Chapitre 23 - Révélation

Les combats aux portes noires du Mordor étaient des plus violents. Les hommes tentaient tant bien que mal de se montrer forts et courageux, mais le grand nombre d'ennemis laissait croire à la majorité d'entre eux qu'il était impossible de remporter la victoire contre les forces de Sauron. Mais avant de baisser les bras, un miracle se produisit. La terre se mit à trembler et la tour noir du seigneur des ténèbres s'effondra lentement pour exploser en mille morceaux. L'œil de Sauron perdit de la puissance et disparut dans un grand éclat lumineux.

La surprise était si grande pour tous que même les orcs assistèrent impuissant à la destruction de leur chef. La peur s'empara d'eux et les orcs et les gobelins prirent la fuite pour échapper à leur fin. La terre s'ouvrit sous leurs pieds et les engouffrèrent dans ses profondeurs. Lorsque la terre cessa de bouger et que la poussière retomba au sol, les hommes se retrouvèrent seuls et la tour noire n'était nulle part en vue. Gandalf comprit alors que la guerre était terminée et que les hommes étaient libres.

Hermathon aussi avait vu qu'ils étaient seuls et sans attendre, il cria victoire. Seulement, malgré la destruction de Sauron, Aragorn savait que rien n'était encore fini. Il souriait de voir Gimli sauter dans les bras de son ami elfe, il voyait Hermathon serrer dans ses bras les hommes qui l'entouraient, il sentait la joie et le bonheur de tous que ce soit enfin terminer. Ils avaient gagné la guerre et c'était tout ce qui importait. Ses amis étaient tous là et en vie, Gandalf, Legolas, Gimli, Pippin, Hermathon, Boromir…

Boromir ! Mais ou était Boromir ? Il regarda tout autour de lui sans voir le capitaine en chef de l'armée du Gondor. Il fit quelques pas pour tenter de voir ou il pouvait être sans le voir. Legolas vit Aragorn s'éloigner et chercher quelqu'un. Il comprit à son tour que Boromir n'était nulle part en vue. Hermathon fronça les sourcils et demanda à l'elfe :

- Qu'est-ce qui lui arrive ? N'est-il pas heureux d'avoir gagné la guerre ?

- Il est content, certes, mais il cherche Boromir… dit l'elfe nerveusement en cherchant lui aussi la présence de l'homme.

Legolas n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'il entendit Pippin crier à l'aide.

- Aragorn… Aragorn… Vite, faites quelque chose… Il ne se réveille pas…

Aragorn se précipita vers Pippin qui était penché au-dessus du corps du Gondorien. Pippin avait déposé la tête ensanglantée de l'homme sur ses genoux et retenait difficilement ses larmes. Hermathon n'hésita pas une seconde et déchira la manche de sa tunique et la tendit à Aragorn qui épongea le sang de son visage. Pippin était au désespoir et pleurait de plus en plus. Gandalf effleura le corps de Boromir de son bâton magique et sourit rassuré.

- Il n'est pas mort et il ne mourra pas Pippin. Cessez de pleurer comme un bébé et aidez plutôt Gimli à trouver de l'eau. Dis Gandalf un peu brusquement.

Sans rouspéter, Pippin suivit Gimli qui partit à la recherche d'une source d'eau. Aragorn et Gandalf retirèrent l'armure de Boromir et le rodeur entreprit de l'examiner. Seulement, quel ne fut pas sa surprise lorsqu'il ouvrit sa tunique de voir sur son torse le médaillon d'Elur. Cette fois, il comprit qu'il y avait plus qu'une simple reconnaissance de la part du Gondorien face à son guérisseur. Gandalf vit la légère hésitation et lui demanda :

- Vous pouvez faire quelque chose pour lui ? Demanda le magicien.

- Oui bien sûr. Dis le roi en s'activant sur les blessures du Gondorien.

Pippin revenait avec un casque rempli d'eau et restait tout près pour s'assurer qu'il s'en sortirait sans problème. Gandalf le rassura de son mieux et le repoussa un peu à l'écart pour laisser à Aragorn l'espace pour le soigner. Il était en plein travail lorsqu'il entendit Boromir se plaindre.

- Ne bougez pas surtout. Vous avez des côtes de brisées. Ce sera difficile pour vous dans les prochains jours.

- Je sais… mais j'en ai vu d'autres… ça ne pourra pas être pire que la dernière fois…

- Non, c'est certain. Vous avez eu la vie sauve grâce à Élur. Et si je ne me trompe pas, vous avez du lui laissez une très forte impression pour qu'elle vous donne son médaillon. Dis le roi en lui montrant du doigt le médaillon qu'il portait au cou.

Boromir eut un sourire en coin et sans honte, il lui dit :

- Si je l'ai impressionné, elle m'a aussi marqué à jamais. Mes pensées vont vers elle dès que j'en ai l'occasion. Je sais que vous vous connaissez, et je sens surtout que vous êtes lié à elle d'une certaine façon. J'ignore ce que vous représentez pour elle, mais moi je sais qu'elle est très importante pour moi.

Aragorn fronça les sourcils. Il avait sous-estimé l'intelligence du Gondorien. Il était très bon juge de caractère et savait discerner quand quelqu'un lui cachait quelque chose. Boromir savait surtout que rien n'y personne ne le séparerait de celle qu'il aime. Le roi du Gondor lui demanda après un moment de réflexion :

- Jusqu'ou êtes-vous près à aller pour vivre votre vie avec elle ? demanda Aragorn avec sérieux sans lui révéler la vérité.

- Je suis près à beaucoup… même à quitter le Gondor, s'il le faut… Je suis près à la suivre ou elle voudra aller. Je suis près à énormément de sacrifice. Dit-il à bout de souffle.

- Dans ce cas, il faudra avoir une conversation vous et moi. Il y a beaucoup de choses que vous devez savoir sur Elur. Dis Aragorn en souriant malicieusement tout en se rendant compte qu'il devait lui dire la vérité sur celle qui faisait battre son coeur.

- Rien de grave j'espère ? demanda Boromir sur un ton trainant.

- Non, rien de grave, mais qui pourrait changer beaucoup de choses entre nous. Dis Aragorn en caressant la chevelure de son ami de la communauté pour l'aider à s'endormir.

- Comme quoi par exemple ? lui demanda Boromir d'une voix ensommeillée.

- Et bien par exemple que vous et moi serons plus que des frères d'armes…

Boromir plongea dans le sommeil sans même comprendre la dernière partie de leur conversation. Legolas s'approcha de lui et posa une main rassurante sur son épaule et lui dit :

- Il dort d'un sommeil réparateur on dirait. Vous avez encore sauvé sa vie. Dis l'elfe

- Non, je n'ai fait que poursuivre l'œuvre d'Elur. Je devais l'aider. Je devais le faire pour ma sœur.

- Alors, vous savez qu'il est amoureux d'elle. Dis Legolas doucement.

- Oui, je m'en rends compte maintenant.

- Et qu'allez-vous faire ?

- Je vais y réfléchir. J'avais d'autres projets pour elle…

- Mais si je me fis à ce que j'ai vu d'elle, vous ne pourrez rien lui imposer. Elle a vécu toute sa vie sans vous et elle pourrait continuer à le faire.

- Je sais, mais… elle pourrait vivre tellement mieux…

- Pas si vous lui imposez une ligne de conduite. N'oubliez pas qu'elle est tout ce qu'il vous reste d'une famille. Ne gâchez pas tout en posant un geste que vous pourriez regretter.

- Je ne veux que son bonheur…

- Et son bonheur s'appelle peut-être Boromir.

Legolas fit volte-face et retourna auprès de Gimli. Le nain suivit l'elfe du regard et lorsqu'il fut près de lui il lui demanda :

- Croyez-vous qu'il a compris que s'il ne voulait pas la perdre pour de bon, il aurait des concessions à faire !

- Je suis certain qu'il a compris beaucoup plus que ça. Dis l'elfe en souriant.

Au passage devant le magicien, il lui fit un très léger signe de tête que Gandalf comprit. À son tour, il porta son regard du côté du mercenaire du nord avec un sourire. Hermathon laissa échapper un long soupir et ferma les yeux. Tout ce qu'il souhaitait maintenant, c'était que son ami de toujours ne fasse pas l'erreur de priver sa sœur de vivre heureuse. Elur était peut-être la sœur du roi, mais elle était avant tout une semi-elfe indépendante.