La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 2 : survivre

Le seul son qui subsistait était le bruit des vagues.
Seules les étoiles, la lune et une traînée rouge lui emplissaient la vue.
Il reprit lentement ses esprits, pour découvrir aussitôt un spectacle qu'il ne voulait pas voir. Mais il se trouva incapable même de cligner des yeux.
Alors il tourna la tête à la place et vit alors ce qui semblait être l'océan, rouge comme du sang.

"Ayanami…"

Mais déjà elle n'était plus là.

"Alors, comme elle est entrée dans ma vie, elle est repartie…"

Lentement, Shinji se redressa sur son séant. Ce n'est qu'alors qu'il remarqua quelqu'un à ses côtés.

"Asuka !"

Les souvenirs lui revinrent d'un seul coup, lui submergeant l'esprit.

Je ne veux plus que tu t'approches de moi ! »
Jamais elle ne me laissera venir à elle.

« Tu ne comprends vraiment rien à rien ! »
Jamais elle ne me laissera la connaître.

« Je préfère encore mourir que d'être avec toi »
Jamais elle ne me laissera être avec elle !

« Aidez-moi… Aidez-moi ! Aidez-moi ‼ Ne me laissez pas tout seul ! Ne m'abandonnez pas ! Ne me tuez pas !
— …Non. »
Jamais elle ne m'aidera !
"

Sans même se rendre compte de ce qu'il faisait, il s'était juché sur la fille rousse pour finir ce qu'il avait commencé "là-dedans".
Son esprit était aussi vide que son regard, tandis que ses mains se resserraient autour de son cou, son cœur brûlant de rage sous le coup de la trahison, de la colère et de la défaite.

Mais soudain, il s'arrêta. Quelque chose de chaud lui caressait la joue. Le léger toucher de sa main lui parvint à travers sa transe. C'était comme si un rêve qui avait continué à le hanter, dans l'état de demi-conscience où il se trouvait, se dissipait enfin.

Maintenant, il était sûr et certain d'être de retour pour de bon dans le monde réel ; le monde des véritables sensations ; le monde de la douleur et le monde du bonheur.

Le rêve était fini.

Peu à peu, il se rendit compte de ce qu'il avait failli faire, tandis qu'elle laissait glisser ses doigts le long de son visage.

Elle avait voulu qu'il s'arrête. Elle avait eu besoin de son aide contre lui-même…

Il en prit subitement conscience.

ELLE avait eu besoin de LUI !
Pas seulement maintenant, mais avant aussi. Malgré toutes les fois où elle avait affirmé le contraire.
Et il n'y avait pas eu qu'elle.

"Misato avait besoin de mon aide après la mort de Kaji. Rei avait besoin de mon amitié, même après que j'aie découvert ses origines. Et Asuka… même si elle ne l'aurait jamais avoué, je sais qu'elle avait besoin de moi après le 15ème."

Il s'était effondré à présent. Ses larmes coulaient librement sur ses joues et tombaient sur le visage d'Asuka.

Tout ce temps où il avait réclamé de l'aide, toujours à vouloir que les autres s'occupent de ses problèmes, jamais il n'avait réalisé qu'eux aussi avaient les leurs à gérer.
Comment pouvait-il compter sur leur aide si personne n'était là pour les aider ?
Si lui n'était pas là pour les aider ?

« Ça me dégoûte… »

Il ne comprenait pas ce qu'elle avait voulu dire par là ; si elle se sentait mal ou si elle était juste écœurée par la situation dans laquelle ils se trouvaient, ou par lui. À ce moment précis, ça n'avait aucune importance.
Il pleura pendant ce qui lui parut des heures tandis qu'Asuka restait allongée là, sans faire le moindre mouvement.
Lorsque ses sanglots finirent par s'arrêter, il remarqua enfin pour la première fois les pansements qui couvraient son bras droit et son œil gauche, se fondant parmi la blancheur du sable et la pâleur de son teint, mais tranchant sur le roux de ses cheveux et le rouge vif de sa plug suit. Des images de l'EVA-02, transpercée et mutilée par les Evas de série et leurs répliques de la Lance de Longin, lui vinrent en tête, le ramenant au moment où il était finalement arrivé sur le champ de bataille, bien trop tard, incapable de rien faire d'autre que regarder ces monstres blancs la réduire en charpie et la dévorer, lui faisant savoir avec une certitude horrifiante qu'Asuka aussi, encore une autre des rares personnes proches de lui, était…

"Mais elle est vivante", se rassura-t-il en secouant la tête pour tenter de se l'éclaircir.

« Tu peux t'écarter maintenant ? » demanda Asuka d'une voix lasse, sans le regarder.

Il se rendit compte qu'il était toujours accroupi sur elle et s'efforça de se remettre debout. Pour la première fois, il promena son regard sur les alentours. L'aube s'était levée, mais la couleur de l'"eau" n'avait pas changé dans la lumière naissante. Des poteaux se dressaient près de la grève ; la croix de Misato était accrochée à l'un d'eux. Était-ce lui qui l'avait placée là ? Il ne s'en rappelait pas. Un amas de ruines était tout ce qu'il restait de l'autrefois glorieuse cité de Tokyo-3.
Et dominant tout le reste, la tête géante de Rei — Lilith ? — maintenant penchée sur le côté, fixant le ciel avec un sourire grotesque et implacable sur les lèvres.

« Alors c'est comme ça, hein ? »

Shinji tressaillit en entendant la voix rauque à côté de lui. Asuka était à présent assise et suivait son regard sur l'océan. Il n'arrivait pas à dire si elle souffrait, mais les blessures qu'elle avait sous ces bandages n'étaient probablement pas de simples égratignures. Des blessures qu'elle avait reçu parce qu'il n'avait pas agi à temps.

La culpabilité qu'il ressentait à la vue du monde désolé autour de lui n'était rien comparée au serrement de son cœur face à ce rappel vivant.

« A-Asuka, je… commença-t-il en regardant par terre, les poings serrés.

— Pas… pas maintenant, Shinji. » Elle se releva lentement. « On… on discutera plus tard, d'accord ? Il y a d'autres choses plus urgentes pour le moment. Et cette journée a été assez longue comme ça… »

Il la regarda bouche bée, sincèrement surpris par la force de caractère dont elle semblait faire preuve et, peut-être bien plus encore, par sa réaction. Shinji savait combien Asuka détestait ses excuses et, après tout ce qu'il avait et n'avait pas fait, devait le haïr encore plus. Il se serait attendu à la voir le houspiller avec toute l'énergie qui lui restait, voire même le malmener physiquement, même si cela l'aurait faite encore plus souffrir. Mais elle ne l'avait pas interrompu de manière hostile et ne s'était pas non plus contentée de l'ignorer. Et cette caresse auparavant…?

Shinji finit par hocher la tête, mais elle ne l'avait probablement pas remarqué car elle avait déjà tourné les talons pour se diriger vers les ruines de Tokyo-3. Il dirigea une dernière fois son regard vers l'horizon.

« Vous ne voulez pas revenir ? » demanda-t-il à la mer.

Comme il s'y attendait, il ne reçut aucune réponse.

Lentement, il se détourna et se mit à suivre Asuka.

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Il ne restait plus grand-chose de la ville. La majeure partie avait été pulvérisée lorsque le Géofront avait été mis à nu. Le trou où s'était trouvée la sphère géante pouvait difficilement être manqué.

Shinji suivait Asuka de près. Il savait qu'elle se dirigeait vers chez eux, ou du moins ce qu'ils espéraient qu'il en restait. Cependant, il remarqua qu'ils ne progressaient pas très vite, en la regardant avancer à pas lents à travers les ruines, essayant de trouver un chemin par où passer sans avoir à grimper.

"Bien sûr, elle a été gravement blessée et elle a l'air très fatiguée aussi. Je… je devrais faire quelque chose." Ça, il le savait. Mais même en le sachant, même en le souhaitant, il se trouvait toujours aussi incapable d'agir, craignant encore sa réaction s'il le faisait. "Après tout ce qui s'est passé, après tout ce que j'ai réalisé, je ne peux toujours pas l'aider ! Toujours aussi lâche…"

Brusquement elle trébucha, s'inclinant légèrement vers l'avant avant de retrouver son équilibre.

Il serra les poings. "…Non !"

« A-Asuka ? » Il avait attiré son attention, la forçant à s'arrêter. « Ç-ça va ? J-je veux dire, tu es blessée et… tu sais ? »

Elle leva son bras bandé et referma légèrement la main. « Je n'en sais rien. Ça ne fait pas aussi mal que ça devrait. » Elle tourna la tête, le regardant avec des yeux fatigués. « Je tiendrai le coup jusqu'à la maison. Je crois que je me sentirai mieux après un peu de repos. »

Il hocha la tête, pas vraiment satisfait de sa réponse, mais il ne se sentait pas assez confiant pour risquer une dispute maintenant.

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La banlieue avait un peu meilleure mine. La plupart des bâtiments étaient toujours debout, mais avaient subi de gros dégâts, tandis que d'autres étaient à peine touchés. Des voitures et des débris jonchaient les rues et les trottoirs.

Par chance, leur immeuble était l'un de ceux qui étaient en meilleur état. Cependant, lorsqu'ils pénétrèrent à l'intérieur de l'appartement, ils furent accueillis par un triste spectacle. Presque toutes les vitres avaient été brisées par l'onde de choc et tout ce qui n'était pas assez lourd ou fixé au sol gisait répandu à terre.

Asuka se contenta de soupirer après avoir jeté un coup d'œil au désordre et se dirigea vers sa chambre.

« Je ne sais pas pour toi, mais moi j'ai besoin de sommeil avant quoi que ce soit d'autre. »

Il hocha la tête. « Bonne nuit, Asuka. »

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. « Il ne fait plus nuit, baka », dit-elle avant de refermer la porte de sa chambre derrière elle, laissant Shinji à ses pensées.

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Après avoir nettoyé la poussière dans son lit, il essaya de prendre du repos lui aussi. Mais le sommeil ne lui venait pas si facilement. Les événements de la veille repassaient en boucle dans sa tête chaque fois qu'il fermait les yeux. L'invasion ; le fait qu'il se fichait bien de mourir ; la mort de Misato et ses adieux ; le spectacle de l'EVA-02 d'Asuka, déchiquetée par les Evas blanches produites en série ; l'apparition de Rei ; les événements qui avaient constitué le Troisième Impact…

Quand est-ce que tout cela avait commencé à mal tourner ? Quand il avait dû tuer Kaworu, qui avait été le premier à lui témoigner ouvertement son affection ? Quand il avait appris le passé de Rei, ou quand elle s'était sacrifiée pour lui ? Quand il avait quasiment perdu Asuka après qu'elle ait elle-même perdu à cause du 15ème Ange ? Quand Misato s'était repliée sur elle-même pour poursuivre la quête de vérité de Kaji, ou quand lui-même avait perdu la figure paternelle qu'il avait découverte en cet homme séduisant ? Quand il avait perdu tout espoir de jamais comprendre son vrai père, lorsque l'homme acharné qu'il était l'avait forcé à quasiment causer la mort de son meilleur ami ?
Ou même avant, quand il était encore heureux…?

Oui, il y avait eu des moments où il avait été heureux ici. Il avait été accepté par d'autres et avait trouvé des amis. Quelques mois, voire même quelques semaines plus tôt seulement, il était admiré par Toji parce qu'il vivait avec Misato, était pressé de question au sujet de la NERV et des Evas par Kensuke, ou taquiné par les deux quand il montrait de l'intérêt pour Rei ou Asuka, tout comme Misato aimait le faire depuis le jour où elle l'avait accueilli chez elle. Il n'y a pas si longtemps, il appréciait encore, malgré quelques moments "tendus", de vivre avec cette femme joviale quoique négligée, et avec Asuka après qu'elle ait emménagé avec eux lorsqu'ils avaient entamé leur entraînement de synchronisation. Il n'y a pas si longtemps, il écoutait les conseils de Kaji. Il n'y a pas si longtemps, il…

Mais maintenant, tout cela ne semblait plus que de vagues souvenirs d'événements remontant à plusieurs années, dans un passé lointain.

Shinji se recroquevilla dans son lit. C'était ces sensations qui l'avaient incité à revenir, parce qu'il avait pensé qu'il pourrait continuer à les ressentir une fois que tout le monde serait revenu. Mais maintenant qu'il semblait que personne ne les suivrait, lui et Asuka, penser à ces moments joyeux en sachant qu'ils ne reviendraient jamais lui faisait encore plus mal que les heures sombres qui avaient suivi.

"« Tant que tu es en vie, tu auras toujours l'occasion de trouver le bonheur »", se rappela-t-il des paroles de sa mère.

Mais comment était-il censé trouver le bonheur s'ils étaient tout seuls ?

Il soupira. Visiblement, il n'arriverait pas à trouver le sommeil ; pas tant qu'il n'arriverait pas à se débrouiller pour éviter de penser à quoi que ce soit. Il ne pouvait même pas écouter son lecteur S-DAT : non seulement les piles étaient à plat depuis hier, mais il avait été écrasé par un des plus gros fragments de débris tombés du plafond ; réduit en miettes, comme apparemment tout ce qui faisait partie de son ancienne vie.

"Était-ce seulement hier ? Pour ce que j'en sais, nous sommes peut-être restés des jours, des semaines, ou même des années là-dedans…"

Il se décida enfin à se lever, même s'il n'avait pas grand-chose à faire. La télé était cassée, et même si elle marchait encore, de toute façon il n'y aurait plus aucun programme de diffusé désormais. S'il essayait de nettoyer le désordre dans l'appartement, il risquait sans doute de faire trop de bruit et de réveiller Asuka. Le violoncelle était également hors de question pour ces deux mêmes raisons.

Néanmoins, il valait mieux qu'il trouve quelque chose à faire pour s'occuper l'esprit.

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« Je suis… morte ? »

« Je ne veux plus être seule… »

"Qu'est-ce qu'il fait là…?"

« Alors c'est tout ce que je suis pour toi, après tout ?! »

« Mon Dieu, ce que tu peux me dégoûter ! »

« Ikari, est-ce que tu as au moins essayé de comprendre ? »

« Si je ne peux pas t'avoir pour moi toute seule, alors je ne veux rien de toi… »

« Asuka, aide-moi ! Je t'en prie. Tu es la seule qui puisse m'aider ! »

« Pathétique… »

« Alors ils peuvent tous mourir… »

"À cause de moi ?"

Asuka se redressa le souffle court, réveillée en sursaut de son cauchemar. Le tee-shirt qu'elle avait réussi à enfiler avec un short, après avoir ôté non sans mal sa plug suit, était trempé de sueur. Pas moyen pour elle de se rendormir maintenant. Pas avec ces pensées qui hantaient ses rêves.
"Bon sang !" jura-t-elle en s'épongeant le front de son bras valide tout en essayant de se calmer. "Est-ce trop demander, un peu de repos ? Ça n'a pas suffi ? Je ne peux pas… je ne veux plus de ça…"

Lorsque sa respiration se calma et que la sueur se fut asséchée, son nez remarqua une odeur bien connue et tout à fait bienvenue qui flottait dans l'air : l'odeur de la nourriture en train de cuire. Elle se leva prudemment et suivi le fumet jusqu'à la cuisine. Elle ne fut pas surprise d'y trouver Shinji, mais le fut davantage en voyant qu'il semblait en train de préparer toute la nourriture périssable qu'ils avaient dans la maison. Cela ne faisait pas autant qu'on aurait pu attendre d'un foyer pour trois, mais c'était tout de même bien plus que ce que deux personnes pouvaient manger sans se rendre malades.

« Je ne savais pas que tu avais autant d'appétit, commenta-t-elle avec un léger sourire.

— Hein ? sursauta-t-il avant de se tourner vers elle, visiblement surpris par son arrivée soudaine. Asuka ! Je t'ai réveillé ?

— Non, pas vraiment, dit-elle en se renfrognant, toute trace d'amusement aussitôt disparue.

— A-ah bon. Co-comment vas-tu ? bredouilla Shinji penaud.

— Aussi bien qu'on peut l'espérer dans de telles circonstances, je suppose… soupira-t-elle, mais elle se hâta de chasser de son esprit les pensées qui n'amèneraient rien d'autre qu'une déprime dont elle n'avait pas besoin pour le moment. Alors, qu'est-ce que tu fais là ? changea-t-elle de sujet.

— Hein ? » Il jeta un coup d'œil à la cuisinière. « Je cuisine ? »

Elle eut un faible sourire en coin en levant les yeux au ciel. « Je le vois bien, baka ! Mais pourquoi ?

—Eh bien, vu qu'on n'a plus de courant pour alimenter le frigo, tout ça se serait vite gâté de toute façon, et d'autant plus vite si c'était resté frais.

— Hum, il semblerait bien que tu SOIS capable de réfléchir de temps à autre, se moqua-t-elle d'un ton espiègle pour tenter de préserver l'ambiance.
— Euh, merci ? » dit-il, quelque peu incrédule devant son "compliment". Mais son visage devint grave. « Asuka, à propos de… »

Son regard sévère l'interrompit. « Je te l'ai déjà dit, on en discutera plus tard…

— Mais… On… on a le temps de parler, maintenant… »

Asuka fit la grimace. Elle voyait bien qu'il était anxieux à l'idée de lui faire part de ce qui lui occupait l'esprit et elle savait bien de quoi il s'agissait. Mais ce n'était pas vraiment le temps qui posait problème.

"Je ne peux pas", dût-elle admettre en le regardant qui attendait une réponse. "Pas encore."

Elle n'était pas sûre de savoir pourquoi — ou tout simplement, elle ne voulait pas le savoir. Une partie d'elle-même voulait parler, lui faire face, découvrir si… Et pourtant, quelque chose d'autre la faisait hésiter. Quelque chose qui lui donnait plutôt envie d'attendre de voir si ça ne finirait pas par se régler tout seul. Et ce serait déjà assez dur de ne pas retomber dans ses habitudes et ses penchants destructeurs pour ne pas se laisser distraire par "quelque chose" d'aussi ridicule.

Quoi qu'elle fasse… pas question de se retrouver complètement seule.

« Non, nous n'en avons pas, répondit-elle dans un murmure, davantage pour elle-même. Ça changerait trop de choses… »

Il se contenta de lui adresser un regard perplexe et retourna à la cuisinière.

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Quand il eut terminé, ils mangèrent une partie de la nourriture. Ce n'était pas un repas de choix, mais quelque chose leur disait que même les ingrédients (plus ou moins) frais comme ceux-là pourraient vite devenir un luxe. Le reste fut soigneusement emballé pour durer le plus longtemps possible.

« Alors… Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda Shinji après quelques instants de silence.

— Ce qui sera nécessaire pour survivre, je suppose, répondit Asuka en haussant les épaules, dissimulant à l'évidence ce qui pouvait la préoccuper sous un masque de professionnalisme. Il faut s'assurer d'avoir de la nourriture, de l'eau et du matériel médical. De l'électricité pourrait nous être utile auss… » Elle s'interrompit en voyant son expression lugubre. « Quoi ?

— Je… je ne crois pas que je peux… », murmura-t-il. Il se sentait sur le point de s'écrouler en sanglots d'une seconde à l'autre ; tout son corps tremblait alors qu'il menaçait d'être accablé par ses émotions une fois encore. « Comment le pourrais-je ? Après… après… tout ça ! Nous sommes tout seuls ! Tout le monde a disparu… Comment…

— Shinji ! » cria-t-elle avec colère en l'interrompant. Elle se pencha au-dessus de la table, ce qui le fit lever les yeux vers elle. « Bon sang, t'es bête ou quoi ? Tu veux vraiment continuer à te lamenter sur quelque chose que tu ne peux pas défaire de toute façon ? Tu veux vraiment te laisser mourir de faim à la place ?

— Non… dit-il entre ses dents.

— Alors ressaisis-toi, veux-tu ? » Après un autre moment de silence et que tout deux se furent de nouveau calmés, elle se laissa retomber sur sa chaise avec un profond soupir. « Alors, des idées ?
— Eh bien… le… l'eau coule toujours », marmonna Shinji sans conviction. Il savait qu'elle avait raison. Mais il ne se sentait pas capable de faire ça, devoir prendre tant de décisions, tout repousser si vite, alors que cela paraissait impossible à faire. « Et… et on dirait qu'elle est claire. Mais la nourriture qu'il nous reste va se perdre tôt ou tard…

— Ouais, on va probablement devoir cultiver quelque chose nous-mêmes, mais ça va nous prendre du temps. »

Il hocha lentement la tête. « Il y a de la nourriture lyophilisée dans les abris, je crois. Peut-être au cas où les réfugiés se retrouveraient piégés là-dedans durant une attaque. Je me rappelle avoir vu les paquets là-bas.

— Hein ? » Elle eut l'air surprise. « Quand est-ce que tu as visité un abri ?

— L-lors de l'attaque du 14ème… » Il évita son regard, en proie à la honte de sa décision de l'époque d'avoir laissé tomber tout le monde.

— Oui, je me souviens… marmonna-t-elle d'un ton curieusement difficile à interpréter. Laissons tomber le sujet, d'accord ? Ça n'a plus d'importance, maintenant ».

Il releva les yeux, un peu surpris par ses paroles de réconfort.

« Quoi ? lui lança-t-elle au bout de quelques secondes, son regard l'ayant apparemment mise mal à l'aise.
— R-rien, bredouilla-t-il en secouant la tête. Euh, pour le matériel médical, l'hôpital de Tokyo-3 n'est pas loin, peut-être qu'il est encore inta… » Il s'arrêta de nouveau.

— Oh, quoi encore ? grogna Asuka. Ce n'est pas une mauvaise idée, même si ce n'est pas comme si je n'y avais pas pensé moi-même.

— La sœur de Toji était là, avant qu'ils la transfèrent… »

Il ne releva pas les yeux, mais entendit nettement son soupir agacé. « Tu n'as toujours pas surmonté ça, hein ?

— Ce n'est pas ça, je… » Il soupira. « Tu crois qu'ils vont revenir ? »

Cette question n'eut pas l'air de la surprendre, mais elle ne répondit pas tout de suite, comme si elle n'y avait pas pensé du tout auparavant. Bien sûr, elle aussi ne pouvait que supposer qu'il y ait une possibilité qu'ils ne soient pas ou ne restent pas seuls. Mais si elle avait de l'espoir, alors peut-être qu'il pouvait en avoir aussi.

« Je ne sais pas, finit-elle par murmurer. Peut-être. Mais on ne peut pas se fier à ça. Je pense qu'ils seraient déjà revenus, s'ils le voul… » Soudain elle secoua la tête, son expression et sa voix se durcissant lorsqu'elle réalisa où cette conversation les menait. « Combien de fois il faut que je te le dise : on en discutera plus tard ?!

— Désolé… »

Elle releva la tête en lui décochant un regard noir. Mais alors, son visage se radoucit peu à peu et au lieu de l'agression verbale à laquelle il s'attendait, Shinji entendit sa compagne pouffer de rire. Même si au début il ne comprit pas vraiment, il se laissa vite contaminer par son humeur et s'esclaffa à son tour.

À ce moment-là, en dépit — ou peut-être bien à cause — de la situation des plus sinistres, des éclats de rire emplirent les lieux pour la première fois depuis des semaines…

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Ils décidèrent de se rendre d'abord à l'abri le plus proche, mais quand ils arrivèrent, ils découvrirent l'entrée ensevelie sous les décombres. Du coup ils allèrent jeter un coup d'œil à l'hôpital à la place. Le temps qu'ils arrivent, c'était déjà le milieu de l'après-midi et le soleil tapait aussi fort que d'habitude, indifférent au fait que la quasi-totalité de la population de sa troisième planète avait été annihilée. L'hôpital semblait être en parfait état, sans doute parce qu'il avait été construit loin du centre-ville, pour être hors de portée des attaques des Anges.

Lorsqu'ils entrèrent, Asuka leva presque aussitôt le bras, barrant le passage à Shinji.

« Qu'est-ce qu…? commença-t-il, mais Asuka lui répondit aussitôt par sa propre question.

— Tu as vu ça ?

— Hein ? » demanda Shinji, cherchant quelque chose d'étrange autour de lui. Il ne voyait rien qui sortait de l'ordinaire dans l'entrée faiblement éclairée, excepté le fait qu'elle était complètement déserte. Le comptoir d'accueil, plusieurs rangées de chaises pour les patients en attente et les visiteurs, quelques plantes, probablement fausses, pour la décoration… Puis il se rendit compte. « Les lumières sont allumées…?

— Ils ont probablement un générateur de secours pour les pannes de courant. » Elle l'attrapa soudain par la chemise. « VITE ! » Elle le traîna jusqu'à l'escalier et ils descendirent aussi profond que possible.

"Au moins, on dirait qu'elle va de nouveau bien", songea Shinji en considérant la vitesse à laquelle allait la rousse, tandis que lui et Asuka traversaient précipitamment le sous-sol en examinant les pancartes sur chaque porte.

« Où est-il ? marmonna-t-elle plus pour elle-même que pour lui.

— Où est quoi ? » demanda-t-il quand même. Il se serait senti plus utile s'il pouvait l'aider à chercher.

Mais au lieu de lui répondre, Asuka poussa un cri de triomphe. « A-HAA ! » Elle s'arrêta finalement devant une porte d'acier marquée "DÉFENSE D'ENTRER, HAUTE TENSION".

« Ouvre-la ! » ordonna-t-elle en le poussant devant la porte pour accentuer sa commande.

Shinji lui jeta un regard perplexe. « Comment ?

— Donne un coup de pied dedans ! Jette-toi dessus ! Franchement, il faut vraiment que je pense à tout ? »

Il voulut protester encore, mais se retint. Elle aurait gagné la dispute de toute façon. Et avec ses blessures, elle avait une vraie bonne raison de ne pas enfoncer elle-même la lourde porte.

Encore qu'il n'avait aucune idée de comment s'y prendre pour accomplir une tâche d'apparence aussi impossible. Alors il décida de tenter d'abord la chose la plus simple : il actionna la poignée… et eut la surprise de voir la porte s'ouvrir. « Eh bien, bonjour la sécurité… »

Ils furent accueillis par le ronronnement du générateur. Asuka se précipita à l'intérieur et examina la machine pendant quelques instants, puis actionna quelques leviers du panneau de contrôle qui se trouvait sur le côté. Le ronronnement cessa ; les lumières clignotèrent brièvement avant de s'éteindre. En d'autres termes : il faisait noir.

« Hé AsukAAAAHHH ! » Shinji hurla de terreur lorsqu'elle alluma brusquement une lampe torche juste en dessous de son visage. « C'était pas drôle… » haleta-t-il en se tenant la poitrine, tandis qu'elle ricanait en voyant sa réaction.

— Moi je dirais que si, dit-elle d'un air innocent.

— Ouais, c'est ça, marmonna-t-il avant de ramener son attention sur la machine dans la pénombre. Dommage qu'il soit si gros.

— Hein ? Oh, le générateur. Ouais, mais je m'y attendais. On ne pourrait pas s'en servir, de toute façon. Comme je l'ai dit, il est censé servir en cas d'urgence, pas 24 heures sur 24.

— Alors pourquoi te soucier de l'arrêter ?

— Qui sait si nous n'aurons pas besoin des instruments qui sont ici ? rétorqua Asuka. On ne devrait pas gâcher le carburant. Je ne pense pas qu'il en reste beaucoup dedans, d'ailleurs.

— C'est pour ça que tu t'es dépêchée comme ça ?

— Ouais, désolée pour ça… »

Il y eut un silence.

« Shinji ? l'appela-t-elle avec un soupçon d'inquiétude dans la voix lorsqu'il ne donna pas signe de vie après plusieurs secondes.

— Est… est-ce que je viens d'entendre la grande Asuka Langley Soryu s'excuser de quelque chose ? »

Elle fit une grimace. « Et si tu ne te dépêches pas, tu ne l'entendras plus jamais ! » l'avertit-elle avant de partir… avec la lampe torche… en le laissant dans le noir…

« H-hé, attend ! »

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Les étages supérieurs étaient suffisamment éclairés par la lumière du dehors pour qu'ils puissent les explorer sans avoir besoin du courant. Les longs couloirs étaient même en partie ouverts sur l'extérieur d'un côté, pour que les patients puissent prendre l'air sans trop s'éloigner de leurs chambres. Chaque pièce était indiquée par une pancarte, ce qui leur facilita les choses pour trouver celle de la réserve où les médicaments et autres accessoires de pharmacie étaient entreposés. Cependant, contrairement à la salle du générateur, celle-ci était fermée à clé. Shinji se jeta contre la porte pour ce qui devait être la sixième ou la septième fois.

« Oh, laisse tomber et allons nous-en, gémit Asuka, lassée de ses tentatives infructueuses. On n'a pas besoin de médicaments pour le moment. Ç'est déjà bien de savoir qu'on peut les trouver ici si on en a besoin.

— Et en cas d'urgence ? » Il heurta de nouveau la porte qui céda légèrement. « S'il faut nous dépêcher et qu'alors on ne pourra pas rentrer ? » Après avoir reculé de quelques pas, il se précipita en avant et enfonça enfin la porte. Asuka s'attendit à le voir s'écraser contre les étagères de l'autre côté, mais il se rattrapa de justesse et revint vers la porte en titubant pour s'appuyer contre le cadre, tout pantelant. « Et puis… tant qu'on est là, on… on devrait vérifier tes blessures. »

Elle fonça les sourcils en regardant ses bandages. « Je ne sais pas… Ça fait à peine mal, mais… » Elle s'interrompit, se rappelant trop bien comment elle les avait reçues. L'impact de chaque lance ; la prise de chaque griffe ; la morsure de chaque mâchoire…

— Asuka, je t'en prie… Ça pourrait empirer si on ne les traite pas correctement », insista Shinji — l'air soucieux, se dit Asuka, pas pitoyable.

Après quelques secondes de silence, elle eut un hochement de tête hésitant. Shinji prit de nouveaux pansements et suivit sa compagne dans la pièce voisine, où elle s'assit sur un des lits.

« Tu veux… que je…? demanda-t-il mal à l'aise.

— Non ! déclara instantanément Asuka. C'est… c'est quelque chose qu'il faut que je fasse moi-même… »

Inspirant profondément, elle commença à défaire les bandes en commençant par sa main. La gauche se mit à frissonner tandis qu'elle déroulait le bandage avec précaution, pour ne pas risquer de rouvrir douloureusement une plaie fraîche. Ses yeux étaient fermés. C'était déjà assez dur d'imaginer les marques qu'elle allait porter désormais, elle ne voulait pas les voir en plus. Elle savait que c'était ridicule, mais… Non, c'était ridicule ! Elle devrait les regarder tôt ou tard, de toute manière. Et pourtant, elle dut se forcer à ouvrir son œil valide pour examiner les blessures attendues.

Mais il n'y en avait aucune.

Rapidement, elle défit le reste de son bras. Rien.

« Pas même une cicatrice… murmura-t-elle incrédule.

— Hein ?

— Mon bras ! Il-il a été tranché en deux… je veux dire… comment…? » Elle ne finit pas sa phrase ; au lieu de ça, elle empoigna le pansement sur son œil et s'empressa de l'arracher. Sa vue était trouble au début, mais en clignant rapidement de la paupière, elle fut vite capable d'y voir aussi clair qu'auparavant. « Comment il est ?

— Il a l'air… » Il s'interrompit en la regardant dans les yeux. « …d'aller bien… »

Réalisant soudain ce qu'ils étaient en train de faire, ils détournèrent rapidement le regard.

« On ferait mieux d'y aller maintenant », balbutièrent-ils simultanément.

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Il faisait encore un peu jour, mais l'abri suivant était trop loin pour faire l'aller-retour.

« On devrait aller voir les magasins sur le chemin et voir ce qui pourrait nous être utile, suggéra Asuka pendant qu'ils parcouraient les rues en ruine en direction de chez eux.

— Hein ? Mais je n'ai pas d'argent.

Asuka s'arrêta et se tourna vers lui. « Baka ! À qui veux-tu payer ? » Elle soupira. « C'est l'anarchie, Shinji. On n'y peut rien. »

Shinji regarda autour de lui, contemplant la rue large et vide comme s'il la remarquait pour la première fois. « Je pense quand même que ce n'est pas bien, murmura-t-il.

— Mieux vaut t'y faire, suggéra Asuka d'un ton solennel. Ce n'est sûrement pas la dernière fois qu'il nous faudra "emprunter" quelque chose. »

Ils entrèrent dans la première épicerie qu'ils trouvèrent. Des étagères avaient été renversées, leur contenu amalgamé sur le sol en une masse gluante d'œufs cassés, de boissons renversées, de nouilles instantanées et autres ingrédients indéfinissables.

« Beuârk ! C'est dégoûtant ! se plaignit la rousse en traversant la masse à grandes enjambées pour atteindre l'autre côté du magasin.

— C'était ton idée… Alors, qu'est-ce qu'on prend ?

— Je ne sais pas, répondit-elle en parcourant du regard les travées. Il ne reste pas grand-chose là-dedans…

— Mieux vaut prendre des plats instantanés et des conserves. Ils ne périmeront pas aussi vite.

— Génial, ajoutes-y quelques bières et nous vivrons le rêve de Misato… » Aussitôt qu'elle eût dit ces mots, elle se mordit la langue. Elle se retourna pour voir Shinji, tête basse, perdu dans ses pensées. « Hé, je… je…

— Je sais, tu ne voulais pas le dire comme ça. » Il releva la tête en lui adressant un faible sourire. « C'est vrai que ce genre de "régime" lui conviendrait tout à fait, pas vrai ? »

Elle lui rendit son sourire, mais aucun d'eux n'ajouta grand-chose après ça. Ils récupérèrent tout ce qu'ils pouvaient transporter et rentrèrent chez eux.

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« Faut encore nettoyer ce chantier… » marmonna Shinji en entrant dans le salon. Lorsqu'ils étaient arrivés à l'appartement, le soleil avait déjà commencé à se coucher en projetant des ombres partout.

— Tu penses que ça en vaut la peine ? » interrogea Asuka en sirotant une canette de soda tiède qu'ils avaient ramené de l'épicerie.

Il se retourna en l'entendant. « Hein ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

— Il va nous falloir cultiver notre propre nourriture, tu te souviens ? Je doute qu'on puisse vivre de ce qu'on arriverait à faire pousser sur le balcon.

— Alors… tu veux déménager ? comprit-il.

— Il faudra bien, je pense… dit-elle avec un haussement d'épaules. À moins que tu ne veuilles faire du chemin toute la journée.

— Mais pour aller où ? Même les fermes les plus proches sont à des kilomètres », se plaignit-il. Il n'aimait pas l'idée de quitter le premier endroit où il s'était vraiment senti chez lui. « Et je ne conseillerais pas de partir trop loin d'une ville ; on ne sait jamais, s'il nous faut d'autres provisions.

— Hmmmm… » Asuka rejeta la tête en arrière et réfléchit un moment. « Et un jardin maraîcher ?

— Hein ? demanda Shinji surpris. Tu penses pouvoir vivre là ?

— Pourquoi pas ? Il n'est pas rare que — du moins si c'est une affaire familiale — les propriétaires vivent sur place, expliqua la rousse. Un autre avantage serait qu'ils ont habituellement une serre, comme ça on ne dépendrait pas du climat.

— Une serre ? » Le brun ne trouvait pas ça très convaincant. « Euh… Tu as vu des vitres intactes, aujourd'hui ?

— Oh là là, ne soit pas si pessimiste ! » le réprimanda-t-elle.

Il soupira, vaincu. « D'accord, d'accord ! Je vais récupérer l'annuaire et une carte…

— Voilà qui est parler ! Va les chercher !

— Tu peux m'aider, tu sais ?

— Pff ! » Elle jeta la canette vide par-dessus son épaule. « C'est ma faute si tu n'as toujours pas nettoyé ce chantier ? »

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« Enfin ! déclara Asuka épuisée. Et ça ne nous a pris que la moitié de la journée pour y arriver ! »

Ils n'avaient trouvé que deux jardins maraîchers dans le périmètre de Tokyo-3 et l'un d'eux était trop proche du Géofront pour avoir pu survivre à l'explosion. L'autre était à près de quinze kilomètres de leur domicile, à l'autre bout de la ville, et en y ajoutant le temps caniculaire, ça faisait un sacré bout de chemin.

« Bon, ça a l'air pas mal… dit Shinji en examinant les alentours.

— Oh, cache ta joie, surtout ! dit sa compagne d'un ton sarcastique. Allez, voyons voir le jardin ! »

Ledit jardin était — pour autant qu'ils puissent en dire — en bonne condition et assez grand, compte tenu du fait qu'il se trouvait dans une capitale comme Néo Tokyo-3, même si ce n'était qu'en banlieue. Les anciens propriétaires avaient fait pousser plusieurs variétés de légumes, des tomates aux concombres et des laitues aux oignons, pour ne pas avoir à se soucier des risques de pertes dues à d'éventuels problèmes de moisissure. En fait, il semblait qu'ils en avaient assez pour se constituer un stock pour un bon bout de temps. Soit les affaires n'avaient pas été très bonnes ces derniers temps, soient elles étaient si bonnes que de telles quantités s'étaient avérées nécessaires. Quoi qu'il en soit, ça voulait dire qu'ils avaient de bonnes chances de trouver aussi des graines quelque part. Et en effet, l'une des deux remises sur la parcelle en contenait de toutes sortes ; par bonheur, elles étaient étiquetées, sinon aucun des deux n'aurait été capable de dire lesquelles donnaient quoi. L'autre remise, plus petite, était vide ; sans doute à cause de la fenêtre qui semblait avoir été cassée avant même que l'Impact ne se produise. Soit quelqu'un l'avait cambriolée et dérobé tout ce qui s'y trouvait pour une raison ou une autre, soit les jardiniers l'avaient vidée pour empêcher justement que cela ne se produise.

Dans la serre, ils trouvèrent surtout des pousses de légumes à planter dehors lorsqu'ils seraient assez grands. Shinji remarqua même quelques jeunes plants de riz, bien qu'il doutât qu'ils aient pu en cultiver assez pour en tirer un bénéfice économique. La serre elle-même avait été abritée par le bâtiment principal, du coup une seule vitre était brisée et trois présentaient des fêlures.

« Rien qui ne puisse être réparé… » sourit la rousse. « …par toi. »

Shinji ignora la dernière partie. « Asuka, on peut repartir maintenant ?

— REPARTIR ? Nous venons juste d'arriver ! Et après une marche pareille, en plus ! fulmina-t-elle. Et on n'a pas encore vu la maison.

— Mais nous n'avons pas encore visité les abris. Et je maintiens qu'on devrait récupérer cette nourriture. Mieux vaut prévenir que guérir.

— Pas d'objection sur ce point. Mais je crois qu'ils nous ont laissé quelque chose pour nous y rendre bien plus vite, sourit-elle en montant le garage.

Il pâlit. « Tu… tu n'y penses pas… je veux dire, nous ne savons même pas conduire, et qu'est-ce que tu fais de tous les débris qui encombrent les rues et tout ça ?!

— Tu crois que c'est plus dur de conduire une voiture que de piloter une Eva ? »

Il en fut réduit à pousser un soupir. Elle n'avait pas tort en l'occurrence, mais l'idée le mettait quand même mal à l'aise. Prendre des provisions, des médicaments, probablement même une maison et maintenant conduire… toutes choses qu'on lui avait dit toute sa vie qu'il n'était pas censé faire. Comment était-il censé oublier tout ça comme ça ?

« Shinji !

— Quoi encore ? sursauta-t-il.

— On dirait qu'on n'aura pas de soucis à se faire pour l'électricité », dit-elle avec confiance en regardant quelque chose sur le toit. Il suivit son regard et vit, montés sur les tuiles, de grands carrés gris divisé en des dizaines d'autres plus petits. De longues fissures fendaient le verre sur certains.

— Des panneaux solaires ? demanda Shinji. Mais on dirait qu'ils sont cassés.

— Non, pas tous, dit Asuka en balayant aussitôt son pessimisme. Ceux qui restent devraient nous fournir assez d'énergie.

— Tu crois ? Et les nuits et les jours de pluie ? Nous n'aurons plus de courant à ces moments-là.

— Baka, l'énergie est stockée jusqu'à ce qu'on l'utilise. Mais tu n'as pas tort. Les panneaux solaires sont habituellement utilisés comme appoint à l'alimentation électrique courante. J'imagine que nous ne pourrons plus la gaspiller comme avant. »

En fin de compte, Shinji opina du chef. « Bon, d'accord, ça fait un problème en moins… »

Comme ils le virent plus tard, ce n'était pas le seul équipement que les propriétaires précédents avaient installé pour utiliser les ressources naturelles. Un gros réservoir pour recueillir et filtrer l'eau de pluie était enterré dans le sol. Même s'il valait mieux ne pas s'en servir comme eau potable sauf en cas de nécessité, cela les aiderait sûrement à conserver une bonne partie de leurs réserves d'eau si l'alimentation publique venait à s'arrêter.

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Comme Asuka avait insisté pour inspecter la maison, il n'y avait pas à en discuter. Ils durent entrer par effraction, ou plus exactement : Shinji dut entrer par effraction. Par chance pour lui, une des fenêtres du rez-de-chaussée était mal fermée. Après l'avoir escaladée avec quelques difficultés, il réussit à pénétrer dans la cuisine et ouvrit la porte d'entrée de l'intérieur pour laisser rentrer Asuka.

La maison n'était pas grande, ce qui leur permit d'en faire rapidement le tour. Un petit hall d'entrée menait au salon, apparemment la plus grande pièce de la maison, qui de là menait au reste. À droite se trouvait la cuisine, à gauche un couloir menant à une salle de bains, un débarras et deux chambres à coucher, dont l'une semblait n'avoir pas été utilisée depuis un certain temps et servait probablement de chambre d'amis. Des escaliers en bois menaient au premier étage, mais les trois pièces qui s'y trouvaient étaient en grande partie vides et ne semblaient pas avoir servi récemment.

L'ampleur des dégâts n'était pas aussi importante que dans leur propre demeure, mais ce n'était pas cela qui mettait Shinji mal à l'aise. Il n'aimait toujours pas l'idée de s'approprier la maison de quelqu'un d'autre. Peu de temps auparavant, des gens avaient vécu ici sans même qu'il ne les connaisse, vaquant à leurs tâches quotidiennes sans s'attendre à ce que les choses changent. Leur présence était encore vivante pour Shinji, leur odeur flottant encore dans l'air. Qui sait s'ils auraient laissé les deux adolescents mettre les pieds chez eux, sans parler de vivre ici ? Il était soulagé de voir qu'aucune des chambres ne semblait avoir été celle d'un enfant. Il ne savait vraiment pas s'il aurait pu supporter cela sans fondre en larmes.

Pendant qu'Asuka était encore occupée à inspecter les chambres, il l'attendit sur le canapé du salon. Il laissa vagabonder son regard sur la table devant lui qui était vide à l'exception d'un vase contenant une unique fleur, sur les deux peintures et la pendule qui décoraient les murs, sur la photographie posée sur la télé. Cette dernière attira son attention. Elle semblait assez vieille, au moins vingt ans à en juger par la qualité. C'était une photo de famille, visiblement prise lors d'un pique-nique par une belle journée d'automne. Mais ce qui lui semblait bizarre, c'était que l'homme et sa femme qui posaient dessus lui semblaient d'une certaine manière… familiers…

"Oui, si ses cheveux à elle avaient une teinte plus violette et qu'il portait une queue de cheval… Nan…" Il soupira. "Je me fais des idées, je crois. C'est juste parce qu'ils ne sont plus…"

« Tu vas rester encore longtemps à regarder les photos des gens, ou on peut y aller maintenant ? marmonna une voix derrière lui qui le tira de ses pensées.

— Non, murmura-t-il en reposant la photo, on peut s'en aller maintenant. »

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Maintenant que la rousse était enfin satisfaite de la visite, ils se dirigèrent vers le garage. Lorsqu'ils ouvrirent la porte, ils furent accueillis par la vue d'un pick-up vert orné du logo de l'entreprise familiale.

« Tu es sûre de vouloir conduire ça ? demanda-t-il.

— Écoute, si tu veux trimballer toutes tes affaires ici à pied, ne te dérange pas. Moi, je prends ce bébé.

— Mais nous n'avons même pas… » Elle exhiba un jeu de clés sous son nez. « …les clés… Où est-ce que tu les as trouvées ? »

Elle haussa les épaules. « Sur un bureau. Allez, tu montes ou il faut que je te traîne dedans ? »

En soupirant, il entra à l'intérieur et s'installa sur le siège du passager. Pendant ce temps-là, Asuka mit le contact et enclencha la première.

« Ha, et toi qui disait que ça serait dur ! » se moqua-t-elle lorsque la voiture démarra en vrombissant. Lorsqu'elle appuya sur l'accélérateur cependant, le véhicule ne donna qu'une brève secousse en avant, le moteur visiblement calé.
« Pas un mot », l'avertit-elle en le fusillant du regard. Non pas qu'il aurait osé.

Elle redémarra, maniant cette fois-ci l'embrayage et l'accélérateur avec plus de précautions. Lentement, ils se mirent en route vers l'abri le plus proche avant de rentrer chez eux. Ils n'allaient guère plus vite, cependant. Plus d'une fois, Asuka oubliait de changer de vitesse ou appuyait trop fort sur l'une des pédales.

« Verfluchter Mist ! jura-t-elle. Ça n'aurait pas pu être une automatique ?

— Je crois qu'il y a autre chose dont nous aurons besoin pour survivre, dit Shinji qui avait gardé le silence pendant tout le trajet jusque là.

— Et quoi donc ? demanda Asuka agacée.

— De connaissances.

— C'est ça, remets-en une couche ! grogna-t-elle.

— Je ne voulais pas le dire comme ça ! tenta-t-il rapidement de la calmer. Mais… nous aurons besoin de savoir comment entretenir des machines, comment cultiver correctement notre nourriture ou comment soigner les maladies et les blessures graves. Il va nous falloir des livres pour apprendre des choses comme ça… »

Elle le regarda d'un air intrigué. « Hum, tu as peut-être rais…

— ASUKA, ATTENTION ! »

Elle esquiva de justesse une épave de voiture…

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Comme ils allaient devoir partir tôt ou tard, ils se décidèrent pour "tôt" ou plus exactement, le lendemain. Il fallut peu de temps à Shinji pour faire ses paquets. D'abord il ne possédait déjà pas beaucoup de choses et certaines, comme son violoncelle, avaient été détruites durant le Troisième Impact. Du coup, tout ce qu'il prit fut des vêtements et l'écriteau qui était tombé de sa porte : "Chambre de Shinji chéri".
Ses yeux se dirigèrent vers la chambre de celle qui l'avait mis là ; un signe de bienvenue qui était censé toujours lui rappeler qu'il avait trouvé un foyer ici. Misato avait été la première à l'avoir fait se sentir le bienvenu, se sentir chez luiv à quoi ça ressemblait de vivre en famille. De toutes les personnes qu'il avait connues, c'était sans doute elle qui lui manquerait le plus.

Il alla emballer toute la nourriture et les boissons qui restaient dans l'appartement. Comme il l'avait prévu, Asuka avait besoin de plus de temps pour empaqueter ses affaires, mais elle finit par sortir de sa chambre en portant quatre boîtes en carton. Ce n'était rien comparé à la quantité de boîtes qu'elle avait avec elle lorsqu'elle avait emménagé, mais tout de même bien plus que son unique carton.

« Hé Shinji, tu peux prendre le reste ? »

"J'aurais dû m'en douter…" songea-t-il en regardant derrière elle pour en apercevoir cinq autres dans sa chambre.

Une fois qu'ils eurent tout chargé dans le pick-up, ils se dirigèrent vers leur nouveau domicile. C'était étrange : même s'ils pouvaient revenir ici quand ils le voulaient, c'était comme s'ils quittaient pour toujours le seul endroit qu'il ait jamais considéré comme chez lui.

Il n'eut pas un regard en arrière quand ils partirent.

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Une autre journée s'achevait. Ils n'avaient pas fait grand-chose d'autre que rentrer leurs possessions dans la nouvelle maison où ils voulaient vivre et travailler désormais.

Shinji était couché dans son nouveau lit. Il avait toujours du mal à trouver le sommeil et se trouva à fixer le plafond.

Encore un plafond inconnu.
Il espérait que ce serait le dernier.

Comme il fallait s'y attendre, Asuka avait choisi la chambre la plus grande, lui laissant la plus petite qui était probablement réservée aux visiteurs. Ça ne le dérangeait pas vraiment. L'odeur des anciens propriétaires n'était pas aussi marquée là dedans. De plus, elle était assez grande pour lui et avait aussi une fenêtre, contrairement à la petite chambre dans laquelle il avait dû s'installer quand Asuka les avait rejoint, lui et Misato, dans l'appartement et avait pris celle qu'il avait avant.

Il essaya de libérer son esprit de ces souvenirs du passé. Sinon il n'arriverait pas non plus à dormir du tout cette nuit-là.

Après avoir déballé leurs affaires, ils avaient procédé à un examen plus approfondi de la maison, ou plus précisément, du mobilier et tout le reste, pour déterminer ce qui pourrait leur être utile. Ce qui était plus facile à dire qu'à faire ; qui pouvait prédire qu'ils n'auraient pas précisément besoin de cette brosse-là pour leur sauver la vie un jour ? Quoique là encore, Shinji était plus gêné par le fait d'avoir à trier et jeter des choses qui ne leur servaient à rien, mais avaient peut-être eu une importance particulière pour leurs véritables propriétaires. Il n'arrivait tout simplement pas à ignorer que ce n'était pas leurs propres biens dont ils s'occupaient là.

Peut-être aurait-il une chance d'échapper à ces pensées demain. Ils avaient prévu de se rendre à Kofu, la ville la plus proche qui ait encore une université. Là, ils espéraient trouver une bibliothèque qui satisferait tous leurs besoins académiques pour obtenir le savoir nécessaire pour survivre tout seuls. Ce serait un long trajet, bien qu'il soit nécessaire, et plus vite il serait derrière eux, plus vite ils pourraient prendre du repos…

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Ils partirent plutôt tard le matin suivant. Asuka avait eu les mêmes problèmes que lui pour s'endormir, ce qui signifia qu'ils eurent tous deux une panne d'oreiller. Le voyage leur prit trois heures, les routes directes étant bloquées par des voitures, des fourgonnettes et des camions abandonnés et accidentés. À cause de ça, et comme c'était la première fois que Shinji conduisait, ils progressaient lentement, soit en slalomant entre ces obstacles, soit sur le bas-côté des routes, soit sur des chemins coupant à travers des terrains qui semblaient plats (les cahots du trajet n'étant certainement pas du goût d'une certaine rousse).

Il était près de midi lorsqu'ils arrivèrent en vue de Kofu.

« C'est drôle quand même, murmura Shinji en contemplant les hauts immeubles qui brillaient au soleil, de voir cette ville si intacte et inchangée, comme si rien ne s'était passé…

— Ouais, approuva Asuka, bien qu'elle ne puisse se débarrasser de la sensation de vide qu'elle avait ressenti auparavant, lorsqu'ils avaient regardé Néo Tokyo-3 pendant la coupure de courant. Tu sais, si ça se trouve, il y a encore de l'électricité et de l'eau courante ici. On devrait peut-être laisser tomber Tokyo-3 et emménager là directement. Ça nous épargnerait un tas de trav…

— Non… l'interrompit-il d'un ton étonnamment ferme. Je… je ne veux plus… jamais… partir de chez moi. »

Elle lui jeta un regard interrogateur, mais ne le questionna pas davantage. Elle savait trop bien ce qu'il voulait dire…

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Comme il était presque l'heure du déjeuner, leur premier arrêt fut dans un grand magasin où ils prirent de la nourriture qui n'avait pas besoin d'être réchauffée, avant de se diriger vers l'Université de Yamanashi. Y parvenir s'avéra poser un plus gros problème qu'ils ne s'y attendaient. Non seulement il était facile de se perdre quand on ne connaissait pas le plan des rues, mais Kofu était bien plus peuplée au moment du Troisième Impact que ne l'était Tokyo-3, dont la plupart des habitants avaient été évacués. De ce fait, il y avait tant de carambolages qu'il était encore plus dur de se frayer un chemin à travers les rues que cela ne leur avait été pour y parvenir (cela les énerva d'autant plus lorsqu'ils découvrirent plus tard qu'ils auraient pu éviter tout ça en faisant le tour de la ville, vu que l'université se trouvait plus à l'extérieur).

Une fois qu'ils eurent finalement atteint leur destination, il fut heureusement chose facile de trouver la bibliothèque sur le vaste campus, en se servant des plans qui y avaient été placés. Par bonheur pour eux, la faculté de médecine de l'université et sa bibliothèque, qui s'étaient trouvées dans la ville de Tamaho avant le Second Impact, avaient été transférées sur le campus de Kofu.

Ils arpentèrent tous les étages du bâtiment, prenant tous les livres qu'ils pensaient pouvoir leur être utile à un moment ou un autre : des livres de médecine, de mécanique, d'architecture… En fin de compte, ils eurent plus d'une douzaine de paniers remplis de livres, de dossiers et de documents similaires ; assez pour étudier pendant des années. Mais malheureusement, ils remarquèrent que la bibliothèque était trop spécialisée pour contenir des livres traitant de jardinage — ou donnant des conseils pour bricoler —, ce qui voulait dire qu'ils allaient devoir retourner en ville pour trouver une bibliothèque municipale ou une librairie.

L'avantage était que cela leur donna l'occasion de prendre des fournitures qu'ils ne pourraient plus récupérer (ou alors qu'à grand-peine) dans les vestiges de Tokyo-3 : non seulement de la nourriture, mais aussi des outils et des ustensiles dont ils pourraient avoir besoin. Asuka insista même pour prendre encore des vêtements. L'inconvénient était que ce voyage supplémentaire leur fit perdre un temps précieux.

Il était déjà tard dans l'après-midi quand ils finirent par quitter Kofu.

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Ils venaient à peine de quitter la ville lorsque Shinji écrasa la pédale de frein si fort qu'ils furent projetés en avant dans leurs ceintures.

« Génial, maintenant grâce à toi, je vais même rendre le peu de nourriture que j'ai pris aujourd'hui !

— Pardon, s'excusa-t-il d'un ton narquois. On dirait qu'il faut encore que j'apprenne à accélérer et à freiner plus en douceur… »

Asuka lui lança un regard fulgurant, mais ravala son approbation pour regarder autour d'elle. « Pourquoi on s'arrête ici, au fait ?

— Il y a un champ de blé, indiqua-t-il en montrant la fenêtre de gauche.

— Et alors ?

— Eh bien, je vais avoir besoin de farine pour cuisiner, faire des nouilles et autres, expliqua Shinji. Et vu que je n'ai pas remarqué de graines de céréales dans…

— Ça va, ça va, j'ai compris, grogna-t-elle. Alors qu'est-ce que tu attends ? Dépêche-toi de récupérer des grains, qu'on puisse enfin rentrer.

— Euh, tu veux dire que tu ne vas pas m'aider ? »

Elle ne répondit pas à cela. Non pas qu'elle en ait besoin. Son regard noir en disait assez long.
En soupirant, il ouvrit la porte et sortit de la voiture.

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Il fallut un bon quart d'heure à Shinji pour revenir avec une brassée de blé. Il semblait assez pressé, vu la façon dont il jeta rapidement sa récolte à l'arrière du pick-up pour sauter dedans. Ce n'est que lorsqu'il remit les gaz et déboîta dans un crissement de pneus qu'Asuka se montra un peu nerveuse.

« Holà, c'est quoi ton problème ? » jura-t-elle en essayant de se maintenir dans son siège. Il ne semblait pas être terrifié par quelque chose, elle doutait donc qu'il ait tenté de fuir un quelconque danger.

— J'ai vu une ferme par là », lui dit-il avec enthousiasme.

La rousse leva les yeux au ciel. Qu'il soit si excité par quelque chose d'aussi trivial. « Et ? Je croyais que tu ne voulais pas emménager dans une ferme ?

— Non, mais il y aura des animaux, expliqua-t-il en quittant la grand-route avec un virage brusque pour s'engager dans une voie de terre battue.

— Des animaux ? se renfrogna Asuka, et pas seulement à cause de sa manœuvre de malade. C'est exactement pour ça que moi je ne voudrais pas vivre dans une ferme…

— Eh bien dans ce cas, comment est-ce que je vais faire pour obtenir des choses comme des œufs ou du lait pour faire la cuisine ?

— Du lait ? Tu veux emmener une vache ?

Shinji haussa les épaules : « Ils ont peut-être des chèvres…

— Du lait de chèvre ? grimaça-t-elle. Tu veux m'empoisonner ? »

Shinji se contenta de soupirer. Pas moyen de discuter si elle avait décidé de se montrer têtue.
— Très bien, pas de lait, dans ce cas… considéra-t-il en s'arrêtant devant ce qui ressemblait à une étable. Mais ne viens pas te plaindre si je ne peux pas te préparer tout ce que tu veux… ajouta-t-il dans sa barbe en sortant.

— Tu as dit quelque chose ?

— Non, je… » Il s'interrompit et lui fit signe de se taire en levant la main. « Tu entends ? »

En fronçant les sourcils avec perplexité, elle le suivit hors de la voiture. En fait, ce n'était pas difficile à entendre : de bruyants couinements, bêlements et hennissements leur parvenaient des bâtiments les plus importants de la ferme à l'ancienne.

Shinji ne perdit pas de temps et s'élança vers le plus proche, ouvrit la porte… et se figea sur place.

Ces animaux étaient affamés après plusieurs jours sans nourriture ; certains étaient blessés, soit en tentant de se libérer, soit même à cause d'une attaque désespérée de cannibalisme de leurs propres congénères.

Shinji ne remarqua que distraitement sa main s'ouvrir et se refermer légèrement en regardant, choqué, ce spectacle perturbant.

« Il… il faut les aider… »

Ça devait être comme ça partout dans le monde : des animaux, de bétail et de compagnie, attendant que leurs maîtres rentrent pour les nourrir et s'occuper d'eux. Mais ils ne reviendraient jamais…

« Shinji, tu ne peux pas aller partout et t'occuper de toutes les créatures vivantes, dit gravement Asuka derrière lui, comme si elle avait lu dans ses pensées. Tu ne peux pas sauver tout le monde…

— Je sais… se crispa-t-il. Je le sais trop bien… »

Sans discuter davantage, il se dirigea vers les portes, les ouvrit une par une et relâcha les animaux qui étaient attachés. Il ne les conduisit néanmoins pas dehors et il n'en avait pas besoin. Ils trouveraient tout seuls leur chemin vers la liberté, où ils auraient au moins une chance de survivre.

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Les poulets en revanche étaient une autre histoire. On aurait pu penser qu'ils se seraient fatigués et auraient été rapidement épuisés après avoir passé des jours sans être nourris. Mais apparemment, ils s'étaient débrouillés pour trouver eux-mêmes de quoi manger dans le sol de leur vaste basse-cour, étant donné qu'ils se montrèrent remarquablement agiles lorsque Shinji tenta sa chance à "la chasse aux poules". Pendant au moins une demi-heure, il les poursuivit avec acharnement dans l'enclos, tandis qu'Asuka se contentait de le regarder, mi-perplexe, mi-agacée, en s'appuyant sur la clôture qui l'entourait.

Finalement, l'un d'eux ne fut pas assez rapide pour lui glisser entre les doigts au dernier moment.

« Regarde ! jubila-t-il en brandissant le volatile paniqué qui se débattait farouchement. J'en ai eu un !

— Shinji ? » Un petit sourire amusé se dessina sur le visage d'Asuka.

— Oui ?

— C'est un coq. » Elle secoua la tête en pouffant de rire à la vue de son visage abasourdi, tandis qu'il lâchait sa prise sur l'oiseau qui fila immédiatement dans le coin opposé de la basse-cour. « Comment avais-tu prévu de les transporter, au fait ? Je veux dire, sans les laisser courir partout et voleter à l'arrière — ou pire — à l'intérieur de la voiture ?

— Euh… je… n'en sais rien…? »

Ses épaules tombèrent lorsqu'elle laissa échapper un soupir. « J'aurais dû le savoir que ce serait à moi de penser pour deux. Attends ici, d'accord ? »

Il se contenta de hocher la tête en silence avant qu'elle ne s'éloigne.

Il lui fallut environ dix minutes pour revenir en portant deux cages en forme de caisses et un sac visiblement assez lourd qu'elle traînait derrière elle.

« Euh… tu as besoin d'aide avec ça ? », demanda-t-il d'un air penaud, mais il ne put dire si la grimace qu'il reçut en réponse était censée vouloir dire « Oui, bien sûr que j'ai besoin de toi pour faire le sale boulot, espèce d'âne ! » ou « Non, je n'ai pas besoin que tu m'aides pour quoi que ce soit, baka ! »
Alors, en fin de compte, il ne fit rien.

« Je comprends pour les cages, mais à quoi sert le sac ? demanda-t-il quand elle déposa son fardeau devant la clôture.

— Il y a du blé dedans, répondit-elle tranquillement. Et au fait, c'est bien plus efficace pour en récupérer que de cueillir une gerbe d'épis dans les champs…

— Alors… qu'est-ce qu'on fait avec ça, maintenant ? » demanda-t-il en ignorant la remarque déplaisante sur ses activités de tout à l'heure.

Asuka lui lança un regard incrédule. « Pourquoi ai-je des doutes sur le fait que les mâles soient censés être de grands chasseurs rusés, en te regardant ? » Elle secoua la tête. « Nous tendons un piège, évidemment ! »

À ces mots, elle plaça un petit tas de grains dans une cage et la posa de l'autre côté de la clôture. Elle répéta le processus avec l'autre, après quoi, elle dit à Shinji de semer deux traînées de blé vers l'entrée des cages.

Il ne fallut pas longtemps avant qu'une première volaille ne remonte l'une des pistes et se dirige droit vers la boîte, ne remarquant pas la porte qui claqua sur elle une seconde plus tard, loquet verrouillé. Les protestations de la poule au sujet de ses conditions de vie temporairement restreintes ne suffirent pas à en dissuader une autre de subir le même sort.

« Tu vois ? triompha-t-elle en ramassant les cages, ignorant les battements d'ailes frénétiques causés par le mouvement soudain. Voilà comment tu attrapes quelque chose de trop rapide pour toi ! Maintenant prend le sac, qu'on puisse rentrer !

— Ouais », murmura-t-il simplement en ouvrant le portail pour quitter la basse-cour, suivi d'une demi-douzaine de volailles explorant curieusement leur nouvelle liberté.

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Le soleil était déjà en train de se coucher lorsqu'ils finirent par quitter la ferme, et il ne leur fallut pas longtemps pour être avalés par les ténèbres de la nuit. Bien sûr, cela ne les aidait pas à se repérer, même avec les phares.

« Tu est sûre que c'est le bon chemin ? demanda Shinji après quelques heures de conduite à l'aveuglette. Je crois qu'on aurait dû prendre à gauche trois carrefours plus tôt.

— Comment veux-tu que je le sache ? répondit sa copilote rousse. C'est toi qui es censé être capable de lire les panneaux sans mal !

— Alors pourquoi tu as insisté pour qu'on aille à droite ?

— Je disais ça pour plaisanter ! C'est ma faute si tu es trop bête pour le comprendre ?

— Pour… pour plaisanter ⁇ Je… » Il s'interrompit, freina brutalement sans prévenir et coupa le moteur.

— Qu'est ce qu'il y a encore ? grogna Asuka, mais Shinji se contenta de fermer les yeux et de soupirer.

— Tu sais quoi, Asuka ? marmonna-t-il. La journée a été longue et je… je suis trop fatigué pour ça, d'accord ? Je veux dire, il est tard et rendons nous à l'évidence : nous sommes perdus et je doute qu'on retrouve notre chemin en pleine nuit…

— Alors tu dis que tu veux dormir ici ? Dans la voiture ? Maintenant ? » Elle le vit lentement approuver de la tête. « Pas question ! cracha-t-elle. Nous dormirons dans la prochaine maison qu'on trouvera sur notre chemin ! Je ne vais pas dormir juste à côté de toi pour que tu vives tes fantasmes pervers sur moi ! »

Il sembla choqué lorsqu'elle elle le lui dit. Au lieu de rougir et de nier en bredouillant comme à son habitude, il eut un regard mélancolique qu'il détourna rapidement.

« On… on a vu le dernier bâtiment il y a plus d'une heure, dit-il à voix basse. Si… tu veux, je… je peux dormir dehors.

— Oh je t'en prie, arrête de geindre ! grommela-t-elle. Bon très bien, nous dormirons ici ! Mais tu as intérêt à rester de ton côté ! Et ne va pas t'imaginer des trucs idiots ! l'avertit-elle en réajustant son siège en position horizontale.

— Bonne nuit, Asuka… dit-il en éteignant les phares avant de faire de même.

— C'est ça… »

Dormir fut plus facile à dire qu'à faire. Elle se sentait nettement gênée, couchée à côté de lui, séparés qu'ils étaient par seulement quelques centimètres. Surtout au regard de tous les non-dits qu'il restait entre eux. Mais c'était encore trop tôt pour ça. Peut-être que ce serait mieux, s'ils passaient tout ça sous silence et qu'ils continuaient à vivre comme maintenant. Ce n'était pas trop mal comme ça, non ? Et si jamais il…

Elle s'interrompit. Des pensées pareilles ne l'aidaient vraiment pas à trouver le sommeil. Pas plus que le siège inconfortable ou la lune éclairant la fenêtre.
Au moins, il faisait chaud.

Au moins, les cauchemars des nuits précédentes ne revinrent pas cette fois-ci.

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Ils se réveillèrent à l'aube le lendemain matin, lorsque le soleil levant brilla à travers les fenêtres et que les poules se firent entendre en caquetant bruyamment.

Ils se rendirent vite compte qu'ils étaient plus près de Néo Tokyo-3 qu'ils ne l'avaient cru. Après tout juste cinq minutes de conduite, ils croisèrent le premier panneau qui leur indiquait la direction à suivre et à peine 20 minutes plus tard, ils étaient déjà de retour à leur nouvelle maison. Inutile de dire qu'Asuka ne fut pas très contente de cette découverte.

Ils firent un copieux petit déjeuner préparé par Shinji (moitié pour s'excuser de l'avoir fait dormir dans la voiture au lieu d'un lit la nuit dernière, moitié pour compenser pour la veille où ils n'avaient pas beaucoup mangé, à part un casse-croûte rapide pris entretemps), avant de décharger le pick-up.

Les livres furent simplement déposés dans le salon pour les classer plus tard, les fournitures furent stockées dans l'une des chambres vides du premier, exceptée la nourriture qui devait être placée (et tenir) dans le frigo ou le congélateur. Le blé fut rangé avec les autres graines dans la remise dehors, tandis que les poules furent installées dans l'autre à la fenêtre brisée. Ce n'était pas grand-chose, mais ils comptaient bien l'équiper correctement et leur installer une petite basse-cour, quoique pour le moment, rien que le fait d'être hors de leurs cages un peu étroites semblait les rendre heureuses.

Le reste de la journée fut passé à parcourir les livres, triant lesquels seraient utiles à quoi — ou utiles tout court.

La dernière chose qu'ils firent fut de se répartir les tâches, en tout cas vaguement. Asuka accepta de travailler sur tout ce qui était technique ou mécanique, ou en d'autres termes : elle s'assurerait que tout continue à marcher et à fonctionner comme ça le devrait. Étonnamment, elle accepta même de faire le travail manuel qui irait avec.

Il n'est guère besoin de dire que Shinji fut chargé de la responsabilité des tâches domestiques telles que le ménage et la cuisine. Cette dernière risquait de se révéler un défi encore plus ardu qu'il n'y paraissait à première vue, puisqu'elle incluait aussi dorénavant la préparation d'aliments de base comme le pain ou les nouilles, une fois qu'ils seraient à court de provisions. Mais pour une fois, il se sentait confiant pour cela. Non sans raison puisque c'était lui qui avait anticipé en prenant du blé pour la farine, après tout. Il espérait juste qu'il arriverait à pousser.

Pour ce qui était du jardinage, ils décidèrent de s'en occuper tous les deux. Comme aucun d'eux n'avait jamais fait ce genre de choses, ils ne savaient donc pas lequel des deux était le mieux placé pour le faire.

Et ainsi, tout ce qui devait l'être sembla assuré pour le moment.

Ils avaient une nouvelle maison, ils auraient de la nourriture et de l'eau, ils auraient toutes les connaissances nécessaires.
Ils avaient tout ce qu'il leur fallait pour survivre.

Mais il y avait encore quelque chose à régler…

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Shinji s'approcha d'elle dans le salon, où elle regardait le coucher de soleil par la fenêtre.

« Asuka, nous avons fait tout ce qu'on pouvait jusqu'à présent pour assurer notre survie. Nous avons tout le temps qu'il nous faut maintenant. » Sa main trembla nerveusement et il baissa les yeux. « Il faut… il faut qu'on discute enfin. »

Elle se raidit visiblement en entendant ses paroles, mais ne se retourna pas.

« Je… je ne crois pas ! Nous avons toujours beaucoup de travail si nous voulons survivre !

— Mais… nous aurons toujours plein de choses à faire, non ? Et si c'est ça, nous ne discuterons jamais…

— Et alors ? lâcha-t-elle. Ce serait si terrible que ça de se contenter de vivre et de laisser tomber…

— Asuka ! l'interrompit-il. Je t'en prie… »

Après avoir poussé un profond soupir, elle hocha la tête.

« Très bien, dans ce cas… » dit-elle dans un quasi-murmure en se retournant.

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N.D.A. : Ha, j'imagine déjà vos mâchoires en tomber de stupéfaction. Oui, venez profiter de l'offre spéciale de Jimmy le Dingue : une histoire lue, une histoire post-TI gratuite. Je vous promets que ça sera plus clair avec chaque nouveau chapitre.
Enfin, vous allez peut-être devoir attendre le prochain un bout de temps, par contre. Je dois réviser pendant les prochaines semaines (stupides examens *grmbl*, pourquoi j'ai choisi d'aller à la fac d'ailleurs *râle* …d'un autre côté, me connaissant, je vais sans doute me remettre à écrire quand même).
Cependant, ce chapitre m'a offert une opportunité, celle que veulent probablement tous les auteurs de fics post-TI : écrire ma propre interprétation de la fin d'EoE.
Je trouve ça assez drôle quand même, dans presque toutes les fics post-TI, même les meilleures, ils vont au QG de la NERV… Ohé ?! Le QG de la NERV était dans le Géofront ! Vous savez, ce truc rond et noir qui a explosé en un milliard de morceaux à la fin ? Il est d'ailleurs possible que l'"océan" soit là où le Géofront était censé se situer. Ne vous méprenez pas, je comprends que ça marche mieux dans certaines histoires (et je ne veux pas mettre en colère mes co-auteurs et reviewers potentiels, dis donc, je comprends maintenant pourquoi tout le monde en réclame, ça rend accro…), mais c'est bizarre que ça soit utilisé si souvent. Enfin, peu importe…
Pour ce qui est de l'hôpital, je ne me souviens pas si son nom a été mentionné durant la série et comme je suis nul pour inventer des noms, je l'ai juste appelé "hôpital de Tokyo-3".
Et oui, je suis un partisan de la théorie "Asuka n'est pas vraiment blessée", enfin quoi, elle utilise un bras qui est censé être fendu en deux !
Je sais, il est probable qu'il n'y ait pas beaucoup de jardins maraîchers (il n'y a pas un meilleur terme pour ça ?) dans une métropole comme Tokyo-3, mais je voulais quelque chose de différent de l'habituel "ils sont allés dans une ferme". D'ailleurs, je n'avais même pas décidé de les faire déménager avant d'écrire cette scène.
Bon, pour ce qui est du reste, ne faites pas grand cas de ce chapitre (surtout la "scène de la viande", mais hé, c'est mieux que de mettre juste : "Quand ils se sont réveillés, ils ont commencé à faire des projets"), il sert plus à planter le décor pour les prochains.
Donc, en vous laissant sur un joli petit cliffhanger, restez à l'affût du chapitre 4 pour la partie guimauve…

P.S : Je l'ai remarqué, je ne vaux rien pour les descriptions, mais hé, je n'ai jamais dit qu'il n'y aurait pas de révisions, pas vrai ?

Notes de révision :

Eh bien, le voilà en fin de compte, avec plus de deux fois sa taille précédente et après "seulement" huit mois environ : le chapitre 2 révisé. À part l'élimination de l'horrible orthographe (que je n'avais même pas vérifiée via Word), il y a eu plusieurs changements qui l'auront amélioré, j'espère.
J'ai assombri un peu l'ambiance, vu qu'ils avaient l'air de prendre la "mort" de l'humanité beaucoup trop à la légère. Et encore, ce n'est guère mieux comme ça ; j'espère que c'est au moins un peu plus crédible.
Plus visiblement, j'ai rajouté quelques scènes que j'avais prévues à l'origine mais que je n'avais pas utilisées parce que je voulais publier le chapitre aussi vite que possible. Mais au lieu de les remettre dedans dès que j'ai eu plus de temps, j'ai attendu de voir quelle longueur allait faire le chapitre 4 pour les y rajouter dans le cas où il aurait été trop court. Quand il s'est avéré que le chapitre 4 serait bien plus long que ne le serait jamais "survivre", elles ont été remises à leur propre place.
La nouvelle fin semble toujours un peu précipitée, je pensais que ce n'était pas le cas. Bon, tant pis…

Dans l'ensemble, je n'aime toujours pas beaucoup ce chapitre, mais au moins il est mieux qu'auparavant (non pas que ce soit un gros défi à relever…)
(Au passage : je me suis débarrassé de la "scène de la viande". Je ne sais toujours pas pourquoi j'ai mis ça là…)
Et merci à mes pré-lecteurs Divine Chaos et dennisud. Même s'ils prennent leur temps, leur aide est de celles que je ne regretterai jamais. :P

Notes de re-révision :

Bon, pas grand-chose à dire. Je, me, suis, juste, débarrassé, de, quelques, virgules, entre autres corrections. Probablement loin de la quantité nécessaire, mais ça devrait déjà être mieux. J'ai essayé aussi d'ajouter au moins un peu plus de substance à ce machin. Je sais que ce n'est pas grand-chose, mais j'aime à croire qu'il y a un peu de mieux dans la sensation du type "Bon, le Troisième Impact est arrivé, et maintenant ?". Également corrigé la partie du générateur dans l'hôpital — je doute quand même que l'alimentation d'urgence s'occupe aussi de l'air conditionné. Les scènes purement descriptives sont toujours un peu arides, mais traitez-moi de fainéant si vous voulez, je ne me sens pas en mesure de les changer, d'autant plus que caser toutes ces infos dans de longs dialogues ne serait pas forcément un moindre mal.

N.D.T. : Après moultes reformulations et corrections, le chapitre 2 est enfin prêt. Profitez-en bien, le suivant risque d'attendre un peu plus — tout comme Jimmy à l'époque où il l'écrivait, je vais devoir me replonger dans mes révisions, j'ai des partiels dans deux semaines et les examens finaux qui approchent à grands pas, eux aussi.
Vivement la mi-juin, que je sois débarrassé de tout ça et que je puisse écrire à plein temps !

Franchement je n'aurais jamais imaginé m'éclater autant à traduire cette fic. En dépit de mon indécrottable perfectionnisme qui me pousse à me corriger encore et encore, sans parvenir à être complètement satisfait (en l'espace d'une semaine, j'ai dû réuploader le chapitre 1 une bonne demi-douzaine de fois — quoique la première était pour corriger les bizarreries de formatage de FFNet qui double tous les retours à la ligne et m'avait sucré les points-virgules ; ça m'apprendra à prévisualiser ce que je mets en ligne), j'ai toujours autant de plaisir — sinon plus — à la retranscrire en langue française, en essayant de lui redonner le même feeling que dans l'original.
Encore que là non plus, pas moyen d'être sûr que j'y arrive bien, vu que je n'ai pas encore reçu de reviews (en même temps je m'y attendais un peu, après tout cette fic n'est en ligne que depuis une semaine et les fans francophones d'
Evangelion présents sur FFNet ne sont pas légion). Il en faut plus cependant pour entamer mon enthousiasme, et j'espère bien en glaner une ou deux d'ici à ce que j'aie terminé de traduire, ne serait-ce que pour se plaindre de la façon dont je massacre cette histoire.

Pour ce qui est des lignes de dialogues tirées de The End of Evangelion, j'ai essayé de trouver un compromis entre la version française (ce doublage, pouah ! Dommage que l'édition remasterisée à venir soit toute en VOSTFR…) et la reprise de la version anglaise présente dans la fic originale. Là encore, prévenez-moi si ma façon de faire vous gêne.

Bon, sur ce, je retourne à mes cours de compta. À la prochaine dans le chapitre 3 !