Disclaimer : Cette histoire appartient à KATIE MCGARRY ! Son histoire m'a plu, j'ai donc décidé de la modifier à ma sauce avec les personnages de Stephenie Meyer.

- Fiction K+, voir M. Certains propos peuvent choquer les plus jeunes. C'est un -AH- Bella/Edward.

Points de vues alternés !


Tous d'abord, merci à tous de m'accompagner dans cette fiction. J'espère qu'elle vous plaira autant qu'à moi. On se retrouve en bas ;)


HORS LIMITES

.-.-.-.-.-.-.

Bella. Edward. Chacun à vécu un drame. Chacun y survit à sa façon. Bella s'efforce de revenir à la vie "normale" ; Edward, au contraire ne fait plus confiance au "système" et accumule les provocations. Ils pourraient se haïr tant ils sont différents. Pourtant, le hasard va les rapprocher. Les obliger à chercher qui ils sont vraiment. Ils vont s'aimer. Des sentiments si purs qu'ils les réconcilieront avec les autres. Et surtout avec eux-mêmes.


CHAPITRE UN : RENDEZ-VOUS AVEC SOI-MEME

BELLA

Mon père est un control-freak, je déteste ma belle-mère, mon frère est mort à la guerre, et ma mère … disons que ma mère a de sérieux problèmes. Alors à votre avis, je me sens comment ?

Voilà ce que j'aurais aimé répliquer à Mme Carmen Denali, seulement papa est trop à cheval sur les convenances pour que je puisse vraiment exprimer le fond de ma pensée. Alors j'ai simplement dit :

« Bien. »

Mme Denali, la nouvelle conseillère d'éducation et psychologue du lycée de Forks, n'a pas eu l'air de m'entendre. Poussant une pile de dossiers sur le côté de son bureau déjà bien encombré, elle s'est mise à fouiller dans des paperasses posées devant elle. Quand elle a enfin trouvé mon dossier – épais de plusieurs centimètres -, elle a fredonné un petit air et a avalé une gorgée de café, laissant au passage la marque écarlate de son rouge à lèvres sur le bord de la tasse.

La pièce sentait terriblement le renfermé. À ma droite, mon père commençait à donner des signes d'impatience. À ma gauche, l'écervelée qui me sert de belle-mère se limait les ongles. J'étais en train de manquer mon cours de maths mon père une réunion importante … quant à ma belle-mère, c'est la cervelle qui lui manquait.

« Que pensez-vous de nos nouveaux rideaux ? S'est enquise Mme Denali. Je les ai cousus moi-même. »

Mon père, ma belle-mère et moi nous sommes tournés vers la fenêtre comme un seul homme. Les rideaux étaient roses, à petits pois, un peu trop " Petite Maison dans la Prairie " à mon goût, et je ne parle même pas de la couleur douteuse. Quoi qu'il en soit, aucun de nous trois n'a rien trouvé à répondre à cette question farfelue.

Le BlackBerry de mon père s'étant mis à vibrer, il l'a sorti de sa poche d'un geste théâtral. Tanya a repris sa manucure. Je me suis concentrée sur les diverses plaques accrochées au mur. " L'échec est votre seul ennemi " ; " Si vous voulez atteindre le sommet, ne regardez pas vers le bas " ; " La confiance en soi est la clé du succès " … Et pourquoi pas " Un chasseur sachant chasser doit savoir chasser sans son chien "? Au moins, ça aurait mis une touche d'humour à l'ensemble, si vous voulez mon avis.

J'ai observé Mme Denali. Elle me faisait tellement penser à un jeune caniche, avec ses longs cheveux noirs bouclés et ses manières trop affables. Soudain, elle s'est éclairci la voix. J'ai compris que ma première séance de thérapie obligatoire – le tribunal ne nous avait pas donné le choix – venait officiellement de commencer.

« Isabella a obtenu …

- Appelez moi Bella, coupais-je Mme Denali.

- Entendu Bella, dit-elle dans un sourire. Je disais donc que Bella a obtenu d'excellents résultats au SAT. Vous pouvez être fier de votre fille, monsieur Swan ! »

J'ai réprimé une grimace. Moi qui avais cru en avoir terminé avec tout ça, voilà que, subitement, on m'y ramenait. Oui, j'étais dans le premier quartile, que ce soit au SAT ou à l'ACT. Rien d'étonnant, vu la quantité de travail que papa avait exigée de moi … Seulement, dans mon esprit, ces deux tests d'aptitudes interminables – mais indispensables, si on voulait postuler dans les meilleures universités américaines – étaient un mauvais souvenir. Mon père s'est redressé sur son siège, sans doute pour paraître plus imposant.

« Pas en maths. Sa note est bien en deçà de ses capacités. À ce propos, j'aimerais qu'elle repasse l'épreuve avant la date limite d'envoi des candidatures. »

Le crissement persistant de la lime à ongles commençait à être agaçant. Mme Denali a toussoté, avant de jeter un regard appuyé en direction de ma belle-mère. Je me suis raclé la gorge, moi aussi, mais pour dissimuler un ricanement, ce qui m'a valu un coup d'œil noir de mon père. Avec un soupir exaspéré, Tanya s'est résignée à ranger sa lime dans son sac.

« Monsieur Swan, a repris Mme Denali. Les résultats de Bella se situent bien au-dessus de la moyenne nationale. Ils lui garantissent d'ores et déjà une admission dans l'établissement de son choix.

- Dans notre famille, il n'y a pas de moyenne nationale qui tienne. Nous visons l'excellence ! »

Mon père avait parlé avec une telle grandeur que je m'attendais presque à ce qu'il ajoute : " Telle est ma volonté. " J'ai posé un coude sur le bras de mon fauteuil et je me suis enfoui le visage entre les mains.

« Les résultats d'anglais de Bella sont proches de la perfection. » A fait remarquer Mme Denali, une octave plus haut.

J'ai cessé de les écouter. Les résultats de mes tests étaient le cadet de mes soucis. Ce qui m'intéressait, moi, maintenant, c'était de trouver de l'argent pour réparer la voiture d'Emmett. Rien d'autre. Or, papa tenait tellement à ce qu'on la revende qu'il était inutile d'espérer son aide, à ce niveau-là.

« Qu'en dis-tu, Bella ? Tu es satisfaite de tes résultats ? » M'a demandé Mme Denali.

Je l'ai observée à la dérobée, à travers la masse de cheveux bruns derrière laquelle je me dissimulais le visage. Contrairement à cette chère Mme Denali, mon thérapeute précédent avait immédiatement compris la manière dont notre famille fonctionnait, ou dysfonctionnait, si on regardait les choses en face. C'était donc à mon père qu'il s'adressait, généralement. Pas à moi. Question de hiérarchie, d'autorité, de logique.

« Pardon ? Articulais-je.

- Es-tu contente des notes que tu as obtenues au SAT ou préférerais-tu les repasser ? » A-t-elle répété, les mains posées sur mon dossier.

J'ai croisé le regard las de mon père. Voyons un peu … Je l'aurais sur le dos à tout moment, si je repassais le SAT. Cela voudrait dire se lever tôt le samedi, passer la matinée à me torturer les méninges, puis des semaines à m'inquiéter des résultats. Il n'y avait pas vraiment à hésiter.

« Pas vraiment, non. » Répondis-je.

Les rides d'inquiétude qui entourent la bouche et les yeux chocolats de mon père se sont encore creusés. Devant cette expression manifeste de sa désapprobation, j'ai retourné ma veste.

« Papa a raison. Il vaut mieux que je repasse le SAT. »

Mme Denali a griffonné quelque chose dans mon dossier. Cela m'a semblé d'autant plus étrange que tout y avait déjà été consigné par ses prédécesseurs. Du moins je le pensais.

« Parfait. Avant de retourner en cours, tu passeras voir Mme Cope pour lui demander les dates des prochains tests. La question est réglée. À présent, comme je suis également ta conseillère d'éducation, j'aimerais que nous discutions de ton emploi du temps pour le semestre à venir. Tu as comblé tes heures creuses en t'inscrivant à des cours de techniques commerciales. J'aimerais que tu m'expliques les raisons de ce choix. »

En disant la vérité, c'est-à-dire en expliquant que l'initiative n'était pas venue de moi mais de papa, j'aurais sans doute irrité au moins deux des personnes présentes. Alors j'ai improvisé.

« Cela m'aidera, par la suite. Quand je serai à l'université, je veux dire. »

Ouah ! J'avais dit cela avec le même enthousiasme qu'une gamine de six ans se préparant à être vaccinée. Grave erreur : de nouveau, mon père s'est agité sur son siège en soupirant. J'ai vaguement songé à rectifier le tir, puis j'ai renoncé : je n'aurais sans doute pas paru plus sincère en reformulant ma réponse. Mme Denali a rapidement parcouru mon dossier.

« Tu sembles être dotée d'un talent incroyable en art, surtout en peinture. Loin de moi l'idée de te détourner de tes cours de commerce, toutefois, tu pourrais peut-être en abandonner un pour t'inscrire à l'atelier d'art et …

- Pas question ! S'est écrié mon père, sans lui laisser le temps de finir sa phrase. Bella ne s'inscrira à aucun aucun cours d'éducation artistique, suis-je clair ?

Mon père est un curieux mélange de sergent-chef et de lapin blanc : comme dans les films sur la guerre du Viet Nam, il adore commander ; comme dans Alice au pays des merveilles, il est constamment en retard pour un rendez-vous important ou un autre. Je dois reconnaître que, même si elle a cédé, Mme Denali n'a pas sourcillé.

« Parfaitement clair, a-t-elle simplement répondu.

- Bien ! Annonça Tanya. À présent que ce petit problème est réglé … »

J'avais sincèrement oublié son existence. Si seulement mon père avait pu en faire autant !

« Les résultats scolaires de Bella ne sont pas la principale raison de cet entretien, madame Swan. » A décrété Mme Denali.

Elle a tiré une lettre officielle de son tiroir. J'avais vu cet en-tête à de nombreuses reprises, au cours de ces deux dernières années. Quel gâchis de papier ! Les services de protection de l'enfance n'ont donc aucune pitié pour les forêts tropicales ? Mme Denali a parcouru la missive, qui, à mon grand désespoir, ne s'est pas autodétruite, comme dans un film de James Bond. Lorsqu'elle en a eu terminé, elle l'a tamponnée et l'a classée au sommet de mon dossier déjà surchargé.

« Voilà ! À présent je suis officiellement ta thérapeute. »

Mon père et moi nous sommes tous les deux affaissés sur nos sièges, et je dois avouer que je me suis réjouie à l'idée que cette partie de l'entretien nous mette aussi mal à l'aise l'un que l'autre. Tanya, quant à elle, a levé les yeux au plafond, avant de pianoter impatiemment sur le bras de son fauteuil. Mme Denali s'est aperçue que je m'étais mise à jouer avec les plaques d'identification accrochées à mon cou.

« Toutes mes condoléances, a-t-elle dit. Dans quelle branche de l'armée était ton frère, Bella ? »

Il ne manquait plus que cela ! Papa allait avoir une crise cardiaque. Il m'avait répété une bonne centaine de fois que la place des plaques d'identification d'Emmett était dans la boîte que je range sous mon lit, et qu'elles ne devaient pas en sortir. Malheureusement, ce matin, j'avais éprouvé le besoin irrésistible de les porter : j'allais faire la connaissance de ma nouvelle psychologue, le deuxième anniversaire de la mort de mon frère était encore tout récent et j'entamais mon dernier semestre de lycée. J'ai refoulé la nausée que je sentais monter en moi et, évitant le regard chagrin de papa, je me suis concentrée sur les pointes de mes cheveux.

« Emmett était un marine, a-t-il répondu d'un ton sec. Pour le reste, j'ai une réunion importante ce matin. Avec des clients potentiels. De sorte que j'aimerais savoir quand nous en aurons terminé, au juste.

- Quand j'en déciderai ainsi. Si vous tenez à compliquer ces séances, monsieur Swan, je me ferai un plaisir d'en référer à l'assistante sociale du lycée. »

J'ai dû me mordre la langue pour ne pas sourire. Mme Denali avait l'art et la manière de s'y prendre. Mon père a immédiatement fait machine arrière, hélas, Tanya n'a pas perçu le danger.

« Bella aura dix-huit ans dans quelques jours, a-t-elle glapi. Je ne comprends pas pourquoi l'État de Washington a toujours autorité sur elle.

- Vraiment ? La réponse est pourtant simple : l'État se substitue aux adultes auxquels Bella a eu affaire jusqu'à présent, parce qu'ils ont lamentablement échoué en la matière. Du moins, c'est l'impression que donne la lecture de ces documents, a ajouté Mme Denali en brandissant mon dossier. Bella continuera donc sa thérapie jusqu'à ses examens de fin d'année. Alors, et alors seulement, l'État de Washington vous laissera tranquilles, tous autant que vous êtes. »

Carmen Denali a continué à fixer Tanya, jusqu'à que cette dernière soit quasiment recroquevillée au fond de son fauteuil. Ensuite, elle s'est tournée vers moi.

« Alors, Bella ? Comment te sens-tu ? »

Je ne m'étais jamais sentie aussi mal. Qu'est-ce qu'elle s'imaginait, la pauvre ? Que j'étais en pleine forme ?

« Bien.

- Vraiment ? A-t-elle insisté en posant un index sur mon menton. J'aurais pourtant pensé que le deuxième anniversaire de la mort de ton frère réveillerait en toi des souvenirs pénibles … »

Elle m'a dévisagée d'un air placide tandis que je la foudroyais du regard. Mon père et Tanya se sont encore tassés sur leurs sièges : cette épreuve de force était inconfortable pour eux aussi, apparemment. Pour ma part, comme d'habitude, j'étais coincée par mon problème de soumission à l'autorité des adultes. Mme Denali ne m'avait pas vraiment posé de question, je n'avais donc pas à lui répondre. En théorie … parce que en pratique, j'avais désespérément envie de lui plaire. Je me suis demandé pourquoi : après tout, elle n'était qu'une intervenante de plus, dans la valses des psychothérapeutes qui m'avaient tous posé les mêmes questions, m'avaient promis de m'aider et étaient repartis en me laissant dans le même état que celui dans lequel ils m'avaient trouvé. C'est-à-dire anéantie.

Tanya a brisé le silence, de sa voix de crécelle.

« Bella pleure souvent, a-t-elle lancé comme s'il s'agissait d'un commérage juteux. Tout le temps, en fait. Son frère lui manque terriblement. »

Mon père et moi avons dévisagé la ravissante idiote qui me tient lieu de belle-mère. Je l'adjurais intérieurement de continuer, tandis que mon père, j'en suis sûre, priait pour qu'elle se taise. Dieu devait tenir à ce que je crois en lui, car Tanya a poursuivi :

« Parfois, elle refuse de manger. Bien sûr, je l'encourage sur cette voie. Qui sait ? Nous arriverons peut-être à la faire rentrer dans une taille 34, si elle continue ainsi ! »

Sur ces mots, elle s'est mordu la lèvre : elle venait de se rendre compte de ce qu'elle avait insinué.

« Si elle se contente de fruits et de légumes, je veux dire. »

Manifestement mal à l'aise, Mme Denali a fait le geste de consulter sa montre, sauf qu'elle n'en avait pas.

« J'aurais plutôt tendance à encourager les jeunes à manger, a-t-elle commenté, d'un ton sec. Pas n'importe quoi, certes, mais tout de même ! »

De nouveau, elle a griffonné quelques mots dans mon dossier. À côté de moi, mon père a grogné.

« As-tu été en contact avec ta mère Bella ? M'a demandé Mme Denali.

- Non ! Se sont exclamés mon père et Tanya, d'une seule voix.

- Oui. » Ai-je lâché en même temps qu'eux.

Tous deux se sont tournés vers moi, et j'ai eu l'impression d'être prise en sandwich. À ce jour, je ne sais toujours pas ce qui m'a poussé à avouer la vérité.

« Maman a appelé à la maison, pendant les vacances. J'ai décroché sans savoir que c'était elle. »

Je n'ai pas précisé que je l'avais attendu, cet appel. J'étais allée jusqu'à rester assise près du téléphone pendant des jours, dans l'espoir que ma mère se souvienne que deux années complètes s'étaient écoulées, depuis la mort de mon frère – son fils unique. Mon père s'est passé une main lasse sur le visage.

« Tu sais que tu n'as droit à aucun contact avec ta mère. » A-t-il déclaré, ravalant à peine sa colère.

De toute évidence, il n'arrivait pas à croire que j'aie livré à ma thérapeute ce détail croustillant. Il se voyait déjà pris dans un tourbillon d'assistantes sociales et d'éducatrices en tout genre.

« Tu sais qu'elle est sous le coup d'une ordonnance restrictive. » A-t-il ajouté.

Sans doute pour renforcer son propos, il s'est mis à jouer avec l'écran de son BlackBerry, et le numéro de son avocat est apparu sur l'écran. J'ai agrippé les plaques d'identification, afin de sentir le nom et le numéro d'Emmett au creux de la paume de ma main et j'ai soufflé :

« Papa, non s'il te plaît …

- Je vais faire changer notre numéro de fixe. »

J'ai hoché la tête. Même si ça m'embêtait de savoir que ma mère ne pourrait plus jamais m'appeler à la maison, j'allais encaisser le coup. Par égard pour maman. Parce que s'il y avait une chose dont elle n'avait pas besoin, c'était bien de se retrouver en prison.

« Et depuis ? A insisté Mme Denali. Tu as eu d'autres contacts avec ta mère ?

- Non. Nous n'avons pas parlé très longtemps, vous savez. »

J'ai fermé les yeux, le temps de prendre une longue inspiration. J'avais mal partout, je ne pouvais plus faire mine de me porter comme un charme. L'interrogatoire avait pris un tour trop personnel, mes cicatrices n'étaient pas assez bien refermées.

« J'aimerais être certaine que nous sommes sur la même longueur d'onde, Bella. Tu as bien compris que tout contact entre ta mère et toi, même si l'initiative vient d'elle, t'est formellement interdit ?

- Oui. » Ai-je bredouillé.

Emmett me manquait quoi qu'on en pense, ma mère me manquait Tanya était enceinte mon père était constamment sur mon dos et …

J'ai essayé de reprendre mon souffle, en vain. La boule qui me nouait la gorge empêchait l'oxygène de rentrer. Il fallait que je dise quelque chose. N'importe quoi.

« Je voudrais réparer la voiture d'Emmett.

- Tu ne vas pas recommencer avec cette histoire ! S'est écrié mon père.

- Attendez un instant, avança Mme Denali. De quoi parles-tu Bella ? »

J'ai baissé les yeux vers les gants qui dissimulaient mes avant-bras lacérés.

« Emmett avait déniché une Chevrolet de 1965, à la casse. Une véritable merveille, pour les amateurs. Bref, il passait tout son temps libre à la réparer. Il … il avait presque fini quand il est parti pour l'Afghanistan. Je veux terminer son œuvre, remettre cette voiture en état de marche. Pour Emmett ... Pour qu'il n'ait pas fait tout cela en vain. »

Et pour moi aussi. Parce que c'était tout ce qu'il m'avait laissé de lui, en partant. Une voiture vintage qui ne fonctionnait pas.

« Monsieur Swan, je pense que vous devriez autoriser Bella à réparer ce véhicule.

- Cela coûterait une fortune, et je ne vois pas l'intérêt pour ma fille de réparer une vieille voiture alors qu'elle en a une en parfait état de marche, maugréa-t-il.

- Dans ce cas, tu n'as qu'à me laisser travailler. » Ai-je rétorqué, un peu agressivement.

Voilà, il était au pied du mur et tout le monde était suspendu à ses lèvres, maintenant. Lui, il me considérait avec intensité. S'il refusait – et, il mourrait d'envie de refuser -, il s'attirerait les foudres de la nouvelle thérapeute. Or, il tenait beaucoup à ce que nous nous montrions sous notre meilleur jour, lors de ces séances. Sous aucun prétexte, nous ne devions régler nos comptes personnels …

« C'est d'accord, a-t-il capitulé dans un soupir. À condition que Bella prenne elle-même les frais en charge. Et ma fille connaît les règles, en ce qui concerne le travail. Il lui faudra trouver un emploi aux horaires flexibles, de manière que cela ne l'empêche pas de faire ses devoirs, d'assumer les activités que nous avons choisies ensemble, et surtout, SURTOUT, sans que ses notes s'en ressentent. En avons-nous enfin terminé, madame Denali ?

- Pas encore, j'en ai peur, a-t-elle dit en consultant l'horloge murale. Bella, si l'État de Washington a tenu à ce que tu poursuives cette thérapie, c'est parce que ton éducatrice lui a fait part des remarques de tes professeurs. Tous ont noté une nette diminution de ta participation en classe. Par ailleurs, il semble que tu te mêles moins à tes camarades que les années précédentes. »

Elle m'a regardée d'un air appuyé.

« Nous voulons tous que tu sois heureuse, Bella. À commencer par moi. Alors laisse-moi t'aider. »

Ah bon ? À l'entendre, on aurait cru qu'on m'avait demandé mon avis, ne serait-ce que pour cette énième thérapie. Ils voulaient que je sois " heureuse " ? Eh bien, bonne chance à tous !

« Pas de problème, ai-je répondu.

- Bella a un petit ami, a annoncé Tanya sans prévenir.

- Ah oui ? Ai-je dis en même temps que mon père.

- Tu as déjà oublié Bella ? Hier soir, nous avons parlé de ce garçon dont tu t'es amourachée, et je t'ai expliqué que ce n'était pas une raison suffisante pour négliger tes autres camarades … »

Qu'est-ce qui me perturbait le plus ? Ce petit ami imaginaire, ou bien le fait que Tanya se targue d'avoir eu avec moi une conversation digne de ce nom ? J'avais beau réfléchir, je ne réussissais pas à trancher. Mon père a profité de mon silence pour se lever et enfiler son manteau.

« Vous voyez bien, madame Denali, Bella se porte bien. Elle est amoureuse, c'est tout. C'est de son âge. Quant à moi, bien que j'aie conscience de l'importance capitale de ces séances, j'ai une réunion dans vingt minutes. En outre, je ne veux pas que ma fille manque son deuxième cours de la journée.

- Une dernière question, Bella. Tu serais vraiment partante pour gagner l'argent qui te permettrait de remettre en état la voiture de ton frère ? »

J'ai tiré sur les gants que je portais constamment pour dissimuler mes cicatrices.

« Vous ne pouvez pas savoir à quel point ! Ai-je répondu.

- Dans ce cas, j'ai un job pour toi, a-t-elle dit dans un sourire. Attends-moi ici, que je t'explique de quoi il s'agit. »

Les trois adultes se sont regroupés à l'accueil, le temps d'un dernier conciliabule. Mon père avait glissé son bras autour de la taille de Tanya elle s'était appuyée sur lui pour écouter les paroles que leur chuchotait Mme Denali. Quand je les ai vus hocher la tête en même temps, j'ai senti monter en moi ce mélange familier de jalousie et de colère que je connais si bien, hélas. Comment papa pouvait-il aimer autant la femme qui avait tout détruit sur son passage ?


EDWARD

D'habitude, l'odeur de la peinture fraîche mêlée à celle de la sciure m'évoquait mon père, pas l'école. Pourtant, c'est cette odeur-là qui m'a pris à la gorge quand je suis entré dans le bureau fraîchement rénové. Du coup ça sentait … le bahut.

« Comment ça va ce matin, madame Cope ? Ai-je demandé.

- Edward ! Encore en retard muchacho ? » A-t-elle répondu, sans cesser d'agrafer ses documents.

L'horloge indiquait 9h du matin.

« Oh ! C'est tôt, pour moi, non ? »

Mme Cope a contourné son secrétaire en merisier flambant neuf pour s'avancer vers le comptoir. Même si elle me faisait passer de fichus quarts d'heure quand j'arrivais en retard, je l'aimais bien, cette meuf. Avec ses fins cheveux châtains et son espagnol impeccable, elle me faisait penser à une version hispanique de ma mère.

« Tu ne t'es pas présenté chez Madame Denali, comme convenu, ce matin. Ce n'est pas la meilleure manière d'entamer un nouveau semestre. » A-t-elle murmuré en remplissant mon billet de retard.

Elle a désigné du menton les trois adultes groupés à l'autre bout de la pièce. J'en ai conclu que la femme brune aux longs cheveux bouclés qui conspirait avec un couple de bourges, était la nouvelles conseillère d'éducation. J'ai grimacé.

« Aïe ! »

Mme Cope a fait glisser le billet de retard sur le comptoir avec son légendaire regard noir. C'était la seule personne, dans cette école, à ne pas penser que j'étais foutu pour de bon. La grande brune a lancé :

« Monsieur Masen ! Je suis ravie que vous vous soyez souvenu de notre rendez-vous, même avec deux heures de retard. Prenez donc place, le temps que je termine ce que j'ai à faire. »

Elle avait dit cela en me souriant comme à un ami de longue date, et d'un ton si doux que j'ai bien failli lui sourire en retour. Au lieu de quoi, bien sûr, je me suis contenté de hocher la tête avant de m'installer sur l'une des chaises alignées contre le mur du bureau. Mme Cope est partie d'un rire sonore.

« Quoi ? Ai-je demandé.

- Tu n'arriveras pas à l'embobiner aussi facilement que son prédécesseur, fais moi confiance. Enfin, qui sait ? Peut-être parviendra-t-elle à te convaincre qu'il est temps de prendre tes études au sérieux ? »

J'ai appuyé la tête contre le mur de parpaing fraîchement repeint lui aussi, et j'ai fermé les yeux. C'est que j'aurais bien dormi quelques heures de plus, moi. Il manquait pour faire la fermeture du restaurant, la veille au soir, et je n'avais pas pu m'échapper avant minuit bien sonné. Après quoi, Alice et Jasper m'avaient tenu la jambe jusqu'à pas d'heure.

« Madame Cope ? A demandé la conseillère d'une voix d'ange. Pouvez-vous me donner les prochaines dates du SAT, s'il vous plaît ? »

Le téléphone s'étant mis à sonner, Mme Cope a pris la communication.

À ce moment-là, j'ai entendu une chaise bouger, non loin de la mienne, et, tout d'un coup, j'ai eu l'eau à la bouche. Une délicieuse odeur de petits pains à la canelle venait de me chatouiller les narines et je n'avais rien mangé depuis la veille. J'ai entrouvert les yeux … Sur une chevelure brune, soyeuse et légèrement bouclée. Je savais à qui elle appartenait. C'était celle d'Isabella Swan. Et vu qu'il n'y avait pas un seul petit pain à la canelle à l'horizon, c'était forcément d'elle que venait cette odeur.

Isabella Swan …

On avait eu plusieurs cours en commun et, le semestre précédent, la même heure creuse dans nos emplois du temps. Et ben, même comme ça, je ne savais pas grand chose sur son compte, sauf qu'elle n'était pas très sociable mais plutôt douée, qu'elle était brune et qu'elle avait des nichons à faire rêver un moine. Ni trop peu, ni trop gros, exactement parfaits. Elle s'enveloppait constamment dans des chemises trop grandes pour elle, avec des manches longues qui pendouillaient sur les épaules, et un T-shirt qui en révélait juste assez pour faire fantasmer son monde.

Comme d'hab, elle regardait droit devant elle. Je n'aurais pas été là, ça aurait été pareil. De toute manière, il y avait fort à parier que je n'existais pas dans son esprit. Bref, les filles comme Isabella Swan avaient le don de m'énerver, et quand je dis "m'énerver", je suis poli.

« Tu as vraiment un prénom à la con. » Lui ai-je soufflé.

Je n'avais aucune idée de ce qui me poussait à l'embêter comme ça. L'ennui, sans doute.

« Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu devrais être en train de fumer ta drogue dans les toilettes, non ? »

Ainsi, elle savait qui j'étais … Intéressant !

« Tu n'es pas au courant ? Ils ont installés des caméras de surveillance dans les chiottes. Du coup, on est obligés de fumer sur le parking.

- Pauvres chéris, a-t-elle susurré en balançant ses jambes d'avant en arrière.

- Isabella … Isabella-a-a-a, la fausse italienne, pourquoi tu caches tes bons seins comme ça ?

- Très original, a-t-elle répondu après s'être figer. Si, si ! Vraiment, t'es trop drôle Masen. »

J'étais content : j'avais réussi à l'atteindre, à la faire réagir, à ce qu'elle quitte son masque de petite fille modèle. Elle a ramassé son sac et s'est dirigée vers le corridor en agitant son petit derrière de pimbêche de gauche à droite. Bon, finalement, c'était loin d'être aussi marrant que je l'avais imaginé. Pour tout vous dire, je me suis même senti un peu débile.

« Edward ? » A appelé Mme Denali en me faisant signe de la suivre dans le bureau.

Le précédent conseiller d'éducation était du genre psychorigide. Son bureau était tellement bien rangé que je m'amusais à changer ses trucs de place, rien que pour lui mettre les nerfs. Avec Mme Denali, je n'aurais pas ce plaisir. La pièce était devenue un véritable souk. C'est bien simple, j'aurais pu y enterrer un cadavre, personne ne l'aurait jamais trouvé. Je me suis assis face à elle, et j'ai attendu qu'elle brandisse son martinet.

« Tu as passé de bonnes vacances de Noël ? M'a-t-elle demandé, d'un air de bébé caniche abandonné.

- Merveilleuses »

Du moins, si on considérait qu'entendre un père et une mère nourriciers se hurler dessus et foutre tous les cadeaux en l'air, c'était un bon Noël. Pourquoi est-ce qu'on ne me laissait pas passer mes Noëls, tranquille, dans mon sous-sol lugubre, à fumer pétard sur pétard avec mes deux meilleurs potes ? J'aurais donné cher pour le savoir.

« Tu m'en vois ravie. Donc, tout va bien, avec ta nouvelle famille d'accueil ?

- Mouais. »

Sûr … Par comparaison avec les trois familles qui m'avaient " accueilli " avant eux, c'était le paradis.

« Bien. Trêve de plaisanterie, mon garçon. J'ai lu ton dossier in extenso, et je constate que tu n'as plus rien du délicieux jeune homme qui a quitté le lycée des Highlands, il y a trois ans. Highlands est un bon lycée, celui de Forks est un excellent lycée. Par conséquent, nous attendons des résultats, nous aussi. »

Non mais quel ton ! In extenso … ! Elle ne pouvait pas dire " en entier ", comme tout le monde ? J'ai serré si fort les spirales de mon cahier de maths qu'elles se sont enfoncées dans ma main. Pour qui elle se prenait, elle ?

« Bref, a-t-elle poursuivi. Après mûre réflexion, je t'ai choisi, toi, Edward Masen, parmi tous les dossiers qui me sont soumis. Tu vas devenir mon sujet numéro un. Ensemble, nous allons nous débrouiller pour que tu redeviennes le garçon charmant et bien élevé que tu as été. »

La dernière fois qu'on m'avait fait lire un passage des Évangiles – et ça ne datait pas d'hier -, j'avais cru remarquer que seul Jésus avait le pouvoir de ressusciter les morts.

« Il faudrait un miracle ! Ai-je répliqué. Vous avez des accointances avec Jésus-Christ, peut-être ?

- En dix-huit mois, tu as été envoyé dans trois familles d'accueil différentes. Le lycée de Forks est ton quatrième lycée depuis la mort de tes parents. Aucun de ces établissements ne t'a classé parmi les perturbateurs, tu n'as gagné ce titre qu'à ton arrivée dans nos murs. Je trouve ce fait, disons … Intéressant. »

Mme Denali s'est interrompue. Si elle s'attendait à ce que je lui donne ma version de l'histoire, elle pouvait attendre bien longtemps, la pauvre. En dix-huit mois – le temps qui s'était écoulé depuis la mort de mes parents -, j'avais eu tout le loisir d'apprendre que personne n'en à rien à foutre de rien, dans ce système à la noix. Et qu'une fois qu'on a un pied dans l'engrenage, on est fichu. Point barre.

« J'ai eu le proviseur de ton ancien lycée, a-t-elle continué. Il m'a dit le plus grand bien de toi. Membre actif et hautement apprécié de l'équipe de base-ball dès la première année, figurant sur la liste des meilleurs élèves, impliqué dans un grand nombre d'activités, très populaire auprès de tes camarades … Je crois que ce jeune homme-là m'aurait plus. » A-t-elle dit en me dévisageant.

À moi aussi, seulement fallait se faire une raison : vivre tue. Y a pas à sortir de là.

« Il est un peu tard pour le base-ball, vous ne trouvez pas ? Ai-je ironisé. On est au milieu de la saison. Sans compter que l'entraîneur n'apprécierait sûrement pas mes tatouages.

- Mon but n'est pas de t'inciter à vivre comme avant, mais de retrouver le garçon motivé que tu étais. »

Elle avait l'air sincère … J'aurais aimé la croire. Seulement, j'avais appris à mes dépens qu'il ne fallait jamais faire confiance à quiconque appartenant au système. Alors j'ai laissé le silence retomber. Elle a commencé par détourner les yeux, puis elle a secoué la tête.

« Tu as été malmené par la vie, d'accord, mais tu ne peux pas rester bloqué là-dessus. Une foule de possibilités s'offre à toi, Edward. Tes professeurs affirment que tu as un potentiel énorme. Ce qui laisse à désirer, c'est ta moyenne, et je ne parle pas de ton assiduité. Les deux sont liées, d'ailleurs, si tu veux mon avis. Alors voilà : j'ai un projet, pour toi. En plus de venir me voir une fois par semaine, tu vas prendre des cours de soutien, et cela jusqu'à ce que ta moyenne reflète tes capacités. »

Je me suis levé. J'avais déjà manqué mon premier cours, et cette partie de plaisir venait de me fournir une excuse pour ne pas assister au deuxième. Cela dit, vu que j'avais réussi à m'extraire de mon lit, autant aller en classe à un moment ou un autre.

« Désolé, madame. Vous allez devoir trouver un autre candidat dans vos dossiers. Un autre " projet ", si vous préférez, encore que j'appellerais plutôt ça un cobaye. Moi, je n'ai pas le temps pour ce genre de connerie.

- Faut-il que je contacte ton assistante sociale Edward ?

- Ne vous gênez pas, ai-je dit en continuant d'avancer vers la porte. Qu'est-ce que vous voulez qu'elle me fasse ? Qu'elle me sépare de mes deux frères ? C'est déjà fait. Qu'elle me colle dans une famille d'accueil ? Trop tard. C'est fait, là encore.

- À quand remonte la dernière fois que tu as vu tes frères ? »

Mes petits frères ... À ces mots, ma main s'est figée sur la poignée de la porte.

« Ton assistante sociale et moi-même sommes d'accord pour étendre ton droit de visite un tant soit peu. À condition, bien sûr, que tu fasses des efforts et que tu me montres la personne que tu étais avant la disparition de tes parents. »

Là, j'ai lâché la poignée et suis allé me rasseoir.


Voici ce premier chapitre, où on entre en contact avec l'univers de Bella et d'Edward. J'espère qu'il vous a plu ! :)

Merci à tous de m'avoir lu ! À très bientôt.

Sushaki