La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 3 : Le 13ème

« Je ne vois toujours pas le but de cette activité, dit Rei en ahanant.

— Ha ! On dirait que ça nous fait au moins une chose en commun, la Première ! » lança Asuka sans lui adresser un regard. Elle était plus préoccupée par la mèche de cheveux trempée de sueur qui l'agaçait depuis un moment en tombant constamment devant ses yeux. Elle leva la main pour l'écarter, mais ne prit pas le temps de la raccrocher correctement à sa barrette. « J'ai bien mieux à faire que de perdre mon temps comme ça ! Et en plus avec vous deux, entre tous ! J'arrive pas à croire qu'il y ait des gens qui aiment ça. » Elle n'arrivait pas complètement à dissimuler son épuisement, cependant sa voix ne contenait pas trace du fiel qui accompagnait habituellement ses diatribes.

— Désolé, marmonna Shinji. Ce n'est pas ma faute si j'ai gagné à "pierre-feuille-ciseaux" pour une fois.

— Ouais, c'est ça ! Je parie que t'as triché pour pouvoir monter ce plan foireux ! »

Rei décida d'ignorer la dispute de ses copilotes et se concentra sur ses propres efforts. Ce qui devenait de plus en plus difficile à chaque moment qui passait. Elle se sentait… elle n'arrivait pas vraiment à identifier cette sensation. C'était comme si elle était malade, pourtant elle était en parfaite santé avant qu'ils ne commencent. Était-ce parce que c'était la première fois qu'elle faisait ça ? Elle tenta de chasser la sensation de son esprit en secouant la tête. Soryu et Ikari ne semblaient pas l'avoir remarqué ; elle en était toujours à le réprimander pour l'avoir piégée ainsi. Rei ne comprenait pas pourquoi la rousse faisait de telles histoires à ce sujet. Quand ils avaient joué à ce jeu pour décider quelle idée d'activité commune choisir, il lui avait semblé que l'Allemande furieuse l'avait en fait laissé gagner. Mais elle ne le dit pas à voix haute.

« Allez, avoue Shinji ! Tu voulais juste nous embarquer là-dedans ! poursuivit Asuka.

— M-mais Misato nous avait ordonné de faire quelque chose ensemble, gémit Shinji. Ce n'était pas mon idée. »

Rei garda le silence. Il était étrange qu'elle n'ait pas reçu d'ordre du major Katsuragi ou d'un autre officier supérieur. Au lieu de cela, elle avait été informée à l'école par ses camarades pilotes qu'ils devraient "faire quelque chose". Rei ne s'attendait pas toutefois à ce que ce "quelque chose" soit si éprouvant.

Shinji sembla le remarquer lui aussi. « Ça va, Ayanami ? Tu as l'air épuisée.

— Je ne suis pas habituée à cette "randonnée" », répondit Rei. Et pourtant, elle ne pouvait se départir d'une impression de familiarité.

Ils se promenaient depuis maintenant près de deux heures le long d'un trajet qui leur faisait faire le tour de la ville. Maintenant, ils étaient sur le point de pénétrer de nouveau à l'intérieur des limites de Néo Tokyo-3, mais la fatigue du trajet (due au rythme hâtif d'Asuka) ainsi que le soleil brûlant de l'éternel été avaient mis les trois Élus à rude épreuve. Tandis qu'Asuka et Shinji étaient tous deux en sueur et respiraient un peu plus bruyamment, il était un peu surprenant que Rei ait l'endurance la plus faible. À bout de souffle, elle traînait derrière. Elle ne se sentait pas bien du tout.

« Eh bien, tant pis pour toi si tu n'aimes pas ça, la Première ! se moqua Asuka en se retournant face à ses compagnons. Tu aurais préféré une autre "activité" ? »

Rei cilla. Elle n'avait jamais vraiment réfléchi à ce qu'elle aimait faire, encore moins à ce que d'autres qualifieraient de "passe-temps".

Personne ne s'y était jamais intéressé.

« Je préfère la natation, déclara la pilote aux cheveux bleus après une brève pause.

— Eh bien, nous pourrions aller nager une autre fois, proposa gaiement Shinji.

— Non, on ne peut pas ! On dirait qu'un certain baka a oublié qu'il ne savait pas nager ! » lança la Seconde Élue.

Shinji fit une grimace visible. « Ah… euh… oui… désolé, Aya… AYANAMI ‼ »

Ce fut la dernière chose qu'elle entendit avant que tout ne devienne noir.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda Asuka en se retournant pour voir Shinji étendant avec précaution leur camarade au sol.

— Je ne sais pas… » Il lui prit immédiatement le pouls. Le rythme irrégulier ne le rassura pas du tout, pas plus que sa figure anormalement rouge, qui contrastait nettement avec le reste de sa peau claire. La main qu'il porta à son front ne fit que confirmer ses craintes. « Il est chaud. On dirait qu'elle a une insolation.
— On l'emmène là-bas. Allez, prends-la par la droite, je m'occupe de la gauche !

— Attend ! On ne peut pas la déplacer autant ! protesta fermement Shinji lorsque Asuka s'accroupit auprès de Rei, faisant passer le bras gauche de l'albinos inconsciente par-dessus son épaule.

— Écoute Shinji, ce n'est pas le moment de me disputer avec toi ! On n'est plus très loin. Enfin quoi, on a fait tout ce chemin pour y arriver en fin de compte.

— Asuka ! »

Elle soupira. « Désolée, je sais que ça paraît égoïste dit comme ça. Mais on ne peut pas la rafraîchir ou la soigner ici, de toute façon. »

Elle avait raison ; il fut bien obligé de l'admettre en regardant autour de lui. Il n'y avait pas d'arbre dont l'ombre aurait pu atténuer la chaleur, ni de ruisseau à proximité. Si près de la forteresse des hommes, la nature était forcée de battre en retraite.
Alors il finit par céder : « D'accord, dépêchons-nous. »

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Lorsque Rei se réveilla, la première chose qu'elle remarqua fut quelque chose de froid et humide sur son front.

« Ah, on dirait que votre amie a repris conscience, M. Ikari » entendit-elle une voix de vieille femme.

Le visage d'un garçon aux cheveux bruns emplit son champ de vision flou. « Hé Ayanami, comment te sens-tu ?

— Comment je me sens…? murmura-t-elle. Fatiguée… »

Shinji eut un léger sourire. « Nous avons appelé Misato, elle va bientôt venir nous chercher. Essaye de te reposer en attendant. »

Elle hocha la tête en la redressant légèrement pour voir qu'ils étaient dans un salon propre et bien éclairé, mais à cause de sa vue trouble, elle n'arrivait pas à distinguer les détails. Derrière Shinji, elle arrivait à voir vaguement la silhouette d'une femme aux longs cheveux gris, attachés en queue de cheval. Mais avant qu'elle ait pu en voir plus, elle sombra de nouveau dans le sommeil.

Shinji reporta son attention sur leur hôtesse en voyant la vieille dame qui lui souriait. « Merci encore pour votre aide, Mme Yamadera. Je ne sais pas ce que nous aurions fait si vous et votre mari ne nous aviez pas laissés entrer. »

En fait, il avait été plutôt surpris par la cordialité de l'accueil du couple âgé. Après que M. Yamadera les ait aidé à porter Rei à l'intérieur de la maison, ils avaient pratiquement dû lutter contre les assauts de sa femme qui ne cessait de leur proposer du thé, des cookies et autres friandises.

« Oh, ce n'est rien. C'est devenu un peu isolé ici depuis que nos enfants ont quitté la maison, alors nous sommes toujours contents de recevoir de la visite. Nous n'avons même plus guère de clients ces temps-ci. Notre jardin maraîcher est devenu davantage un passe-temps qu'une affaire. Le dernier client que nous avons eu remonte à des semaines et il ne voulait que des graines pour des pastèques… » Elle s'interrompit en voyant l'expression perplexe du garçon. « Oh pardon, je dois vous ennuyer avec mes histoires.

— Non, secoua-t-il la tête en signe de dénégation. Je… je veux dire… Est-ce que ce client avait une barbe de trois jours, une queue de cheval et un air assez, euh, séduisant ?

— Hein ? Oh oui, dit-elle, l'air d'essayer de se rappeler, avant de sourire à ce souvenir. Koichi s'est d'ailleurs montré un peu jaloux, même s'il ressemblait beaucoup à ça lui-même quand il avait cet âge, gloussa-t-elle. Alors vous le connaissez ?

— Eh bien, oui, un peu… » rit-il à son tour. "Alors ça, c'est ce que j'appelle une coïncidence…"

— Hum, ces pastèques doivent avoir bien poussé depuis. Vous les avez vues ?

— Non, pas encore. Mais je suis censé les voir bientôt… »

Malgré le regard interrogateur de la vieille dame, il n'en dit pas davantage.

« Dites-moi, votre autre amie prend son temps, on dirait. Elle est toujours aussi longue dans la salle de bains ?

— Oh, elle est encore pire le matin… » Shinji s'interrompit et détourna le regard en rougissant légèrement lorsqu'il réalisa qu'il pouvait facilement être mal compris. « Euh… enfin…

— Oh pardon, je ne voulais pas vous embarrasser », gloussa de nouveau Mme Yamadera. À l'évidence, ce n'était pas complètement vrai. « Mais puisque vous admettez connaître ses habitudes matinales, cela veut dire qu'elle EST vraiment proche de vous. Votre petite amie, peut-être ?

— Hum… ou… j-je veux dire, non, je… on vit ensemble… Euh… hé… mais pas comme ça ! » balbutia-t-il, rendu nerveux par le regard appuyé de la femme aux cheveux gris. "Bon sang, on dirait presque Misato en plus âgée."

— Décidément vous êtes facile à taquiner, M. Ikari. Mais vous feriez mieux d'aller la chercher. Je crois que votre… comment l'avez-vous appelée ? Votre tutrice ? Elle ne devrait plus tarder, je crois. »

Il hocha timidement la tête et, après avoir vérifié une dernière fois l'état de Rei, alla chercher Asuka.

La trouver ne devrait pas lui prendre trop de temps, après tout la maison n'était pas si grande. Et il la connaissait fort bien.
Aussi bien qu'il la connaissait elle.
Il n'était pas idiot : il avait tout de suite compris que ce n'était pas uniquement pour faire la connaissance des propriétaires qu'elle avait insisté pour revenir ici.

Il la trouva exactement là où il s'attendait à la voir. Elle se tenait dans le couloir, devant l'entrée d'une chambre, complètement immobile, comme si elle avait peur de ce qu'elle allait trouver à l'intérieur. Il savait très bien pourquoi elle se tenait là, à fixer la porte fermée.

Il avait occupé cette chambre le premier, avant…

« Ohé ? Il y a quelqu'un ? » Une voix familière en provenance de l'entrée les fit tous deux sursauter.

L'appel de Misato arracha Asuka à son hébétude. Elle se tourna pour lui faire face et il sentit son cœur se briser en voyant briller dans ses yeux les larmes qu'elle s'efforçait de retenir. À ce moment précis, il détestait plus que jamais auparavant la décision qu'ils avaient prise ; il détestait ne pas pouvoir prendre le risque de l'attirer à lui et la serrer contre son corps. À défaut de mieux, il plaça tendrement sa main droite sur son épaule, sans rompre le contact visuel si douloureux et pourtant si rassurant. Avec un sourire forcé mais reconnaissant, elle plaça sa main sur la sienne et la serra légèrement. Un léger hochement de tête répondit à sa question implicite.

« Ouais ! lança-t-il en retour en direction de l'entrée. On arrive ! »

Ne pas s'éloigner.

Ne jamais perdre le contact.

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« Et vous êtes sûre qu'une adorable jeune demoiselle telle que vous ne veut pas de légumes ?

— Euh non, désolée, je… » La sueur au front, Misato faisait de son mieux pour repousser les offres constantes du vieil homme charmant aussi poliment que possible, en gardant le sourire.

— Oh vraiment ? Les laitues et les carottes ont joliment poussé cette année. Et vous verriez mes belles grosses…

— KOICHI !

— …courgettes, acheva-t-il après avoir été interrompu par sa femme. Quoi ? »

Mme Yamadera s'inclina devant Misato. « Veuillez excuser mon mari, mademoiselle…?

— Katsuragi.

— …Mlle Katsuragi ! Il est toujours comme ça avec les jeunes femmes séduisantes, dit-elle en le fusillant du regard.

— Eh bien, excuse-moi d'essayer de vendre quelque chose… » grommela-t-il.

En les voyant se chamailler ainsi, le major ne put s'empêcher de se voir rappeler vaguement quelqu'un d'autre, sans toutefois pouvoir mettre le doigt dessus. « Euh, désolée, je ne voulais pas causer une dispute, dit-elle avec un rire nerveux. J'étais simplement venue récupérer les enfants. »

Fort à propos, Shinji et Asuka parurent.

« Salut vous deux, les accueillit-elle. Vous êtes prêts à y aller ? »

Shinji adressa un bref regard à sa colocataire rousse qui hocha la tête, l'air gêné. « Oui. Il faut juste qu'on récupère Ayanami, répondit-il en pointant à l'intérieur.

— Koichi, va les aider ! ordonna Mme Yamadera.

— D'accord, d'accord… »

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« Alors, vous allez me le dire maintenant ? » demanda Misato en les ramenant de la NERV, après avoir amené Rei à l'infirmerie. Comme si ce problème avec les enfants ne suffisait pas, elle devait encore se rendre à cette réunion avec le comité au sujet du dernier Ange dans une heure. Alors pour le moment du moins, elle voulait s'amuser un peu.

— Te dire quoi ? fut la réponse qui fusa presque aussitôt de la banquette arrière.

— Qu'est-ce que vous faisiez tous là-bas ? » Sa voix prit des accents taquins. « Vous ne vous faisiez pas une partie à trois dans les buissons, quand même ?

— MISATO ‼ s'écrièrent les deux adolescents, le visage écarlate.

— Comment oses-tu me considérer de cette manière ? Comme si je m'abaisserais à faire quelque chose comme… ça avec des tordus comme eux… ajouta Asuka.

— D-d'ailleurs, c'est vous qui nous aviez ordonné de passer du temps ensemble… » Vu la façon dont il les fixait, les chaussures de Shinji devaient être en pleine interprétation de l'œuvre bien connue : "Le Néant Fascinant".

— …rien que d'y penser. Beurk… continua Asuka.

— Moi ? » Misato cligna des yeux, ignorant la rousse qui continuait de fulminer. Elle n'arrivait pas vraiment à s'en souvenir. Se pouvait-il qu'elle ait été saoule quand elle avait donné cet ordre ?

— …Dès qu'on est rentrés, je prends une douche…

— B-ben oui, en fait c'était quand on avait l'entraînement de synchronisation…

— …Ça me sortira peut-être ces… images dégoûtantes de la tête… »

Misato plissa les yeux. « Oh, contente de voir avec quelle diligence vous obéissez à mes ordres…

— Comme si ça ne lui suffisait pas de toujours me soupçonner d'en pincer pour lui, mais en plus avec elle !… »

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« Combien de temps la Première Élue sera-t-elle incapable d'assurer son service ? » Le commandant Gendo Ikari attendait le rapport quotidien de sa subordonnée devant son bureau.

— Le Dr. Kanegawa a recommandé de la garder en observation pendant au moins un jour ou deux, l'informa Ritsuko en frissonnant devant la froideur de son ton.

— Elle sortira dès ce soir », ordonna-t-il aussi calmement que s'il venait de passer commande pour un repas.

Ritsuko haussa un sourcil. Elle ne se souciait pas vraiment du bien-être de la Première Élue, mais un pilote malade ne leur ferait aucun bien. « Monsieur ?

— Il y a un problème, Dr. Akagi ?

— Non, monsieur, dit-elle en ravalant son exaspération. J'en informerai l'infirmerie.

— Bien. Vous lui ferez passer un "examen" dans les prochains jours. Je veux que ce prototype soit achevé dès que possible.

— Je ne vois pas de complication à ce sujet. Le travail avance très vite. Bien que nous ayons rencontré quelques défauts…

— Aucune importance, l'interrompit-il sèchement.

— Mais… » Elle n'eut pas non plus l'occasion d'achever cette phrase, mais elle s'y attendait. Gendo Ikari était un homme que seul le succès intéressait.

— Qu'en est-il de l'incident avec le taux de synchronisation anormal de la Seconde et du Troisième Élu ? changea-t-il de sujet. Avez-vous enfin les résultats de l'étude ?

— Non. Le MAGI n'a pas non plus trouvé d'explication cohérente à cela. Ce n'était peut-être qu'une coïncidence après tout. »

Ritsuko voyait bien qu'il n'était pas satisfait de cette conclusion, et elle non plus. Son esprit scientifique réclamait une explication plus logique qu'un simple coup du hasard.

« Très bien, dans ce cas laissez tomber cette question, finit-il par déclarer. Si ce n'est pas reproductible, cela n'a aucun intérêt pour nous de toute façon.

— Oui, monsieur.

— Y a-t-il autre chose ?

— Le test du complexe S2 est prévu pour… »

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« Je vois. Ayanami et Aida sont encore absents, comme d'habitude. » Le professeur de la classe 2-A arrivait à plonger la moitié de ses élèves dans l'ennui avant même de commencer ses "cours" et Toji faisait clairement partie de cette moitié-là. Il était renversé dans sa chaise, les pieds sur son bureau, sans montrer la moindre trace de respect ou de politesse à l'égard du vieil homme.

« Hé, Toji, chuchota Shinji à son ami, tandis que le professeur continuait sa litanie. Où est Kensuke ?

— À Néo Yokosuka. Il est parti reluquer les bateaux. À ce qu'il paraît, le Myoko est arrivé au port.

— Suzuhara ! »

Le garçon bondit sur ses pieds, alarmé par le professeur appelant son nom. « Oui ! »

Shinji sortit son ordinateur portable et se mit à écrire un message aussitôt qu'il eut fini de démarrer.

/-Kensuke est à Néo Yokosuka. Maintenant je suis sûr que c'était aujourd'hui./

La réponse ne se fit guère attendre.

/-Alors aujourd'hui elle disparaîtra./

/-Oui. Et ensuite le suivant arrivera./

À ce moment précis, à l'autre bout du monde, l'enfer se déchaîna.

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« Quelle est la situation ? »
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« MAGI confirmera… »
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« Disparue ? »
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« Volatilisée ! »
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« Manquait plus que ça ! »
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« …sont en effervescence. »
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« …l'origine ? »
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« …un seul indice : cette image satellite… »
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« …des milliers de personnes… »
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« …pas une explosion… »
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« …le complexe S2… »
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« …nous confier l'EVA-03… »
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« …et pour la réactivation ? »
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« …désigner le Quatrième… »

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« Comment ça, tu as oublié notre déjeuner ⁇ » La voix sonore d'Asuka troubla la quiétude de la pause repas, attirant l'attention de toute la classe sur le "fauve" et sa "proie" habituelle.

— Ben… je… j'étais occupé, tu sais ? » Shinji se recroquevilla davantage derrière sa table, dans l'espoir d'éviter la colère imminente de la rousse. « Et, ben, je n'ai pas eu le temps de préparer quelque chose, tu vois ?

— Et parce que toi tu glandais, je devrais sauter un repas ? »

Toji ne pouvait plus rester là à regarder. Il était temps de "venir en aide" à son ami — et de pouvoir enfin consommer en paix les divers paquets de nourriture qu'il avait apporté.

« Hé vous deux, c'est fini la scène de ménage ? » "Ça devrait faire l'affaire…"

Comme prévu, ils restèrent un moment figés sous les rires tonitruants des autres élèves avant de nier simultanément. Mais…

"À peine rougissants ? On aurait presque dit qu'ils se retenaient de rire !? Se pourrait-il vraiment qu'ils…?" Les pensées de Toji furent perturbées par le grognement de la rousse, qui pivota si vivement que sa longue chevelure auburn fendit l'air et vint cingler Shinji en plein visage.

"Nan, il faudrait qu'ils soient complètement bourrés avant de commencer à s'apprécier…"

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« À l'occasion du test d'activation de l'EVA-03 à Matsushiro, le pilote sera le Quatrième, déclara le Dr. Akagi au major Katsuragi tout en préparant les données de l'Eva en question et de son pilote.

— Hein ? Vous avez trouvé le Quatrième Élu ?

— Oui, hier… »

Misato fronça les sourcils. "Et une fois de plus, je suis l'une des dernières au courant…"
« Je n'ai pourtant rien reçu de la part de l'Institut Marduk… marmonna-t-elle.

— Les documents officiels seront là demain.

— Vous n'êtes pas encore en train de me cacher quelque chose, Dr. Akagi ? demanda-t-elle brusquement.

— Pas du tout », fut la seule réponse.

Ce n'était pas celle qu'elle espérait, mais Misato comprit qu'elle n'en aurait pas d'autre. Pas pour le moment du moins.

« Bon, soit. Et qui a-t-on sélectionné ? » Elle se retourna et examina l'écran sur lequel sa vieille amie affichait les données. Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'il montra l'identité du Quatrième. « Quoi ? Mais, c'est… »

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« Suzuhara ! » La voie de Toji vers la liberté fut bloquée par la scrupuleuse Hikari Horaki. « Tu es de corvée cette semaine. Fais ton travail.

— De quoi est-ce que tu parles ? se lamenta-t-il, tentant d'échapper à ses tâches ingrates en regardant avec envie les autres élèves partir.

— De ça ! » Elle lui brandit les photocopies des cours sous le nez. « Le prof t'a dit de les porter. »

Il les prit, abattu mais pas vaincu. « Franchement, y avait personne d'autre pour le faire ? rouspéta-t-il.

— Ayanami était absente aujourd'hui.

— Ayanami et moi… alors j'ai pas le choix. Mais je vais pas aller seul chez une fille. »

Entendant cela, son visage s'éclaira… « Si tu veux, je pourrais…

— Shinji ! » l'interrompit-il en appelant le garçon qui était sur le point de sortir. Le sourire d'Hikari s'évanouit aussitôt. « Emmène-moi !
— Oh non, pas question !

— Aahh ! » Toji poussa un cri de surprise en voyant quelqu'un se ruer à travers la porte. « Asuka, je croyais que tu était déjà partie !

— Eh bien non ! » Elle empoigna un Shinji gémissant par le col de sa chemise. « C'est de la faute de ce baka si je n'ai pas déjeuné aujourd'hui et s'il ne me fait pas un dîner convenable une fois rentrés, je ferai en sorte que le trio des idiots redevienne un duo !

— Dé-désolé, Toji… » parvint à dire Shinji, avant d'être traîné hors de la classe.

Le sportif garda le regard fixé sur la porte. « Ben mon vieux, comment est-ce qu'un mec peut se laisser mater à ce point ?

— AHEM ! » Il tourna la tête pour faire de nouveau face à la déléguée de la classe 2-A. « Tu peux lui apporter les photocopies maintenant ? dit-elle d'un ton qui se voulait menaçant.

— Mais je ne sais même pas où elle habite ! » protesta-t-il.

Son expression se radoucit de nouveau, le rougissement de ses joues à peine dissimulé par ses taches de rousseur. « Comme… comme je le disais, je pourrais venir avec toi…

— Ah bon… » Ce fut tout ce qu'il dit, avant que tous deux ne restent plongés dans le silence pendant un moment.

"Je n'arrive pas à le croire, je lui ai vraiment demandé" songea-t-elle, les yeux baissés. "Qu'est-ce qu'il attend ? Dis oui, je t'en prie ! Mais s'il refuse ? Il n'a toujours pas répondu. Est-ce bon signe ? Ou est-ce qu'il est juste en train de réfléchir à la meilleure manière de me plaquer ? Et si Asuka avait raison et qu'il soit juste un pervers attendant la première occasion de me sauter dessus ? Ma foi, ça pourrait être agré… ooh, mais qu'est-ce que je raconte"

« Tu peux pas les lui porter toi-même, dans ce cas ? »

Surprise par sa réponse directe et inattendue, elle reprit brusquement ses esprits. « Non ! hurla-t-elle presque, avant de se reprendre en main. Je veux dire, c'est toi qui es officiellement de corvée !

— Oohh… »

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« Nous sommes rentrés ! » s'exclama Shinji tandis que la porte de l'appartement se refermait derrière lui. Asuka avait déjà quitté ses chaussures pour aller jeter un coup d'œil à l'intérieur.

— Misato n'est pas là, t… » Avant qu'elle ait pu finir, elle se trouva aussitôt prise par derrière dans une étreinte serrée, mais agréable et chaleureuse. « Tu es incorrigible, tu le sais ? lui sourit-elle.

— Oui, pouffa-t-il en l'embrassant délicatement dans le cou. Je t'ai déjà dit combien tu es mignonne dans cet uniforme scolaire ?

— Ben voyons, dit-elle en le fusillant malicieusement du regard. J'aurais dû le savoir que tu n'étais qu'un dégoûtant hentai courant après les collégiennes. » Avec une mine faussement offensée, elle se détourna de lui.

Pour être presque aussitôt ramenée par sa main sur sa joue brûlante. « Non, dit-il en posant ses lèvres sur les siennes, juste une. »

Elle finit par se retourner dans son étreinte pour lui faire complètement face, noua ses bras autour de son cou et le serra contre elle, approfondissant le baiser qu'ils partageaient. Elle regrettait déjà qu'il ne puisse pas durer plus longtemps.

« Baka, murmura-t-elle en souriant. Misato pourrait rentrer d'une minute à l'autre… » Elle sursauta. « …et on nous regarde. »

Shinji tourna la tête pour suivre son regard et croisa les yeux d'un pingouin qui les regardait avec curiosité, avant de retourner dans son frigo.

« Oh, ne fais pas attention à lui, rit-il, soudoie-le avec de la bonne nourriture et il ne dira rien à personne.

— Mais quand même… Misato… elle ou quelqu'un d'autre pourrait… » Malgré ses mots, elle raffermit son étreinte et posa sa tête sur son épaule, sans vouloir le lâcher.

Il soupira. Ils avaient déjà eu cette discussion plusieurs fois, mais tout de même… « On… on pourrait au moins dire que nous sommes tombés amoureux l'un de l'autre…

— Oh, Shinji, on en a déjà parlé. Personne ne croirait que nous deux, entre tous, puissions devenir un couple. En tout cas, pas juste comme ça, sans raison. Tout le monde pense que nous nous détestons… dit-elle en baissant la voix. Ou du moins que je te déteste, à cause de ma fierté… »

Il sentit l'anxiété d'Asuka qui se remémorait ses anciens défauts qu'ils avaient oubliés depuis bien longtemps. Afin de la consoler, il la serra aussi fort que possible tout en lui caressant lentement le dos. « …Et que je n'aurais jamais le cran de me rapprocher de toi. Mais tu dois l'admettre, ça n'était pas si différent de "juste comme ça" quand c'est arrivé.

Elle lui sourit faiblement. « Tu qualifies le Troisième Impact de "pas si différent" ? »

Shinji se contenta de hausser les épaules avec un sourire narquois. « Tu crois que notre stratagème pour Toji et Hikari va marcher ? changea-t-il de sujet.

— Il y a intérêt ! Ils ont déjà flanqué à l'eau notre plan avec la randonnée !

— Bon, au moins, ça nous a donné l'occasion de permettre à Rei de s'épanouir un peu.

— Ouais, et ça s'est terminé pour elle à l'hôpital. » Elle leva les yeux au ciel.

— Hé, mais on a fini par aller… » Il s'arrêta en la sentant se crisper. « Ça va ? »

Même si ce n'était pas une question très difficile, il lui fallut un moment pour répondre.

« Oui… finit-elle par répondre, bien trop faiblement à son goût. Ça m'a paru tellement… comment dire… vide là-bas… »

Il opina du chef, ses pensées revenant à leur promenade de la veille, quand il avait voulu la serrer comme cela, pour calmer la douleur du passé obsédant qu'il avaient tous deux ressenti là, juste avant que…

« Misato !

— HEIN ?! » Surprise, elle se dégagea assez brutalement de leur étreinte, cherchant d'un regard paniqué le major annoncé. « C'était pas mon idée, Misato ! Ce baka-hentai a essayé de… Où est-elle ?

— Quoi ? » Il en resta pantois, avant de comprendre sa méprise. « Non, je voulais dire : je viens de me souvenir qu'elle ne va pas rentrer de sitôt. »

Après l'avoir foudroyé un moment du regard, elle se remit à sourire. « Baka ! » Elle lui donna une pichenette sur le front. « Ne me fais plus ce genre de frayeurs ! dit-elle en s'avançant de nouveau avec un désir non dissimulé dans le regard. Alors nous avons plus de temps pour nous ?

— J'ai bien peur que non, soupira-t-il. Nous avons des tests de synchro ce soir. »

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« Ohé ? Ayanami, tu es là ? » Toji attendit qu'une réponse lui parvienne de derrière la porte de l'appartement de sa camarade… pendant à peu près deux secondes. « Apparemment pas… » déclara-t-il en tournant les talons. Pour être interrompu par une main qui l'agrippa par la manche de son survêtement.

« Hé, tu n'as pas encore déposé les photocopies !

— Mais, déléguée, geignit-il auprès de la brune à couettes. Elle ne va pas les voir dans cette boîte aux lettres qui déborde ! Et je veux pas l'attendre ici ! »

En se tortillant pour tenter de se libérer de la poigne ferme de la fille d'apparence frêle, il heurta brutalement la porte. Elle s'ouvrit en grinçant, révélant l'entrée de l'appartement 402.

« C'est ouvert ? dit Hikari en clignant des yeux.

— M-mais on ne peut pas rentrer comme ça !

— Peut-être qu'elle est chez elle et qu'elle ne nous a pas entendus ? se demanda-t-elle. Ayanami ? On entre ! »

Ils entrèrent à pas lents et gênés, comme si un monstre était tapi dans l'appartement étriqué, attendant de faire son repas d'un délicieux sportif, avec une déléguée de classe en guise de dessert. Ce qui les accueillit, en revanche, fut la vue d'une chambre sombre et en désordre.

« Mon Dieu ! fit Hikari, suffoquée.

— C'est ça une chambre de fille ? C'est pas folichon… » Toji se glissa vers le lit défait et jeta négligemment les photocopies sur l'oreiller. « Bon, maintenant allons nous-… » Il s'interrompit en voyant la demoiselle diligente agenouillée par terre. « Qu'est-ce que tu fais ?

— Je range. Je ne peux pas laisser une chambre dans cet état.

— Eh bien, ne compte pas sur moi ! C'est pas un boulot d'homme, ça ! décréta-t-il fièrement.

— SUZUHARA ! » Elle avait maintenant son attention. Peut-être qu'elle pourrait essayer cette "méthode de la fille impuissante/séductrice" dont Asuka se servait à l'occasion ? « Tu ne laisserais pas une pauvre fille faire tout ce travail toute seule, quand même ?

— Non… mais… je… oh, purée ! » Il soupira, vaincu, tandis qu'Hikari songea que cette méthode était peut-être un brin embarrassante, mais assurément utile.

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« Tu as changé, tu sais ?

— Hein ? demanda le sportif avec indifférence, sans même lever les yeux de ses efforts pour rassembler les détritus au sol.

— Je veux dire, si quelqu'un m'avait dit quelques mois plus tôt que tu pouvait être quelqu'un de gentil et d'attentionné, je lui aurais ri au nez », expliqua Hikari en rougissant légèrement. Ce n'était peut-être pas toute la vérité, mais c'était le mieux qu'elle pouvait trouver. « Aujourd'hui je ne saurais trop que dire, après ce qui est arrivé à ta sœur et depuis que tu es devenu ami avec Ikari… » Elle le regarda, s'attendant à une violente réplique de la part de Toji.
Mais il se contentait de regarder dans le vide avec un air inhabituellement sérieux. "Je n'aurais pas dû mentionner sa sœur. Quelle idiote je fais !" se réprimanda-t-elle en détournant de nouveau rapidement son regard.

« Peut-être bien…

— Hein ? » Elle cligna des yeux de surprise lorsqu'il prit soudain la parole.

— Que j'ai changé, je veux dire… » Il lui adressa un petit sourire. « Mais tu sais, toi aussi.

— Co… comment ça ?

— Tu n'as jamais été aussi… » Il fut interrompu par la porte qui s'ouvrit sur l'occupante légitime de l'appartement, faisant sursauter Hikari qui ne s'était même pas rendue compte à quelle point elle s'était tendue. Rei entra comme si elle n'avait pas remarqué ou se moquait de la présence des deux intrus.

« Excuse-nous ! » dirent-ils tous deux quasiment à l'unisson, ce qui leur valut enfin un regard interrogateur de leur camarade aux cheveux bleus.

Le problème avec les regards interrogateurs, c'est que vous ne savez pas exactement quelle est la question posée. Surtout quand la personne qui vous adresse un tel regard n'est autre que Rei Ayanami.

« Euh… tu vois, on t'a apporté les photocopies…

— …et la porte était ouverte…

— …alors on est rentrés…

— …et en voyant ta chambre…

— …on… elle a décidé de nettoyer…

— …mais nous n'avons rien fait d'autre… » Tous deux rougirent. « …Oh, avec tes affaires, je veux dire… »

Rei se trouvait dans une situation qu'elle n'avait que rarement rencontrée : elle ne savait pas vraiment comment réagir face aux deux nettoyeurs maintenant tout rougissants et bégayants. Des gens l'avaient déjà aidée, en général durant son service, mais c'était la première fois à sa connaissance que quelqu'un faisait quelque chose de… gentil pour elle sans qu'on le leur ait demandé.

« Je… vous remercie de vos efforts », finit-elle par dire d'un ton embarrassé, avec une petite révérence polie.

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« Y a pas à dire, ils sont tous un peu bizarres, ces pilotes », remarqua Toji sur le chemin du retour.

Hikari hocha la tête. « Oui, Asuka peut être extrêmement… disons, "exubérante". » Elle le vit lever les yeux au ciel. « Tandis qu'Ikari est presque tout le contraire. Et Ayanami, eh bien, elle est…

— …flippante !

— Suzuhara ! Ça ne se fait pas de parler comme ça de quelqu'un dans son dos !

— Pardon, pardon ! » Il leva les mains en un geste défensif. « Tu sais, ça n'était pas si terrible que ça, en fin de compte », dit-il calmement, ce qui la surprit… et le surprit aussi un peu lui-même. Tous deux restèrent plantés sur le trottoir en silence, en s'efforçant de regarder autre chose que l'autre. Étrange comme ces silences pouvaient être gênants quand on se trouve dans une rue déserte, au moment où le soleil se couche, avec le chant continu des cigales dans l'air, tout seul avec quelqu'un qu'on…

« Euh… il… vaut mieux que j'y aille. À-à demain », finit par bégayer Toji, avant de reculer en trébuchant et de s'en aller d'un pas rapide.

— O-oui… », murmura Hikari en le regardant disparaître derrière le coin de la rue.

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« Et où étiez-vous tous les deux ? demanda un Dr. Akagi impatient aux deux adolescents qui dévalaient le couloir au pas de course.

— On est en retard ? C'est de la faute de ce baka !

— Comment ça ? C'est toi qui… »

Ritsuko secoua la tête, incrédule. Parfois elle se demandait comment les pilotes des Evangelions, vainqueurs des anges et sauveurs de l'humanité pouvaient se disputer à propos de qui quelque chose était la faute, comme des petits enfants. Cela dit, elle dut se remettre en tête qu'ils étaient encore des enfants.

« Non, en fait vous êtes même en avance, les interrompit-elle. Nous étions censés avoir une autre réunion avant vos tests, mais un certain major ne s'est pas encore montré, soupira-t-elle. Shinji, peux-tu me rendre un service et aller la chercher ? »

Il acquiesça d'un signe de tête et s'en alla.

« Et maintenant que ce baka est occupé, qu'est-ce que je fais ? demanda la rousse.

— Eh bien, puisque tu es déjà là, nous allons faire quelques examens corporels en attendant que Misato arrive », proposa le docteur.

Les yeux d'Asuka s'étrécirent. « C'est une blague, j'espère ?

— Tu m'as déjà vue plaisanter ? »

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Pendant ce temps, Shinji se dirigeait vers le foyer, où il était sûr de trouver Misato, même s'il ne l'avait pas déjà su. Lorsqu'elle n'était pas à l'endroit où elle était censée se trouver, elle était habituellement là, en train de se payer quelque chose à boire et de discuter avec d'autres membres du personnel qui, contrairement à elle, avaient droit à une pause durant leur service.

"Ça, ou bien elle se sert des toilettes pour expulser tous les liquides de son organisme", rit-il. Mais cette fois, il savait avec certitude qu'elle serait là, en train de discuter avec Kaji.

Kaji…

Sa main glissa presque inconsciemment vers l'enveloppe dans sa poche. Non, il était encore trop tôt pour cela…

Il entendit une sorte de rumeur en approchant du foyer.

« Misato ? » appela-t-il en entrant, les voyant debout devant les distributeurs, à deux mètres l'un de l'autre, Kaji sirotant innocemment une boisson. Shinji n'était pas sûr de ce qu'ils avaient fait qu'ils essayaient de cacher et, en fait, il ne voulait pas le savoir.

— Oh, salut Shinji. Je t'attendais plus tôt. En général, quand vous avez des tests le soir, vous venez directement après l'école.

— Oh… en fait, j'ai… oublié… dit-il en se grattant la tête.

— Allons, allons, il n'y a pas de honte à avoir. Si j'étais toi, je ne gâcherais pas mon peu de temps libre ici, de toute façon.

— Euh, Ritsuko a dit que votre réunion va commencer…

— Ah oui, je te remercie. » Avec un bref « On en reparlera » à l'attention de Kaji, elle laissa les deux hommes seul à seul.

« Dis, tu remontes avec moi ? On va prendre un thé ? proposa le plus âgé.

— En fait, sourit Shinji en coin, je préfère le café.

— Hein ? »

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« Kaji, commença Shinji, vous ne travaillez pas que pour la NERV, n'est-ce pas ? »

L'espace d'un instant, l'homme affalé de l'autre côté du banc à l'extérieur du QG de la NERV eut l'air sur le point de s'étouffer. Cependant cela ne dura pas.

« Tu ne crains pas ceux en qui tu as confiance, hein ?

— Pardon.

— Si même toi tu es au courant… soupira Kaji. On dirait que mon deuxième boulot secret ne l'est plus tellement, désormais…

— Je ne sais pas grand-chose. Ce sont surtout des suppositions. Mais à vrai dire, j'espère que certaines sont justes…

— Je vois… Tiens, suis-moi, je vais te montrer quelque chose. » L'agent décocha à Shinji son sourire caractéristique en se levant. « Si, bien sûr, tu n'as pas peur que je te fasse disparaître pour en savoir trop… »

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« Des pastèques ? » demanda le jeune Ikari devant la réponse évidente, tout en s'agenouillant pour toucher l'une des plantes ovales rayées de vert.

Les lèvres de Kaji étaient étirées en un sourire fier, tandis qu'il arrosait ses "bébés". « Elles sont pas mignonnes ? C'est mon passe-temps. Je ne les avais encore jamais montrées à personne.

— Ne vous en faites pas, vos secrets sont en sécurité avec moi, assura Shinji. Tous les deux.

— Eh bien, merci. Tu sais, c'est très utile de cultiver. C'est comme construire. Ça vous apprend beaucoup de choses. Le plaisir, par exemple…

— Ouais. » Sa voix se fit monocorde. « Mais plus on a de plaisir à élever quelque chose, plus c'est douloureux quand on le perd.

— Tu détestes ce qui fait mal ?

— Dans ce cas-là ? Oui ! affirma Shinji en se rembrunissant.

— Oh ? Qu'est-il arrivé de si horrible à tes plantes pour te chagriner autant ? »

Shinji le regarda, l'air surpris. « Mes plantes ?

— Ou ce que tu as élevé ? fit Kaji avec un haussement d'épaules.

— Oh, ça a… disparu…

— Volé, hein ?

— Dans un sens… opina Shinji. Je crois que vous les arrosez un peu trop », changea-t-il soudain de sujet, tout en tenant une des pastèques contre son oreille et en tapant à petits coups dessus.

— Pardon ?

— Mais je peux me tromper. Vous devriez demander à Asuka, elle en sait plus long que moi là-dessus… euh… je veux dire… non, rien ! » s'excusa précipitamment le garçon en reposant le fruit.

Kaji lui jeta un regard perplexe. Il ne remarqua même pas qu'il avait cessé de déplacer l'arrosoir et inondait un seul endroit. Il ignorait jusque là que le pilote timide de l'Eva ait été jardinier à ses moments perdus, mais n'aurait-il pas dû le savoir si Asuka aussi avait des connaissances au sujet de l'arrosage ? Elle aurait dû le lui citer aussi souvent que possible avec le reste de ses qualités. Et pourquoi serait-elle allée le dire à Shinji ?

La sonnerie de son téléphone interrompit le fil de ses pensées et le ramena à la réalité.

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Les tests de synchro s'en vinrent et s'en furent, ainsi que le jour et la nuit. Et bientôt, les élèves du collège des pilotes se retrouvèrent de nouveau dans leurs classes. Mais tout comme la nuit fait place à l'aube, même les cours les plus ennuyeux finirent par faire place à la pause déjeuner.
C'était le moment où les amis se retrouvaient à des endroits qui leur étaient habituels, que ce soit dans la salle de classe ou dehors, à l'ombre des arbres, sur les bancs de la cour, dans l'herbe près du terrain de sport, ou même sur le toit.
C'était le moment où ils avalaient et arrosaient les repas qu'ils avaient apportés avec eux, qu'ils soient préparés par eux-mêmes ou leurs parents chez eux, achetés au prix fort dans des épiceries ou, dans ce qui était considéré comme le pire des cas, à la cafétéria de l'école.
Et c'était aussi le moment où les derniers ragots circulaient.

« L'EVA-03 ? » demanda un Shinji visiblement nerveux. Un peu trop nerveux au goût de Kensuke.

— Tu… tu sais quelque chose, pas vrai ? » demanda-t-il troublé. Il se redressa si vite qu'il perdit un instant l'équilibre et aurait regretté s'être assis de l'autre côté de la rambarde s'il ne l'avait empoignée au dernier moment. Après avoir surmonté le choc d'avoir failli faire une chute de plusieurs mètres du haut du toit, il attrapa Shinji par le col et secoua son ami. « Allez, dis-le moi !

— Oh, dis donc, je me demande ce qui lui prend si longtemps, à Toji ? On l'a appelé il y a vingt minutes… » tenta lamentablement son ami pour changer de sujet.

— N'essaie pas de me mener en bateau, Ikari ! Tu sais qu'elle arrive ici !

— Euh… non !

— Et qu'elle va être testée à Matsushiro !

— Je n'en ai pas la moindre idée !

— Dis moi, ils n'ont pas encore de pilote, pas vrai ?

— J'en sais rien !

— Tu pourrais demander à Misato de me laisser la piloter ? S'il te plaît, je veux… »

Le visage de Shinji se fit soudain très grave. « Crois-moi, tu ne voudrais pas piloter celle-là…

— Hein ? Pourquoi ? » Kensuke observa l'autre garçon qui se mordait la langue.

— Euh… pa… parce qu'elle est… euh… rose, voilà, c'est ça !

— Alors tu connais même sa couleur ? OUAH !

— Kensuke… » Il prit son ami par les épaules et l'écarta de lui. « …je t'en prie… laisse tomber, d'accord ?

— Oh, d'accord, d'accord… » Il soupira de déception et s'appuya contre la rambarde. « T'as raison, Toji prend son temps. Peut-être qu'il est avec la déléguée.

— Qu'est-ce qui te fais dire ça ?

— Ah, Shinji, tu n'as pas vu les regards qu'ils se sont lancés toute la journée ? »

Shinji eut un léger sourire en contemplant les élèves en train de discuter, de manger et de rire dans la cour. « Ah oui ? »

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Hikari se dirigea vers la classe 2-A. Il se faisait tard ; le soleil était déjà en train de se coucher et la plupart des élèves étaient déjà partis depuis un moment. Toji était encore là, vu qu'il était de corvée ; elle pourrait donc aller le voir… pour s'assurer qu'il faisait son travail, bien sûr.

Enfin, peut-être pas.

Elle songea de nouveau au moment où il était revenu après avoir été convoqué au bureau de la directrice. Son visage inexpressif et sa voix monocorde l'avaient remplie d'inquiétude et même de crainte. La directrice ne lui avait rien dit ; elle s'était contentée de déclarer que cela ne dépendait plus d'elle. Ça ne la rassurait pas vraiment.

Lorsqu'elle entra, elle le vit assis à son bureau, en train de consommer la "nourriture" qu'il achetait toujours à la cafétéria.

« Suzuhara ! l'appela-t-elle.

— Oui ?

— Tu sais que tu es de corvée. Il faut aligner les bureaux et remplir le cahier de classe », s'entendit dire Hikari dans son rôle typique de déléguée de classe. "Bon sang, Hikari ! Tu avais fait des progrès. Tu veux tout gâcher à nouveau ?"

— Attends, je n'ai même pas encore pris le temps de bouffer. Je m'y mettrai après. »

"Allez ! C'est le moment ou jamais", tenta-t-elle de s'encourager. « Suz… Toji, que… que s'est-il passé au déjeuner ? Tu avais l'air un peu… désemparé en revenant… »

Il eut une grimace visible lorsqu'elle mentionna la pause. « Je… j'ai… » Il se força à sourire. « J'ai réussi à obtenir un meilleur traitement médical pour ma sœur !

— Mais- C'est formidable ! s'exclama gaiement Hikari. Qu'est-ce que tu as fait pour cela ?

— Pas grand-chose », marmonna-t-il. Son sourire s'effaça de nouveau et son regard redevint distant. « J'ai juste vendu mon âme… »

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Misato avait fait ses bagages et était prête à partir. Sa valise de vêtements était prête, ainsi que le sac contenant quelques en-cas et la bière pour son quartier libre (qui devrait bien lui suffire jusqu'à ce qu'elle ait le temps de trouver un magasin), elle avait son arme sur elle pour une raison ou une autre, elle portait même son béret, puisqu'elle devrait accueillir les délégués américains avec toutes les formalités, dont l'uniforme complet… Un instant, il manquait quelque chose pour qu'il soit complet.

« Shinji, tu as vu ma veste ? lança-t-elle vers l'intérieur de l'appartement.

— Ouais, je l'ai ! » L'instant d'après, il débouchait du coin, son sac d'école dans une main et la veste d'uniforme rouge vif dans l'autre. Misato lui jeta un coup d'œil soupçonneux en la lui prenant.

— Qu'est-ce que tu faisais avec ?

— Euh, je l'ai nettoyée pour votre déplacement ! répondit-il, quelque peu nerveux, tout en prenant ses chaussures. Dites, où est Asuka ? »

N'étant pas sûre de vouloir d'autres explications, elle accepta le changement de sujet. « Elle est partie avant que je me lève. J'ai la nette impression qu'elle fait tout pour m'éviter depuis quelque temps.

— Toujours à cause de Kaji ? »

Ça, c'était surprenant. Shinji était un gentil garçon, aucun doute là-dessus, mais il n'avait jamais semblé très doué pour comprendre les sentiments des autres, surtout en ce qui concernait les affaires de cœur.

« Oui, probablement. »

Mais il restait quelque chose qui la tenaillait. Elle ne lui avait toujours rien dit pour le pilote de l'EVA-03. Shinji avait peut-être bien fini par montrer de petits signes qu'il commençait à apprécier le pilotage ; même après cet incident avec le 12ème Ange, son taux de synchro n'avait chuté que de quoi être à nouveau battu de justesse par Asuka. Cependant, il n'oublierait jamais la douleur que les Evas pouvaient causer. Elle n'était pas sûre qu'il puisse jamais les pardonner si quelque chose arrivait à l'un des pilotes. Et maintenant, un autre de ses amis était exposé à ce risque. Et il ne le savait même pas…

« Au fait, je voulais… » commencèrent-ils tous deux simultanément. Perdue qu'elle était dans ses pensées, Misato n'avait même pas remarqué qu'il était resté aussi silencieux qu'elle.

« Excuse moi, vas-y… l'encouragea-t-elle.

— Je… je voulais juste vous dire : faites attention à vous là-bas. On… ne sait pas si cette Eva est tout à fait sûre, après ce que j'ai entendu dire sur ce qui est arrivé à l'EVA-04…

— Dis donc, s'inquièterait-on pour moi ? se moqua-t-elle en souriant. Pas la peine. Ritsuko est là, elle aussi. Et si quelque chose tourne mal… ma foi, nos Evas, nos pilotes et notre personnel sont au top.

— Je l'espère… murmura-t-il d'un ton pas vraiment convaincu.

— Shinji, j'ai quelque chose à te dire… commença-t-elle finalement, toujours sans trop savoir comment le dire. À propos du pilote… »

Le bruit de la sonnette l'interrompit.

« Je m'en occupe », annonça-t-il, la laissant au milieu de sa phrase.

Dès qu'il ouvrit la porte, il fut quasiment renversé par Kensuke se précipitant à l'intérieur. Le binoclard se planta devant elle et s'inclina bien bas.

« Major Katsuragi, je suis venu vous présenter ma requête ! Je vous demande de faire de moi le pilote de l'Evangelion-03 ! » lança-t-il sur un ton qui semblait réellement sérieux.

Misato, cependant, répondit de la même façon que n'importe qui face à une telle requête.

« Hein ?

— Viens Kensuke, on va à l'école ! Au revoir, Misato ! dit Shinji en poussant son ami dehors. Je t'ai pas dit d'arrêter ça ? »

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« Enfin, on passe à table ! » s'exclama Kensuke en récupérant sa nourriture, le son de la cloche ayant finalement libéré la classe 2-A du laïus de leur professeur sur le Second Impact. Mais en regardant autour de lui, il remarqua quelque chose d'inhabituel. « Hein ? Où est passé Toji ?

— Je ne sais pas. Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu, déclara Shinji, toujours assis à son bureau.

— Il est parti le ventre vide ? J'y crois pas ça, c'est pas du tout son genre !

— Il faut dire qu'il s'est montré bizarre dernièrement.

— Non mais écoutez qui parle… marmonna Kensuke en jaugeant son ami du regard.

— Hein ?

— Rien, rien », le tranquillisa-t-il.

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« Suzuhara. »

La voix douce détourna Toji du cours de ses pensées. Il était monté sur le toit, où il s'attendait à ce qu'on le laisse tranquille, pour prendre le temps de réfléchir à propos de tout et de rien, tout en s'appuyant sur la rambarde et en contemplant l'horizon. Mais apparemment son souhait ne lui serait pas accordé, se dit-il en jetant un œil derrière lui.

« Ah, c'est toi, Ayanami. Si tu cherches Shinji, il n'est pas là. »

Et pourtant elle ne bougea pas. Alors si elle n'était pas là pour trouver le pilote de l'EVA-01, ça voulait dire… « Tu sais, à mon sujet, pas vrai ? Je crois que Soryu aussi est au courant.

— Oui.

— Shinji est le seul à ne pas savoir…

— Je crois que tu te trompes », l'interrompit Rei. Ce qui surprit sans nul doute le sportif déprimé. Les chances d'être interrompu par Rei Ayanami étaient aussi minces que celles d'être sélectionné… eh bien, comme pilote d'Eva.
Cette comparaison lui valut un sourire ironique.

« Comment ça ?

— Il se comporte différemment, ces derniers temps. Soryu aussi. Tous deux ont amélioré leur sociabilité. Ikari n'est plus aussi timide en présence des autres. L'agressivité de Soryu s'est suffisamment apaisée pour tolérer la présence de personnes qu'elle disait détester, moi-même y comprise. Pourtant, la plupart du temps, ils tentent de convaincre tout le monde que ces changements sont inexistants. Ils semblent également en savoir plus long qu'auparavant », lui dit, ou plus précisément lui rapporta la fille aux cheveux bleus.

Il lui adressa un regard à la fois renfrogné et interrogateur. Bien sûr, lui aussi avait remarqué les légères modifications dans le comportement des pilotes, même s'il n'était pas sûr pour Asuka. En fait, selon lui, les trois premiers Élus s'étaient davantage ouverts aux autres. D'ailleurs, le voilà qui avait une véritable conversation avec la Rei Ayanami.
Mais il n'avait pas vraiment compris la dernière phrase. « Comment tu fais pour dire combien ils en savent ?

— Je les ai observés.

— Tu arrives à voir leur niveau de connaissance en les regardant ?

— Oui.

— Qui l'eut cru… » Il attendit que l'albinos aux cheveux bleus lui demande ce qu'il entendait par là.
Puis il se rappela que c'était l'albinos aux cheveux bleus à qui il avait affaire. « Que tu gardes aussi un œil sur Soryu, je veux dire. J'aurais pensé que tu ne veillais que sur Shinji.

— Je ne comprends pas.

— J'ai l'impression que tu t'inquiètes un peu pour lui, déclara-t-il ce qui lui avait sauté aux yeux ces derniers temps.

— Oh ? C'est peut-être vrai, en effet.

— Eh oui… »

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« Hikari ! On mange ensemble ?

La voix sonore interrompit la contemplation d'Hikari par la fenêtre de laquelle elle avait observé une conversation entre deux de ses camarades sur le toit. Le garçon en particulier avait captivé son regard et ses pensées.

« Oh, Asuka, ça te dérange de manger sans moi aujourd'hui ? Il… faut que j'aille quelque part », dit-elle à son amie qui attendait.

Asuka plissa les yeux à cette piètre excuse. « Ouais, c'eeest ça…

— Désolée, mais… » Hikari n'acheva pas, ne sachant trop que dire. Elle ne remarqua pas le léger rougissement qui la trahissait en s'étalant sur sa figure.

— Oh, c'est bon, vas-y ! Je resterai là ! À manger toute seule ! » fit Asuka, en jouant ironiquement les offensées, avec une emphase particulière sur la fin de sa phrase.

Même si elle savait qu'elle ne le pensait pas vraiment, Hikari ne put s'empêcher de se sentir un peu coupable de laisser sa meilleure amie sans personne pour lui tenir compagnie. « Tu pourrais rejoindre Ikari et Aida…

— Tu es sûre que ça va ? On dirait que tu as de la fièvre. Tu devrais peut-être aller prendre l'air ou quelque chose comme ça !

— D'accord, rit la petite brune à couettes. Et, Asuka, on pourrait rentrer ensemble ce soir ? Je voudrais te parler…

— Pas de problème, ça me donnera l'occasion d'échapper à certaines personnes. »

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« Toji ? » Quelques minutes seulement après que Rei soit partie, il fut de nouveau surpris par une voix de fille. Mais en se retournant, il ne put s'empêcher de sourire à l'adolescente aux taches de rousseur devant lui.

— Oh, salut Hikari, l'accueillit-il.

— Tout va bien ? » Elle se mordit la langue. Bien sûr que NON, tout n'allait pas bien. « Tu… tu t'inquiètes encore pour demain, pas vrai ?

— Ça se voit tant que ça, hein ? soupira Toji. Quand même Ayanami vient vous remonter le moral… »

Lui remonter le moral ? Son petit côté jaloux se calma en apprenant que leur discussion avait été strictement "professionnelle". C'est alors qu'elle se souvint des déjeuners empaquetés qu'elle avait tripotés nerveusement entre ses mains jusque là. « Dis, tu as déjà mangé quelque chose ? Nous… je veux dire, j'ai préparé un peu trop pour le déjeuner. On pourrait partager… Enfin, si tu veux !

— Pourquoi pas ? J'ai toujours pu compter sur la bouffe pour me mettre de bonne humeur. » En souriant, il prit l'un des ballots qu'elle lui tendait et ils s'assirent pour manger.

Ni l'un ni l'autre ne remarquèrent la fille qui les regardait, tout sourire, de la fenêtre de la classe 2-A.

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« Je suis désolée, Asuka, s'excusa Hikari auprès de son amie. D'habitude, tu rentres avec Ikari.

— Oh, t'en fais pas, Hikari. Je suis juste avec lui parce qu'on travaille ensemble. Déjà qu'il faut que je supporte sa sale tronche à la maison…

— Ah bon ? Je croyais que vous vous entendiez mieux, tous les deux…

— Hein ? Quoi ? balbutia nerveusement la rousse. Tu dois te faire des idées ! »

Hikari ne savait trop quoi penser de cette réaction, mais décida de ne pas la questionner davantage. Du moins pour le moment.

Après un bout de marche, elles avaient fini par arriver à un endroit où elles pourraient parler sans être dérangées. Elles s'assirent sur un banc donnant sur le point de vue, le coucher de soleil créant un panorama encore plus spectaculaire sur la majestueuse cité de Néo Tokyo-3.

Pendant qu'elles restaient un moment assises en silence, Hikari tenta de trouver comment parler à son amie de Toji, avant qu'Asuka ne perde patience et ne s'en aille. Elle ne s'attendait pas à ce que cela la rende très heureuse de toute façon.
Mais tandis qu'elle était encore en train de chercher les mots justes pour aborder le sujet, Asuka prit la parole. « Dis, Hikari. Il faut… que tu saches quelque chose à propos de Su…

— Si tu veux me dire qu'il est le Quatrième Élu, je le sais déjà. » La déléguée de la classe 2-A faillit éclater de rire en voyant l'expression abasourdie de la Seconde Élue.

— HEIN ? Comment tu le sais ⁇

— Ben, il… me l'a dit, fit Hikari en haussant les épaules.

— Il a quoi ⁇

— Quoi ? Il n'avait pas le droit ? Tout le monde sait que toi, Ikari et Ayanami êtes pilotes, pourquoi ne pourrait-il pas le dire ? »

Asuka secoua la tête, tentant visiblement de retrouver son calme. « Non, c'est pas ça, c'est juste… disons, inattendu…

— Eh bien, nous… » Hikari se sentit de nouveau sur le point de rougir. « Je crois que nous sommes devenus un peu plus proches, ces derniers jours…

— Eh ben dis donc ! » Le sarcasme dans sa voix était immanquable. « Ne me dis pas que c'est déjà "le grand A" ?

— "Le grand…?" » Hikari rougissait maintenant à pleine intensité, braquant ses yeux vers le sol dès qu'elle comprit ce qu'Asuka voulait dire. « Je… je ne sais pas ! M-mais… je pense que c'est bien d'avoir quelqu'un à qui se confier… ou d'être ce quelqu'un.

— Ouais, murmura une voix rêveuse.

— Hein ?

— Euh, je veux dire : Ouais, ouais ! » ajouta Asuka sur un ton plus sarcastique.

Mais cette fois-ci, elle ne s'en tirerait pas aussi facilement.

« Oh, allez, tu pensais à quelqu'un avec qui tu pourrais partager quelque chose comme ça !

— Ha ! Toutes ces roucoulades avec ton athlète décérébré ont dû t'endommager la cervelle ! Tu sais très bien que je n'ai besoin de personne ! » s'exclama fièrement la rousse, mais sans sa détermination habituelle.
Du moins, cela ne suffit pas à convaincre Hikari.

« Hmm, je me demande qui ça peut bien être ? Si c'était ton M. Kaji, tu aurais réagi différemment. Je parie que c'est Ikari, après tout ! Il a l'air tellement gentil…

— Quoi ? C'est le plus bête de tous, ce baka ! Il ne sait même pas vivre avec les autres !

— Oh, mais…

— Ça suffit, maintenant !

— D'accord, d'accord, gloussa Hikari.

— Oh là là, maugréa Asuka en croisant les bras. Qu'est-il arrivé à la petite fille timide qui virait à l'écarlate dès qu'on effleurait à peine de tels sujets ?

— Je crois bien qu'elle est tout simplement heureuse...

— Dis, si tu le savais déjà et que tu n'as apparemment plus besoin d'aide pour jouer les tourtereaux ensemble, de quoi est-ce que tu voulais me parler, dans ce cas ? »

Le sourire d'Hikari disparut lorsqu'elle se rappela de la raison pour laquelle elles étaient assises là. « J'étais simplement curieuse… au sujet du test de demain. Et après. Il… il sera en sécurité, n'est-ce pas ?

— Quoi ? Tout ça pour ça ?

— Asuka, je t'en prie… » Elle serra ses mains légèrement tremblantes. « Je suis sérieuse… »

Asuka poussa un grognement audible. « Très bien, très bien, on jouera les baby-sitters pour lui. Tu es contente, maintenant ? »

Ses lèvres ayant retrouvé le sourire, Hikari hocha la tête, sincèrement reconnaissante envers son amie pour sa promesse. Comment aurait-elle pu se douter qu'Asuka avait déjà fait une telle promesse il y a bien longtemps ?

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« J'ai pas le temps pour ce genre de choses ! Tu peux pas me laisser réviser en paix maintenant ?

— Humpf ! Pourquoi tu ne t'en vas pas, histoire de me laisser seule avec Kaji ?

— Allons, allons, arrêtez de vous chamailler vous deux ! » soupira Kaji, intervenant dans ce qui était au moins la cinquième dispute de la soirée. Il en souhaitait presque ne pas s'être "porté volontaire" pour surveiller les deux Élus durant les quatre jours d'absence de Katsuragi. « Je crois qu'un bon bain ne serait pas de refus. Et s'il vous plaît, vous pouvez essayer de ne pas vous entretuer ? »

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« Tu les leur a donnés ? » demanda Asuka sans lever les yeux du magazine ennuyeux qu'elle lisait. Elle était couchée devant la télé allumée et ignorée, pas très loin de Shinji qui semblait concentré sur ses manuels scolaires et son ordinateur portable posés sur la table.

— J'ai glissé un avertissement anonyme dans la veste de Misato, mais je n'ai pas eu beaucoup de temps avec Kaji. Je lui parlerai ce soir.

— Ça vaudrait mieux. C'est peut-être ta dernière chance de le voir.

— Je ne comprends pas d'ailleurs, soupira-t-il en la regardant enfin. Tu le vois bien plus souvent que moi.

— Oh. » Elle laissa le magazine lui tomber des mains, ferma les yeux et posa la tête sur ses bras maintenant croisés. « Tu sais très bien qu'il la prendrait pour une simple lettre d'amour.

— Pas étonnant, vu comment tu lui tournes autour ! marmonna Shinji en plissant les yeux.

— Quoi ? sourit Asuka. C'est de la jalousie que j'entends là ?

— Ma foi, tu as passé un bon bout de temps avec lui hier… déclara-t-il d'un ton exagérément offensé.

— Oooh, pauvre Shinji ! se moqua-t-elle. Comment vais-je faire pour me faire pardonner ?

À peine eut-elle dit cela qu'elle l'entendit se lever et le sentit presque aussitôt penché dans son dos, prenant garde de ne pas réveiller Pen-Pen endormi à ses côtés.

« Je préfèrerais le batifolage au rabibochage, murmura-t-il dans son oreille, envoyant des frissons dans son échine. Dommage que Kaji soit là ce soir. Nous pourrions faire quelque chose qu'on n'a pas fait depuis que nous sommes ici.

— Et qu'on ne fera pas, dit-elle d'une voix qui se voulait déterminée, mais sans guère de succès, avec son souffle qui lui chatouillait le dos. Ils le remarqueraient dès le prochain examen médical au plus tard.

— Hmm, ai-je vraiment affaire à la même Asuka qui voulait toujours rester encore un petit peu au lit ? » Lentement, ses mains finirent par se glisser autour de sa taille fine, tandis que les petits bisous qu'il lui déposait dans le cou lui coupèrent le souffle.

— Espèce de… ah… hentai ! » Elle se mordit la lèvre pour s'empêcher de gémir trop fort. « Tu ferais mieux de profiter de ton temps pour réfléchir à comment rattraper le coup pour la dernière "première fois".

— Quoi ? Tu m'en veux encore pour ça ? » Surpris, il se recula légèrement avant de se pencher de nouveau. « D'ailleurs, je n'ai pas le souvenir de t'avoir beaucoup entendue te plaindre par la suite.

— Et alors ? Ça ne veut pas dire que tu ne m'en dois pas une meilleure ! Oh, et arrête ça avant qu'on n'arrive plus à s'arrêter ! » Elle se retourna un peu et le repoussa, quoiqu'elle le regrette. « Kaji va revenir d'une minute à l'autre !

— Mais…

— Pas de "mais" qui tienne ! Maintenant retourne à ton ordinateur et à tes livres et fais semblant d'apprendre tes leçons comme un brave garçon, avant que Kaji ne revienne, lui intima-t-elle en désignant la table.

— Ouais, ouais… » Il revint à sa place en traînant les pieds et se laissa tomber sur son siège en soupirant.

— Et restes-y ! » lui rappela-t-elle énergiquement au moment précis où la porte s'ouvrit, révélant Kaji, maintenant revêtu d'une robe de chambre verte et s'épongeant les cheveux.

« Aah, qu'est-ce que ça fait du bien, déclara-t-il avant de remarquer l'atmosphère tendue, ce qui ne pouvait signifier qu'une chose. Encore à vous chamailler ? C'est toujours comme ça en l'absence de Katsuragi ?

— En fait, c'est toujours comme ça… marmonna Shinji.

— Oh, ne l'écoute pas ! J'essaie d'être plus aimable avec lui pour toi, mais j'y arrive pas. Il n'arrête pas de me chercher !

— Désolé…

— Tu vois ? Il recommence ! »

Kaji soupira intérieurement. « Oui, je vois. Allons nous coucher. C'est ce qu'il y a de mieux à faire dans ce genre de situation ! »

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« Kaji ? Est-ce que vous dormez ? » La voix de Shinji troubla le silence du salon maintenant plongé dans la pénombre, où lui et Kaji étaient couchés sur leurs futons.

— Non, pas encore, répondit le plus âgé.

— Qu'est-ce que vous savez à propos de mon père ?

— Hein ? Tu me surprends, je ne m'attendais pas à ça. Je pensais…

— De son travail, je veux dire, l'interrompit Shinji. Et de ceux qui sont derrière lui ? »

De nouveau en l'espace de quelques jours, Kaji se trouva surpris par le jeune Ikari. « Tu es au courant pour la SEELE ?

— Hein ? Je ne savais pas comment ils s'appellent. J'ai juste entendu quelquefois parler d'un comité. »

Kaji hocha la tête, bien que, tourné dans l'autre sens, il était incapable de dire si Shinji pouvait le voir. Les informations sur le comité n'étaient pas aussi confidentielles que celles sur la SEELE, même si la seule chose que ces informations révélaient était qu'il s'agissait d'une branche de l'administration des Nations Unies à laquelle la NERV rendait des comptes.

« Eh bien, il n'y a pas vraiment de différence en fait. Le comité est constitué des membres les plus hauts placés de la SEELE et n'existe que pour maintenir l'illusion que les Nations Unies contrôlent la NERV.

— Alors vous en savez long sur eux ?

— Disons que j'en sais plus qu'il n'est bon pour moi… lui dit-il, craignant d'en avoir déjà trop dit.

— Assez pour nous aider ?

— Hein ? » Kaji roula sur le côté en entendant le garçon se lever et se diriger vers ses vêtements. Après avoir fouillé dedans, il revint avec une enveloppe à la main.

— Prenez ceci avec vous, dit Shinji en la lui tendant. Et gardez-la à l'abri des regards. S'il vous plaît, vous êtes peut-être le seul qui puisse faire ça.

— Qu'est-ce que c'est ? » demanda Kaji en essayant de déchiffrer les lettres écrites sur l'enveloppe à la lueur de la lune : "À ne pas ouvrir avant le 14ème !"

Shinji, pendant ce temps, était retourné sous les couvertures de son lit improvisé et avait refermé les yeux.

« Peut-être le dernier espoir pour un avenir… » marmonna-t-il.

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« Tu crois que le test a déjà commencé ? dit Hikari en triturant nerveusement sa boîte à déjeuner toujours empaquetée.

— Oh, Hikari ! C'est au moins la sixième fois que tu me le demandes ! » Asuka était devenue visiblement agacée, assise a son bureau, la tête appuyée sur sa main. Cependant Hikari ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter.

— Désolée…

— Génial, maintenant tu te mets à ressembler à Shinji !

— Désol… oh, je vois ce que tu veux dire. » Elle en aurait pouffé de rire si elle avait été d'humeur adéquate. Mais au moins pendant un instant, un léger sourire se glissa sur son visage. « C'est juste… Tu as déjà ressenti des choses aussi fortes pour quelqu'un au point d'être toujours inquiète quand tu ne sais pas s'il est en sécurité ? »

Pendant une seconde, elle crut la voir jeter un coup d'œil au bureau inoccupé de Shinji, mais cela disparut aussi vite que c'était venu. « Arrête de te languir pour ce crétin ! Tu vas voir : trop vite à mon goût, ça va nous faire un autre pilote incompétent sur lequel je vais devoir veiller afin qu'il ne se fasse pas mal.

— Oui, tu as peut-être raison, dit Hikari sans avoir ni l'air ni le ton de quelqu'un qui le pensait vraiment. Je n'ai pas très faim, soupira-t-elle en tendant son repas à Asuka. Est-ce que tu en veux ? »

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« Hé, tu attends un appel ?

— Quoi ? » Shinji leva les yeux vers le binoclard à côté de lui, surpris par la question soudaine.

— Ça fait plusieurs fois que tu regardes ton téléphone en une demi-heure, expliqua Kensuke, avant de sourire à son ami. Dis donc, Shinji, ce ne serait pas… une fille ?

— Non, soupira-t-il en levant les yeux au ciel. En fait, j'espère qu'il ne sonnera pas.

— Je vois. Tu as un admirateur insistant ? »

Le visage de Shinji arbora un sourire en coin dans sa direction que Kensuke n'arriva pas tout à fait à saisir. Avait-il des traces de son déjeuner sur la figure ?
Mais aussi vite qu'il était venu, le sourire fut de nouveau remplacé par une expression inquiète. « Insistant ? Ouais, en quelque sorte. Mais sûrement pas un admirateur.

— Oh, commença Kensuke avec un air entendu, tout en ajustant ses lunettes. Depuis quand Asuka te dirige-t-elle par téléphone ?

— Hein ? Pourquoi Asuka ferait-elle ça ?

La surprise sincère de Shinji fit presque peur au blond. « Quoi ? Tu la protèges maintenant ? Franchement, qu'est-ce qu'il y a entre vous deux ?

— Je-je ne vois pas ce que tu veux dire ! nia le jeune pilote de manière bien trop suspecte.

— Vous êtes bizarres tous les deux en ce moment, appuya davantage Kensuke. Trop… je ne sais pas… amicaux.

Shinji rit nerveusement. « T-tu dois t'imaginer des choses. Tu as oublié comment elle nous a dit "bonjour" hier ? Et tu aurais dû la voir il y a trois jours, quand elle était furieuse contre moi pour avoir oublié son déjeuner. »

Kensuke dédaigna les geignements de son ami comme autant d'excuses bidon avec un "humpf". « Tu ne serais pas en train de "pactiser avec le diable" tout de même ? »

Shinji rougit légèrement, mais pas assez légèrement pour échapper au regard de Kensuke. Cependant, le timide pilote d'Eva se trouva incapable de bégayer un démenti sûrement pas totalement sincère.

Le téléphone portable sonna.

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« Un accident à Matsushiro ? demanda Shinji, fraîchement briefé sur la situation et attendant dans l'EVA-01 déjà déployée. « Mais… et le personnel ? Et Misato ?

— Toujours pas de nouvelles, l'informa Rei via le canal.

— Mais… qu'est-ce qu'on va faire ? On ne peut pas combattre l'Ange tout seuls.

— C'est le commandant Ikari qui va superviser notre offensive.

— Mon père ? Mais…

— Ça va, arrête de pleurnicher ! » Le visage d'Asuka apparut sur l'écran de communication. « On va flanquer une raclée à cet Ange avec ou sans Misato ! »

Il se rembrunit en entendant son invective. Il remarqua aisément qu'elle aussi était perturbée, bien plus qu'elle n'était censée l'être. Elle avait même dit on au lieu de je.

"Soit Misato n'a pas reçu le message, soit ça n'a rien changé…"

Et maintenant, tout était sur le point de se répéter. Le 13ème Ange avait pris le contrôle de l'Evangelion-03. La tentative d'éjection de l'Entry Plug allait échouer. Le commandant allait abandonner l'EVA-03 et la leur désigner comme cible.
Les autres Evas seraient positionnées séparément les unes des autres pour former trois lignes de défense près de Nobeyama.

"La plus grosse 'erreur' !" Il empoigna fermement les commandes. "Mais pas cette fois !"

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« Cible en approche ! » La voix de Hyuga retentit à travers le canal.

Et il l'aperçut enfin. Il était tel que dans ses souvenirs : avec le soleil dans le dos, il ressemblait plus à un démon noir issu des profondeurs infernales qu'au messager sacré à qui il devait son nom.

« Mais… c'est une Eva. C'est ça… l'Ange ? » demanda-t-il, sans avoir besoin de jouer la nervosité. Savoir ce qui dépendait de leur succès d'aujourd'hui suffisait à faire battre la chamade à son cœur.

— Précisément. C'est ta cible. »

Il tressaillit en entendant le timbre froid de la voix de son père. Il lutta contre l'envie de lui rétorquer quelque chose, au souvenir de ce que cet homme avait fait la dernière fois. Par chance, le commentaire d'Asuka interrompit le fil de ses pensées.

« L'Eva a été possédée par l'Ange ? »

Shinji ferma les yeux. Le moment était venu de changer un peu les choses. « Le pilote… Il est toujours à l'intérieur ? »

Pas de réponse.

« Il… il faut que j'aille aider… » dit-il entre ses dents. Il se leva, jeta son arme à terre et s'élança vers la "première ligne de défense".

Si le commandant fut surpris, sa voix ne la montra guère. « Que fais-tu ? »

"Rien que changer le cours de l'histoire…"

-x-

Cette fois-ci, elle était prête.

Cette fois-ci, elle n'était pas distraite.

Cette fois-ci, elle arrêta le coup anormalement rapide de ses propres mains.

"Cette fois-ci, tu ne m'auras pas aussi facilement !"

-x-

Shinji lança son Eva en avant aussi vite que possible, tandis que son père tentait toujours de le convaincre de s'arrêter.

« L'entraînement de Soryu la rend plus qualifiée que toi pour réagir à des menaces inconnues.

— Ça ne veut pas dire que je ne peux pas aider ! répliqua-t-il en s'efforçant d'y mêler une nuance implorante.

— Troisième Élu ! » Le ton du commandant se durcit à peine, mais la colère y était audible. « Tu as reçu l'ordre de rester en position jusqu'à ce que nous sachions quelles sont les capacités de l'Ange !

— Il faut que je sauve le pilote de l'EVA-03 !

— L'Eva et son pilote sont perdus. Toute tentative de sauvetage est vaine et constitue un risque inutile. L'Ange doit être détruit !

— Non ! déclara Shinji d'un ton aussi déterminé qu'il le put. Je n'attaquerai pas tant que le pilote est dedans ! »

-x-

« Depuis quand a-t-il tant d'assurance ? se demanda Fuyutsuki en regardant l'EVA-01 avancer sur l'écran géant, comme tout le monde dans le Central Dogma.

— Au pire moment, pesta Gendo. Son insubordination met en danger l'EVA-01. Si l'Ange possède aussi cette Eva, tout est perdu. » Il tourna son attention vers les techniciens en dessous. « Coupez la connexion entre l'EVA-01 et son pilote ! ordonna-t-il. Activez la Plug Factice !

— Mais le programme Factice n'est pas encore opérationnel, dit précipitamment la jeune femme qu'il identifia comme le lieutenant Ibuki, et sans le Dr. Akagi…

— Tout vaut mieux qu'un pilote qui n'obéit pas aux ordres ! la coupa Ikari.

— Mais monsieur ! protesta-t-elle. Il est en train d'engager le combat avec l'An…

— Peu importe ! Obéissez !

— Bien, monsieur…

— Ikari… » avertit le vice-commandant sans succès.

-x-

L'EVA-01 stoppa brutalement. L'obscurité entoura le Troisième Élu, avant qu'une lueur rouge ne baigne la plug. Mais au lieu de paniquer, Shinji sourit.
Sa vision normale revint en un instant.
L'EVA-01 poursuivit sa course.

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« L'EVA-01 rejette la Plug Factice ! La connexion avec le pilote a été rétablie ! »

-x-

« Merci, maman ! »

Le mécha violet bondit à la rencontre de l'Ange.

-x-

« Quoi ? » L'espace d'un instant, le commandant perdit son attitude froide et professionnelle. « C'est impossible !

— On dirait que la mère a choisi son favori… déclara calmement Fuyutsuki.

— Yui ? Tu préfères le garçon à ta propre chair ? » se demanda Gendo, sans même remarquer l'ironie dans cette question.

-x-

« Hé, baka ! Tu viens encore profiter du feu des projecteurs ? »

Pendant que Shinji arrivait, les deux Evas luttaient l'une contre l'autre. Asuka avait besoin de ses deux bras et d'une jambe pour maintenir en respect l'EVA-03 possédée tout en gardant ses distances de la gueule écumante de l'Ange.

« Désolé ! Tu peux le plaq… » Il fut interrompu lorsque l'Eva noire libéra l'un de ses bras extensibles de la prise de l'EVA-02 et saisit la tête de l'EVA-01. Avec un grognement de frustration, Shinji prit le bras à deux mains, essayant de se libérer, mais sans succès.

« Bon sang ! jura Asuka. Tiens toi tranquille, veux-tu ?!

— Ayanami ! On aurait… »

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« …besoin d'aide, par ici ! »

Encore une fois, Rei se trouva dans une situation — pour elle — inconnue.

Elle était en plein émoi.

Cela ne suivait pas la stratégie du commandant. L'EVA-03 était perdue. L'Ange devait être détruit.

Mais…

Il est toujours à l'intérieur. Il va se faire blesser. Tuer.

Mais…

Arrête l'Ange quand il avancera. Bat l'Ange à tout prix.

Mais…

Aide Ikari et Soryu. Sauve le Quatrième.

Mais…

Les ordres. Ceux du commandant…

"« Tu n'as pas confiance ? C'est pourtant l'œuvre de ton père.
Avoir confiance en lui ? En un père pareil ? »"
Se pouvait-il que ce soit vrai ? Se pouvait-il que ses décisions ne soient pas toujours fiables ? Se pouvait-il qu'il ait… tort ?

« Que… »

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« …Que dois-je faire ? »

Le commandant eut un imperceptible froncement de sourcils. La situation échappait de plus en plus à son contrôle. « Reste…!

— Ikari ! le sermonna Fuyutsuki. Si nous ne la laissons pas les aider, nous risquons de perdre plus d'une Eva ! »

Gendo ne répondit pas. Fuyutsuki n'était même pas sûr qu'il l'ait réellement écouté ou s'il réfléchissait juste à ses options.

« Commandant ? demanda à nouveau Rei.

— Avance pour seconder les autres pilotes… » marmonna Ikari, mécontent.

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« Bien reçu. » Elle accueillit ce nouvel ordre avec plus de soulagement qu'elle ne l'aurait cru.

Laissant tomber son fusil, elle avança au contact de l'Ange.

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Un cri résonna lorsque Shinji tordit le bras qui le retenait en un angle bizarre en tentant de se libérer. Bien qu'il s'en veuille d'avoir peut-être fait mal au pilote, le moment était venu de frapper. Avant qu'elle ne puisse s'en remettre, l'EVA-02 décocha vivement un coup de pied dans les jambes de l'unité dévoyée, l'envoyant face contre terre. Elle grogna de frustration en se débattant contre les deux Evas qui la plaquèrent immédiatement au sol aussi fermement que possible.

« Ayanami ! » lança Shinji à l'Eva bleue tout juste arrivée.

Rei se déplaça aussi vite qu'elle le pouvait pour saisir l'Entry Plug à demi éjectée dans le dos de l'EVA-03 qui se tortillait. La substance gluante semblable à du chewing-gum qui l'entourait s'étira lorsqu'elle la tira énergiquement, peu disposée à libérer la plug.

« Je ne vais pas pouvoir le retenir encore très longtemps !

— Arrête… de geindre… le Troisième ! » le réprimanda Asuka, bien que sa voix laisse entendre qu'elle-même semblait avoir du mal à maintenir à terre le corps agité de convulsions.

En fin de compte, la plug fut lentement extraite. L'épaule de l'EVA-00 libéra son couteau progressif et d'un coup vif, les fibres visqueuses qui restaient furent tranchées.
Le Quatrième Élu avait été libéré.

« Formidable ! Maintenant, mettons-le à… l'abri ? » L'exclamation de Shinji s'estompa. Le corps noir géant s'affaissa.

« Le treizième Ange est inactif ! Affichage bleu disparu ! annonça Aoba à travers le canal.

— Est-ce possible…? »

"Il dépendait de son pilote ?"

Lentement, ils s'écartèrent de l'Ange apparemment mort.

« Nous… l'avons battu…

— Juste comme ça… s'étonna Asuka, avant de reprendre son attitude habituelle. « Humpf, je m'attendais à une victoire plus glorieuse. Et le pire, c'est qu'il a fallu que vous veniez vous en mêler, tous les deux…

— Asuka, attention ‼

— Qu… » Elle n'eut pas le temps d'en dire plus, avant qu'un puissant coup dans l'estomac de son Eva ne la mette K.O. Le bras noir reprit sa taille normale lorsque l'Ange bondit à un angle en apparence impossible, ses yeux brillant d'un blanc éclatant, sa bouche souriant de toutes ses dents rouges par contraste.

« Affichage bleu rétabli ! EVA-02 neutralisée, pilote inconscient ! »

"Dites-moi quelque chose que je ne sais pas déjà !" Shinji grinça des dents en voyant l'Eva rouge à terre. "Bon sang ! Elle ne va pas être contente à son réveil !"

Shinji regarda horrifié le bras de l'Eva noire qu'il avait tordu auparavant reprendre sa position normale. Mais, ce qui lui sembla encore pire, d'épaisses veines étaient apparues sur tout son corps, étirant les plaques d'armures de partout et rompant finalement les entraves de l'Eva. Avec un grondement sourd, le 13ème regarda l'EVA-01 droit dans les yeux.

« Ayanami, met la plug en sécurité ! » cria-t-il en dégainant son couteau progressif, s'apprêtant à en découdre.

Il ne put qu'espérer qu'elle avait fait comme il l'avait dit, vu qu'il n'avait pas le temps de la regarder. L'Ange maintenant complètement éveillé bondit derrière lui en une fraction de seconde et projeta l'Eva prise par surprise contre la montagne la plus proche, lui faisant perdre le couteau. Avant que Shinji n'ait pu réagir, il sentit quelque chose se refermer sur son cou. N'eût été la situation de vie ou de mort, il aurait ri de la manière dont l'histoire se répétait. Seulement cette fois-ci, il était prêt à rendre les coups.

Pourtant le sourire sur son visage s'évanouit lorsqu'il rouvrit les yeux. Au lieu de se pencher directement sur lui, l'Ange se tenait complètement hors de portée, grâce à ses membres extensibles. En dépit de ses efforts pour ne pas y céder, Shinji se mit à paniquer lorsque le manque d'air se fit de plus en plus sentir.

-x-

« Baissez immédiatement la synchro de 60 pour cent ! ordonna Fuyutsuki aux techniciens, mais il fut arrêté par son supérieur.

— Attendez !

— Mais si ça continue comme ça, le pilote risque de mourir ! rappela-t-il au commandant.

— C'est son meilleur combat à ce jour. Je suis impatient de voir comment il peut le mener.

— Même si ça le tue ? »

L'ancien professeur n'était pas sûr de ce qui l'effrayait le plus : les ordres du commandant ou son sourire impitoyable.

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Shinji tenta de se libérer de la poigne de fer de l'Ange, en vain. Tout ce qu'il pouvait faire maintenant était de chercher à tâtons quelque chose qui puisse l'aider : un rocher, une grande pancarte routière, un poteau téléphonique, son couteau…

Son couteau !

Dès qu'il en sentit le manche, il tendit le bras, s'étirant autant que possible pour le prendre à pleine main et l'enfonça dans le bras de l'Ange. Et pourtant, malgré ses hurlements de douleur, celui-ci ne lâcha pas sa proie. Shinji enfonça la lame plus profond et plus loin dans la "chair", en une course contre la montre avant la perte de connaissance. Puis, enfin, l'étreinte autour de son cou se relâcha et un horrible cri perçant emplit l'air lorsque le bras fut tranché.

Shinji ne perdit pas de temps. Une fois qu'il eut repris son souffle, il se rua sur l'Ange et, avant qu'il ne puisse riposter, lui planta le couteau progressif droit dans la gorge. Le cou d'une Eva avait beau être plus épais que ses bras, cela n'empêcha pas Shinji de retenter la même stratégie à l'identique. L'adrénaline qui parcourait ses veines ne lui laissait guère le loisir de songer à une manière plus appropriée de tuer cet Ange. Il ignora les coups répétés du poing restant de l'Eva qui se débattait, et continua à pousser vers l'avant. À mi-épaisseur, il y eut un léger soubresaut et le reste de la tête succomba à la pesanteur.

Shinji fixa le torse en haletant, avant de se détendre, soulagé.

Trop tôt !

« Il est toujours vivant ⁇ » demanda-t-il à la cantonade, tandis que le corps sans tête se mit à tituber vers l'avant après être resté sans bouger pendant seulement quelques secondes. Avec un bras en partie amputé, la tête manquante, des plaques d'armures fissurées et des grosses veines de partout, la forme humanoïde faisait penser à un zombie issu d'un film d'horreur de série B avec ses mouvements lents et maladroits.

"J'y crois pas ! Dois-je vraiment le déchiqueter en un nombre incalculable de morceaux pour le tuer ?" C'est alors qu'il aperçut un éclat rouge dans une aire maintenant exposée de la poitrine de l'Eva. "Bien sûr ! Le koa !"

Par chance, faute de coordination, l'Ange ne représentait plus guère une menace. Un bref plaquage fit tomber le géant estropié. Shinji arracha le reste de l'armure, mettant à nu le koa de l'Ange/Eva. Ne rencontrant qu'une faible résistance, il le poignarda encore et encore et encore.

Il eut un moment de satisfaction et d'horreur mitigées lorsque la tête tranchée poussa un dernier cri de rage et d'agonie quand la sphère rouge finit par se fissurer et se brisa en mille morceaux. Le silence qui s'ensuivit ne fut troublé que par la chute du torse inerte sur la route.

Enfin, l'EVA-03 — le 13ème Ange — était mort.

Et cette fois-ci, Shinji Ikari sourit.

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Au son des sirènes et des secouristes qui accouraient retentissant dans sa tête, Misato ouvrit lentement les yeux.

« Vivante… » Malgré les analgésiques que les secouristes lui avaient apparemment donné, elle sentait ses diverses contusions et égratignures, et son bras gauche était engourdi. Elle devina qu'elle avait dû au moins se le fouler, peut-être même était-il cassé. C'est alors qu'elle remarqua quelqu'un agenouillé auprès du brancard sur lequel elle reposait.

« Kaji ?

— Tu as eu de la chance, Katsuragi, dit-il en souriant, manifestement en train d'évaluer les dégâts que l'Eva rebelle avait causé.

— Et Ritsuko ?

— Ne t'inquiète pas, lui assura Kaji. Elle va mieux que toi.

— Tant mieux. » Elle réussit à sourire, mais soudain elle se rappela. « Et l'EVA-03 ?

— Détruite en tant qu'Ange par l'EVA-01.

Dire qu'elle était choquée était un euphémisme. « J-je n'avais rien dit à Shinji. » Elle détourna son regard de lui.

— Tu n'as pas à… »

Mais elle ne l'écouta pas. « Il me faut une liaison ! » Mue par la culpabilité, elle lutta contre la douleur, se redressa péniblement et se tourna vers les techniciens débordés. « Mettez-moi en lien avec l'EVA-01 tout de suite !

— Katsuragi, écoute…

— Pas maintenant, Kaji ! »

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Shinji avait l'impression d'attendre les résultats d'un examen important. Rei avait emporté l'Entry Plug de l'EVA-03 à bonne distance du combat, mais n'était pas retournée à la base au cas où on aurait eu besoin d'elle. À cause de cela, l'état du pilote n'avait toujours pas été vérifié.

« Shinji… » Il sourit en entendant la voix qui détourna son attention.

— Misato, vous allez bien ?

— Shinji, je te demande pardon. J'aurais… murmura-t-elle.

— Je sais qu'il s'agit de Toji, avoua-t-il.

— Shinji ? Mais comment…?

— Désolé Misato, mais il faut que j'écoute ça maintenant… » l'interrompit-il en entendant finalement la voix de Maya dans le canal.

/« Rapport de l'équipe de sauvetage sur l'Entry Plug : la survie du pilote est confirmée.

Il est inconscient. Son bras et sa jambe gauches… »/

Shinji retint son souffle. "Non ! Ce n'est pas possible ! Nous…"

/« …semblent fracturés, mais à part ça… »/

Il laissa échapper le soupir qu'il retenait et retomba dans son siège, soulagé.

« Shinji ? Shinji ? demanda Misato inquiète. Tu me reçois ? Est-ce que ça va ? »

Un sourire fatigué se dessina sur son visage. Au moins, cette fois-ci, ils avaient gagné comme il le fallait.

« Oui, Misato, tout va bien… »

Enfin un succès…

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« Monsieur, je proteste ! »
Ce n'était pas peu dire que Misato était en colère. C'était tout juste si elle arrivait à conserver plus ou moins sa discipline. Elle avait quitté l'infirmerie, bras et bleus bandés, et s'était précipitée vers le grand bureau prétentieux et obscur du commandant Ikari dès qu'elle avait entendu que Shinji y avait été convoqué pour "faire face aux conséquences de son insubordination". « Suspendre le Troisième Élu de son service pendant plus d'une semaine pourrait se révéler fatal en cas de nouvelle attaque !

— Dans le cas d'une attaque d'Ange, il effectuera une sortie, mais uniquement si cela s'avère réellement nécessaire », répondit froidement le commandant, ses mains devant sa bouche et ses lunettes teintées devant ses yeux masquant ses émotions comme toujours.

Misato serra son poing valide. Ce n'était pas juste du tout. Ordres ou pas, il avait réussi à vaincre l'Ange et à sauver la vie de son ami en plus. Et pour cela il devait être puni ? Après qu'il ait fini par montrer de l'assurance en pilotant l'Eva ?

« Monsieur, je…

— Major, ne discutez pas mes décisions ! la coupa-t-il. Cette suspension est une conséquence de ses actions. Il a désobéi aux ordres plusieurs fois dans le passé et je vous avais laissé décider de son châtiment, étant donné que vous étiez alors son officier supérieur. Mais cette fois-ci, il était placé sous mes ordres directs et je ne le laisserai pas s'en tirer avec une remontrance !

— Mais…

— Misato », l'interrompit la voix ténue de l'objet de la discussion. Shinji était resté silencieux jusqu'à présent. Il s'était contenté de rester là, à regarder durement son père, sans frémir une seule fois tandis qu'ils discutaient de son sort.

« Laissez tomber, d'accord ? Le commandant s'est montré très clair », poursuivit-il, tournant les talons et se dirigeant vers la porte.

Misato hocha simplement la tête, adressant un dernier regard noir à l'aîné des Ikari avant de suivre le plus jeune.

« Ils vont se douter de quelque chose, Ikari, l'avertit le vice-commandant Fuyutsuki, une fois que tous deux eurent quitté les lieux. Un ordre aussi illogique ne vous sied guère.

— Je ne fais que m'adapter. Je ne le laisserai pas gâcher le scénario. »

Le vieil homme fronça les sourcils. « Parfois je me demande si vous suivez toujours le même scénario que vous et Yui m'aviez convaincu d'adopter. »

Gendo ne répondit pas.

Il se contenta de sourire derrière ses mains jointes.

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N.D.A : Eh ben mon vieux, c'est sorti de manière bien plus comique que je ne l'avais prévu. C'était censé être ma fic sérieuse. *soupir*
Bon, commençons par le début (par où sinon ?).

Avant que les fans de Rei ne commencent à me lyncher pour avoir fait d'elle une faible fille rapidement exténuée (même si je pense que c'est plus crédible que d'en faire une combattante surpuissante qui déchire tout, comme le font certains auteurs), je dois vous expliquer ceci : la randonnée était initialement prévue de manière complètement différente, comme cela l'a été mentionné, avec Toji et Hikari qui les accompagnaient, Hikari tombant dans les pommes, Toji s'occupant d'elle, etc. (ce qui aurait rendu la relation T/H ici bien plus crédible) et devait arriver quelque part entre la "corvée de livraison" de Toji et sa sélection comme Quatrième Élu. Mais après avoir revu les épisodes, j'ai remarqué qu'il n'y aurait pas de temps pour ça, vu qu'ils ont cours jusqu'à la fin de l'après-midi/en début de soirée et qu'il n'y a pas de journée entre les deux. Mais s'ils s'étaient rapprochés avant les épisodes, le reste du chapitre n'aurait pas aussi bien marché. Et comme je ne voulais pas abandonner cette scène, j'ai envoyé Rei avec Asuka et Shinji. Au passage, les otakus purs et durs (dont je ne peux me considérer comme faisant partie, vu que j'ai dû aller le chercher) l'auront peut-être remarqué : Koichi Yamadera est le nom du doubleur de Kaji.

Les scènes A/S sont peut-être très similaires, mais voyons les choses ainsi : il faut bien que je les laisse discuter de temps à autre. Ils ne peuvent discuter que lorsqu'ils sont tout seuls. Ils ne peuvent faire "autre chose" que lorsqu'ils sont tout seuls là aussi. Alors c'est tout à fait logique, non ?

Pourquoi ne sont-ils pas aussi cachottiers vis-à-vis de Kaji que des autres ? Eh bien, je le dévoilerai probablement dans le chapitre 7, mais… essayez donc de deviner, ce n'est pas si difficile…

Maintenant pour le combat contre l'Ange… Hé, c'était mon premier vrai combat et pour quelqu'un d'aussi peu descriptif que moi, ce n'est pas très facile à gérer. Je sais, j'ai pris beaucoup de "libertés artistiques" là dedans, avec l'Ange "refusant de mourir", par exemple. Mais franchement les gars, me contenter de sortir Toji de là et de laisser Shinji lui tordre le cou aurait été plutôt rasoir et je doute fort qu'il l'aurait déchiqueté en mille morceaux sanglants comme la Plug Factice.

Je crois que pour le moment c'est tout ce que j'ai en tête comme excuses pour ça. Attendez-vous à d'autres lors du chapitre 5, où nous ferons face à l'attaque du 14ème Ange. Zeruel finira-t-il de nouveau comme dîner pour l'EVA-01 ? Shinji sera-t-il réduit en un nuage de LCL ? On verra bien…

Et bien sûr, merci à mes pré-lecteurs dennisud et Divine Chaos.

N.D.T : Enfin, voici le chapitre 3. Bizarrement, celui-ci m'a paru bien plus long qu'il ne l'est réellement. N'allez pas croire que c'est parce qu'il est moins intéressant, bien au contraire. En fait, c'est plutôt dû à une combinaison malsaine entre mon perfectionnisme forcené — que j'ai déjà évoqué et qui semble avoir encore empiré dernièrement — et la réduction drastique de mon temps libre (mes partiels ont beau être finis, il faut maintenant que je songe aux finaux).
Les choses étant ce qu'elles sont, je m'estime heureux de pouvoir publier ce chapitre "seulement" un mois après le précédent, mais dois vous avertir de ne pas escompter le prochain avant la seconde quinzaine de juin, en particulier du fait de sa longueur (environ 20000 mots, soit le deuxième plus long de cette fic !).
Après ça, je serai enfin libéré de toutes mes obligations estudiantines et pourrai me remettre plein pot à la traduction (promis, les suivants prendront moins de temps !)

Traduction qui demeure toujours aussi plaisante (je ne pense pas que j'aurais passé une nuit blanche à traduire la moitié des scènes tirées de l'épisode 17 tout en regardant lesdites scènes en boucle, si cela n'avait pas été le cas ! XD) et pleine de défis.
Outre le fait que je m'inspire toujours de la VF parfois un peu approximative de la série (j'ai hésité un moment à conserver le "Dummy Plug" original que je préfère au "Plug Factice" du doublage ; de même, j'ai laissé le terme "koa" alors qu'il s'agit tout bêtement de la prononciation japonaise de l'anglais "
core" que le doublage ne s'est pas soucié de traduire pour une raison ou une autre ; mais bon, comme une certaine personne me l'a dit, autant continuer sur ma lancée et aller jusqu'au bout de ma démarche), je suis aussi tombé sur d'autres subtilités, comme par exemple mon premier jeu de mots intraduisible, auquel j'ai substitué une assonance qui conservait le même sens (un amusant exercice qui m'a fait cogiter un moment).

J'en profite également pour remercier publiquement Attila1987 pour sa sympathique et encourageante review — la première que je reçois (youpi !) — et ses précieux conseils pour trancher mon dilemme de traduction. Également sur sa suggestion, cette fic sera prochainement disponible sur Fanfic-Fr.
J'espère que d'autres oseront maintenant suivre son exemple, quoique rien ne les oblige à m'encenser comme il l'a fait s'ils jugent que je ne le mérite pas. Soyez honnêtes et n'ayez pas peur de critiquer mes éventuelles erreurs, je sais très bien que je suis loin d'être parfait.

Allez, j'interromps ici ma logorrhée qui ne sert qu'à gonfler inutilement le compte de mots et vous donne rendez-vous au prochain chapitre !