais son regard se reporta sur Cas, passant sur sa crinière ébouriffée et la petite ligne entre les sourcils de Cas. Cas, qui avait un travail à temps plein qui consistait à mener une guerre contre son frère et qui restait éveillé avec lui toute la nuit pour l'aider.

« Merci, Cas, » dit Dean, sachant qu'il ne serait jamais capable de lui dire tout ce que cela représentait qu'il soit de nouveau à ses côtés.

Cas laissa échapper un soupir distrait, son attention braquée sur une partie de Dante en grec qui se trouvait devant lui. Dean avala une grande gorgée de café et il l'imita, fermant ses oreilles au vent et retourna à sa recherche.

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Le troisième jour qui suivit l'arrivée de Cas avec les livres, Dean s'accorda une pause pour se laver. Il remplit d'eau la baignoire du second étage et s'y glissa, utilisant une savonnette pour enlever la sueur et la poussière apportée par les livres. Le chauffe-eau de la salle de bains ne marchait pas mais cela importait peu pour Dean. La chaleur de l'été persistait dans la veille demeure et faire trempette dans un bain froid ne semblait pas si mal que cela.

Dean se reposait avec ses bras posés sur le rebord de la baignoire tout en écoutant le robinet qui fuyait lorsque Cas parla derrière lui.

« Dean, je… »

Cas fit irruption et Dean se retourna pour le voir qui se tenait sur le pas de la porte avec un journal dans la main. Il avait l'air d'une biche prise au piège dans les phares d'une voiture avec ses yeux fixés sur les épaules de Dean ou quelque part par là.

« Ce n'est pas le bon moment, » commença Cas et Dean haussa les épaules.

« C'est aussi bon qu'un autre, » dit-il. « Tu as trouvé quelque chose ? » Il devrait se sentir mal à l'aise à cause de sa nudité, mais en réalité il s'en fichait. Il n'avait rien de plus que Cas n'avait pas déjà vu et de plus, Cas l'avait déjà vu dans des situations bien plus embarrassantes : battu, ensanglanté, avec des lignes de perfusion qui rampaient de ses bras, une sonde gastrique coincée au fond de la gorge et Dieu savait de quoi Dean avait eu l'air lorsque Cas l'avait arraché au chevalet de torture. Quant à débuter une conversation dans des lieux peu appropriés – il avait depuis longtemps abandonné l'idée d'apprendre à Cas l'importance de l'espace personnel.

« Je peux revenir plus tard, » insista Cas avec une prudence qui ne lui ressemblait pas.

Dean eut un air désapprobateur. « Cas, on s'est démenés pendant trois jours. Si tu as trouvé quelque chose, je veux le savoir. »

Cas hésita, puis hocha la tête. « Très bien. » Il entra, s'assit sur une chaise à la tête de la baignoire et ouvrit le journal. De l'eau clapotant autour de lui, Dean se retourna et regarda la page que Cas avait gardée pour lui.

« Tu te souviens de ça ? » Demanda Cas.

« Ouais, » répondit Dean. « C'est le poème grec bizarre sur les oignons. »

« Sur des herbes, » corrigea Cas. « Je pensais que c'était à pur but décoratif, un des passages littéraires des notes d'Alighieri. »

Dean scanna la page ainsi que les traductions de Cas dans les marges.

En mettant de côté le sens du poème. Les journaux étaient un mélange sauvage de carnets de voyage, de spéculations, de citations de la Bible et de fragments de poésie. Sans oublier que le texte fourmillait de fautes et regorgeait d'alternances entre l'italien, le latin, le grec, l'arabe et l'hébreu. Dean reprendrait avec plaisir les notes claires et nettes de son père plutôt que le bazar de Dante.

« Je parie que tu as changé d'avis ? » Demanda Dean.

« Ce n'est pas un poème, c'est un code, » dit Cas. « Toutes les herbes et les minéraux mentionnés ici sont les ingrédients d'un ancien sort de localisation. Je n'avais pas fait le lien au tout début à cause… »

« … À cause des mauvaises rimes ? » Le coupa Dean et Cas sourit.

« Oui. » Il sortit une feuille de papier coincée entre des pages et montra à Dean une liste qu'il avait faite. « J'ai isolé ici tous les items dont nous aurons besoin. La dernière strophe est l'incantation, mais elle est différente de tous les sorts que je connais. Elle ne localise pas une personne, mais un seuil, une porte. »

« Une porte infernale ? Quoi, comme celle dans le Wyoming ? »

Cas secoua la tête. « Non, je pense que c'est différent. Elle semble avoir été faite de la main de l'homme et demeure inconnue des démons et des anges. »

Dean siffla et se reposa contre le rebord de la baignoire pour regarder de plus près les notes de Cas. « Qui peut construire des portes vers l'Enfer ? »

« Je ne sais pas, » admit Cas. « C'est extrêmement déroutant. Mais regarde ça. » Cas retourna sa liste de courses et lut une autre traduction. « Ça vient d'un autre journal : Ils les construisirent au nord et au sud, en est et en ouest, dans les veines de vie entre la haute montagne et le profond océan et alors que les portes s'ouvrirent, elles leur permirent de passer au Ciel et en Enfer. »

« Au Ciel et en Enfer ? » Répéta Dean. « Donc il y a des portes qui mènent aussi au Paradis ? »

Cas haussa les épaules, se renfrogna. « Si tu m'avais posé la question hier, j'aurais dit que cela n'existant pas. »

« Et ces portes, » continua Dean, « tu crois qu'on peut passer par elles sans, tu sais, mourir ? »

« Ces livres le disent, oui. »

Dean humidifia ses lèvres, fixant les notes de Cas sans pour autant les regarder. Après des mois passés à se retrouver dans des impasses, étaient-ils en train de faire une percée ? Cela semblait trop bien pour être vrai.

« C'est une occasion de le vérifier, » dit Cas et l'espoir se réveilla avec une telle vivacité dans la poitrine de Dean qu'il attrapa le bras de Cas de sa main mouillée.

« Ouais, » dit-il. « Ça l'est. »

Il sentit son sourire s'étirer sur son visage et vit les coins de la bouche de Cas trembler également. Les yeux de Cas se fixèrent rapidement sur la tête de Dean et Dean repoussa automatiquement ses cheveux en arrière. « On pourra essayer ça quand ? » Demanda Dean.

« Quelques uns des éléments dont nous avons besoin se trouvent dans le garde-manger, » dit Cas, repliant précautionneusement sa traduction et la glissant à nouveau dans le journal. « Nous pouvons essayer le sort dès que j'aurai réuni le reste. »

« J'ai le temps de terminer ça d'abord ? » Le taquina Dean, même si cela ne le dérangerait pas de sauter hors de la baignoire et de mettre en place le sort dès maintenant. Cas tressaillit comme s'il venait tout juste de se souvenir où ils étaient et ce que Dean était en train de faire.

« Bien sûr, » dit-il et Dean se retourna de nouveau pour prendre de l'eau en coupe dans sa main. Il passa ses mains sur son visage et dans ses cheveux avant de reprendre le savon.

« Devrais-je te laisser ? » Demanda Cas.

« À moins que tu ne veuilles me passer du shampooing dans les cheveux, » plaisanta Dean. Il leva le savon, mais Cas ne fit que rouler les yeux et sortit de la pièce.

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Dean rinça ses cheveux, frotta ses doigts contre son cuir chevelu et enfonça le bout de ses doigts dans les muscles tendus de sa nuque. Il roula des épaules, essayant de soulager son torticolis. Le gant de toilette qu'il avait utilisé pendait sur le rebord de la baignoire et il l'attrapa, le passa le long de sa nuque avant qu'il ne l'approche entre ses jambes. Refermant le tissu autour de son sexe, Dean laissa ses paupières se clore. Pendant les deux dernières semaines, il avait donné tout ce qu'il avait donc il prendrait le moindre soulagement qu'il pourrait avoir.

Le tissu-éponge provoqua d'agréables frictions, la matière humide glissant et accrochant sa peau. Dean s'enfonça plus profondément dans le bain, posa fermement ses pieds contre le fond de la baignoire. L'eau se balança doucement contre ses épaules et Dean ouvrit à peine les yeux, regarda le soleil à travers la fenêtre sale. Il remonta puis fit descendre lentement son poing, serra, puis fit glisser son pouce sur son gland. Quelque chose dans sa poitrine se serra et sa respiration se fit difficile, ce qui prouvait que cela allait être très plaisant.

Ce n'est pas le bon moment.

La voix de Cas semblait résonner dans la salle vide et Dean laissa sa tête retomber contre la baignoire. Il passa sa main libre dans ses cheveux, imaginant que c'était Cas qui le faisait, caressant de sa paume l'arrière de sa tête. Les murs semblèrent s'écrouler tout à coup, et Dean repensa à la lueur dans les yeux de Cas posés sur son épaule nue. Son pénis tressaillit dans son poing et Dean siffla un soupir, le nom de Cas sur le bout de sa langue. Bon sang, il voulait de nouveau agripper le bras de Cas, sentir le muscle ferme et la peau chaude sous la chemise de Cas. Il se souvint de sa main mouillée humidifiant la manche de Cas et le petit sourire sur le visage de Cas, l'excentricité sur sa bouche.

Dean lécha ses lèvres, sa main accélérant et son dos se cabrant sous son toucher. Le bruit d'éclaboussure rythmique de l'eau semblait être trop audible ; si quelqu'un passait dans le couloir, le bruit seul le trahirait. Dean sentit son visage s'échauffer et les muscles de son ventre se contractèrent, ses hanches se levant de toutes ses forces vers le tissu rêche dans sa main. Il émit un petit son, un halètement étouffé et la simple pensée que Cas pourrait l'entendre fut suffisante pour qu'il vienne.

Ensuite, Dean laissa de l'eau propre remplir de nouveau la baignoire et s'y était allongé. Alors que l'eau montait lentement autour de lui, il effleura de ses doigts la cicatrice sur son épaule avant d'appuyer ses deux bras sur le rebord de la baignoire et de soigneusement vider son esprit.