DISCLAIMER : — The Dark Knight, le Joker et tout le reste appartiendront toujours aux DC comics & à C. Nolan. « CLOCKWORK » appartient à HoistTheColours qui m'a donné son autorisation pour traduire son histoire.

NDT : Je suis heureuse de voir que le dernier chapitre vous a également plu ! J'espère que vous serez toujours enthousiastes quant à celui-ci. N'hésitez pas à me donner vos impressions. Par contre, au risque de me répéter, à partir des prochains chapitres l'histoire va considérablement s'assombrir. Pour les plus sensibles d'entre vous, n'oubliez pas que cette histoire est classée M.

Bonne lecture !

CHAPITRE 6

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Taylor se tenait juste derrière le Joker alors qu'il était penché, les épaules tendues, au-dessus de son bureau. Sa tête était baissée tout près de sa feuille et ses cheveux blonds et gras masquaient son visage. Elle fit courir ses doigts sur son ours en peluche, absente, observant avec curiosité ce qu'il était en train de faire.

Le soleil matinal avait temporairement disparu et était maintenant caché derrière de gros nuages opaques, ne laissant filtrer que peu de lumière. Les rayons qui passaient à travers la vite n'étaient que de fins rayons grisâtres, donnant une humeur triste à tout ce qui se trouvait dans la pièce. Dehors, l'air était glacial et humide, s'étalant sur les fenêtres en de longues trainées givrées.

Pendant que Taylor étudiait le Joker, sa tête se pencha sur le côté d'une manière spéculative, pendant qu'elle se demandait s'il était une personne en qui elle pouvait avoir confiance. Elle ne savait toujours pas pourquoi il était là et il n'avait toujours rien dit à propos de sa mère. Il lui avait juste indiqué, quelques heures auparavant, que sa mère l'attendait au parc, mais elle trouvait cela très étrange. Sa maman ne l'avait jamais emmenée au parc et n'avait même jamais voulu.

Cependant, pour ce qui était du Joker, elle le craignait toujours un peu et faisait très attention à ce qu'elle faisait lorsqu'elle était avec lui. Il était comme une bombe à retardement et pouvait exploser à chaque contact ou chaque fois qu'il était agacé. Ses humeurs étaient aussi changeantes et inconsistantes que le vent. Mais plus elle y réfléchissait, plus elle pensait qu'il avait également été très gentil. Il l'avait nourrie, lui avait donné un bain et l'avait même habillée. Il avait même rendu cet homme heureux alors qu'il pleurait. C'était vraiment gentil de sa part. Il n'était peut-être pas si mauvais.

Elle laissa échapper un petit soupir alors qu'elle s'approchait de lui, se tenant juste à côté de son bureau pendant qu'il continuait à travailler, sans faire attention à elle.

Elle parcourut la pièce des yeux et s'arrêta soudainement sur sa boîte, qui reposait sur le sol près de son bureau. Se mordillant la lèvre, elle le regarda pour voir s'il était toujours perdu dans ses pensées. Décidant qu'il était trop occupé par ce qu'il était en train de faire, elle s'approcha de la boîte et jeta un œil à l'intérieur.

Elle posa son nounours sur le sol pour pouvoir y plonger les eux mains et en tirer une petite carte blanche. Il y avait un petit homme en noir et blanc, habillé d'une étrange manière et portant un chapeau pointu avec des clochettes à chaque extrémité. Pour Taylor, le petit homme dansait.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en rapprochant la carte de son visage.

La tête du Joker bougea lentement et il se tourna pour la regarder.

— Ça, c'est… (il fit claquer ses lèvres) ma carte.

Ses yeux allèrent de l'objet jusqu'au visage de Taylor pour décrypter sa réaction. Ses yeux se plissèrent pendant qu'elle fixait la carte avec attention, comme si le personnage allait soudainement sauter et la mordre si elle n'était pas prudente.

— J-jo… jok…

Elle était incertaine, essayant de faire de son mieux pour lire le mot inscrit à la verticale sur le côté de la carte. Elle pointa les lettres en s'approchant de lui :

— Est-ce que c'est la lettre « J » ?

Le Joker acquiesça en silence, continuant à la regarder.

— Ton nom… c'est J ?

Son ton était incertain et défaitiste, peu fière de ne pas avoir réussi à lire le mot entier.

Il soutint son regard vert et inquisiteur et il hocha lentement la tête. Il fit tourner la chaise pour lui faire face, posant ses coudes sur ses genoux et il baissa le visage près du sien. Il ne l'admettrait jamais, mais secrètement, il adorait se plonger dans ses yeux innocents. Parfois, il n'arrivait plus à s'arracher à ces yeux-là, comme s'il était perpétuellement hypnotisé. Elle avait les plus beaux yeux verts qu'il n'avait jamais vus. Ses iris étaient étrangement brillants et cristallins, mais le contour était d'un vert un peu plus sombre. Il n'avait jamais vu une paire d'yeux si uniques et intrigants. C'était ce qui faisait d'elle un être unique, même s'ils lui mangeaient le visage tant ils étaient grands.

Il fut capable de sortir de sa transe et il arracha la carte de sa main, la rangeant dans l'une de ses poches.

— Ne touche pas à la boîte.

Il s'adossa dans sa chaise et retourna à son travail, laissant une Taylor confuse à côté de lui.

Après un moment de silence, le Joker l'entendit soupirer doucement. Furtivement, il lui jeta un regard, du coin de l'œil, pendant qu'elle essayait de regarder sur le bureau. Elle n'était pas assez grande pour y arriver. Il sourit et détourna le regard lorsqu'elle abandonna l'idée, retournant juste à côté de lui.

Hésitant pendant un moment, elle passa soudainement sous son bras qui était posé sur le bureau. Il haussa les sourcils lorsqu'il sentit ses coudes creuser dans ses cuisses et elle leva les yeux pour voir sa réaction.

— Qu'est-ce que tu fais ? demanda-t-elle avec curiosité.

Elle essaya de voir ce qui se trouvait sur le bureau, en se tenant sur la pointe des pieds, appuyant tout son poids sur ses coudes.

Le Joker rapprocha sa chaise en soupirant, essayant d'ignorer sa question pendant qu'il continuait d'écrire, ses yeux allant de la carte de Gotham au petit morceau de journal sur lequel il écrivait.

— Est-ce que tu dessines ? persista-t-elle.

Le Joker resta silencieux, concentré sur sa tache, essayant d'ignorer sa curieuse petite voix.

— Est-ce que tu écris un livre ?

N'entendant aucune réponse, elle continua :

— Est-ce que tu… fais du coloriage ? demanda-t-elle avec exaspération, à court d'idées.

Le Joker lâcha son crayon, agacé, et la regarda se mordiller la lèvre.

— Je veux juste savoir ce que tu fais.

Elle essaya à nouveau de regarder sur le bureau.

— Est-ce que tu dessines un petit chat ? Parce que j'adore les chats. J'en avais un quand j'étais un bébé, expliqua-t-elle, mais maman a dit que je ne pouvais pas le garder parce que c'était celui de grand-mère et grand-mère n'aimait pas qu'on touche à ses affaires.

Haussant les sourcils, à demi amusé, le Joker se contenta de la fixer. Il ne l'avait pas entendu parler autant depuis qu'il l'avait trouvée, deux jours auparavant.

— Tu veux savoir comment il s'appelait ? demanda-t-elle avec espoir en le regardant de ses grands yeux verts.

— Pas vraiment…

— Eh bien, son nom c'était Jasper et il avait tellement de poil que maman disait qu'il ressemblait à une grosse boule de poils.

Taylor rit et tenta de ravaler son sourire grandissant :

— Ce n'est pas la chose plus drôle que tu n'as jamais entendue ?

Le Joker soupira lourdement.

— Hilarant.

Elle plissa les yeux, confuse :

— Ça veut dire quoi hi-la-rant ?

Irrité, il tapa des doigts sur le bureau et poussa ses bras de ses jambes de son autre main, la faisant tomber sur le sol.

Pourquoi poses-tu autant de questions ?

La peur apparut dans ses yeux pendant une seconde, mais quand elle vit qu'il ne faisait rien d'autre pour lui faire mal, elle se détendit. Elle fronça les sourcils, depuis le sol et le regarda dans les yeux.

— Je ne sais pas. Pourquoi tu ne réponds jamais ?

Le Joker sentit un sourire apparaître sur son visage, tirant sur ses cicatrices. Bonne réponse.

— C'est pas grave, continua-t-elle, maman ne répondait jamais non plus. Mais c'était parce qu'elle n'était jamais à la maison.

Elle regarda ses mains et ajouta :

— Elle disait qu'elle devait travailler tout le temps parce que papa ne lui donnait rien. Mais je ne connais pas mon papa. Maman disait que papa ne m'aimait pas et que c'était pour ça que je ne l'avais jamais vu.

Taylor fit une pause et regarda le Joker, pour vérifier s'il l'écoutait toujours. Elle continua quand elle vit que le Joker l'observait toujours.

— Est-ce que ton papa te détestait aussi ? demanda-t-elle d'un ton malheureux et hésitant. C'est pour ça que tu as des cicatrices sur le visage ?

Le Joker fit juste claquer ses lèvres pour seule réponse, mais ne parla pas.

Taylor ne le remarqua pas et continua de parler :

— Ma maman m'a fait des cicatrices aussi. J'en ai une sur le bras. Tu veux la voir ? C'est juste là.

Elle rangea une mèche de ses cheveux derrière son oreille et se leva pour s'avancer vers lui, le bras tendu. Elle pointa une cicatrice blanche et ancienne qui courait sur son l'intérieur de son avant-bras. Le Joker fit courir sa langue à l'intérieur de sa joue.

— Ça m'a vraiment fait mal, dit-elle d'une petite voix, elle était vraiment pas contente.

— Où est-ce que ta, euh, maman… travaille ?

Il ne savait pas pourquoi il essayait d'en savoir plus sur elle, mais elle était une petite chose trop bavarde lorsqu'elle le voulait.

Taylor fit courir ses doigts sur son avant-bras en le regardant, excitée de le voir lui porter un quelconque intérêt.

— Oh je sais pas, mais maman rentrait toujours très tard à la maison. Elle portait toujours des vêtements brillants et tout plein de bijoux.

Elle jeta un coup d'œil curieux au Joker :

— Toi aussi tu portes des vêtements brillants ?

— Euh… non.

— Ouais, moi non plus.

Elle soupira lourdement, sa petite poitrine s'affaissant. Elle le regarda et remarqua qu'il la fixait d'un air étrange, juste avant de se tourner et de reprendre le travail. Elle se mordilla la lèvre inférieure, l'épiant pensivement. Elle remarqua que pendant qu'il travaillait, sa bouche et ses cicatrices tremblotaient, ses yeux sombres allaient rapidement d'un endroit à l'autre. Après un moment de silence, Taylor réalisa qu'il avait évité sa question principale elle ne savait toujours pas s'il faisait du coloriage où s'il écrivait une histoire. Elle se demanda pourquoi il ne le lui avait pas dit.

Elle bâilla, fatiguée, et se rendit compte que cela faisait un petit moment qu'elle n'avait pas dormi. Elle se frotta les yeux et laissa échapper un autre bâillement, quittant le Joker pour Teddy qui attendait sagement sur le sol.

Ses yeux fatigués scannèrent la pièce grisâtre et remarquèrent un petit banc, juste en dessous de la baie vitrée, à l'opposé de la salle. Traînant son ours derrière elle, elle marcha sans bruit jusqu'à cet endroit, ses yeux se posant une dernière sur le Joker.

Il ne la regardait toujours pas et elle détourna les yeux pour regarder dehors, un lourd soupir s'échappant de ses lèvres lorsqu'elle vit le ciel chargé de nuages gris. L'eau glacée du port était immobile et les bateaux à l'horizon disparaissaient dans le brouillard. Elle pressa ses doigts contre la vitre gelée et dessina quelques formes.

Elle se demanda quand sa mère reviendrait la chercher. Même si au fond d'elle, Taylor savait que sa mère lui faisait du mal, elle lui manquait terriblement. Après tout, c'était la seule personne avec qui elle avait toujours interagi. Elle n'était jamais allée à la maternelle, ne s'était jamais fait d'amis et n'avait jamais rencontré d'autres enfants. Du moins, pas qu'elle se souvienne. Sa mère l'avait toujours coupée du monde et à cause de cela, Taylor n'avait jamais su ce qui était bon pour elle, même entre les murs de cet immeuble qu'elle appelait « maison ».

Lorsqu'un autre bâillement lui échappa, elle cessa de dessiner sur la fenêtre et s'allongea précautionneusement ( sa blessure à la tête continuait de lui faire mal) et elle ramena son ours contre elle. Elle regarda le plafond pendant un moment. En quelques minutes, ses paupières s'alourdirent et elle s'endormit rapidement.

Le Joker grogna, laissant tomber son crayon sur le bureau, et se redressa dans sa chaise. Finalement, il se leva, étirant ses bras. Son manteau violet craqua un peu sur ses épaules. Il jeta un regard derrière lui et vit que Taylor dormait. Elle était sur le côté, lui faisant face, ses mains reposaient sous sa tête, formant un oreiller de fortune.

Maintenant qu'il savait qu'elle dormait, il pouvait s'abandonner au reste de son travail sans être dérangé. Il fouilla dans sa boîte et retrouva un vieux téléphone portable qu'il avait acquis il y a bien longtemps. Il restait encore de la batterie. Il l'alluma et composa le seul numéro qui lui revenait en tête, se laissant tomber dans sa chaise qui craqua sous son poids.

Le reste de la matinée et d'une partie de l'après-midi fila à toute vitesse pendant qu'il passait des coups de téléphone, écrivant les informations qu'il glanait et qu'il pensait utiles. Il recontactait ses vieux amis qui lui devaient encore quelques faveurs. Pendant tout ce temps, Taylor dormait silencieusement à l'autre bout de la pièce, ses lentes respirations brisant le silence quand le Joker n'était pas en communication. Il était presque quatorze heures quand il eut terminé et qu'il sortit sa montre gousset pour vérifier l'heure.

Se léchant les lèvres, il se releva et quitta la pièce, jetant un dernier regard à Taylor, toujours endormie sous la fenêtre. Dans l'appartement d'à côté, il retrouva les parts restantes de pizza, froides, et les mangea. Quand il eut fini, il empaqueta le reste de ses affaires et les amena jusqu'à la voiture.

A l'extérieur l'air était glacial et la brise mordante. Ses chaussures étaient presque ensevelies sous la neige et avant qu'il n'atteigne la voiture, le bas de son pantalon était trempé. Il rangea ses affaires dans le coffre et pendant un moment, les clés à la main, il se demanda s'il n'avait rien oublié.

La seule chose qui restait à l'intérieur était Taylor.

Pendant une seconde, il considéra l'idée de sauter dans la voiture et de partir sans elle.

Cette idée, cependant, fut rapidement éliminée. Elle était parfaite pour ce qu'il avait prévu. Parfaite, mais qui lui attirerait sans doute bien plus d'ennuis que prévu.

Elle a intérêt à valoir le coup, songea-t-il. Il faisait tout ça pour Batman, après tout. Il avait déjà hâte de voir sa réaction, lorsque son plan serait enfin révélé devant tout Gotham. Il serait absolument sans voix. C'était tout à fait le plan qu'il fallait pour que Gotham soit à sa merci. Le type de plan qui ferait sortir Batman de sa tanière, pour qu'il retourne délivrer la ville des méfaits du Joker une fois de plus.

Seulement, Batman ne pourrait pas sauver sa précieuse ville. Son plan était fait ainsi.

Le Joker imagina ce qu'il ressentirait lorsqu'il verrait Batman se décomposer. Ce serait exaltant de le combattre une fois de plus. Il lui semblait qu'il s'était écoulé une décennie après l'incident de Harvey Dent, alors que cela remontait à trois mois à peine.

Garder Taylor valait vraiment le coup. Il ferait en sorte qu'elle soit vraiment utile. Elle pourrait être cruciale.

Il fit machine arrière et retourna jusqu'au building, atteignant l'appartement où il avait vu Taylor pour la dernière fois. En entrant, il remarqua que le banc sous la fenêtre était vide, sauf pour l'ours en peluche de la gamine qui, une fois de plus, le fixait d'un air stupide et globuleux. Bon dieu, il détestait cette chose.

Il fronça les sourcils et remonta les escaliers. Taylor avait probablement remarqué qu'il n'était plus à son bureau lorsqu'elle s'était éveillée, et elle était partie à sa recherche.

Il fut surpris, cependant, lorsqu'il put entendre ses cris perçants et frénétiques.

— Monsieur J ! Monsieur J t'es où ?

Monsieur J ? Eh bien, c'était nouveau.

Soudainement, Taylor déboula de la salle de bain, lancée à pleine vitesse. Lorsqu'elle vit le Joker, elle fonça droit sur lui et entoura ses petits bras autour de l'une de ses jambes, manquant de le faire tomber dans les escaliers. Il s'accrocha à la rambarde.

— Monsieur J, sanglota-t-elle.

Les larmes coulaient le long de ses joues et elle enfouit son visage dans le tissu doux de son pantalon.

Le Joker la fixa, confus, ses mains pendant mollement à ses côtés. Hésitant, il tapota la tête blonde, ne comprenant pas pourquoi elle pleurait.

— Chut, chut. Raconte à Monsieur J ce qui ne va pas, poupée.

Taylor bavait sur son pantalon et ravala sa morve. Ses petits doigts creusèrent dans sa cuisse.

— Je te cherchais partout, expliqua-t-elle en hoquetant, et j'ai cru que tu m'avais abandonnée.

— Te laisser toute seule ? Je ne le ferais jamais.

Il secoua la tête comme si la pensée ne lui avait jamais effleuré l'esprit.

Taylor renifla.

— Quand je me suis réveillée, tu n'étais plus à ton bureau.

Elle essuya quelques larmes et leva la tête pour le regarder.

— Eh bien, je suis là maintenant, répliqua-t-il sèchement.

Il fronça les sourcils et s'accroupit pour lui faire face. Il la regarda droit dans les yeux et leva une main pour retirer une mèche accrochée à son visage humide. Il la coinça derrière son oreille, essayant de calmer les sanglots qui la secouaient encore avant qu'il ne lui annonce la grande nouvelle.

— Écoute, on va euh, on va aller se promener pendant un bout de temps, commença-t-il en laissant retomber sa main, prêt à l'attraper au cas où elle essayait de fuir. Mais on reviendra… plus tard.

Les sourcils de Taylor se froncèrent, analysant ce qu'il venait de lui dire. Son cœur battit furieusement lorsqu'elle réalisa. Elle avala sa salive :

— Mais… mais et si je ne suis pas là quand ma maman reviendra me chercher ? Elle… elle va être en colère après moi et elle va me faire mal.

Taylor frissonna, les yeux toujours humides. Elle regarda le Joker pour être sûre qu'il comprenne qu'elle avait peur.

Il pencha la tête et se lécha les lèvres, se penchant un peu plus près d'elle.

— Tu ne me… euh… tu ne me fais pas confiance, chaton ?

Sa voix était douce et nasale, sa tête se penchait presque d'une manière innocente et ses yeux sombres brillaient. Il leva la main près de sa tête et la baissa un peu, saisissant sa nuque. Doucement, il dessina de petits cercles au creux de son coup, essayant subtilement de l'attendrir pour qu'elle dise oui sans discuter.

Taylor avala difficilement et le Joker sut immédiatement qu'il l'avait dans la poche. Il put presque voir tous les murs qu'elle avait construits se détruire pendant qu'elle se battait avec sa propre conscience. Elle n'avait probablement jamais désobéi aux ordres de sa mère avant ça et c'était une étape difficile pour elle. Il la comprenait. Il avait ressenti la même chose, bien avant elle, comme la plupart des enfants qui finissaient par le faire à un moment ou à un autre. Mais il ne s'en souvenait pas vraiment. Le passé n'était qu'un diaporama d'images brouillées et effacées, sans couleurs. Et alors que Taylor désobéissait, il sut qu'il avait gagné sa confiance.

— Où on va ? demanda-t-elle après un long moment de silence, la curiosité étant plus forte que tout le reste.

— Juste… dehors, il répliqua et continua à caresser lentement sa nuque, la plongeant dans une fausse sensation de sécurité.

Elle pressa les lèvres, ses yeux verts cherchant les yeux.

— Je, elle fit une pause, le visage déconfit, ma maman va être tellement en colère contre moi, murmura-t-elle en fixant le sol.

Elle semblait tellement malheureuse par la décision qu'elle avait prise que le Joker ne put que sourire. Alors, elle lui faisait vraiment confiance.

Pourquoi n'avait-ce pas été si simple la première fois qu'il avait essayé de la faire partir de l'immeuble ?

— On reviendra avant elle, promit-il.

Ce n'était pas vraiment un mensonge sa mère ne reviendra probablement jamais. Il lui la regarda une dernière fois dans les yeux et laissa retomber sa main et se releva, la toisant de toute sa taille :

— Prête ?

— … Il faut que je prenne mes affaires.

Le Joker résista à l'envie de lever les yeux au ciel.

— Dépêche-toi.

Taylor courut immédiatement dans le couloir, jusqu'à sa chambre et il décida de la suivre.

Il s'appuya dans l'encadrement de la porte et croisa les jambes et les bras. Il la suivit des yeux pendant qu'elle traînait son sac jaune derrière elle jusqu'à une pile de cartons humides posés dans un coin de la pièce. Elle fouilla dans l'un d'eux, essayant de trouver un objet en particulier. Taylor finit par sortir divers objets inutiles, les faisant tomber sur le vieux tapis. L'un d'eux était une photo recouverte de plastique. Elle ne sembla pas la remarquer.

Curieux, le Joker avança dans la pièce et s'agenouilla pour la ramasser, la retournant entre ses mains gantées. Il parvint à distinguer une jeune fille, qui avait environ seize ou dix-sept ans, avec des cheveux bruns coupés courts, vêtue d'un costume de pom pom girl. Debout à côté d'elle se trouvait un jeune homme avec des cheveux plus clair et portant une veste de cuir rouge. Tous deux souriaient.

Taylor tourna soudainement la tête pour regarder ce qu'il faisait.

— C'est ma maman, dit-elle avec fierté, elle est jolie, hein ?

Le Joker sourit et la regarda dans les yeux.

— Pas aussi jolie que toi, poupée.

Il l'avait dit seulement pour la voir sourire, ce qui fonctionna à merveille. Elle rougit et baissa la tête, laissant échapper un petit rire timide.

Elle continua finalement à chercher au milieu des cartons. Il attendit patiemment lorsqu'elle embarqua plusieurs vêtements dans son sac à dos jaune des sous-vêtements, des chaussettes et des robes, jusqu'à ce que son sac soit plein. Elle attrapa également une vieille paire de sneakers et une brosse à cheveux. Quand le sac parut sur le point d'exploser, Taylor alla jusqu'au lit, fouillant dessous, jusqu'à extirper une brosse à dents verte.

Arquant un sourcil, le Joker décida de ne pas lui demander ce qu'elle faisait là-dessous.

Quand elle parut avoir terminé, il fit un geste de la tête pour indiquer la porte.

— Dehors, ordonna-t-elle.

Taylor hocha la tête et rangea sa brosse à dents et ferma son sac. Elle porta son lourd sac à dos sur ses épaules et lui jeta un regard, prête à partir.

Il leva les yeux, comme pour dire il était temps, mais il se contenta de passer la porte en silence, Taylor le suivant de près.

Lorsqu'ils furent sur le point d'atteindre les escaliers, il se tourna subitement vers Taylor.

— Va aux toilettes.

Ça allait être un long voyage et si les choses allaient selon son plan, ils ne feraient pas de pause… et sûrement pas les pauses popo.

Elle obéit sans poser de question, entrant dans la salle de bain. Elle ferma la porte, mais quand elle entendit que le Joker s'apprêtait à descendre les escaliers, elle la rouvrit aussitôt.

— Tu peux attendre là ? demanda-t-elle en l'observant de ses grands yeux verts.

Le visage du Joker se fendit en un sourire sarcastique.

Bien sûûûûr, roucoula-t-il, je vais attendre juste. Ici.

Taylor hocha la tête et referma la porte.

Soupirant lourdement, il s'appuya contre le mur et inspecta ses ongles sales. Il n'arrivait pas à croire ce qu'il faisait. Cela semblait si anormalement… anormal. Il n'avait jamais pris soin de quelqu'un si… petit avant. Bien sûr, il avait kidnappé des gens avant et les avait retenus contre leur volonté pendant quelques jours, mais ça… c'était différent. Taylor lui faisait confiance. Et, de plus, elle ne savait pas qui il était vraiment. Pour elle, il était juste un étranger—mais pour les gens de Gotham en général, il était un monstre. Un monstre vicieux qui faisait des choses terribles et dégoûtantes. Et elle n'en avait aucune idée… Et parmi tous les habitants de Gotham, elle était sans doute la seule qui ne savait pas qui il était réellement. Tout ça était terriblement drôle et ironique…

Entendant le bruit de la chasse d'eau, le Joker se redressa juste au moment où la porte s'ouvrait. Elle émergea de la salle de bain, son éternel sac à dos toujours accroché à ses épaules.

— Je suis prête, dit-elle en croisant les mains devant elle.

Le Joker acquiesça et se dirigea vers les escaliers, Taylor sur ses pas qui descendait une marche par une marche.

Lorsqu'ils atteignirent tous deux le rez-de-chaussée, il ouvrit la porte d'entrée et fut immédiatement accueillir par un souffle d'air glacé, ses cheveux blonds et sales voltigèrent autour de son visage. Il garda la porte ouverte pour Taylor, révélant le monde blanc et neigeux qui les entourait. Il lui sourit depuis la porte d'entrée.

— Sortons d'ici.