Chapitre 10:

La courte altercation avec Brenda ne dure que quelques secondes. Je lui jette un regard plein de haine, une haine qui ne veut pas se décider à partir aussi facilement que je l'aurais espéré. On me place près de la fenêtre et me distribue mes livres sans attendre. Que de futiles et simples choses.

Les cours m'ennuient...vraiment. Je connais déjà toutes ces leçons depuis des années et des années. Et le peu de changement ne me séduit pas plus qu'avant. Je me sens m'endormir, lentement, dans un monde parallèle qui n'existe que pour moi. L'ennui me submerge. Des élèves me posent des questions, s'intriguent peu. Mais Brenda me titille de plus en plus. Elle me regarde fréquemment, me jugeant ainsi, par mon apparence seule. Je ne l'aime pas, ne l'apprécie pas le moins du monde. Et après seulement une journée finie, je me dit que je ne cesserais de la détester que lorsque j'aurais trouvé le moyen de lui faire du mal. Autant de mal qu'elle m'en a fait. Ce jour là.


La luge glisse sur la glace. Elle gratte le parterre gelé, laisse quelques traits blancs. Max observe le lac tandis que je la balade sur son étendue. J'ai l'impression que cela lui rappelle quelque chose. Mais à l'expression de son visage, je vois qu'elle se demande elle-même de quoi il peut d'agir. Nous nous interrogeons sans obtenir de quoi combler nos attentes. Kate déboule alors de la maison, criant et gesticulant. Elle nous interdit d'aller sur le lac. Et même si elle est à quelques mètres de moi, je peux sentir la peur qui s'émane de son corps. Elle précise à Max "Tu le sais bien". Quelque chose de terrible à dut se passer. Je ne sais rien de plus pour le moment. Seulement que cet endroit est décrété dangereux pour la petite fille, même si celle ci ignore pourquoi.

Quelques secondes plus tard, étant rassurée de nous voir regagner la terre ferme, elle reviens à l'intérieur. Nous nous apprêtons à également rentrer lorsque j'entends un petite détonations. Suivi de plusieurs autres qui se succèdent.

-D'où proviennent-elles ? Je demande à la petite fille.

Je me sens idiote l'espace d'un instant, ayant oubliée pendant quelques secondes sa surdité. Je lui traduis alors.

-J'entends quelque chose de ce côté là, je lui indique l'endroit du doigt. Tu sais ce que c'est ?

Elle acquiesce et me répond. C'est son frère, qui s'amuse avec ses balles de paintball. J'ai bien une petite envie de voir comment il se débrouille. Max m'entame le pas, me suis dans les bois tout autour de la propriété, et je me dirige vers les claquements secs qui retentissent toujours.

La forêt est magnifique, surtout à cette période de l'année où la neige recouvre tout et empli l'air de silence. J'entraperçois Daniel, pistolet à la main, visant un tableau où sont posés quelques soldats en plastique. Certains tremblent sous l'effet du choc. Je m'exerçais au tir, il y a quelques temps. Sullivan m'entraînais, au cas où j'aurais à me défendre dans ma vie future. Il avait déjà un pistolet, mais nous avaient aussi acheté des gilets pare-balles. Je me souviens de ce jour ensoleillé, où les oiseaux ne chantaient pourtant pas. La chaleur était insupportable, mais nous étions tout deux dehors, visant les cibles accroché le long des troncs d'arbres. Je me revois, lever les yeux vers l'astre brillant et le mépriser. Il est vrai que nous étions en été. Sullivan était torse nu, transpirant de tout ses pores. Nous nous entraînions pourtant sans nous plaindre, car nous savions que c'était l'un des rares moments que nous pouvions passer ensemble sans rien nous cacher.

Je vois la silhouette précise d'un oiseau, un pigeon, perché sur le tableau. Daniel à un mouvement d'hésitation. Il fixe l'oiseau sans un bruit, esquisse un mouvement rapide et tire une de ses balles de paintball en plein dans la poitrine de l'animal. Celui-ci dégringole de son perchoir, s'écrase dans la neige.

Nous nous approchons lentement, tandis que Daniel, courant au secours du petit être est sur le point de fondre en larmes. Imbécile et impuissant face à ses propres actes. Voyant ce petit être se débattre, je me prend à penser à tous ceux que j'ai déjà vu souffrir. Ceux dont le sang à coulé, sans relâche, de part des plaies suintantes. Je me souviens de tout ceux là. De tout ceux qui n'ont jamais put accepter qui j'étais vraiment, tout au fond de mon cœur et de mon âme. Une pierre recouverte de neige est posée non loin. Je me dirige vers elle, la saisit de ma main droite, et la tends au garçon.

-Faut que tu abrège ses souffrances...il a mal, et c'est toi qui est responsable. Lui dit-je alors.

-C'était un accident, réplique t-il au bord des larmes.

-Si tu le laisse il va mourir de faim, c'est ça que tu veux ?

Mais Daniel refuse catégoriquement. Aurais-je dut laisser l'oiseau dans son état de paralysie presque totale ? Ne pas le toucher et le laisser aux prises avec d'autres prédateurs ? Je refuse également. J'écrase son corps, bougeant à peine, et laisser couler le sang tout autour de la pierre, le blanc de la neige se mêlant au liquide écarlate provenant de l'animal.

-Tout va bien, maintenant il est au Paradis. Je lance alors à Daniel

-Qu'est qui va pas chez toi ? Me répond t-il alors.

Il s'en va, en courant, sans attendre ma réponse. Je n'en avait d'ailleurs pas. Qu'est ce que j'aurais pu lui dire, il n'aurait rien compris. Nous voyons les choses trop différemment pour s'entendre, c'est une chose dont je suis maintenant sure. Et à dire vrai, c'est une chose à quoi je m'attendais, personne ne m'a jamais vraiment comprise. J'aurais sans doute du citer Sullivan, c'est cela que vous pensez ? J'ai failli, mais me rappelle, à nouveau, le douloureux souvenir de sa mort, et la raison pour laquelle il s'en était retrouvé là, j'avais réalisé que ce n'était plus vraiment le cas. En fin de compte.


-Je pourrais te chanter une chanson. Je chantais pour les sœurs à l'orphelinat pour qu'elle sachent que tout allait bien.

Une longue hésitation plus tard, elle m'accorda cette faveur et me laissait.

Je verrouille la porte, une nouvelle fois, et défait mon peignoir, fixe mes cicatrices et soupire. C'était passé à un cheveu. Je me plonge dans l'eau chaude que Kate à fait couler dans la baignoire et pense. A tout et à rien. A lui puis à eux. Différents. Je ferme les yeux, mais rien ne préoccupe mon esprit et mes pensées restent fluides et logique au possible. J'entends des bruits de pas, devant la porte. Je continue à chanter, suffisamment pour qu'elle m'entende et tout autant pour que j'en fasse de même. Que va t-elle faire ?

J'entends un tiroir s'ouvrir, et mon cœur manque un battement. Un bruit sourd retentit, comme la chute de quelqu'un, ou de quelque chose. Que fait-elle ? Je réfléchis le plus que je peux, et réalise soudain. Ma Bible. C'est ça qu'elle à trouvée. Mais qu'est ce qu'elle voudrait bien en faire ? Sa l'intriguerait sûrement et elle la reposerait naturellement. Tout en se demandant ce qui peux bien pousser une fillette de mon âge à posséder un ouvrage pareil.

Mes yeux s'écarquillent. Quelle idiote je fais. Et si elle l'ouvrait ? Qu'est ce qu'elle découvrirait ? Les visages de plusieurs hommes. Et que se demanderait-elle ? Qui sont-ils, comment leurs photos sont-elles arrivées là, pourquoi suis je en leur possession. Peut-être même qu'elle ferait des recherches. Elle pourrait même arriver à remonter jusqu'à l'hôpital. Je trépigne dans l'eau, je me sens idiote, imbécile, incapable. « Protéger un secret n'est pas quelque chose de simple »

Les paroles de Sullivan me reviennent en mémoire. Il me disait ça souvent. Mais il me disait souvent qu'il serait toujours là pour moi. Pour faire de mon bonheur quelque chose de réel, et que malgré le fait que je sois différente, je ne méritais pas mon sort. Il m'avait attendrie, usée de mes sentiments et de ma pitié. Tout comme il continue à le faire, même étant mort.

Mes cicatrices me font mal. L'énervement semble faire revenir la douleur ancienne qu'elle me donnaient. Je touche mon cou, m'attend à voir du sang dégouliner de mes doigts lorsque je les retirerait. « Ne t'inquiète pas, tout ira bien » Tu parle ! Tu ne fait que rendre les choses encore plus difficiles, plus qu'elle ne le sont déjà.

Je sors de la baignoire et ré-enfile un des peignoirs blancs en suspend sur la chauffage, cachant mes cicatrices avec attention. Je déverrouille prudemment la porte. La silhouette de Kate n'est présente nulle part. Je regarde de chaque côtés. Il n'y a rien. Je rage intérieurement et me promet de ne rien faire d'inutilement stupide tant qu'elle n'aborde pas le sujet de sa découverte.


Daniel n'est qu'un idiot. Ou cherche à me le faire comprendre en tout cas. Il ne peut pas me voir, surtout depuis que ces amis s'allient tous contre moi. Je ne suis sujet qu'aux brimades incessantes des gamins de « mon âge ». Et Daniel ne fait rien pour arrêter ça, même en étant mon frère. Il participe à l'événement que je provoque. Moi, mes habits bizarres, mon attitude solitaire et mes émotions invisibles. Oh, et Brenda. Cette petite peste est vraiment quelqu'un de sadique, pour son jeune esprit. La plupart des élèves de l'école la craignent. Elle est leur leader, en quelque sorte. Elle est à son avantage et n'a pas manqué de me le prouver aujourd'hui.

Je ne faisait que suivre mes cours, mes bras était chargés de livre et je déambulais dans les couloir, essayant de rejoindre ma classe. Je faisait fasse à cette marée d'élèves qui me fixer, allant tous dans la direction opposée. Je ne savais pas où était cette fichue salle. Et j'étais en position de faiblesse, chose que je déteste. L'espace de seconde, un élève me bouscula, faisant tomber tout mes livres.

-Attention !

Je reconnu la voix de Daniel. J'étais accroupie, ramassant mes bouquins, et je lui donner un regard désapprobateur. Il me regardais fixement et rigolait bêtement, comme si il venait d'assister à une de ses blagues. Plus préoccupé par la conversation qu'il venait d'entamer avec l'un de ses amis, il se détourna alors. Le sujet ? Comment le vaillant petit Daniel avait tenu tête à sa sœur adoptive. Je conçois que ce soit des enfants, mais ce sont seulement des mauvais gosses. Sans respect pour les gens différent.

Le silence s'installait peu à peu autour de moi,s ans que je sache pourquoi. Et je m'en fichais d'ailleurs. Ce que je voulais c'était m'en aller au plus vite. Je dirigeais ma main vers ma Bible, mais une autre la saisit avant que j'ai eu le temps de m'en emparer. Le petit attroupement d'élève commençait à se former autour de nous. Je me relevais et la fixait, sans émotions apparentes.

-Est ce que c'est une Bible ? Demanda cette petite voix aiguë, cette petite idiote, qui me cherchait sans cesse des embrouilles.

J'acquiesçais et elle se mettais à hurler, le bras haut et arborant fièrement ma Bible comme si elle avait trouvé un trésor. Ce n'était que le mien, c'était mon trésor, il m'appartenait.

-L'illuminée à apporté une Bible à l'école aujourd'hui !

Les élèves passant s'arrêtaient, regardait l'altercation entre Brenda et moi-même. Nous étions toutes deux face à face. Je regardais ma Bible, flotter en air, au bout de ses petits doigts insignifiants. Elle se mis à sourire, d'un sourire crispé, et me la tendis. Je mimais un vague sourire aussi, mais je savais bien qu'elle n'en finirait pas là. J'essayais de lui retirer le livre des mains, mais elle ne lâchait jamais. Ces amies l'encourageaient « Tiens bon Brenda ! ». Je commençais à prendre l'avantage sur son petit duel imposé, jusqu'à ce que ma main glisse finalement. En l'espace d'un seconde la sienne décrivit un arc de cercle et elle lâcha la Bible, celle ci se déchirant en myriade de feuilles, et s'écrasant sur le sol. Je me jetais à leur suite et en attrapais le plus que je pouvais. Mêlant les photos des hommes entre les pages. J'espérais que personne ne les ait vues.

J'entendis un « bravo », et tandis que je rassemblais mon paquet de feuilles et me préparais à partir, je sentis sa présence derrière moi. Je ne fit pas attention. Elle ne pouvais me faire plus de mal que c'était deuxième humiliation. La fureur brillait dans mes yeux, mélangé à une tristesse soudainement. Me demandant pourquoi, encore et toujours, ma vie était-elle si injuste.

-Oh petit chien chien, c'est ton collier petit chien chien ?

Sa main se déplaça sur un des rubans, frôla ma cicatrice d'un millimètre. Je ne pouvais en supportais d'avantage. Et je hurlais. Les douleurs revenants, les souvenirs refaisant surface. L'hôpital, les médecins, les infirmiers, ma camisole. L'impression de mourir chaque jour davantage. Je me débattais, mais rien n'entourait plus mon corps que du vide. Et ce silence, pesant sur toute l'assemblée. Les yeux des élèves me fixant, certains gloussant. Tandis que mon cri s'achevait, j'éprouvais plus de honte que jamais.

Je ramassais ma Bible et partais en courant. Loin de ces élèves me jugeant maintenant, avec encore plus d'étonnement et de mépris qu'auparavant. J'arrivais dans la cour de l'école, et tandis que le vent soufflais mes cheveux, je pleurais. « Ils sont tous tellement idiots. » Je ne pensais que ça, ne voyait que ça. La femme que j'étais ne comprenais pas cet rabrouement à vouloir détruire un être. Je voulais être quelqu'une comme les autres, même en sachant que je ne le pourrais vraiment jamais. Je voulais qu'on se focalise sur mes valeurs et non pas mes faiblesses. Le bonheur et non la tristesse. La vie et pas la mort. Mais lorsque que ces souvenirs s'étaient vigoureusement réveillés, mon amour propre c'était, à nouveau, émietté pour finir en poussière. Mes larmes perlant de mes yeux, je me remémorais toute ma vie, sachant qu'il n'y avais pas grand chose à en dire. Ma naissance, mon abandon. Puis du sang, la folie, l'amour et ses trois arguments se répétant en continuation. Sans fin. Sans but. Si ce n'est la souffrance.