La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 10 : répéter

« Réveille-toi. Réveille-toi ! »

Ce n'était certainement pas la façon la plus agréable d'être tiré du lit. Un doux baiser valait bien mieux que d'être secoué en se faisant crier dessus.

« RÉVEILLE-TOI !

— Asuka ? bredouilla Shinji en se forçant à ouvrir ses paupières pesantes. Il est bien trop tôt…

— Dis-moi… dis-moi que tu te souviens ! l'implora-t-elle d'un ton quasi hystérique. Dis-moi que ce n'était pas juste un rêve !

— Du calme, grogna-t-il, tentant de chasser le reste du sommeil en lui. D… de quoi est-ce que tu parles ? »

Ses yeux finirent enfin par s'accommoder à la lumière tamisée — et s'il avait été plus réveillé, il se serait demandé pourquoi elle venait d'une porte qui n'aurait pas dû se trouver dans cette direction.

Asuka tenta de dire quelque chose, mais les mots se coincèrent dans sa gorge. C'est alors qu'il remarqua combien elle tremblait ; à quel point ses mains, crispées sur son tee-shirt, avaient la tremblote.

« Asuka, qu'est-ce qu'il y…? »

Il n'acheva pas sa phrase. Ses dernières traces de somnolence s'évanouirent aussitôt qu'il les vit.

Ses cheveux. Ses longs cheveux détachés.

Et il n'y avait pas que ça. Son visage, de ce qu'il pouvait en voir dans le noir, paraissait plus arrondi et lisse, les pommettes pas aussi marquées. Son corps également était plus petit et plus mince, les muscles de ses bras nus, raffermis par le travail ardu dans le jardin et sur les machines, semblant s'être estompés…

Elle était jeune.

Elle ne semblait guère plus âgée que le jour où ils s'étaient rencontrés, il y avait si longtemps de cela.

Les pensées se bousculaient dans sa tête par milliers, tandis qu'il tentait de comprendre une telle impossibilité, mais aucune d'elles ne lui donnait de réponse à son goût. Il bondit littéralement hors du lit, renversant presque Asuka, en contemplant les alentours avec incrédulité. Une petite chambre proprette. Il parvenait à distinguer la forme d'un étui à violoncelle dans un coin et la silhouette familière d'un lecteur S-DAT sur le bureau près du lit.

Ce n'était pas leur chambre à coucher chez eux, c'était son ancienne chambre dans l'appartement de Misato — mais sans poussière ni débris, sans le moindre signe de destruction.

Mais il n'y avait pas seulement tout ce qui se trouvait autour de lui. Son corps aussi lui semblait différent, comme si des changements censés se produire assez lentement pour s'y adapter avaient eu lieu instantanément. Il n'avait jamais eu des traits aussi distinctifs et durs que ceux de son père, mais en portant une main à son visage, il ne sentit que de la peau lisse, sans même une trace de duvet.

Mais qu'est-ce qui se passait ?

Il se retourna vers — était-ce toujours sa femme et son amante de longue date ? — qui était maintenant assise, recroquevillée sur le lit. « Comment est-ce p…?

— Shinji ? interrompit-elle la question escomptée d'un simple murmure. Où… où est Aki ? »

La main qu'il tenait encore plaquée contre sa joue retomba tandis que l'écho de ses mots résonnait dans sa tête.

-x-x-x-x-

"C'est forcément un rêve. Un très très mauvais rêve."

C'était la seule explication plausible qui venait à l'esprit de Shinji. Les années précédentes avaient duré trop longtemps pour n'être que le fruit de leur imagination, elles avaient été trop réelles.

Mais ça aussi l'était trop.

« Comment est-ce possible…? » se demanda-t-il une fois de plus dans un murmure, toujours avec le même résultat.

Ils étaient définitivement dans l'appartement de Misato, mais il ne présentait aucune des traces de destruction qu'ils avaient trouvées un peu partout la dernière fois qu'ils y avaient été. Et ce n'était pas le seul. Devant lui, par la fenêtre du salon, au-delà du balcon, se trouvaient les lumières de la ville tout à fait intacte de Néo Tokyo-3.

Mais même cette vue n'était pas aussi choquante que son propre reflet âgé de quatorze ans qui lui renvoyait son regard depuis la vitre.

Il y avait certainement moyen d'expliquer comment ils s'étaient retrouvés à l'autre bout de la ville dans leur sommeil. Qu'elle se reconstruise comme par magie était plus difficile à croire, mais même à cela, l'on pouvait trouver une sorte d'explication (fût-elle illogique) ; peut-être s'étaient-ils retrouvés inconscients plus longtemps qu'une seule nuit, peut-être n'était-ce pas Tokyo-3, mais une réplique construite à un autre endroit dans une région d'aspect semblable.

Mais qu'ils aient rajeuni était tout bonnement impossible.

S'arrachant à sa contemplation, il se retourna. Asuka était assise à la table de la cuisine, le visage enfoui dans ses mains. Elle ne pleurait pas, du moins plus maintenant, c'était tout ce qu'il pouvait en dire. Mais il était évident qu'elle aussi était pis que bouleversée par tout ça.

"« Où est Aki ? »"

La question qu'elle avait posée surpassait toutes les autres. S'ils avaient vraiment été déplacés par des revenants inconnus, Anges, aliens ou autres, elle était forcément quelque part là-dehors. Elle devait être seule, peut-être en danger, et ils n'avaient aucune possibilité de l'aider. Mais même cette horrible idée valait mieux que…

Leur attention fut attirée par l'ouverture soudaine du deuxième réfrigérateur, d'où un pingouin bien connu émergea en se dandinant, remarqua leur présence en leur adressant un bref regard avant de se diriger vers la salle de bains.

« Pen-Pen ? suffoqua Shinji, incrédule. S'il est là, alors… »

Il sentit s'accroître la sensation de malaise dans son estomac. S'ils avaient vraiment remonté le temps, alors ça voulait dire…

Non. NON ! Il ne pouvait pas accepter ça. Il n'avait rien voulu entendre quand Asuka avait fait remarquer cette éventualité et il ne le voulait toujours pas maintenant. Il y avait forcément une autre possibilité.

« Peu-peut-être qu'un autre Ange est venu et que maintenant il nous embrouille l'esprit, je ne sais pas, finit-il par proposer, rompant le silence.

— Non, dit Asuka à voix basse avec un léger frisson. Ça nous paraîtrait… différent… »

Shinji détourna le regard, la culpabilité s'ajoutant maintenant au mélange d'émotions pour lui avoir rappelé cela.

L'autre possibilité était que quelque chose — que ce soit un Ange ou peut-être même la NERV — leur ait altéré l'esprit de manière à ce que leur vie après le Troisième Impact et les événements qui y avaient mené leur aient paru plus réels qu'un rêve. Mais c'était une possibilité qu'il la savait tout aussi peu encline à accepter que lui.

« Alors tu veux vraiment dire… » Il laissa sa phrase en suspens. « Mais, si nous avons voyagé dans le temps, est-ce qu'on ne devrait pas se trouver dans nos propres — enfin, dans nous propres corps d'adultes plutôt que dans nos jeunes corps ?

— Comment veux-tu que je le sache ?! rétorqua Asuka. Je m'y connais à peu près autant que toi là-dedans !

— Oh là là, si tôt et déjà en train de vous disputer ? » marmonna Misato d'une voix fatiguée en sortant de sa chambre, passant devant eux pour se diriger vers le frigo.

Misato… passant devant eux…

« M-Misato… » murmura Shinji, incrédule, en voyant la femme morte des années plus tôt pour le sauver qui se tenait là, avec un sourire et une canette de bière fraîchement récupérée, comme si rien ne s'était passé. L'espace d'un instant, la situation irréelle fut oubliée, son esprit trop préoccupé par le fait qu'il lui faisait face à nouveau.

Sans quitter des yeux son ancienne tutrice, il se dirigea vers elle et, en hésitant, craignant presque qu'elle ne disparaisse à nouveau s'il agissait sur un coup de tête, serra dans ses bras le major surpris.

« Eh ben dis donc, bonjour à toi aussi », bafouilla-t-elle d'un ton amusé, rompant le charme.

Aussitôt, il reprit brutalement contact avec la réalité et recula lentement. « Euh… désolé… bredouilla-t-il. J'ai juste…

— Tout va bien ? »

Il cligna des yeux en la regardant d'un air surpris.

Misato lui adressa un sourire en coin en le dépassant pour prendre sa chaise. « Eh bien, normalement tu te mets à rougir comme une pivoine après quelque chose comme ça, expliqua-t-elle. On se sent un peu viril aujourd'hui ? »

Les épaules de Shinji s'affaissèrent. Il s'y était attendu, mais maintenant il voyait bien qu'elle n'était pas dans la même situation qu'eux et qu'elle ne saurait pas non plus ce qui se passait. « Non. » Il secoua la tête. « Pas vraiment. »

Un bref coup d'œil à Asuka suffit à les mettre temporairement d'accord. Il valait probablement mieux qu'ils ne mettent pas leur ancienne tutrice au courant de la situation tant qu'ils n'avaient eux-mêmes absolument aucune idée de ce qui se passait.

« Qu'est-ce que vous avez tous les deux, d'ailleurs ? demanda Misato, comme si elle les avait entendu penser. Pas encore déjeuné ? Vous n'êtes pas censés vous préparer pour aller à l'école à cette heure-là ? »

L'école ? Il tourna la tête vers Asuka et croisa son regard ébranlé, semblable au sien. Non, l'école n'était tout simplement pas une option à l'heure actuelle. Ils avaient trop à décider avant qu'ils ne soient l'un ou l'autre capables de seulement aller à l'école — à nouveau.

« Misato… Asuka… ne se sent pas très bien. Ça vous dérange si nous restons à la maison aujourd'hui ?

— "Nous" ? répéta Misato, son regard passant de l'un à l'autre.

— Ben, je... euh… pensais qu'il valait mieux que quelqu'un soit là… au cas où elle aurait besoin de quelque chose… Et vu que vous devez aller à la NERV… »

L'expression initialement surprise de Misato se changea vite en un large sourire qui s'étira derrière sa canette de bière. « Alors vous voulez sécher l'école tous les deux ? demanda-t-elle d'un ton moqueur. Rester à la maison tout seuls pour la journée ? J'espère que vous êtes bien préparés pour ça. On n'a pas besoin d'une pilote enceinte, pas vrai ? »

Son sourire vacilla devant l'absence de la réaction habituelle. Elle ne pouvait pas savoir que ce qui pour elle n'était qu'une blague ne faisait que leur rappeler davantage la situation pénible dans laquelle ils se trouvaient.

« Hein ? Pas de dénégations affolées, pas de jurons ni de menaces de mort ? Vous devez vraiment être malades », déduisit-elle, presque sur un ton d'excuse.

Soudain elle s'immobilisa en pâlissant, braquant sur Asuka un regard craintif. « Tu… tu n'es pas enceinte pour de bon, quand même ? »

Asuka serra les poings, mais elle ne réussit pas à dissimuler le tremblement de son corps aussi bien que ses yeux derrière ses mèches. « Non », siffla-t-elle entre ses dents serrées, cet unique mot se coinçant presque dans sa gorge.

Misato sourit nerveusement, apparemment toujours incertaine devant cette scène insolite. « Ma foi… vous êtes tous deux soumis à beaucoup plus de stress que les autres jeunes de votre âge. J'imagine que ce n'est pas si étonnant que ça que vous vous sentiez un peu lessivés, estima-t-elle en observant le visage abattu d'Asuka. Très bien, vu qu'en ce moment vos notes ne sont pas si mauvaises, un jour de repos ne vous fera pas de mal. Mais si quelqu'un vous demande, vous aviez au moins de la fièvre. » Elle leur fit un clin d'œil avant de le diriger vers la pendule.

Elle grogna alors en se passant la main droite sur le front. « Je devrais peut-être me sentir un peu fiévreuse moi aussi, gémit le major devant la perspective bien trop imminente du début de sa journée de travail, en se levant pour aller se préparer. Mais les types du Département des Renseignements vont sans doute m'arracher la tête s'ils ne reçoivent pas mes rapports aujourd'hui. »

-x-x-x-x-

Ils avaient à peine dit deux mots de plus à Misato pour ne pas la rendre curieuse, mais après son départ, la situation ne changea guère. Shinji restait assis en silence, sans adresser davantage qu'un bref regard à l'autre bout de la table de temps à autre. L'incident avec Misato n'avait rien fait d'autre que le distraire brièvement du tournis dans sa tête et moins encore de la douleur dans sa poitrine.

Mais le silence n'y changeait rien ; il ne faisait qu'empirer les choses. Il devenait écrasant et il finit par se sentir à peine capable de respirer. Une part de lui voulait le fuir, mais il savait fort bien que ça ne servirait à rien. Il devait le rompre, prendre la parole avant qu'il ne devienne insoutenable.

« Alors, qu… qu'est-ce qu'on va faire ? »

Shinji crut d'abord qu'elle était juste en train d'y réfléchir de son côté, mais quand la forme apathique de sa femme rajeunie, affalée sur la table de la cuisine, ne montra aucun signe de réponse, il se mit à douter qu'elle ait seulement entendu sa question posée à voix basse.

« Asuka, qu'est…?

— Comment le saurais-je ? »

Il soupira. Après que le monde soit mort, même après une catastrophe aussi insurmontable, elle avait presque immédiatement adopté son attitude professionnelle en les menant tous deux de l'avant, en faisant des plans et en s'occupant de tout ce qui était nécessaire avant de s'autoriser à faire face aux événements traumatisants du Troisième Impact. Elle avait paru si forte à nouveau, exactement comme elle l'avait été avant sa confrontation dévastatrice avec le 15ème Ange.

Mais maintenant…

Maintenant cela lui semblait comme à l'époque, à la suite de cet horrible assaut sur sa psyché, lorsqu'il ne pouvait rien faire d'autre que regarder la vie la fuir petit à petit ; peut-être même pire encore. Cette voix éteinte avec laquelle elle l'avait coupé, l'amertume qui résonnait dans chaque mot qu'elle prononçait sans bouger d'un pouce : tout ça, c'étaient des caractéristiques de l'Asuka qu'il détestait le plus. L'Asuka qui n'en avait plus rien à faire. L'Asuka qui avait renoncé.

Comment pouvait-elle ? Comment pouvait elle abandonner maintenant qu'Aki avait…

« On… on devrait demander au Dr. Akagi. Peut-être qu'elle sait comment nous pourrions… revenir ou… » Il laissa sa phrase en suspens pour pousser un soupir las. « …ou la ramener ici… »

Asuka se contenta de ricaner avec mépris devant cette idée. « Voyager dans le temps est pratiquement impossible. Et Akagi n'est même pas une experte en la matière. De quelle aide elle nous serait…

— Mais ça doit être possible, protesta-t-il. Je veux dire — nous en sommes la meilleure preuve, non ?

— Et où crois-tu que ça nous mènerait, rétorqua-t-elle sèchement, reprenant enfin un peu de son poil de la bête passé. Soit on nous traiterait de fous, soit ils nous testeraient en nous sondant à mort. Alors pourquoi et comment quiconque nous aiderait-il pour quelque chose que la science juge impossible ? À moins bien sûr que tu n'aies sous la main une méthode pratique pour dépasser la vitesse de la lumière !

— Mais… alors on devrait juste baisser les bras et laisser tomber ? J-je veux dire, il faut tout de même qu'on le dise à quelqu'un ! Il faut qu'on fasse de notre mieux pour que tout ça ne se reproduise pas ! Il faut qu'on prévienne les gens !

— Non mais est-ce que tu t'entends parler ?

— Mais il faut qu'on fasse quelque…!

— À QUOI BON ?! cria soudain Asuka au comble de la frustration. Pourquoi devrais-je me soucier de refaire à nouveau tout ça ?! Pourquoi devrais-je faire tout ce qui est en mon pouvoir pour rendre ce monde meilleur alors qu'il m'a tout pris ?! Pour qu'il puisse revenir à zéro encore une fois ? »

Il n'arrivait pas à croire à ce qu'il entendait. « Alors… tu as déjà abandonné pour de bon ? marmonna-t-il en secouant la tête. Et si elle était arrivée avec nous, après tout ? Est-ce qu'on ne devrait pas retourner… à la maison ? Sortir ? Pour essayer de la trouver ?

— Elle n'est pas… murmura-t-elle, ravalant ses sanglots de nouveau en total contraste avec son précédent éclat de voix, secouant la tête en se laissant retomber sur sa chaise. Je n'arrive pas à… la sentir. Elle n'est pas là.

— Asuka… » soupira Shinji, un peu soulagé, fût-ce tristement. Mais il savait qu'admonester la rousse au sujet de sa foi en son instinct maternel naturel et ses limites ne leur servirait à rien en ce moment.

Elle trembla et sa voix se brisa alors complètement. « Tu… tu crois vraiment que je serais prête à l'accepter juste comme ça ? Que je voudrais vraiment renoncer aussi facilement dans une affaire aussi grave ? » Ses larmes tombaient sans retenue sur la table maintenant, chaque goutte ajoutant davantage au chagrin de Shinji. « Mais… mais plus j'y réfléchis, moins je vois de solutions possibles. »

Quand regarder plus longtemps lui devint insupportable, Shinji se rapprocha rapidement d'elle et la serra contre lui. Il se sentit coupable en réalisant à quel point ses intentions avaient été égoïstes, sentant sa chaleur le réconforter tandis qu'elle se penchait contre sa poitrine et nouait ses bras autour de lui. Mais en la sentant se calmer lorsqu'il lui passa une main dans le dos, cela rappela à sa conscience qu'elle avait besoin de lui tout autant qu'il avait besoin d'elle maintenant.

« Et Misato ? finit-il par tenter à nouveau prudemment. À elle, au moins, on pourrait le lui dire. »

Mais Asuka secoua la tête avant même qu'il n'ait fini d'énoncer son idée. « Elle se soucie déjà de nous bien plus qu'il n'est bon pour quelqu'un dans sa situation, marmonna-t-elle. Si elle venait à apprendre ce que nous allons subir dans les combats à venir, elle tenterait probablement de trouver un moyen de nous en tenir à l'écart ou en tout cas plus ou moins à l'abri, ce qui ne ferait que nous garantir qu'ils finissent pour le pire. »

-x-x-x-x-

Ils passèrent le plus clair de la journée en silence après leur dispute. Ils bougèrent à peine de la table pendant que le temps s'écoulait avec une lenteur pénible. L'heure du déjeuner arriva et passa, mais bien qu'ils aient déjà manqué le petit déjeuner, aucun d'eux n'avait d'appétit. Tout ce qu'ils faisaient était de penser.

Et Asuka détestait ça. Elle ne pouvait, ne voulait pas penser avec ce trou noir qui lui dévorait le cœur de l'intérieur. Chaque fois que son esprit se mettait à vagabonder, il parvenait toujours à la même conclusion insupportable : Aki avait disparu. Une catastrophe à ce point totalement irréelle avait frappé et fait crouler les fondations mêmes de son bonheur.

Chaque fibre de son être s'élevait contre ce fait, lui criant que ce n'était qu'un horrible cauchemar ou une plaisanterie extrêmement cruelle de la part d'un quelconque être supérieur. Mais elle le savait depuis le moment où elle s'était réveillée sans Shinji à ses côtés, depuis qu'elle avait remarqué où elle se trouvait et dans quel état. Elle n'avait eu qu'à ouvrir les yeux pour le savoir. C'était réel. Elle était incapable d'expliquer le pourquoi du comment, mais elle savait que c'était réel.

Aki avait disparu.

Enfant, elle avait été dévastée par la perte de sa mère, la personne la plus importante pour elle à cette époque, celle qu'elle aimait plus que tout et dont elle ne voulait que l'attention en retour.

Maintenant, en tant que mère, elle avait également perdu son enfant et une fois de plus, celle qui était la plus chère à son cœur lui avait été arrachée de sa vie parce qu'elle n'avait pas su protéger Aki de cette menace inconnue. Mais la culpabilité n'était rien à côté de la sensation de vide en elle.

Peut-être que cette malédiction dont elle avait un jour parlé à Shinji existait après tout. Une malédiction visant directement ce lien spécial entre mère et fille, le rompant prématurément de la plus atroce manière qui soit.

Tous deux tressaillirent subitement, surpris l'espace d'une fraction de seconde par un bruit soudain, devenu peu familier depuis le temps, avant que le souvenir de la sonnette ne ressurgisse.

« Qui… qui est-ce que ça peut bien être ? » se demanda Shinji en se levant de sa chaise pour aller ouvrir la porte.

Asuka en revanche était dénuée de curiosité. « Quelle importance ? » marmonna-t-elle, mais plus pour elle-même, vu qu'il était déjà hors de portée de voix.

Elle entendit la porte s'ouvrir dans un chuintement un instant plus tard, suivi par le hoquet de surprise de Shinji. « Oh ? B-bonjour.

— Salut. Katsuragi m'a dit de passer vous voir tous les deux quand j'aurais le temps. »

Cette voix…? Non, ça ne pouvait pas être…

Et pourtant, elle se retrouva en train de se mettre debout, se dirigeant presque indépendamment de sa volonté vers le hall d'entrée.

« K-Kaji…? » Asuka ne pouvait que dévisager l'homme à la queue de cheval, ses yeux écarquillés se braquant au bout du compte nerveusement vers Shinji à côté de lui. Elle s'était rarement sentie aussi hésitante qu'à ce moment-là, dans cette situation à laquelle elle n'aurait jamais songé devoir s'attendre. Elle avait complètement oublié que tout cela voulait dire qu'il serait là, lui aussi.

Elle ne pouvait nier avoir eu un élan de jalousie quand Shinji avait enlacé Misato de manière aussi affectueuse, quelque chose qu'elle n'avait pas ressenti depuis des années. Quand la seule autre personne de sexe féminin sur la planète qui vous fait concurrence pour l'amour de votre mari est votre propre fille, vous n'avez aucune raison de ressentir une chose pareille. Mais même si son ancienne tutrice lui avait parfois manqué à elle aussi et même si elle savait où en était Shinji par rapport à Misato et à elle-même respectivement, cette scène lui avait douloureusement fait comprendre qu'elle devrait le partager à nouveau, dans une certaine mesure, y compris avec des gens avec lesquels elle ne voulait pas le faire. Il lui avait été plus dur qu'elle ne l'aurait cru de ne pas se laisser engloutir par toutes ces anciennes émotions qui remontaient et de se rappeler du présent.

Et maintenant, l'homme qu'elle avait admiré tant d'années durant se tenait là et elle se trouvait face au revers de la médaille. Elle se souvenait encore de combien elle avait été avide de son attention, de ce qu'il l'accepte comme étant adulte, combien elle avait voulu se voir satisfaite par ce beau gosse, amoureuse de lui jusqu'à l'illusion. Elle se souvenait aussi encore de sa tristesse, de sa fureur et de son déni face à sa "disparition", même après que Shinji lui ait dit tout net qu'il était mort.

Cependant, elle se souvenait aussi — et elle ne put réprimer un tout petit sourire à cela — qu'il était plus beau dans son souvenir.

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Kaji ne resta que quelques minutes avant de prendre congé pour retourner au travail, mais non sans prendre d'abord Shinji à part lorsqu'ils atteignirent la porte.

« Je ne savais pas trop quoi penser de ce malaise subit, avoua-t-il à voix basse en adressant un dernier regard à la rousse, mais on dirait bien que c'est vraiment autre chose que ses indispositions habituelles. » Son sourire espiègle apparut. « Elle n'a même pas essayé du tout de se jeter sur moi.

— Je… je sais, M. Kaji, acquiesça Shinji.

— Et toi non plus tu ne sembles pas tout à fait toi-même.

— Hein ? » Se doutait-il de quelque chose ? Avait-il déjà remarqué, d'une manière ou d'une autre ? Découvrir des secrets était son métier, après tout. Shinji savait qu'Asuka n'était pas d'avis qu'ils aillent chercher de l'aide, mais si Kaji l'avait compris tout seul…

— Ouais, tu es sûr que vous ne voulez pas aller voir un médecin, tous les deux ?

— O-oui, souffla Shinji, tentant de ne pas montrer sa déception en voyant ses espoirs ruinés. Juste… juste un peu fatigué.

— Fatigué, hein ? sourit Kaji d'un air entendu. Bon, j'y vais. Essaye de ne pas être aussi fatigué demain. »

Après un dernier signe de la main en guise d'adieu, l'homme mal rasé sortit et la porte se referma derrière lui.

Et même si ses paroles n'avaient pas voulu dire ce qu'avait cru Shinji, elles le laissèrent songeur.

« Qu'est-ce qu'il t'a dit ? » La voix d'Asuka le tira de ses réflexions lorsqu'il revint vers elle. L'effet bénéfique que la visite de Kaji avait eu sur elle, aussi minime soit-il, avait été fort bref.

— Il a juste remarqué que nous n'étions pas tout à fait ceux que nous étions.

— Ceux que nous étions ? » répéta-t-elle à voix basse, avant de se replonger dans le silence et de demeurer ainsi un long moment.

Shinji tenta de se distraire dans la cuisine. Il ne fit cependant que préparer une soupe instantanée pour un déjeuner tardif. Après tout, il doutait qu'elle puisse avoir plus faim que lui. C'est seulement lorsqu'il posa le bol devant elle qu'elle reprit soudain la parole. « Elle me détesterait, tu sais ?

— Hm ? » Il ne voyait pas vraiment où elle voulait en venir.

— Celle que j'étais. Elle détesterait ce que je suis devenue. Me contenter d'une vie d'épouse et… » Ses lèvres tremblèrent lorsqu'elle se força à prononcer le mot. « …et de mère. Trouver mon bonheur avec toi, par-dessus le marché. Elle — je — n'avais jamais rien voulu de tout ça. Tout ce qui comptait pour moi était d'être la meilleure. La meilleure pilote, la meilleure élève, la meilleure en tout, et seul le meilleur était assez bon pour moi en retour. Une famille n'aurait été qu'un frein. J'avais assez à faire à m'occuper de moi-même, je n'avais pas de temps ou d'énergie à perdre à m'occuper des autres.

— Alors tu as changé de point de vue. Pas de quoi culpabiliser, la rassura-t-il.

— Mais dans un sens, je "l'"ai trahie. Tout ce pour quoi elle vivait et tout ce qui n'en faisait pas partie. C'est pour ça qu'elle me détesterait. Pour t'avoir accepté. Pour m'être permis de tomber amoureuse de toi. Pour adorer ma nouvelle vie. » Elle lui adressa un léger sourire l'espace d'une seconde tandis qu'il lui posait une main réconfortante dans le dos. « Elle me détesterait même pour apprécier ce contact. Je ne sais pas comment je pourrais jamais être à nouveau elle.

— À t'entendre, celle que tu étais semble bien pire qu'elle ne l'était vraiment. » Il secoua la tête. « Les gens changent, Asuka. Surtout quand ils grandissent. C'est parfaitement normal, même si ça va jusqu'à flanquer par la fenêtre tout ce en quoi l'on croyait. On apprend de ses erreurs, on apprend des gens qu'on rencontre, on apprend des expériences que l'on fait et qu'on obtient. Si nous nous accrochions à nos convictions sans jamais les remettre en question ni oser passer à autre chose par peur des possibilités inconnues qui s'ouvriraient devant nous, nous resterions toujours à nous demander ce qui aurait pu être.

— Et alors ? » dit-elle sur un ton qui lui fit se demander si elle l'avait seulement écouté. En tout cas, ce n'était pas la réponse qu'il avait voulu entendre.

Shinji ferma les yeux, reconsidérant ses mots. « Elle ne te détesterait pas. Si elle le faisait, elle ne serait jamais devenue toi pour commencer. Je doute fort que "lui" me détesterait. Même si ça le surprendrait sans doute de voir ce qu'il deviendrait un jour. Mais surtout : je ne le déteste pas non plus. Il avait trop peur, trop de doutes en lui et il se méprisait pour ça. Et pourtant je ne peux pas le détester parce que je sais très bien pourquoi il était ainsi. Mais… Asuka… énonça-t-il ce qu'il avait en tête depuis le départ de Kaji. Tu sais, si nous voulons que personne ne sache, pour être sûrs qu'ils ne se doutent de rien du tout, il va falloir que nous nous comportions exactement comme ceux que nous étions. » Il l'observa attentivement, en quête d'une réaction. « Est-ce que tu t'en sens vraiment le courage ? »

Elle ne répondit pas, détournant le regard vers le sol. Ils savaient tous deux ce que cela exigerait d'eux dans l'état actuel des choses. Mais alors que lui n'aurait guère de mal à masquer sa dépression avec son ancien mode de vie, il serait mille fois plus dur pour elle de conserver l'attitude impétueuse de celle qu'elle était. Du moins tant qu'il n'y aurait aucun signe de leur fille unique…

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Le soleil matinal qui brillait à travers la fenêtre l'avait déjà réveillée il y avait de cela un bon moment, mais Asuka n'avait pas bougé depuis.

Elle ne voulait pas se retourner pour chercher à tâtons une autre personne à côté d'elle. Elle ne voulait pas ouvrir les yeux pour voir si elle était dans la chambre de sa belle maison. Elle essayait de ne pas écouter les bruits venant de l'extérieur qui n'auraient pas dû être là. Elle ne voulait rien faire du tout.

Tant que ça durait, elle pouvait garder l'espoir que la journée de la veille n'avait été en fin de compte qu'un mauvais rêve, ou que ce qui s'était produit était tout simplement retourné à la normale tout seul ; qu'elle était de retour dans ce monde si solitaire et désolé pour certains, mais pour elle déjà si rempli par la seule présence des deux personnes les plus chères à son cœur.

Mais les larmes qui s'échappaient de ses yeux étaient une preuve suffisante que ses espoirs étaient vains.

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C'était bruyant.

Ce fut la première chose que remarqua Shinji lorsqu'ils sortirent de l'immeuble d'appartement, avant même qu'il ne prenne conscience de la silhouette parfaitement intacte de la ville à l'horizon. Il fallait s'attendre à ce qu'il n'y ait aucune trace de la destruction laissée par le Troisième Impact, mais tout comme le silence soudain et accablant avait été étrange autrefois, il fut pris par surprise par l'impact des bruits de milliers de moteurs, des klaxons de voitures, des chantiers — et des gens.

Ils ne rencontrèrent pas tant de piétons que ça sur le chemin de l'école, mais après n'avoir vu que deux autres humains pendant si longtemps, n'en croiser qu'une dizaine leur paraissait tellement incroyable. Après des années d'isolement, il leur sembla soudain être tout juste revenus d'une île déserte, comme si l'humanité avait continué à vivre sans eux et pas l'inverse.

C'était étrange et pourtant si familier de se rappeler de toutes ces petites choses comme s'arrêter à un feu rouge, faire attention aux voitures en traversant la rue, ou encore le chemin de l'école lui-même.

Mais même en étant assailli par ces nouvelles impressions anciennes, il n'arrivait pas vraiment à se concentrer sur aucune d'elles. De temps à autre, ses yeux se dirigeaient vers l'adolescente à côté de lui, qui avait été sa femme et la mère de son enfant moins de deux jours auparavant. Plus d'une fois, il voulut lui demander si elle se sentait vraiment prête pour cela, mais il aurait menti s'il avait prétendu se sentir ne serait-ce qu'un tant soit peu prêt lui-même. Ils ne pouvaient pas se cacher éternellement. Tôt ou tard, il faudrait qu'ils se retrouvent face à eux.

Il sursauta légèrement en la sentant effleurer sa main avec la sienne, entrelaçant ses doigts parmi les siens. Elle ne disait rien et gardait son regard stoïquement braqué droit devant elle, mais il comprit quand même. Il lui adressa ses remerciements en lui rendant sa légère pression. Risquer de se faire voir ainsi n'était pas avisé, mais ils maintinrent mutuellement leur soutien silencieux jusqu'à ce qu'ils parviennent à un pâté de maisons du collège.

À partir de là, Shinji prit un peu d'avance, comme ils en avaient décidé. Il n'était pas rare qu'Asuka ne veuille pas être vue en sa compagnie, aussi cela susciterait sans doute moins de questions que s'ils entraient côte à côte. Et la dernière chose dont ils avaient besoin aujourd'hui était de questions idiotes.

Lorsqu'il pénétra enfin dans la salle de la classe 2-A, il ressentit à nouveau cette joie ternie en se retrouvant face à tant de visages familiers. Trois d'entre eux en particulier se détachaient du lot.

Il se fit violence pour ne pas se précipiter vers eux et répéter la scène de ses retrouvailles avec Misato, du moins avec les deux garçons qui avaient été ses meilleurs — et pendant longtemps ses seuls — amis. Ce fut en revanche la troisième personne qui s'empressa de venir à sa rencontre lorsqu'il se dirigea vers son ancien bureau.

« Où étiez-vous hier ? exigea de savoir la déléguée de classe Hikari Horaki de sa manière toujours aussi stricte.

— Hein ? On n'a pas été dispensés ? s'étonna Shinji, tentant de se rappeler de leur excuse. Asuka était malade et… »

Une grande tape sur son épaule le propulsa en avant. « Ouais, c'est ça, le coupa Toji avec un sourire arrogant. Depuis quand est-ce que tu te sens le besoin de veiller sur elle quand elle ne se sent pas bien ? Allez Ikari, crache le morceau : comment elle était ? »

Shinji dut réprimer son propre sourire en luttant contre l'envie de le prendre par surprise et de lui raconter en détail à quel point "cela" était bon en réalité et surpassait de loin les fantasmes adolescents du sportif. Mais il se rappela que pour tout le monde exceptés Asuka et lui-même, il était le même garçon timide et naïf qu'ils avaient connu ces derniers mois. Sa réponse fut tout aussi brève :

« Hein ?

— Oh, à qui crois-tu pouvoir le cacher ? Je peux pas dire que je sois très satisfait de ton choix, mais j'imagine que ce n'est pas vraiment le caractère qui compte dans ces cas-là, et le corps est pas mal, alors… laquelle est la meilleure partie ? Les seins, pas vrai ? Si doux et moelleux…

— Hein… qu…? » Shinji n'eut même pas à se forcer pour rougir, moins du sous-entendu cependant que de la manière embarrassante dont son ami salivait tandis que Toji continuait à faire la liste en décrivant — du moins ce qu'il croyait être — les sensations des différentes parties du corps féminin. Son air rêveur se fit cependant craintif aussitôt qu'une fille en colère lui fit remarquer sa présence.

« Suzuhara ! l'apostropha Hikari d'un ton menaçant en saisissant l'oreille de Toji dans une prise douloureuse.

— Ouillouillouille, bon sang déléguée, qu'est-ce qu'il y a ? grimaça-t-il jusqu'à ce que la brune le lâche à contrecœur.

— Tu dois encore arroser les fleurs !

— Encore ?! Aïe ! » Sans laisser le moindre point faible dans son excuse pour l'empêcher de faire des choses qui le rendraient moins sympathique à ses yeux, Hikari s'éloigna en traînant le sportif à sa suite.

— Il n'apprendra jamais, pouffa Kensuke devant ce spectacle, mais tout espoir qu'il accepte l'histoire de Shinji plus facilement que leur ami bourré de testostérone fut vite enterré. Alors, où étiez-vous vraiment tous les deux ?

— Mais je viens juste de dire…

— Ça a quelque chose à voir avec la NERV, c'est ça ? Quelque chose de tellement top secret que vous n'avez même pas la permission de l'admettre. »

Shinji soupira intérieurement. Il se souvenait assez bien de Kensuke pour savoir que, peu importe qu'il admette cela ou non, il n'aurait pas fini d'en entendre parler tant le binoclard poursuivrait sa quête de la vérité derrière ce secret. Réfléchissant éperdument à une excuse, il remarqua Asuka qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Apparemment, elle assistait à la scène depuis un certain temps.

« Euh… ouais, tu sais quoi, il faut encore que je discute de quelque chose avec Asuka… » bredouilla-t-il à la hâte avant de se précipiter vers sa moitié. Se tenant le dos à la classe, il s'autorisa à souffler un bon coup.

« Début difficile ? devina Asuka en gardant les yeux sur la classe.

— Il fallait s'y attendre, j'imagine. Mais il n'empêche… marmonna-t-il en secouant la tête tandis qu'il soupirait. C'est bizarre. Ils sont exactement tels que dans mes souvenirs, et pourtant…

— Ils paraissent si jeunes, acheva Asuka en hochant la tête.

— Hé les tourtereaux, qu'est-ce que vous vous chuchotez tous les deux ? leur lança Toji en remarquant leur proximité.

— Que tu es un porc immature ! » lui aboya Asuka en retour dans une tentative de ressusciter son ancienne attitude, mais Shinji voyait bien à quel point cela lui donnait du mal.

C'est à ce moment-là qu'il remarqua le tressaillement soudain, aussi léger soit-il, d'Asuka et en suivant son regard, il n'en comprit que trop bien la raison.

La voilà, cette énigme de longue date : clonée à partir des restes de sa mère ; en partie Ange ; celle qui avait le pouvoir de ramener tous les humains de la planète au néant. Après ne l'avoir vue qu'ainsi pendant des années, dans la forme imposante qu'elle avait pris à la fin, il lui semblait impossible de jamais pouvoir revoir la délicate fille de quatorze ans qu'était Rei Ayanami du même œil.

Cela lui parut plus qu'étrange de la voir passer devant eux en entrant et se diriger vers son bureau où elle pendit son cartable au crochet sur le côté avant de s'asseoir. Même la manière dont elle appuya sa tête contre sa main avant de laisser son regard vagabonder depuis l'intérieur de la salle de classe vers l'extérieur par la fenêtre ; tout semblait tellement… normal.

Bien sûr, Rei avait toujours été nimbée d'une aura de mystère ou, selon le point de vue, de bizarrerie. Mais nul n'avait jamais douté sérieusement, bien qu'elle soit renfermée, voire même quelque peu apathique, et malgré son apparence unique, qu'elle soit un être humain "normal".

Mettre ses plans à exécution lui parut soudain bien plus difficile.

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Asuka fixait du regard la canette ouverte devant elle. Elle avait eu soif en rentrant de l'école ce jour-là, toute seule car Shinji était de corvée de nettoyage. Mais dès qu'elle s'était assise à table, elle s'était sentie incapable de porter la limonade fraîche à ses lèvres. En fait, elle se sentait incapable de faire le moindre mouvement.

Ça ne faisait que quelques jours maintenant, mais elle se sentait tellement fatiguée, tellement à bout de forces. Elle avait tenté de faire comme si tout allait bien, mais comment pouvait-elle y arriver quand ça allait tout sauf bien ? Se comporter de manière bravache et arrogante avait été autrefois pour elle une cuirasse naturelle pour cacher aux autres sa souffrance, mais sa constitution avait nécessité un processus long et insidieux qui avait commencé bien avant la mort de sa mère, un peu même avant qu'elle ne perde la raison. Ceci, en revanche, avait été un choc total qui l'avait paralysée avant qu'elle n'ait pu s'y préparer de quelque manière que ce soit.

Elle était incapable de penser à autre chose. Peu importe où elle était, peu importe ce qu'elle voyait, tout la rappelait à sa mémoire. Comment était-elle censée suivre les cours quand la seule chose qu'elle avait en tête, c'était ce sourire qu'elle ne reverrait probablement plus ou la chaleur du corps de son petit ange aux cheveux bruns qu'elle ne serrerait sans doute jamais plus dans ses bras ?

Même un coup d'œil à la pendule. 16:30. Et la seule chose qui lui venait à l'esprit était que dans deux heures, elle aurait dû dire à Aki de se brosser les dents et de se préparer à aller au lit, ce qui aurait pris une heure de plus avant qu'elle ne s'endorme.

« Toujours pas en forme ? »

Asuka redescendit subitement sur terre. Elle n'avait pas réalisé jusqu'ici à quel point ses mains tremblaient, écrasant légèrement la canette qu'elle avait tenue tout ce temps.

Misato passa à côté d'elle pour se diriger vers le frigo et se prit une bière. Asuka ne l'avait même pas entendue rentrer. « Si tu ne te sens toujours pas mieux… poursuivit la femme inquiète en faisant sauter la languette d'ouverture de la canette tandis qu'elle s'asseyait de l'autre côté de la table. Tu es sûre que tu ne veux pas aller voir un médecin ?

— Oui, je suis sûre ! » grommela Asuka d'une voix sourde, tentant de paraître simplement ennuyée. Mais elle ne réussit à maintenir cette apparence que l'espace d'une seconde avant de se laisser retomber vers l'avant avec un soupir éreinté, plaçant sa tête dans ses mains. « Je me sens seulement… »

— Au bout du rouleau ? acheva pour elle Misato. Ma foi, ça arrive de temps à autre. Mais te connaissant, tu te sentiras sans doute mieux une fois dans ton Eva.

— Mon Eva ? » Asuka releva la tête vers elle, quasiment sous le choc. Elle n'y avait même pas pensé.

— Tu avais oublié ? Vous avez tous les deux un test de synchro aujourd'hui. Enfin, si tu te sens en mesure de le faire. Ils sont encore un brin chatouilleux au sujet de cet "incident", bien que tout le complexe ait été démonté pièce par pièce, alors les test plugs sont toujours hors de question, même si tout a été remis en place depuis.

— Incident ? » réfléchit Asuka, plus pour elle-même qu'autre chose. Elle réalisa soudain qu'ils — ou du moins elle — n'avait pas vraiment pensé à l'époque précise à laquelle ils étaient revenus. Elle avait vu les dates, mais celles-ci ne lui avaient pas dit grand-chose. Et l'école avait été trop banale pour lui fournir un rappel distinctif. Le seul "incident" avec les test plugs dont elle se souvenait était la fois où ils avaient été éjectés alors qu'ils étaient nus dans leurs plugs.

Ce qui voulait dire que cet Ange d'ombre viendrait ensuite. Celui qui avait englouti…

« Dis donc, toujours aussi maussade… commenta Misato avec un regard apitoyé, qui fut vite remplacé par un sourire circonspect. Peur que Shinji finisse par te battre ? Il est en train de te rattraper assez vite, ces derniers temps.

— Non, ce n'est pas… » commença Asuka à voix basse, mais elle se souvint alors de son rôle. Elle n'aurait pas réagi avec une simple dénégation à l'époque, n'est-ce pas ? « Je veux dire : bien sûr que non ! Ces… tests sont juste ennuyeux, c'est tout. On sait déjà que c'est moi la meilleure, de toute façon ! »

Comme c'était puéril…

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« Dire qu'on porte à nouveau ces trucs », marmonna Shinji avec un sourire las en baissant les yeux sur la plug suit grise et bleue sur son corps.

Asuka n'avait cependant pas envie de faire de commentaires sur une banalité pareille. Elle s'était adossée à la cloison latérale de l'ascenseur qui amenait les pilotes à la passerelle menant aux Entry Plugs de leurs Evas. Ce n'était pas qu'elle l'ignorait, même si ça en avait probablement l'air — comme prévu —, elle le comprenait fort bien.

C'était encore pire que lorsqu'elle avait remis son ancien uniforme scolaire. Cette tenue rouge pressurisée qui recouvrait sa peau de manière parfaitement ajustée ; elle la portait autrefois fièrement comme un symbole de son rang et de son statut en tant que pilote, mais maintenant elle lui rappelait juste une vie qu'elle avait était contente d'abandonner quand elle l'avait enfin pu. Quand elle avait pressé le bouton qui provoquait la contraction de la combinaison jusqu'à ce qu'il ne reste plus d'air interférant entre son corps et le matériau conducteur, elle s'était presque sentie emprisonnée dedans.

« Asuka ?

— Désolée Shinji, je ne suis pas d'humeur à bavarder, souffla-t-elle à voix basse, se rappelant que sinon il ne s'arrêterait pas.

— Pardon… » Shinji comprit comment interpréter son ton derrière sa déclaration polie. « Je pensais juste que ça serait utile histoire d'avoir un brin d'encouragement.

— Qui t'a dit que j'avais besoin d'encouragement ? marmonna-t-elle dans sa barbe.

— Hé, ce n'est pas que pour toi que je disais ça. M-moi aussi je suis nerveux. Après tout, je n'ai jamais vraiment…

— Nerveux ? explosa Asuka en s'écartant de la cloison pour s'approcher de lui en montrant la direction des cages. Ma mère est là-dedans ! Quand j'ai appris ça, je n'ai eu que quelques minutes et j'étais bien trop occupée pour y réfléchir à fond. Et maintenant je vais soudain être avec elle pendant des heures. Comment suis-je censée réprimer ça ? Même si je le voulais, je ne suis pas sûre que je pourrais la bloquer à nouveau.

— Mais… pourquoi la bloquer ? » demanda un Shinji abasourdi.

Asuka poussa un soupir furieux en silence. Qu'il ne puisse pas se rendre compte de ça par lui-même… « Tu ne penses pas qu'ils vont le remarquer si nos taux de synchro se mettent soudain à grimper en flèche par rapport à nos résultats précédents du jour au lendemain ?

— Ne serait-ce pas exactement ce qu'il nous faudrait ? Une preuve dont nous pourrions nous servir pour confirmer que notre histoire est vraie ? On pourrait alors leur dire.

— Je croyais qu'on en avait déjà discuté. Ils chercheraient plutôt une explication plus réaliste qu'un voyage dans… » Une forme blanche et bleue qu'elle vit bouger du coin de l'œil la fit vite taire.

Mais si Rei en avait trop entendu en pénétrant dans l'ascenseur, elle n'en laissa rien paraître. Bien sûr, ç'aurait été surprenant qu'elle fasse autre chose que s'avancer jusqu'à sa place habituelle devant les portes de l'ascenseur et attendre d'être transportée vers le niveau supérieur.

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« Hé ben les amis, ça fait un moment depuis la dernière fois que vous avez eu l'occasion d'être là-dedans, pas vrai ? » résonna la voix de Misato à travers le canal de communication.

Asuka fit la grimace devant l'ironie de ces mots. Ça faisait en effet un très long moment, même si le major ne faisait référence qu'aux deux ou trois semaines depuis leur dernier déploiement contre un Ange — ou était-ce ce test de compatibilité mutuelle ? N'était-il pas censé avoir eu lieu il y avait quelque temps de ça ? Ou était-ce aujourd'hui ? Ou bien était-il encore à venir ? Il y avait eu tant de tests qu'elle n'arrivait pas vraiment à se rappeler.

« Ne vous y habituez pas trop, la tira de ses pensées le Dr. Akagi. J'ai prévu un autre test dans la nouvelle Pribnow Box la semaine prochaine et je suis sûre d'avoir le feu vert.

— Allez-y, qu'on en finisse », marmonna Asuka dans sa barbe avant de se rendre compte qu'elle aurait pu dire ça tout haut. Mais elle n'eut pas l'occasion de répéter ces mots plus fort et de manière plus agressive.

Elle eut un hoquet involontaire lorsque la connexion fut soudain établie. Autrefois cela était tout à fait naturel pour elle, mais après tout ce temps cela lui fit un choc. Elle pouvait la sentir à nouveau, ses mains se refermant d'elles-mêmes autour des commandes papillon ; elle se rappelait exactement ce qu'elle avait à faire, que penser, comment elle devait penser pour faire bouger ce mastodonte sous son contrôle. Mais surtout, elle pouvait la sentir, cette présence chaleureuse entourant Asuka, la baignant d'une aura de pur bonheur.

« Non ! » Elle secoua violemment la tête pour tenter d'échapper à l'étreinte qu'une part d'elle-même désirait tant. « Non, je ne peux pas. Je suis désolée… maman… »

Refermant ses yeux que les larmes commençaient à brûler en serrant les paupières, elle se força à ignorer la sensation intense qui la faisait se sentir si vertigineusement à son aise.

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« Est-ce que tu as…? »

Il n'eut même pas à finir sa question, elle la connaissait déjà.

Ils étaient seuls en revenant de la NERV, mais ils étaient restés silencieux et n'avaient pas parlé de ce qui s'était passé durant le test avant d'approcher du dernier arrêt du train qu'ils empruntaient, assis côte à côte avec un peu d'espace entre eux.

Asuka hocha la tête.

« Moi aussi je l'ai sentie », murmura Shinji avant de retomber de lui-même dans le silence.

Une fois encore, il n'y eut plus que le bringuebalement du train cheminant sur les rails, les minutes s'écoulant sans qu'un seul mot ne soit prononcé.

« Au… au moins maintenant nous sommes sûrs d'avoir vraiment — je ne sais comment —remonté le temps.

— Tu crois que quelque chose d'assez puissant pour créer un tel monde dans ses moindres détails ne serait pas capable d'imiter les âmes de nos mères ? s'entendit-elle répondre.

— Pour être franc : non. »

Asuka ravala le sanglot qui montait dans sa gorge. Elle le savait. Elle savait qu'il avait raison. Mais ça ne facilitait rien. Elle en était déjà sûre auparavant, mais elle avait alors encore un peu d'espoir. Mais plus maintenant.

Un ennemi, ils auraient été capables de l'affronter d'une manière ou d'une autre. Mais le temps était un ennemi contre lequel elle n'avait pas d'arme.

Un ennemi…?

« Nous avons fait les tests dans nos Evas à cause d'un incident dans la Pribnow Box, se souvint-elle. Ça veut dire que le prochain Ange sera celui avec l'ombre.

— Oui, je sais. Dans un peu plus d'une semaine. Peut-être deux. J'ai vérifié la date le jour où nous sommes revenus. »

Son aveu la surprit un peu. « Tu te rappelles aussi bien dans quel laps de temps tout ça s'est produit ?

— Bien sûr, répondit-il, presque comme s'il était choqué qu'elle ne s'en souvienne pas. Il a attaqué peu après le onzième anniversaire.

— Le onzième anniversaire…? » répéta Asuka en fouillant dans sa mémoire. Ses yeux s'agrandirent lorsqu'elle comprit. « Tu veux dire de…? »

Shinji hocha la tête. « De la mort de ma mère, dit-il simplement avant de sourire en coin. Ou plutôt de son absorption. »

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Près d'une semaine s'était écoulée maintenant, mais ni l'un ni l'autre ne s'étaient vraiment habitués. Ils étaient allés à l'école et à la NERV comme ils étaient censés le faire et apparemment cela avait suffi à ce que même leurs amis les plus proches ne remarquent rien de trop inhabituel.

"Peut-être l'un des avantages de ne pas être très sociables au départ", songea Shinji en souriant pour lui-même avec lassitude. Lui et quelques autres étaient occupés à balayer le plancher de leur salle de classe, tout comme ses autres camarades étaient plus ou moins occupés à nettoyer le reste, lorsqu'il remarqua Rei agenouillée à l'autre bout de la pièce, en train d'essorer une serpillère mouillée dans un seau d'eau. En la voyant ainsi, il se souvint de ce que cela lui avait rappelé à ce moment-là, sans savoir à quel point il avait été proche de la vérité.

"Exactement comme…" Il poussa un soupir. "…ma mère…"

Ses yeux s'ouvrirent brusquement lorsqu'un autre souvenir l'avertit du danger… trop tard…

VLAN !

Le balai entra violemment en contact avec sa tête et une douleur vive fulgura à partir du point d'impact. Dans des situations pareilles, il était content que Toji soit son ami et pas son ennemi.

-x-

« Parce que TOI tu travailles peut-être, hein ?! cria Hikari dans la classe depuis le pas de la porte, mais Asuka le remarqua à peine.

— Franchement, ces garçons, des fois… »

Ce n'était pas qu'elle ignorait la déléguée.

« Garçons ? Ça me rappelle… »

Il y avait beaucoup de choses qu'elle remarquait à peine ces temps-ci.

« Asuka ? »

Elle ne faisait que fonctionner.

« Hem… Asuka ? »

Elle ne prêta guère d'attention à l'appel timide de son amie, les yeux braqués sur le sol du couloir tandis qu'elle balayait. C'était déjà assez dur de lutter contre les visions d'une petite fille brune qui dansait autour d'elle en réclamant son attention. Si elle en venait à céder à ces…

« Asuka, est-ce que tout va bien ? »

Elle finit par réaliser qu'elle devait répondre. « Hm ? Ouais… »

Un soupir de soulagement émana de son amie. « Tant mieux, euh… Dis… tu pourrais… me rendre un service, s'il te plaît ? »

Le balai s'immobilisa soudain. Asuka cilla devant cette sensation familière de déjà-vu, tentant de se rappeler de ce qu'Hikari avait voulu d'elle dans une situation semblable. Le souvenir lui revint assez vite.

Asuka regarda Hikari et la brune prit cela comme un signe qu'elle pouvait poursuivre. « Voilà, Kodama, ma sœur, a un ami et, eh bien, il… il…

— …voudrait un rancard avec moi, acheva Asuka pour elle en se renfrognant légèrement.

— Eh bien, c'est ça… »

Ses mains se crispèrent sur le manche du balai. « Désolée, je… ne peux pas.

— Hein ? Mais tu ne sais même pas quand il veut te rencontrer », s'étonna Hikari, perplexe. Son visage s'éclaira soudain lorsqu'elle trouva apparemment une raison pour expliquer le refus immédiat de son amie. « Il y a quelqu'un d'autre ? »

Prise par surprise, Asuka faillit sourire franchement pour la première fois depuis sa perte. Mais cela fut rapidement noyé par l'écœurant sentiment de culpabilité à l'idée d'être sur le point de nier les dernières années de bonheur passées avec Shinji, puis aussi avec… « Non, je ne crois pas, lança-t-elle rapidement. Euh, mais… mais bien sûr, il y a Kaji…

— Oh allez, s'il te plaît, implora Hikari en s'inclinant légèrement. Ce n'est que pour une seule fois. Je suis sûre que ça ne dérangera pas M. Kaji si tu sors avec quelqu'un d'autre juste une fois. »

"Même elle savait à quel point c'était ridicule", réalisa Asuka devant le sarcasme immanquable dans le commentaire de son amie brune. "Ou bien elle pensait que moi-même je n'étais pas sérieuse à ce sujet."

« J'imagine que quoi qu'il arrive, tu ne lâcheras pas le morceau… devina-t-elle.

— J'ai promis de faire de mon mieux, désolée, expliqua Hikari, visiblement embarrassée, ses excuses sincères. Si j'avais su avant que c'était à toi qu'il voulait que je le demande, je n'aurais jamais accepté.

— Vous autres les Japonais, avec votre honneur… marmonna Asuka.

— Alors est-ce que tu…? demanda la déléguée pleine d'espoir.

— Fais-lui savoir qu'il m'attende demain à cinq heures à la fête foraine, dit Asuka, se souvenant de la date. Mais je ne promets rien. »

Cela ne sembla pas déranger son amie, trop heureuse d'avoir accompli sa délicate mission. « Oh, merci beaucoup ! Ne t'en fais pas ! Je suis sûre que c'est un type bien, tu n'auras pas à faire quelque chose que tu ne voudrais pas. »

Asuka grogna en silence, sachant déjà fort bien ce qu'elle ne voulait pas faire.

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Un silence gêné régnait dans l'ascenseur, du moins de l'avis de Shinji. Bien sûr, il avait toujours été réservé, c'était le moins qu'on puisse dire, mais il était sûr que — s'il le voulait — il était capable de parler plus librement avec les autres maintenant.

Les autres, oui. Avec elle, en revanche, c'était comme si rien du tout n'avait changé.

Il avait évité Rei peut-être plus qu'il n'en avait eu l'intention ces derniers jours. Mais maintenant, avec les derniers tests de synchro qui venaient de s'achever et sur le chemin du retour, il se retrouvait séparé d'Asuka et de tous les autres, "coincé" tout seul avec Rei pour la durée du voyage, sans aucune issue.

C'était lamentable et il le savait. Toutes ces années, il avait souhaité avoir une chance pareille, celle de lui parler une fois de plus, de recevoir des réponses à des questions auxquelles il n'avait même pas songé avant qu'il ne soit trop tard. Et maintenant le voilà qui se contentait de regarder son dos, tandis qu'elle se tenait là comme toujours juste devant les portes de l'ascenseur, incapable qu'il était d'ouvrir la bouche comme si elle était collée.

De quoi avait-il peur ? Qu'elle fasse soudain volte-face pour le liquéfier ? C'était complètement absurde. Peut-être qu'elle le rapporte à son père s'il en disait trop ? Non, il était certain d'être capable de formuler ses propos de manière assez soigneuse pour ne pas éveiller ses soupçons. Et même si elle remarquait quelque chose, cela ne voudrait pas aussitôt dire que tout était perdu.

C'était sans doute juste le fait qu'elle avait perdu son innocence à ses yeux. Il avait cru s'être fait une raison à ce sujet, déjà même peu après que ça se soit produit, d'ailleurs. Mais il n'avait jamais eu à lui faire face ensuite — du moins pas jusqu'à présent. Était-il à ce point hypocrite ? Il savait qu'il devait lui parler, être là pour elle, l'aider. Et il le voulait toujours. Le seul problème, c'était...

…qu'il ne savait pas comment.

« Est-ce que tu as peur de moi ? »

Shinji se sentit sursauter légèrement de surprise. Le fait qu'elle engage la conversation le sidéra tellement qu'il en oublia de répondre avant qu'elle ne poursuive. « Tu sembles… anxieux… en ma présence.

— Qu-quoi ? » bégaya-t-il, encore en train de rassembler ses pensées. Comment le savait-elle ? Avait-elle de tels pouvoirs même maintenant sous cette forme après tout ? Se pouvait-il qu'elle sache, que… que ç'ait été elle depuis le début ? Dans ce cas, elle pourrait lui dire ce qui se passait.

Elle pourrait lui dire où était Aki.

« J'ai remarqué que tu me regardais. Mais tu ne m'as pas dit bonjour de toute la semaine, expliqua-t-elle cependant, lui donnant évidemment une explication bien plus simple. Et tu parais nerveux quand tu es avec moi. »

Shinji se contenta de la regarder bouche bée. Il n'avait jamais su qu'elle le surveillait de si près.

Tournant légèrement la tête, elle lui adressa un regard. « Tu n'as pas été ainsi depuis le jour où tu m'as apporté ma nouvelle carte de sécurité. »

Il avait fait un long chemin depuis l'époque où il était un adolescent bouillant d'hormones, mais il dût néanmoins lutter pour ne pas rougir devant le souvenir qu'évoquèrent les mots prononcés par Rei de manière désinvolte.

« Désolé, finit-il par répondre. Je… j'ai beaucoup de choses en tête en ce moment.

— Je vois. »

Il n'y avait ni tristesse ni perplexité dans sa voix. Shinji n'aurait pas été surpris qu'elle ait été curieuse de savoir ce qui occupait ses pensées, mais il savait aussi qu'elle ne le forcerait jamais à parler.

Cela amena un léger sourire sur les lèvres de Shinji. Elle était peut-être l'être le plus puissant au monde, mais il avait pratiquement oublié qu'elle était toujours Rei. Il n'aurait jamais dû l'oublier.

« Mais j'essaierai d'arranger ça, lui assura-t-il. Si c'est ce que tu veux. »

L'espace d'un instant, Shinji crut voir une légère teinte sur ses joues pâles lorsqu'elle détourna à nouveau son visage avant de hocher la tête.

Un son de cloche signala que l'ascenseur venait d'atteindre sa destination et Rei n'hésita pas une seconde pour sortir dès que les portes s'ouvrirent. Shinji la suivit, mais de toute façon ils partaient maintenant chacun de son côté.

« Et Ayanami, lui lança-t-il juste avant qu'il ne la perde de vue. Merci.

— De quoi ? » lui répondit sa voix basse en écho.

Mais pour une fois, Shinji décida que c'était à son tour de s'en aller sans expliquer son message sibyllin.

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La mer de LCL n'avait pas vraiment été un cimetière, mais elle avait été l'endroit qui abritait ceux de ses proches qui n'étaient plus. Ç'avait été l'endroit où ils allaient quand ils voulaient leur parler ou juste se souvenir. Mais cependant, bien qu'il ait été conscient des milliards d'âmes perdues dans la mer, il ne s'était jamais senti aussi mal à l'aise qu'ici, parmi les rangées apparemment interminables de stèles noires et froides.

Shinji n'était même pas sûr de savoir pourquoi il était venu aujourd'hui. Cette date avait perdu depuis longtemps son caractère terrifiant pour lui. Une autre avait pris sa place maintenant. Et pour rendre visite à sa mère, elle avait plus de chances de le remarquer dans les cages des Evas que d'une tombe vide. Il se sentait presque ridicule d'avoir quand même apporté un bouquet de fleurs.

Non, c'était plutôt à cause de lui. La première fois qu'il allait le revoir. La dernière fois qu'ils avaient parlé ici avait été aussi la dernière des rares occasions qu'il avait eu de parler librement avec son père. C'était probablement un espoir futile, mais peut-être, peut-être bien qu'il parviendrait à l'atteindre.

Asuka aurait sans doute piqué une crise à cette seule idée, même si Shinji n'avait pas prévu d'entrer dans les détails. Déjà qu'elle n'avait pas été très contente lorsqu'il lui avait dit qu'il prévoyait d'assister à ce rendez-vous, ne serait-ce que pour ne pas éveiller les soupçons plus que nécessaire en manquant une date aussi importante connue de tant de gens dans son entourage. Non pas qu'elle soit contente de quoi que ce soit, ces temps-ci.

Mais même s'il prenait le risque de trop en dire, tous deux savaient que c'était une exception, une occasion unique qui ne se reproduirait pas de sitôt.

Il se devait au moins d'essayer. Ce n'était que le souvenir flou d'un rêve confus dont il n'était même pas sûr qu'il se soit produit ou non, mais il se souvenait vaguement avoir senti son père au cours du Troisième Impact, quand les A.T. Fields avaient disparu et qu'aucun d'eux ne pouvait plus rien dissimuler ou bloquer. Il avait vu cet homme brisé qu'était son père derrière sa froide cuirasse. Et cet homme avait demandé pardon à Shinji.

Même si Shinji ne s'attendait pas franchement à ce que quelque chose de ce genre se reproduise maintenant, même s'il ne pouvait éroder les murs qui entouraient son père, peut-être pouvait-il au moins les érafler.

Et le voilà. Shinji ne cilla pas lorsque la silhouette sombre au loin grandit lentement pour se changer en un homme de haute taille, entièrement vêtu de noir. Ses éternelles lunettes de soleil réfléchissaient la lumière, dissimulant ses yeux. Shinji se demanda si ce n'était pas l'unique raison pour laquelle il ne les avait jamais fait remplacer par de nouveaux verres ordinaires : parce qu'il avait remarqué qu'avec elles, les gens avaient encore plus de mal à voir la souffrance et la faiblesse en lui.

« Tu es en retard, papa », l'accueillit-il avec plus d'assurance que ce à quoi devait être habitué l'autre. Mais le commandant ne montra pas la moindre surprise que son faible fils ne flanche pas lorsqu'il le fixa du regard. Comme d'habitude, il ne laissa rien paraître du tout, à moins que l'on ne compte le bref arrêt qu'il marqua pour accuser la présence du garçon devant lui avant de poursuivre sa marche en direction de la tombe de sa femme. Shinji le suivit en silence vers la stèle.

Il savait qu'il n'y avait pas de corps, mais lire le nom de sa mère sur la pierre froide le fit involontairement frissonner. Il ferma les paupières, réprimant un sanglot lorsque, l'espace d'une seconde, il en imagina une autre plus petite à côté d'elle.

Inspirant profondément, il s'agenouilla et plaça les fleurs sur la terre lisse de la tombe vide.

« Nous deux ici ensemble, cela fait trois ans » s'éleva la voix de son père, rompant le silence.

Shinji se souvint. « Je m'étais enfui à l'époque, se paraphrasa-t-il machinalement, mais alors il soupira. Et tu n'as rien fait pour me ramener.

— J'avais été informé de ta localisation et tu es revenu chez ton tuteur sain et sauf », répondit Gendo avec la répugnante absence d'émotion que Shinji avait presque oublié. Peut-être sa supposition était-elle fausse après tout. « C'est toi qui a choisi de ne pas retourner sur la tombe de ta mère et je n'avais aucune raison de t'y forcer.

— Et toi ? » Shinji attendit un moment sa réponse, mais nulle ne vint. Réalisant que son père n'avait probablement pas compris et ne faisait tout simplement pas cas d'une question dénuée de sens pour lui, Shinji essaya à nouveau. « Est-ce que tu es venu ici les années où je ne l'ai pas fait ?

— Est-ce important ? »

"« C'est en oubliant que les gens continuent à vivre, mais certaines choses méritent pourtant d'être gardées. »"

— Non », marmonna Shinji sans conviction, s'écoutant à peine.

"« Yui m'a appris cette chose irremplaçable. »"

« J'imagine que non… »

"« Et c'est pour le vérifier que je reviens ici. »"

C'était naïf de croire que…

« Tu sais, commença-t-il, l'amertume montant dans sa voix tandis qu'il se relevait, je croyais que j'arriverais mieux à te comprendre maintenant. Mais en fait, je te comprends encore moins qu'avant. Comment… » Il se retourna. « Comment est-ce possible pour quelqu'un de vouloir abandonner son propre enfant ?

— Je n'ai aucune raison de me justifier si tu es déjà conscient que tu ne peux pas comprendre.

— Non, peut-être bien, en effet. De toute façon, tu mettrais tout sur le compte de la douleur de l'avoir perdue. Est-ce que tu crois vraiment que tu es le seul à te sentir comme ça ? Tu n'es pas le seul à avoir perdu un être cher ! » Il s'interrompit lorsqu'il se rendit compte du double sens de sa dernière phrase, mais son père ne montra même pas le moindre signe d'avoir relevé le plus évident des deux. « Mais contrairement à la plupart des gens, tu n'as pas gardé précieusement les choses qui restaient d'elle. Au lieu de t'en servir pour te souvenir de l'amour qu'elle t'a porté, tu ne les as vues que te rappeler sa perte. Alors tu as tout jeté parce que leur existence même te faisait souffrir.

— Où veux-tu en venir ? »

Le regard de Shinji se durcit, mais il ne put se résoudre à le lever pour croiser celui de son père. La crainte de ce qu'il risquait d'y trouver comme réponse était toujours trop forte, même après toutes ces années.

« Est-ce que… ma… propre existence te fait souffrir ? » finit-il par demander d'un ton aussi froid que celui de son adversaire.

Il y eut une brève pause avant que le commandant ne réponde, mais Shinji fut incapable de dire s'il y réfléchissait vraiment ou s'il prenait juste le temps de réajuster ses lunettes. « Ne pose pas de questions dont tu ne veux pas vraiment connaître la réponse. »

Le rugissement sonore d'un ADAV(*) à l'atterrissage, si déplacé, si prétentieux, si irrespectueux dans sa manière de troubler le repos éternel des défunts, signala la fin de la brève rencontre.

« Il est l'heure », se contenta de déclarer Gendo. Mais au moment même où Shinji crut qu'il allait se retourner pour monter dans son appareil de transport, l'homme lui fit à nouveau face. « Cela vaut sans doute mieux que tu aies libéré ta colère maintenant au lieu de la réprimer en toi. Peu m'importe que tu me haïsses ici et maintenant. Mais mieux vaut que cela n'influe pas sur tes capacités de pilotage une fois de retour à la NERV.

— Ne t'en fais pas, murmura Shinji d'un ton solennel en regardant son père partir sans attendre sa réponse. Ça ne se reproduira plus. On dirait bien que c'est vrai : l'A.T. Field est impénétrable. De l'extérieur comme de l'intérieur… »

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« Je suis rentré ! annonça-t-il en entrant, même s'il doutait que quiconque soit là pour l'entendre.

— Est-ce que tu pourrais éviter de faire ça ? lui parvint néanmoins une réponse timorée du salon. Je sais que c'est la coutume et tout ça, mais… au moins pendant un temps, s'il te plaît. »

Suivant la direction d'où provenait la voix, il trouva sa chérie assise par terre, fixant du regard la télévision d'un air éteint, manifestement sans même s'efforcer de prêter attention à l'émission qui était diffusée.

« Asuka ? Je croyais qu'Hikari t'avait convaincue de retourner à ce rendez-vous ?

— Je lui avais dit que je ne promettais rien.

— Ma foi, ne pas y aller du tout me paraît encore plus rude que s'en aller pendant qu'il fait la queue pour toi », marmonna Shinji en se dirigeant vers elle. Il laissa échapper un faible éclat de rire. « Mais ça n'est sûrement pas pour me déplaire », ajouta-t-il en se penchant pour l'embrasser sur le sommet du crâne.

Il n'avait pas ressenti de jalousie, vu qu'il n'avait senti venir aucune menace de cet étudiant, se souvenant très bien de comment elle avait réagi à son égard. En fait, il avait plus ou moins espéré qu'elle puisse se distraire en s'amusant un peu, même si ce n'était pas avec lui. Mais après ses retrouvailles décevantes avec son père, il était plus qu'heureux de l'avoir maintenant auprès de lui.

Asuka, en revanche, n'était pas d'humeur à échanger des mots tendres. « Tu pensais vraiment que je serais seulement capable d'aller aujourd'hui à un rancard avec un mec que je ne supportais déjà pas la première fois que je suis sortie avec lui, alors que ma… ma fille a disparu ? »

Shinji ferma les yeux, tentant de repousser l'émotion qui l'envahissait. Mais comme si souvent auparavant, il échoua piteusement.

« Tu n'as pas peur qu'Hikari le prenne mal ? tenta-t-il à nouveau de changer de sujet avant que ça ne commence pour de bon.

— Elle sera peut-être déçue, mais elle est bien trop gentille pour m'en vouloir. Je lui dirai juste que je ne me sentais toujours pas très bien et elle comprendra, marmonna Asuka sur un ton qui lui disait déjà que sa diversion n'avait pas marché. Ce n'est pas comme si c'était vraiment un mensonge… »

En contemplant sa silhouette abattue, Shinji serra les poings. Il avait beau vouloir la retenir, il ne pouvait plus dissimuler sa colère. Il était furieux contre elle pour se laisser aller ainsi. Et il était furieux contre lui-même pour s'être contenté de la regarder s'apitoyer sur son sort si longtemps.

« C'est vraiment ça que tu veux ? siffla-t-il. Sortir et faire comme si tout allait bien devant tout le monde à l'école et à la NERV, et te morfondre quand tu es toute seule, jusqu'à ce que le Troisième Impact revienne ? C'est encore pire que ce que tu faisais auparavant ! »

Il sut qu'il avait touché un point sensible en la voyant tressaillir. « Ne dis pas ça.

— Et pourquoi pas ? Tu crois que ça ne me fait rien du tout ? Moi aussi, ça me fait mal ! Mais nous ne pourrons rien changer si nous nous contentons de jouer le jeu en espérant vainement la revoir de cette façon. »

Le sanglot qu'elle émit lui brisa son cœur et sa colère. Et dans un soupir, sa résolution lui échappa à nouveau pour être remplacée par de la culpabilité. De qui se moquait-il en prétendant la tirer de cet état de force ? En la faisant encore plus souffrir…

Il s'agenouilla à côté d'elle, l'attirant à lui dans un câlin. « Je suis désolé. Mais… Asuka, je t'en prie, ne me fais pas ça. Ça fait tellement mal déjà. Te voir t'abandonner ainsi… je ne veux pas te perdre aussi.

« Je sais que c'est dur, mais… nous avons vraiment une chance de tout changer maintenant. Je ne peux pas laisser passer ça. Même si ce n'est pas pour elle… Même si ça ne la ramène pas… Je sais qu'il faut au moins que j'essaye. Parce que sinon, si jamais je venais à la revoir, que ce soit dans ce monde ou dans l'autre, je ne sais pas comment je pourrais la regarder en face si je n'avais pas fait de mon mieux.

« Mais je ne crois pas que je pourrais le faire seul, lui chuchota-t-il à l'oreille. J'ai besoin de toi, Asuka. S'il nous faut revivre ceci, s'il te plaît, essayons de le faire pour le meilleur. »

Elle ne répondit pas, mais au moins elle parut se calmer. Il lui laissa le temps dont elle avait besoin, maintenant son étreinte réconfortante plusieurs minutes durant.

« Tu te rappelles ? finit-il par l'entendre murmurer. Quand je suis rentrée de mon rancard ?

— Je jouais du violoncelle », opina-t-il. Avec un sourire attentionné, il devança sa requête. « Est-ce que tu veux que j'en joue maintenant ? »

Elle se contenta de hocher légèrement la tête en guise de réponse.

« D'accord… » Il lui embrassa les cheveux, resserrant brièvement son étreinte avant de la lâcher et de se lever. « Je reviens tout de suite. »

Il ne fallut à Shinji que quelques minutes pour sortir le violoncelle de son étui et le placer devant lui tandis qu'il s'asseyait sur une chaise qu'il avait pris dans la cuisine et apportée au salon.

« Quelque chose en particulier ? demanda-t-il en testant l'instrument de quelques brefs coups d'archet, tandis qu'Asuka s'asseyait par terre à côté de sa chaise en évitant soigneusement de le regarder.

— Une chanson gaie. »

Un crissement strident retentit lorsqu'il fit grincer l'archet contre les cordes sous le choc.

« Joue la chanson gaie », implora-t-elle à nouveau d'une voix qui n'était plus qu'une plainte assourdie.

Il ramena l'archet contre le violoncelle, mais il fut incapable de le mettre en mouvement pour produire les notes. Bien sûr, ce n'était pas parce qu'il ne s'en souvenait pas — c'était parce qu'il s'en souvenait si bien. Il l'avait jouée si souvent, les gestes nécessaires devenant si naturels que ses doigts auraient pu les reproduire sans même qu'il ait à y penser.

Il l'avait jouée si souvent… pour Aki…

Pour la faire s'endormir, maintenant la mélodie ténue en la regardant rejoindre le pays des rêves avec son beau sourire, blottie contre la petite poupée dans ses bras.
Pour l'accompagner quand elle fredonnait la chanson, couchée à plat ventre par terre comme elle le faisait souvent, tout en dessinant nonchalamment sur une feuille.
Pour tenter de lui remonter le moral quand elle était malade.

L'archet resta suspendu en l'air en tremblant pendant plusieurs secondes, avant qu'il ne le laisse retomber de côté. « Je… »

Les mains tremblantes d'Asuka agrippèrent soudain son pantalon, assez fort pour qu'il manque en perdre l'équilibre. « S'il te plaît… je t'en prie, joue sa —sa chanson gaie ! J'ai besoin de l'entendre à nouveau !

— Je suis désolé. J-je ne crois pas que je le peux. C'est censé être une chanson gaie, après tout. Mais maintenant elle n'apporterait de gaieté à personne — parce que c'était la sienne.

— Elle soulagerait ma peine ! cria Asuka en le regardant aussi durement que ses yeux baignés de larmes le lui permettaient. Je n'ai rien d'autre qui soit à elle ! Je n'ai pas de photos d'elle, je n'ai pas l'un de ses dessins, je n'ai pas Kiko, j-je n'ai pas… » Son éclat de voix fut interrompu par un sanglot qui se coinça dans sa gorge. « S'il te plaît. Cette chanson… cette chanson est tout ce qu'il me reste d'elle.

— Je suis désolé », parvint-il à répéter, incapable de fermer les yeux sur cette scène déchirante, en dépit des insistances de son instinct. Et il l'était vraiment. Involontairement, il se mit à repenser au cimetière, où rien d'autre que la stèle noire ne restait de sa mère. Il avait déjà connu ce que c'était que de n'avoir aucun reliquat, mais aussi terrible que cela paraisse de n'avoir pratiquement plus aucun souvenir restant, il doutait que ça n'ait pas mieux valu ainsi que d'en avoir autant pour les hanter. « Peu-peut-être si je… quand nous seront tous les deux prêts pour ça. Peut-être à ce moment-là. Mais pas maintenant… »

Il se détesta pour avoir dit ça. Même si c'était la vérité. Mais il sut à quel point cela la blessait, cette trahison involontaire, en la voyant éclater en sanglots, collant son visage contre sa jambe.

Il ne sut pas trop quelle chanson il se mit à jouer en sentant des larmes humides couler sur ses joues et tremper également son pantalon. Mais elle n'était pas gaie.

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Ni l'un ni l'autre ne s'étaient souciés du temps qui passait, mais il avait dû jouer pendant quelques heures avant que le téléphone ne se mette à sonner. Asuka avait aussitôt rouspété, insistant pour qu'il l'ignorent vu qu'ils savaient déjà que c'était Misato qui voulait leur dire qu'elle n'allait pas rentrer de sitôt, vu qu'elle était partie prendre un verre avec Kaji après le mariage auquel ils avaient tous deux assisté ce jour-là, mais il avait déjà cessé de jouer à ce moment-là, rompant le charme. Et il n'avait pas voulu inquiéter Misato. Quand il était revenu après leur bref échange, Asuka s'était réfugiée à la table en lui tournant le dos, signe évident qu'elle voulait qu'il la laisse seule pour le moment, se sentant peut-être même trahie par lui. Il avait tenté de la convaincre que ce n'était pas le cas en lui proposant de jouer pour elle à nouveau, mais elle n'avait même pas répondu et il avait rapidement laissé tomber.

Alors maintenant, ils étaient assis l'un en face de l'autre, sans dire un mot l'un ou l'autre. Encore.

Levant les yeux vers le visage renfrogné d'Asuka, Shinji se morigéna pour ce qui devait être la millième fois ces derniers jours. Il savait que ça ne pouvait pas continuer comme ça. Peu importe à quel point ils en souffraient, ils ne pouvaient pas ruminer leur chagrin éternellement s'il voulaient y arriver.

Le problème était qu'Asuka ne semblait même plus vouloir y arriver. Il avait naïvement espéré qu'elle parviendrait à retrouver son tempérament fougueux, que ce soit elle qui les fasse aller à nouveau de l'avant. Bien sûr, c'était prodigieusement égoïste. Prétendre devant tout le monde excepté eux-mêmes que tout était exactement tel qu'il en avait toujours été était bien plus dur pour elle que pour lui. Et ils ne pourraient pas continuer à mettre son état anormalement renfermé sur le compte de l'épuisement ou d'une maladie mystérieuse mais bénigne encore bien longtemps.

N'avait-il pas appris longtemps auparavant que c'était à lui de prendre l'initiative quand elle ne voulait pas le faire ? Parfois même contre son gré si ce qui l'agréait ne lui faisait rien d'autre que du mal ?

Il avait besoin d'elle. Mais d'abord elle avait besoin de lui. Ce n'était qu'alors qu'ensemble ils auraient une chance de se rétablir.

« Hé, Asuka. Si on s'embrassait ? »

Sa demande prononcée à voix base suffit du moins à la tirer de ses pensées. « Quoi ?

— Un baiser, tu sais ? Tu l'as déjà fait, pas vrai ? » Shinji poursuivit son jeu avec un léger sourire devant son air dérouté. « Alors, on s'embrasse.

— Shinji, je ne suis vraiment pas d'humeur… marmonna Asuka, comprenant enfin ce qu'il avait en tête lorsqu'il se leva de sa chaise et contourna lentement la table.

— Mais je m'ennuie, protesta-t-il sans aucune intention de s'arrêter, inclinant la tête et souriant aussi largement qu'il le pouvait. C'est parce que c'est l'anniversaire de la mort de ta belle-mère que tu ne veux pas ?

— C'est absurde… grommela-t-elle, légèrement irritée, en se levant pour aller bouder ailleurs, mais il lui barra rapidement le passage.

— Tant pis, j'arrive… murmura-t-il en la tenant doucement par les bras tout en se penchant en avant.

— Shinji… souffla-t-elle, sa résistance s'amenuisant au fur et à mesure qu'il se rapprochait.

— Je m'en fiche si tu ne t'es pas lavée les dents, lui chuchota-t-il en la regardant fermer les paupières dans l'attente de l'inévitable sur le point d'arriver, mais… »

Elle fut surprise, se raidissant contre ses lèvres, par sa main qu'il porta à son nez, le lui pinçant doucement pour boucher ses deux voies respiratoires. Mais au moment même où il se mit à craindre que sa tentative de lui remonter le moral n'ait échoué, il la sentit poser sa main sur la sienne. Shinji ne résista pas lorsqu'elle la prit délicatement pour la retirer de son nez et la guider vers sa taille. Lentement tout d'abord, elle passa ses bras autour de son cou, lui rendant son baiser. Puis, comme une digue qui se rompt, ils serrèrent, pressant leurs corps l'un contre l'autre, intensifiant le baiser de cette manière jusqu'à de nouveaux sommets, le plus passionné qu'ils aient eu depuis des années, peut-être même plus que jamais auparavant.

Il sentait l'envie, le besoin désespéré d'amour et de réconfort qui les parcourait tous deux à travers ce baiser. Après tout ce qu'ils avaient perdu, ils s'avaient toujours l'un l'autre, seulement l'un l'autre, et si c'était la seule façon qu'ils avaient de le montrer, ils le feraient de manière aussi parfaite et durable que possible chaque fois qu'ils en auraient l'occasion.

« Ça… » Elle parvint à esquisser un léger sourire lorsqu'ils finirent par se séparer pour reprendre leur souffle. « Ça c'est ce qu'on est censé faire quand quelqu'un vous pince le nez en vous embrassant.

— Je tâcherai de m'en souvenir, rit-il. Alors, ça va un peu mieux maintenant ? »

À son désarroi, il vit soudain son sourire vaciller à ces mots et il craignit aussitôt que le moment précédent n'ait été rien d'autre qu'un bref éclat de normalité lorsqu'elle se détourna de lui.

« Asuka…? l'appela-t-il, inquiet, en la voyant se diriger droit vers la porte d'entrée, s'accroupissant pour enfiler ses chaussures.

— Désolé Shinji, mais… » Elle se releva et se tourna à demi dans sa direction. « Je sais que tu ne veux pas me forcer la main, mais c'est… I-il faut que je réfléchisse un peu. Par moi-même, d'accord ? »

Elle sortit avant même qu'il n'ait pu lui répondre.

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Le soleil couchant baignait le terrain de jeux d'une douce lumière orangée, mais Asuka ne prenait pas garde à l'heure ou au fait qu'elle devait être là depuis au moins une heure. Elle ne s'était pas préoccupée des quelques autres personnes présentes et de son côté elle ne semblait déranger personne. Du moins personne ne lui avait adressé la parole tandis qu'elle était assise sur l'une des balançoires, se balançant tout doucement d'avant en arrière, son regard ne s'attardant sur rien d'autre que ses souvenirs.

Cette balançoire avait été la seule des trois à être intacte, mais elle était assez stable pour propulser une Aki riante à des hauteurs hors d'atteinte. Le terrain de jeux lui-même avait été le seul à proximité qui soit utilisable, même s'il se limitait à la balançoire, à la bascule et au toboggan, bien que celui-ci soit cabossé et donc un brin cahoteux. Le bac à sable était trop plein de débris pour y jouer et la structure de la cage à écureuil s'était effondrée à la première traction pour tester sa solidité.

Venir ici lui avait toujours un peu mis les nerfs à l'épreuve, obligée qu'elle était de demeurer à l'affût du danger sans le laisser voir à sa fille. Mais peu lui importait tant qu'Aki était heureuse.

Shinji avait un jour suggéré l'idée d'installer des jeux de plein air comme une balançoire et un bac à sable dans une partie du jardin, peut-être comme cadeau pour l'anniversaire prochain d'Aki, afin qu'elle puisse jouer sans qu'ils n'aient plus à s'inquiéter pour sa sécurité. Mais elle avait voulu y réfléchir d'abord, étant donné que ces sorties permettaient à la fillette confinée de quitter de temps à autre la prison confortable qu'était pour elle la maison.

Maintenant il était trop tard.

Asuka n'arrivait même plus à dire si des larmes lui coulaient encore sur les joues ou si ses yeux étaient aussi secs que le lui paraissait son cœur. C'était déjà si dur maintenant. Comment Shinji pouvait-il attendre d'elle non seulement qu'elle paraisse, mais aussi qu'elle soit à nouveau la fille de quatorze ans pleine de fougue qu'elle avait été, luttant de tout son cœur pour un monde meilleur ? Bien sûr elle comprenait son désir d'aider et qu'il veuille les sauver. Aki lui manquait tout autant qu'à elle, mais cela avait toujours semblé si facile pour lui de ravaler sa propre souffrance en faveur des autres. Il disait souvent qu'il n'était qu'un égoïste qui voulait que tout le monde l'aime et c'était ce qu'elle avait cru elle-même pendant longtemps. Mais comparé à d'autres, y compris à elle, il était, même avec cette motivation en tête, la personne la plus attentionnée et compatissante qu'elle connaissait.

Elle ne pouvait rivaliser avec lui à cet égard. Il avait l'air tellement désireux d'aider, de rectifier tout ce qui avait mal tourné, et c'était tout juste si elle était arrivée à maintenir les apparences au cours de ces derniers jours. Elle savait bien qu'elle devait conserver un certain statu quo, les conséquences n'étant guère souhaitables sinon.

Mais quelle raison lui restait-il de les aider ? Que lui restait-il qui vaille pour elle la peine de se battre ? Parce que Shinji le lui avait demandé, oui. Et elle le ferait pour lui et pas seulement parce qu'elle ne voulait pas le décevoir. Elle serait incapable de le supporter s'il se faisait blesser ou même tuer en tentant de repousser tout seul ce qu'ils savaient tous deux sur le point d'arriver. Mais pour elle-même ?

Un ballon pénétra soudain dans son champ de vision en rebondissant et roula jusqu'à ses pieds. Descendant lentement de la balançoire, elle se baissa pour ramasser l'objet inattendu. L'espace d'un instant, elle avait presque oublié l'endroit ou même l'époque où elle se trouvait, sa raison lui disant qu'il avait surgi de nulle part, vu qu'il ne restait personne au monde qui aurait pu le lancer. Ce n'est qu'alors qu'une voix timide lui rappela que ce n'était pas le cas, plus maintenant.

« Tata ! » Il lui fallut un moment pour se rendre compte que la voix était celle d'une petite fille à côté d'elle qui lui tendait ses bras d'enfant. « Ze peux ravoi' mon ballon, steuplaît ? »

Asuka fit comme elle le lui demandait, mais son regard et ses pensées restèrent davantage focalisés sur le visage de la fillette que sur son propre geste. Ç'aurait été un mensonge éhonté de dire qu'elle était pareille à Aki. Non seulement cette fille avait une bonne année de moins qu'elle, mais ses yeux étaient bruns et ses cheveux d'un noir d'encre. Et Aki avait toujours détesté qu'on les lui attache en couettes (ou de toute autre manière). Et pourtant…

« Ça va, tata ? lui demanda la fillette avec curiosité, ayant apparemment remarqué, contrairement à Asuka elle-même, la façon dont celle-ci la dévisageait.

— Non. Je veux dire… bégaya-t-elle en secouant la tête, …oui.

— Kimiko ! appela une femme d'âge mûr quelques mètres plus loin. C'est l'heure de rentrer maintenant !

— Dézà ?

— Oui, ma chérie, il se fait tard ! »

Kimiko fit légèrement la moue en se retournant vers Asuka. « 'Faut que z'y aille, 'r'voir tata.

— Au revoir… » répondit la rousse, mais la fillette était déjà repartie en courant vers sa mère.

Et elle n'était pas la seule. En regardant autour d'elle, Asuka vit plusieurs parents rappeler leurs enfants pour partir. D'autres échangeaient les derniers potins tandis que leurs gamins jouaient à chat autour de leurs jambes. Certains participaient aux jeux des leurs.

Une mère qui donnait le sein à son nouveau-né, jetant de temps à autre un regard vers une fillette qui "préparait" des gâteaux de sable. Un père qui soignait le genou écorché de son fils. Des enfants qui riaient, inconscients des dangers qui risquaient de s'abattre sur eux d'un jour à l'autre.

Elle n'aurait pas même souhaité à son pire ennemi de ressentir une chose pareille. Mais avec tant d'Anges à venir encore, avec un danger tel que celui d'un Impact qui — à sa manière — pourrait bien être pire encore que celui auquel elle avait assisté, il n'était que trop probable qu'il y en aurait bien trop qui souffriraient comme elle.

N'était-elle pas la Seconde Élue ? La meilleure pilote d'Eva de tous ? Ces parents ne pouvaient se protéger ou protéger leurs enfants des ennemis et du sort qui les attendait.

Mais elle le pouvait. Pour eux, elle le devait.

Ils comptaient sur elle, avaient besoin d'elle. Et qui était-elle pour les laisser tomber ? Après tout, elle était Asuka Langley Ikari… ou Soryu — ça n'avait pas vraiment d'importance.

Déterminée, les poings serrés, elle se retourna dans la direction d'où elle était venue.
« Très bien, Shinji. Allons sauver ce monde. »

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N.D.A. : SAUT TEMPOREL 8‼... Oh attendez, c'est déjà fini… :P
Désolé si vous vous attendiez à un autre chapitre post-TI. Je sais que de nombreux lecteurs préféraient ceux-là, mais j'ai bien peur qu'"élever" ne soit le dernier.
J'avoue que ce chapitre se lit peut-être un peu trop comme les chapitres "numérotés". À l'origine, j'avais prévu de raconter les chapitres "verbaux" du point de vue d'Asuka et Shinji et les autres presque entièrement de celui de quelqu'un d'autre, à moins qu'ils ne soient tous les deux seuls. J'ai laissé tomber cette idée assez vite, mais il est vrai que ç'aurait démarqué davantage ce chapitre du reste des pré-Impact.

Pas grand-chose d'autre à dire sur ce chapitre. Après tout, c'est grosso modo juste eux deux forcés de faire face à leur retour. J'imagine que j'aurais pu le rallonger un peu, leur faire dresser des plans et ainsi de suite, mais j'ai préféré le terminer là où il s'achève.

Notes diverses :
- Pas tout à fait sûr du rapport entre les test plugs et la Pribnow Box vu qu'on ne revoit jamais ces simulateurs corporels après cet incident. Peut-être que ceux qu'on voit plus loin SONT en fait un substitut pour eux, mais qu'ils soient ou non appelés Pribnow Box — aucune idée. Mais même s'ils n'ont aucun rapport, on peut au moins prétendre qu'ils sont dans le même coin, non…?

- Je me suis planté dans la chronologie du premier chapitre (originel) en disant que les tests dans les Evas avaient eu lieu « cinq jours plus tôt ». C'était une erreur fondée sur moi qui me souvenait à tort qu'ils s'en étaient servis pour les tests dans l'épisode 15. Vu que l'écart aurait été trop long, j'ai changé ça depuis (ainsi que deux-trois trucs dans les chapitre (jusque là), si jamais vous les avez manqués).

- J'avais songé à faire aller Asuka plus en détail sur les éléments théoriques du voyage dans le temps (vous savez, plus on se déplace vite, plus le temps passe lentement pour nous, ce qui nous donne un peu d'avance par rapport aux autres ; cependant, faire un saut de plus de quelques microsecondes en avant ou même en arrière est quasi impossible, du moins au niveau technologique d'aujourd'hui, vu qu'on n'a ni la vitesse nécessaire ni trous de ver, etc.) et l'un de mes pré-lecteurs me l'a signalé aussi. Mais ça n'allait pas vraiment avec le reste.

- Merci à mes pré-lecteurs Tarage, William T. Martin, Eric Blair et LD.

N.D.T. : Très bien, je crois que ça ira comme ça.
Deux relectures et je ne suis toujours pas satisfait à 100 % de mon travail (encore que je ne sois jamais tout à fait satisfait à 100 %, je dirais plutôt 98 % en temps normal, ce qui, dans le cas présent, me fait — quoi ? 90 ? 95 % ? pardon, je digresse). Oh, ma foi, je ferai comme d'habitude, en rééditant si je trouve d'autres erreurs.

Il faut dire que, pour une raison ou une autre, j'ai l'impression que c'est le chapitre qui m'a donné le plus de fil à retordre jusqu'à présent, avec plein de phrases qui m'ont fait sérieusement me creuser la tête sur la meilleure manière de les rendre en français, puis la secouer lors de la relecture en me demandant à quoi je pouvais bien penser en écrivant ça, si vous voyez ce que je veux dire. Et il faut dire que mon temps libre plus ou moins fragmentaire n'arrange pas vraiment les choses.

En tout cas, je vous livre cette fois-ci ce chapitre dans un délai raisonnable. À ce sujet, j'ai décidé de me fixer un défi : achever la traduction des trois chapitres restants avant le 31 mars, soit un an jour pour jour après la publication du premier chapitre (ce qui nous fera grosso modo un chapitre toutes les trois semaines). Y parviendrai-je ? L'avenir nous le dira.
Quoi qu'il en soit, je vous donne rendez-vous vers la mi-février pour le dernier chapitre numéroté ("Le 17ème", inutile de vous rappeler de qui il s'agit ;) ) avant d'attaquer l'épique conclusion en deux parties. D'ici là, vous êtes toujours libres de me laisser vos encouragements et vos éventuelles critiques dans vos reviews que j'attends comme toujours avec impatience. À plus ! :)

(*) Petite note pour tous ceux qui ne sont pas aussi geeks que Kensuke ou qui n'ont jamais joué à Call of Duty : Black Ops II :
ADAV = Avion à Décollage et Atterrissage Verticaux, traduction du terme anglais VTOL (Vertical Take-Off and Landing [aircraft]).