3.

Le duc Chalousavéris ou la vie est parfois bien plus simple quand on n'a pas de père

- Meuuuuhhhhhh… ouiiiiii, dit prudemment Sulliyan après quelques secondes de silence en regardant ses amis qui étaient tout aussi stupéfaits que lui. Bien sûr… tu es une Avatar…

Gwenaëlle comprit que ses amis ne la croyaient pas. Elle n'en fut pas vexée, au contraire, cela la fit sourire.

- Ecoute, s'approcha doucement Luciné, tu peux tout nous dire Gwen… mais de là à être une Avatar.

La jeune fille aurait presque ri.

- Si vous voyiez vos têtes ! Vous êtes tellement drôles !

Face à sa joie manifeste, ils se détendirent un moment. Est-ce qu'elle les faisait marcher ? Elle leur avait fait une blague ? Mais elle reprit en décroisant les bras, toujours étonnement de bonne humeur.

- Cela fait longtemps que ça me ronge de devoir vous le cacher… j'avait tellement peur que vous me rejetiez. Elle secoua la tête, soudain affligée.

Ses amis se dévisagèrent sans oser prendre la parole. Leur amie était persuadée de ce qu'elle disait. Ils la virent relever la tête et une lueur de tristesse traversa ses magnifiques prunelles violettes. Ils ne savaient que dire, quoi penser… c'était tellement invraisemblable, même ici, sur Autremonde !

- Gwen… l'appela doucement Dylan.

Elle lui fit un geste blasée et elle se détourna. Une larme coula sur sa joue. Elle finit par les regarder.

- Ce sont des preuves que vous voulez ? Vous voulez que je mette le feu à cette forêt d'un claquement de doigt ? Que je déclenche une tempête si forte que vous serez obligés de me croire ? Que je lève un vent si puissant que même votre magie ne pourra le stopper ?

Tout en parlant, il sentait grandir sa colère. Et avec elle, ils remarquèrent que la nature autour d'eux semblait prendre vie… comme animée par le courroux de leur amie. Ils eurent un instinctif mouvement de recul et posèrent sur Gwenaëlle un regard inquiet et perplexe.

- Tiens, s'amusa-t-elle alors que le ciel commençait à gronder dangereusement. Maintenant j'ai votre attention hein ?

- D'accord, d'accord, céda en première Arsène que son amie commençait à faire peur. Tu es une Avatar, ça me va…

Elle se disait qu'il fallait être trèèèèès gentille avec Gwenaëlle, ne surtout pas la contrarier parce qu'elle semblait avoir le pouvoir de tous les faire rôtir.

La jeune fille se calma instantanément et baissa les bras.

- Ho mes amis… je savais que ça se terminerait comme ça !

Elle posa sa main sur la plus grosse des pierres vivantes qui luit de nouveau. Les mains et le corps de Gwenaëlle semblèrent se charger de magie.

- Gwen ! L'appela sèchement Dylan qui sentait que la situation leur échappait. Lorsqu'il eut l'attention de la jeune fille, il reprit : excuse-nous mais tu devais bien te douter qu'on aurait du mal à te croire non ? Après tout, nous avons toujours cru que les Avatars étaient des légendes. Cela ne change certes rien à ce que tu es pour nous… mais il faut que tu nous laisses le temps de digérer ça ! Nous avons toujours cru que tu étais une inoffensive Nonsos…

Elle retira sa main de See et soupira.

- Oui, vous avez sans doute raison… excusez-moi.

- Ho Gwen murmura Luciné, pourquoi est-ce que tu ne nous as rien dit avant ? Pourquoi avoir porté ce fardeau toute seule ?

Les yeux emplis de larmes, elle croisa ses mains.

- Parce que… parce que je suis une enfant d'une union interdite.

- Comment ça ? S'étonna Ulric qui digérait mal le faire d'être le seul sans don finalement.

La jeune fille tortillait des mains et semblait se faire volontairement mal.

- Je vous ai dit que mon père était un grand de l'empire… mais c'est surtout un sortcelier…

- Et alors ? Ne comprit pas Sulliyan.

- Et alors, répondit avec lassitude leur amie, la loi interdit la naissance d'enfant qui serait le fruit d'un parent Avatar et d'un autre sortcelier.

- Pourquoi ? S'étonna Arsène.

- Je n'en ai pas la moindre idée…

- Mais… ton père sait que tu es une avatar ?

- Ma mère lui aura certainement dit, je ne sais pas.

- Mais il va quand même faire de toi son héritière non ?

La jeune fille frissonna et ferma les yeux un instant.

- Oui, je crois. Ecoutez, ça vous dérange si on va chez moi ? Je commence à fatiguer.

Ils acquiescèrent sans protester, ce qui conforta la jeune fille. Ils l'acceptaient.

Lorsqu'ils entèrent dans la maison, les pierres vivantes se dispersèrent dans la maison. Sous le regard médusé de ses amis, Gwenaëlle sourit.

- Elles s'occupent de faire fonctionner la maison. Grâce à elles, même si ma mère et moi n'avons aucun don de sortcelière, nous avons de la lumière magique… et tout ce qu'il faut pour une maison bien équipée. Et elles surveillent aussi l'extérieure. Personne ne peut entrer sans notre autorisation. Si elles se mettent en tête de nous barricader ici, personne ne pourra les vaincre. Elles tirent leur pouvoir de la terre et de l'univers, personne n'est plus puissant qu'elles.

Comme répondant aux compliments, elles irradièrent un peu plus. Surprenant les jeunes gens, Gwen éclata de rire. Voyant l'air perplexe de ses amis, elle leur expliqua :

- Elles disent qu'elles feraient tout pour nous et que même les Démons ne pourraient rivaliser avec leur pouvoir.

A cet instant, Lornéalia arriva de la cuisine, une tasse fumante de Kax à la main.

- Tiens, bonsoir les jeunes.

Elle avait pris une douche et elle portait maintenant un pyjama bleu tout ce qu'il y a de plus ordinaire.

Les amis de Gwenaëlle remarquèrent pour la première fois la ressemblance troublante entre la mère et la fille. Le même visage ovale, le même teint pâle, le même petit nez parfait, les mêmes longs cheveux noirs et surtout, leurs magnifiques prunelles violettes.

- Bonsoir, marmonnèrent-ils plus ou moins en même temps.

- Gwenaëlle, l'appela Lornélia avec douceur. Demain matin il faudrait aller arroser le potager avant que le soleil ne se lève.

- Oui maman, j'irai.

- Bien… bonne nuit vous tous.

- Bonne nuit Lornélia, répondit courageusement Ulric.

Les autres se contentèrent de sourire bêtement.

Le silence retomba. La jeune fille s'installa dans un fauteuil en face de la cheminée et Uk vient se placer sur le guéridon à côté d'elle.

- Si vous voulez, soupira-t-elle, je peux demander aux pierres de vous effacer la mémoire. Vous ne vous souviendrez pas de mon secret.

- Non mais ça va pas ! Se scandalisèrent ses amis.

Ils vinrent s'asseoir autour d'elle et leur soudain éclat la surprit.

- Oui nous sommes étonnés, précisa Ulric. Oui nous allons avoir du mal à digérer ça mais tu restes notre amie ! Nous n'allons pas t'abandonner.

- Gwen, dit Dylan en lui prenant la main. Ce que je t'ai dit l'autre jour est toujours valable : quelle que soit tes origines, nous serons toujours là, comme tu as toujours été pour nous !

- Même si je pars à Tingapour ? Murmura-t-elle.

- Justement, s'enthousiasma Ulric, ça nous donnera un prétexte pour découvrir la grande ville ! Moi je suis partant pour t'accompagner. Où tu iras, nous irons !

Ses amis approuvèrent d'un hochement de tête. Une larme de gratitude coula sur la joue pâle de Gwenaëlle. Les pierres vivantes décidèrent d'intervenir à cet instant. Leur voix mélodieuse empli l'air et leur esprit :

- Que de bons amis, notre petite a choisi…

- Nous sommes contents que vous soyez si indulgents…

- Pour Gwen, important il était que vous l'encouragiez.

Leur puissance surprit un moment les amis de Gwen ainsi que leur façon de parler souvent étrange. Elle leur expliqua pourquoi.

- Les pierres sont des entités étranges, puissantes, et souvent elles sont là depuis la nuit des temps. Comme elles ont passé beaucoup de temps seules sous terre… disons que certaines s'acclimatent moins bien que d'autres à notre monde. Puis elle s'étonna. Pourquoi faites-vous tout ça pour moi ?

- Parce que ça nous donne l'occasion de voyager tiens ! S'amusa Sulliyan.

- De toute façon tu repars demain ! S'étonna Gwen.

- Mais pas nous ! Et de toute façon, depuis que Sulliyan est parti étudié, notre groupe n'est plus le même… alors si on va tous à Tingapour…

- On se retrouvera tous comme avant ! Termina Arsène à la place de sa sœur. Et puis la capitale nous manque aussi !

- Mais nous ne voulions pas y retourner sans vous ! Sourit Luciné.

Dylan, qui tenait toujours la main de la jeune fille soupira.

- Je suis d'accord avec eux, nous ne t'abandonnerons à la cour… surtout que tu n'as aucune idée de ce qu'il se passe. Les pierres pourront t'aider mais nous aussi… nous nous remettrons au servie de Haut Mage ou nous verrons ce que nous pouvons faire et nous pourrons surveiller la cour pour pas qu'ils découvrent tes origines…

- Vous… vous feriez ça… pour moi ?

- Mais évidemment ! Pff, les filles ! Fit mine de s'agacer Ulric.

- Ho ! Vous êtes les meilleurs amis du monde !

- Bien, maintenant que cette question est réglée, il faut trouver un moyen de protéger ton secret. Dit Sulliyan à la surprise générale.

- De quoi veux-tu parler ? Demanda Arsène.

- Eh bien je suis un Voleur, du moins j'en serai bientôt un.

- Et alors ?

- Et alors si je me fais attraper et qu'on me pose des questions ? Il faut nous protéger des Diseurs de Vérités entre autre non ? Il ne faut pas que nous y pensions sans le vouloir ou même pire que nous en parlions par inadvertance.

Sa réflexion plongea tout le monde dans la perplexité.

- Oui, finit par admettre Gwenaëlle, c'est pas faux.

Elle entra alors en discussions avec les Pierres Vivantes. Alors que ses amis discutaient à voix basses pour ne pas la déranger, comprenant qu'elle réfléchissait ou parlait avec les Pierres, la jeune fille releva finalement la tête.

- Les Pierres proposent de vous jeter un sort.

- Ha oui ? Quel genre ? Se méfia Ulric.

- Et bien, cela bloquera votre esprit. Vous ne pourrez parler de moi ou de ma mère, des Avatars en général que si vous êtes avec moi ou ma mère. Sinon, si vous ne me voyez pas, vous oublierez tout ce que nous nous sommes dits et je resterai la bonne vieille Gwen que vous avez toujours connu. Ça vous va ?

- Et si nous avons besoin de parler de toi sans que tu sois là ?

- Pourquoi auriez-vous besoin de le faire ? Se méfia-t-elle aussitôt.

- Euh… pas la peine de faire cette tête ! Avança prudemment Ulric, c'était juste une question !

- Pardonnez-moi…

- Non c'est bon, dit Luciné après avoir échangé un regard avec les autres. Dis aux pierres que nous sommes d'accord, se sera mieux pour tout le monde.

A peine avait-elle dit cela que Jys, qui avait eu l'idée, laissa la magie jaillir. Celle-ci heurta de plein fouet les amis de Gwenaëlle qui hoquetèrent de surprise face à la puissance des pierres. Quelques secondes plus tard, la pierre se reculait et les amis et Ulric se toucha le corps.

- Je ne ressens aucune différence.

- C'est de la magie, dit Arsène en levant les yeux au ciel, pas de la torture.

- C'est malin !

Ils se chamaillèrent sous le regard perplexe et quelque peu blasé du reste du groupe.

- Bon, les amis, ce n'est pas que je ne vous aime pas, se leva Gwenaëlle, mais il est tard et il faut que je dorme un peu avant d'aller travailler dans le potager. On se voit plus tard ?

Ils se levèrent tous et quittèrent un à un la maison de Gwenaëlle, oubliant tout ce qu'il s'était passé depuis quelques heures sans avoir cependant l'impression qu'il leur manquait quelque chose.

Son père leur rendit visite beaucoup plus tôt que la jeune fille ne l'avait imaginé, enfin, plus tôt qu'elle ne l'avait espéré. Maintenant qu'elle avait la certitude de se retrouver bientôt en face de lui, Gwenaëlle n'était pas certaine de vouloir rencontrer son géniteur… parce que pouvait-on appelé « père » une personne que l'on a jamais vu de sa vie et qui envoie simplement de l'argent tous les ans principalement dans un soucis de discrétion que par réel intérêt pour sa fille ?

Gwenaëlle vit, en rentrant du marché cet après-midi là, une… escorte d'elfes guerriers sur des pégases et aussi un tapis de voyage un peu plus que confortable. Alors qu'elle se figeait se stupéfaction devant tout ce monde sur le pas de sa porte, les elfes l'aperçurent et l'encerclèrent sans que la jeune fille n'ait le temps d'esquiver le moindre mouvement. Son cerveau était paralysé et elle ne comprenait pas vraiment ce qu'il se passait. Alors, celui qui était certainement le chef de l'escorte, demanda à la jeune fille d'une voix menaçante qui ne tolère pas qu'on la contredise… et qui n'en a certainement pas l'habitude.

- Qui es-tu ? Que viens-tu faire ici ?

Gwenaëlle retrouva alors l'usage de la parole et bégaya en fixant de visage parfait mais grave de son interlocuteur :

- Je… je m'appelle Gwenaëlle et je vis ici…

L'elfe la jugea du regard puis parla avec les autres dans une langue que la jeune fille ne comprenait pas car il n'y avait aucun sort traducteur chez eux. Finalement les elfes relevèrent leurs armes et celui qui l'avait apostrophée s'approcha et posa une puissante main sur son épaule.

- Viens.

Gwenaëlle savait très bien se battre. Sa mère lui avait toujours dit que la liberté était un luxe qui se payait avec du sang. Ainsi, parce qu'elle était une avatar et qu'elle était une enfant illégitime, elle devait être meilleure que les autres et leurs prouver en tout temps qu'elle valait au moins autant qu'eux. Cependant, Gwenaëlle en savait suffisamment sur les elfes pour savoir qu'elle n'avait pas la moindre chance de remporter ce combat contre six de cette espèce… quoique, avec l'effet de surprise, ça pourrait être faisable. Mais elle secoua la tête… non mais elle ne savait même pas ce qu'il faisait chez elle, elle n'allait pas les provoquer pour rien ! La tenant toujours par l'épaule, il l'obligea à s'avancer vers la porte d'entrer et frappa deux coups alors que les voix à l'intérieur s'étaient tues.

- Qu'est-ce que c'est ? Demanda la voix d'un homme que la jeune fille ne connaissait pas et qui fit battre plus violemment son coeur.

- Une jeune fille qui dit habiter ici général.

Des bruits de pas puis, la porte s'ouvrit sur le joli visage rond de sa mère qui lui sourit. La jeune fille se sentit soudain rassurer, elle rendit son sourire à sa mère et entra dans sa maison alors que Lornélia lui tendait tendrement la main. Alors que sa mère tournait le dos aux elfes et que Gwenaëlle allait refermer la porte derrière elle, la jeune fille ne put s'empêcher – dans un geste parfaitement puéril et infantile, elle le savait – de tirer la langue à l'elfe guerrier qui demeura, à sa décharge, parfaitement impassible.

- Maman, murmura Gwenaëlle alors que sa mère l'entraînait dans le salon, pourquoi y a-t-il des elfes dans le jardin ?

A cet instant un loup, le plus gros spécimen qu'il lui avait été donné de voir, surgit devant la jeune fille qui poussa un inutile cri de terreur. Elle lâcha la main de sa mère et recula en tirant instinctivement sa dague qu'elle gardait en permanence à sa ceinture comme le lui avait enseigné sa mère… On était sur Autremonde et non pas sur Terre, il y avait des bestioles qu'ils valaient mieux ne pas croiser ici… du moins pas si l'on voulait rester en vie.

- Bon réflexe, mais rassure-toi, tu ne risques rien.

A la voix masculine qui s'était élevé depuis l'entrée du salon où le gigantesque loup blanc était apparu, Gwenaëlle releva la tête et croisa le regard gris d'un homme qui devait bien avoir dix années de plus que sa mère. Il avait des cheveux très blonds et très pâles qui tiraient sur le blanc au niveau de ses tempes même si sa chevelure était très courte. Il était grand et musclé et à ses larges mains calleuses, Gwenaëlle comprit que l'homme qui lui faisait face était un guerrier et d'une force incroyable. Puis elle détailla son visage, le teint hâlé par le soleil, il devait passer plus de temps à combattre qu'à la cour à jouer les courtisans… puis il y avait ce regard gris, froid et scrutateur. De celui qui à l'habitude de commander et d'être obéit. Malgré l'impression de puissance et l'aura de général qu'il dégageait, Gwenaëlle n'eut pas peur de lui… enfin, elle ne le craignit pas autant que les elfes qui se trouvaient dehors. Puis, un détail la frappa, un détail qu'elle seule aurait pu voir, un détail que seul un avatar ou un elfe pourrait déceler de par ses sens aiguisés : une bague en argent finement ouvragée qu'il portait à l'annulaire droit, le même anneau qu'avait sa mère aussi loin que remontait ses souvenirs. Gwenaëlle comprit alors qui était la personne en face d'elle et son coeur cessa de battre une folle seconde avant de se souvenir comment ça marchait. Puis, son coeur se mit à battre très vite et la jeune fille posa un regard suppliant sur sa mère. A la question muette de sa fille, Lornélia acquiesça gravement en caressant tendrement ses cheveux bouclés. Le loup s'approcha doucement de la jeune fille qui avait rengainé sa dague et couina, penaud, quémandant l'autorisation d'approcher. Gwenaëlle ne se sentait toujours pas la force de regarder son père mais elle sourit devant la gentillesse de l'animal blanc aux étranges yeux dorés. Alors que deux larmes coulaient sur ses joues trop pâles, la jeune fille s'agenouilla devant le loup et lui fit signe de s'approcher. En riant, Gwenaëlle caressa le gros prédateur qui lui lécha amoureusement le visage.

- Kasvitch est d'ordinaire très réservé, il t'aime beaucoup et t'a déjà adoptée.

Gwenaëlle se redressa et affronta le regard de son père, sa mère intervint à cet instant :

- Ta fille exerce un contrôle étonnant sur la nature… tous les animaux l'aiment, il n'est pas étonnant qu'il en aille de même avec les familiers…

- Ses yeux violets la rendent encore plus jolie…

La voix adoucit, Gwenaëlle regarda son père lui sourire et elle remarqua qu'il n'avait qu'une seule fossette à la joue gauche, tout comme elle. Alors qu'elle se disait que la réalité était encore mieux que ses rêves les plus fous, une bouffée de détresse et de rancune empli violemment la jeune fille :

- Pourquoi n'as-tu jamais voulu vivre avec nous ? Pourquoi m'as-tu abandonnée ?

Sans lui laisser le temps de répondre, la jeune fille se détourna et monta s'enfermer dans sa chambre, des larmes de solitude coulant silencieusement sur ses joues blêmes.

Le général posa un regard inquiet sur Lornélia qui lui rendit un pâle sourire :

- Tu ne t'attendais tout de même pas à ce qu'elle se jette dans tes bras avec adoration ? Puis elle dût prévenir le geste qu'il allait faire pour rejoindre leur fille car elle posa une main tendre mais ferme sur son épaule. Non, laisse-la, elle doit réfléchir seule pour le moment et faire face à ses démons.

Son ancien amant soupira et posa un regard désespéré sur Lornélia qui l'entraîna doucement vers le salon, suivi fidèlement par Kasvitch qui regarda tout de même une dernière fois l'escalier avant de suivre son lié.

Gwenaëlle ne sortit que deux heures plus tard de sa chambre alors que ses parents préparaient le dîner et mettaient la table en discutant à voix basses. La jeune fille resta quelques instants dans l'encadrement de la porte profitant de pouvoir les observer alors qu'ils l'avaient encore aperçue. Elle se demanda ce qu'aurait été sa vie si son père était demeuré avec sa mère et si elle avait grandi avec ses deux parents. Puis, Kasvitch la trahi et se précipita joyeusement vers elle révélant sa présence à son père puis à sa mère.

Quand ils furent tous trois attablés et servis, le général prit la parole.

- Je suis désolé…

La jeune fille releva la tête et scruta le regard gris et froid de son père.

- … je sais que je n'ai pas été un bon père pour toi et que j'aurais dû faire plus mais… je n'ai aucune excuse, j'ai été égoïste. J'ai préféré rester avec ma famille pour hériter de la fortune de mon père et épouser une femme qui m'apporterait plus de gloire et d'argent encore. A cette époque, je ne savais pas qu'en abandonnant ta mère, je me rendais malheureux tout autant que je vous ai condamnées à vivre recluses. Je me suis jeté dans la carrière militaire pour oublier ma douleur de vous avoir perdues… il releva la tête et croisa le regard de sa fille, si c'était à refaire, j'épouserai ta mère et je t'aurais élevée… je t'en supplie, pardonne-moi et donne-moi une autre chance.

- Je… Gwenaëlle ne sut quoi répondre et baissa la tête pour tenter de remettre de l'ordre dans ses pensées. Elle avait conscience des regards posés sur elle attendant son verdict mais la jeune fille ne parvenait pas à éclaircir ses idées. Finalement, elle redressa la tête : quel est ton nom ?