Tout le bonheur du monde

Bella regardait sa fille courir derrière Emmett, à la poursuite d'un grizzly. L'hiver approchait et c'était la saison que détestait le plus le vampire pour les chasser car ils étaient trop gras et pas assez râleur pour jouer avec eux.

Un imperceptible mouvement de feuilles écrasées derrière elle la fit sourire et tendre la main dans son dos. Une autre main aussi froide que la sienne s'y glissa et elle sentit le souffle de son haleine dans son coup alors qu'il l'embrassait tendrement.

- Comment savais-tu que c'était moi ? Lui demanda Edward.

La jeune vampire se retourna doucement et posa sur lui ses jolis yeux dorés de vampire « végétarien ». Bella passa ses bras autour de son cou et fit mine de réfléchir.

- Hum… mais peut-être bien que… en fait non… c'est plutôt que…

Il la chatouilla et Bella poussa un cri et se mit à courir :

- Ce n'est pas parce que je ne peux pas lire dans tes pensées que je ne peux pas t'empêcher de me les révéler !

Depuis deux ans maintenant qu'elle était transformée, Bella avait la sensation qu'elle ne s'affaiblirait plus.

Durant les dix premiers mois qui avaient suivi sa transformation, elle avait fait quotidiennement des bras de fers avec Emmett et pas une fois il ne l'avait battue – ce que la forêt avait moyennement apprécié vu qu'il arrachait chaque fois un arbre. Bref, il lui avait fallu attendre presque un an avant de pouvoir enfin redevenir le vampire le plus puissant de la maison. Bella rit la première fois qu'il la battit et elle lui fit promettre de ne plus jamais chercher à se battre en sa compagnie. Magnanime, il s'était incliné.

Renesmée avait grandi rapidement aux cours de ces deux dernières années même si sa croissance avait diminué par rapport au début. Rosalie et Alice jouaient toujours à la poupée avec la fillette et celle-ci prenait toujours part à ces séances de poses et d'essayage avec le sourire. Sa mère la soupçonnait d'aimer être le centre de l'attention.

La grande famille des Cullen avait passé près d'une année en Alaska pour permettre à Forks de les oublier un peu. Finalement, Bella et Renesmée ne purent rester beaucoup plus longtemps sans voir Charlie et la fillette réclamait quotidiennement la présence de Jake – ce qui exaspérait Bella et Rosalie mais laissait Edward de marbre, à la consternation de tous.

Tous furent étonnement heureux de retrouver leur petite ville du nord de l'état de Washington.

Jasper et Alice les quittèrent quelques mois et on ne sut jamais où ils s'étaient rendus tous les deux. Carlisle et Edward en avaient longuement discuté et ils en étaient venus à la conclusion que Jasper avait eu du mal à supporter l'aisance avec laquelle Bella avait repoussé ses instincts.

Rosalie traitait Renesmée comme si elle était sa fille et Esmée dut plusieurs fois la réprimander mais rien dans sa conduite ne changea. Edward s'en agaçait mais Bella la laissa faire : après tout, Rosalie l'avait soutenue tout au long de sa grossesse et l'avait protégée des autres…

Tout se passait bien maintenant dans le meilleur des mondes possibles ! Une nuit Bella avait fait cette réflexion à Edward qui avait ri. Il lui avait alors parlé d'un conte philosophique française Candide où un personnage disait la même chose.

- Et alors ? Avait-elle dit en haussant les sourcils.

Son époux avait cessé de rire et avait fixé son regard :

- Il meurt.

Bella ne put s'empêcher de rire. Non, rien n'entacherait maintenant à son bonheur… tout était parfait !

Cependant, évidemment, elle se trompait.