Crédits:

Les personnages et l'univers de la série The Walking Dead appartiennent à leurs créateurs.

Notes préliminaires:

Pour éviter d'éventuelles déceptions, je tiens d'abord à préciser que, contrairement aux apparences peut-être, cette fanfiction ne raconte pas une romance entre Daryl et Carol. La relation qu'ils partagent ici pourrait être plus volontiers qualifiée d'amicale.

Certaines des scènes de cette fanfiction existent déjà dans la série originale. J'ai à un moment voulu les revisionner avant d'en écrire ma version, mais j'ai finalement décidé de ne pas le faire pour ne pas être tentée de faire une simple redite aussi inutile qu'inintéressante de passages que nous avons déjà tous vus. Certaines de ces scènes pourront donc paraitre, aux téléspectateurs les plus attentifs, légèrement AU, d'une part parce que je me base donc uniquement sur mes souvenirs, et d'autre part parce que j'ai volontairement omis ou modifié certains détails pour les besoins de ma propre histoire. J'espère que personne ne s'en offusquera outre mesure...

Je ne peux rien promettre quant à mon rythme de publication, si ce n'est au moins un chapitre hebdomadaire. Il est clair que je ne parviendrai jamais à poster un chapitre tous les jours ou tous les deux jours, d'autant plus que je compte continuer la traduction en parallèle. Idéalement, j'aimerais pouvoir mettre à jour cette fanfic deux fois par semaine, mais je ne fais vraiment aucune promesse.

Je termine ce bref préambule par un immense merci que j'adresse à Eponyme Anonyme qui a très gentiment accepté de prélire cette fanfiction, d'y traquer les invraisemblances, d'y corriger les vilaines fautes d'orthographe et de grammaire, de partager avec moi son opinion sur les chapitres que je soumets à son regard acéré, de me rassurer (parce que je suis une grande stressée), tout ça, tout ça... Donc mille mercis à toi, Eponyme!
C'est aussi Eponyme Anonyme qui a réalisé l'illustration pour cette fic et qui a aimablement autorisé que je l'utilise. Merci!


Traversées

Prologue: Prémices hivernales

Dans un obscur décor sylvestre, une femme d'âge moyen, qui a vécu déjà, à qui il reste à vivre encore, était agenouillée, prostrée, devant un petit monticule de pierres blanches, tumulus mortuaire primitif face auquel elle se recueillait, sans toutefois comprendre ce qu'elle faisait exactement là, si ce n'était accomplir ce que l'on attendait d'elle, adopter une attitude normale de deuil, surtout après avoir manqué l'enterrement; mais ce n'était pas sa petite fille qui avait été ensevelie là, sa Sophia était toujours dans la forêt quelque part, elle en était sûre, sa Sophia, perdue, certes, peut-être à jamais même, mais toujours là quelque part. Les autres cependant insistaient pour dire que la fillette avait été abattue, euthanasiée par Rick devant la grange. Mais comment pouvaient-ils prétendre cela ? Comment pouvaient-ils ne serait-ce que le penser ? Ne voyaient-ils pas, ne comprenaient-ils pas que c'était un monstre aux vêtements déchirés, aux cheveux gras et sales, au visage ravagé, maculé de sang et de crasse, aux yeux injectés de rouge et ombrés de cernes qui avait titubé hors du fenil en feulant. Toutefois, face à leurs regards inquiets, à leur voix prudente et pleine de compassion, à leur attitude empruntée et exagérément bienveillante, elle avait compris que, pour apaiser leurs craintes et se soustraire à leurs empressements importuns, il lui faudrait jouer un rôle, entrer dans leur mascarade – je ne pleure pas car ma fille est morte il y a des jours de ça maintenant et non pas cette après-midi – et revêtir le costume de dentelle noire de la femme endeuillée qui venait de perdre toute sa famille; bien qu'elle n'avait vraiment rien perdu, la mort d'Ed avait été libératrice et Sophia était toujours là, quelque part, elle le savait, c'était une certitude absolue, une vérité indubitable. Il ne pouvait en être autrement.

Et, tandis qu'elle se relevait et traversait la clairière crépusculaire pour en sortir, alors que la nuit se refermait peu à peu sur elle, trois rôdeurs purulents et chancelants surgirent pour lui barrer la route. Le premier avait jadis été une femme aux courbes harmonieuses, vêtue d'une robe courte et très décolletée avec un motif léopard, l'un des talons hauts de ses bottes en simili cuir était cassé, et une longue boucle d'oreille unique pendait presque jusqu'à son épaule droite, alors que son oreille gauche était partiellement arrachée. Et ce premier zombie arrivait droit sur la femme bien vivante qui rebroussa chemin, désarmée, incapable de faire face à un tel assaillant, mais elle se retrouva vite nez-à-nez avec un deuxième rôdeur, affamé, à la crinière rousse et abondante, un jeune homme qui avait dû être fortuné à en croire ses vêtements. Et le dernier mort-vivant qui errait sans relâche ni repos, une vieille femme maigre chichement habillée, acheva de la prendre en tenaille.

Dans un réflexe désespéré, elle se mit à hurler, à appeler au secours, que quelqu'un, n'importe qui, lui vienne à l'aide, par pitié; avant de trébucher à reculons sur un caillou fiché au sol et de s'étaler sur le dos sur un moelleux tapis végétal jonché de feuilles mortes, les yeux écarquillés, regardant la mort bien en face pendant que les trois rôdeurs refermaient leur cercle autour d'elle. Mais elle ne pouvait pas mourir, pas maintenant, c'était impossible – et Sophia dans tout ça ? sa pauvre petite Sophia, perdue là, dans la forêt, peut-être à quelques kilomètres d'elle seulement. Elle ne pouvait pas permettre que sa fille soit orpheline, elle devait se battre pour son enfant – oui, mais comment et avec quoi ? Elle était sans ressources, n'avait jamais appris à se battre et à se défendre, seulement à encaisser les coups de son mieux et à s'en remettre, mais cette fois, aucun espoir de s'en remettre, les coups, les morsures seraient fatals. L'odeur putride des zombies qui étaient maintenant dangereusement proches s'abattit sur elle violemment, la terrassant. Ils avaient le parfum d'une vie sur terre qui s'achève brutalement, sans derniers sacrements, sans absolution pour ses récents péchés. Elle fut horrifiée par ce constat. Irait-elle en enfer pour cela ? Oui, sans nul doute, en enfer pour n'avoir pas su protéger sa Sophia qu'elle allait laisser orpheline, esseulée, dans les grandes forêts géorgiennes, pleines de dangers, d'animaux sauvages et de monstres, des monstres pourrissants, à moitié morts, mais ô combien dangereux malgré leur état de décrépitude.

Alors, dans une ultime tentative d'éviter ce futur infernal qui était, à n'en pas douter, le sien, elle reprit son souffle, faisant abstraction de l'odeur insoutenable de viande avariée qui emplit ses narines, et elle cria, de toutes ses forces, à s'époumoner, un cri qui perdit bientôt de sa combattivité pour s'éteindre en gémissement plaintif, mais non, le voilà qui reprenait vigueur pour se transformer en un rugissement rageur avant de terminer encore en un râle abattu. Et la courbe de ces appels à l'aide suivait précisément le cheminement de ses dernières prières adressées à un Dieu auquel elle avait toujours cru, mais sa foi faiblissait à présent, et elle ne devait pas la laisser faiblir, il lui fallait surmonter cette épreuve divine pour sa fille qui avait retrouvé son chemin peut-être et qui l'attendait probablement à la ferme. Elle se rappelait à peine avoir pu croire à un moment que sa fille était déjà morte. Comment avait-elle pu être une mère indigne au point d'abandonner, ne serait-ce que momentanément, tout espoir ? Elle allait être une meilleure mère pour Sophia. Plus jamais elle ne douterait d'elle, de sa force, de sa capacité à survivre. Elle en faisait la promesse, devant Dieu. Elle allait trouver la voie de la rédemption, son coin de paradis avec sa fille. Enfin, plus tard, le paradis, oui, beaucoup plus tard, car Sophia n'y était pas encore, n'est-ce pas ? Il ne fallait pas qu'elle doute, non. Ne pas céder à la tentation du doute, mais garder la foi, la foi inébranlable, se concentrer sur cette certitude absolue.

Ses prières, ou étaient-ce ses hurlements, furent entendus. Elle le sut quand résonna l'écho de son prénom, « Carol », et quand un carreau se planta dans l'oreille intacte de la femme-léopard qui se penchait déjà presque sur elle. Et Carol se tut, enfin, ferma les paupières, frissonnant dans la mousse humide et fraiche, ressentant jusque dans ses os la morsure des premiers froids d'un hiver à ses prémices dont le vent, presque glacial déjà, portait les quelques jurons éructés par l'arbalétrier qui achevait de la libérer de la menace des trois rôdeurs.

Lorsqu'elle ouvrit à nouveau les yeux, elle distingua un visage se découper au-dessus d'elle dans la semi-pénombre du crépuscule : c'était Daryl. Celui-ci lui lança un regard à la fois plein d'anxiété et d'agacement. Il grommela une seconde fois son nom alors que ses yeux fouillaient le corps de Carol à la recherche d'une plaie ouverte et mortelle. Rassuré par son inspection, il lui demanda inutilement si elle allait bien. « Oui », répondit-elle d'une voix tremblante, acceptant la main tendue de son sauveur. Après que Daryl eut récupéré ses carreaux encrassés de sang et de chairs putrides, ils s'éloignèrent ensemble, s'enfonçant dans la noirceur de la nuit tombante.