Titre : Envers et contre tout

Auteur : Tashiya

Résumé :

"Apparemment dans cette réalité, nous sommes en couple.
- C'est n'importe quoi, je ne suis pas gay.
- Je sais bien, Dean. Inutile de me le répéter."

Dévasté par la mort d'Ellen et Jo, Dean s'emporte contre Castiel. Gabriel intervient pour rétablir l'harmonie et la confiance dans l'équipe... à sa manière.

Disclaimer : Le rating est élevé mais en réalité, il n'y a pas tant de violence et de sang que cela. En fait ça varie selon les chapitres. Supernatural ne m'appartient bien évidemment pas

Mot de l'auteur : Ce scénario a été exploité en anglais mais à ma connaissance, pas en français. A la base, c'était un délire entre mon frère et moi et puis finalement, on a décidé qu'on pouvait tout aussi bien en faire profiter tout le monde.

Sam aurait pu dire à la seconde où le son du froissement de plumes retentit dans la pièce que les choses allaient mal tourner. Prostré dans un des fauteuils du salon de Bobby, un verre de whisky à la main et le regard vide, Dean fixait le mur opposé depuis plus de deux heures et il n'avait pas bougé, hormis pour remplir son verre. Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, Sam avait perdu le compte.

Ils étaient rentrés de Détroit le matin même. La veille, Jo se faisait éventrer par un chien de l'Enfer et elle et Ellen finissaient dans une explosion pour leur donner, à Dean et lui, cinq minutes d'avance. Cinq minutes. Depuis, Dean n'avait plus cessé de boire. Bobby avait disparu dans sa chambre, livide et muet de douleur lorsqu'ils étaient revenus seuls et Sam… Sam avait envie de hurler, de tout détruire, de fondre en larmes. Mais plus que tout, il était terrifié par l'attitude de Dean. Il avait vu ce regard vide, épuisé bien trop de fois auparavant, Dean était au bord de la rupture. Il avait aimé Jo. Peut-être pas consciemment ni de façon aussi forte que Cassie mais il l'avait aimée et il venait de la perdre de la pire des façons. Ce n'était qu'une question de temps avant que l'armure ne se fendille définitivement.

Il n'aurait pas cru que ce moment arriverait aussi vite. Un courant d'air balaya soudain la pièce, emportant dans son sillage les piles de dossier et de notes rangées sur le bureau de Bobby.

« Bonjour Dean. »

De là où il se trouvait, Sam vit les yeux vides de son frère prendre feu au son de la voix de Castiel. La seconde d'après, Dean jaillissait de son fauteuil, saisissait Cas par le col de sa chemise et le plaquait brutalement contre le mur le plus proche, un air assassin sur le visage.

« Dean ! » s'écria Sam, indigné.

Mais Dean ne lui accorda aucune attention. Lui qui se plaignait tant de l'empiétement de Castiel dans son espace personnel avait à présent son visage à quelques centimètres à peine de celui de l'ange qui le dévisageait, les sourcils légèrement froncés.

« Qu'est-ce que… » commença-t-il.

« Où t'étais ? le coupa violemment Dean. Où t'étais ? » cria-t-il face au silence de Castiel.

Le froncement de sourcils de ce dernier s'accentua, signe d'une perplexité sans borne. Sam lui-même était muet de stupéfaction. Pourquoi diable Dean s'en prenait-il à Cas ?

« Au Sénégal. »

Dean cligna des yeux d'un air ahuri.

« Quoi ? »

« Tu m'as demandé où j'étais, je te réponds. J'étais au Sénégal, Dean. »

Si c'était possible, le brasier dans le regard de Dean s'accentua. Il resserra sa prise sur la chemise.

« Je ne te parle pas d'aujourd'hui, enfoiré », grinça-t-il.

« Dean », protesta Sam, choqué.

« Dans ce cas, de quoi parles-tu ? » demanda Castiel, la tête penchée sur le côté.

« Tu te fous de ma gueule ?! »

« Non. »

Dean parut sur le point d'exploser.

« A Détroit ! Où-étais-tu ? articula-t-il.

La compréhension traversa le visage de Castiel et le chagrin illumina ses yeux bleus. De son côté, Sam considérait Dean, la mâchoire presque décrochée d'incrédulité. Il ne pouvait pas vouloir dire…

« Dean, sérieusement ?

« Oui sérieusement ! hurla soudain son frère en se retournant vers lui avec une telle animosité que Sam tressaillit. Où étais-tu, Cas ? reprit-il en refaisant face à Castiel. Où étais-tu lorsque Meg a lâché les chiens de l'Enfer sur nous ? Où étais-tu quand Jo se vidait de son sang ? Où étais-tu quand elles sont mortes ?! »

« Dean, je suis dés… »

Sam bondit de sa chaise, « Dean, non ! », mais le coup de poing partit trop vite. Il y eut un sonore « Bang ! » puis Dean poussa un juron et recula en agitant sa main, désormais raide et rouge vif. Cas n'avait même pas bronché et Sam ajouta silencieusement « Frapper un ange » à sa liste de choses à ne surtout pas faire.

« Tu n'aurais pas dû faire cela », murmura Castiel.

Son ton était terriblement calme pour quelqu'un venant de se faire frapper par un ami mais la peine dans les yeux bleus était bien réelle et le constat tordit douloureusement le ventre de Sam. Dean, cependant, était bien trop hors de lui pour le remarquer.

« Je t'ai posé une question, fils de pute ! répliqua-t-il sauvagement. Et ne redis jamais que tu es désolé, tu m'entends ? Plus jamais ! »

Cas pinça les lèvres.

« Dans ce cas, Dean, j'aimerais que tu cesses de m'insulter. Je ne crois pas avoir fait quoi que ce soit qui mérite… »

« C'est bien ça le problème ! explosa alors le jeune homme en poussant violemment son ami en arrière contre le mur – par tous les saints, Dean réalisait-il qu'il était en train de brutaliser un ange ? Un être capable de le réduire en poussière d'un simple claquement de doigts ? Tu n'as rien fait, absolument rien pour les sauver alors que tu aurais dû rester près d'elles ! Qu'est-ce que t'es allé foutre pendant qu'on risquait notre peau et que Jo se faisait éventrer par les toutous de ton frère ?! »

« Je… Cas avala sa salive avec un peu de peine, ce qui en disait long sur son désarroi. J'ai fait tout ce que j'ai pu mais… »

« Ellen a dit que tu étais parti suivre les faucheuses, l'interrompit Dean, implacable. Personne ne t'a forcé que je sache ! Et quand tu t'es enfin décidé à revenir, il était trop tard ! »

« T'est-il seulement venu à l'esprit que je n'avais peut-être pas eu le choix, Dean ? »

Un silence suivit la question et Dean eut la décence de paraître gêné. Il lâcha Cas et fit un pas en arrière

« Lucifer ? » finit-il par marmonner du bout des lèvres.

Cas hocha la tête, les mâchoires crispées.

« S'échapper d'un cercle de feu sacré n'est pas facile. J'ai fait aussi vite que j'ai pu, contrairement à ce que tu as l'air de croire. »

Dean écarquilla légèrement les yeux et se tourna vers Sam, qui lui rendit froidement son regard. Le jeune homme éprouva une sinistre satisfaction en voyant son frère prendre conscience qu'il était déjà au courant. Il put presque voir le cerveau de Dean chercher frénétiquement une porte de sortie.

« Tu l'as dit à Sam mais pas à moi. »

« Sam m'a posé la question. »

Sam vit le choc, la peine et la culpabilité dans les yeux de son frère mais Dean était loin d'avoir dit son dernier mot.

« Ah voilà, on y est, riposta-t-il, les lèvres tordus dans un affreux rictus amer. Sam est le gentil et je ne suis qu'un connard sans cœur, c'est ça ? »

« Je n'ai rien dit de tel. »

« Tu l'as pensé. »

« Tu ne lis pas dans les pensées, Dean. J'ai énoncé un fait que tu interprètes à ta manière comme toujours. »

« Qu'est-ce que ça veut dire ça ? » répliqua froidement Dean en se rapprochant de Cas.

L'ange soupira et ferma les yeux. Sam s'avança. Castiel atteignait ses limites et il n'avait aucune envie de le voir faire exploser la maison ou disparaître pour faire Dieu savait quoi. Il posa une main sur l'épaule de son frère.

« Dean, je pense que ça suffit. »

« Je ne veux pas me disputer avec toi », ajouta Cas, accueillant avec un soulagement visible la médiation de Sam.

« Ah oui ? répliqua le chasseur, les mâchoires toujours tétanisées. Eh bien, je vais t'en apprendre une bonne : trop tard ! On va finir cette conversation que tu le veuilles ou non. Et ne pense même pas à te barrer ! » cria-t-il en saisissant Castiel par le col alors que l'ange esquissait un mouvement sur le côté.

C'était visiblement ce qu'il avait eu l'intention de faire. Le regard de l'ange descendit sur la main de Dean crispée sur sa chemise et remonta jusqu'à son visage.

« Lâche-moi, s'il te plait. »

« Pour que tu me files entre les doigts ? Certainement pas.

« Dean, lâche-moi. »

« Non. »

Cas plissa ses yeux et les ampoules de la pièce explosèrent dans des gerbes d'étincelles jaunes tandis qu'une violente secousse ébranlait les murs de la maison. Plusieurs cadres sautèrent hors de leur clou et s'écrasèrent au sol avec un bruit de verre brisé. Sam se baissa précipitamment, les mains levées au-dessus de sa tête pour la protéger. Lorsqu'il se redressa, Dean tenait toujours Cas par le col et par le ciel ! Sam ignorait où il était allé chercher un tel self-control car en voyant l'expression de Castiel, il fit lui-même trois pas en arrière. L'ange irradiait littéralement de rage.

« Je ne le répéterai pas, Dean, articula-t-il, d'une voix surnaturelle, ses yeux bleus flamboyant d'éclairs furieux. Lâche-moi. Tout de suite. »

Pour un peu, Sam se serait cru revenu dans la grange, quelques secondes avant que Cas et Uriel n'affrontent Alastair et ses hommes, observant avec une terreur mêlée de fascination Castiel s'avancer sans hésiter vers les démons, irradiant de fureur divine et de puissance. Il n'avait pas la moindre envie d'essuyer une telle colère maintenant.

« Dean », implora-t-il.

Le chasseur déglutit, hésita un instant mais la maison trembla plus violemment que jamais, faisant tomber plâtre et poussière du plafond. A l'extérieur, des éclairs déchirèrent le ciel, suivis une seconde plus tard d'un grondement de tonnerre surpuissant.

« Très bien. » Il lâcha le col de Cas et se détourna. « Tu veux te barrer ? Barre-toi. Va chercher Dieu, un babouin avec des oreilles d'éléphant et un cul à poids, ou ce que tu veux. J'en ai plus rien à foutre. »

L'expression de Castiel se ferma instantanément mais alors que Sam, outré, ouvrait la bouche pour protester, un son des plus incongrus, au regard de la situation, retentit juste à leur gauche : le son de quelqu'un en train d'applaudir avec une lenteur dramatique.

« Bravo, bravo, les gars ! J'en ai la larme à l'œil ! »

Les trois hommes pivotèrent dans un même mouvement. Adossé contre le mur, jambe gauche négligemment croisée sur la droite, Gabriel tapait des mains avec emphase, son éternel sourire moqueur vissé aux lèvres.

En un éclair, Sam dégaina la lame à démons et Dean braqua le Colt sur l'archange tandis que Castiel avançait pour s'interposer légèrement entre eux et son frère, une expression farouche et méfiante sur ses traits.

« Néanmoins, poursuivit Gabriel comme si de rien n'était, il manquait le baiser passionné scellant la réconciliation à la fin. »

Dean s'étrangla de rage.

« Qu… quoi ?

« On va arranger ça »

Et il leva la main. Sam ouvrit de grands yeux. Oh, bordel de merde !

« Non ! » crièrent-ils en même temps alors que le son reconnaissable entre tous d'un claquement de doigts retentissait. La seconde d'après, Dean et Castiel avaient disparu.