NOUVELLE HISTOIRE... MERCI DE ME LAISSER VOS IMPRESSIONS^^ BONNE LECTURE

1. Gwenaëlle ou comment vivre quand on est loin d'être normal… même pour Autremonde

- Maman ! Râla Gwenaëlle, presque choquée, en évitant de justesse un poignard qui siffla au dessus de sa tête.

- Gwenaëlle ! Sortit Lornélia de l'obscurité. Il faut que tu te concentres un peu plus, mais qu'est-ce qui t'arrive ce soir ?

- Rien… soupira la jeune fille. Je suis juste un peu fatiguée.

La mère fit une moue d'indulgente gronderie et dévisagea sa fille dans la nuit qui ramassait leurs armes. Il était vrai que la mère et la fille se ressemblaient. Comme tous les avatars – rares heureusement sur Autremonde – elles avaient de caractéristiques yeux violets. Les longs cheveux bouclés et noirs de Gwenaëlle faisaient ressortirent le teint pâle de la jeune fille ainsi que ses remarquables prunelles violettes que les filles du village lui avaient toujours enviées sans savoir ce qu'ils représentaient sinon, la jeune fille était certaine qu'elles auraient cessé de la jalouser pour la dédaigner voire la rejeter. Elle n'était pas très grande pour seize ans mais ses pouvoirs étaient puissants comme si son héritage de sortcelier de son père n'avait fait qu'accroître ses pouvoirs d'avatars.

Il naissait un avatar toutes les décennies environ, ce ne pouvait être qu'un Humain et personne n'avait jamais compris pourquoi. Depuis la guerre contre les Démons cinq mille ans auparavant, quelques chose avait changé la nature de certaines personnes et quelques enfants naissaient depuis avec d'étranges pouvoirs : les avatars.

Cependant, si ces êtres étaient redoutés, ils étaient aussi recherchés par les différents gouvernements pour leur puissance. Un avatar ne pouvait – de part la loi omoissienne – se reproduire avec un sortcelier car les pouvoirs de l'enfant seraient trop puissants. Gwenaëlle le savait parfaitement d'autant plus qu'elle était le fruit d'une telle union et si l'impératrice en venait à apprendre son existence, sans doute qu'elle ne verrait pas très longtemps encore le soleil se lever. Sa seule chance dans un pareil cas était l'Héritière Tara qui accumulait les bourdes et qui était assez indulgente et juste… elle était surtout la seule personne d'Autremonde qui osait tenir tête à sa tante…

- Maman ?

- Oui ?

- On peut aller dormir maintenant ?

La jeune mère soupira.

- Tu peux y aller, mais nous discuterons demain.

- D'accord maman. Bonne nuit.

Elle suivit la silhouette lasse de sa fille qui traînait des pieds, mais en silence et sans laisser de traces, et ses armes pour retourner dans leur maison. Avec un soupir, elle prit le même chemin que sa fille quelques secondes auparavant.

Gwenaëlle regarda les deux lunes avec lassitude en se demandant pour la énième fois pourquoi est-ce qu'elle était née Avatar.

Certes, les avatars avaient de puissants pouvoirs et ils n'avaient jamais besoin d'incanter comme les sortceliers, cependant, leur magie était beaucoup plus limitée et rudimentaire. Les avatars maîtrisaient, à différents degrés bien sûr, les éléments et le temps. Sa mère était une avatar assez puissante et elle maîtrisait parfaitement l'eau et l'air et dans une moindre mesure la terre puis le feu. Elle n'avait qu'un pouvoir infime sur le temps. Mais ce n'était pas seulement ce qui différenciaient les Avatars des sortceliers et des Nonsos : ils avaient aussi des sens plus développés que les autres hommes ainsi que leur endurance, leur force et leur vitesse. De ce point du vue là, ils se rapprochaient davantage des vampyrs et des elfes.

Gwenaëlle s'entraînait depuis qu'elle était enfant avec sa mère. Celle-ci lui donnait des cours afin qu'elle contrôle ses pouvoirs car plus l'avatar était puissant, plus ses pouvoirs se déclaraient tôt. A l'instar des sortceliers, les avatars découvraient leurs pouvoirs vers l'âge de cinq ou six ans. Gwenaëlle, elle, avait vu ses facultés se développer depuis qu'elle avait un an. La jeune fille contrôlait tous les éléments à la perfection et seul le temps lui donnait encore du fil à retordre. A chaque fois qu'elle perdait le contrôle de ses émotions, la météo en pâtissait. C'est d'ailleurs comme cela que sa mère avait compris qu'elle serait une puissante avatar alors qu'elle faisait un caprice quand elle avait à peine une année, sa mère avait vu une tempête digne de l'apocalypse se déchaîner autour d'eux pendant des heures, jusqu'à ce que Gwenaëlle s'endorme.

Lornélia, la mère de Gwenaëlle, avait longtemps chercher les raisons de la puissance de sa fille et sa seule hypothèse à peu près satisfaisante qu'elle avait trouvé était que son héritage de sortcelière de son père l'avait rendue plus puissante. Car sa fille n'avait apparemment aucun don de sortcelière.

Le lendemain, Gwenaëlle se leva de bonne heure. Après une rapide douche, elle descendit retrouver sa mère pour le petit-déjeuner.

- Bonjour ma chérie, comment te sens-tu ?

- Mieux. Je suis désolée pour cette nuit, s'installa-t-elle à table.

- Ce n'est pas grave ma chérie. Je comprends que tu puisses être fatiguée de temps en temps. Je t'en demande beaucoup… et tu commences à être grande maintenant.

La jeune fille acquiesça.

- C'est à cause… à cause de Dylan.

- Dylan ? S'assit sa mère à côté d'elle.

- Oui, tu sais, le fils de Marianne et Jo.

- Oui je vois de qui il s'agit mais…

La jeune fille releva la tête de son assiette et soupira.

- Il… nous avons souvent été ensemble, tous les deux, ces dernières semaines parce que nous étions de corvées.

Les corvées de leur village, situé au sud de Cava – à l'ouest d'Omois –, étaient réparties entre les familles, toutes les semaines afin que chacun fasse sa part. Selon les saisons et les besoins ce n'étaient pas les mêmes corvées mais les roulements étaient les mêmes entre les familles si bien que ce n'était que du hasard si l'on avait une bonne semaine ou non de corvées. Même la famille du Maire devait participer.

Lornélia observa sa fille qui n'ajouta rien. Elle comprit aisément que la jeune fille connaissait ses premiers amours mais qu'elle avait peur aussi. Peur parce qu'elle était une jeune fille relativement sage et douce mais surtout parce qu'elle était une Avatar. Et les gens craignaient les avatars... enfin, pour ceux qui connaissaient la vérité. Car même sur Autremonde, leur existence était souvent prise pour un mythe. Ce qui les arrangeait bien.

- Ma chérie, lui prit-elle la main en plongeant ses yeux violets dans ceux – identiques – de sa fille. Je comprends ce que tu ressens mais tu dois vivre ta vie. Ce n'est pas bon d'avoir toujours peur. La peur doit te servir à avancer et non à te cacher, sinon tu ne vivras jamais ta vie, tu la subiras.

Gwenaëlle inspira pour parler quand le présentateur des panneaux de télécristaux – qu'elles allumaient tous les matins pour entendre les informations – attira leur attention.

- … nous venons de recevoir la confirmation ! Ça y est c'est officielle, Sa Majesté Impériale, l'Impératrice Lisbeth'tylanhem T'al Barmi Ab Santa Ab Maru, a annoncé que les Démons allaient être invités dans notre univers ! En effet, il semblerait que le nouveau roi des Démons ait demandé l'Héritière Tara'tylanhnem Ducan T'al Barmi Ab Santa Ab Maru en mariage…

Des deux Avatars se désintéressèrent de la suite et elles s'observèrent avec stupeur. Mais qu'est-ce que c'était encore que cette histoire ? L'Impératrice avait-elle perdu la tête ?

Quelques jours plus tard, Gwenaëlle avait oublié cette histoire de venue des Démons. De toute façon, les pourparlers commençaient à peine tant avec les autres Etats d'Autremonde qu'avec les Démons… ils avaient donc plusieurs mois avant la catastrophe.

Bah oui, parce que Gwenaëlle ne doutait pas que cette histoire allait mal se terminer. Comme la majorité des autremondiens en fait.

Mais que pouvaient-ils bien faire ? Bah rien, sinon attendre. Avec un profond soupir, Gwenaëlle quitta sa maison en refermant doucement la porte de chez elle. Sa mère dormait encore, ce qui était rare, et c'était son seul jour de repos de la semaine. Elle préférait la laisser tranquille pour une fois. La jeune fille glissa ses deux poignards à la ceinture de son jean – vêtement copié de la Terre qu'elle affectionnait particulièrement. Et regarda le soleil qui se levait doucement. Elle décida que ce serait une bonne journée. Elle passa dans le verger et se cueillit une pomme qu'elle dégusta en se rendant au cœur du village où elle avait rendez-vous avec ses amis. Il y avait une fête de village ce soir-là et ils s'étaient proposés pour tout organiser. Elle fut la première à arriver. Bientôt, elle fut rejointe par Dylan qui la salua d'un doux baiser sur la joue.

- Comment vas-tu ?

La jeune fille plongea ses yeux violets dans ses prunelles grises.

- Bien, et toi ?

- Je suis en pleine forme ! Eclata-t-il de rire. Mon frère revient pour quelques jours de l'académie des Voleurs, alors nous allons doublement en profiter ce soir.

- Mais c'est génial ! J'ai l'impression que ça fait des années que je ne l'ai pas vu !

- Baf ! Ça ne fait que quelques mois ! Dit-il dédaigneusement.

- Ne fais pas semblant Dylan, Sulliyan te manque !

- Pff ! Même pas vrai.

Alors qu'elle éclatait de rire, les jumelles Arsène et Luciné arrivèrent à leur tour, toujours en parfaite symbiose, jusque dans leur façon de marcher.

- Salut vous deux ! Les salua la première tandis que la deuxième posait les paniers qu'elles venaient d'apporter.

- Comment allez-vous ?

- Très bien, je pense que c'est un bon jour pour préparer une fête ! Sourit Gwenaëlle.

- Je suis d'accord ! Approuva Arsène en regardant autour d'elle. Tiens, Ulric n'est pas encore arrivé ?

Les deux premiers arrivés secouèrent négativement la tête.

Gwenaëlle était la plus jeune du groupe. Agée de seize ans, elle était pourtant par moment la plus mature et la plus sage du groupe. Sulliyan avait son âge mais il était parti depuis quelques années étudier à Tingapour, la capitale, pour suivre l'entraînement des Voleurs Patentés. Les parents de Dylan avaient fait de nombreux sacrifices pour que leur fils puisse suivre son rêve et aujourd'hui ils ne le regrettaient pas car leur fils cadet en était au sixième niveau de son apprentissage et on disait qu'il faisait parti des meilleurs de l'académie. Les jumelles venaient de fêter leurs dix-neuf ans. Elles étaient des Mages car elles étaient revenues – depuis presque trois ans – de trois années d'apprentissage comme Premières Sortcelières à la cour d'Omois. L'imperator avait décrété quelques années plus tôt que tous les sortceliers devaient apprendre sous la tutelle d'un Haut Mage. Personne n'échappait à la règle. Leur don était relativement puissant et aidait beaucoup les villageois. Elles étaient plutôt grandes et fines avec de lourds et longs cheveux ondulés et roux qui tombaient au milieu de leur dos. Elles faisaient toujours tout ensemble et il était très rare de les voir l'une sans l'autre. Leurs yeux verts pétillaient de malice et de gaieté même si elles avaient perdu leur mère très jeune. Ulric, le deuxième garçon de la bande, était de taille moyenne, à peine plus grand que Gwenaëlle qui n'était pas grande. Il avait dix-huit ans et ne présentait aucune capacité de sortcelier, comme Gwenaëlle – du moins c'était ce que pensaient tous ses amis. Malgré sa petite taille relative, il avait une morphologie en V et son physique était plus qu'agréable à regarder. Un peu taciturne tout de même, il était le troisième enfant sur les cinq que ses parents avaient eu ensemble mais le cinquième des enfants de sa mère car ses frères et lui étaient le fruit d'une seconde union de leur mère, son premier mari ayant disparu en mer alors que leur mère attendait son deuxième enfant.

Alors que les discussions entre les amis commençaient à se faire plus bruyante, le dernier membre de la troupe arriva avec deux enfants en bas âge.

- Ulric, soupira Dylan, mais qu'est-ce que tu fais avec Timéo et Isaure ?

- Mon père est à la chasse je crois et ma mère dort… je ne voulais pas la réveiller… je suis désolé.

Les filles du groupe sourirent. Elles adoraient leur ami qui était d'une gentillesse sans borne. Peut-être même un peu trop. Cela lui jouerait sans doute un tour un jour… sauf qu'elles comptaient bien le défendre. Chacune des jumelles prit un des enfants et Gwenaëlle lui fit une bise.

- Tu as bien fait. Bon les amis, se tourna-t-elle vers ses camarades. Par quoi commençons-nous ?

Heureusement, on n'était pas au cœur de la saison la plus chaude. Ils purent donc vaquer tranquillement à leurs occupations, sans avoir à subir la chaleur et sans à avoir à craindre le froid non plus. C'était le temps idéal. Temps que Gwenaëlle tenta de conserver.

Ils rirent beaucoup. Par moment, d'autres villageois venaient les aider, les apporter un coup de main ponctuel, dans une ambiance d'entraides amicales. Une des femmes du village leur apporta un repas pour le midi pendant qu'une autre leur donnait à boire. La mère d'Ulric vint chercher ses enfants un peu avant le repas en remerciant son « grand garçon » de sa gentillesse, ce qui embarrassa celui-ci et fit doucement rire ses amis.

Ils finirent leur travail alors que le soleil commençait sa lente descente vers l'obscurité. En ligne, ils observèrent leur travail depuis un bout de la place du village.

- Pas mal, conclut Luciné, les poings sur les hanches.

- Bon, maintenant il faut que l'on aille se doucher et se préparer nous aussi ! La fête commence dans une heure ! Reprit sa sœur.

- Rendez-vous ici dans trois quarts d'heure les filles, leur dit Dylan. Il faut que nous soyons là avant tout le monde !

Les jumelles grommelèrent de mécontentement mais promirent de faire vite.

- A tout à l'heure ! Cria Ulric.

Se furent sur ces mots qu'ils se séparèrent.

Gwenaëlle décida de courir jusque chez elle pour terminer de bien fatiguer son corps après cette sympathique journée. Lorsqu'elle entra chez elle, sa mère était assise à une chaise de la table du salon. La jeune fille fronça les sourcils. Elle reconnaissait la bourse de velours au cordage d'argent qui se trouvait sur la table… mais pourquoi une lettre ?

Son père lui envoyait de l'argent, enfin, il en donnait à sa mère pour qu'elle ait la meilleure éducation possible. Lornélia ne lui avait cependant jamais avoué l'identité de son père. Tout ce que la jeune fille savait c'était qu'il était un puissant sortcelier et qu'il vivait à la cour d'Tingapour. Il était donc un personnage important de l'empire.

- Maman ? L'appela-t-elle doucement. Elle s'assit en face de la femme qui lui avait donné la vie et lui prit la main qui était posée sur la table, attirant son regard empli de larmes. Mais qu'est-ce qui se passe ?

- Ton père va venir nous rendre visite.

Gwenaëlle se redressa vivement et blêmit.

- Pardon ?

- Oui… il m'écrit que… il a besoin de te voir. Il vient aussi me chercher.

- Mais maman… notre vie est ici !

- La femme de ton père vient de mourir sans laisser d'héritier à sa famille…

- Je suis donc la seule qui existe…

- C'est exact.

- C'est pour cela qu'il s'intéresse enfin à moi ? S'agaça Gwenaëlle.

- Ma chérie, c'est plus compliqué que ça…

- Alors il va enfin d'épouser ?

- Il ne peut pas…

- Mais s'il t'aime ! Se révolta la jeune fille.

- Je suis une Avatar… Ho Gwenaëlle, je représente un potentiel danger pour la famille impériale.

- C'est ridicule ! Se braqua la jeune fille.

- Ecoute, il va venir la semaine prochaine. Il nous dira tout cela. D'accord ? Pour le moment, nous avons une fête ce soir.

Sa mère se leva pour aller se préparer mais Gwenaëlle ne bougea pas. Tout à coup, elle n'avait plus du tout envie d'y aller à cette fête.

Il eut un coup de tonnerre.

- GWENAELLE ! La rappela à l'ordre sa mère depuis la pièce d'à côté.

La jeune fille croisa ses bras et respira profondément pour se calmer. Sur son ordre mental, le ciel se dégagea à nouveau pour revenir clair et limpide – comme il n'avait été toute la journée.

- Je préfère ça ! Lui dit sa mère en passant devant elle.

Gwenaëlle ne put s'empêcher de sourire et se leva à son tour pour suivra sa mère à l'étage. La jeune fille remarqua alors que les trois boules de cristal posées sur la cheminée faisaient de la lumière, intensifiant plus ou moins de lumière à chaque seconde. Une émettait une lumière plutôt rosée, une autre – la plus grosses, presque de la taille de la tête de Gwenaëlle, une teinte argentée alors que la dernière, de la taille d'un très gros poing, avait un halo plutôt vert.

- Ha ! Fit mine de s'offusquer Gwenaëlle en montant les escaliers. Ce n'est pas drôle !

Le temps avait souvent tendance à refléter les sentiments et les changements d'humeur de la jeune avatar qui peinait à se contrôler. Et cela amusait beaucoup les pierres vivantes. Les pierres vivantes étaient des alliés de taille des avatars En effet, celles-ci étaient un peu de la même nature que les Avatars : des êtres de pur magie, des êtres de natures et rudimentaires. Au fil des siècles, les longues lignées des Avatars en avaient trouvé plusieurs et s'en étaient faites des amis. Comme Gwenaëlle et sa mère qui en possédaient huit.

Evidemment, c'était un des secrets les mieux gardés des Avatars. Personne ne savait qu'ils en avaient. En plus, les pierres vivantes adoraient vivre avec les avatars car elles n'étaient plus seules. Ce que – sous terre – elles dépérissaient d'ennui.

Lorsque des invités entraient chez Lornélia et Gwenaëlle, les Pierres vivantes usaient de leur pouvoir pour se rendre invisibles et indétectables. Elles protégeaient aussi la maison et ses deux habitantes. Donc, trois étaient dans le salon, deux dans la cuisine – lieu de prédilection de Lornélia – deux dans la chambre de Gwenaëlle et la dernière se promenait toujours avec sa mère. Evidemment, elles allaient où bon leur semblait dans la maison. Elles se déplaçaient seules et se rendaient dans la pièce de leur choix. Elles faisaient partie intégrante de la famille.

Leur halo de couleur indiquait leur âge et leur fonction en terre. Plus elles étaient âgées, plus le halo lumineux était intense. Leur taille ne signifiait – ou presque. Ainsi, il y en avait deux dans la maison qui avait un rayonnement bleu. Une bleue azur, assez jeune, celle qui suivait Lornélia partout, répondait au nom Lâ, l'autre bleu était beaucoup plus foncé et plus âgé, il s'agissait de Ka. La rosée, actuellement sur la cheminée était Tur, la argentée, sans aucun doute la plus grosse et la plus puissante de la maison était See la verte : Jys, la jaune : Bôh, la blanche crême : Güi et enfin la marron : Uk. Certaines parlaient étrangement. Surtout les plus âgées, celles qui étaient restées longtemps en terre sans contact avec l'extérieure. Cependant, si toutes les voix étaient différentes, elles avaient toutes un don mélodieux et chantant qui ravissait toujours Gwenaëlle lorsque son esprit effleurait le leur.

La jeune fille se dépêcha de prendre sa douche, ruminant toujours les paroles de sa mère. Elles n'avaient pas installé d'Elémentaires chez elles. Elles n'en voulaient pas. C'était de bonnes vieilles douches mécaniques… bon certes un peu aidées par leur don car Lornélia les avait installées en faisant remonter l'eau en surface et les Pierres vivantes avaient créé – par l'intermédiaire de Lornélia – un système permanent pour chauffer l'eau. La jeune fille sortit de la douche et passa sa main sur le miroir pour retirer la buée. La porte de la salle de bain s'ouvrit, la faisant sursauter comme à chaque fois, et Uk et Tur firent leur entrée, se posant sur le bord du lavabo, devant la jeune fille.

- Vous m'avez fait peur ! C'est malin ! Combien de fois je vous ai demandé de ne pas entrer lorsque j'étais sous la douche ?

- Beaucoup ! Répondit avec gaieté la voix mélodieuse de Tur.

- Mais nous voulions te demander quelque chose… Insista Uk.

Gwenaëlle soupira. Comment lutter face à tant d'enthousiasme ?

- Que voulez-vous ? Sourit-elle malgré elle.

- Nous voulons que tu nous emmènes à ta soirée.

- Nous adorons les fêtes et tous ces Humains sont tellement amusants !

- Et bien je n'y vois aucun inconvénient, évidemment. Mais vous tiendrez toute la soirée invisible ?

- Ce n'est pas comme si nous ne l'avions jamais fait ! Argumenta Uk.

- C'est vrai… bah oui, évidemment, venez avec moi. Après tout, vous faites ce que vous voulez… mais n'oubliez pas, pas de magie quand je suis dans les parages !

- Oui oui nous savons ! Nous avons l'habitude ! Merci Gwenaëlle ! S'illumina de plus bel Tur.

- Et mets ta robe noire et argent, c'est celle qui te va le mieux ! Dylan ne pourra que t'aimer !

- Merci les filles !

Les deux boules de cristal quittèrent la salle de bain en prenant soin de refermer la porte derrière elle.

Oui, cela surprenait aussi Gwenaëlle. Mais celle-ci sourit. Ses drôles d'amies savaient lui redonner le sourire… elles étaient par moment comme deux adolescentes et faire preuve, la seconde suivante, d'une sagacité hors du commun.

C'est avec le sourire que la jeune fille se prépara pour sa fête de village.