Bonjour à toutes,

Un nouveau chapitre de posté, je n'arrive pas à croire que je m'approche des vingt chapitres... Je ne sais pas du tout combien il en reste, tout déprendra de ma muse. Je pense quand même que nous approchons du tiers de la fic avec des hauts et des bas. Toujours cette muse qui m'emmène dans des endroits imprévus et qui n'en fait qu'à sa tête...

Je ne sais pas trop quoi vous dire sur ce chapitre, il est en mon sens assez controversé, parfois même en apparence contradictoire mais j'essaie de vous dévoiler petit à petit la vraie personnalité d'Edward vu que tout tourne autour de lui, il est vraiment la clef de voûte de cette fic, mais c'est pas évident. J'ai sans doute encore des progrès à faire en la matière.

Je vous laisse donc maîtres et juges de ce qui va suivre.

Je tiens aussi à vous dire que je vais me pencher sur la fin de ma fic de Noël commencée l'an dernier... Les fêtes de fin d'année approchant, c'est le bon moment. J'avais été abattue en voyant que les chapitres que j'avais d'avance avaient été effacé donc je l'avais laissée volontairement de côté pour revenir plus tard... Je vous précise aussi que je tiens à terminer le deuxième jour de la Petite Sirène avant de reposter sur cette fic-là donc ne m'en voulez pas si je prends un peu plus de temps que prévu et si hélas vous n'avez pas la suite avant... début 2014.

Ca sera dur, mais je sais que vous êtes capables d'attendre jusque là !

En attendant, je vous souhaite une très bonne lecture, prenez soin de vous, je souhaite de très bonnes fêtes de fin d'année pour celles qui ne me suivent que sur cette fic-là et à très bientôt aux autres, bises ! G.

PS : Si vous ne connaissez pas la chanson mise sous le chapitre, je vous la conseille vivement... JA : mon gros coup de cœur de cette fin d'année...


CHAPITRE 19


Empty glances, and no romance
conversation only hi
You know my ways and how to play me
I am just your habit for killing time

And I know it's all wrong, but I just don't feel strong
So I keep holding on, and I ask you, I ask you please to…

Hold On _ James Arthur


Tuuuut… Tuuuut…

Allez, ma belle… Décroche…

Tuuut… Tuuut…

« Vous êtes bien sur la messagerie de Rosalie Hale, je ne suis pas disponible pour le moment. Veuillez laisser votre message ainsi que votre nom et vos coordonnées. Je vous rappellerai dès que possible. Merci. »

J'inspirai profondément en jetant un coup d'œil au vieux réveil posé sous le miroir de la salle de bains et soupirai.

« Rose, c'est encore Bella. Je veux encore te parler urgemment. Je n'ai toujours pas fini de lire mes mails en attente. Je n'ai toujours pas de nouvelles de Kate. Mais je t'ai envoyé les trois magasines qui parlaient du show-room en express et j'ai terminé la maquette du site web. J'espère que ça va mieux entre Alice et Tyler et prie tous les dieux de la Terre pour que tu aies eu une sorte d'amnésie ou de folie passagère en sortant avec Alec Volturi. Tu aurais pu au moins me le laisser. Je sors ce soir mais tu peux me laisser un message. Ou m'envoyer un mail privé et non professionnel comme les six derniers que j'ai reçus ! Je t'embrasse… »

Je raccrochai et posai mon iPhone sur le rebord du lavabo, espérant avoir rapidement de ses nouvelles.

Ca faisait deux jours que j'étais à fond dans le boulot, privatisant ainsi la cuisine et m'obligeant à ne pas trop penser à Edward qui passait une grande partie de ses journées avec mon père.

Charlie l'avait même emmené à la brigade et présenté à ses hommes comme « son presque gendre ». Il allait très vite déchanter…

Sanders et Isadora étaient venus la veille me féliciter de cette bonne nouvelle et avaient voulu savoir, même approximativement, quand la noce aurait lieu afin de pouvoir s'organiser pour y participer. La mère d'Alice elle-même était passée pas plus tard que l'après-midi pour me donner des conseils de mère et d'épouse depuis une trentaine d'années. J'avais eu droit à des conseils sur ma vie sexuelle pour faire durer et entretenir le désir dans mon couple et un merveilleux « Vous allez très bien ensemble. » final.

Ces nouveaux rebondissements dans ma vie me donnaient le tournis.

Je voyais enfin se réaliser mon rêve le plus cher : bosser dans une grande maison de haute couture officielle.

Je sentais enfin du bout de mes doigts mes ambitions réalisées : voyager à travers le monde, sortir avec un mannequin ou un acteur et me noyer dans les fringues de luxe. Avoir un super appart', des places VIP… Une vie de princesse.

Mais il restait toujours là, tapi dans l'ombre, me narguant par son indifférence, me narguant par son absence de réactions.

Je devais l'éloigner de moi au plus vite avant que les dégâts de sa présence dans ma vie ne soient irréversibles. Seulement, plus le temps passait, plus je m'en sentais incapable.

Edward Cullen était le premier homme à avoir fait tomber la femme que j'étais devenue et je ne pouvais pas lui permettre de m'abattre définitivement. Il fallait que je réagisse. Ne serait-ce que pour voir sa réaction.

La porte derrière moi s'ouvrit lentement et sa silhouette se dessina, me faisant presque sursauter.

Son regard s'égara sur l'échancrure qu'offrait ma robe dans mon dos puis caressa mes fesses, mes jambes et un sourire effleura ses lèvres.

Ma gorge se noua pendant que je l'observai à travers le miroir.

Il n'avait rien à envier aux plus beaux mannequins même avec un simple pull par-dessus une chemise et un jean. Ses cheveux ébouriffés qui lui donnaient cet air éternellement négligé, la pâleur de sa peau, ses lèvres purpurines, ses troublantes prunelles vertes perpétuellement cernées.

Pourquoi la vie m'avait-elle emmenée à croiser la route d'un démon pareil ?

Il poussa un peu plus la porte et s'appuya contre le chambranle en croisant ses bras, le regard pétillant.

« Tu veux faire revenir ton ex sur sa décision ? » Me demanda-t-il en souriant.

Je me retournai et m'appuyai à mon tour contre le lavabo.

« De quoi parles-tu ? le questionnai-je.

_ Ta robe est très… suggestive.

_ Et qui te dit que c'est pour lui ? » Répliquai-je du tac au tac.

Ses yeux se plissèrent alors que son regard se plantait dans le mien.

Je le regardai à mon tour sans ciller, attendant une répartie cassante, cynique ou même encore désarmante.

A la place de ça, son sourire s'étira un peu plus, comme s'il était triste pour moi.

« Dois-je encore te remercier pour ta sollicitude ? souffla-t-il.

_ Ce n'est pas ce que j'attends de toi.

_ Ce que tu attends de moi, je ne peux pas te l'offrir.

_ Tu es tellement sûr de toi ! fis-je, blessée.

_ Tu es tellement facile à déchiffrer… Isabella, quand est-ce que tu ouvriras enfin les yeux ? »

Son ton était doux autant que ses mots étaient tranchants.

Une boule d'amertume se forma dans ma gorge et je m'interdisais une nouvelle faiblesse face à lui.

« Pourquoi restes-tu ici dans ce cas ? murmurai-je.

_ Tu veux que je m'en aille ?

_ Maintenant que tu as eu ce que tu voulais, ce serait tellement plus facile, hein ! raillai-je.

_ Encore ton attachement, Isabella. Il faut vraiment que tu fasses attention.

_ Arrête de m'appeler comme ça, j'ai horreur de mon prénom ! »

Son visage redevint impassible puis il secoua la tête en soupirant.

« Tu demandes plus d'intimité, répliqua-t-il.

_ Je crois qu'on n'a été on ne peut plus intimes, toi et moi, sifflai-je.

_ Tu sais très bien ce que je veux dire.

_ Tu vas encore me parler de mon attachement !

_ Tu ne le nies pas c'est déjà un grand progrès.

_ Pourquoi faut-il que tu sois tellement suffisant…

_ Pourquoi me demander de devenir un homme que je ne suis pas, que je ne serai jamais et que je ne veux pas être ? contra-t-il.

_ Va-t-en… soufflai-je au bout d'un silence, les yeux embués.

_ Nous sommes invités.

_ C'est toi qui as demandé à James d'aller au restaurant !

_ C'est toi qui m'as demandé de négocier pour la Harley !

_ Eh bien j'ai changé d'avis !

_ Tu parles…

_ Edward… commençai-je.

_ Fais attention, Isabella. Ne t'enfonces pas un peu plus que tu ne l'es déjà. »

Je sentis mes yeux s'embuer un peu plus et finis par détourner le regard, le cœur lourd.

« Je t'attends dans la voiture. » Dit-il avant de tourner les talons.

Je restai prostrée dans la même position durant de longues minutes avant de me retourner vers le miroir.

Mon mascara avait commencé à couler.

J'attrapai du coton et mon démaquillant en le maudissant jusqu'à la dixième génération.

Je ne comprenais pas l'impact qu'il avait sur moi, ni même comment il arrivait à me faire sentir aussi minable avec seulement quelques mots.

Je devais à tout prix retrouver mon ancien moi et mes repères. Ça devenait plus qu'urgent. Sinon, je finirai par… et ça, c'était hors de question.

Il fallait que notre liaison reste un interlude et prenne fin à notre départ de Forks.

Je pouvais même me permettre de flirter avec James, ça ferait peut-être réagir Victoria et ça me ferait un bien fou.

Pour la première fois depuis des années, j'avais besoin de sécurité et de me sentir désirée pour moi et moi seule.

James me connaissait parfaitement.

Il était devenu comme une sorte de meilleur ami à qui je pouvais tout confier. Et il était seul ! Peut-être pourrai-je le convaincre de me ramener chez lui, ce soir…

Je n'osais imaginer la réaction de Charlie le lendemain mais ça en valait certainement le coup !

Je refis rapidement mon maquillage, récupérai mon téléphone, pris une veste posée sur mon lit, mes escarpins posés au coin de la porte et dévalai les escaliers. Je mis mes chaussures, attrapai mon manteau et mon sac puis allai voir rapidement mon père.

Charlie était confortablement installé devant un match de base-ball, une bière à la main, les pieds posés sur un vieux pouf.

« Ton repas est dans le micro-ondes. Tu n'as plus qu'à le faire réchauffer, lui dis-je.

_ Je ne sais pas si faire un repas avec James est une très bonne idée, répliqua-t-il.

_ Pourquoi ?

_ Une intuition.

_ Il n'a rien dit durant le déjeuner, avant-hier.

_ Avant-hier, j'étais là et il était chez moi. Là, vous allez vous retrouver en terrain neutre et le loup pourra croquer à sa guise l'agnelle.

_ Il va nous présenter quelqu'un. Et je te rappelle que selon toi, il y a déjà un loup qui a croqué l'agnelle. » Ironisai-je.

Il se tourna vers moi et haussa les sourcils.

« Il va vous présenter quelqu'un ? répéta-t-il.

_ Victoria.

_ La nouvelle propriétaire du café-bibliothèque de Port Angeles ?

_ Elle-même.

_ Les rumeurs disaient donc vrai.

_ Comment ça ?

_ Sanders m'a dit qu'il avait le béguin pour elle. Tu confirmes ?

_ Je confirme.

_ Hmmm… » Dit-il pensivement. « Invite-les pour ton départ.

_ Tu… Tu invites James à la maison… Comme ça ? Pour le plaisir ? fis-je, estomaquée.

_ S'il ne t'a plus dans son giron, oui ! Et il faut que je le remercie pour son aide. Sans lui, nous n'aurions pas trouvé tous ces satanés grizzlis et la garde montée canadienne me collerait encore à l'arrière train.

_ Tu vas lui sortir une nouvelle tarte aux mûres de ton congélateur ? le taquinai-je.

_ Je suis même prêt à demander à Isadora de nous faire une tarte aux marrons.

_ Quoi ?! Je n'ai même pas le droit d'y goûter quand il y en a une à la maison ! C'est ta tarte préférée, tu gardes tout pour toi !

_ Raison de plus. Autant marquer l'évènement… Je n'ai pas dit non plus que j'allais l'embrasser sur les deux joues !

_ Si ce jour arrive, je te ferai direct interner, ne t'inquiètes pas. »

Il me lança un regard noir et esquissa un sourire devant mon air innocent.

« Fais attention à Edward, me dit-il.

_ Pourquoi me dis-tu ça ? soufflai-je tout à coup.

_ Tu sais très bien pourquoi… Bonne soirée. Et ne faites pas trop de bruit en rentrant. »

J'entrouvris les lèvres pour répliquer mais il s'était déjà retourné vers l'écran de télévision.

Je tournai les talons sans un mot et gagnai la voiture de patrouille que Charlie avait prêtée exceptionnellement à Edward. Encore un détail qui me faisait me demander si mon père n'était pas en train de sombrer dans la folie… au même titre que moi.

M'armant de courage, je montai sans un mot dans l'habitacle.

Edward démarra et s'engagea dans la rue déserte.

« Tu sais où c'est ? lui demandai-je au bout de celle-ci.

_ Ton père m'a expliqué.

_ Je n'arrive pas à croire que tu lui fais faire tout ce que tu veux.

_ J'agis bien de même avec toi. C'est ce qui constitue mon atout charme majeur.

_ C'est comme ça que ça s'est passé avec Rosalie ? »

Un silence plomba l'instant.

J'avais déjà essayé d'avoir cette conversation trois jours auparavant mais à la place il m'avait embrassée puis fait délicieusement l'amour.

C'était sans doute son arme la plus redoutable contre moi. A laquelle j'allais devoir trouver une parade efficace très rapidement.

« Pourquoi finis-tu toujours par revenir à Al ? me demanda-t-il à son tour.

_ Simple curiosité.

_ Je ne pense pas.

_ Pourtant c'est le cas ! Nous sommes… amis, non ? fis-je en butant sur l'avant-dernier mot.

_ Amis ? ricana-t-il.

_ Tu vois très bien ce que je veux dire ! m'agaçai-je.

_ Je vois surtout très bien ce que tu aimerais. Soit ! Si tu veux avoir cette conversation, nous l'aurons. Mais je t'aurais prévenue… Je n'ai pas eu besoin d'avoir recours à mon charme avec Rosalie. Ça s'est fait plus… naturellement.

_ Tu m'as dit que vous étiez soûls.

_ Ça a juste réduit à néant ses inhibitions, rien de plus.

_ Tu as éprouvé quelque chose pour elle ? chuchotai-je en fixant la route.

_ Oui, j'ai éprouvé quelque chose pour elle. Énormément de désir, d'attirance, de fascination…

_ C'est… c'est pour ça que tu l'as présentée à tes parents ?

_ Elle t'a parlé de ça… ? s'amusa-t-il. Oui… sans doute.

_ Sans doute ? » Répétai-je en me tournant vers lui.

Il se gara tout à coup sur le bas-côté et mit le frein à main en se tournant à son tour vers moi.

Son masque d'impassibilité était encore plus figé qu'à l'accoutumée, ses yeux, qui luisaient dans la pénombre de l'habitacle, me paraissaient encore plus froids.

« Que cherches-tu à savoir ? me demanda-t-il d'un ton abrupt.

_ Tu as été amoureux d'elle ? » Lâchai-je.

Ma question eut l'effet d'un boulet de canon car il se redressa lentement. Ses mains s'étaient crispées sur le volant alors qu'il me regardait avec de plus en plus de froideur et de distance.

« Ou tu es… encore amoureux d'elle… soufflai-je d'une voix légèrement tremblante.

_ Je ne pense pas qu'on puisse dire ça.

_ Tu as donc eu des sentiments pour elle !

_ Pourquoi cherches-tu à mettre des mots sur tout ? A ressasser le passé comme si tu cherchais une faille qui n'existe pas ? A vouloir te faire continuellement du mal ? Tu es masochiste, c'est ça ? Ton grand fantasme c'est de te faire souffrir ? » Dit-il abruptement.

Ma main heurta sa joue avant que je ne comprenne mon geste et je sortis précipitamment de la voiture de patrouille, le cœur battant à tout rompre, des larmes douloureuses coulant sur mes joues.

Je marchai aussi vite que mes talons me le permettaient, espérant qu'il n'ait pas l'idée stupide de me courir après.

Il faisait naître en moi une part encore plus obscure que James, une jalousie et une possessivité que je ne connaissais pas et dont je me croyais incapable.

Ses mots résonnaient encore dans ma tête et ma gorge manquait de plus en plus en d'air à mesure que je m'éloignais de lui. Il m'avait perdue. Définitivement perdue dans le noir et je commençai désespérément à chercher une lueur qui me sauverait de lui.

« J'ai invité Rosalie à prendre un verre un 14 Février. Je pense que cette date, cette année-là, a été pour elle une grande claque et lui a fait prendre conscience de sa solitude aussi bien dans sa vie de tous les jours que dans sa vie sentimentale. Je l'observais depuis la première fois que je l'avais vue… Sa froideur, son ambition et sa détermination me fascinaient… » Commença-t-il derrière moi suffisamment fort pour que je l'entende.

Je trébuchai sur mes jambes flageolantes et accélérai encore un peu plus le pas, malgré toute mon attention tournée vers lui.

« Et puis, un type de notre promotion a commencé à s'intéresser à elle pour rendre jalouse sa petite-amie. Afton… Un bel imbécile. La veille de la Saint-Valentin, le 13 donc, il lui a fait des avances ouvertes. Et je l'avoue, ça m'a mis hors de moi. Personne ne pouvait avoir cette sublime Américaine pas vrai ? Si ce n'était… moi. Elle l'a remis très gentiment à sa place, ce qui m'a étonné. Je l'imaginais plutôt vive comme une vipère… Elle se cachait donc derrière une apparence… »

Tout comme toi, voulus-je répliquer en ralentissant malgré moi l'allure.

« Je l'ai invitée alors qu'elle allait repartir. Et, tu vas rire, mais j'aurais pensé qu'elle refuserait… Sauf qu'elle a accepté. Sans doute sur un coup de tête. Elle ne m'a pas vraiment regardé. Ce fut la plus belle Saint-Valentin que je n'ai jamais passée. Ça a été difficile de la faire parler mais elle m'a confié son projet, son rêve… Nous en avons longtemps discuté. Je lui ai donné quelques conseils, elle s'est peu à peu détendue… Et de verre en verre… Je l'ai ramenée chez moi. »

Je m'arrêtai en sentant sa présence derrière moi, les sens en alerte, la gorge nouée. J'écrasai une derrière larme sans oser me retourner. Voulais-je vraiment connaître la suite ? Il ne m'en laissa pas le choix.

« J'ai été son premier amant. Et d'après ce que je sais… son seul. » Souffla-t-il.

Cette révélation me cloua sur place, me glaçant de part en part.

Même si elle ne m'avait jamais parlé d'autres relations que lui, je n'aurais jamais cru que…

Ce qui signifiait que son histoire avec Alec Volturi n'était qu'une façade...

« Nous sommes restés ensemble jusqu'à la fin du mois d'Août. J'avais l'impression qu'elle ne voulait pas partir et… que moi non plus, je ne voulais pas qu'elle parte. Je lui ai fait rencontrer mes parents… Ma mère l'a tout de suite adorée. Et elle l'adore toujours autant. Elle ne comprend pas ce qui n'a pas marché. Combien de fois m'a-t-elle demandé de renouer contact et pas seulement sur le plan amical ? En fait… Ma mère est persuadée que Rosalie est la femme de ma vie. Et j'ai commencé à me demander, avec le temps, si elle n'avait pas raison… »

Je me retournai et plantai un regard noir et blessé dans le sien, les larmes coulant sans discontinuité sur mes joues.

Il s'était arrêté à quelques centimètres, sous un réverbère. Ses yeux étaient bien aussi glacials que j'avais cru les voir, ses traits avaient la dureté du marbre. Et tout à coup, j'eus mal. J'eus mal pour cet homme. Comment et pourquoi pouvait-on se retrancher autant sur soi-même ? Encore une question qui allait me hanter longtemps.

« Je ne savais pas comment cette histoire allait finir. La première vraie relation que j'avais depuis bien longtemps. Je voulais qu'elle s'en aille et je voulais qu'elle reste. Je voulais la posséder et je voulais tout arrêter… continua-t-il.

_ Arrête, soufflai-je.

_ C'est étrange, n'est-ce pas ? Cette sensation. Vouloir quelque chose si fort… Si désespérément… Et en même temps le craindre. Le redouter. Sur les dernières semaines, notre relation a été encore plus intense qu'à son début.

_ Je n'ai plus envie de savoir ! criai-je en en reprenant mon chemin. Mais il m'attrapa par le poignet et me retourna vers lui, impitoyable.

_ Je m'enivrai tous les jours un peu plus de son odeur, de ses gémissements… De sa peau, murmura-t-il les mâchoires crispées. Et j'ai fini par réaliser… que cette femme m'avait pris dans son piège. Je ressentais pour elle l'amour des romans. Puissant et envoutant. Je ne pouvais plus la laisser partir. Elle avait pris mon cœur. C'est pour ça qu'il ne faut pas que tu le cherches, Isabella. Parce qu'elle l'a toujours. »

Il me lâcha comme s'il s'était brûlé et je titubai en arrière les yeux mouillés et écarquillés.

« Je l'ai demandée en mariage. Le jour de son départ. Elle a refusé. Et je ne l'ai plus revue jusqu'à ce qu'elle fasse appel à moi. C'était ce que tu voulais savoir, n'est-ce pas, Isabella ? »

Nos regards s'affrontèrent un long moment dans le silence troublant de la nuit.

« Je veux que tu t'en ailles, lâchai-je quelques minutes plus tard, le cœur battant légèrement plus vite.

_ Enfin une décision raisonnable, Isabella, souffla-t-il, impassible.

_ Je crois qu'on peut dire que nous en avons fini, toi et moi.

_ Dans un certain sens, oui…

_ Comment ça « dans un certain sens » ? ne pus-je m'empêcher de répéter.

_ Continue, Isabella. Ne me déçois pas, tu étais sur la bonne voie.

_ Tu es en train de m'inciter à la rupture ? demandai-je, une fois de plus blessée.

_ Pour qu'il y ait une rupture, il faut qu'il y ait déjà un semblant de relation, Isabella. »

Je battis des paupières dans le vain espoir de me redonner contenance alors que mon cœur battait de plus en plus fortement.

On aurait dit que cet homme avait le pouvoir de me molester à vif, qu'il était fait pour ça.

Je reculai d'un pas, ne le quittant pas des yeux. Il n'esquissa pas un geste. N'eut aucune expression. Il se contentait juste de me fixer de façon quasi étrangère. Mais au fond, n'était-ce pas ce qu'il avait toujours été ? Un étranger…

« Je suis en train de te rendre service, en fait, dis-je d'une voix plus assurée que je ne l'aurais cru.

_ Dans un certain sens, répéta-t-il en haussant les épaules.

_ Tu auras gagné, une fois de plus…

_ Je gagne toujours, Isabella.

_ Non. Au contraire… C'est l'impression que tu as… Mais tu as toujours perdu… »

Un éclat dur de méfiance traversa de façon fugace ses yeux alors qu'il m'observait avec attention, attendant la fin de ma phrase.

J'eus des scrupules à aller jusqu'au bout mais je n'étais pas prête à le laisser entièrement une énième bataille et peut-être la dernière.

« La personne qui t'a toujours vraiment impliqué émotionnellement… n'est-elle pas ton père ? » Achevai-je avec un léger rictus.

Avant que je ne me rende compte de quoi que ce soit, ses doigts fins et arachnéens s'étaient enroulés autour de mon cou, me coupant la respiration. Il me rapprocha de lui d'un simple mouvement du poignet, me faisant trébucher et haleter. Je me retins de justesse aux revers de son manteau tandis qu'il me toisait avec froideur et colère contenues.

Ses doigts s'égarèrent sur la peau sensible de ma gorge, se perdirent dans mes cheveux puis se firent plus doux sur ma nuque, me faisant trembler contre lui.

« Tu vois, c'est ce que j'aime avec toi, Isabella, murmura-t-il. Tu trouves souvent la répartie qu'on n'attend pas… Quand tu te réveilleras demain, je serai parti. En attendant… Nous sommes en retard. »

Il repartit vers la voiture sans un regard de plus et attendit visiblement que je le rejoigne mais je tournai les talons et me dirigeai seule vers le restaurant à quelques pâtés de maisons. Quelques secondes plus tard, je le vis me dépasser et continuer sa route.

Il allait s'en aller.

Peut-être définitivement.

Rosalie pouvait sans doute se débrouiller sans lui maintenant que tout semblait enfin rentré dans l'ordre.

Il allait quitter ma vie… Pour toujours.

C'était évidemment ce que je voulais il m'avait trop fait souffrir, il ne se livrait pas assez à moi. Il m'était resté totalement indifférent à part dans ses caresses et même là, je doutais que j'avais vraiment eu Edward Cullen. Il m'avait semblé agir par purs automatismes.

Mais n'avait-il pas dit que son cœur appartenait toujours à Rosalie ?

C'était sans doute à cause de ça… Il voulait simplement la faire réagir ou lui faire payer son indifférence.

Dix minutes plus tard, je m'arrêtai près de l'entrée du restaurant, repérant la voiture de police de mon père et le pick-up de James. J'inspirai profondément pour me donner contenance et faire comme si rien ne s'était passé.

James allait sans doute savoir pourquoi nous étions arrivés l'un sans l'autre à moins que Cullen n'ait trouvé une excuse fumeuse valable.

Je sortis rapidement un miroir de poche de mon sac pour constater avec soulagement que mon maquillage était toujours plus ou moins en place. J'essuyais avec un mouchoir deux légères traces de mascara et me figeai devant les deux initiales entrelacées : E et C. C'était celui qu'il m'avait passé au Starbucks des millions d'années auparavant et que je ne lui avais jamais rendu. Je refermai ma main dessus après l'avoir contemplé un instant et m'avançai résolument vers l'entrée. Une fois à l'intérieur, j'annonçai mon nom au maître d'hôtel qui m'emmena à une table un peu reculé du meilleur restaurant du comté.

James m'observait avec attention, assis aux côtés de Victoria vêtue d'une superbe robe émeraude qui mettait sa poitrine généreuse et sa peau diaphane en valeur. Edward, en revanche, ne m'accordait aucun regard et semblait absorbé par la contemplation de ses couverts.

Le maître d'hôtel tira ma chaise où je m'assis après l'avoir remercié.

« Bonsoir… Excusez-moi du retard, fis-je contrite.

_ « Excusez-moi » est une incorrection. Tu ne peux pas leur demander quelque chose en utilisant un impératif sinon tu leur ordonnes. » Répliqua Edward d'une voix morne.

Je me figeai, les joues écarlates en lui lançant un regard noir tandis que Victoria esquissait un sourire.

« C'est pas grave. On a quand même compris le message. Qu'est-ce que c'est que cette histoire de marathon en talons que tu t'apprêtes à faire avec Alice ? me demanda James.

_ Cette histoire de quoi ?

_ De marathon ! Je savais que les New-Yorkais étaient timbrés mais pas à ce point-là !

_ C'est pour une œuvre caritative. Isabella s'est engagée à faire un marathon en talons et à mettre aux enchères ses plus belles robes et ses plus belles paires de chaussures au profit d'une association pour les gens les plus démunis. La robe qu'elle porte en ce moment en fait partie. Ne vous intéresse-t-elle pas, Victoria ? »

Je jetai un regard éberlué à Edward tandis que Victoria regardait ma robe d'un œil intéressé.

« C'est une très belle coupe, observa-t-elle.

_ Isabella ne s'habille que dans des boutiques sélectes, précisa Edward.

_ C'est une robe de haute couture ? J'ai bien peur de ne pouvoir…

_ Le prix sera fort dérisoire en comparaison. Et je suis sûr que James, ici présent, se fera un plaisir de vous l'offrir. Vous me semblez faire à peu près la même taille qu'Isabella… Avec plus de… formes. » Acheva-t-il en laissant couler un regard vers son décolleté.

Elle lui sourit en lui jetant un regard de connivence.

« Dois-je me sentir offusquée ? badina-t-elle.

_ Je doute que mon regard est offusquant…

_ Non… En effet… souffla-t-elle.

_ Je ne savais pas que tu t'intéressais aux associations, Bella, dit James, visiblement irrité.

_ C'est tout nouveau. Maintenant qu'elles commencent à avoir leurs premières commandes, certains magasines vont s'intéresser à elles. Appelez ça un coup de com' si vous voulez, répondit à ma place Edward avant que je pus ouvrir la bouche.

_ La com' n'a rien à voir là-dedans, sifflai-je.

_ Ah bon ? s'amusa-t-il.

_ Comme si tout ce qu'on pourrait éventuellement faire avait un but intéressé.

_ C'est malheureusement le cas. Il faut bien faire parler de soi dans ce milieu, se désola-t-il faussement.

_ Nous ne sommes pas comme toi à te vendre au plus offrant. »

Il éclata d'un rire franc et spontané qui fit dresser les poils sur ma nuque.

Nous le regardâmes tous, surpris, alors que je refermai mes mains sur mes genoux pour les empêcher de trembler.

« C'est bizarre. Tu viens exactement de donner ma définition… commença-t-il.

_ D'une pute ? » Lâchai-je en le regardant droit dans les yeux.

Son sourire se fana aussi vite que son rire avait éclaté. Il me lança un regard froid et répondit :

« Voyons, Isabella… Pas ce genre de langage devant une dame…

_ Une dame, moi ? s'écria Victoria en riant à son tour.

_ Mais tu peux te permettre ce genre de langage devant moi, n'est-ce pas ? sifflai-je.

_ J'aurais dû vous apporter des cookies, fit la rousse.

_ Des cookies ? répéta Edward, surpris.

_ Ce genre de subterfuges ne marcherait pas entre nous, répliquai-je.

_ Mes clients disent que mes cookies ont des vertus aphrodisiaques, expliqua Victoria.

_ Pour qu'ils agissent sur lui, il faudrait déjà qu'il ait des sentiments. Or, vous découvrirez bien assez tôt qu'il n'en a pas. »

Victoria jeta un regard mal assuré vers James qui secoua imperceptiblement la tête.

« Démasqué, répliqua Edward de son ton éternellement atone. Donc, puisqu'il n'y a rien de croustillant à dire sur nous, parlez-nous de vous. James ne tarit pas d'éloges à votre encontre. »

Elle éclata d'un rire cristallin alors que James se noyait dans son verre de vin.

« Il n'y a pas grand-chose à dire… J'ai 32 ans, j'habite dans la région depuis quelques mois seulement, je tiens un café-bibliothèque à Port Angeles et… je suis veuve, acheva-t-elle d'une voix plus faible.

_ Toutes mes condoléances, dit Edward d'une voix presque désolée.

_ Il y a prescription. Félix est décédé il y a presque quatre ans, maintenant, mais… merci.

_ Puis-je savoir… commença-t-il.

_ De quoi est-il mort ? termina-t-elle.

_ C'est peut-être indélicat, marmonna James.

_ Edward est tout sauf délicat, tu sais… Et il aime se réjouir de la tristesse et du chagrin des autres, fis-je.

_ Cela contredit donc ta théorie selon laquelle je n'éprouverais rien, répliqua-t-il sur un ton mielleux en me jetant à peine un regard.

_ Félix est décédé d'un cancer de l'estomac. Nous n'avons rien pu faire quand nous l'avons découvert, il était déjà condamné.

_ Vous avez donc dû être soulagée quand il est décédé.

_ Comment oses-tu ? m'exclamai-je, choquée.

_ Laissez, sourit Victoria. J'aime la franchise. Oui… D'une certaine façon j'ai été soulagée. Il a beaucoup souffert.

_ D'où êtes-vous originaire ? demanda à nouveau Edward.

_ Anchorage, répliqua James.

_ En fait, je suis née à Helena, la capitale du Montana. » Sourit-elle à James.

Ce dernier lui rendit son sourire et but une nouvelle gorgée de vin.

J'avais envie de lui dire de se détendre mais je n'étais pas moi-même encline au badinage ce soir, contrairement à mes premiers plans. J'avais même hâte que la soirée se termine au plus vite.

Edward et Victoria échangèrent quelques banalités, comme s'ils étaient en tête à tête.

Elle répondait avec assurance et complaisance, pas du tout mal à l'aise par les questions impertinentes du démon aux yeux verts. Celui-ci d'ailleurs faisait comme si nous n'existions pas, nous évoquant que superficiellement.

« J'adore la moto. » Confessa Victoria.

James lui adressa son premier vrai sourire de la soirée et leurs regards s'accrochèrent quelques instants, coupés du monde.

« Celle de James est particulièrement belle, ajouta-t-elle.

_ La Harley qui fait tourner toutes les têtes. Je devrais songer à en acheter une, répliqua Edward en jetant un coup d'œil à la carte du menu.

_ Je suis sûr que vous n'avez pas besoin de ça, fit James, mielleux.

_ Non, en effet, mais ça agrandirait sans doute considérablement mon tableau de chasse, enchaîna-t-il, toujours imperturbable.

_ C'est comme ça que vous voyez les femmes ? Comme des trophées ? lui demanda Victoria.

_ J'en ai bien peur et je n'en ai pas honte. Les femmes qui partagent mon lit savent à quoi s'attendre, je ne leur cache rien sur mes intentions. »

Victoria me jeta un vague regard puis reporta son attention sur Edward.

« Vous choquerais-je, par hasard ? demanda-t-il poliment.

_ Pas vraiment.

_ Je vois bien que je vous déçois.

_ En fait, vous me décevez plus pour Bella. »

Il leva un sourcil alors que mon estomac faisait un bon dans mon ventre.

Pour me donner contenance, je me versai mon premier verre de vin de la soirée, sans doute le premier d'une longue série.

« N'ayez pas autant de condescendance pour moi, Victoria. Edward ne m'atteint pas vraiment et il le sait, répliquai-je.

_ De plus, elle est sensée faire la même chose.

_ Vous enchaînez les hommes ? me demanda-t-elle, visiblement surprise.

_ Plus ou moins, marmonnai-je, en jetant un regard noir au démon aux yeux verts.

_ C'est un manque de stabilité flagrant. »

Edward ricana.

« Ça vaut aussi pour vous, sourit-elle.

_ La vie que je mène me convient parfaitement.

_ Il y a des douleurs subjacentes pour que vous ne vous attachiez pas sentimentalement. Mais je ne voudrais pas remuer le couteau dans une plaie quelconque.

_ Ça ne me dérange pas de parler de mes conquêtes, dit Edward.

_ Ciel ! Sûrement pas ! Nous en aurions pour une semaine au moins ! cinglai-je.

_ Alors vous… Vous êtes quoi au juste, tous les deux ? nous demanda-t-elle.

_ Nous étions des amis de couette, fis-je.

_ Des amis de couette ? répétèrent Edward et James d'une même voix.

_ Il nous est arrivé au cours de la semaine de partager la même couette. Et plus avec un semblant d'affinité. Mais c'est terminé, maintenant. »

James me lança un regard surpris tandis que Cullen me souriait.

« Isabella a du mal avec la vérité, leur dit-il sur le ton de la confidence.

_ Arrête ton char, Ben Hur ! Le jour où j'aurai des problèmes avec toi, il pleuvra des grenouilles. »

Il se pencha pour regarder à travers la baie vitrée comme pour vérifier qu'il ne pleuvait pas des grenouilles tandis que James roulait des yeux.

« Il faudrait que tu revoies ton troisième œil, me dit Edward avec un clin d'œil.

_ J'aurais pourtant juré qu'il y avait plus qu'un simple… partage de couette entre vous, répliqua Victoria. Et mes intuitions ne me trompent que rarement.

_ L'erreur est humaine, fit Edward en haussant les épaules.

_ Il y a pourtant ces regards… »

Elle nous observa un instant intensément alors que mon estomac se contractait.

Encore une qui voyait des regards appuyés dont je n'avais pas conscience.

« C'est très subtile, mais vous avez parfois une manière particulière de la regarder. » Ajouta-t-elle à l'adresse d'Edward.

Mon estomac se contracta de plus belle et mon cœur rata un battement. Malgré moi, je me tournai vers lui. Son visage impassible ne trahissait une fois de plus rien de ses pensées et encore moins de ses sentiments. Seul un sourire cynique venait taquiner le coin de sa bouche qui me fit douter des allégations de la rousse. Et à bien y réfléchir, c'était parfaitement ridicule. Cet homme m'avait voulue, rien de plus. Et il m'avait eue. Clap de fin.

Un serveur vint prendre notre commande et durant quelques minutes, nous parlâmes de moto avec James et Victoria.

« C'est toujours non, Bella, inutile d'insister, fit James, catégorique.

_ Pourtant, nous avions passé un marché, répliquai-je en faisant allusion à mon aide éventuelle concernant Victoria.

_ Qui est caduc. Tu n'as pas honoré ta part.

_ Parce que tu as eu ce que tu voulais, peut-être ? » Ricanai-je.

A ma grande satisfaction, il bougonna, mal à l'aise et se servit un nouveau verre de vin.

« Attention… Tu vas conduire, après, l'avertis-je.

_ Non, ce sera moi, intervint Victoria.

_ Vraiment ? » Fis-je, faussement surprise.

James me lança un regard goguenard, me faisant clairement comprendre qu'il avait bien élaboré son plan.

« Parlez-nous un peu de votre maison de haute couture, me demanda soudain Victoria.

_ Ce n'est pas vraiment ma maison, marmonnai-je en baissant les yeux sur mon verre.

_ Elle n'a pas eu l'audace de demander à faire vraiment partie de l'aventure, répliqua Edward.

_ Je te rappelle que pour faire partie d'une boîte, il faut un minimum de capital, cinglai-je.

_ Tu n'es pas propriétaire de ton appartement ? me demanda-t-il.

_ Si, mais…

_ Tu le vends, tu te mets en location et tu auras ton capital. Tu en prends une partie que tu investis dans la boîte maintenant que vous semblez entrevoir le bout du tunnel et si tout va bien, dans deux ou trois ans vous pourrez placer des parts en bourse qui se vendront comme des petits pains et qui rapporteront très gros.

_ Il est hors de question que nous nous vendions, sifflai-je.

_ Ce n'est pas vraiment ça. Ça s'appelle du business et le monde d'aujourd'hui fonctionne comme ça.

_ En avoir toujours plus, n'est-ce pas ? ricanai-je.

_ Me diras-tu qu'avoir ton compte en banque bien rempli ne t'intéresse pas ? Je rajouterai donc l'hypocrisie et la fausseté à tes innombrables qualités, cingla-t-il à son tour.

_ Et c'est un fils de comte qui me dit ça ?

_ Vous êtes fils de comte ? lui demanda Victoria, surprise.

_ Juste de nom, lui répondit-il.

_ Comment cela ? »

Nos plats arrivèrent et dès que le serveur se fut éloigné, je répliquai :

« Edward n'est pas en bon terme avec son père.

_ Ce qui expliquerait pas mal de choses, dans ce cas, enchaîna Victoria en commençant son plat.

_ Evitez-moi, je vous prie, une séance de psy, dit-il.

_ Il n'aime pas qu'on essaie de savoir, informai-je la rousse.

_ Intéressant… Raison de plus pour creuser un petit peu.

_ Elle a déjà essayé et elle a échoué. Ne perdez pas votre temps avec moi.

_ Peut-être ne possède-t-elle pas mon… empathie.

_ Je ne possède pas grand-chose de valable, pour Edward.

_ Erreur. Sauf que tu ne t'en sers pas à bon escient. »

Je lui jetai un nouveau regard, choquée, cette fois.

« Eh bien… Apparemment, vous vous sous-estimez, Bella. » Dit Victoria.

Le reste du repas se passa dans un silence absolu, pour ma part.

Je ne répondais seulement qu'à James et parfois à Victoria du bout des lèvres.

Elle était étincelante, vive et fraîche. Pas étonnant qu'elle attire tous les mâles du comté et que James soit tombé sous le charme. Elle semblait posée et répondait à toutes les questions qu'on lui posait, même les plus embarrassantes d'Edward, avec un aplomb que je lui enviais presque. Ce dernier continua plus ou moins à badiner avec elle mais je remarquai que plus le temps passait, plus le regard vert de la rouquine revenait souvent à mon premier amour. Il ne participait que très peu à la conversation, se contentant de l'observer et de sourire à ses répliques. Son adoration pour elle était palpable et je me demandai si elle en avait conscience.

Durant le dessert, nous parlâmes un peu de la maison Hale et Victoria me promit d'aller faire un tour sur notre site dès qu'il serait en ligne.

« J'ai passé une charmante soirée, nous dit Victoria une fois dehors.

_ De même, répliquai-je.

_ A charge de revanche, sourit-elle.

_ Peut-être pas. »

Edward me jeta un regard surpris.

« Papa t'invite. Pour mon départ. » Fis-je à James.

Ce dernier écarquilla les yeux, interloqué.

« Ton père m'invite chez lui ? Moi ? s'écria-t-il.

_ Oui, souris-je. Et tu pourras venir avec Victoria… »

Il lui jeta un regard peu sûr de lui et perplexe.

« Ce sera avec plaisir, répondit-elle en souriant.

_ Parfait. Alors… A Samedi. Pour le déjeuner.

_ Entendu. »

Nous nous embrassâmes et ils s'éloignèrent vers le pick-up de James garé sur le parking, me faisant prendre conscience de la proximité d'Edward à mes côtés.

« Elle est charmante, dit-il.

_ J'avais cru remarquer qu'elle ne te laissait pas indifférent, oui, répliquai-je en m'éloignant vers la voiture de patrouille.

_ Tu es jalouse ? »

Je me tournai vers lui et éclatai d'un rire qui sonna horriblement faux à mes propres oreilles.

« Pourquoi serais-je jalouse d'elle, Edward ? Qu'est-ce qui nous lie ?

_ A part une couette.

_ Tu es un être faux et manipulateur qui se cache derrière un masque, qui me rabaisse à longueur de journée et qui ose draguer Victoria !

_ Elle est veuve, me semble-t-il. Elle est donc libre.

_ Tu sais très bien de quoi je parle ! James est fou d'elle !

_ Oh oui, j'avais remarqué. Et je pense qu'elle a aussi compris le message.

_ Et tu te permets de…

_ De quoi ? De lui faire ouvertement des avances? De lui montrer ce qu'elle perdrait avec quelqu'un comme moi et ce qu'elle gagnerait avec quelqu'un qui la regarde avec des yeux de merlan frit ? »

Je le regardai, la bouche entrouverte alors qu'il esquissait un sourire froid.

« Tu ne t'attendais pas à ça, n'est-ce pas ? Que je lui fasse prendre conscience la différence entre le loup et l'agneau… souffla-t-il.

_ Pourquoi ferais-tu ça ? fis-je sur le même ton.

_ Parce que tu ne me connais pas, Isabella.

_ Tu ne veux pas que je te connaisse.

_ Non. Et tu sais très bien pourquoi.

_ A cause de Rosalie.

_ Oui, ricana-t-il. A cause d'elle…

_ Quand pars-tu ? lui demandai-je au bout d'un long moment de silence.

_ Tu parles souvent de mon départ, en ce moment, sourit-il.

_ Définitivement. Quand quittes-tu ma vie ? »

Il plissa les yeux et se rapprocha légèrement de moi, me faisant malgré moi trembler mais pas reculer. Il en aurait été trop satisfait.

« Pourquoi ? me demanda-t-il.

_ Je veux savoir.

_ Il y a une raison particulière.

_ Non.

_ Bien sûr que si.

_ Ne sois pas si sûr de toi.

_ Tu es plus intelligente que ça pour poser ce genre de question de façon stupide. »

Je le regardai une nouvelle fois sans comprendre cet autre compliment déguisé.

« Qu'est-ce que tu fais là ? soufflai-je au bout d'un long moment, perdue dans mes pensées et mes questions sans réponse.

_ Je te regarde.

_ Qu'est-ce que tu fais à Forks ? précisai-je, agacée.

_ Tu m'as déjà posé cette question.

_ Tu ne m'as jamais répondue.

_ Et je ne te donnerai pas d'autre explication.

_ Que fuis-tu ? enchaînai-je, déterminée à avoir au moins une réponse.

_ Ne te bas pas inutilement… C'est peine perdue. » Souffla-t-il en posant une main incroyablement chaude sur ma joue.

Je sursautai presque à son geste et l'observai sans comprendre.

Il pouvait être tellement froid et tellement doux par moment… Qui était-il ?

Je tentai de lire dans ses yeux et me rappelai vaguement la mise en garde de Charlie, le besoin que j'avais qu'il quitte au plus vite ma vie, cette sensation d'être complètement mise à nue devant ses yeux, l'amalgame de sentiments controversés qu'il faisait naître en moi.

Ce fut quand il s'éloigna de moi, quand cette sorte de magie cessa que je retentai une énième fois de reprendre le dessus sur lui en moi. Tout était fini avant même d'avoir réellement commencé, il fallait que je garde cette idée en tête.

Il n'était pas fait pour moi et je n'avais pas besoin d'un homme dans ma vie sentimentalement parlant.

Il était à Rose et il se servait de moi.

Pourtant, je ne pouvais m'empêcher de me dire qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. Que je cherchai quelque chose qui devait m'être évident. Que les sentiments contradictoires que j'avais à son encontre avaient un but.

Qu'il me cachait des choses pour indirectement de protéger…


Je sens que ça va râler, mais j'assume la trame de mon histoire jusqu'au bout ! Vous comprendrez bien assez vite...

Merci de m'avoir lue, très bon week-end, à la prochaine, bises. G.