From Past, with love...

Auteur: Jelyel

Titre: From Past, with love

Pairing: HP/personnage mystère révélé au chapitre 2… C'est un personnage qui fait partie de l'univers d'Harry Potter mais les slash avec ce personnages sont très rares !

Raiting : Classé T, pour le moment, mais le M finira par tomber, immanquablement, mais pas tout de suite, raison pour laquelle...je l'ai quand même mis sous M !

Spoiler: Les cinq premiers tomes sont pris en compte. A partir de de là j'en ai fait qu'à ma tête, j'imagine ^^

Résumé: Mon résumé est tout pourri, mais comme on est obligé d'en faire un pour la présentation sur l'accueil des fics -' donc je vous propose de ne pas y prêter attention et de simplement lire !

Temps de parution: J'ai 6 chapitres d'écrits mais comme j'ai une autre histoire en cours (pour ceux qui connaissent Lost in the Sands of time), ça risque d'être franchement aléatoire, donc pas plus d'un chapitre par moi !

Note : C'est un pairing pas vraiment répandu, alors j'ai fait le truc à ma sauce, elle est plus spéciale que Lost in the Sands of Time mais j'espère qu'elle vous plaira. Vous étonnez pas si Harry est un peu "dépressif" au début, il va changer progressivement mais assez rapidement !

J'ai gardé certains mots en anglais notamment les noms des maisons donc Gryffindors=Gryffondor, Slytherin=Serpentard, Hufflepuffle=Pouffsouffle, Ravenclaw=Serdaigle !

J'espère ne pas avoir laissé trop de fautes et je m'excuse pour celles qui traînent certainement...!

En tout cas bonne lecture, n'hésitait pas à laisser des reviews (je mords pas promis), ça m'aidera à avoir un peu de retour sur mon écriture et l'histoire !


Le ciel avait une apparence étrange ce jour-là à travers la fenêtre. Les nuages semblaient sculptés par des êtres invisibles et formaient des volutes de blanc cotonneux. Le bleu éclatant signe d'un été brûlant disparaîtrait bientôt et laisserai place à un automne doux et morose. Un jeune homme soupira. Il était assis à la fenêtre et avait délaissé son livre sur ses genoux pour s'évader dans la beauté de ce blanc crémeux. Comme un gamin, il attribuait aux nuages des formes improbables que lui seul voyait souriant mélancoliquement au ciel.

Il détourna pourtant sa tête de la fenêtre et descendit du rebord, atterrissant avec légèreté sur le sol du dortoir des Gryffindors. Il était seul, tous étaient partis profiter de ce bel après-midi de septembre. Leur sixième année débutait à peine et peu avait envie de sortir de cette atmosphère agréable de vacances dont ils avaient profité.

Il passa une main ennuyée dans ses cheveux en bataille devenus plus longs avec le temps, atteignant presque ses épaules. Quelques mèches éparses et désorganisées recouvraient son visage aux traits fermes à présent, bien éloigné d'un physique d'enfant. Les lignes de sa mâchoire étaient plus appuyées et son nez était droit. Mais ce qui frappait le plus chez ce garçon étaient sans doute ses yeux, d'un vert profond et envoûtant, défiant l'émeraude. Ils semblaient illuminer ce visage tout entier tant ils brillaient. Pourtant quiconque connaissait le garçon aurait remarqué que leur éclat ternissait de jour en jour. La fatigue avait envahi ses traits et des cernes soulignaient ses yeux. Un pli soucieux animait une bouche rosée aux lèvres étonnamment pleines.

Une brise légère provenant d'un carreau brisé de la fenêtre vint écarter une mèche de son front, révélant une étrange cicatrice en forme d'éclair.

Le courant d'air fit frissonner le corps svelte du garçon.

- Harry ! Appela une voix depuis les escaliers du dortoir.

L'intéressé tourna la tête vers la porte, son livre toujours à la main. Un garçon roux apparu dans l'encadrement de la porte.

- Je t'ai cherché partout ! S'exclama-t-il en apercevant le jeune homme. Avec Seamus et les autres on va faire une partie de Quidditch et il nous manque un attrapeur. Tu viens avec nous, vieux ?

- Non pas cette fois Ron, répondit Harry en esquissant un sourire désolé. Je ne suis pas très en forme et j'aimerai rester au calme dans les dortoirs.

Ron avisa le livre que son meilleur ami tenait et eut un air purement effrayé.

- Pitié, dis-moi que l'acharnement de Hermione à nous rendre sérieux n'a pas porté ses fruits, gémit-il en grimaçant théâtralement.

Harry émit un petit rire qui sonnait faux.

- Non Ron, mon niveau intellectuel me satisfait pleinement actuellement.

L'autre soupira de soulagement et fit demi-tour en lançant un retentissant « Bon après-midi !» à la volée.

Harry soupira. Il soupirait bien trop souvent d'ailleurs. Il ne faudrait pas que ça devienne une habitude.

Il s'ennuyait à mourir mais n'avait envie de rien. Jolie contradiction en somme, mais néanmoins bien réelle. Hermione l'avait sermonné et poussé à s'occuper et à penser à autre chose. Ne plus rester dans cet état catatonique qui le dévorait sans qu'il n'arrive à s'en défaire. Sa volonté était sans doute morte avec Sirius quelque part dans un coin de son cerveau embrumé par le deuil.

Il avait besoin de parler à quelqu'un. Mais qui pourrait bien admettre que tout était de sa faute ? Les autres se bornaient à croire que ce qu'il voulait entendre était que ce n'était pas de son fait. Mais lui ne voulait pas juste l'entendre, il voulait qu'on l'en convainque. Et ça personne ne parvenait à le faire. Et la raison en était simple tout était juste définitivement de sa faute. S'il avait réfléchi et laissé son côté impulsif et idiot derrière lui, il n'en serait pas là. Et Sirius serait en vie.

Il s'allongea sur son lit et attendit en silence. Attendre quoi ? Il n'en savait rien. Il avait juste besoin de ne plus penser. Les heures tournèrent et il ne trouvait pas la force de se lever. Il n'en avait plus envie. Pas la force, pas l'utilité.

La porte s'ouvrit sur la joyeuse bande de Gryffindors riant et parlant de leur match.

- Hé Harry, tu aurais dû venir rien que pour voir la tête de Seamus quand le vif d'or l'a attaqué ! lança Ron en s'approchant de lui.

Le rouquin avait les joues rouges de s'être dépensé et les cheveux ébouriffés par le vent. Il paraissait… plein de vie. Et Harry l'enviait d'être capable de cela.

Ron le fixa tandis que l'autre se contentait d'un vague hochement de tête. Hermione et lui s'inquiétaient beaucoup pour lui. La jeune fille le soupçonnait même d'entrer dans une phase de dépression. Malgré ses connaissances, elle ne savait pas quoi faire pour aider le brun. Et plus les jours passaient, plus il entrait dans un état passif. Ron et elle savaient que le jeune homme ne digérait pas la mort de Sirius ni ne croyait en ses chances de vaincre Voldemort. Ils savaient que sa mort lors du combat final approchait de l'inéluctable. Ils l'avaient admiré de vivre avec cette épée de Damoclès chancelant en permanence au-dessus de sa tête, l'empêchant de penser à son avenir. La mort de Sirius l'avait juste définitivement fait basculer. Et personne ne comprendrait jamais vraiment ce qu'il se passait dans la tête du jeune homme.

- Tu viens manger ?

Harry secoua la tête en signe de dénégation. Il n'avait pas faim.

- Allez Harry, tu n'as quasiment rien mangé ce midi, il faut que tu prennes des forces, insista Ron un air soucieux sur le visage.

- Je t'assure que je n'ai pas faim Ron. Descend rejoindre Hermione, elle doit t'attendre, répliqua-t-il d'une voix atone.

- Elle nous attend, marmonna Ron.

- Peu importe, je descendrai peut être un peu plus tard.

- Comme tu voudras, murmura le roux en tournant les talons dissimulant avec peine son inquiétude.

Il entendit les rires et les voix de ses compagnons faiblir à mesure qu'ils descendaient dans la grande salle pour dîner. Le silence revint dans le dortoir et la solitude l'assaillit violemment. Il aurait voulu pleurer mais il n'y arrivait plus depuis trois mois. Oui, il aurait voulu se rouler en boule et pleurer comme un enfant, caché sous ses couvertures. Il aurait effacé ses larmes pour dissimuler sa tristesse aux autres et leur aurait offert le sourire qu'ils attendaient. Un sourire derrière lequel ils ne verraient pas son cœur rapiécé et les larmes qui coulaient encore. Mais il ne savait plus sourire. Il se sentait tellement vide. Tellement loin de lui, tellement coupé de ses émotions. Comme s'il se regardait agir comme un automate depuis l'extérieur de son corps. Il n'était plus en mouvement. Il stagnait dans une vie tout tracée, sans possibilité de faire des choix.

Il se força à se lever. Il descendit du dortoir et sortit de la salle commune. Il n'avait pas faim et la grande salle ne lui disait rien. Il se mit donc à errer dans les couloirs déserts à l'heure du dîner. Il ne sut dire combien de temps il marcha sans but mais les couloirs se remplirent bientôt d'élèves rejoignant leurs dortoirs respectifs avant le couvre-feu. Mais Harry n'avait pas envie de rentrer au dortoir, de supporter les mines inquiètes de Ron et Hermione.

Il continua donc son errance dans les couloirs indiffèrent à l'idée de se faire attraper ou non. Il emprunta un passage secret de la carte des maraudeurs dont il ignorait où il aboutirait. De mémoire, il savait qu'il s'agissait du seul passage pour lequel la carte n'indiquait pas où il menait. Il avait alors juste supposé que le passage avait été détruit. Pourtant force lui fut de constater qu'il était encore ouvert, lorsqu'après avoir marché un moment il arriva derrière une tapisserie qu'il écarta d'une main. Il tapota le mur de sa baguette marmonnant une vague incantation pour ouvrir la voie comme les maraudeurs l'avaient indiqué. Il débarqua dans une aile du château où il n'avait jamais été. Elle était moins entretenue que les voix principales et le silence était seulement troublé par le bruit rassurant de ses propres pas. Des objets étranges traînaient de si de là sur les quelques meubles bordant les dédales de couloirs. Personne n'était venu ici depuis longtemps et une odeur de poussière réconfortante lui montait au nez. C'était l'odeur des secrets et des vieilles légendes, il appréciait cette senteur particulière. La lueur de la lune pénétrait ces couloirs à travers les larges fenêtres et les enveloppait d'une aura de mystère.

Ses jambes commençaient à le tirailler à force de marcher et il s'arrêta un moment. Il se dirigea vers un pan de mur dans l'intention de s'y appuyer voir de se laisser glisser comme un vieux chiffon le long de celui-ci. Cependant il s'arrêta dans son mouvement en constatant que le mur était entouré d'une sorte d'arcade comme si un passage s'était tenu là auparavant.

Il caressa de sa main la pierre fraîche. A son grand étonnement un sifflement en provenance du mur résonna dans le couloir et la pierre sembla vibrer sous ses doigts. Il s'écarta du mur, hésitant sur la conduite à adopter, partagé entre la fuite et la curiosité de voir d'où provenait ce son, tiraillé entre son côté impulsif digne des Gryffindor et une nature plus prudente sans doute attribuée à Slytherin.

Une inscription étrange se grava dans la pierre du mur qu'il avait effleuré quelques instants plus tôt. Elle était composée d'une série de symboles étranges appartenant à une langue qu'il ne reconnut pas sur le coup. Harry s'approcha prudemment et fut surpris de constater qu'il savait lire ces signes.

Et s'il les prononçait à voix haute ? Ça ne déclencherait pas un cataclysme au moins ? De toute façon Poudlard était un lieu sûr !... L'incident de la Chambre des Secrets lui revint sournoisement à l'esprit…

Il haussa les épaules pour lui-même. La chambre des secrets était sans doute une exception. Peut-être cet endroit était-il un nouveau passage secret encore méconnu ? Un passage secret dans un passage secret menant à une aile secrète…Hum…

Il prononça les mots de cette langue étrange et s'entendit à peine les prononcer. Ils signifiaient :

« Je suis l'enfant de l'air, moins qu'un rêve, Fils du printemps qui naît, du matin qui se lève »

Rien ne se produisit, pas même une secousse, une vibration.

Harry s'approcha à nouveau du mur et passa sa main dessus. Mais il ne put le toucher. Sa main passa simplement à travers. Il eut un hoquet de surprise et la retira immédiatement heureux de constater qu'elle était encore au bout de son bras. Il la ramena contre lui, tout contre son torse.

Qu'est-ce que c'était que ça ? C'était comme si le mur n'était qu'une illusion. Et ce n'était pas là tout à l'heure. Cette phrase était donc une sorte de formule (il regarda à nouveau ce passage en forme de porte) ou un mot de passe !

Il se sentit à nouveau un peu lui-même lorsque sa curiosité frôlant l'envie suicidaire, l'emporta sur sa prudente conscience. Il respira un grand coup et avança vers le mur et brusquement passa sa tête au travers du mur en fermant les yeux de toutes ses forces.

Une fois certain d'être encore vivant il ouvrit un œil puis l'autre et constata qu'il se trouvait (à moitié) dans une pièce éclairée magiquement par quelques bougies dans des chandeliers accrochés aux murs lui donnant une atmosphère chaleureuse et tremblante.

La pièce n'était pas très grande mais dans un coin de la salle se tenait une cheminée autour de laquelle se trouvait deux fauteuils et un large canapé qui semblaient plutôt confortables. Ils reposaient sur un tapis à poils longs et doux du genre de ceux sur lesquels la plupart des gens se régalaient à marcher pieds-nus. Sur quasiment tous les murs disponibles de la pièce s'entassait un joyeux bazar composé de livres et d'objets en tout genre. Des fioles s'étalaient dans une vitrine en verre contenant des ingrédients pour potion d'aspect écœurant mais sans doute rares. Une petite table de travail était installée seule dans un coin de la pièce.

Lorsqu'il arriva, il se sentit comme chez lui dans cet univers pourtant inconnu. Emerveillé par cette chaleureuse petite pièce, il entra tout entier. Il avança au milieu de la pièce et tourna sur lui-même pour mieux observer les lieux. Il s'était trompé. De la porte il n'avait pas remarqué mais un petit pan de mur n'était pas recouvert d'étagère, tout près de l'un des fauteuils. Cependant, un portait y avait été accroché. Le seul de la pièce.

Harry s'avança comme fasciné. Il représentait un homme d'approximativement une petite trentaine d'année peut-être moins, assis de face contre un saule pleureur. Il tenait un livre entre ses longs doigts fins et portait d'anciennes robes de sorcier noires richement ornées de volutes d'argent sur les manches et le col, ressemblant davantage à une cape de voyage. De longs cheveux lisses et d'un noir de jais descendaient sans doute en cascade souple dans son dos. Le peintre en avait fait se soulever quelques mèches pour donner l'impression d'une brise légère de printemps.

Mais ce qui attira immédiatement le regard d'Harry fut ses yeux d'une couleur exceptionnelle. Il n'était pas bêtement gris mais argentés et ils rendaient ce regard plus vif que n'importe quelle autre chose qu'il pouvait connaître. Ils scintillaient sur un visage pâle aux traits fermes. La mâchoire de cet homme était carrée et ses traits anguleux en faisait un visage à part. Son étrangeté ne le rendait pas moins beau, juste plus mystérieux. Il était d'une beauté qu'il n'avait jamais vue. Une beauté étrange, fascinante, du genre que l'on ne peut observer qu'à de trop rares occasions dans sa vie. Il sut immédiatement que jamais il n'oublierait ce regard, cet homme, ce simple portrait. Qui qu'il soit, quel que soit son nom, qu'il ait existé ou non il était certain que ce visage avait été marqué au fer rouge dans son esprit.

Un détail le surprit lorsqu'il parvint à détacher son regard de ces pupilles hypnotiques. Un détail plutôt colossal qu'il se reprocha de ne pas avoir remarqué immédiatement. Le portait n'était pas animé ! Ce devait sans doute être le seul de tout Poudlard. Il chercha le nom de ce mystérieux personnage, ou une signature du peintre talentueux, mais en vain. Il n'y avait pas d'inscription sur le cadre richement décoré et encore moins de trace de l'homme qui avait réalisé cette œuvre.

Il soupira et se sentit soudain fatigué. Il recula et se laissa tomber dans le fauteuil tout proche sans cesser de fixer le tableau du regard. Il pencha son buste en avant, appuyant ses coudes sur ses genoux et soutenant son menton de ses mains jointes.

Il ne sut combien de temps il le fixa, fasciné par le fait que le tableau lui apparaisse si vivant sans qu'il ne soit animé.

Il ne se souvint pas non plus du moment où il s'était assoupis dans une position des plus inconfortables à en juger par son corps courbaturé lorsqu'il se réveilla. Sa nuque était raide et son dos craqua lorsqu'il s'étira en baillant.

C'était la première fois qu'il ne faisait pas de cauchemars et parvenait à faire une nuit complète bien que peu confortable. Ses pensées moroses avaient été éloignées le temps d'une nuit.

Il lança un rapide tempus. Presque huit heures. Par Merlin il était en retard et même sacrément en retard ! Il sauta sur ses pieds et se lança un sort de rafraîchissement lui permettant de tenir sans une bonne douche matinale. Tant pis pour le déjeuner ! Il sortit rapidement de la pièce en traversant le mur avec un air méfiant et courut dans les couloirs pour rejoindre la salle de métamorphose. Il ne put s'empêcher de lancer un regard en arrière sur cette mystérieuse arcade qui cachait une si belle salle. Il s'était inexplicablement senti chez lui, accueilli avec chaleur. Il ne parvenait pas à expliquer d'où lui venait cette sensation.

Lorsqu'il arriva dans la salle de métamorphose tous les élèves étaient déjà installés. McGonagall lui lança un regard sévère que démentait le rictus compatissant qui animait ses lèvres face à sa mine pâle et ses cernes violacés. Hermione luit fit signe de s'approcher. Elle lui avait gardé une place et il la gratifia d'un de ces demi-sourires crispés devenus fréquent depuis quelques mois.

Elle lui tendit son sac. Bénis sois-tu Hermione, toi et ton côté petite maman attentive à tout !

Il sortit ses affaires de cours et tenta vainement de se concentrer sur les paroles du professeur. Étrangement la partie non-catatonique de son cerveau tournait seulement autour de sa découverte de cette nuit et de ce magnifique et mystérieux jeune homme du portrait.

- Où étais-tu passé cette nuit ? Murmura avec empressement Hermione à côté de lui tout en continuant à faire semblant d'écrire attentivement les cours, ses cheveux en rideau devant son visage masquant sa bouche à Minerva. Ron m'a dit que tu avais disparu après qu'il t'ait vu dans le dortoir juste avant qu'il ne descende manger. On s'est permis d'utiliser la carte du Maraudeur comme tu l'avais laissé en plan dans ta valise. Et tu n'étais nulle part ! Alors Ron s'est dit que tu étais peut être dans la salle sur demande car comme tu le sais elle n'apparaît pas sur la carte ! Mais tu n'y étais pas et je me suis fait un sang d'encre ! Et…

Ses murmures s'étaient affolés à mesure que son monologue avançait et ce n'est qu'en se tournant vers elle qu'il aperçut les cernes qui soulignait ces grand yeux noisettes. Il sentit un élan de tendresse pour elle monter en lui. Elle s'était beaucoup inquiétée et avait dû se ronger les sangs toute la nuit. Alors pour elle, il se força à esquisser un de ses sourires les plus convaincants de ses derniers mois. Un détail cependant dans les dires d'Hermione retinrent son attention : cette salle n'apparaissait définitivement pas non plus sur la carte des maraudeurs. Il ne s'agissait donc pas d'un passage magique qui servait à passer d'un étage à l'autre, il s'agissait bel et bien d'une aile inconnue.

- J'étais tellement inquiète, tu parais si fragile en ce moment, si déphasé. Parle-moi Harry. Parle-nous, ajouta-t-elle en lui lançant un regard suppliant.

Il y avait tant d'affection pour lui dans ces paroles et ces gestes qu'il se sentit coupable de provoquer son inquiétude.

- Ne t'inquiète pas pour moi Hermione, je vais bien.

Son mensonge l'aurait sans doute fait rougir de honte en temps normal.

- Harry tu n'as pas mangé depuis hier ! Et toute cette semaine tu as à peine grignoté de quoi tenir le coup ! Regarde-toi ! Tu as déjà beaucoup maigri !

- Je vais bien Hermione et je ne mange pas parce que je ne ressens pas le besoin ni l'envie de manger.

Sa réplique censée la rassurer renforça l'inquiétude de ses yeux. Elle semblait à deux doigts de fondre en larme. Ron allait le tuer !

Hermione n'ajouta rien de plus pendant le cours. La journée passa dans la même ambiance de l'inquiétude pour Ron et Hermione et une profonde culpabilité venant de Harry de leur faire ainsi peur. Le soir, il se força à assister au dîner et consenti même à manger quelques feuilles de salades et un bout de viande. Il fit des efforts toute la semaine pour oublier son mal être et rassurer autant qu'il pouvait ses deux meilleurs amis têtus.

Seulement toutes les journées il avait été obnubilé par le portrait et cette salle secrète. Plus rien d'autre ne le maintenait debout, sauf le besoin insatiable de combler sa curiosité. Plus rien ne l'avait intéressé depuis des mois et voilà que maintenant un étrange tableau prenait une place considérable dans sa tête, dans sa vie.

Le soir même il s'endormit profondément grâce à l'une des potions sans rêves qu'il avait l'habitude de prendre. Pourtant cette nuit-là, malgré la potion, il fit un rêve pour la première fois depuis longtemps.

Il était au beau milieu d'une prairie d'une herbe d'un vert surnaturel. Une légère odeur de camomille flottait retenue par une odeur fraîche d'herbe mouillée. Le champ de verdure qui s'étalait devant lui ressemblait à un océan agité de frissons provoqués par une brise douce. Il ne savait pas où il était mais ses jambes, elles, semblaient savoir exactement où le mener. Il gravit une petite colline, recouverte de ce même vert chatoyant. Au sommet, ses pas le guidèrent près d'un magnifique et majestueux saule pleureur dont les branches tombantes formaient un abri. L'homme du portrait se reposait contre le tronc, le menton légèrement relevé et les yeux clos. Un livre reposait sur ces genoux. Harry s'approcha de lui sans trop savoir quoi faire. Tout semblait si réel.

Lorsqu'il fut à moins d'un mètre de l'homme il ouvrit soudainement ses yeux dévoilant des orbes faits d'argent en fusion. Uniques et splendides. Il lui adressa un sourire léger et calme. Seule la brise et le mouvement des branches du vieil arbre brisaient l'immobilité de cette scène où chacun observait l'autre tentant d'en décrypter le plus possible.

- Quel est ton nom ? demanda l'homme en penchant légèrement la tête sur le côté, l'air de le sonder.

Sa voix avait des intonations puissantes mais calmes. Le genre de voix qui captivait et ne vous lâchait plus.

- Harry Potter, répondis le jeune homme mal à l'aise sous le regard insistant.

- Enchanté Harry Potter, vraiment enchanté, prononça-t-il lentement semblant savourer la saveur des sons sur sa langue.

Son sourire s'accentua rendant ses yeux rieurs et plus pétillants que jamais, creusant de charmantes fossettes autour de sa bouche.

- Et… et vous, quel est votre nom ? demanda-t-il en constatant avec gêne qu'il n'avait pu empêcher sa voix de trembler d'émotion.

- Mon nom ne te sera, pour l'instant, d'aucune utilité, tout autant que le vouvoiement que tu m'adresses, répondit-il d'une voix calme sans se départir de son sourire.

Harry ne sut que répondre et se contenta d'esquisser un sourire timide.

- Très bien Harry ! S'exclama-t-il soudain en se lançant sur ses pieds. Parle-moi de toi ! Qu'est-ce qui t'as amené dans cette salle reculée et secrète du château ?

Il lui adressa un clin d'œil tout en s'appuyant sur l'arbre derrière lui et en croisant les bras sur son torse. Il devait bien mesurer une tête de plus que Harry grâce à ses jambes fines et élancées.

- Eh bien je…

Mais avant même qu'il ait pu terminer sa phrase quelqu'un l'arracha à ce rêve, ce monde de tranquillité et de sourires charmants.

- Allez Harry ! Debout mon vieux ! Cria la voix de Ron tandis qu'une main ferme lui secouait l'épaule sans ménagement. Et retire cet air niais de Hufflepuffle de ton visage, tu me fais flipper !

Il mit du temps à dissiper les brumes de sommeil et de confusion encombrant ses pensées. Ce rêve lui avait paru tellement réel ! Profondément chamboulé, il jeta néanmoins ses jambes hors de son lit, et commença distraitement à s'habiller et à préparer ses affaires de la journée.

Lorsque Ron et lui descendirent du dortoir, ils constatèrent qu'Hermione les attendait, tranquillement installée dans un fauteuil de la salle commune. Elle se leva prestement en les voyant arriver. Elle remarqua immédiatement l'air inhabituellement concentré d'Harry et fonça les sourcils. Qu'est-ce qui pouvait bien perturber le jeune homme à ce point ?

Ils allèrent en cours écoutant Ron se plaindre du cours de potion qu'ils avaient dans la matinée. Harry, lui, réfléchissait. Il ne parvenait pas à se sortir ce satané rêve de la tête. Il était sans doute le mieux placé pour savoir lorsqu'un rêve était plus ou moins encré dans la réalité ou non avec toutes les visions atroces que lui envoyaient régulièrement Voldemort. Seulement là c'était différent. Seule la sensation prenante de réalité était semblable. Cependant ce rêve n'était pas un souvenir, ni vraiment un rêve à vrai dire. Bien que ce ne soit pas non plus la réalité puisqu'il avait vécu tout cela pendant son sommeil. Pourtant il n'en était pas moins réel !

Ah c'était à en perdre la tête ! Il allait devenir fou à trop y penser !

Ce n'est qu'au repas qu'il se décida à poser une question à Hermione qui le taraudait depuis sa découverte.

- Hermione, est-ce que tu sais s'il existe des tableaux inanimés dans Poudlard ?

Hermione releva la tête de son livre et reposa sa fourchette. Oui, Hermione lisait en mangeant, un exploit qu'elle seule semblait maîtriser.

- Non pas à ma connaissance. Poudlard est une école de magie et les sorciers ont toujours animés leurs portraits afin de garder leurs proches présents malgré leur disparition. Pourquoi cette question ? répondit-elle en lui lançant un regard interrogateur.

- Pour rien, répondit-il machinalement en mâchonnant un bout de pain. Et sais-tu si certaines ailes du château nous sont interdites ?

- Et bien, les couloirs du troisième étage l'ont toujours été et il me semble me souvenir qu'une des ailes du château a été fermée il y a longtemps. Seul le directeur y aurait accès par une sorte de passage secret que personne ne connait. Mais ce ne sont que des histoires, j'imagine. Pourquoi me demandes-tu ça ? dit-elle l'air de rien.

- Comme ça, répondit-il en baissant à nouveau la tête vers son assiette comme si c'était la chose la plus fascinante de l'univers.

La jeune fille l'observa en plissant les yeux mais n'ajouta rien.

Harry était bien plus perturbé qu'il ne le laissait voir et il savait qu'Hermione n'était pas dupe. Ce tableau et ce rêve l'intriguaient au possible. Tout comme cette pièce sortie de nulle part. Il ne parvenait plus à penser à autre chose. Non, il ne voulait pas penser à autre chose ! La fuite par l'occupation de l'esprit… Cela étant, il sentit rapidement le besoin, quasi impérieux, d'y retourner. Mais la semaine fut si chargée qu'il eut à peine le temps de faire plus qu'y penser.

Aussitôt rentré au dortoir, une semaine plus tard, il avait déjà préparé ses affaires pour y retourner. Et cette fois il ne laisserait pas sa carte du maraudeur traîner et il prendrait soin de rentrer un peu avant le réveil de ses camarades. Il annonça donc aux autres qu'il se couchait tôt ce soir-là. Il s'enferma entre les rideaux de son baldaquin (avec deux trois sorts que personne ne pourrait défaire ce soir) et tandis que l'animation dans le dortoir avant le coucher battait son plein, il passa sa cape d'invisibilité, ses chaussures et fourra sa carte dans sa poche puis sortit le plus discrètement qu'il put.

Il passa la salle commune et plongea dans les couloirs obscurs de Poudlard baguette à la main. Il mit une dizaine de minutes à retrouver son chemin et se retrouva finalement à nouveau face à l'arcade. Il prononça le mot de passe et entra sans hésitation.

Il reprit la place qu'il avait occupée quelques jours auparavant dans le fauteuil moelleux. La nuit était plus fraîche et à peine eut-il le temps de le penser qu'un feu se mit à ronronner paresseusement dans l'âtre de la cheminée. Cette pièce semblait animée de sa propre vie, semblant sentit les besoins de celui qui l'occupait. Un peu comme la salle sur demande sans doute…

Il concentra à nouveau toute son attention sur le personnage du tableau. Il lui semblait que ses yeux brillaient davantage si c'était possible et qu'un léger rictus ressemblant à un sourire barrait ses lèvres délicatement rosées.

Il se perdit dans sa contemplation muette remuant ses pensées sans cesser de fixer le tableau. Les larmes dévalèrent ses joues sans même qu'il s'en rende compte. Ce n'est que lorsqu'il sentit des gouttes légères sur ses mains qu'il leva ses doigts à hauteur de son visage et récupéra quelques perles salées.

Il se mit à rire. D'un rire amer dénué d'humour.

- Pourquoi maintenant ? interrogea-t-il à haute voix dans l'espoir vain qu'une réponse lui parviendrait.

Mais seul le silence lui répondit.

- Evidemment personne ne me répondra. Personne n'a jamais les réponses, répliqua-il au silence.

Il savait que se placer en victime n'était pas une solution et ça ne lui ressemblait pas mais parfois cela pouvait avoir du bon et dire ça à voix haute sembla le soulager un peu. Il se leva d'un pas nerveux et arpenta furieusement la pièce pour finir par se planter devant le tableau, fixant les pupilles couleur argent.

- Toi ! s'exclama-t-il sentant poindre une sorte d'hystérie malvenue. Je ne sais même pas qui tu es, je ne sais pas si tu existes ou as existé ! Et je n'ai fait que penser à toi et à maudire tes foutus yeux trop…trop je ne sais quoi ! On pourrait penser que j'aurai d'autre chose à penser mais non ! Non ! Le célèbre Harry Potter se laisse charmer par un tableau, et un tableau immobile de surcroît ! Et tu oses venir me déranger jusque dans mes rêves. Je deviens dingue, dingue de ne rien contrôler !

Aucune logique dans son monologue, personne pour l'entendre, tout était comme ce devait être. Il se rassit sur le fauteuil soudain emplie d'une lassitude familière. Il éclata de rire, voilà qu'il se mettait à engueuler des portraits qui ne faisaient rien à part lui renvoyer sa propre folie en pleine face.

- Je ne sais pas. Je ne sais plus. Qu'est-ce que je dois faire pour m'en sortir ? Et bordel, pourquoi moi ? Lâcha-t-il d'une voix neutre qui ne masquait que trop peu se souffrance.

Il enfonça sa tête dans ses mains cachant sa détresse. Et là ce n'était plus de la victimisation, ça avait toujours était lui, toujours.

- Ma vie ne se résume qu'à une série de « Pourquoi ? ». Rien de plus, rien de moins, continua-t-il sans vraiment savoir à qui il s'adressait. Je n'ai jamais demandé à perdre mes parents à cause d'une foutue prophétie. Ni à être élevé par des moldus infects. Encore moins à être poursuivi par un crétin de mégalomane depuis toujours. Ni à regarder Cédric mourir ce soir-là dans le cimetière. Je n'ai pas davantage demandé à perdre mon parrain ! Je n'ai jamais voulu qu'on m'enlève tous ceux qui me sont chers ! Alors pourquoi ? Pourquoi ils partent les uns après les autres… ?

Sa voix se brisa. Il se rendit soudain compte qu'avoir exprimé à voix haute tout cela, l'avait…détendu. Il se sentait vidé certes, mais soulagé. Il n'avait pas ressenti de sentiments aussi intenses que la colère depuis bien longtemps. Il savait pertinemment que cette sensation de soulagement n'était que temporaire. Une profonde mélancolie s'empara à nouveau de son cœur et même si ses yeux brillèrent de larmes il ne parvint pas à les libérer.

Alors il resta simplement là, et le personnage du tableau paraissait le fixer. Son sourire léger semblait avoir disparu. A la place un pli triste animait un coin de sa bouche. Ses yeux brillaient d'une douce tristesse, de compréhension, de...tendresse. Imaginait-il seulement ces changements ou le tableau avait-il toujours été comme ça ? Tout ce qu'il savait c'est que ce regard l'apaisa profondément. Il passa simplement des heures à le fixer, les yeux brillants et l'autre semblait soutenir son regard. Il était peut-être devenu fou au point de chercher un peu de soutien dans un tableau. Il ne voyait peut-être que ce qu'il avait envie de voir. Mais peu importe, ça lui faisait du bien et un peu de soulagement était toujours le bienvenu. Il ne se reconnaissait plus, il n'avait jamais été aussi abattu.

Il finit par s'étendre sur le canapé, épuisé. Il s'endormit sur la pensée, que, qui que soit ce personnage, son regard l'avait plus aidé que n'importe lequel des discours qu'on lui avait tenu pour lui faire remonter la pente. Il se sentait compris, protégé dans cette petite salle chaleureuse que lui-seul connaissait. Ce serait son secret…leur secret… ? Et même si cela n'était qu'une illusion, il voulait y croire. Il souhaita même revoir cet homme dans ses rêves.


Alors une idée sur l'identité du personnage ? Il me semble qu'il n'est pas excessivement compliqué à démasquer ! Un avis ?

En espérant que vous avez passé un bon moment !

See you soon !