Prologue Amélioré

Sa valise tomba lourdement sur le plancher marron glacé de l'entrée de la maison, alors qu'il tournait la tête dans ma direction, plantant ainsi son regard chocolat, similaire au mien, dans mes yeux emplis de tristesse et de douleur. Cependant, j'étais surprise que mon frère ne se soit pas rendu compte du mal qu'il me causait, lui qui disait si bien que l'on arrivait à lire en moi comme dans un livre ouvert. Emmett savait pourtant mieux que quiconque que je n'étais pas encore très bien rétablie de la mort de papa et maman, malgré que cela fasse déjà quatre ans.

-Je suis désolé, souffla-t-il en baissant le regard, trouvant ses pieds plutôt intéressants.

Que pouvais-je répondre à ça ? C'était lui qui choisissait de partir, loin de moi l'idée de le mettre à la porte, alors qu'il était tout ce qu'il me restait.

Je fermai les yeux, libérant quelques larmes qui s'échouèrent sur mes joues, avant de finir leur traversée dans mon cou.

Je l'entendis approcher, mais ne daignai pas rouvrir les yeux. Le plancher craquait sous ses pas, et ce n'est que lorsque je n'entendis plus rien que je rouvris lentement les paupières.

Mon frère n'était qu'à quelques mètres de moi et me regardait. Il me fit un faible sourire, qu'en temps normal, je lui aurais rendu. Or, à cet instant, je n'avais pas vraiment envie de sourire, surtout à lui.

-Arriveras-tu à me pardonner ?

J'ouvris la bouche, mais la refermai aussitôt. C'était une bonne question. Arriverai-je à lui pardonner ? Réussirais-je à oublier son abandon ?

-Je ne sais pas, chuchotais-je.

-Je suis certain que tu arriveras à oublier. Avec le temps.

Je ne savais pas si c'était moi ou plutôt lui qu'il essayait de convaincre, mais pour moi, cela ne marchait absolument pas.

-Tu ne peux pas me faire ça, Emmett ! M'exclamai-je, terrifiée à l'idée de me retrouver seule. Pourquoi me laisses-tu sur le bas côté ?

-Il faut que tu comprennes que je ne serais pas toujours là pour toi, Bella. Que j'ai grandi et que, arrivé à un certain âge, on change.

-Je n'ai que dix-huit ans ! Lui fis-je remarquer.

-Tu sais très bien que tu es plus mature que tous ces jeunes du lycée. Je suis confiant au sujet de ton avenir, soeurette.

-Mais j'ai encore besoin de toi. Je suis peut-être plus mature, mais j'ai besoin d'apprendre encore des choses sur la vie qui m'entoure et pour ça, j'ai besoin de toi.

Je le vis serrer les poings. Il était énervé.

-J'ai vingt-et-un ans, merde ! J'ai largement passé l'âge d'être commandé par une gamine qui vient d'être majeur il y a seulement quelques mois !

Une larme roula sur ma joue. Je n'avais jamais aimé qu'il me crie ainsi dessus. Il me faisait du mal, mais il n'avait pas l'air de s'en rendre compte.

Je savais parfaitement que j'aurai dû répliquer face à sa tirade plus que blessante, mais les mots m'échapaient.

Il repartit vers la porte d'entrée, prit sa valise dans ses mains.

-Combien as-tu de drogue dans ton sang, en ce moment ?

La question était partie toute seule. La seule fois où je le lui avais posé, il ne m'avait pas adressé la parole pendant une semaine. Je savais très bien qu'il n'aimait pas que je le juge sur ce qu'il faisait, que savoir combien de gramme il avait avalé ne me regardait absolument pas. Mais j'étais sa petite soeur, j'avais quand même le droit de savoir !

-Cela ne te regarde pas, dit-il durement. Mêle-toi de ton monde, tu ne fait pas partie du mien.

Je me laissai tomber à genoux, alors qu'il ouvrait la porte, prêt à partir.

-Tu ne peux pas, Emmett, chuchotai-je. Je vais devenir quoi sans toi ? A... A la mort de papa et maman, tu avais juré d'être toujours près de moi, tant que j'aurai besoin de toi. Te rends-tu compte que tu brises la dernière promesse que tu auras fait aux parents ?

-J'ai changé, Bella. Rien ne me fera revenir sur ma décision.

Un coup de klaxon se fit entendre.

-Jeff m'attend.

Il allait franchir le seuil de la maison, mais je le hélai en me relevant.

-Je t'aime, Emmett. Tu es mon grand frère et cela ne changera jamais. Quoi que tu puisses devenir, je t'aimerai. Mais je t'en supplie, ne fait pas ça. Qu'auraient pensé papa et maman s'ils avaient appris que tu te droguais ? Tu crois qu'ils seraient fière de leur fils ?

J'essayais de garder une voix calme, mais la colère prenait légèrement le dessus. Il ferma les yeux et soupira avant de les rouvrir.

-Ils ne sont plus là. Si toute ma vie je me fie à ce que papa et maman aurait voulu, je n'aurai pas finis.

Sa valise à la main, il traversa la distance qui nous séparait et vint déposer un baiser sur mon front.

J'aurai aimé le repouser, lui dire qu'à partir du moment où il passerait la porte, il ne serait plus mon frère, qu'il ne serait plus rien pour moi. Mais je n'étais pas comme ça. Et si jamais un jour il réapparaissait dans ma vie, je l'accepterai à nouveau à bras ouverts, rien que parce qu'il est mon frère et quoi qu'il fasse, je l'aimais. Et ça, mon frère le savait parfaitement.

-Je t'aime, petite soeur, souffla-t-il.

Cette fois-ci, au moment de traverser la porte, il daigna me regarder une dernière fois et de me faire un petit sourire.

-Prend soin de toi, Bella.

Il passa le seuil de la porte et ferma celle-ci derrière-lui.

Les larmes coulèrent sans s'arrêter sur mes joues, alors que je me ruai à la fenêtre de la cuisine, celle qui donnait sur la rue du devant de la maison.

J'eus juste le temps de voir la portière avant passager de la voiture noire se fermer, que le véhicule redémarrait. Je ne quittai pas la voiture des yeux, jusqu'à ce qu'elle devienne invisible.

Je t'aime aussi, grand frère.