De Jouissance Pourpre

Par : LittleRobbin

Traductrice: Bleak Dawn

Beta : Tigrou19

OOO

N/T : Salut ! Ceci est une traduction qui me tient vraiment à coeur et j'espère donc que vous serez nombreux à la lire, à l'aimer et peut-être à la commenter. Une Dramione sur fond de guerre comme on n'en lit qu'une fois dans sa vie. Enjoy :)

PROLOGUE

Ô Rose, tu languis !
Car le ver invisible
Qui vole dans la nuit,
Dans la hurlante trombe,

A su trouver ton lit
De jouissance pourpre;
Son secret amour sombre
Anéantit ta vie.

—William Blake, La Rose Malade (Traduction de Lionel-Edouard Martin)

oOoOo

La première fois que Drago Malfoy vit Hermione Granger après cette fameuse nuit en haut de la Tour, ce fut dans son propre salon, alors qu'elle se contorsionnait et se tordait sur le sol devant lui. Cela avait été difficile, malgré le fait qu'il avait haï, haï Granger et son prétentieux cerveau et son irritable crinière, parce que c'était toujours difficile de regarder sa tante Bella torturer quelqu'un. La lueur dans ses yeux noirs, et la façon dont elle passait sa langue sur ses lèvres, frissonnant à chaque cri de douleur qui s'arrachait de la gorge rauque de Granger… Cela suffisait à faire naître un écho de frissons de dégout à travers son propre corps trop mince, trop pâle.

Mais c'était Granger, la fille qui s'était assise à moins de trois tables de lui en classe, ses cheveux broussailleux obscurcissant sa vue plus d'une fois. C'était une partie de son enfance, une part de la vie durant laquelle il avait été au sommet, et pour cette raison, il désirait ardemment sa présence. Elle hurla et se déchaina et convulsa et griffa et cela suffit à faire remonter à la surface ses propres souvenirs du Doloris, déchirant son corps comme un millier de couteaux chauffés à blanc. Mais c'était Granger, et il l'avait toujours connue. Alors il ne se détourna pas. Il força ses yeux à demeurer fixés sur son corps cambré, sans ciller une fois, pas même lorsque sa vision commença à se troubler à cause de l'asséchement de ses yeux.

Et lorsque Bellatrix finalement, finalement s'arrêta – parce que le Seigneur des Ténèbres était fou mais pas stupide, et Granger avait des informations – toujours eu des informations – la brunette reposa frémissante sur le sol six secondes tout au plus. Puis, dans des mouvements vraisemblablement douloureux et saccadés, elle bougea. Une main à plat sur le sol, puis l'autre. D'abord pliés, ses bras se redressèrent graduellement. Ses genoux la poussèrent par la suite. Elle chancela de façon précaire sur ses jambes et Drago dû se faire violence pour ne pas accourir à son aide et la maintenir debout, parce que c'était là son enfance, et qu'il aurait dû être le seul à avoir le droit de la faire trembler de la sorte.

Elle cracha aux pieds du Seigneur des Ténèbres.

Les deuxième et troisième sortilèges ne furent pas moins intenses et tout aussi malveillants que le premier. Mais quelque chose semblait s'être fracturé chez Granger. Quelque chose s'était brisé. Elle était désormais léthargique face à tout ce qui se passait. Elle se contorsionnait et se tordait, et hurlait et pleurait. Mais lorsque Bellatrix releva sa baguette à nouveau, encore une fois, elle se remit sur ses pieds, et cette fois-ci un triomphant rictus, digne de n'importe quel Serpentard, étira un coin de sa bouche, un filet de sang glissant le long de son menton — rouge, tout comme le sien, ni noir ni marron ni sale, mais pourpre et humide.

Il se dit qu'il ne l'avait jamais vue si belle qu'elle ne l'était à ce moment-là, fière et défiante et consciente que la mort était sur le point de la faucher et ayant le cran de sourire avec mépris à sa future meurtrière. Et la vision que sa mort ne serait pas moins douloureuse que celle de n'importe quel crétin de Sang Pur qui se serait montré stupide au point de défier le Seigneur des Ténèbres le percuta aussi puissamment que n'importe quel Doloris qu'il n'ait jamais subi. Sa mort ne serait pas plus superflue ou moins bouleversante. Elle ne le serait pas moins.

Même des mois après qu'ils se soient échappés — tout maudit Trio d'or Gryffondor qu'ils étaient, avec l'aide d'un Elfe de maison qui avait auparavant appartenu à sa famille et lui avait apporté des cookies, même lorsqu'il ne le méritait pas — l'image de son sang, traçant doucement la courbe de son menton, avait continué de le hanter. De le moquer. Parce qu'une fois encore, Hermione Granger, Gryffondor Miss-Je-Sais-Tout, Préfète-en-chef en devenir, avait indéniablement raison.

La seconde fois qu'il vit Hermione Granger, deux ans s'étaient écoulés, il avait été torturé à un cheveu de sa vie et sa mère venait juste de mourir.

Cela avait été un plan du Seigneur des Ténèbres. Personnellement, il avait trouvé que c'était particulièrement stupide et incroyablement transparent. Il avait, évidemment, gardé son opinion pour lui-même. Parce que, bien que ce ne fut pas illégal d'avoir ce genre de pensées – le Seigneur des Ténèbres insistait sur le fait qu'il n'y avait pas de lois, et que donc rien n'était techniquement illégal– Drago était parfaitement certain que seule la mise à mort résulterait de ce commentaire en particulier, qu'il fut un des plus haut placés Mangemorts ou non.

« Ah. Drago, » la voix trainante du Mage Noir fit remonter un frisson familier le long de la colonne vertébrale de Drago.

C'était une sensation qu'il avait toujours abhorrée, et qu'il abhorrerait sans doute toujours, même maintenant après tous les crimes et les péchés qu'il avait commis – cette profonde, obscure peur à couper le souffle qui insufflait en même temps une sensation de glace et d'adrénaline et de feu pulsant à travers lui. Mais aujourd'hui…aujourd'hui, il l'accueillait à bras ouverts. S'en délectait. Cela faisait balbutier son cœur de vie – la première émotion qu'il avait ressenti depuis des jours (des semaines, des mois, des années).

Le Seigneur des Ténèbres était content de lui-même. Drago avait fini par apprendre à lire les émotions du Serpent au fil des années en jaugeant le niveau de peur dans la pièce. Il y avait cet éclat dans son œil qui était particulièrement arrogant, même pour quelqu'un qui se proclamait Dieu immortel. Au début, Drago avait imputé cela au troisième anniversaire marquant le commencement de la guerre – cette nuit-là en haut de la Tour lorsque sa baguette avait mis le feu aux poudres. Et puis il avait remarqué Bellatrix qui se tenait, silencieuse, en arrière-plan, un froncement de sourcils mécontent sur le visage. Rogue, à quelques mètres à peine à sa gauche, arborait la même expression impassible que Drago. D'autres visages étaient présents également – Rabastan, Rodolphus, Avery, Crabbe Senior, Dolohov, Goyle Senior, Greyback, Macnair, Mulciber. Le Cercle Intime. Ce qui en restait, tout du moins.

« Regardez-le, » et tous les regards se tournèrent immédiatement vers Drago, obéissant à l'ordre donné sans une hésitation. Drago demeura droit, les pieds fermement plantés dans le sol, les jambes légèrement écartées, le visage fermé – le parfait soldat. Le Seigneur des Ténèbres sourit narquoisement. « Mon hériter. Mon fils. Mon protégé. »

Drago s'inclina profondément et, en s'exécutant, se rappela les innombrables fois durant lesquelles il s'était incliné ainsi dans cette même pièce auparavant, lorsqu'elle avait été la salle de bal la plus spectaculaire de toute la communauté Sang Pur et qu'il avait eu l'embarras du choix quant aux belles jeunes filles qu'il pourrait faire virevolter dans ses bras.

« Redresse-toi, mon fils. Tiens-toi devant moi que je puisse t'évaluer. Dis-moi, Bellatrix, » ajouta-t-il après un moment. La femme à ses côtés se dressa au garde à vous avec l'enthousiasme d'un petit chiot appelé par son maître. « Ne trouves-tu pas que ton neveu est un remarquable sorcier ? »

« Il est… Honoré d'avoir vos éloges, mon Seigneur, » souffla Bellatrix, risquant un regard noir et répugné dans la direction de Drago.

C'était un acte périlleux, en effet, que de montrer ce genre d'antipathie envers le propre héritier du Seigneur des Ténèbres. Mais, là où, auparavant, ce geste de désobéissance manifeste aurait entraîné la mort instantanée de la femme, désormais le Seigneur des Ténèbres se contenta de rire doucement. Les cheveux de Drago se seraient sans doute dressés sur sa tête, s'il avait permis à son corps de réagir d'une quelconque manière.

« Ne t'en fais pas, ma fidèle servante,» susurra leur seigneur d'un ton moqueur. « Tu restes toujours ma préférée. »

C'était, au mieux, une raillerie, une insulte au pire. Toutefois, Bellatrix minauda sous le compliment, ses joues s'empourprant d'une manière qui ressemblait fort à celle de sa mère. Mais le Seigneur des Ténèbres reportait désormais son attention sur Drago. Ce dernier réprima rapidement toute pensée se rapportant à sa mère, et concentra son regard droit devant lui, allouant l'inspection générale de l'assemblée.

« Fort. Puissant. Rusé… Toutefois, je me demande une chose : est-il enclin à faire tout ce qui est nécessaire pour me servir ? »

« Mon seul désir est de vous servir, mon Seigneur, » répondit calmement Drago, pas trop rapidement, mais sans une once d'hésitation.

Et pourtant, le masque d'éthéré amusement du Seigneur des Ténèbres glissa, et son regard se déversa soudain en Drago, cherchant, fouillant.

Drago permit l'intrusion. Il était vital que le Seigneur des Ténèbres sente qu'il avait tout contrôle. Mais il existait des moyens d'occulter les souvenirs autrement que par Occlumencie. L'invasion ne dura pas plus de quelques secondes, et puis le Seigneur des Ténèbres sourit narquoisement à nouveau, se déplaçant pour tourner autour de Drago.

« Bien, » approuva-t-il. « Impressionnant. Néanmoins, même mes plus fervents serviteurs ont leurs défauts. » Ses yeux vacillèrent derrière leurs fentes vers un visage inconnu à la gauche de Drago et ce dernier crut entendre la personne hoqueter de surprise. « Leurs faiblesssses. » Le 's' sonnait grave et allongé et Drago se fit violence pour ne pas grimacer.

« Je n'ai aucune faiblesse, Maitre. »

« Oui. Eh bien, nous allons voir ça, » sa voix était plus forte désormais, dirigée vers le reste de l'assemblée. Il avait toujours eu un penchant pour la théâtralité.

Drago ravala aisément son agacement.

« J'ai une mission pour toi. Une mission que je ne peux confier qu'à un de mes serviteurs les plus loyaux. Cela va requérir chaque once de furtivité et de ruse que tu possèdes. »

Drago patienta, parce qu'interrompre finirait sûrement par un Doloris, et cela ne le dérangeait pas de se montrer patient. Le Seigneur des Ténèbres attendit d'atteindre son trône avant de poursuivre, souriant nonchalamment vers Drago depuis son extravagante chaise. « Cela fait maintenant des années que l'Ordre du Phénix essaye de te convertir à sa cause. Pour une raison ou une autre, Potter – » à ce nom un sifflement grave couru dans la salle. Il le réprima d'un geste impatient de la main. « – semble croire que tu me trahiras. »

« Rien de plus qu'une notion infondée de bravoure Gryffondor, je vous l'assure, » répliqua Drago, faisant trainer sa voix d'une telle façon que certains Mangemorts ricanèrent.

« Sans doute, » approuva le Seigneur des Ténèbres. Il se pencha en avant sur ses genoux, observant Drago par-dessus le clocher que formaient ses longs doigts pâles. « Mais tu ne peux pas nier l'opportunité qu'une telle notion représente. » Drago réprima la moindre trace de curiosité que ce commentaire attisa, ravalant toute question. Après une pause, le Seigneur des Ténèbres continua, « Je veux que tu te rendes en compagnie de Rogue à leur quartier général. Je veux que tu supplies ce déchet de Potter de t'accorder l'asile. Je veux que tu lui promettes de te battre pour lui, que tu m'as trahi et que tu souhaites l'aider lui et sa pathétique armée guenilleuse. Et puis, juste au moment où il pensera pouvoir te faire confiance… Je veux que tu le détruises. »

« Vous désirez que j'espionne l'Ordre ? » demanda Drago après un moment de pause, les premiers signes d'incertitudes s'insinuant dans sa voix.

« Pas exactement. J'ai déjà Rogue comme espion. Et même s'ils le croient tous loyal envers eux, personne ne peut jamais faire entièrement confiance à un espion. Non, » conclut-il, « je veux que tu sois l'un d'eux. Que tu parles comme eux et te battes avec eux. Que tu t'immisces dans leur cercle intime. Que tu les renverses de l'intérieur. »

Lorsque le Seigneur des Ténèbres s'interrompit l'air d'attendre quelque chose, Drago acquiesça une fois – comme s'il aurait pu refuser. Les lèvres retroussées en un rictus mauvais, le Seigneur des Ténèbres tapa dans ses mains et le bruit fit tressaillir plusieurs membres du Cercle Intime anxieusement. La Peur s'imposait comme second Maître sur la pièce, y régnant, despotique, les poussant à se demander quelle réaction idéale serait appropriée à chaque instant. Mais le Seigneur des Ténèbres n'était vraisemblablement pas d'humeur à punir quiconque ce soir. D'ailleurs, il accordait à peine un regard vers le reste de l'auditoire, son attention centrée exclusivement sur l'homme en face de lui.

« Excellent. Je savais que tu ne me décevrais pas. Toutefois… » L'hésitation, l'incertitude, la légère pause – tout ça était pour faire de l'effet, évidemment. Pendant un bref moment, Drago se demanda ce qui se passerait s'il cessait simplement de jouer le jeu. S'il roulait des yeux ou soupirait de frustration. S'il demandait au Seigneur des Ténèbres de se montrer clair pour une fois, ou de simplement se taire. Mais les lèvres du Serpent étaient distendue et pâles, et ses yeux dansaient d'anticipation. Les interrogations intérieures ne durèrent que quelques secondes avant que Drago ne reprenne son rôle de nouveau.

« Oui, Maître ? »

« Cela aurait l'air terriblement suspicieux si tu venais à apparaître indemne, l'image parfaite de la santé même. Tu es connu pour être l'un de mes serviteurs les plus privilégiés. Pourquoi me tournerais-tu le dos maintenant, alors que tu as tout à gagner ? » Il n'attendit pas de réponse. « Non. Cela n'irait tout simplement pas. Nous allons devoir faire en sorte que cela soit… réaliste. »

Il y avait un éclat dans ses yeux que Drago reconnut et son estomac se retourna face à ce que cela impliquait. Mais il était un Malefoy, un soldat, et il était conscient de son rôle dans tout ceci. Alors il serra la mâchoire, inclina la tête, baissa les yeux.

Et dans le même ton grave de son père, il répondit. « Vos désirs sont des ordres, Maître. »

Il ne leva pas la tête pour voir le Serpent sortir sa baguette magique, ni percevoir la façon dont il la fit d'abord tourner négligemment entre ses doigts, comme s'il contemplait la meilleure façon d'exécuter son plan. Il entendit la calme déclamation du « Endoloris ». La douleur fulgurante prit le dessus, brûlante, agonisante, incapacitante, et il ne fut conscient de rien d'autre longtemps après ça.

::

Elle se trouvait en mission la nuit où il arriva. Cela n'avait pas été un succès. Ils avaient été mal informés, mal préparés et les Aurors en charge étaient inexpérimentés parce que les anciens étaient ailleurs sur de plus importantes missions. Lutter à six contre un, cela n'avait pas pris longtemps avant que la retraite sonne. Mais pas avant qu'un sortilège de Découpe ne taillade son épaule de part en part. Pas avant que Seamus Finnigan ne tombe, la lumière verte de l'Avada toujours dans ses yeux.

Elle était censée retourner avec le reste de ses équipiers dans un lieu sûr, qui se trouvait sur la côte désignée par le Ministère. Mais elle avait froid, était trempée et épuisée et elle venait tout juste de voir quelqu'un qu'elle avait connu depuis l'âge de onze ans s'effondrer à ses pieds. Elle avait besoin d'être chez elle et de chaleur. Et l'endroit qui se rapprochait le plus à cette description était le 12 Square Grimmauld.

Elle s'était attendue à l'habituelle lueur du feu illuminant la cuisine, et l'odeur de la cuisine de Molly flottant dans l'air. Avait compté sur la présence sombre d'Harry, et à ses misérables tentatives de cacher le fait qu'il lui en voulait pour son quota de liberté, même si cela l'obligeait à retourner à la maison couverte de sang – pas souvent le sien, mais toujours, toujours là. Mais au lieu de ça, le Portoloin la propulsa en plein milieu d'une scène de chaos.

Sa première pensée lorsqu'elle vit la silhouette vautrée secouée de convulsions sur le sol de la cuisine fut Mon Dieu non, pitié pas Harry, pitié pas Ron. Et puis elle avait aperçu un flash de cheveux blond platine. Sa seconde pensée la poussa à dégainer sa baguette par instinct, avant que son cerveau ne puisse enregistrer le fait qu'il y avait déjà au moins quatre autres Aurors hautement qualifiés qui l'entouraient et qu'il n'était clairement pas en condition de se battre.

Il était pâle. Non, pâle n'était pas le bon mot. Il avait toujours été pâle (avec un teint de peau qu'elle lui avait toujours secrètement envié, mais ne l'admettrait jamais), même au plus fort de l'été. Mais l'homme étendu devant elle ressemblait à une version flétrie de Drago Malefoy. Une fine couche de sueur recouvrait sa peau, lui donnant un éclat presque ectoplasmique qui poussa ses yeux accablés de sommeil à se demander s'il n'était pas déjà mort et si les sorts de guérisons de Molly ne servaient donc à rien. Toutefois son corps convulsait beaucoup trop violemment pour un fantôme. Et les jurons qu'il laissait échapper entre ses dents serrées étaient assez pour la faire grimacer, reculant face à son ton venimeux.

Son pied butant contre une chaise fit que Lupin la remarqua finalement et celui-ci lui fourra un linge humide entre les mains. L'odeur de l'éther, dense et lourde, atteignit son nez et elle eut un haut le cœur lorsque celle-ci se mêla au relent métallique de son propre sang. Mais Lupin était en train de lui donner des ordres – presse ça contre son nez pendant cinq secondes, toutes les quinze secondes, et pour l'amour de Merlin Hermione, ne le laisser pas s'étouffer ! – et les ordres devaient toujours être exécutés. Alors elle tomba à genoux et pressa le linge contre le visage de Malefoy. Elle se dit qu'elle s'y était peut-être prise un peu trop fort parce qu'il commença à tousser et crachoter avant de s'évanouir.

Elle se mit à compter – un, deux, trois, quatre, cinq – retira le linge, recommença à compter à nouveau. Un, deux, trois, quatre – Molly continuait de faire courir des sorts le long de la poitrine dénudée de Malefoy avec une urgence familière, murmurant des observations à voix basse par habitude. – sept, huit, neuf – Il n'y avait pas de blessure physique, de ce qu'elle pouvait voir. Mais Hermione savait que cela ne voulait rien dire. Il y avait des sorts bien plus terribles que le Doloris, qui étaient fait pour se tapir, latents, jusqu'à ce que des heures soient passées après que la victime ait été touchée, avant de se frayer un chemin destructeur à travers le corps de la personne.

Malefoy s'éveilla. Ses yeux se levèrent un instant et son regard s'ancrant dans le sien. Elle s'attendait à l'habituel venin et haine et dégoût à travers le brouillard de l'éther. Mais il y avait seulement une sorte de faible curiosité. Et puis il leva une main et le temps d'un horrifiant moment, elle crut qu'il allait la caresser. Sa respiration se coinça dans sa poitrine, sa colonne vertébrale se raidit. Toutefois ses doigts glissèrent le long de sa joue, jusqu'à la coupure qui allait probablement laisser une cicatrice sur son menton. Lorsqu'il laissa tomber sa main, son sang macula sa peau à cet endroit, sombre et luisant sous la lumière tamisée de la cuisine.

Elle s'étrangla presque lorsque sa main empoigna ses cheveux et la tira vers lui dans un geste douloureux qui amena son visage à quelques centimètres du sien.

« Tu vois ? » lâcha-t-il entre ses dents serrées, et cela lui prit un moment avant qu'elle ne voie l'entaille descendant le long du côté de son cou, le sang s'accumulant derrière sa tête sur le sol terni en linoleum. « C'est comme le mien. » Comme si elle avait été celle à disputer ce fait.

Elle maintint son regard ancré dans le sien durant tout le temps où elle garda le linge posé sur sa bouche, attendant qu'il retombe dans l'inconscience. Elle ne lui permit plus de rester conscient assez longtemps pour parler après ça.

Plus tard, lorsque Molly eut fini de faire ce qu'elle pouvait, que Malefoy ait été transporté en haut dans l'une des chambres vacantes, Lupin lui expliquera comment Rogue l'avait vu défier le Seigneur des Ténèbres – il leur avait montré les souvenirs de ce moment-là – et comment il avait été torturé jusqu'à ce qu'il se mette à les supplier, implorant pour qu'ils le tuent.

Elle émettra les sons appropriés d'assentiment lorsque Molly fera part de sa sympathie et sa haine de voir des enfants être forcés à prendre part à la guerre, et prétendra ne pas voir le froncement de sourcils pensif de Lupin qui le plongera dans le silence pour le reste de la soirée. Elle calmera les semi-violentes déclarations d'Harry qui assurera que Malefoy trame définitivement quelque chose.

Mais cette nuit-là, lorsqu'elle se retrouva enfin dans son lit, Malefoy endormi, un étage en dessous d'elle, tout ce dont elle se souviendra sera la façon dont il avait fixé son sang, presque en transe, et la certitude enfantine lorsqu'il avait proclamé que, « tu vois, c'est tout comme le mien ». Elle pensera que peut-être Malefoy avait commencé à guérir. Peut-être qu'il y avait encore de l'espoir pour lui. Elle insultera son abominable habitude d'être attirée par les indéniables causes perdues et se promit d'être extrêmement impitoyable, juste histoire de se rattraper pour la faiblesse de ses propres pensées.

Elle repensera à son doigt maculé de son sang à elle. « Tu vois ? C'est comme le mien. » Et au tacite message derrière ces mots — nous sommes pareils.

::

Trois jours s'écoulèrent avant que Drago ne soit suffisamment rétabli pour tenir une heure sans avoir besoin de la constante dose de potion antidouleur, et quatre heures supplémentaires avant que la mère des Weasley ne le déclara apte à être interrogé. Il refusa de parler au loup-garou à l'apparence négligée qu'il reconnut comme étant un ancien professeur. Il refusa même de reconnaitre la présence des Aurors qui furent envoyés dans sa chambre, les uns après les autres. A chaque fois que la mère Weasley rentrait avec un repas (toujours sous garde renforcée) il se limitait à une seule requête.

« Je veux parler à Potter. »

La matriarche Weasley claquait sa langue contre son palais mais, autrement, se bornait à l'ignorer. Il aurait peut-être grogné d'irritation, si le simple fait de respirer ne provoquait pas une trainée de frissons douloureux le long de sa colonne vertébrale. Il se contentait de lui lancer un regard noir jusqu'à ce qu'elle quitte la pièce, avant de s'effondrer à nouveau contre les coussins, épuisé par ce simple effort. Il s'écoula des heures avant que sa porte ne s'ouvre à nouveau dans un grincement et, à en juger par la tranquillité qui s'était posée sur la maison durant son sommeil, il pouvait en déduire qu'il se faisait tard.

La silhouette s'avança furtivement dans la pièce, et Drago guetta ses moments avec une circonspection prudemment masquée. Un long moment passa, durant lequel les deux hommes se contentèrent de se regarder l'un l'autre. C'était surréaliste d'une certaine façon, se dit Drago, d'être en face de sa Némésis depuis l'enfance après tant d'années. Potter avait changé—c'était un homme désormais, moins chétif, et son visage arborait une légère barbe de trois jours. Il avait l'air fatigué—non pas à cause de l'heure tardive, mais la sorte de fatigue qui se dégageait d'un enfant qui s'était retrouvé propulsé dans l'âge adulte trop rapidement et avait passé le plus clair de son temps à simplement essayer de garder la tête hors de l'eau. Le genre de fatigue qui vous suçait jusqu'à la moelle et vous laissait vide, l'ombre de vous-même.

C'était le genre de fatigue que Drago éprouvait depuis ses seize ans. Et il n'était pas sûr de ce qu'il ressentait, en retrouvant le reflet de ce sentiment chez un garçon dont il s'était, avec fierté, toujours cru différent.

« Qu'est-ce que tu fais ici, Malefoy ? » Interrogea Potter, et Drago se demanda si le froncement songeur qui ridait sa fameuse cicatrice signifiait que ses pensées et sentiments étaient aussi déconcertés par la situation que les siens l'étaient.

« Eh bien, » fit Drago, puisant en lui-même la force de dire cela d'une voix trainante. « Vu que la dernière chose dont je me souviens est de m'être évanoui sous la douleur et de m'être réveillé ici par la suite, je ne peux qu'assumer que j'ai été kidnappé et que je suis retenu en otage jusqu'à nouvel ordre. »

Potter l'observa nonchalamment pendant un moment. « Ceci n'est pas un jeu, Malefoy. »

Il tenta d'esquisser un rictus narquois, mais eut l'horrible impression que cela ne réussit qu'à ressembler à un sourire fatigué. « La vie est un jeu, Potter. Tout ce que l'on peut faire c'est de jouer les cartes que l'on nous distribue et espérer que tout ira pour le mieux. »

« C'est ce que tu es en train de faire ? Jouer avec nous ? »

« J'ai entendu dire que vous vouliez me recruter, » répondit plutôt Drago. « Severus est apparemment plus perspicace que je ne croyais. Il semblerait qu'il ait réalisé que j'allais changer de bord avant même que je ne le fasse moi-même. » Il soupira quand Potter ne dit rien. « J'ai des informations. Noms, endroits, plans. Il y a des limites à ce que je suis véritablement capable de révéler. Mais je ferai de mon mieux. »

« Comment est-ce qu'on pourrait savoir que tu ne mens pas, tout simplement ? En nous envoyant tête la première dans des pièges dans lesquels ton précieux Seigneur des Ténèbres nous attend ? »

« Parce que vos Aurors ont plus d'une façon de savoir si quelqu'un ment — même le plus doué des Occlumens. Ils ne suivront aucune information sans l'avoir vérifiée d'abord au moins auprès de trois sources différentes. Vous ne vous fierez pas à ma seule parole. »

« Dans ce cas, qu'est-ce qui te fait croire qu'on a besoin de toi ? »

Cette fois-ci, Drago sut qu'il avait réussi à former un rictus parfait. « Parce que je suis Drago Malefoy, fils de Lucius Malefoy, Ennemi Public Numéro Deux, jusqu'à ce que quelqu'un me rendre service et m'élimine. Je suis l'héritier—ex héritier—du Seigneur des Ténèbres, » ajouta-t-il avec une légère grimace. « Je doute qu'il m'accueillerait à bras ouverts de sitôt. »

« Et pourquoi maintenant ? Pourquoi maintenant, alors que Voldemort est au sommet de son règne de terreur ? Assurément, cela serait plus profitable pour toi de rester du côté du bord gagnant. » C'était au tour de Potter de sourire narquoisement. « Ou alors tu t'attends à ce que je crois que tu as subitement changé d'avis, repris tes esprits et t'es découvert une conscience ? »

Drago roula des yeux. « Potter, c'est comme si tu ne me connaissais pas du tout. Je suis fatigué d'avoir à constamment marcher sur des œufs et de me prosterner aux pieds de cet hypocrite sang-mêlé de Serpent. J'en ai marre de jouer l'acolyte au garde à vous. Etre débarrassé de lui me serait beaucoup plus profitable. »

Il s'ensuivit un long moment de silence. Les secondes s'écoulèrent, ponctuées par la pluie qui tapait faiblement une mesure staccato contre la fenêtre.

Drago fut seulement quelque peu surpris lorsque Potter se laissa finalement tomber dans la chaise près de son lit, se penchant lourdement sur ses genoux. Il y avait une étrange sorte de lassitude derrière ces lunettes qui enflamma quelque chose dans la poitrine de Drago. Parce que c'était Potter et Malefoy, ennemis jurés par nature, destinés à se haïr et se disputer et se battre en duel éternellement. C'était une partie de son enfance dont n'était pas encore prêt à se défaire. Et ce satané Potter l'avait déjà fait de son côté, le laissant lui loin derrière.

« Est-ce là la vérité, Malefoy ? »

Son rictus flancha. Tressaillit. Mourut. Ses yeux se fermèrent sans son accord. Le silence l'accabla, et il blâma cela pour le ton rauque que sa voix prit lorsqu'il finit par parler à nouveau.

« La vérité.»