La pluie continuait de s'abattre sur Greendale. Jeff se tenait sous le porche, les mains enfouies dans les poches de son pantalon à pinces, le regard dans le vide. Il repensait à ce que venait de lui dire André. "L'amour d'une femme honorable rend tout possible", cela l'avait frappé. Il sentait qu'André avait raison au fond, et que toutes ses superstitions, ses idées sur l'amour venaient d'être remises en question. Jeff savait qu'il avait commis une erreur, même des erreurs. Il s'en voulait. Mais il était déjà trop tard.

Jeff entendit les portes du hall d'entrée s'ouvrir. Il jeta un coup d'oeil en arrière et tourna la tête, tout en continuant de fixer le bâtiment en face de lui. Abed se posta à côté de lui.

— Hey !

— Hey. Ils regardèrent la pluie, qui tombait à seaux.

— J'ai eu un sms d'Annie. Elle a invité Rich à sortir. Les sourcils de Jeff se froncèrent. Il hocha la tête, et dit pour seule réponse "cool". Abed le regarda, l'air interloqué par sa moue boudeuse.

— Il a refusé. Winger posa son regard sur Abed, les yeux écarquillés, la réponse lui parut surprenante. Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, son ami continua :

— Il la trouve cool, mais trop jeune.

Alors que Jeff se mis à courir sous la pluie battante, Abed restait immobile sous le porche, le téléphone encore à la main. Il regarda paisiblement l'avocat partir.

Il courait, courait au milieu des voitures qui klaxonnaient, des phares qui éblouissaient sa vue, et malgré ses vêtements trempés, ses chaussures remplies d'eau, et l'air glacé qui lui parcourait le corps, il ne s'arrêta pas. Rien ni personne n'aurait pu l'interrompre dans sa course.

La porte s'ouvrit sur Jeff, il prit une inspiration, et commença sa tirade.

— Ne m'interromps pas avant que je te dise ce que j'ai à te dire. Je te connais depuis maintenant deux ans, et je t'ai jamais accordé la considération que tu méritais. Tu es la personne… la plus étrange, la plus cool et la personne la plus authentique que je connaisse. Et ce qui me fait peur avec toi, c'est… le fait que tu me fasse ressentir que je pourrais être une meilleure personne, celle que je regrette de ne pas être.

Il resta planté devant la porte, dans ce petit hall d'immeuble. Il essayait encore de reprendre son souffle après la distance qu'il avait parcourue.

Il cherchait une réponse dans son regard, il n'attendait que cela. Le temps lui parut se stopper, comme s'il avait été le seul à être vivant à cet instant.