Eva et Kat: deux filles d'Ève à l'improviste:

Chapitre 1: une incursion au milieu de nulle part, ou le meilleur moyen de se perdre!

Le calme régnait dans le bois de Sherwood. Les oiseaux gazouillaient, peu enclins à rester sagement dans leurs nids en une si belle matinée de février. Le silence apaisant accueillant leur chant fut soudain brisé par un cri aigu, si douloureux à entendre que les moineaux, effrayés, s'envolèrent à une vitesse affolante dans un concert de piaillements frustrés.

- Evangelyne, enfin! rouspéta une femme, alors que le groupe d'adolescents la suivant ricanait.

La raison de leur amusement n'était pas bien difficile à trouver: en plein milieu du cercle qui s'était formé autour d'elle, une adolescente de quinze ans se releva avec difficulté.

- Pardon, madame...bredouilla la brune, rougissant de sa maladresse. Je...j'ai trébuché!

Le professeur se détourna d'elle en soupirant que ''ce n'était pas une raison pour crier comme ça''.Alors que le groupe s'éloignait, une voix retentit dans le dos de la fille, qui s'occupait à balayer les feuilles mortes qui s'étaient accrochées à son long manteau.

- Evangelyne...
- Oui, Kat, je sais ce que tu vas dire,coupa la brune, agacée. Je ne changerai jamais et il n'y a que moi pour faire des bourdes pareilles!
- ...J'aurais pu en effet, mais non,répliqua la sus-nommée Kat. En fait, je me demandais plutôt la réelle raison de ta chute, et de ton...cri si harmonieux.
- Mais je l'ai dit, j'ai trébuché sur une racine! rouspéta Eva.
- Hum hum...
- Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?
- Il y a que tu mens toujours aussi mal.
- Je...je...bon, d'accord, j'ai vu un serpent, alors j'ai paniqué!

Ekaterina haussa les sourcils.

- Enfin...il me semblait avoir vu un serpent, rectifia Eva, baissant les yeux.
- Oui... laisse moi te donner ma version: Cette feuille-Ekaterina retira la-dite feuille des cheveux ébouriffés de son amie- t'es tombée sur la tête. Croyant qu'il s'agissait, vu ton imagination, d'un serpent venimeux, tu as hurlé et t'es jetée à terre dans l'espoir qu'il tombe et s'enfuie en rampant.

Eva regarda l'asiatique aux cheveux noirs ailes-de-corbeau avec des yeux ronds.

- Kat... t'es sûre que t'es pas voyante?
- Mais non, répliqua son amie avec un sourire. Disons que je commence à te connaître sur le bout des ongles. Allez, viens, on ferait mieux de suivre le groupe avant qu'il ne parte...
- Sans nous? termina Eva dans un couinement.

En effet, elles eurent beau tourner la tête en tous sens, leur professeur et le reste des adolescents de leur classe semblaient bel et bien avoir disparu. De plus, le ciel jusque-là d'un bleu si pur s'assombrit tout d'un coup.

- Zut! rouspéta Kat. Manquait plus que ça! Deux françaises en voyage dans un pays étranger perdues au beau milieu d'un bois immense!
- Kat?demanda Eva. Tu crois qu'il y a des bêtes sauvages ici?
- J'en sais rien,répliqua l'asiatique, mais j'ai pas l'intention de rester ici pour le savoir! D'autant plus qu'il fait de plus en plus sombre, j'y vois presque comme en pleine nuit!
- Parce-que t'y vois, toi, en pleine nuit?! s'exclama Eva, impressionnée.

Le regard que Kat lui lança lui intima que le moment était mal choisi pour sortir des bêtises. Mais ne pas sortir de bêtises n'était malheureusement pas à la portée de la jeune brune, qui poursuivit:

- Dis, tu crois qu'il y a une éclipse totale prévue pour aujourd'hui?
- Eva, dis moi que tu le fais exprès...
- Pourquoi, il y en a une?
- NON!
- Hey! Pourquoi tu t'énerves? Pour une fois que je dis un truc intelligent! Oh! Je sais! Tu es jalouse de ne pas avoir eu l'idée de l'éclipse toi même!
- Ouais, c'est clair, répondit ironiquement Kat. Bon, si tu as fini ton exposé fort passionnant sur les éclipse, je propose qu'on essaye de retrouver le groupe avant qu'il fasse nuit noire!
- Ce qui est déjà presque fait, constata Eva en plissant les yeux pour ne pas foncer dans un arbre par accident.
- Je confirme. Raison de plus pour nous dépêcher. Comme quoi, même en plein jour, il faut toujours emporter une lampe torche. C'est pas du tout encombrant, et incroyablement utile.
- Ça tombe bien, j'en ai une.

Kat se tourna vers Eva, les yeux grands ouverts, n'en croyant pas ses oreilles.

- Tu en as une?! Dans ton sac?!
- Ben oui!
- Et ça ne te serait pas venu à l'esprit de le dire AVANT?!
- Ben tu m'as pas dit que tu en avais besoin! rouspéta Eva en fouillant dans son sac. Tiens, la voilà!
- Merci! fit Kat en la lui arrachant des mains.
- Et t'y fais attention, c'est un cadeau de mon cousin!
- Comme quoi lui aussi te trouve vachement douée.
- Il a eu cette idée le jour où je me suis levée en pleine nuit et que je me suis pris le coin du meuble du salon dans les côtes.
- ...Il a bien fait de t'offrir ce cadeau.
- Le bon goût, c'est de famille, répliqua Eva avec un sourire.

Avant d'entendre des murmures.

- C'est le groupe, tu crois? demanda-t-elle à Kat, qui lui intima le silence.

Les voix, après un instant d'interruption, reprirent:

- Je te dis que ça vient de là-bas!
- Mais tu vois une lumière? Il n'y a rien!
- Écoutes, la taupe, je sais que t'es myope, mais là tu exagères!
- Mais puisque je te dis qu'il n'y a rien...
- Silence! Ça a bougé! Je te promets que je l'ai vue bouger!

Eva se tourna vers Kat, affolée.

- Des pédophiles! murmura-t-elle. Ou des criminels en cavale!

- Ne panique pas, Evangelyne, ne panique pas...prévint Ekaterina, sentant son amie perdre son calme.

Trop tard.

- IIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII IIIIIIH! couina la brune, juste avant que l'asiatique lui plaque une main contre la bouche.

Mais le mal était fait.
Quelques mètres devant elles, un buisson bruissa, bougea...
Et les deux adolescentes restèrent sans voix.

Car devant elles ne se tenaient pas des hommes, mais...

- DES MOOOOOOOOOOOOOOOOOOONSTRES! hurla Eva avant de prendre la poudre d'escampette, suivie de près par Ekaterina.
- REVENEZ! hurla l'un d'entre eux, un minotaure, de sa voix de basse.

Les deux jeunes filles entendirent derrière elles le bruit de ses sabots martelant le sol.

- GYAAAAH, IL VA NOUS RATTRAPER! s'égosilla Eva. ON VA MOURIIIIIIR!

- A TERRE! s'écria alors Ekaterina, entraînant Eva derrière elle.

Seulement, au lieu de se jeter, comme elle le pensait, dans un buisson, elle traversa ce dernier comme s'il était suspendu dans les airs.
Les deux jeunes filles firent un magnifique roulé-boulé dans une sorte de toboggan de terre.
Arrivées en bas (c'est à dire sur un terrain enfin totalement plat, merci pour leur dos), Eva, qui arrivait derrière Ekaterina, lui tomba en plein dessus.

- AOUTCH! hurla l'asiatique. EVANGELYNE!
- Mais quoi? Te plains pas, t'aurais pu avoir l'autre balèze fou furieux sur ton dos, et à mon avis ça t'aurait pas fait le même effet!
- Il n'empêche que tu devrais entamer un régime...
- MAAAIIIIS!

Seulement, alors qu'Eva continuait à vociférer qu'elle mangeait tout à fait sainement, Ekaterina remarqua une chose.
De là ou elle était, pas grand chose, mais un détail qui pouvait en effet s'avérer capital.
Une assemblée de sabots, pattes et même de serres d'oiseaux (format maxi) se tenait devant-elles.
Inquiète, elle tenta de relever doucement la tête. Peine perdue.

- Eva...

La brune ne l'entendit pas, continuant à s'égosiller au point de virer au rouge.

- Evangelyne, tenta à nouveau Ekaterina.

Sans plus de résultat.

- BON, MAINTENANT ESPECE DE TÊTE DE MULE TU VAS M'ÉCOUTER ATTENTIVEMENT!

Eva baissa la tête vers son amie, indignée qu'elle ait osé la traiter de la sorte.

- Voudrais-tu avoir l'amabilité de lever ton postérieur de mon dos, pour que je sois dans la possibilité de redresser la tête, de lever les yeux et de regarder qui sont ces personnes qui semblent nous regarder comme si nous étions des bêtes curieuses?!
- Pas avant que tu te sois excusée, répliqua Eva en croisant les bras.
- DEBOUT, J'AI DIT!
- Bon, ça va! Ça va, t'énerves pas, je me lève, je me lève!rouspéta Eva.

Elle se redressa aussi facilement que si elle avait été simplement assise sur son sofa.
Ekaterina, en revanche, eut quelques difficultés.

- Aoutch, mon dos! gémit-elle. Et pourtant, je suis pas du genre douillette!
- Si c'est encore une allusion au fait que je devrai perdre du poids, tu...
- Laisse tomber, on a d'autres chats à fouetter,répliqua Ekaterina à son amie.
- Où tu vois des chats?

- Je plaisante.
- Encore heureux.

Ekaterina balaya la foule d'un regard circulaire...se pinça le bras, espérant que tout cela n'était qu'un mauvais rêve...gémit, se rendant compte par la même occasion que ce n'en était pas un... et se prit un coup de coude d'Eva.

- Dis, on est où? demanda la brune.
- T'as qu'à regarder autour de toi.

La française leva les yeux.

- Je...tu...ils...

Tu es dans les ennuis jusqu'au cou, je suis dans le même bateau que toi, et ils...enfin bref. Il y a cinq solutions: La première: on est tombées dans un rassemblement de fans un peu extrémistes...qui se mobilisent pour protéger la nature.

La deuxième: tout ça n'est qu'une illusion. Problème: comment on en sort?!

La troisième c'est qu'on est en train d'êtres victimes d'une hallucination collective. Problème: notre santé mentale serait dans ce cas là en danger, et j'ai pas trop envie de me retrouver dans un endroit tout blanc et capitonné avec une camisole de force.

La quatrième, c'est que tout cela n'est qu'un rêve. Si c'est le cas, c'est un rêve un peu trop réel à mon goût.

Enfin, la cinquième, et la plus loufoque...tout ça, c'est réel...

- Et on s'est retrouvés je sais pas comment dans la forêt de Merlin l'Enchanteur, termina Eva à la place de son amie.
- Ouais. Sauf que c'est pas du tout la même forêt.

Alors qu'Eva allait sortir une nouvelle ânerie, un homme (un humain, Dieu soit loué!) se fraya un chemin au travers de cette assemblée atypique.
Un homme qui ne parut d'ailleurs pas inconnu aux deux jeunes filles.

- C'est pas un acteur de cinéma, lui? demanda Eva.
- En temps normal, je te répondrai oui, mais...

Ekaterina pâlit. Elle venait de comprendre ce qui pourtant paraissait inconcevable.

- Ah!s'exclama Eva. Je sais! Il a joué Caspian, dans Narnia!
- En temps normal, je te répondrai oui,répéta Ekaterina d'une voix tremblante.
- Mais?...
- Mais étant donné notre étrange situation, je ne peux qu'affirmer que...

Ekaterina inspira un grand coup.

- Ce type EST Caspian, et NOUS sommes, en quelque sorte, à NARNIA!

Eva tapota la tête de son amie d'un air apaisant, semblant penser qu'elle avait perdu la raison... avant de connecter ses neurones.
Une taupe qui parle, un minotaure...des animaux géants...

- Oh miiiiiince,fit-elle,blêmissant à son tour.
- C'est exactement le mot qui convient, approuva son amie.
- Veuillez m'excuser, déclara d'un ton.. hésitant ? Caspian, mais.. qui êtes-vous ?