Et voilà la suite (désolé pour le retard (bon ce n'est même plus qualifiable de retard). Désolé). Comment avez-vous trouvé Spectre? Moi je ne l'ai pas aimé. Madeleine... Pitié. De plus, le script contient bien trop d'incohérences. Bref... Enjoy.


L'ennui et la curiosité me guident vers le signal de détresse. Les rues sont vides de toute vie en cette heure très matinale. Je bifurque au coin de Park Lane et pénètre dans la rue recherchée. Celle-ci est bordée d'immenses maisons de maître en briques rouges, aux grilles en fer forgé et aux façades richement sculptées. Nul doute que je me trouve dans les beaux quartiers de Londres. Je progresse telle une ombre, m'appliquant à rester silencieux. Tout est immobile autour de moi, figé dans la nuit, rendant l'atmosphère un tantinet inquiétante. Je déglutis et reporte mon attention sur mon téléphone portable afin de me rassurer, forçant la marche. Pas après pas, je me rapproche du point rouge sur ma carte.

La rue débouche sur une petite place à la bifurcation de trois rues. Tout est calme. En son centre, deux platanes prisonniers d'un parterre en mosaïques. Devant moi s'étend un immense hôtel de 6 étages d'architecture victorienne : le Connaught. Ce pourrait-il que…. Oui. Aucun doute n'est permis. Le signal vient bien de l'hôtel, plus précisément de son bar. Bond et son standing…

Je pénètre dans l'hôtel sans une once d'hésitation. Je ne suis attendu nulle part de toute manière. J'arrive dans le hall d'entrée, trop richement décoré à mon goût. Certains murs sont tapissés d'un papier peint rosé aux discrets motifs floraux tandis que d'autres pans sont recouverts, çà et là, de lambris de bois. L'agencement de la pièce est ce qui m'étonne le plus. Devant moi s'étend une cheminée devant laquelle repose quelques fauteuils sortis d'une autre époque. La réception se trouve juste à sa droite, encastrée sous un vieil escalier de bois massif aux moulures brutes. Cet ensemble forme un tout chaleureux bien qu'un rien vieillot.

Le réceptionniste me souhaite le bonsoir. Sans aucune raison, il m'indique une double porte ouverte à ma gauche avant de me souhaiter une bonne soirée. Circonspect, je mets plusieurs secondes à réagir. Mon regard se pose sur mon téléphone portable. A gauche, en effet. Comment…. Cela n'a pas d'importance. Je m'engouffre dans la salle adjacente d'où s'élève une douce musique d'ambiance. La décoration change du tout au tout. L'entrée sombre et chaleureuse fait place à des murs de beige et de blanc, tout comme le marbre qui s'étend au sol. De petits fauteuils noirs en cuir se regroupent de manière disparate autour de petites tables rondes. Le fond de la pièce, quant à lui, est réservé au bar. D'innombrables bouteilles d'alcool sont regroupées en arrière-plan. L'endroit est quasi désert si ce n'est la présence de deux hommes en costumes cravates ivres déblatérant bruyamment dans un coin et le barman qui, à première vue, s'ennuie ferme à son poste. Je ne comprends pas.

Un regard sur la carte me confirme que je me trouve effectivement au bon endroit. Se pourrait-il que ce soit une erreur ? Aurait-il laissé tomber le traceur près du bar ?

Je m'approche du barman afin d'en avoir le cœur net quand…

-« Q ! Ici. »

Je bifurque sur la droite vers une alcôve que je ne pouvais voir de l'entrée. Là, avachi autour d'un verre de whisky, se trouve James Bond ou plus précisément l'ombre de lui-même. Je reste quelques secondes figé devant ce triste spectacle.

Lourdement cerné et d'une pâleur cadavérique, encore vêtu de ses vieux habits, une barbe de plusieurs jours lui couvre le visage. Immobile, il me dévisage de ses yeux vides d'expression. Un bref soupir passe mes lèvres. Au moins suis-je au bon endroit.

Je m'approche de lui à pas feutrés de peur de le brusquer. Ainsi, il a chuté à nouveau. Je n'aurais jamais dû le laisser seul. Il doit se rendre compte de mon comportement car il m'indique le siège en face de lui de la main. J'obéis.

Il ne dit rien. Après m'avoir dévisagé un court instant, son regard revient au verre au creux de sa paume. Combien en a-t-il bu ? Il ne semble pas saoul, pas réellement. Son immobilité m'inquiète. Il est juste… éteint. Le voir ainsi me sert le cœur. J'aimerais l'aider.

-« Que faites-vous ici Q ? »

-« Je pourrais vous retourner la question. N'étiez-vous pas sensé rentrer chez vous et vous reposer ? »

Un rire moqueur me répond.

-« Chez moi ? Je n'ai plus de chez moi. Mon appartement a été vendu et la seule propriété qui me reste doit toujours se consumer à l'heure actuelle. »

-« Oh ! Veuillez m'excuser. Je ne le savais pas. »

-« Vous ne pouviez pas savoir. »

-« Au contraire, je devrais. C'est mon travail de savoir. Quoiqu'il en soit, vous devriez tout de même vous reposer. »

-« Je ne peux pas. »

-« Vous en avez besoin. Regardez-vous dans un miroir Bond ! Suivez mon conseil et…»

En une fraction de seconde, ses yeux me transpercent de leur bleu intense me laissant sans voix.

-« J'ai déjà suivi le conseil que vous m'avez prodigué ce matin pour me rendre à l'évidence que rien ne changera la situation actuelle. J'aurais tout aussi bien pu rester dans cette salle d'interrogatoire où rester en Écosse. »

La culpabilité me prend aux tripes. Je tente d'en faire fi tant bien que mal.

-« Vous n'auriez pas eu l'alcool. »

Mon brin d'humour tombe à plat. Au lieu de le faire sourire, ma boutade provoque en lui un élan de colère qui entraine un mouvement de recul de ma part. Je ne l'ai jamais vu en colère. Même amoindrit, il en reste impressionnant. Peu de personnes, je pense. Il est toujours si maître de lui...

-« Je n'y ai même pas touché ! Tout ceci est ridicule. Dieu sait que j'en ai besoin ! Pourtant, je lorgne ce verre depuis plusieurs heures et… J'aimerais pouvoir le boire, comme avant…. Comme avant, mais je n'y arrive pas ! Tout est de ma faute ! Je n'aurais pas dû l'emmener là-bas… »

Tout aussi rapidement qu'elle était apparue, sa colère s'évapore, le laissant sans force aucune. Il me regarde le visage vide de toute expression, drainé de toute énergie.

-« Tout ce que nous avons tenté…. Ça n'a servi à rien au final », dit-il en soupirant bruyamment.

Un sourire triste prend place sur mon visage. Il est déjà occupé à changer. Un verre ce n'est rien. Pourtant, pour moi, c'est le début de son déclin, d'un changement imperceptible qui pourrait en provoquer d'autres et par la même provoquer sa fin. Bien évidemment, ce n'est qu'un verre mais pour un alcoolique, c'est un monde et dans l'impitoyable profession qu'exerce Bond, la vie ne tient souvent qu'à un fil.

La culpabilité n'a cessé de monter en moi au fil de son coup d'éclat. S'il pense être le seul responsable de ce drame, il se trompe lourdement. Ce n'est pas une raison pour se laisser couler ! M était ma bouée de sauvetage à moi aussi !

La colère monte en moi. Colère envers Silva pour le meurtre de M. Colère contre Bond pour son désespoir.

-« Buvez ce verre Bond. »

-« Sans façon. »

-« Buvez ce verre. Ensuite vous retournerez à vos activités nocturnes. Vous trouverez bien quelqu'un pour vous tenir compagnie même avec la tête qui est la vôtre ce soir. »

-« Charmant. »

-« Pragmatique. »

-« Vous ne m'avez toujours pas dit ce que vous faisiez là. »

-« J'ai suivi votre signal radio de détresse. »

-« Signal radio ? »

-« Ne me dites pas que ce n'était pas intentionnel, je ne vous croirai pas ».

- « C'est pourtant bien le cas, » dit-il en sortant de sa poche le petit boîtier métallique.

Un bref sourire illumine ses traits.

-« C'était donc l'objet avec lequel je joue au fond de ma poche depuis 2 heures. »

-« Vous êtes impossible 007. »

Voilà que je souris à mon tour. Un silence apaisant tombe entre nous. J'en profite pour observer ses mains. Largues et tannées, elles sont recouvertes d'écorchures de tailles et de profondeurs diverses. Comment peut-il encore tenir debout après tout ce qui est arrivé ? A-t-il seulement dormi ces trois derniers jours ?

-« Bond. »

-« Q. »

Mon regard accroche le sien occupé à m'observer sans une once de gêne. Autant dire qu'il sait parfaitement rendre les gens mal à l'aise.

-« Bond. Je ne me répèterai pas. Sortez d'ici. Appelez quelqu'un de confiance. Ne restez pas seul. Vous devez surement connaître l'adresse de bras accueillants qui vous logeront cette nuit. »

Son regard retourne contempler son verre de whisky. Dois-je prendre cela pour un non ? Pour de l'hésitation ?

-« Bond ? »

-« Je n'ai confiance en personne. Je ne suis même pas certain de faire confiance au MI6 la plupart du temps. Voilà mon problème. Je pourrais aller chez la première inconnue qui croise ma route mais dans mon état…. Je serais incapable de me défendre en cas de problème. A l'heure actuel, je ne suis même pas certain que j'en aurais envie à vrai dire,» conclut-il avec un petit rire ironique.

Et le MI6… Non. Très mauvaise idée. Je ne vois qu'une solution.

Je me saisis de son verre avant d'avaler d'une traite le whisky qu'il contient. Le liquide me brûle la gorge et le rouge me monte aux joues. Je tente pourtant de faire bonne figure en déposant le verre sur la table.

Bond m'observe d'un air étonné et fatigué, un brin incrédule.

-« Debout. »

-« Je vous demande pardon ? »

-« Debout. Je vous emmène avec moi. »

-« Avec vous ? Où ? Au MI6 ? »

-« Certainement pas. C'est le dernier endroit sur terre que vous devriez côtoyer pour le moment. Non, vous m'accompagnez chez moi. Vous pourrez vous reposer. Personne ne viendra vous chercher là-bas. De plus, je considère mon appartement comme le lieu le plus sécurisé qu'il soit en dehors du MI6. J'en ai conçu moi-même les protections. Il possède aussi deux issues de secours secrètes. La première… »

-« Q ! Stop. J'ai compris. Je vous suis. »

-« Vraiment ? »

-« Vous avez changé d'avis ? »

-« Non, bien sûr que non mais je… Enfin, je… »

- « Alors allons-y, » conclut-il en se levant péniblement.

Je l'observe marcher vers la sortie et lui emboite le pas en silence de peur de le voir changer d'avis. Nous passons devant le réceptionniste qui nous adresse un 'bonsoir' discret. En quelques enjambées, nous voilà dehors.

L'air frais me fouette le visage, me rendant par la même occasion mes facultés mentales. Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? Bon sang ! J'emmène Bond chez moi. Mais qu'est ce qui m'a pris de lui proposer une chose pareille ? Et qu'est ce qui lui a pris d'accepter ? Allons. Du calme. Rappelle-toi qu'il s'agit de la meilleure solution pour aider Bond. Inspire. Expire. Reste calme. Voilà. Il ne manquerait plus que Bond ne se rende compte de mon désarroi pour qu'il s'imagine des choses….Oh non !

Instantanément, je retourne mon attention vers lui. Par bonheur, son regard est porté vers la route. Bien. Pourquoi est-ce que je me sens gêné à l'idée d'amener Bond chez moi. Il est vrai que je ne ramène jamais personne mais il s'agit de Bond… C'est la meilleure solution de toute manière.

-« Vous venez ? »

Bond m'observe d'un regard inquisiteur accoudé à la porte d'un taxi sorti de nulle part. Je prends une dernière bouffée d'air avant de suivre Bond à l'intérieur de l'habitacle. Je n'ai pas le temps de parler que Bond donne mon adresse au chauffeur.

-« Comment ?! »

-« Allons Q. Vous avez vos secrets. J'ai les miens. L'information c'est aussi mon métier.»

-« En y réfléchissant bien, je ne devrais même pas être étonné. »

Il me sourit en coin avant de porter son attention vers l'extérieur de la voiture. Je fais de même. Le paysage urbain défile devant ma fenêtre. Tout est calme à cette heure matinale. Je me rends compte de ma propre fatigue à mesure de notre progression. L'adrénaline et le stresse finissent de quitter mon système me laissant las et éreinté.

Cette semaine remporte de loin la palme de pire semaine de ma vie à égalité avec la mort de ma mère. M était, en quelque sorte, notre mère de substitution à tous, veillant farouchement sur ses petits et son territoire. Un sourire désabusé se forme sur mon visage. Elle aurait adoré cette vision d'elle-même. Mon sourire se fane dans le reflet de la vitre. Oui, elle aurait aimé ça.

A mes côtés, Bond est calme, perdu dans ses pensées tout comme moi. A quoi peut-il bien penser ?

Le taxi s'arrête devant mon immeuble, une ancienne bâtisse de brique de 3 étages dont j'occupe le dernier niveau.

Je paie le taxi avant de sortir. Bond, lui, examine d'endroit d'un œil critique.

-« C'est ça votre forteresse ? »

-« Critiquez autant que vous le voudrez 007. Vous serez bien content d'être dedans en cas d'ennuis. »

-« Après vous. »

Quel insupportable gamin ! Plus je le côtoie, plus je comprends les critiques de mes collègues à son encontre. Puéril.

Nous pénétrons dans le bâtiment et montons les escaliers jusqu'au dernier étage. Je déverrouille ensuite l'entrée sécurisée. Triple serrure. Alarme à l'entrée. Scanner d'emprunte avec prise de pouls.

Bond me suit à l'intérieur et allume la lampe halogène du salon. Je referme la porte blindée derrière lui avant d'enlever mon manteau et mon écharpe et de les accrocher à l'entrée. Je le vois examiner soigneusement le salon. Un salon identique à tout à chacun si ce n'est pour les pièces informatiques amassées sur un coin de la table basse. A la gauche du salon, un comptoir haut sépare la cuisine de la salle à manger. La pièce sur la droite, ma chambre…

-« Satisfait ? »

-« Pardon ? »

-« Etes-vous satisfait de la sécurité de cet endroit ? »

-« J'imagine que ça sera suffisant pour cette nuit. »

-« Vous ne trouverez pas mieux. Les vitres sont à l'épreuve des balles. »

-« Est-ce vous qui… »

-« Vous n'imaginez pas que le MI6 laisserait son quartier-maître sans protection aucune ? Les deux étages en dessous sont occupés par des agents et j'ai des armes en réserves si vous vous sentez le besoin de vous en procurer. »

Il me sourit de son air taquin.

-« Une vraie forteresse. »

-« Oh taisez-vous et suivez-moi. »

Je le guide vers la droite. Je me sens gêné de l'emmener ici. C'est mon espace privilégié et le voir ici…. Dénote. Je le mène directement vers la salle de bain adjacente. Je sors une serviette à son attention.

-« Voilà. Si vous avez besoin de quelque chose, je serais à côté. Il y a des vêtements dans ma penderie. Servez-vous. Je dois bien avoir quelque chose qui vous sciera. »

Je suis incapable de le regarder dans les yeux. Cela rendrait les choses trop réelles. Je ressors à peine de la salle de bain qu'une main ferme m'attrape le bras. Nos regards se croisent. Il ne dit rien. Nous restons quelques secondes comme ceci avant qu'il ne me lâche. Ni une ni deux, j'en profite pour m'éclipser. J'ai besoin d'un thé…

J'entends l'eau couler. Le thé me fait le plus grand bien. Je m'installe sur le canapé et ramène le plaid le recouvrant sur mes épaules. J'observe l'horloge suspendue au mur. 5h13. Définitivement trop tard. Je me saisis de mon ordinateur portable qui trainait sur la table de salon. Il serait peut-être préférable de prévenir de mon absence de demain, où plutôt d'aujourd'hui. J'ai définitivement besoin de repos.

J'ai juste le temps d'envoyer un message à R et de vérifier l'avancement de certaines missions que je sens une présence dans mon dos. Bond, torse nu, observe mon écran par-delà mon épaule, me laissant bouche-bé quelques secondes.

-« Vous travaillez trop. »

-« Et vous étiez sensé vous reposer. Que faites-vous encore debout ? »

-« J'attends vos bras aimants. »

-« Je vous demande pardon ? » dis-je d'un ton scandalisé.

-« Détendez-vous Q. Je plaisantais. Je ne vous volerai pas votre lit. Je venais prendre possession du canapé. »

Cet homme a le don de jouer avec vos émotions. Mon cœur bat la chamade et je ne sais que répondre.

-« Mais enfin…. Non. Prenez le lit. Vous en avez plus besoin que moi. »

Je dépose mon ordinateur et me lève avant de contourner le canapé. Bond est vêtu d'un short bleu foncé qui baille d'ordinaire autour de mes hanches en été lors de mes rares jours de congés. Il le scie à merveille, sans doute mieux qu'à moi. Je ne peux m'empêcher de détailler son impressionnante musculature. Ainsi donc, voici ce qui se cache sous ses éternels costumes taillés sur mesure. Les rares femmes du MI6 qui ont eu l'honneur de ses faveurs n'ont point mentis. Il est réellement bâti comme un dieu grec. C'est plus que je ne peux en supporter pour le moment. J'ai beau me considérer comme hétérosexuel, je n'en reste pas moins sensible aux charmes masculins.

Je m'empresse de m'éloigner de lui.

-« Prenez le lit, Bond ! »

Machinalement, j'ouvre mon réfrigérateur tout en sachant pertinemment qu'il est vide de tout contenu réellement périssable. Je ne sais même pas ce que je cherche. Je n'ai pas faim.

C'était une très mauvaise idée de l'amener ici au final. Me voilà prit au piège dans mon propre appartement. Pourtant, Bond n'a rien fait de particulier. C'est juste sa manière d'être et de me regarder qui me perturbe. Le prédateur en lui sans nul doute. Et je me sens comme une proie prise au piège. Je le sens se faufiler derrière moi. Un bras se faufile au-dessus de mon épaule et ferme le frigo avant de me pousser à me retourner. Je suis plaqué contre la surface froide.

-« Vous aussi vous la considériez comme une figure maternelle n'est-ce pas ? »

Sa question me prend au dépourvu. Son regard me fixe, m'étudie. Je sais que pour le moment mes traits n'affichent rien d'autre que le deuil et la perte, la tristesse d'avoir perdu un être cher. Comment lui expliquer que je comprends sa peine. J'ouvre la bouche mais rien n'en sort. Par où commencer ?

Des bras solides m'entourent la nuque soudainement. Je me vois propulser dans une étreinte que je ne me savais pas avoir besoin. Pourtant, je sens mon corps se détendre. Pour la première fois depuis la mort de M, je me sens en sécurité, capable de lâcher prise. L'odeur de mon gel douche me prend aux narines et j'enfuis mon visage dans son épaule. Je ne retiens plus mes larmes qui dévalent mes joues, qui s'accumulent sur mon menton avant de venir mouiller sa peau. JE ne me savais même pas capable de pleurer pour elle.

-« Chut. Chut. Ca va aller. »

Il entame un mouvement de balancier pour tenter de me bercer et amoindrir ma peine. Mes mains viennent s'accrocher à ses épaules, à son dos nu. Je tente de me contrôler. Peine perdue. Nous restons ainsi pendant de longues minutes, incapable de se détacher l'un de l'autre. Je suis lamentable. Je ne peux pas croire que j'ai craqué en sa présence, lui qui est l'image même de la force de caractère. Je m'écœure. Ma faiblesse m'écœure.

Mes larmes se sont taries mais mon cœur reste en berne. Ce moment dans ses bras me parait irréel. Je m'écarte de lui à regret, honteux de mon moment de relâchement. Je n'ose même pas le regarder en face. Mes larmes ont drainées l'énergie qui me restait. L'épuisement me submerge. Je sursaute lorsqu'une main m'agrippe le poignet. Je résiste à l'envie de me libérer de son emprise. A quoi bon ? Lentement, à pas feutrés, il me guide dans l'appartement faiblement éclairé, m'entrainant vers ma chambre. Je n'ai même plus la force de lutter. La porte se referme lentement sur nous en un clic à peine sonore.


Reviews please :-) J'ai l'impression d'avoir rien écrit de bien dans ce chapitre. Votre avis?