Chapitre 3 : une charmante petite rencontre

Eva et Kat commencèrent donc leur vie avec les Narniens. La brune découvrit les joies de la cantine collective, brûlant allègrement des dizaines de repas tandis que Kat se désespérait face à ses alliés par la force des choses. Pour dire le vrai, l'asiatique avait hurlé pendant une demi-heure entière sur le pauvre Ripitchip au sujet de l'organisation de l'armurerie, et plus spécialement des archers. En effet, la jeune fille faisait du tir à l'arc depuis l'âge de cinq ans, et avait même fait quelques compétitions d'ordre international. Elle avait gardé de cette époque trois choses : une patience à toute épreuve – ou presque, Eva étant particulièrement douée pour lui faire atteindre ses limites –, un talent rivalisant avec les meilleurs archers et... un esprit carré au perfectionnisme confinant au TOC. TOUS les arcs devaient être bien rangés, TOUS les carquois devaient être remplis entièrement, TOUTES les flèches devaient avoir un empennage impeccable, et surtout... tous les archers devaient être capable de dégainer une flèche à tout moment. Ripitchip avait tenté au début de ramener à la raison l'asiatique, avant de renoncer et de se soumettre à toutes ses exigences. C'est qu'il tenait à sa vie tout de même le chevalier...

Un jour, alors que l'armée était en marche, ils tombèrent sur des personnes bien connues de deux jeunes femmes. Eva et Kat, tout en discrétion, ne trouvèrent rien de mieux que d'hurler :

- LES PEVENSIE ?!

Les concernés se tournèrent vers elles. Susan fronça les sourcils.

- Nous nous connaissons ?

- Euh.. fit Eva. Comment dire... oui... non... ben...
Heureusement, celle-ci fut sauvée par le gong... en la personne d'un charmant – hum, hum – jeune homme blond pâle comme un cachet d'aspirine. Ce dernier s'indignait :

-Je NE suis PAS un Pevensie ! Je suis un Scrubb ! Un peu de respect que diable ! Je n'ai pas le même nom que ces... Pevensie quand même !

-Eustache, lui rappela Edmund, je te ferai remarquer qu'étant donné que tu es notre cousin tu es un Pevensie par alliance, alors tais-toi.

-Scrubb ? marmota Eva à Kat.

-C'est Lewis qui a dû se tromper, souffla en retour cette dernière.

-Ouais peut-être, grogna Eva, mais quand même, qu'est-ce qu'il fait là lui ?
Malheureusement, cette dernière phrase fut entendue par l'intéressé qui... approuva.
-Moi aussi je me le demande.

-Eustache, intervint Susan, je te rappelle que nous n'avons pas demandé à ce que tu viennes.

-Ce serait même le contraire, marmonna Edmund. Quoique s'il pouvait rencontrer un minotaure...

Peter (remis de son magnifique petit combat de coq avec Caspian) demanda au prince :

-Êtes-vous bien le prince Caspian ?

-Oui. Vous devez être les rois et reines de l'Ancien Temps.

-En effet. Et qui sont ces jeunes filles avec vous ?

Eva eut des étoiles dans les yeux : enfin quelqu'un qui lui reconnaissait le statut de jeune fille ! Kat, elle, soupira : les ennuis s'annonçaient...
L'asiatique répondit tout de même :

-Mon amie s'appelle Evangélyne, et je suis Ekaterina, mais...

-... appelez-nous Eva et Kat ! la coupa son amie.

Susan dit tout eux ce que tous les britanniques pensaient tout bas :

-Ainsi, vous êtes des Tellemarines. Comment être sûrs de votre loyauté ?

Alors qu'Eva s'étouffait d'indignation, Kat lança négligemment :

-Oh, pour ça pas de soucis, nous sommes françaises.
Silence.

-FRANCAISES ? s'écrièrent les Pevensie et le Scrubb.

A cette découverte, Edmund sembla s'animer.

-Non, c'est vrai ? Alors, décrivez-nous la situation en France : ça pourrait être utile pour gagner cette maudite guerre. Y a-t-il beaucoup de soldats allemands ? De gens qui collaborent ? Et d'ailleurs, dans quelle zone vous trouvez-vous ?

-Eh bien, nous habitons dans la zone sud, répondit Kat. Il n'y a pas d'Allemands pour l'instant, que des Italiens. Pour les gens qui collaborent, c'est un peu difficile à dire : on ne parle pas vraiment de ça par peur de se faire repérer.

-Zone sud ? Allemands ? Collabos ? répéta Eva. Mais Kat, de quoi parles-tu ?
Silence. Kat donna le plus discrètement possible un grand coup de pied dans le tibia de son amie, avant de murmurer entre ses dents :

-Bon sang Eva, tais-toi par pitié.
Plus haut, l'asiatique continua son exposé – comme quoi, vive les bouquins poussiéreux – :

-Et évidemment, je ne vous parle pas de la propagande du gouvernement de Vichy et...
-J'ai compris ! hurla brusquement la deuxième française.

-Quoi donc ? interrogea Lucy.

-Pourquoi vous parlez de soldats, de zone, de gouvernement et de Vichy ! C'est parce que les vendeurs de tissus de Vichy ont fait sécession et envoient des mercenaires dans tout le pays !

Silence.
La brune s'exclama, hyper fière d'elle :

-J'ai raison, hein ? Je suis trop intelligente.
Silence. Soudain, Kat bondit et donna une magnifique claque à l'arrière du crâne de son amie en sifflant tout bas :

-Evangélyne ! Concentre-toi un peu. Tu sais bien qu'actuellement, nous sommes pour les Pevensie en 42, soit en pleine seconde guerre mondiale ! Alors arrête de sortir des âneries pareilles !

A ce moment, Edmund posa une question pleine de bon sens :

-Vous êtes sûres d'être amies ? Ou même, d'habiter dans le même pays ?

-Oui oui, la claque, c'est de la pure charité, fit Kat en faisant un sourire innocent. Pour le pays, ben.. disons que Eva aime bien faire des blagues qui tombent à plat.

-Je... commença une Eva indignée.
Le regard que lui jeta son amie la dissuada de continuer.
Les Narniens reprirent donc la route, avec une brune grommelant que « C'était pas juste, et d'ailleurs, c'était toujours sa faute, et moi aussi je pourrais faire mon intelligente si je prenais le temps d'apprendre des trucs inutiles comme l'histoire... ». Une sèche remarque de Kat sur le fait qu'elle n'était pas sourde la fit continuer plus bas.