La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 11 : Le 17ème

« Bien plus de choses que prévues ne se sont pas déroulées selon nos plans. La situation présente diffère considérablement de celle que nous escomptions.

— C'est possible, mais ce n'est pas entièrement en notre défaveur. Nous serons toujours capables de commencer la cérémonie une fois que le dernier Ange aura trouvé la mort.

— Et en ce qui concerne Ikari ?

— Nous lui enverrons notre atout, peu importent ces changements dans le scénario.

— C'est peut-être un traître, mais ce n'est pas un idiot. Il se montrera soupçonneux si nous l'envoyons sans raison valable.

— Il se montrera soupçonneux de toute manière pour la seule raison que c'est nous qui le voulons. Mais ainsi sera-t-il. Il acceptera quand même. Il est sûr que son dieu n'échouera pas. Nous verrons lequel des deux monstres restera debout au final. Dans un cas comme dans l'autre, ce sera à notre avantage.

— Ainsi soit-il, approuvèrent les autres voix sans visage tandis que leurs avatars monolithiques disparaissaient dans l'obscurité.

— Ainsi soit-il », répéta calmement pour lui-même Keel Lorenz en baissant la voix. Il sentait la fatigue de son corps vieillissant qui continuait lentement à se décrépir. Il savait qu'il ne lui restait plus guère de temps avant que même ses implants cybernétiques ne parviennent plus à empêcher l'inévitable. Il ne lui restait que cette chance-là et il ne laisserait pas un homme seul se dresser entre lui et son salut. « Ikari… si vous ne me servez pas dans votre vie… servez-moi au moins dans votre mort… »

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« Un Cinquième ? »

La nouvelle avait pris tout le monde par surprise et Makoto Hyuga ne faisait pas exception. Une exclamation générale avait retenti dans la salle de conférence lorsque le vice-commandant Fuyutsuki avait annoncé qu'un nouveau pilote arriverait dans deux jours à peine.

« Mais nous n'avons pas encore reçu de rapport de l'Institut Marduk, protesta Maya. Comment sommes-nous censés préparer les simulations pour lui sans les données nécessaires ?

— Le comité a un faible pour ce candidat et… » Fuyutsuki fit une légère grimace. « …a pressé un peu les choses afin qu'il soit affecté aussi vite que possible. Le rapport de Marduk devrait être bientôt disponible — bien qu'à votre place, je m'apprêterais malgré tout à ce que vous fassiez vous-mêmes les tests nécessaires. »

Un grognement sourd parvint du coin où le Dr. Akagi était assise, aussi mécontente que d'ordinaire depuis les événements qui avaient suivi le dernier Ange. L'insatisfaction qu'elle exprimait était compréhensible, et pas seulement à cause de sa nouvelle place de simple opératrice en chef du système MAGI dans cette réunion. Presque tout le monde dans la pièce savait que cela voulait dire que si le rapport leur parvenait de sitôt, il serait largement censuré et que beaucoup, si ce n'étaient tous les renseignements utiles sur ce garçon manqueraient.

Fuyutsuki se racla la gorge. « Bref, le pilote arrivera après-demain. J'attends de vous tous que vous fassiez de votre mieux pour lui montrer… l'hospitalité de la NERV, acheva-t-il en accompagnant ses derniers mots d'un rare sourire espiègle avant de donner un dernier ordre. Vous pouvez partir. »

La plupart des participants se dirigèrent en groupe vers la sortie comme d'habitude après une séance, mais sans la rumeur typique des conversations, tout le monde semblant pensif après cette annonce.

« Même sans compter Rei, nous avons déjà plus de pilotes que d'Evas, marmonna Misato comme pour elle-même. Pourquoi nous faut-il un Cinquième Élu ? »

Makoto l'entendit cependant assez bien. Et il comprit la requête silencieuse derrière ces mots. On dirait bien qu'il aurait encore quelques heures supplémentaires devant lui.

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« Souriez, tout le monde ! réclama Kensuke en brandissant sa caméra sous le nez des enfants présents. Après tout, c'est la dernière fois que nous sommes tous ensemble pour un bout de temps ! »

Sans ses bonnes manières, Hikari l'aurait giflé pour son comportement surexcité que personne ne semblait vraiment partager en cette triste occasion. Lui, elle-même, Toji, ainsi qu'Asuka et Shinji s'étaient rassemblés une dernière fois pour se dire au revoir. Kensuke et elle devaient quitter la ville qui avait subi trop de dégâts lors du dernier combat. Les pilotes en revanche, dont Toji en réserve, devaient bien sûr rester au cas où une autre attaque aurait lieu.

Maintenant, ils se tenaient là devant sa maison et — du moins pour la plupart — en silence dans cette ambiance déprimante. Derrière elle, elle entendait son père faire les derniers préparatifs, attachant les bagages qui ne tenaient pas dans le coffre sur le toit de la voiture. Ses sœurs avaient déjà pris place à l'intérieur, attendant que le voyage commence. Pen-Pen, qui avait été amené par Shinji et Asuka, était censé partir avec eux en lieu sûr et faisait actuellement un compagnon câlin sur les genoux de Nozomi.

« Oh allez les gars, se plaignit Kensuke en baissant sa caméra. Ce n'est pas comme si on s'en allait à jamais. On va rester à Odawara pendant un certain temps, c'est tout. »

Hikari était sur le point de l'incendier pour se montrer si insensible quand elle remarqua quelque chose qui lui fit difficilement réprimer un cri de joie. Discrètement, comme d'elles-mêmes, les mains de Shinji Ikari et d'Asuka Soryu s'étaient rencontrées et entrelacées ensemble.

« V-vous avez enfin…?! », bégaya-t-elle, rayonnante devant la vue qu'elle avait attendue depuis longtemps.

Le couple à qui elle s'adressait cligna des yeux de surprise, puis regarda leurs mains jointes comme s'ils n'avaient pas remarqué ce qu'elles avaient prises.

« Euh…

— Ben… »

Leurs deux visages rougissant légèrement, ils bégayèrent de manière incohérente en dirigeant leur regard partout sauf l'un vers l'autre. Mais leurs sourires, sans parler du fait qu'ils ne s'étaient pas lâchés, suffisaient à prouver qu'elle avait raison.

Et pas seulement à elle. « QUOIII ? Vous deux ? s'écria Kensuke en laissant presque tomber sa caméra sous le choc, mais la rattrapant au dernier moment. Vous voulez dire qu'elle avait raison depuis le début ? ajouta-t-il en désignant Hikari.

— Ma foi, elle a un don pour voir ce genre de choses », expliqua timidement Toji.

Hikari se mit à rougir devant ce compliment, mais le rouge de sa figure se changea en celui de la colère lorsque la voix moqueuse de sa sœur aînée résonna dans l'air. « Dommage que ça ne marche pas pour elle-même !

— CHUT ! siffla la brune en pivotant sur elle-même.

— Dépêche-toi donc de bécoter ton petit ami, qu'on puisse enfin y aller ! »

Se forçant à ignorer la remarque embarrassante de Kodama, elle ramena son attention sur le couple.

« Oh, je suis tellement contente pour vous deux ! s'exclama-t-elle en battant frénétiquement des mains. Quand est-ce arrivé ? Vous auriez dû me prévenir ! Est-ce que vous vous êtes déjà embrassés ?

— Eh bien…

— Hem…

— Je vous en prie, embrassez-vous maintenant ! les supplia Hikari, incapable de résister à l'envie d'assister à l'expression de leur amour. Je sais que c'est malpoli, mais s'il vous plaît, juste une fois. Je veux voir ça avant de partir ! »

Tous deux échangèrent un regard embarrassé, Asuka se mordant même la lèvre avec un sourire tentateur, en se tournant avec réticence l'un vers l'autre, leurs visages se rapprochant par saccades jusqu'à ce que leurs lèvres se joignent en un bref bécot sur lequel ils se séparèrent aussitôt à nouveau.

Hikari ne fut pas du tout déçu qu'il ne s'agisse pas d'un baiser extrêmement passionné comme au cinéma, bien au contraire. Elle était folle de joie devant le spectacle adorable du couple nouvellement formé.

Un coup de klaxon fit sursauter tout le monde, attirant leur attention vers la voiture où son père avait maintenant pris place dans le siège du chauffeur. « Est-ce que tu peux te dépêcher un peu s'il te plaît, Hikari ? Nous avons encore une longue journée devant nous et j'aimerais éviter les bouchons prévus !

— Un instant ! » cria-t-elle en réponse, son cœur battant la chamade tandis qu'elle se mordait la lèvre. Elle ne pouvait plus se retenir plus longtemps. Si Asuka et Shinji en étaient capables, pourquoi pas elle ?

« Toji ! » l'appela-t-elle en se jetant au cou du garçon, le surprenant en lui faisant légèrement baisser la tête tout en se haussant sur la pointe des pieds. Et davantage encore lorsqu'elle lui plaqua rapidement un baiser sur la joue. « Fais bien attention à toi, d'accord ?

— O-ouais… » marmonna le sportif abasourdi lorsqu'il retrouva enfin la voix après qu'Hikari l'ait lâché.

Faisant un pas en arrière, elle ne put s'empêcher de sourire de fierté et de joie malgré ses joues brûlantes, tandis qu'il portait une main distraite à l'endroit où ses lèvres l'avaient touché. « Bon, alors au revoir…

— O-ouais…

— On… on se reverra bien tôt, pas vrai ? Une fois que ce sera… » Elle s'interrompit, surprise par son dos entrant en contact avec la voiture. « Une fois que ce sera fini ? »

Avant que Toji ne puisse continuer comme un disque rayé, la main d'Asuka se plaqua devant sa bouche. « Ne t'en fais pas, répondit-elle pour lui. Tu t'occupes de notre petit compagnon, on s'occupe du tien ! »

Hikari ne serait en état de comprendre la plaisanterie que bien plus tard, la tête lui tournant encore tandis qu'elle tentait d'ouvrir la porte et de monter sans quitter du regard ses… amis.

Elle se rappela juste à temps d'agiter la main par la fenêtre quand son père mit le contact. « Prenez tous bien soin de vous ! »

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La main de Shinji était toujours jointe à celle d'Asuka lorsqu'ils rentrèrent à la maison. Non seulement ils goûtaient ce contact précieux, mais aussi leurs rires qui persistaient après les adieux bien plus gais que prévus.

« Est-ce qu'on n'aurait pas dû s'assurer que Toji finisse par rentrer ? pouffa Shinji. Quand nous sommes partis, il n'avait toujours pas bougé d'un pouce.

— Ouais, lança Asuka. Il continuait à regarder dans la direction de la voiture avec des yeux de chien battu, même après qu'elle ait disparu hors de vue depuis longtemps. Il n'a même pas remarqué Kensuke nous dire au revoir à son tour.

— Pauvre Kensuke, j'espère qu'il ne se sent pas exclu.

— Oh, je ne crois pas que ça le dérange vraiment. Ou alors tu ne crois pas qu'il aurait cessé de traîner avec nous, même quand nous autres couples voulons… eh bien, nous "bécoter" ? dit-elle en souriant, tout en se penchant contre lui, frôlant sa joue de ses lèvres.

— Oh, soupira exagérément Shinji. Non, sans doute pas.

— C'était vraiment trop drôle quand Hikari nous a demandé de nous embrasser, dit Asuka pour en revenir au fait. J'ai dû me mordre la lèvre pour ne pas éclater de rire.

— Je sais, j'arrivais à peine à me retenir moi aussi. » Son sourire vacilla légèrement lorsqu'il la regarda en serrant légèrement sa main. « On dirait bien qu'il nous fallait bien ça. Une dernière distraction pour oublier tout les soucis de ces derniers temps — et tout ceux qui sont encore à venir… »

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La canette sur la table était toujours fermée. Ce n'était pas à un test d'autodiscipline que se livrait Misato en restant assise devant elle. Elle ne la voyait même pas, bien qu'elle soit juste devant ses yeux. Alors que son regard était fixé sur la bière, sa tête était ailleurs.

Elle laissa échapper un soupir.

Elle s'était précipitée chez elle dès qu'elle l'avait pu et avait fini par arriver bien avant que ses "protégés" ne rentrent après avoir assisté au départ de leurs amis.

Ses craintes de la façon dont Shinji prendrait la nouvelle d'un nouveau pilote avant même qu'elle ne sache qu'il s'agissait d'un de ses amis n'avaient fait qu'empirer la situation quand le Quatrième avait été désigné, la conduisant presque à un total désastre. Même après que tout ait bien fini et avoir appris que Shinji savait depuis le début, elle n'arrivait toujours pas à s'empêcher de se sentir coupable d'avoir été incapable à ce point de lui présenter la vérité, pour avoir eu trop peur de la confrontation, trop peur d'être celle qui le fasse souffrir encore davantage.

Ça ne se reproduirait plus. Elle aimait se dire que c'était plus facile maintenant qu'elle savait qu'il était un homme plus fort et qu'il avait vu bien pire. Mais quand elle entendit la porte s'ouvrir pour les laisser entrer d'humeur nettement joyeuse, sa résolution s'estompa. D'autant plus lorsqu'ils arrivèrent dans la cuisine et qu'ils la virent. Leurs rires cessèrent aussitôt.

« Un problème, Misato ? demanda aussitôt Shinji, inquiet.

— Non pas vraiment, mais… » Une fois de plus, elle soupira en se levant pour leur faire face. « Il faut que je vous dise quelque chose. C'était censé être confidentiel — pour je ne sais quelle raison, vu que même si vous ne le savez pas encore, vous le saurez sans doute d'ici demain, de toute façon… » Elle prit une profonde inspiration. « Le Cinquième Élu a été désigné et arrivera dans les prochaines 48 heures.

— Kaworu ? » Shinji releva brusquement la tête la regardant avec des yeux écarquillés par le choc, son visage perdant toute coloration. Visiblement inquière, Asuka fut vite là pour le soutenir, lui pressant la main gauche contre la poitrine tandis qu'elle lui caressait l'épaule de la droite pour le réconforter.

— Alors je présume que vous le connaissez ? » devina Misato en faisant une légère grimace pour en avoir parlé. Mais c'était pour le mieux.

Voyant que Shinji n'était toujours pas vraiment en état de répondre, ce fut Asuka qui parla pour eux la première en secouant la tête. « Pas moi. J'étais… » Elle crispa les paupières, luttant visiblement contre un souvenir déplaisant. « …hors jeu… pendant un moment à l'époque. Mais pour Shinji, il était…

— Même si ce n'était que pour les quelques jours durant lesquels je l'ai connu, il a été la personne la plus importante de ma vie », poursuivit Shinji pour elle une fois le choc initial passé.

Misato fut prise de court par les mots qu'il avait choisi, mais ne voulait pas lui en tenir rigueur. « J-je suis désolée, Shinji. Je ne savait pas que ça aurait un tel impact sur toi.

— Ça… soupira-t-il en secouant la tête pour se l'éclaircir, ça ira. J'avais juste — j'avais plus ou moins espéré qu'il ne viendrait pas. À l'origine, il était censé être… » Il déglutit en regardant la fille qui se tenait toujours contre lui. « …le… le pilote remplaçant de l'EVA-02. On dirait bien que ce n'était qu'un souhait idiot.

— Je suis désolée, s'excusa à nouveau Misato, ne sachant pas quoi dire d'autre.

— Ça va. C'est juste… que je ne sais pas comment je suis censé faire face à quelqu'un… » En fermant les yeux, il referma ses mains tremblantes. « …quelqu'un que j'ai tué… »

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Misato s'agitait nerveusement sur sa chaise en fixant d'un air absent les dossiers sur son bureau tout en faisant tournoyer distraitement un stylo entre ses doigts. Elle avait voulu se mettre à jour de sa paperasse, histoire de détourner son esprit de ce que Shinji et Asuka lui avaient dit. Inutile de le dire : ça ne marchait pas.

Un Ange déguisé en humain. Et ils étaient censés laisser un monstre aussi dangereux se balader librement dans les couloirs de la NERV. Et pourquoi pas l'inviter à prendre le thé aux pieds d'Adam tant qu'ils y étaient ?

Le stylo qu'elle tenait avait cessé de tourner, son autre main serrant furieusement la croix qui pendait à son cou. N'avait-elle pas juré de les combattre par tous les moyens ? Comment pouvait-elle maintenant se contenter de rester assise et regarder ?

Bien sûr, ils ne pouvaient tout simplement pas aller tuer quelqu'un qui, pour tous les autres, était un garçon normal, leur cinquième pilote. Ils auraient beaucoup de mal à s'expliquer même s'ils pouvaient prouver ensuite que c'était un Ange — et qui sait si c'était possible. Non, ils devaient attendre qu'il agisse. Elle ne pouvait qu'espérer qu'elle pourrait au moins le garder sous surveillance en permanence. Shinji lui avait assuré que ce Kaworu n'était pas vraiment hostile en soi, mais tout de même…

Un bip émis par son ordinateur la tira de ses pensées.

Une fenêtre pop-up qui venait d'apparaître sur l'écran réclamait son attention, apparemment un rappel du calendrier.

« Jeudi, 14:00 : Rendez-vous à Matsushiro, entrepôt de stockage. »

En temps normal, elle aurait ignoré ce message, n'ayant ni le temps ni l'intention de faire toute cette route pour un rendez-vous inutile avec un quelconque magasinier au sujet de stocks qui n'existaient même plus. Mais mis à part le fait que — même si quiconque travaillait encore là-bas — cela aurait facilement pu se régler d'un coup de téléphone, elle ne se souvenait pas avoir pris un tel rendez-vous. En fait, elle ne s'était jamais guère servie de cette fonction calendrier.

Peut-être qu'un saut à Matsushiro était exactement ce qu'il lui fallait pour ne plus penser à ce garçon-Ange.

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Après l'incident avec le 13ème Ange, le complexe avait été abandonné, à l'exception d'une équipe de maintenance minimale qui était censée s'occuper du système MAGI local. Et vue la structure système du MAGI, ils n'avaient pas à passer plus d'une fois par mois. Personne n'avait visité la vaste halle de stockage, elle aussi vraisemblablement vide, depuis que l'EVA-03 avait été amenée dans la zone de test.

Aussi la surprise de Misato fut d'autant plus forte lorsqu'elle ouvrit le cadenas et repoussa les portes pour se retrouver aussitôt face à une forme massive qui occupait la majeure partie de l'espace de la halle. Naturellement, sa curiosité ne fit qu'augmenter en contemplant l'énorme masse entièrement couverte de bâches.

Ce n'était pas tant qu'elle se demandait comment il était possible de faire rentrer quelque chose d'aussi gros en douce dans un complexe de la NERV, apparemment sans que personne ne le remarque ou ne s'en soucie, ou pourquoi quelqu'un ferait montre de tant de discrétion pour la mettre au courant. Elle se sentait plutôt comme une enfant devant un énorme cadeau de Noël, tentant de deviner ce que c'était avant de l'ouvrir.

Cette impression fut encore renforcée lorsqu'elle vit une petite carte blanche suspendue à une cordelette attachée aux couvertures grises.

/Un cadeau d'un revenant/

Son estomac s'emballa à ces mots lorsque le frêle espoir que Shinji avait évoqué fut à nouveau réveillé. Sans perdre plus de temps, elle souleva suffisamment une des bâches pour pouvoir grimper dessous.

Il lui fallut un peu de temps pour réaliser ce qu'elle voyait-là. Mais lorsqu'elle se rendit compte de la nature de son « cadeau », un large sourire s'étala sur son visage. Ouvrant d'un geste son téléphone portable, elle composa automatiquement le numéro le plus utilisé.

« Major Katsuragi à l'appareil. Passez-moi le Dr. Akagi. »

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Le crépuscule était venu et baignait les restes engloutis de la ville d'une teinte dorée. Il ferma les yeux, profitant de la tiède brise d'été qui soufflait sur le nouveau lac Ashi. Ce spectacle devait avoir affligé ceux qui avaient été affectés d'un sentiment de chagrin et de perte, mais pour lui, il était serein. Même la statue sur laquelle il avait choisi de s'installer, autrefois modelée sous la forme religieuse couramment utilisée d'un ange ailé, maintenant grotesque et décapitée, allait bien dans ce cadre paisible, à demi submergée dans l'eau comme elle l'était.

Presque d'elle-même, une vieille mélodie lui vint en tête et il se mit à la fredonner pour exprimer sa joie.

Il savait qu'il était censé se présenter au quartier général de la NERV, mais il avait besoin de faire ça d'abord. Il n'avait pas aimé le confinement à l'intérieur de l'avion qui l'avait amené à Néo Tokyo-3. Aussi chérissait-il d'autant plus cette liberté.

Du moins jusqu'à ce que sa paix soit troublée.

« Hé toi ! » appela une voix, mais il ne sembla pas s'en soucier ; il se contenta de baisser le volume de sa chanson. « Hé, toi là-bas ! Bon sang, c'est à toi que je parle ! »

Là il cessa de fredonner, quoiqu'il ne se tournât toujours pas pour voir qui était venu jusque là pour le trouver. Non pas qu'il en ait besoin.

« Et que puis-je pour toi, Asuka Langley Soryu ? »

Il y eut un bref moment de silence. Évidemment, elle était prise de court par le fait que cette personne qu'elle n'avait jamais rencontré auparavant connaisse son nom.

« Tu es Kaworu Nagisa, pas vrai ? Le Cinquième Élu ?

— C'est le nom qu'on m'a donné, confirma-t-il avec une nuance d'amusement dans la voix. Mais je dois admettre que je m'attendais à rencontrer quelqu'un d'autre avant. Alors dis-moi, Seconde Élue, pilote désignée de l'Evangelion-02, quel bon vent t'amène ? Es-tu venue m'avertir de ne pas prendre ta place en tant que pilote ? Ou bien de ne pas te prendre celui que tu aimes ? »

Une fois encore, il y eut un bref silence, avant qu'il ne l'entende renifler. « Écoute-moi bien, j'en sais plus long sur toi que tu ne le crois ! Si tu tentes quoi que ce soit de stupide, je serai la première à te casser la gueule !

— Je ne suis pas sûr de ce que tu entends par "stupide", répondit-il calmement d'un ton amusé. Je vais accomplir ce qui m'est assigné et je le ferai quand le moment sera venu.

— Très bien, je te préviens une dernière fois : si tu tentes de faire souffrir… l'un de mes amis, tu le regretteras !

— Sans doute parles-tu pour quelqu'un d'autre, Soryu ? Une telle déclaration ressemble fort peu à ce que j'ai entendu dire de toi, mais je ne peux nier qu'elle emplit mon cœur de joie. Ton amour pour… » Il eut un léger rire. « …eux doit être fort si tu es prête à prendre le risque de diverger ainsi de celle que tu es vraiment. »

L'impact sonore d'une pierre plus petite heurtant la statue sur laquelle il était assis résonna, mais il ne frémit pas. Il fut cependant légèrement attristé qu'elle recoure à un acte de violence physique en guise d'avertissement supplémentaire plutôt que de se servir de ses aptitudes verbales. Il aurait aimé poursuivre cette discussion, mais le bruit du sable sous ses pas lui fit savoir qu'elle tournait déjà les talons pour repartir.

« Ne t'approche pas de lui, compris ?!

— Comme vous voudrez… dit-il à voix basse en tournant la tête pour la regarder s'éloigner, …Mme Ikari… »

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« Asuka ? Où étais-tu passée ? demanda Shinji, curieux, en entendant la porte se refermer, mais il le regretta immédiatement en la voyant se débarrasser de ses chaussures à coups de pieds frustrés, les laissant traîner là où elles étaient tombées.

— Dehors. » Ce fut tout ce qu'il obtint comme réponse, tandis qu'elle le dépassait en coup de vent en direction de la cuisine.

En soupirant, il ramassa ses chaussures et les rangea correctement sur le côté. « Tu es allée le voir en fin de compte, c'est ça ? » lui lança-t-il. Bien sûr, il n'eut pas de réponse.

La suivant dans la cuisine, il trouva Asuka adossée au frigo, une canette de soda portée à ses lèvres. Il n'était pas sûr qu'elle soit vraiment en train de la siroter, à la façon dont elle regardait vaguement droit devant elle.

« Je croyais pouvoir le prendre par surprise, me montrer plus maligne que lui avec ma connaissance du futur. Mais c'est lui qui s'est montré plus malin que moi, finit par marmonner Asuka. Tu crois qu'il est possible qu'il soit au courant ? » ajouta-t-elle en lui adressant un regard pour la première fois depuis son retour contrarié.

Shinji y réfléchit, mais finit par secouer la tête. « Aucune idée. C'est un Ange après tout. Est-ce qu'il a dit quelque chose… tu sais… à propos de nous venant du futur ?

— Pas exactement, admit Asuka entre ses dents, écartant enfin la canette de sa bouche. Mais il – il savait qui j'étais sans même me regarder. Et il a fait de drôles d'insinuations sur… "ceux que j'aime".

— Alors on n'a pas vraiment de preuve qu'il sache ? raisonna Shinji. Aucun signe qu'il puisse nous dire…? »

Fermant les yeux, Asuka poussa un soupir de lassitude. « Non, rien qu'il n'aurait pu glaner à partir de rapports et d'un brin de réflexion ou de suppositions logiques, concéda-t-elle. Mais je ne sais pas, c'était… déconcertant… »

Il ne put réprimer un léger sourire à ces mots. « Ça, c'est Kaworu tout craché… »

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« Et ici nous avons la salle de pause. Là, les gens peuvent prendre des rafraîchissements légers et bavarder quand ils ne sont pas de service. »

Maya n'avait pas l'intention de faire ça, elle voulait plutôt finir de faire le guide dès que possible. Mais lorsqu'elle poursuivit son chemin, elle remarqua rapidement que la présence derrière elle ne la suivait plus. En se retournant, elle remarqua que le Cinquième Élu se tenait toujours devant les distributeurs, examinant l'étalage coloré d'un air fasciné.

« Est-ce que tu as soif ? lui demanda-t-elle, perplexe.

— Non, je ne crois pas que ce soit le cas. »

Maya lui adressa un sourire nerveux. Elle n'avait pas refusé de faire faire la visite au nouveau pilote, mais c'était surtout par politesse et non parce qu'elle avait très envie de passer du temps avec lui.

Le garçon semblait avoir une étrange aura, pas vraiment sinistre mais… gênante. Cette amabilité constante, poussée à l'extrême, n'était tout simplement pas normale. Bien sûr, c'était triste à dire, mais c'était un caractère indéniable de la nature humaine de penser d'abord à soi-même. Aussi cela la déstabilisait d'autant plus de ne le voir présenter aucun signe d'un tel comportement.

« Bon, on continue…? » Elle s'interrompit en entendant des bruits de pas venir vers eux. Tendant le cou pour regarder par dessus les cheveux argentés en bataille de son compagnon, elle aperçut deux silhouettes familières qui approchaient en discutant de quelque chose qu'elle ne pouvait pas entendre. Leur discussion comme leurs pas cessèrent aussitôt que Shinji et Asuka les remarquèrent.

« Ah, c'est bien que vous soyez là, les salua Maya. Je voudrais vous présenter Kaworu Nagisa, le Cinquième Élu. Il sera pilote de réserve au cas où… hum… »

Comme s'il avait senti son embarras, le garçon prit la parole et acheva la présentation. « Et si nous disions que nous espérons tous qu'il ne sera pas nécessaire que je prenne la place de l'un d'entre vous ? » Son sourire s'élargissant, il tendit la main vers Shinji. « Tu dois être le fameux Shinji Ikari. C'est un plaisir de te rencontrer enfin. »

Le garçon aux cheveux noirs ne releva cependant pas la tête. « B-bienvenue », marmonna-t-il d'une voix éteinte. Puis il les dépassa à grands pas sans un regard en arrière, Asuka le suivant de près en décochant un regard menaçant au nouveau venu au passage.

Le sourire de Kaworu décrut mais ne vacilla pas, sa main non serrée retombant contre lui tandis qu'il les regardait partir.

« J-je suis désolée, dit Maya pour tenter d'excuser l'accueil peu chaleureux. Asuka peut se montrer parfois un peu… acariâtre quand il s'agit d'un potentiel… hum… rival. Mais d'habitude, Shinji est beaucoup plus aimable que ça.

— Ne vous en faites pas, la rassura le garçon. Je suis sûr qu'ils n'avaient pas l'intention de m'offenser. En fait, je suis certain que nous jouerons nos rôles ensemble exactement comme nous y sommes destinés… »

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D'aucuns se plaignaient souvent de la lenteur des longs escalators et des tapis roulants qui servaient de passerelles pour raccorder les différentes sections du quartier général par-dessus de vastes abîmes. Elle avait souvent vu des gens sacrifier le confort de se laisser transporter en faveur du gain du temps obtenu en y ajoutant l'usage de leurs jambes pour les parcourir en marchant. Rei n'en faisait rien. La seule raison qu'elle aurait eu de faire comme eux aurait été en cas d'urgence, mais à part ça, passer son temps sur le chemin ou à sa destination n'avait pas d'importance pour elle.

Ikari et Soryu étaient partis quelque temps plus tôt et elle avait décidé de rentrer à son appartement toute seule. Ce n'était pas qu'elle n'appréciait pas leur compagnie, bien au contraire. C'était une sensation plaisante de savoir qu'il y avait des gens qui tenaient à elle. Ils essayaient de l'inclure dans leurs activités, mais souvent elle se sentait sa présence déplacée quand ils discutaient entre eux. Ils tentaient de le dissimuler, peut-être ne l'avaient-ils même pas encore remarqué eux-mêmes, mais il semblait y avoir un lien entre eux et elle avait l'impression de le perturber.

Elle savait qu'il était insensé de se sentir ainsi coupable. Peut-être n'était-elle tout simplement pas habituée à cette situation nouvelle. Peut-être finirait-elle par se sentir aussi acceptée qu'ils le voulaient. Peut-être… y avait-il une autre raison à la tristesse en elle quand elle les regardait.

« Tu es Rei Ayanami, c'est bien cela ? »

Ce n'est qu'alors qu'elle remarqua le garçon aux cheveux gris qui la regardait depuis le bout de l'escalator dont elle s'approchait et elle se demanda pourquoi elle ne l'avait pas fait plus tôt. Il semblait émettre une puissante aura, quelque chose qui n'était pas juste vaguement familier. Elle ne se souvenait pas l'avoir jamais vu auparavant, mais elle le connaissait, elle en était sûre.

« Toi et moi, nous sommes identiques, finit-il par lui dire avec un sourire. Sur cette planète, dans ces corps vivants, nous avons tous les deux pris une forme semblable à celle des Lilin. »

Elle plissa les yeux à ses mots.

Lilin ?

« Qui es-tu ?

— Oh, où sont passées mes manières ? se demanda le garçon avant de s'incliner légèrement. Je suis Kaworu Nagisa, le Cinquième Élu.

— Non. »

Il haussa un sourcil. « J'ai bien peur de ne pas comprendre.

— Qui es-tu… » Ses yeux se réduisirent à de simple fentes. « …vraiment ? »

Le sourire de Kaworu ne changea pas, mais pour une certaine raison, il parut soudain… menaçant. « Je crois que tu le sais déjà… »

Il avait raison. Elle… le… connaissait depuis longtemps. « Tu es bien conscient que je ne peux pas te permettre de réussir ?

— Je n'en attendais pas moins. Mais… » commença-t-il en fermant les yeux, et la tension sembla soudain retomber comme si elle n'avait jamais existé. « …cela peut attendre jusqu'à ce que le moment vienne. »

Il la dépassa alors, la laissant avec l'impression que la conversation avait pris fin. Mais lorsqu'elle se mit en mouvement pour poursuivre son chemin, il se retourna vers elle. « Étant donné que je ne peux pas passer mon temps avec… quelqu'un d'autre, comme je m'y étais attendu… voudrais-tu m'accompagner ? »

Rei cilla de surprise.

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Le bruit des conversations l'entourait. Tout autour d'elle, des gens parlaient avec leurs collègues en mangeant leurs repas choisis parmi le menu limité, sirotaient leurs boissons ou se contentaient de profiter de quelques minutes loin de leur travail.

Rei ne faisait rien de tout ça. Elle regardait en fronçant les sourcils le plateau bien rempli de son adversaire qui s'asseyait à leur table.

« Ce n'est pas trop, j'espère ? s'enquit le garçon aux cheveux gris en remarquant son regard. Je n'avais pas l'intention de paraître gourmand.

— Je ne suis pas sûre qu'un tel comportement répugne les autres, lui dit-elle en contemplant les trois bols de soupes différentes, ainsi qu'un plat de nouilles et un autre de riz accompagnés d'une bouteille de la boisson gazeuse appelée cola. Mais il est improbable que tu parviennes à consommer tout ça.

— Ah, j'imagine que je ne suis simplement pas au fait des coutumes des Lilin, admit-il en examinant avec curiosité la cuillère luisante qu'il tenait à la main. C'est impressionnant, même à partir d'une vulgaire nécessité de leur corps mortel, ils ont créé un art magnifique.

— Un art ? répéta Rei, incapable de suivre sa pensée.

— Ma foi, oui, se mit-il à expliquer en remuant la soupe de l'un des bols avec sa cuillère. Pour survivre, il leur suffirait de manger simplement les ingrédients crus tous seuls. Mais ils les combinent en les assaisonnant jusqu'à ce qu'au bout du compte, ils aient créé un petit chef-d'œuvre qui ne se contente pas de satisfaire un simple besoin, mais est une pure joie à consommer.

— D'après ce que j'ai cru comprendre des conversations parmi le personnel, beaucoup d'entre eux ne seraient pas d'accord avec toi sur les repas de cette cafétéria. »

Pour une raison incompréhensible pour Rei, le garçon éclata d'un rire cristallin. « Ah. L'humour. Une autre performance des plus agréables que cette culture a créé, dit-il lorsqu'il se fut calmé. Mais oui, il se peut que j'adore ce qu'ils ont accompli davantage qu'ils ne le font eux-mêmes. Ces sensations sont encore nouvelles pour moi, mais pour eux qu'elles ont entourés toute leur vie, elles sont naturelles. Et cela fait un bon moment depuis la dernière fois que j'ai eu l'occasion de ressentir ces plaisirs. »

Sur ce, il porta la cuillère pleine à sa bouche. Rei envisagea de lui rappeler la chaleur. Mais malgré ce que d'autres pensaient, le concept d'humour ne lui échappait pas totalement.

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« On dirait que tout avance bien. »

Même si elle ne tressaillit pas vraiment, entendre cette voix surprit Ritsuko. Décidant de profiter de l'occasion pour faire une petite pause, elle raccorda les trois derniers câbles à l'intérieur du panneau et se releva de l'unité de contrôle sur laquelle elle travaillait.

« Oui, opina-t-elle en faisant un pas en arrière vers son amie sans se retourner vers elle, tandis qu'elle tâtait les poches de sa blouse blanche à la recherche de son paquet de clopes. La commande à distance est pour ainsi dire terminée et une fois qu'ils auront fini d'assembler les dernières pièces, nous pourrons entamer les premières simulations avant de le transférer au quartier général.

— Qu'est-ce que tu leur a dit ? demanda Misato avec un signe de tête en direction des techniciens occupés sur le dos du colosse.

— Comme d'habitude : rien, fit Ritsuko en haussant les épaules. Ils ont l'habitude de faire leur boulot sans poser de questions. Même si ce n'est de toute évidence pas la maintenance du MAGI pour laquelle ils ont été délégués.

— Alors… aucun signe que le commandant puisse avoir vent de notre petit projet, ici ?

— Ikari ? » marmonna Ritsuko en allumant la cigarette entre ses lèvres. Elle tira une bouffée et souffla un nuage de fumée avant de poursuivre. « À moins que nous ne nous montrions trop imprudentes, je doute qu'il le remarque. Il aime faire croire aux gens qu'il est une ombre omnisciente et omniprésente, professionnel et calme en toute circonstance. Mais la vérité c'est qu'il est devenu trop focalisé sur ses plans, maintenant qu'ils touchent à leur fin. Il est… fébrile…

— Fébrile ? Le commandant ? » Misato frissonna visiblement à l'image qui avait dû lui venir à l'esprit.

— Ma foi, à sa façon du moins, murmura solennellement le docteur. En parlant d'Ikari… je n'ai pas encore parlé à Shinji. »

L'annonce ne sembla guère surprendre le jeune major. Même si elle n'avait jamais été très extravertie, Ritsuko était devenue plus distante depuis l'incident avec les clones de Rei, du moins envers les deux témoins. Ç'avait déjà été un rude combat pour la blonde de s'excuser auprès de sa vieille amie de fac. Shinji, en revanche, n'avait toujours été — du moins pour elle — qu'un enfant ; quelqu'un d'inférieur à elle, pas de manière péjorative, mais quelqu'un à qui, en tant qu'adulte intelligente, elle devait donner un bon exemple. Même si elle ne l'aurait jamais exprimé ainsi, elle se sentait profondément gênée de lui avoir montré une part d'elle-même aussi faible et émotive.

« Ne t'en fais pas, la rassura cependant Misato. Il comprend mieux que tu ne le crois.

— Hmm. » Ritsuko eut la tête ailleurs pendant quelques secondes, réfléchissant aux paroles de Misato tandis que sa cigarette se consumait. Son amie venait-elle d'essayer de lui remonter le moral ? C'était dans sa nature après tout. Mais étant sa tutrice, Misato connaissait Shinji bien mieux qu'elle. Ne parvenant pas à trancher, elle reprit la parole.

« Enfin bref, changea-t-elle de sujet, le code est assez simple, ça ne devrait pas poser de problème pour adapter le système de guidage à quelque chose de plus efficace.

— Mieux vaut que je ne te demande pas comment il se fait que tu connaisses déjà le code », lança Misato en grommelant à demi.

Ritsuko se contenta d'adresser à son amie un sourire entendu. « Je m'inquiète plus pour l'élément humain. Tu es vraiment sûre que le Quatrième en est capable ? »

Misato secoua la tête, probablement plus pour chasser ses propres doutes que pour répondre à la question. « C'est un pilote entraîné après tout, alors ça devrait être plus facile pour lui de se faire à des commandes légèrement modifiées que pour quelqu'un qui devrait les apprendre en commençant à zéro. » Elle soupira. « Oui, il est jeune et n'a pas beaucoup d'expérience, mais le commandant nous garantit que Rei est intouchable et trouver un nouveau ne nous mènerait à rien. Et je ne fais pas vraiment confiance au Cinquième. »

Ritsuko la jaugea du regard. Bien sûr, elle avait vu Makoto fureter à nouveau dans les données du Cinquième. « Alors tu sais…? »

Le major hocha la tête. « Probablement plus que je ne devrais… »

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« Hé, Ayanami !

— Dites donc, si ce n'est pas notre Rei, ajouta Asuka au salut de Shinji, ce qui fit s'arrêter la susnommée alors qu'elle était sur le point de sortir.

— Est-ce surprenant de me rencontrer à la porte de notre vestiaire ? » demanda Rei, déroutée par le ton de la voix de la rousse.

Asuka soupira en se pinçant l'arête du nez. « L'humour, Rei, l'humour ! C'est quelque chose qu'il faut vraiment qu'on travaille. »

Rei choisit de ne pas répondre. En fait, Asuka remarqua qu'elle semblait avoir pris l'habitude agaçante de Shinji d'ignorer ses propos lorsqu'ils parcouraient ensemble les couloirs, hochant la tête sans y penser pour montrer leur approbation, qu'elle soit sincère ou non. Cela pouvait être considéré comme un pas en avant comparé aux manières complètement indifférentes de la fille aux cheveux bleus dans sa vie précédente, mais Asuka avait quand même envie de donner des baffes à Shinji pour être un si mauvais exemple. Tout ce qui manquait à Rei maintenant était de placer un « Oui, Asuka » (ou pire, « Oui, chérie » !) de temps à autre.

Au moins elle pouvait piéger Shinji avec des questions comme « Est-ce que tu vas faire mes corvées pour le reste du mois ? » ou « Tu veux une bouteille de Tabasco dans ton curry ? » quand elle remarquait qu'il ne l'écoutait pas. Mais contrairement à lui, Rei parvenait d'une manière ou d'une autre à écouter même quand elle ne le faisait pas, aussi paradoxal que cela paraisse.

« Alors, qu'est-ce que tu penses du Cinquième ? dit Asuka, en venant enfin au fait qu'ils soient passés chercher Rei et, comme elle s'y serait presque attendue, cette fois-ci elle obtint une réponse sans une seconde d'hésitation.

— Je suis certaine qu'il serait un pilote très performant. » Il était impossible pour Asuka de dire si Rei avait manqué le sous-entendu qu'elle voulait connaître son avis sur lui à un niveau personnel plutôt que professionnel, ou si elle avait choisi d'ignorer ce détail.

— C'est vrai que tu as passé du temps avec lui ? » Le ton de Shinji semblait peut-être un peu trop insistant, mais Rei ne sembla pas l'avoir remarqué.

— Je lui ai tenu compagnie à l'occasion, oui, admit-elle sans remords. Je ne devrais pas interagir avec d'autres personnes ?

— Oh, c'est bien, c'est formidable même que tu fasses ça », tenta-t-il hâtivement de corriger une méprise potentiellement fatale. Après tout, il était plus que bienvenu qu'elle s'ouvre aux autres et qu'elle se trouve des amis. « Mais il… peut-être qu'il n'est pas… J-je ne crois pas qu'il soit de la meilleure compagnie, tu sais ?

— Il est dangereux », ajouta Asuka sans ambages.

Mais leurs avertissements ne parurent guère inquiéter Rei qui les regarda tous deux comme s'ils venaient de lui dire que le ciel était bleu. « Je sais qu'il ne représente pas une menace pour moi », déclara-t-elle simplement en tournant les talons pour partir.

Avec quelqu'un d'autre, Asuka aurait considéré cela comme une tentative de fuir une discussion gênante qu'il savait ne pas pouvoir emporter. Mais avec Rei, il était bien plus difficile de deviner si c'était le cas ou si Rei faisait juste sa Rei, ayant dit tout ce qu'elle avait à dire.

« On s'inquiète juste pour toi, tu sais ? »

Cela sembla prendre la fille aux cheveux bleus au dépourvu, la stoppant brutalement. « Je… vous remercie, dit-elle sans se retourner. Mais ce n'est pas nécessaire. Je peux vous assurer qu'il n'y aucun danger pour moi venant de lui. »

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Elle en était vraiment venue à détester les tests de synchronisation. Alors qu'auparavant elle parvenait à tromper son ennui, les attendant même avec impatience comme une façon d'encourager son amour-propre avec ses résultats élevés, maintenant ils étaient juste fastidieux. Bien sûr elle ne pouvait pas tout simplement leur dire que son taux de synchro serait sûrement assez élevé lors du combat, bien qu'elle soit sérieusement en train de considérer faire ça. Mais malheureusement, même si elle le faisait, elle doutait qu'ils la croiraient et ils l'obligeraient à faire les tests quand même.

Grognant intérieurement, Asuka jeta un coup d'œil absent à la fenêtre de communication qui montrait l'intérieur de la plug de Shinji, mais alors même qu'elle détournait le regard, quelque chose aperçu du coin de l'œil ramena son attention sur l'écran. Apparemment Shinji fixait lui-même du regard quelque chose. Elle ne voyait pas ce qu'il regardait, mais n'avait aucun mal à le deviner.

Ce fichu garçon-Ange. Il était assis là, souriant calmement dans la test plug de Rei, probablement en train de battre tous les précédents scores comme il le voulait. Elle ne serait probablement jamais devenue amie avec ce "gars", même dans d'autres circonstances. Mais Shinji n'était pas elle et dans l'état dans lequel il s'était trouvé, il était compréhensible qu'il ait accueilli toute forme d'affection qu'il pouvait obtenir. Même si elle était venue en quantités aussi ridicules sous la forme de ce salopard.

Shinji avait peut-être fait preuve d'une idiotie aveugle, mais c'était Kaworu qui avait su que l'un d'eux devrait mourir ; c'était lui qui avait su que cette "amitié" finirait par faire du mal à son futur mari d'une façon ou d'une autre. Et elle savait qu'au fond Shinji était toujours le même idiot aveugle.

S'il n'arrivait pas à le voir, alors ce serait à elle de le faire pour lui.

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Le test de synchronisation finit par s'achever au bout d'une heure. Kaworu espérait que les Lilin n'étaient pas trop perturbés par les résultats qu'ils avaient obtenus, souriant pour lui-même tout en s'extirpant de la test plug. Il vit Shinji et la Seconde Élue faire de même, se dirigeant aussitôt vers la sortie, quoiqu'il remarquât Soryu le fusiller du regard l'espace d'une seconde. Lui avait-on déjà dit les résultats ? On disait qu'elle était assez compétitive en ce qui concernait ces chiffres.

Il n'obtiendrait pas de réponse de sitôt. Tandis que ses copilotes s'en allaient aux douches, il trouva son chemin barré par un garçon athlétique aux cheveux bruns de l'âge de Shinji, vêtu d'une plug suit sombre semblable à celle qu'il portait.

« Toji Suzuhara, je présume, le salua Kaworu. Le Quatrième Élu.

— Euh, ouais. C'est toi le nouveau, hein ? répondit Suzuhara en lui tendant la main. Karo…

— Kaworu Nagisa, le corrigea-t-il amicalement en prenant la main tendue pour accomplir ce rituel commun.

— Ah ouais. Alors, ça fait quel effet d'être de la chair à canon ?

— De la chair à…? Ah oui, j'ai entendu parler de ton malheureux… accident…

— Ouais… » Suzuhara fit un pas en arrière en le considérant un peu différemment. Kaworu avait remarqué cette expression chez un bon nombre de gens, mais il n'y avait jamais accordé beaucoup de réflexion. « Dis, tu sais… cette façon que tu as de bouger et de parler… et ce sourire… tu n'es pas… » Le garçon agita lentement la main. « Je veux dire, ce n'est pas que j'aie quoi que ce soit contre ça… mais tout de même…

— J'ai bien peur de ne pas savoir à quoi tu fais allusion.

— Ouais, d'accord, t'inquiète, bafouilla hâtivement Suzuhara en reculant lentement vers la plug. Il vaut mieux que j'y aille. Ils ont encore besoin de moi pour ce… euh, héhé, truc top secret. Franchement, avec cinq pilotes, ils pourraient avoir cinq test plugs, pas vrai ? Ça accélèrerait les choses. Bon ben, salut… »

Le Quatrième tourna alors rapidement les talons en marmonnant quelque chose à propos de LCL frais dans la plug. Kaworu trouva cette réaction fort intéressante. Peut-être faudrait-il qu'il fasse quelques recherches là-dessus à l'occasion. Mais pour le moment, il décida qu'il valait mieux se rendre aux douches.

Cependant, il fut légèrement surpris de trouver une rousse au regard noir qui gardait les portes des salles d'eau. Apparemment, elle ne s'était pas souciée de se doucher après tout, se contentant de se changer rapidement, étant donné que ses cheveux et sa peau présentaient encore des traces de LCL.

« Et où crois-tu aller ? cracha-t-elle avec mépris.

— J'allais simplement aux douches pour rincer le restant du LCL de mon corps, affirma-t-il l'évidence. »

Mais elle secoua la tête, ses cheveux humides projetant des gouttelettes. « Shinji vient de rentrer là-dedans.

— Vraiment ? Ma foi, notre présentation a été plutôt brève… » commenta Kaworu en faisant un pas de plus vers la porte. Mais la fille l'arrêta de nouveau. Le regard des deux globes bleus s'intensifia mais l'effet qu'ils étaient censés avoir fut perdu pour lui.

« Je croyais t'avoir dit de ne pas t'approcher de lui.

— Je m'excuse. Je n'était pas conscient de m'être approché davantage qu'il ne m'était "permis". » Il ne prenait pas la menace implicite très au sérieux. Celle-ci le rendait cependant curieux. « Je me demande… cette paranoïa, cette agressivité… est-ce ce qu'on appelle la jalousie ?

— D-de quoi tu…? » Pour la première fois, sa résolution flancha quand il avança, la faisant reculer devant son approche jusqu'à ce qu'elle soit stoppée par le mur à côté de la porte, ne lui laissant aucune échappatoire lorsqu'il pénétra dans son espace personnel.

Se penchant aussi près que possible de son visage sans la toucher, son ton s'assombrit. « As-tu vraiment si peur que ça de le perdre à cause de moi ? »

Le regard de la fille n'était plus capable de dissimuler sa peur, peu importe à quel point elle tentait de le conserver dur. La réponse escomptée arriva plus vite qu'il ne l'aurait cru.

Kaworu grimaça d'une douleur exquise lorsque Asuka lui expédia son poing dans l'estomac. Il ne lui fallut qu'une seconde pour que son sourire revienne tandis que la rousse profitait de cette opportunité de fuir sa proximité.

« Si tu veux vraiment le savoir : oui, j'ai peur ! admit-elle en hurlant. Je ne le laisserai personne lui faire du mal, ni toi ni quelqu'un d'autre.

— Est-ce parce qu'il ferait la même chose pour toi, demanda Kaworu ?

— Non, parce qu'il fait la même chose pour moi ! répondit fermement Asuka, sans laisser aucun doute sur sa conviction.

— Est-ce vraiment le cas ? l'interrogea-t-il néanmoins. Une telle possessivité ne lui ressemble pas. Ou est-ce juste avec moi que tu ne veux pas le partager ?

— Ha, ricana-t-elle, moqueuse. Tu prétends que je suis possessive mais tu réclames que je "le partage" avec toi ?

— Ma formulation n'était peut être pas des plus judicieuses, je l'admets. Mais je le maintiens. Tu n'as pas peur que "quelqu'un" lui fasse du mal. Tu n'as peur que de moi.

— Je… » Elle s'interrompit, tentant de dissimuler la lueur d'incertitude dans son regard en le détournant. « J'ai mes raisons.

— Mais tu ne me connais même pas, s'empressa-t-il de poursuivre, l'acculant maintenant verbalement. Et pourtant tu me juges d'après des choses que tu as entendu dire.

— Je n'ai pas besoin d'en savoir plus, dit-elle, reprenant déjà ses esprits. Si tu es gentil avec lui, tu vas lui faire du mal ; si tu te conduis comme un connard envers lui, tu vas lui faire tout autant de mal. Je me fiche de ce que tu es au fond. Je ne veux pas te connaître mieux. La dernière chose dont j'ai besoin, c'est que tu me fasses du mal à moi aussi. »

Alors était-ce cela son mobile ? « Tu sais, pour quelqu'un qui semble savoir qui je suis, c'était très courageux de m'affronter comme tu l'as fait. Était-ce juste la bravoure qui te précède ou se pourrait-il que tu me connaisses mieux que tu ne l'admettes ? »

Elle ne lui répondit pas. Elle le regarda furieusement en serrant les dents, les poings serrés prêts à frapper, tout en continuant à lui barrer le passage, fulminante de colère et de frustration. Kaworu sourit pour lui-même. Il sut alors qu'il avait touché un point sensible.

Asuka serait probablement restée là éternellement, mais une main sur son épaule la fit sursauter de surprise avant que son visage ne s'adoucisse en voyant la personne qui se tenait derrière elle. Le sourire de Kaworu, en revanche, vacilla légèrement quand il remarqua la tristesse et le remords dans le regard de Shinji lorsqu'il se posa sur lui.

« Je… je suis désolé… » Il lui fallut un moment pour reconnaître la voix de l'adolescent brun. Les mots étaient à peine audibles et à l'évidence, Shinji se faisait violence pour les émettre, ses lèvres remuant à peine. « Si tu as quelque chose à dire… Mais sinon, je ne… je ne…

— Laisse tomber, le coupa la rousse en lui prenant la main de manière démonstrative, tout en continuant de fusiller Kaworu du regard. Il aime juste jouer avec les gens en se servant de mots trompeurs. Inutile d'écouter quelqu'un qui ne peux pas prouver ses paroles par des actes. »

La tête de Shinji retomba légèrement avant qu'il ne la hoche. Asuka prit cela comme le signal du départ et l'entraîna avec lui. Le couple dépassa précipitamment le garçon aux cheveux argentés, sans perdre de temps à lui adresser un regard supplémentaire. En fin de compte, même le bruit de leurs pas ne fut plus audible.

Kaworu, cependant, ne bougea toujours pas.

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Elle savait que beaucoup l'enviaient d'être devenue la nouvelle responsable du Projet E, même si ce n'était qu'à titre temporaire. En tant qu'ancienne assistante de sa prédécesseure, elle était bien accoutumée au travail et actuellement la mieux placée pour occuper ce poste.

Mais Maya avait été bien plus heureuse aux côtés du Dr. Akagi.

Alors que les autres voyaient la renommée et les privilèges qui accompagnaient une telle position, d'autant plus en l'obtenant à un si jeune âge, elle ne voyait que le poids quasi insoutenable des responsabilités qui pesaient sur ses épaules et la quantité de travail invraisemblable qui lui faisait se demander comment son idole était parvenue à le gérer.

Donner au commandant les rapports des derniers tests d'harmoniques semblait plutôt facile en comparaison, mais le fait d'être seule avec lui dans ce bureau obscur et sinistre lui serrait l'estomac.

« Je vois », finit-il par marmonner, la seule réponse qu'il donna aux résultats les plus insolites qu'ils aient jamais obtenus.

"Oh mon Dieu, l'aurais-je embarrassé ? Je ne devrais pas être tout le temps si scientifique !" s'emballa son esprit, s'accusant tout en tentant de se cacher derrière son écritoire. "Mais il a lui-même un doctorat, non ? Il devrait comprendre. Oh mon Dieu, que faire ?"

« P-pour être franche, je n'ai pas d'explication à ces résultats, tenta-t-elle de l'apaiser. Peut-être… peut-être que le Dr. Akagi devrait y jeter un œil. »

Cela n'eut guère l'effet souhaité. Même s'il montra enfin de l'émotion, elle aurait pu se passer du regard furieux. « Le Dr. Akagi ?

— Hum… Oui, monsieur, elle est absente ces derniers temps », balbutia nerveusement Maya. La dernière chose qu'elle voulait était de causer davantage de problèmes à son idole, même si ce n'était que par accident. « J'ai cru qu'après cet incident dernièrement, elle était… eh bien… étant donné que j'ai été nommée comme responsable…

— En effet, elle n'a plus d'importance pour moi », l'interrompit-il. La jeune femme frissonna devant son emploi de « moi », plutôt que le « nous » collégial, qui plus est.

Après ça, le commandant se replongea dans le silence et baissa les yeux. Il semblait perdu dans ses pensées et très vite Maya eut l'impression qu'il l'avait complètement oubliée. Son regard passa d'un bout à l'autre du vaste bureau, jetant des coups d'œil aux symboles abstraits qui décoraient la pièce en attendant qu'il lui adresse un signe de ce qu'il attendait d'elle ensuite. Après quelque minutes à se tortiller d'un pied sur l'autre, elle se demanda si elle était déjà congédiée, mais elle n'osait pas non plus partir juste comme ça.

Aussi tressaillit-elle de surprise lorsqu'il prit à nouveau la parole, bien qu'elle ne soit pas sûre qu'il parlât à elle où à lui-même. « Peu importe cela pour le moment. Il y a d'autres priorités plus importantes. » Il leva enfin les yeux sur elle. « Vous pouvez partir. »

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Elle avait toujours aimé la sensation de l'eau douce qui purifiait son corps et son âme en ruisselant sur sa peau. Elle aimait aller nager dans la vaste piscine mise à disposition par la NERV, mais les douches et les bains du quartier général lui procuraient également cette sensation. Les seconds en particuliers lui permettaient d'apaiser son esprit et de laisser dériver ses pensées, car elle les fréquentait souvent quand il n'y avait personne d'autre.

Cette fois-ci en revanche, la paix et la tranquillité furent soudain interrompues par des pas qui s'approchaient. Lentement, elle ouvrit les yeux à demi, mais elle n'eut pas besoin de se retourner pour s'adresser au nouveau venu.

« Ces bains ne sont pas mixtes.

— Je m'excuse. Est-ce que ma présence te met mal à l'aise ? »

Rei ne répondit pas et après un bref coup d'œil par-dessus son épaule, elle se contenta de soutenir le regard de son reflet dans l'eau. Il savait bien sûr qu'elle ne serait pas dérangée par sa présence ou par leur nudité respective, sinon il ne l'aurait pas suivie ici. Après avoir tout de même respectueusement attendu pendant un moment une éventuelle réponse positive, il finit par s'asseoir à côté d'elle dans l'eau chaude et peu profonde.

Il resta silencieux et Rei ne le força pas à expliquer la raison pour laquelle il était venu à elle. Même si elle remarqua qu'apparemment quelque chose le troublait.

Comme elle s'y attendait, il finit par parler de lui-même. « Alors elle lui ressemble beaucoup, je me trompe ?

— Qui ça ?

— La Seconde Élue. Une personne intéressante. Si pleine de peur et de douleur qu'elle protège le bonheur qu'il lui reste à tout prix, même au risque de passer à côté de ce qu'elle recherche. Il ne lui restait pas du tout de bonheur à l'époque, mais cela ne me surprendrait pas qu'il eut effectivement fait la même chose pour elle.

— Je ne comprends pas…

— Un cœur fragile tout comme le sien à lui, continua-t-il sans vraiment aborder le sujet de sa confusion. Et le tien aussi », commenta-t-il en lui adressant un regard en reprenant brièvement son sourire habituel. Mais son visage reprit son expression pensive. « Est-ce que tous les Lilin sont ainsi ? J'avais cru les comprendre. Je savais qu'ils ressentaient toujours la douleur. Qu'ils étaient tous seuls. S'excluant les uns les autres pour ne pas être blessés, mais avec ça se coupant aussi de ceux qui pourraient les aider à soulager la douleur. Mais j'avais cru que lui, l'intensité de sa souffrance, était un cas à part. Maintenant je me demande si les autres, au lieu d'oublier leur douleur, savent juste mieux la cacher.

— Je ne… tenta-t-elle de nier, mais elle fut aussitôt interrompue.

— Non, mais tu leur ressemble beaucoup. Que ce soit à cause de ton héritage ou parce que tu as vécu si longtemps parmi eux, même moi je ne peux le dire.

— Peut-être n'est-ce pas une caractéristique d'eux seuls, mais de tous les êtres vivants. » Elle plissa les yeux. « Comment se fait-il que tu sois là avec moi au lieu d'être avec lui ? »

Il fut tout d'abord anormalement silencieux, lui confirmant le succès de son retournement de situation. « Je lui ferai face quand le moment viendra.

— Et pourquoi n'est-ce pas maintenant ? Quelle raison as-tu d'attendre ? »

De nouveau, il prit son temps pour réfléchir à ses mots et son visage se fit solennel, lui donnant presque l'impression qu'il avait soudain été remplacé par une personne complètement différente. Il était peut-être un expert dans l'art de lire les pensées et les émotions des autres, mais — tout comme tant d'humains — il n'était pas aussi perspicace quand il s'agissait des siennes.

« Tu as peut-être raison, finit-il par admettre. Cette… peur… c'est peut-être une émotion plus puissante que je ne le pensais. Mais je ne parviendrai pas à me retenir encore bien longtemps. »

Il n'était pas difficile de deviner le sens de ses paroles. « Alors tu vas bientôt passer à l'action…

— Oui…

— Tu es bien conscient que je ne peux pas te permettre de réussir ?

— Je n'en attends pas moins… »

Ce furent les derniers mots qu'ils prononcèrent tandis qu'ils restaient assis là en silence. Il fut difficile de dire combien de temps passa ainsi, les seuls bruits provenant des gouttes et des éclaboussures provoquées par leurs légers mouvements. Mais qu'ils se soit écoulé trois minutes ou trois heures quand les lumières s'éteignirent elles aussi, aucun d'eux ne s'en soucia.

Au bout du compte cependant, Rei se releva, émergeant du bassin qui refroidissait. Une dernière fois, elle le regarda, presque comme pour s'assurer qu'il était toujours bien là. À son regard répondit un sourire qui ne semblait pas aussi sûr de lui que d'ordinaire, mais un sourire tout de même.

N'ajoutant rien d'autre que ça en guise d'adieu, Rei sortit du bain, rassemblant et enfilant ses vêtements avant de s'en aller, sans se soucier de se sécher au préalable.

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« Cette situation me semble affreusement familière », murmura Kozo en levant les mains. Le ton amusé de sa voix aurait pu paraître inapproprié dans cette situation, mais il doutait que l'homme derrière lui ait vraiment l'intention de lui faire du mal. Il aurait probablement été déjà mort si ç'avait été le cas.

— Désolé, d'habitude je ne suis pas du genre à me répéter, s'excusa l'intrus, le sourire audible dans sa voix. À moins que ça ne concerne une femme, bien sûr. Et ce n'est pas ma faute si vos gardes ne sont toujours pas capables de réagir correctement aux surprises. On dirait que la dernière fois ne leur a pas servi de leçon.

— Je dois admettre que moi non plus je ne m'attendais pas à vous revoir, M. Kaji, dit Fuyutsuki en se retournant sans en attendre la permission.

— Pour être franc, moi non plus », fit Ryoji en haussant les épaules, toujours souriant. Il continua à brandir son arme pendant encore un bref moment avant de remettre le cran de sûreté et de la replacer dans son holster sous son costume.

— Que puis-je pour vous dans ce cas ? Je présume que votre temps comme garçon de courses de la SEELE est également fini et ce n'est pas le style du gouvernement.

— Non, sans doute pas, approuva Kaji. Mais comme vous vous en souvenez peut-être, je veux découvrir la vérité pour moi-même. Enfin, moi-même et peut-être une poignée d'autres — si nous parlons de la poignée d'une main de Dieu, bien sûr. »

Son interlocuteur haussa un sourcil gris. « Vraiment ? J'avais eu l'impression que vous aviez estimé que votre quête de vérité était parvenue à sa fin et que vous aviez passé le relais.

— C'est ce que je pensais moi aussi pendant un temps, admit Kaji avec un haussement d'épaules. Mais j'ai réalisé qu'il restait encore des mystères assez intéressants pour que je prenne les précautions nécessaires pour me permettre de les résoudre.

— Vous finirez par voir qu'il y aura toujours dans votre vie des mystères qui valent la peine d'être explorés. Mais j'imagine que vous faites référence aux voyages extraordinaires de la Seconde et du Troisième Élu ? »

Pour une fois, le sourire sur la figure mal rasée disparut. « Vous êtes au courant ? »

Fuyutsuki hocha la tête, répondant par l'affirmative à la conclusion de l'homme. « Jusqu'ici c'est surtout une théorie basée sur des indices indirects qui réclame encore une preuve définitive, mais cela a suffi pour rendre Ikari assez nerveux au sujet de ce qu'ils savent. Je ne sais pas ce qu'il a prévu pour eux, étant donné qu'il a toujours besoin d'eux, ou en tout cas de Shinji, même après que le 17ème Ange aura été détruit, mais je ne crois pas qu'il restera à les regarder perturber son précieux scénario encore bien longtemps.

— Pour quelqu'un qui s'est toujours tenu derrière lui en homme de confiance, vous n'avez pas vraiment l'air de l'approuver tant que ça.

— Pour quelqu'un qui nous avez observé si longtemps, vous savez bien peu de choses sur moi, rétorqua Fuyutsuki. Je n'ai pas et ne suis toujours pas d'accord avec beaucoup de ses décisions. Mais je ne peux pas faire grand-chose, à part être la voix de sa conscience. Quoique, je l'admets, parfois je pense que j'aurais dû parler plus fort. »

Il prit une inspiration, sentant le poids de ses années en se redressant. « Je suis ici au nom de Yui Ikari, pas de Gendo. Quand ils m'ont expliqué leurs plans pour contrecarrer ceux de la SEELE que j'étais sur le point de découvrir, je n'ai pas longtemps hésité. Mais, incapable de supporter le sacrifice de sa femme, Gendo les a modifiés. Il ne veut plus empêcher le Troisième Impact, maintenant il vise sa propre version qui le réunirait avec Yui, et a créé un catalyseur qui lui permettrait d'en prendre le contrôle.

— Rei ? devina correctement Kaji. Mais pourquoi l'aidez-vous toujours alors ?

— Je ne crois plus qu'il y ait moyen de l'empêcher. Et aussi difficile que cela paraisse à croire, sa version serait le moindre mal.

— Vous en semblez bien sûr. »

Kozo hocha la tête. « Le plan original impliquait la mort de Lilith et d'Adam une fois que les autres Anges auraient été vaincus, afin qu'ils ne puissent être utilisés pour engager la Complémentarité. Mais avec les Evas sous son contrôle et Adam littéralement dans la paume de sa main, c'est hors de question.

— Reste toujours la possibilité de mettre les vieillards hors jeu avant qu'ils ne frappent. »

Fuyutsuki fronça les sourcils devant le manque de bon sens de l'agent. « Vous devriez savoir que la SEELE est trop puissante pour être mise hors jeu si facilement. »

Mais Kaji secoua la tête. « Nul n'est assez puissant pour s'opposer à l'humanité toute entière. »

Le vieil homme ne put s'empêcher de sourire. Cette idée naïve lui rappelait bien quelqu'un d'autre. « Comment le feriez-vous savoir à l'humanité ? Des preuves menant à eux existent peut-être, mais elles sont difficiles à interpréter et encore plus difficiles à rendre irréfutables. J'étais autrefois tout aussi stupide de penser ainsi. Mais si je n'avais pas reçu la proposition de travailler ici lorsque j'ai confronté Ikari avec ce que j'avais rassemblé, j'aurais été mort bien avant d'avoir pu le rendre public.

— Oh, je suis au courant. En fait, c'est justement à cause d'une petite discussion avec M. Yamaki que je suis venu vous rendre visite. » Kaji se gratta le menton. « Je veux juste savoir : avez-vous toujours les documents ?

— Vous savez que vous n'avez aucune chance de les faire parvenir aux gens », lui rappela Kozo une fois de plus.

Mais l'ancien espion se contenta de sourire. « Laissez-moi me préoccuper de ça. Alors, est-ce que vous les avez encore ou pas ? »

À contrecœur, Fuyutsuki secoua la tête. « J'ai bien peur que la plupart n'aient été détruits quand j'ai rejoint le Gehirn », dit-il. La déception se lisait clairement sur le visage de l'autre et il ne pouvait lui en vouloir. Des années de travail pour en arriver à une fin aussi abrupte, une noble quête accomplie pour rien. Hélas, il ne pouvait rien faire pour l'aider…

Ou bien si ?

« Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y en a pas d'autres. » Kozo ferma les yeux en poussant un soupir. « Cherchez un disque dans une poubelle de la gare de Nagao Toge demain après sept heures du soir. »

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Son sourire s'était fait solennel alors qu'il se tenait silencieusement sur la passerelle dans la cage de l'Eva. Il regrettait de devoir faire ça, mais elle avait raison. Il ne pouvait plus attendre. Même s'il savait que ce qu'il cherchait ne serait pas là, il se rendrait volontiers dans le piège où la SEELE l'avait envoyé en tant que pion pour eux. Il aurait préféré avoir une autre occasion de mettre certaines choses au clair avec Shinji, mais apparemment celle-ci n'était pas censée arriver. Ce serait sa seule chance.

Aussi, Kaworu leva les yeux vers l'instrument géant qu'il était forcé d'utiliser à nouveau. « Allons-y, ersatz d'Adam, serviteur des Lilin. »

Mais en se retournant, il sentit que son ordre n'avait pas été reconnu ; pas même entendu.

« Pas aussi consentante que je ne l'aurais escompté, à ce que je vois… » raisonna-t-il sans le moindre signe de déception. Son sourire ne vacilla pas lorsqu'il lorgna l'EVA-01 par-dessus son épaule. « Il serait sans doute intéressant de voir les rôles inversés. Mais j'ai bien peur de ne pas avoir la chance qu'elle se joigne à moi. Aussi cela se passera comme le veut le destin. »

Sur ce, le Dernier Messager se retourna vers le mastodonte rouge, ses pieds quittant le sol lorsqu'il libéra son véritable pouvoir et parla d'une voix tonnante qui s'adressa droit au cœur de la bête familière.

« Ainsi, progéniture d'Adam, fais taire la voix de l'âme de Lilin en toi et suis-moi, comme il l'était écrit ! »

Et la bête s'éveilla.

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« EVA-02 activée ! cria Hyuga par-dessus les alarmes qui avaient aussitôt retenti pour signaler l'activité non autorisée dans les cages.

— Mais qu'est-ce qui se passe ? » La situation prit Misato par surprise, tout comme le reste de l'équipe présente dans le centre de contrôle. Avaient-ils prévu de s'en prendre eux-mêmes à l'Ange sans rien lui dire ? « C'est Asuka ? »

Elle pria pour qu'on réponde par la négative à sa question au sujet du pilote. S'ils attaquaient et tuaient un "garçon et copilote innocent", ils auraient de graves problèmes. Même s'il était prouvé par la suite qu'il était un Ange, comment allaient-ils expliquer qu'ils le savaient ?

Cependant, la façon dont Maya secoua la tête mit fin à tout espoir de soulagement. « Impossible à dire ; nous ne recevons aucun signal de la plug ! »

"Impossible à dire ?" songea le major. "Est-ce que ce serait le Cinquième…?"

Elle reçut sa réponse une seconde plus tard. « Un A.T. Field est décelé dans le Central Dogma !

— L'EVA-02 ?

— Non. Affichage bleu. Aucun doute, c'est un Ange ! »

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La source de l'affichage bleu poursuivait son avancée, après s'être servie du puissant colosse pour s'ouvrir une voie vers le puits principal qui le mènerait à son but. Tabris descendait lentement sur son A.T. Field, protégé par les mains titanesques de l'EVA-02. Il n'avait aucune raison de se presser. En fait, il attendait encore, la tête levée pour voir quand ils réagiraient enfin.

Là-haut, très loin au-dessus de lui, il put enfin voir la petite silhouette violette de l'EVA-01 pénétrer dans le puits.

Son sourire s'élargit de soulagement. « Tu es en retard, Shinji.

— Non, il est juste à l'heure ! »

L'espace d'un instant, le sourire d'apparence immuable fut remplacé par une expression de surprise lorsqu'il ressentit soudain une présence qui n'aurait pas dû se trouver là. Mais il était déjà trop tard. Les mains de l'EVA-02 qui l'avaient abrité jusqu'à présent se refermèrent en enserrant son corps.

« Extrêmement impressionnant, je suis forcé de l'admettre. Votre lien doit être fort pour qu'elle parvienne à me cacher ta présence. Sans parler de l'emporter sur le mien.

— D'habitude, les compliments ne me dérangent pas, mais tu peux m'épargner les tiens ! tonna la voix chargée d'émotion de la Seconde Élue. À moins que ce ne soit ce que tu veuilles prononcer comme derniers mots.

— Derniers mots ? Répéta-t-il calmement. Non, ce serait trop tôt. Et je souhaite lui parler avant.

— Je t'ai prévenu ! Je ne te laisserai pas lui refaire ça ! cria Asuka, et il put sentir les paumes géantes presser plus serré contre lui.

— J'ai bien peur de ne pas encore pouvoir laisser cela se produire. Si je n'avais pas fait preuve de stupidité en me laissant distraire, tu ne serais même pas allée aussi loin.

— Eh bien, dommage pour toi ! Je ne crois pas que tu aies encore le choix là-dedans ! »

Il se contenta de sourire en fermant les yeux. « Il a fort bien choisi, à ce que je vois, murmura-t-il à voix basse, plus pour lui-même que pour elle. Un compagnon loyal, même quand les temps sont durs, même s'il s'agit d'un engagement où il y a si peu à gagner et tant à perdre. Tout comme lui-même. Ces liens qui sont les plus durs à créer sont les plus durs à rompre. Et quand deux cœurs fragiles parviennent à s'unir, ils ne sont plus de cristal mais de diamant.

— De… de quoi est-ce que tu parles ?

— Shinji sera là d'un moment à l'autre. Et puisque vous êtes effectivement parvenus à perturber mes plans, il va nous falloir accélérer un peu les choses. Adieu, Mme Ikari.

— Hé ! Qu…? »

Avant qu'elle n'ait pu achever sa question, celle-ci se mua en un cri perçant lorsqu'un A.T. Field apparut entre les bras et les mains de l'Eva, les tranchant net.

Les doigts maintenant inertes libérèrent son corps quand les mains massives chutèrent dans l'abîme. Avant que la Seconde ne puisse réagir, il inversa la force dont il s'était servi afin de ralentir la vitesse de leur chute pour précipiter maintenant le colosse, l'envoyant défoncer les barricades restantes en le suivant.

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Shinji n'aimait pas du tout ce qu'il voyait. En se servant de l'EVA-02 comme d'un bélier, Kaworu avait soudain accéléré sa descente, et bien que le pilote expérimenté se soit laissé tomber en chute libre dans le puits, il était impossible qu'il les rattrape à temps. Malgré la vitesse à laquelle la gravité attirait l'Eva vers le bas, de longues secondes insoutenables s'écoulèrent avant qu'il n'atterrisse à quatre pattes au fond du puits qui semblait ne pas en finir. Le choc sourd le secoua jusqu'aux os et il lui fallut un moment supplémentaire pour se réorienter dans cet étrange monde souterrain à l'image de l'Antarctique difforme, avec son ciel rose et ses stalagmites de glace. Les yeux de Shinji tombèrent rapidement sur l'Evangelion rouge, gisant étendue sur le sol gelé.

« Asuka ! cria-t-il. Ça va ?!

— Ouais. J-j'ai juste fait un… quelques atterrissages brutaux, gémit-elle en réponse. Ne perds pas de temps, chope-le ! »

Il adressa un signe de tête à la fenêtre de communication en faisant pivoter son Eva, lorsque la voix d'Asuka retentit à nouveau. « Et Shinji ?

— Hm ?

— Désolée. »

Il ne répondit pas. Ce n'était pas nécessaire. Fermant les yeux, il inspira profondément, puis courut après la petite silhouette flottant au loin qui s'approchait de la "porte du Paradis". Cependant, il avait beau se dépêcher de se frayer un passage sur le sol glissant, il était trop lent. La porte s'ouvrit, révélant le gigantesque être blanc crucifié au milieu de l'immense lac de LCL. Ce ne fut que lorsque le plus petit des deux Anges eut lévité jusqu'à Lilith que Shinji parvint à le rattraper.

« KAWORU !

— J'ai attendu ce moment. Et je l'ai redouté. Mais… » L'Ange se retourna en lui souriant faiblement. « Je suis heureux de te rencontrer à nouveau, Shinji Ikari. »

Sur ce, la main de l'EVA-01 se referma sur le garçon aux cheveux gris. Et il ferma ses yeux dans l'expectative.

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Le personnel fit silence en attendant de voir si les signes vitaux de l'Ange cesseraient ou si l'EVA-01 subirait le même sort que le modèle de production allemand. Pas même un homme comme Gendo lui-même ne pouvait nier ressentir une certaine dose de nervosité, même s'il était doué du talent de rester calme même lors de situations stressantes. Cet Ange était bien trop proche.

Malgré leur force et leur ruse, aucun d'eux jusqu'ici n'était parvenu à atteindre la porte du Paradis et celui-là venait de la franchir. Peut-être avait-il sous-estimé ce "garçon" et les vieillards qui l'avaient envoyé après tout.

Mais avant que quiconque ne puisse le découvrir, une énorme secousse fit trembler la terre, brouillant les affichages holographiques.

« On n'avait encore jamais vu un A.T. Field aussi puissant ! cria l'un des techniciens.

— Les ondes lumineuses, électromagnétiques, et les particules subatomiques ! Il bloque tout ! cria un autre. Impossible d'afficher sur l'écran !

— A-t-il attendu jusque là pour piéger l'EVA-01 avec lui ? médita Fuyutsuki à côté de lui, trop bas pour que l'équipe de la passerelle l'entende.

— Pourquoi ? Ni l'une ni l'autre n'est celui qu'il recherche vraiment, répondit Gendo, sentant l'implant dans sa main droite contre le gant blanc. À moins… qu'il ne s'intéresse plutôt au pilote.

— Pour le combattre ? demanda le vieux professeur. Ou pour l'aider ? »

Gendo n'avait pas de réponse à lui donner. Et il n'eut pas le temps d'en chercher une.

« Un deuxième A.T. Field !

— Un autre A.T. Field aussi fort que le précédent a été détecté aux abords du Terminal Dogma !

— Il envahit l'autre A.T. Field !

— Impossible ! Un autre Ange ?

— Je ne sais pas ! Je ne peux pas confirmer — atttendez ! Il… il vient juste de disparaître !

— Disparu ? L'Ange ?! »

Là, Gendo s'accorda un rictus de soulagement derrière ses mains jointes. Contrairement à ses subordonnés anxieux en dessous, il avait une très bonne idée de qui était cet « autre Ange ». Et ce n'était assurément nul qu'il n'ait à craindre, bien au contraire.

Fuyutsuki était apparemment parvenu à la même conclusion. « C'est elle, n'est-ce pas ?

— Oui. Notre victoire est pratiquement assurée. »

Cela paraissait quasi irréel. Le dernier obstacle sur son chemin était sur le point d'être supprimé. Après toutes ces années, le jour où ses espoirs se réaliseraient était enfin proche.

« Que la 2ème Section se tienne prête à accomplir la mission dont nous avons parlé, surprit-il son vice-commandant.

— Ikari ! l'avertit Fuyutsuki. Ne croyez-vous pas cela insensé ? Ce serait trop tôt, avec la SEELE prête à passer à l'action.

— Peu importe à quelle vitesse ils agissent. Une fois le 17ème Ange éliminé, j'agirai plus vite encore. Je n'ai plus besoin d'eux désormais.

— Alors à quoi bon ?

— Je ne peux pas prendre le risque que quiconque me poignarde dans le dos maintenant.

— N'êtes-vous pas plutôt, dit le vieil homme d'un ton entendu, simplement curieux ? »

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« Je ne peux pas… »

Shinji avait voulu régler ça sans hésiter, le tuer sans état d'âme, histoire d'en finir. De toute façon, il se détesterait ensuite, mais il aurait au moins évité de revivre ces longs moments pénibles durant lesquels il avait été forcé de prendre une décision aussi affreuse. Mais au moment où il avait refermé le poing géant autour du corps de l'Ange, son cœur avait une fois de plus pris le pas sur sa volonté. « Je ne peux pas faire ça, Kaworu…

— Comme je te l'ai dit autrefois, peu m'importe si je meurs ici. La vie et la mort ont aussi peu d'importance pour moi que n'en ont le temps et l'espace…

— Le temps…? » répéta Shinji à voix basse. "« Te rencontrer à nouveau… ». « Comme je te l'ai dit… »" Il avait remarqué ces mots, mais ce n'est qu'alors qu'il se fut suffisamment calmé pour en comprendre la signification. « T-toi ? C'était toi qui était derrière tout ça, pas vrai ? Tu nous as ramenés !

— Je ne peux pas le nier ni l'affirmer. Mais je peux te dire que vous avez été observés, vos craintes et vos peines, et que vous avez été pris en pitié. Quand le jour où vous avez fait ce vœu est venu, il a été exaucé…

— Un vœu ? demanda Shinji, incrédule. Tu dis que j'ai souhaité ça ? Tu dis que j'ai voulu abandonner mon- mon enfant ?

— En effet — et pourtant non. Ne te souviens-tu pas de la veille du jour où vous êtes revenu à cette époque ?

— Quoi…? » murmura-t-il, se souvenant sans peine de la dernière fois qu'il avait vu sa petite fille.

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Asuka se tenait dans l'encadrement de la porte de la chambre d'Aki, là où il l'avait trouvée un nombre incalculable de fois auparavant. L'enlaçant silencieusement par derrière, il posa le menton sur son épaule, suivant son regard vers la silhouette endormie de leur fille.

« On ne devrait pas lui mettre sa chemise de nuit ? » chuchota-t-il avec un sourire en coin à la vue d'Aki allongée à moitié sous sa couverture, la jambe gauche à l'air libre, toujours vêtue de son pantalon et de son tee-shirt.

Asuka secoua cependant la tête. « Elle s'est endormie comme ça sur la terrasse. Je m'estime heureuse de l'avoir mise au lit sans la réveiller. Je ne voulais pas prendre le risque. »

En n'importe quelle autre occasion, il aurait ri. Après tout, il savait d'expérience comment était sa petite canaille quand on la forçait à se réveiller. Soit elle était grincheuse, soit elle redevenait si pétulante qu'il fallait des heures pour la faire à nouveau dormir.

Mais sa réaction naturelle fut bloquée par l'expression chagrine et la voix dénuée d'émotion d'Asuka. « Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit-il d'une voix douce.

— Quoi donc ? » demanda-t-elle innocemment. Assez innocemment pour qu'il soit clair qu'elle refusait d'admettre l'évidence.

— On dirait que tu as quelque chose en tête ces derniers temps, continua-t-il d'exprimer ses inquiétudes. Tu la regardes comme ça assez souvent.

— Comme "ça" ? argua Asuka. J'ai toujours regardé ma fille.

— Non, pas de cette façon. Quand elle est avec toi, tu te conduis comme toujours pour ne pas qu'elle le remarque, mais dès qu'elle a le dos tourné, tu sembles troublée par quelque chose. »

Son corps s'affaissa légèrement dans un soupir qu'elle poussa, cédant enfin. « C'est juste que… depuis notre dernière sortie… vu qu'elle n'arrête pas de poser la question… je me suis demandée à quelle point elle souffre vraiment de la solitude sans le savoir… »

Shinji en souhaita presque n'avoir pas posé la question. « Ma foi… J-j'imagine qu'on ne peut pas faire grand-chose d'autre que d'être là pour elle autant que possible.

— Oui, mais… est-ce que ne vivre qu'avec nous deux est la pire manière de grandir, ou bien est-ce que les interactions avec d'autres personnes ne lui manqueront jamais si elle ne sait pas ce qu'elle manque ? » Elle secoua la tête. « Ces derniers temps, je n'arrête pas de me demander ce que serait sa vie si nous n'étions pas les seuls humains sur terre. Elle a presque quatre ans maintenant. Elle serait au jardin d'enfants à cet âge-là, à rencontrer d'autres gens, à se faire… des amis… »

Il sentit son cœur se serrer en la voyant grimacer. Pas seulement parce que ces pensées la faisaient manifestement souffrir, mais aussi parce qu'il sentait bien qu'elle avait raison. Il s'était demandé lui-même la même chose depuis qu'Aki s'était mise à poser des questions à propos des autres. À propos des amis. Ils pouvaient faire de leur mieux en tant que parents, mais cela suffirait-il à la rendre heureuse ?

« Pour être franche, je… je souhaiterais juste pouvoir faire quelque chose pour lui permettre de vivre une vie normale. Une vie dans laquelle elle pourrait grandir comme une fille ordinaire.

— Ouais… marmonna Shinji en contemplant l'enfant endormie et inconsciente. Moi aussi… »

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« C'est tout ?! cria Shinji. À cause d'un souhait idiot ? Tu nous as pris Aki parce que nous avions souhaité une meilleure vie pour elle ?

— J'en suis profondément navré. Mais tu seras sans doute d'accord avec moi que l'amener à cette époque avec vous serait allé à l'encontre de votre raison d'être ici.

— Q-quoi ? Mais ça n'a aucun sens !

— Vraiment ? s'étonna Kaworu, visiblement surpris par cette conclusion. Vous vouliez l'opportunité de créer un meilleur futur pour votre progéniture. Pour vous donner cette chance, vous avez été ramenés à un point d'où vous pourriez accomplir vos intentions.

— Mais nous n'en avons pas été capables ! Nous n'avons rien pu changer ! Toji s'est retrouvé blessé quand même. Asuka a été torturée quand même. Rei est morte quand même. Et maintenant je suis censé te tuer à nouveau ! » Shinji étouffa un sanglot furieux. « Et rien de tout ça ne me ramènera ma fille !

— Mais les blessures de ton ami n'ont pas été aussi graves qu'elles auraient pu l'être. Ton épouse n'a pas coupé son cœur de tout le monde, y compris d'elle-même. Et même si le corps d'Ayanami a changé, son âme et ses émotions sont restés les mêmes parce que ses amis ne se sont pas non plus détournés d'elle. » Kaworu ferma un instant les yeux après avoir présenté son raisonnement, son sourire s'effaçant légèrement. « Je peux comprendre la souffrance que la perte de votre enfant vous a fait subir et j'en suis désolé. Je peux comprendre la haine que tu dois maintenant me vouer pour cela et je ne t'en veux pas. Peut-être cela t'aidera-t-il à prendre cette décision. Même si j'aurais souhaité que nous ne nous séparions pas en de tels termes. Crois-moi, Shinji. Un jour, tu retrouveras ton bonheur, tant que tu poursuis ce chemin.

— Mais ce ne sera jamais elle à nouveau ! » rétorqua Shinji sans y croire. Il comprenait que pour quelqu'un comme Kaworu, son bonheur provenait du simple fait d'avoir eu une famille. Mais il y avait tant d'autres choses. « Comment peux-tu t'attendre à ce que je sois heureux sans elle ?

— Ne crains rien. Tu n'es pas seul, lui assura cependant l'Ange une fois de plus. Maintenant, n'hésite plus. Je suis peut-être l'Ange du Libre Arbitre, mais c'est ma proposition, pas mon pouvoir. Ma liberté de choix est aussi limitée que celle de mes frères, incapable de résister à l'appel. Ma véritable liberté ne peut m'être accordée que par toi, mon ami.

— Mais… » Les mots se coincèrent dans la gorge de Shinji. Il était incapable de s'arrêter de trembler devant la familiarité de cette situation. « Je… je ne veux pas refaire ça. Tu ne peux pas l'ignorer ? Cet appel ? Je… nous… nous pourrions avoir besoin de ton aide ! Kaworu, je t'en prie… »

Mais l'Ange continua d'employer son ton réconfortant. « Vous n'avez pas besoin de moi pour atteindre votre but, balaya-t-il la tentative de Shinji de le convaincre de faire autrement avant de lever les yeux. Vous avez déjà plus d'alliés que tu ne le crois. »

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Rei renvoya son regard au garçon serré dans la poigne de l'EVA-01. De là où elle se trouvait, elle n'entendait pas les paroles qu'ils échangeaient, mais elle voyait le sourire satisfait qu'il lui adressait. Il savait sans doute que c'était elle qui avait perturbé son A.T. Field, le rendant vulnérable. Il savait qu'elle ne pouvait pas lui permettre de réussir. Il le savait…

Était-ce là la raison… pour laquelle il souriait…?

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« C'est voué à se produire, de cette manière ou de l'autre. Et Shinji, tu as fait tant de progrès depuis le garçon timide que j'ai connu autrefois. Tu t'es trouvé. Tu as trouvé ta raison d'exister. Tu ne devrais pas renoncer à ça pour moi, le pressa de nouveau Kaworu. Tu ne veux pas les revoir ?

— Qu'est-ce que tu…? » Mais Shinji s'interrompit. Il savait ce qu'il avait voulu dire. S'il ne le faisait pas maintenant, Kaworu serait obligé de fusionner avec Lilith, déclenchant le Troisième Impact. Et cette fois-ci, ils n'auraient aucun espoir de survie. Il ne reverrait jamais personne…

— Je vois… Tu ne t'es toujours pas rendu compte… » L'Ange sourit. « Mais ça n'a pas d'importance. Tu finiras par le découvrir. Une joie inattendue est encore plus grande que celle dont on anticipe la venue, médita Kaworu, et il sembla à Shinji que ses yeux rouges voyaient directement à travers lui, comme s'il n'y avait pas d'Evangelion entre eux. Alors, Shinji, fais ton choix. Continue de vivre. Continue de protéger ceux que tu aimes. »

La tête de Shinji s'affaissa. Il voulait protester, lui dire qu'il ne pouvait accomplir ces deux souhaits s'il devait faire ça.

Mais en fin de compte, il dut admettre que Kaworu avait raison.

« Je suis désolé…

— Ne le sois pas… »

Shinji ferma les yeux. Rien qu'une légère traction sur la poignée. Et sans même regarder, il sut que c'était fini.

Le 17ème Ange était mort.

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Asuka jurait intérieurement en faisant les cent pas dans l'ascenseur qui grimpait. Encore une fois, elle n'avait pas réussi à ôter cet horrible fardeau des épaules de Shinji et était tout aussi incapable d'être là pour le soutenir. Sans parler du fait qu'elle avait échoué à botter les fesses d'un autre Ange.

Elle ne pouvait qu'espérer que son Eva serait vite réparée. Bien trop tôt, il y aurait un certain compte à régler et elle et son EVA-02 devraient être au meilleur de leur forme pour ça. Le combat allait être bien assez rude comme ça — et il n'était pas question qu'elle perde. Pas encore.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent enfin et Asuka s'apprêta à en sortir — mais s'immobilisa aussitôt, surprise de trouver le passage bloqué.

« Pilote Soryu ? »

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L'Entry plug avait déjà été éjectée, mais Shinji ne bougeait toujours pas pour quitter son siège. Il n'arrivait tout simplement pas à bouger. Il se rappelait à peine avoir fait ressortir son Eva du Terminal Dogma.

Tous les autres Anges — ils étaient d'énormes monstres, détruisant tout et tous ceux qui se trouvaient sur leur passage. Ils étaient tellement déplacés, tellement irréels qu'il était facile de ne pas les considérer comme des êtres vivants. Facile de les tuer sans se sentir coupable.

Mais Kaworu n'était pas comme ça. Il était tellement… humain.

Il avait été stupide de croire que ce serait plus facile la deuxième fois.

Il expira, tentant de chasser le gros de la douleur dans sa poitrine avec l'air, avant de trouver enfin la force de sortir de la plug, son corps fonctionnant terriblement lentement. Lorsqu'il se retourna pour partir, il se retrouva presque aussitôt nez à nez avec cinq hommes massifs de la 2ème Section. Avec méfiance, son regard passa de l'un à l'autre des visages de marbre dissimulés par des lunettes noires.

Shinji fit un pas hésitant en arrière. Il n'aimait pas ça. Non seulement c'était très différent de son souvenir, mais il doutait fort qu'ils soient là pour le féliciter.

« Pilote Ikari, mugit froidement celui qu'il avait failli percuter, sa main se refermant sur l'épaule de Shinji avec une poigne de fer. Par ordre du commandant, vous êtes en état d'arrestation pour complot et trahison envers la NERV. »

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N.D.A. : Et voilà, le grand secret est enfin révélé, maintenant vous savez comment ils sont revenus… ou pas ? … Ouais, d'accord, j'imagine que bon nombre d'entre vous ont probablement imité la réaction de Shinji à l'explication du "vœu" et sont déjà en chemin pour me lyncher pour avoir attendu tout ce temps pour ça. Mais, voyez-vous, même si beaucoup ne seront peut-être pas du même avis, peut être aussi parce que j'ai involontairement soulevé trop d'attentes avec ce "secret", pour moi il n'a jamais eu beaucoup d'importance. À mon avis, l'important pour l'histoire n'était pas comment ils étaient revenus, mais juste qu'ils l'étaient. Je sais que ce n'ai pas tout à fait ce que vous trouvez en cours élémentaire de narration (à part dans la liste "À NE PAS FAIRE ‼8"), mais, hé, je ne suis qu'un type ordinaire qui essaie d'écrire une fanfic pour voir si c'est amusant (ou du moins c'était le cas quand j'ai eu l'idée de cette histoire, il y a presque cinq ans de ça). À l'origine, je n'avais même pas l'intention de donner la moindre explication, mais quand les reviews ont commencé à affluer, j'ai remarqué que cette question éveillait plus d'intérêt que je ne l'avais prévu, ce qui voulait dire que je ne pourrais pas m'en tirer aussi facilement que ça. J'ai cependant quand même tenté de la laisser aussi vague que possible, du moins au sujet de qui avait exaucé leur vœu, que ce soit Kaworu, les Anges en général, Rei/Lilith, un autre être supérieur, Shinji lui-même avec des pouvoirs inconnus latents issus du Troisième Impact, des aliens, Anno ou votre mère.

J'espère que les rapports de Kaworu avec Rei ne seront pas interprétés comme une piètre tentative de K/R. Après tout, comme je l'ai dit auparavant, je n'aime pas vraiment l'idée de la mettre en couple avec quelqu'un d'autre. Je dirais bien « ce n'est pas plus que ceux qu'il a partagé avec Shinji », mais ce serait probablement contre-productif, vu qu'ils sont souvent considérés eux aussi comme romantiques par… certaines personnes. Mais non, c'était juste une — ma foi, je ne suis pas vraiment sûr qu'on puisse vraiment qualifier cela d'amitié si vite. Simplement passer du temps ensemble et apprendre des choses l'un de l'autre.

Alors que la deuxième scène implique de l'action de la part de Makoto, cette idée a été rejetée assez vite (même la ligne où on parle de lui en train de fureter n'a été rajoutée que plus tard), vu que ce que j'avais prévu n'aurait été grosso modo qu'une relecture de ses scènes dans l'épisode, au mieux avec quelques remarques selon quoi Misato semble déjà savoir tout ce qu'il lui raconte. Ça n'aurait pas apporté grand-chose au chapitre, surtout vu que je voulais me concentrer sur Kaworu.

L'un des plus gros reproches de LD sur ce chapitre (à part mon anglais :P) était qu'Asuka et Shinji n'essayent pas d'interroger Kaworu au sujet d'Aki, bien qu'ils devinent qu'il sait peut-être quelque chose. Malheureusement, cette fois-ci il n'a pas pu/voulu faire une réédition complète pour me montrer ce qu'il avait en tête exactement, mais de toute façon je ne voulais pas retrancher quoi que ce soit au final. Alors à la place, j'ai fait quelques petits ajouts, plus spécialement la fin de la scène ou Asuka empêche Kaworu d'accéder aux douches — à l'origine, Shinji restait silencieux et partait tout de suite avec elle.

Un autre "ajout de dernière minute" (ou changement dans ce cas précis) : la scène où ils font leurs adieux à Hikari et Kensuke était à l'origine après la scène du bain pour coller plus près de l'épisode (Misato parlant à Pen-Pen). Je voulais en fait la déplacer juste un peu plus haut (pour d'autres raisons), mais j'ai remarqué qu'elle allait bien mieux au début, d'un point de vue thématique. Même si elle est maintenant légèrement en décalage par rapport à la chronologie "d'origine" (ladite partie avec Misato et Pen-Pen), elle allait finalement très bien avec la scène suivante (maintenant) où Asuka et Shinji arrivent à l'appartement de bonne humeur.

Notes diverses :
- Plein de trucs mentionnés ici sont largement sujets à interprétation. Je n'irai certainement pas jusqu'à dire que tout devrait être considéré comme des faits, surtout en ce qui concerne le sens des propos de Kaworu.

- Outre ceux qui sont mentionnés ci-dessus, j'ai fait quelques autres "ajouts de dernière minute". En l'occurrence, quelques détails supplémentaires dans la scène de la cafétéria. J'ai considéré faire "analyser" par Kaworu les effets du cola, mais le truc de la soupe marchait mieux avec ce que j'avais déjà.

- Un arrêt à Nagao Toge est mentionné dans l'épisode 4. J'aurais aimé qu'il y en ait eu d'autres ; l'agencement du réseau de transport d'Hakone m'a donné des maux de tête plus loin.

- De ce que j'ai cru comprendre, le jardin d'enfants et la maternelle sont "confondus" aux États-Unis (de mon point de vue), alors je ne suis pas tout à fait sûr qu'Aki irait au premier. J'ai encore moins d'idées sur ce qu'il en est au Japon, mais Asuka est allemande, je peux toujours me fier sur ce qu'elle juge d'après son propre héritage. ;P

Donc… ainsi s'achève l'alternance des chapitres numérotés-"présent"/verbaux-"passé". J'aurais pu sans doute la maintenir, mettons en divisant "élever" en deux par exemple, mais ça nous aurait donné deux chapitres verbaux avec des thèmes similaires et AMHA ça ne serait pas allé aussi bien. Et je crois que ce n'est pas si terrible de l'interrompre ici vu que ça marque à peu près la fin de la "série" (vu que je vais ignorer là les épisodes télévisés 25 et 26). Je ne veux pas aller jusqu'à poster le "film" séparément, mais c'est peut-être mieux si vous le traitez comme tel. Alors maintenant, voici une

COUPURE ! CÉSURE ! RUPTURE ! SÉPARATION ! ICI MÊME !

Ce qui arrive ensuite est "mon" EoE et tout comme celle-ci était divisée selon les deux thèmes les plus importants de NGE ("Air" étant concentré sur l'action et "Mon cœur pur pour toi" sur le mindfuck), ce sera un "programme double" séparé par les retours d'avant en arrière caractéristiques de L2T.

Alors ne manquez pas la conclusion dans "Le Final"/"fin" !

N.D.T. : Bon, ça devra bien aller tel que c'est là. J'aurais aimé faire une seconde relecture plus attentive, mais je suis déjà assez à la bourre sur ce que j'avais prévu comme ça.
Il faut dire que toutes les avanies possibles et imaginables me sont tombées dessus en même temps ou presque, la plus grave étant que mon MacBook Pro a définitivement rendu l'âme. Par bonheur, j'ai pu récupérer les documents du disque dur, ce qui m'a évité d'avoir à réécrire tout le début du chapitre. N'empêche, maintenant il faut que je me mette en quête d'une nouvelle bécane, comme si je n'avais que ça à faire en ce moment. Et pour couronner le tout, j'ai chopé une sinusite carabinée qui m'a mis quasi H.S. la semaine dernière. Maintenant ça va mieux, heureusement, mais il n'empêche que je vais devoir en mettre un coup si je veux tenir mes délais. Y parviendra ? N'y parviendra pas ? C'est ce qu'on verra !
En tout cas je suis content de ce que j'ai traduit — pas d'erreurs criantes, ni de casse-têtes sérieux. L'avantage avec les dialogues de Kaworu, c'est que sa façon de parler se prête bien à mon style parfois un peu (trop) soutenu — Rei aussi, dans une moindre mesure, vu qu'elle est loin d'être aussi bavarde. XD

Bref, maintenant que nous sommes parvenus à l'ultime révélation, ne reste plus que la conclusion palpitante de ce récit épique. À dans quelques semaines pour la découvrir ! ;)