Mouais ! Et moi qui me plaignais de la longueur du chapitre 3 avec ses 13000 mots, et maintenant ce chapitre en a environ 18000 (dans cette version censurée) et malgré tout, je pense que tout va un peu trop vite (vous verrez ce que je veux dire). Encore que le plus gros problème avec ça pourrait être que les gens commencent à s'attendre à ce que tous les chapitres suivants soient aussi longs que ces deux derniers, ce qui ne sera très certainement pas le cas (mais là encore, je pensais aussi que celui-là serait assez court…)(*)

Même si ce n'est peut-être pas totalement nécessaire, je vous conseille quand même de vous assurer d'avoir lu la version révisée du chapitre 2 au préalable.

(*) Ce pauvre Jimmy s'était effectivement mis le doigt dans l'œil : tous les chapitres qui vont suivre seront de longueur supérieure ou égale au précédent (et attendez un peu de voir arriver le chapitre 8) !

La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 4 : aimer

Le silence.

C'était exactement ce qu'il avait tenté d'éviter.

Mais voilà où ils en étaient, assis face à face dans le salon, sans prononcer un mot.

Shinji était sûr qu'elle était en train de perdre patience, même sans la regarder. Au lieu de ça, il gardait les yeux baissés sur ses mains tremblantes, tout en cherchant timidement les mots justes pour commencer. C'était tout de même ridicule : c'était lui qui avait voulu cela, lui qui avait enfin voulu se confier et vider son sac des événements obsédants du Troisième Impact. Et le sien à elle par la même occasion.

« Bon, si après tout tu ne veux pas parler, je pense que je peux m'en aller ! » finit-elle par grommeler en se relevant de son fauteuil d'un mouvement brusque.

Comme il fallait s'y attendre.

Il soupira, interrompant brusquement le serrement de ses poings.
« Asuka… murmura-t-il, mais cela suffit à l'arrêter net. Co-comment c'était…? »

Et voilà. Une question si simple, et il lui avait fallu lutter si dur pour la poser.

Asuka prit son temps avant de répondre, sans se retourner pour lui faire face.

« Comme si tu ne le savais pas… se contenta-t-elle de murmurer.

— Alors… c'était toi…?

— Oui, c'était moi… » La colère emplissait sa voix à chaque mot. « Bien sûr que c'était moi ! » Elle fit volte-face, ses yeux étincelant d'une flamme qui semblait inhabituelle même pour elle.
« Qu'est-ce qu'il y a, le Troisième ? Tu croyais que même moi je ne serais pas aussi cruelle envers toi ? Tu croyais que cette Asuka n'était qu'une illusion et que la vraie aiderait un pauvre trouillard dans ton genre, quoi qu'il lui arrive ; sans parler de quoi que tu lui aies fait ?! Non mais, tu t'attendais à quoi ? Comment… pourquoi t'aurais-je aidé ? Où était ton aide, quand mon esprit a été violé ? Où était ton aide, quand tout le monde m'a abandonné ? Où était ton aide quand… quand je me suis abandonnée moi-même ? Où… où était ton aide, quand j'ai retrouvé mon bonheur, pour qu'il me soit aussitôt confisqué une fois de plus ? » Elle reprit son souffle, entrecoupé de sanglots. « Où était ton aide, quand j'ai été mise en charpie et dévorée vivante ?

— Je sais… je suis…

— Arrête avec tes "je suis désolé" !

— Mais enfin, à quoi est-ce que toi, tu t'attendais de ma part ? Même si j'avais essayé de t'aider, tu ne m'aurais jamais laissé faire ! Je… je… » Les mots lui manquèrent lorsqu'il vit la flamme dans ses yeux éteinte par un regard froid.

— C'est étrange… marmonna-t-elle d'une voix dure. Tu l'as dit toi-même, que je te ressemblais. Et pourtant, même après ça, tu ne me comprends toujours en rien… »

Shinji tressaillit en reconnaissant ces mots. C'était l'une des choses qui avaient mené à la ruine définitive de ses espoirs.
Elle l'avait accusé de ne pas pouvoir la comprendre ; qu'il serait même arrogant de sa part de s'imaginer ne serait-ce qu'y parvenir et l'aider. Il avait rétorqué qu'il en était incapable si elle ne lui disait rien. Mais il avait essayé…

Non ?

Devait-elle vraiment tout lui dire s'il voulait la comprendre ? Si vraiment il avait essayé, n'aurait-il pas dû être capable de voir ce qui la tourmentait, même sans connaître tous les détails ? Après tout, il l'avait vu…

« Je crois que si… finit-il par répondre. Ton cœur est aussi fragile que le mien. Mais au lieu de le mettre à l'abri des autres et de le renfermer à l'écart, tu as chassé et repoussé tout le monde pour qu'ils ne puissent pas se rapprocher assez pour y toucher. Mais la vérité, c'est que tu n'as jamais réellement détesté quoi que ce soit comme tu essayais d'en convaincre tout le monde.

— Et c'est là que tu te trompes ! cracha-t-elle à nouveau. Je détestais vraiment tout. Je détestais la Première qui était la chouchoute de tout le monde. Je détestais Misato qui m'avait pris Kaji. Je te détestais toi qui m'avais dépassée. Je détestais la NERV qui m'avait laissée tomber. Je détestais l'Eva qui ne m'acceptait plus. Je détestais maman, papa… tout le monde pour m'avoir abandonnée ! Mais par dessus tout, je me détestais pour avoir échoué dans tout ce qui me distinguait ; pour être si faible. Je me détestais pour dépendre tellement de cette chose-là même pour laquelle j'avais travaillé si dur et pour laquelle je vivais ; je me détestais pour… avoir des sentiments… pour… »

Elle leva les yeux vers lui en le foudroyant du regard, les poings tremblants, avant de baisser de nouveau les yeux.

« Est-ce que tu te rends compte de l'effet que ça fait de détester ce que tu es censé aimer et d'aimer ce que tu es censé détester ? Ça te dégoûte ! »

Les yeux de Shinji s'écarquillèrent. "« Ça me dégoûte… »"

« Mais je ne veux plus être dégoûtée ! Je ne veux plus être obligée de me détester ! Mais je… je ne peux pas !

— Tu… tu n'es pas obligée…

— TAIS-TOI ! cria-t-elle en se couvrant les oreilles. Je t'en prie… pour l'amour du ciel… tais-toi ! Toi-même tu le sais ! Exactement comme j'ai dit ! Toi non plus, tu ne t'aimes pas ! Tu sais ce que c'est : si tu te détestes, tu ne peux aimer personne d'autre. Et si tu ne sais pas aimer les autres, comment es-tu censé apprendre à t'apprécier ? C'est… c'est un cercle vicieux ! »
Sa respiration était devenue saccadée. Shinji était réellement effrayé par la lueur quasi démente dans son regard. « Mais peut-être… peut-être que si tu le faisais à ma place, si tu me détestais, je ne serais plus obligée de me détester moi-même. Ou du moins je pourrais te détester en retour pour une bonne raison ! Allez, Shinji ! Tu m'as détestée là-dedans, quand tu m'as tuée ! Tu peux me détester ici ! »

Le garçon choqué ne savait que faire. Des larmes de désarroi commençaient à lui monter aux yeux. Cela ne se passait pas comme il l'avait prévu, pas du tout. Il avait voulu parvenir enfin à une compréhension mutuelle de ce qui leur était arrivé durant le Troisième Impact. Il avait voulu mettre les choses au clair entre eux, pour qu'ils puissent au moins vivre ensemble en paix, au lieu de se contenter de coexister plus ou moins côte à côte, tout en évitant de tels sujets et en conservant le fardeau de leurs lourds secrets.

Mais s'il ne faisait rien maintenant, tout se désagrègerait. Ils se détourneraient de plus en plus l'un de l'autre, vivant seulement pour eux-mêmes et finissant peut-être même par se quitter.

Et alors ils seraient vraiment tout seuls. Et il doutait fort qu'elle veuille cela. Peut-être était-ce la raison pour laquelle elle avait voulu éviter cette discussion dès le début : parce qu'elle craignait une telle issue. Il ne pouvait pas laisser cela se produire. S'il fallait qu'il abandonne son ancienne attitude, qu'il lui montre qu'il serait là pour elle, c'était le moment ou jamais.

Avec toute la détermination qu'il put rassembler, il se leva.

« Tu as raison, je ne me suis jamais aimé. Enfin, parce que je n'ai pas agi, mon meilleur ami s'est retrouvé estropié ! Je n'étais pas là pour les gens qui avaient besoin de moi ! J'ai tué la seule personne qui m'ait jamais dit… que l'on m'aimait ! Ce que je t'ai fait est… inexcusable. Sans parler du fait que toute l'humanité a disparu par ma faute. Je voulais juste mourir, échapper à ce monde de douleur… » Il ravala la boule qui se formait dans sa gorge, avant de lever les yeux vers elle.
« Mais j'ai réalisé quelque chose, Asuka. Même en se détestant soi-même, on peut trouver le bonheur ici ; le vrai bonheur. Mais pour cela, il faut accepter les autres et la douleur qu'ils peuvent nous causer. Peut-être… que si tu me laissais faire… je…

— Je ne veux pas que tu m'aides ! aboya-t-elle, mais elle se recroquevilla aussitôt. Je serai toujours toute seule.

— Tu n'es pas obligée ! Si tu me laissais… me rapprocher de toi. Sinon, tu n'arriveras qu'à te faire du mal… » Il fit un pas vers elle, mais elle recula d'autant.

— Déteste-moi, Shinji ! Tu ne peux pas m'aider !

— C'est… c'est faux ! Asuka, je t'en prie ! Tu… tu n'as jamais eu peur de personne. Je sais que je suis la dernière personne à qui demander de l'aide ; n'importe qui d'autre ferait l'affaire, et sans doute mieux que moi.

— Shinji… dit-elle dans un souffle en continuant de reculer dès qu'il tentait d'approcher.

— Je sais que ça ne sera pas facile, mais…

— Déteste-moi, Shinji… » Elle s'arrêta soudain, sentant sa retraite coupée par la table basse devant le canapé. « Je t'en prie, déteste-moi…

— Mais nous sommes les seuls qui restent. Nous sommes tout ce que nous avons. Nous sommes les seuls à pouvoir nous aider l'un l'autre.

— Ne t'approche pas de moi ! » cria Asuka d'un ton quasi hystérique lorsqu'il tendit une main hésitante vers elle. Mais en tentant de le repousser, elle trébucha en arrière sur la table basse, entraînant dans sa chute le vase posé dessus.
Pendant quelques secondes, Asuka resta étendue sur place, dans une flaque de l'eau que contenait le vase. Celle-ci trempait en partie ses vêtements, mais elle ne semblait pas s'en soucier.

« Déteste-moi, Shinji… murmura-t-elle de nouveau en se relevant lentement, appuyée contre la table. Déteste-moi… déteste-moi… » Elle s'était remise debout, mais ne leva pas les yeux vers lui.

Puis sa rage prit le dessus.

« DÉTESTE-MOI ! » Dans sa fureur, elle agrippa la table et la renversa de côté.
« ABANDONNE-MOI ! » Le vase ne le manqua que de quelques centimètres et se brisa contre le mur derrière lui.
« TUE-MOI ! »

Elle se tut après ça, sans relever les yeux, se tenant tout simplement là, le souffle court après son éclat.

« Non… »

À l'instant où il le dit, sa respiration s'interrompit. Elle resta complètement immobile l'espace d'une seconde, comme si elle avait voulu pleinement saisir sa réponse.

Rien qu'un murmure. Ça n'avait été que ça. Tout ce qu'il lui donnerait.

Et pourtant, cela suffit amplement à rompre les derniers lambeaux de sa raison et à déclencher en elle une réaction purement instinctive et émotionnelle.

Avant qu'il ait pu réagit, elle s'élança en avant. Ses mains tremblantes se réunirent autour de son cou, suivies de ses bras qu'elle ajusta légèrement pour agripper fermement son dos afin de se blottir plus profondément dans cette étreinte.

Shinji ne savait trop que faire. Il avait beau vouloir la réconforter, il ne savait pas comment. Il n'avait jamais su consoler quelqu'un. Sans parler du fait qu'il s'agissait d'Asuka ; la même Asuka qui lui avait carrément crié dessus pour l'avoir simplement regardée.

Mais en baissant les yeux et en la voyant sangloter contre son épaule, il sut que ce n'était pas la même Asuka féroce et bien trop fière qu'il connaissait. Et ce n'était pas non plus l'Asuka stoïque et amorphe des dernières semaines après que ses murs défensifs aient été abattus d'un coup par l'attaque du quinzième Ange.

C'était l'enfant fragile qui avait besoin de réconfort, enfin libérée après avoir été enfermée dans les profondeur de son subconscient pendant si longtemps et n'avoir pu se montrer que pendant son sommeil, comme il l'avait vu durant la dernière nuit de leur entrainement de synchronisation.

En hésitant, il leva les bras et plaça doucement ses mains sur son dos, lui rendant timidement son accolade.

« Tu le… renifla-t-elle d'une voix à peine audible, promets…?

— Promets ?

— De ne… pas partir… »

Un peu surpris par ces paroles, il hocha la tête, même si elle ne pouvait pas le voir. « Je… je te le promets. »

Il s'attendit à ce qu'elle se calme, mais au lieu de cela, elle le serra encore plus fort.

« Bon sang ! sanglota-t-elle. Re… regarde ce que tu as fait ! Je pleure encore. Je ne veux pas ! Je ne veux pas être si faible. »

Faible ? C'était ça qu'elle craignait ? Paraître faible, lorsqu'elle montrait cette facette d'elle-même ?
Mais comment pouvait-il lui dire qu'elle serait toujours plus forte qu'il ne le serait jamais, que cela n'avait aucune importance pour lui, sans que cela n'apparaisse que comme une piètre tentative de mauvaise foi pour la calmer ?

« J-je pense qu'il faut beaucoup de force pour montrer ses faiblesses… »

Elle laissa échapper un rire étouffé en entendant cela.
« Tu sais, ça ne semblait vouloir absolument rien dire… » murmura-t-elle contre son épaule.

— Désolé. Je… je ne suis pas très doué pour réconforter les gens. »

Elle resta silencieuse pendant un instant et posa sa tête sur son épaule. « Tu es peut-être meilleur que tu ne le crois…

— Hein ? Mais…

— Chut… s'il te plaît… pour l'instant… chut… »

Alors il resta silencieux, ne faisant rien d'autre que la tenir, tout en sentant ses dernières larmes imprégner sa chemise. "Rien que" la tenir ? On aurait dit une plaisanterie. Et il en était là : lui, l'humble garçon froussard qui avait souhaité que tout le monde meure pour ne plus souffrir, réconfortant la fille fougueuse et obstinée qui aurait préféré mourir que de demander de l'aide — et rien qu'en la tenant…

Il remarqua qu'elle avait cessé de pleurer depuis un moment. Ce qui était bizarre, c'était qu'elle se tenait toujours contre lui.

« Asuka ? » demanda-t-il d'une voix mal assurée.

Pas de réponse. La seule action qu'il remarqua venant d'elle était le léger mouvement de son corps au rythme de sa respiration.

« Asuka ? » murmura-t-il de nouveau en écartant légèrement la tête pour la regarder.

"Elle dort ?" se demanda-t-il. Un léger sourire se dessina sur ses lèvres tandis qu'il regardait son visage. Elle avait l'air si innocent, si vulnérable. Tout d'abord hésitant, il porta lentement la main à sa joue et en essuya doucement l'humidité.

Une pensée le frappa soudain. Il n'arriverait pas à rester debout ici toute la nuit en la tenant jusqu'à ce qu'elle se réveille. Malgré ce qu'elle disait toujours, il n'était pas bête : il savait qu'il n'était pas assez fort pour la porter jusqu'à sa chambre et il ne ferait rien d'autre que la réveiller s'il tentait vainement de le faire. Il regarda nerveusement les alentours jusqu'à ce que ses yeux se posent sur le canapé. Comme cela semblait la meilleure solution, il raffermit sa prise et la souleva de terre autant qu'il le put. Le rougissement de sa figure s'accentua lorsque son poids (et plus spécifiquement, la moitié supérieure de son corps) vint reposer complètement contre lui.

En chancelant un peu maladroitement, il réussit à la transporter jusqu'au canapé sans troubler son sommeil. Il la déposa délicatement, utilisant l'un des plaids repliés qui se trouvaient là comme oreiller et la couvrant avec l'autre.

"Elle avait raison", pensa-t-il en regardant son visage endormi. "Les choses vont changer après ça. Mais avec un peu de chance, pour le mieux…"

Sur ce, il la laissa à ses rêves…

-o-o-o-o-o-o-o-o

-o-o-o-o-o-o-o-o

DOULEUR !
DÉFAITE !
NON !
DÉSESPOIR !
DOULEUR !
NON !
TUER !
TUER !

TUER !

Silence…

Sombre…

Froid…

Il n'y avait rien d'autre qu'elle-même et la chaise pliante sur laquelle elle était assise.

« Ohé ? lança-t-elle dans le vide. Il y a quelqu'un ? »

Pas de réponse…

« Je suis… morte ? »

« Morte ? » dit une voix semblant venir de nulle part. Elle ne s'interrogea même pas à son sujet.
« Mort…
Meurs…
avec moi ! »

Des scènes jaillirent de nulle part : son père et sa belle-mère parlant d'elle ; sa mère parlant à sa poupée ; sa mère voulant qu'elles meurent ensemble ; sa mère pendant du plafond… morte… et souriante…

« Elle semblait si heureuse, se souvint Asuka tandis que les souvenirs douloureux s'estompaient enfin. Mais j'ai détesté son visage à ce moment-là.
Je ne veux pas mourir, répéta-t-elle son credo. Je n'accepterai jamais de disparaître. Je n'aime pas les garçons, poursuivit-elle, se sentant soudain libre de laisser sortir tout ce qui lui avait pesé sur la conscience pendant si longtemps. Je n'aime pas papa, ni maman. Je n'aime personne. Il n'y a personne pour me protéger. Il n'y a personne avec moi. »

« Que désire-t-elle ? »

« C'est pour ça que je vis toute seule. Mais je ne veux plus… » Elle laissa retomber sa tête, sentant les émotions l'accabler. « Ça fait trop mal… Je ne veux plus être seule… Je ne veux plus être seule ! »

« Que veut-elle ? »

« Je ne veux plus être seule… », répéta-t-elle.

« Elle n'est plus obligée d'être seule. »

« Mais tout le monde m'a abandonné… »

« Elle a juste à leur tendre la main. »

« À qui…? »

L'image d'un homme souriant et mal rasé, aux cheveux bruns attachés en une queue de cheval apparut.

« Kaji ? Il ne répondait plus au téléphone. Shinji disait qu'il était mort. De toute façon, il voulait être avec Misato. »

L'homme fut remplacé par une femme aux cheveux violets et au large sourire.

« Misato ? Elle ne s'est jamais vraiment sentie concernée ; c'était juste son boulot. Après tout, elle ne m'a laissé emménager que lorsque je devais me synchroniser avec son précieux Shinji. Elle n'aurait jamais été l'amie dont j'avais besoin. »

L'image de la femme disparut et, à la place, celle d'une fille aux couettes brunes vêtue d'un uniforme scolaire sembla la saluer joyeusement.

« Hikari ? Elle est gentille, mais c'est tout. Parfois, elle me donne l'impression qu'elle veut juste être polie parce qu'elle a pitié de moi. Elle ne peut pas comprendre ce que je fais, ce que je subis. Les seuls qui en seraient capables sont cette fichue Première et… »

L'image s'évanouit de nouveau et fut remplacée par celle d'un adolescent brun. Il ne souriait pas. Au lieu de cela, il contemplait quelque chose face à lui avec un regard triste.

« Idiot de Shinji ! Il n'en a rien à faire de moi ! Il n'a jamais été là pour moi quand j'avais besoin de lui. Il veut juste que tout le monde soit gentil avec lui. Il est toujours avec ses idiots d'amis. Toujours auprès de Misato. Toujours à rire avec la Première ! Toujours à être le chouchou de tout le monde ! C'est pour ça qu'il préfère tout le monde à moi… »

L'obscurité autour d'elle et sa forme immobile à lui furent soudain remplacées par le décor d'une chambre d'hôpital. Ses yeux s'agrandirent de stupéfaction en voyant que son regard chagrin et mélancolique était posé sur la patiente sur le lit entre eux. Elle-même.

Elle ne se rappelait pas de cet événement ; ce n'était pas son souvenir. Qu'est-ce que c'était ? Ça devait être durant la période avant qu'elle ne se réveille dans l'EVA-02…

"Qu'est-ce qu'il fait là…?" se demanda-t-elle incrédule. "Il est… venu me rendre visite…?"

Soudain, l'immobilité cessa. Les machines se remirent à fonctionner, bipant et bourdonnant.
« Misato et Ayanami me font peur, dit soudain Shinji. Aide-moi. Aide-moi, Asuka ! »
Ne recevant pas d'autre réponse que le mouvement de sa respiration, il se mit à la secouer, l'appelant par son nom plusieurs fois, l'implorant de se réveiller, d'ouvrir les yeux. Il finit par s'effondrer, sanglotant en silence. « Aide-moi… Aide-moi, je t'en supplie… Traite-moi d'idiot, comme tu le fais d'habitude… »

Asuka ne savait pas quoi penser en le voyant secouer le corps de son alter ego en la suppliant de se réveiller. Une part d'elle-même n'arrivait pas à croire à quel point il l'implorait sincèrement d'être avec lui. Qu'il veuille être avec elle.
Une autre part voulait simplement crier qu'elle avait eu raison, qu'à l'évidence elle était juste la toute dernière de sa liste. Qu'elle n'était que son dernier recours, puisque tous les autres ne voulaient plus l'aider.

Cette dernière ne fit que se renforcer en voyant ce qui suivit : d'une dernière traction, non seulement son corps comateux fut retourné, mais sa chemise d'hôpital s'ouvrit à la volée, mettant à nu ses seins et la plus grande partie de son corps. Ses yeux changèrent subtilement, acquérant un regard qui semblait à la fois empli de folie et de lubricité, et pourtant étrangement vide. Sa respiration était lourde et saccadée. Il ne quitta pas des yeux le corps sans vie, même en reculant vers la porte. Mais au lieu de partir, il tourna le verrou. Sa main descendit lentement vers son pantalon.

« Que… qu'est-ce qu'il fait ? » Elle écarquilla les yeux de surprise et de dégoût, avant que son expression ne se change en un mélange de peine et de haine. « Alors c'est tout ce que je suis pour toi, après tout ?! »

Il avait menti ! Il n'avait pas besoin d'elle, tout ce qu'il voulait c'était ça ! Il avait toujours menti ! Peut-être même que toute son attitude humble et penaude n'était rien d'autre qu'un mensonge !

Elle ne voulut pas voir la fin de cette scène révoltante et se détourna brusquement. Tout s'estompa de nouveau.

Tout ce temps, il avait menti et l'avait trompée.

Il en avait toujours été ainsi, n'est-ce pas ? Alors même qu'elle commençait à faire confiance à quelqu'un, elle était trahie et se retrouvait toute seule à la fin.

Elle sentit sa colère croître de plus en plus à force d'y penser. Comment avait-elle seulement pu s'attendre à ce qu'il soit différent ? N'avait-elle pas toujours su qu'il n'était qu'un pervers ?

Et le voilà ; probablement en train de fantasmer sur eux en ce moment même. Elle ne pouvait plus le supporter.

« Mon Dieu, ce que tu peux me dégoûter ! cracha-t-elle avec toute la haine dont elle était capable.

— Parce que je te ressemble…? »

Qu'est-ce que c'était censé vouloir dire ? La panique se mit à monter en elle. Se pouvait-il qu'il ait regardé dans son esprit, comme elle avait regardé dans le sien par accident ? Se pouvait-il qu'il ait vu les secrets les plus intimes de son passé ? Exactement comme cet Ange…

Ou bien pensait-il vraiment qu'il pouvait parvenir à la comprendre ? Personne ne le pouvait ! Comment osait-il penser que lui, parmi tous, en était capable, si… si elle ne le pouvait pas elle-même ?

Non ! Il ne pouvait pas ! Quelqu'un qui la comprendrait ne reculerait pas devant elle. Quelqu'un qui la comprendrait ne se soucierait pas qu'elle le chasse à coups d'injures quand il était évident qu'elle ne voulait pas ça. Quelqu'un qui la comprendrait serait là pour elle, la soutiendrait.

Des scènes défilaient de nouveau. Quelque chose concernant… un baiser. Le moment avant qu'ils ne s'embrassent !
Pourquoi cela ne la surprenait-elle pas qu'il revienne à ça ? À tous les coups, il s'était servi de ce moment de faiblesse de sa part pour son sale plaisir ! Pas cette fois…

« Tu ne comprends vraiment rien à rien ! l'attaqua-t-elle. Je ne veux plus que tu t'approches de moi !

— Mais si, je comprends… »

Menteur !
— Alors ça, ça m'étonnerait, imbécile ! »

Son coup de pied vif le fit grimacer, mais il ne bougea pas.

« Tu crois que tu pourras me connaître un jour ? poursuivit-elle son assaut. Tu crois que tu peux m'aider ? Non mais laisse-moi rire ! J'en reviens pas que tu sois aussi arrogant ! T'arriveras jamais à me comprendre !

— Comment veux-tu que je te comprenne si tu ne me dis jamais rien ? s'interposa-t-il soudain. Tu ne me parles jamais ! Et tu veux que je te comprenne ? C'est impossible !

— Ikari, est-ce que tu as au moins essayé de comprendre ? »

Une autre voix. La voix de la Première ! Et elle, de toutes les personnes, était de son côté ?
Non ! Si ça se trouvait, il lui avait dit les mêmes mensonges et maintenant ils s'étaient tous retrouvés dans ce… train ?
Asuka remarqua à peine les changements de scène désormais.

« Bien sûr… »

La réponse du garçon redirigea sa colère sur lui.

« Imbécile ! cracha-t-elle, se plaçant directement devant lui, le forçant à la regarder. Je sais bien ce que tu as fait ! Alors vas-y, recommence ! Je resterai pour regarder ! »
Bien sûr il n'oserait pas, pas tant qu'elle était consciente et juste en face de lui. Rien qu'un trouillard lâche, après tout, qui fuyait ses problèmes, quémandant de l'aide… auprès de tous les autres.
« Si je ne peux pas t'avoir pour moi toute seule, alors je ne veux rien de toi… » Cela la surprit elle-même. Avait-elle voulu être avec lui ? Elle n'arrivait pas à le dire. Plus maintenant.

— Dans ce cas, pourquoi tu n'es pas plus gentille avec moi ? »

Asuka sentit sa colère monter de nouveau. C'était toujours comme ça, pas vrai ? Toujours « Sois gentille avec moi ! » Et avec elle ?

Un autre changement de décor. Ils étaient dans la cuisine de leur appartement. Ça lui rappelait un peu un moment après son viol mental, avant qu'elle ne fugue.

« Asuka, je veux t'aider mais je ne sais pas ce que tu attends de moi », dit Shinji en contournant la chaise sur laquelle elle était assise.

Et le voilà qui recommençait. Pourquoi ne pouvait-il pas se taire et la laisser tranquille ? Ça ne ferait pas aussi mal que ses mensonges et ses tentatives inutiles de la tromper.

« Alors ne fais rien. Ne t'approche pas de moi. Tu ne fais que me causer du chagrin.

— Asuka, aide-moi ! implora-t-il. Je t'en prie. Tu es la seule qui puisse m'aider !

— Espèce de menteur. » C'en était assez. Elle n'en pouvait plus de ses excuses et de ses mensonges. Déterminée à régler cela une bonne fois pour toutes, elle se leva, le faisant reculer effrayé, mais elle le suivit autour de la table de la cuisine. « N'importe qui fera l'affaire ! Tu as peur de Misato et de la Première Élue ! Même chose avec tes parents !

— Asuka...

— Alors maintenant tu te tournes vers moi ! C'est plus facile pour toi, ça ménage ton amour-propre !

— Asuka, aide-moi…

— Tu n'as jamais aimé personne ! » Elle le poussa brutalement, le faisant tomber, tandis que son bras heurtait la cafetière sur la table, qui déversa son contenu sur le sol. « Tu ne peux plus compter que sur toi ! Mais tu ne te supportes même pas ! »

En le voyant tomber dans le liquide répandu, recroquevillé misérablement au sol, un seul mot traversa son esprit empli de haine. « Pathétique… »

« Aidez-moi… Je vous en prie… Par pitié, aidez-moi… » Avec lenteur, il se remit debout.
« Aidez-moi… aidez-moi… aidez-moi ! » Sans prévenir, il repoussa soudain la table de côté.
« Ne me laissez pas tout seul ! » Il prit la chaise et la balança autour de lui.
Alors il commençait à paniquer ?
« Ne m'abandonnez pas ! »
Dommage pour lui.
« Ne me tuez pas ! »

Elle remarqua à peine la chaise qui heurta le sol à ses pieds. Elle se contenta de toiser froidement sa silhouette maintenant silencieuse et épuisée.

« Non… »

Maintenant, il irait sûrement trouver quelqu'un d'autre. Quémander l'aide de quelqu'un d'autre. Tromper quelqu'un d'autre. Blesser quelqu'un d'autre…

Mais il ne le fit pas…

Asuka fut choquée lorsque ses mains empoignèrent soudain son cou, le serrant avec une force inconnue. Elle ne lutta même pas contre lui lorsqu'il la souleva de terre en sanglotant.

Qu'avait-elle fait ? Qu'est-ce qui avait pu lui faire tellement mal pour qu'il soit prêt à la tuer en retour ? Pourquoi n'était-il pas tout simplement allé chercher quelqu'un d'autre après qu'elle l'ait rejeté ?

Et si… Se pouvait-il… qu'il n'ait pas menti ? Qu'il ait voulu être avec elle ? Qu'il n'ait jamais eu l'intention de la jeter une fois qu'elle ne lui aurait plus servi à rien ?

Mais ce n'était pas possible, non ? Personne n'avait jamais…

Maintenant c'était trop tard de toute façon. Il ne lui restait plus de forces. Les ténèbres l'entouraient. Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était entendre sa voix affaiblie, comme venant de très loin…

« Alors ils peuvent tous mourir. »

Tous ? Tout simplement parce qu'elle n'avait pas cru qu'il veuille être avec elle ? Qu'il ait besoin d'elle ? Parce qu'elle avait rejeté son appel à l'aide ? À cause…

"À cause de moi ?"

Des voix se mirent à emplir son esprit. Tant de voix ! Elle ne voulait pas les entendre. Elle ne pouvait pas laisser cela se produire. Pas maintenant ! Il fallait encore qu'elle montre… il fallait encore qu'elle sache…

Mais il y en avait tant…

-x-x-x-x-x-

Les vagues.

Les étoiles.

Une traînée rouge.

Incapable de respirer.
En train de la tuer.
Comme Shinji l'avait fait.
Montrer… qu'elle ne le pensait pas…

De l'air.
Des larmes… sur son visage. Quelqu'un…
…pleurait. Tout près. Sur elle.

Elle ne voyait que d'un œil.
Shinji pleurait au-dessus d'elle.

Quoi ? Le Troisième Impact. La Complémentarité.
Lui avait-elle vraiment montré…?

« Ça me dégoûte… »

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Shinji avait ses propres problèmes pour tenter de s'endormir. Pendant ce qui lui sembla des heures, il se tourna et se retourna d'un côté vers l'autre, jusqu'à ce qu'il finisse enfin par s'assoupir — pour être alors dérangé par un souffle d'air à côté de lui.

"Oh génial", se dit-il, "aurais-je oublié de fermer la fenêtre ?"

Lorsqu'il voulut se lever et qu'il ouvrit les yeux, sa vue fut gênée par quelques mèches de ses longs cheveux roux qu'il repoussa distraitement hors de sa figure.

"Attends, je n'ai pas de longs cheveux roux ! Ça voudrait dire…"

Il tourna légèrement la tête sur le côté, où il vit la cause du souffle précédent.

"Elle a dû encore avoir une crise de somnambulisme", supposa-t-il en faisant passer nerveusement son regard du plafond à Asuka, qui était allongée juste à côté de son colocataire, le dos tourné vers lui. Lentement, il s'éloigna d'elle, pour s'en aller dormir ailleurs. Si elle se réveillait avec lui à ses côtés, qu'importe ce qui s'était passé ce soir-là, le réveil ne serait pas agréable pour lui.

Mais son mouvement fut interrompu et ses yeux s'écarquillèrent de surprise lorsqu'une main lui saisit le poignet gauche, tirant son bras pour le placer autour de sa taille.

Était-elle éveillée après tout ? Se pouvait-il qu'elle soit venue parce qu'elle recherchait sa proximité ? Non, ce n'était pas possible. Bien sûr, ils avaient partagé une étreinte relativement serrée ; elle s'était épanchée sur lui, au moins en partie. Mais ça n'avait été qu'une réaction spontanée et intuitive, n'est-ce pas ?

Et maintenant elle ne faisait rien d'autre qu'être couchée là, gardant une prise légère mais ferme sur son bras, qui le retenait près d'elle.

Sa respiration s'accéléra de nouveau. La légère chaleur que son corps émettait, le léger son de sa respiration, son odeur… Tout cela était aussi enivrant que ça l'avait été alors.

Et pourtant, là encore, s'en apercevant lui-même à peine, il s'avança, ses yeux se refermant lentement, ses lèvres s'approchant d'elles, jusqu'à ce qu'elles entrent en contact avec la peau douce de son épaule.

« Pousse pas le bouchon, hentai. »

Il hoqueta, pris par surprise par son ordre prononcé à voix basse.

« Je… je ne… » bégaya-t-il nerveusement. Il n'était pas sûr si le choc qu'il avait ressenti venait de son avertissement soudain ou de la possibilité qu'elle ait été éveillée tout ce temps et qu'elle ait vraiment voulu être près de lui. Était-ce possible ?
« Je… c'est juste que tu… sentais bon, avoua-t-il faiblement.

— Baka… » murmura-t-elle.

Sa main retenait toujours son bras prisonnier autour d'elle.

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Il ne fut pas vraiment surpris de voir qu'elle était repartie le matin suivant. À en juger par les bruits provenant de la salle de bains, elle était debout et prenait une douche. Il se leva de son lit, enfila un tee-shirt large et un pantalon et alla préparer le petit déjeuner. Tout comme chaque matin habituel.

Ils ne dirent pas un mot des événements de la veille et continuèrent à vivre comme si rien ne s'était passé. Non pas qu'il s'attende à ce qu'elle agisse autrement. Elle lui avait montré son côté faible et, à ce qui lui semblait, elle voulait toujours repousser cela aussi loin que possible.

Ou du moins, c'est ce qu'il pensait.

Cela le surprit d'autant plus quand, à l'heure de retourner dormir, elle le prit par le poignet et le conduisit à sa chambre. Lorsqu'il parvint à demander pourquoi, la seule réponse qu'il obtint fut un « Mon lit est plus grand que le tien » marmonné à voix basse.

Il n'en demanda pas davantage.

Ils ne dormirent pas aussi près l'un de l'autre que la nuit précédente, mais son comportement à ce sujet ne le laissa pas trouver facilement le repos.

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Le rituel du coucher se répéta ainsi tous les soirs dès lors. Ils allaient au lit, ils dormaient et ils se réveillaient sans un mot à ce sujet, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde. Elle ne lui donna jamais aucune explication et il n'en demanda pas plus, même si cela le troubla pendant un bon moment.

En fin de compte, il finit par comprendre, ou du moins parvint-il à ce qui lui semblait être la réponse la plus probable. Aussi étrange que cela puisse paraître, pendant la journée, que ce soit à cause du travail qu'ils avaient maintenant ou à cause d'autre chose, le fait qu'ils soient les dernières personnes restantes sur terre se remarquait à peine. Cependant la nuit, quand vous étiez couché tout seul dans votre lit, sans rien pour se divertir l'esprit, la solitude s'insinuait en vous, vous étreignant le cœur de toutes ses forces.

Mais quand ils dormaient côte à côte, même si c'était juste assez près pour sentir la présence de l'autre, la solitude n'arrivait pas à les atteindre aussi vite. Pas tant que l'autre était là.

Et il y avait autre chose.

Ça tenait chaud…

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« Je ne crois pas que ce soit si difficile…

— Oh oui, comment ai-je pu oublier ? Tu es Shinji le tout-puissant ! Il n'y a rien de trop difficile pour toi, rien qui puisse te faire obstacle, rien… »

Shinji fit la sourde oreille aux tirades d'Asuka. Pourquoi ne pouvait-elle pas le laisser essayer quelque chose pour une fois sans faire sa "mademoiselle Je-sais-tout" ? Après tout, il le faisait surtout pour elle.

Il n'avait pas été surpris lorsqu'elle avait déclaré qu'elle en avait marre de ne manger que des légumes, de la viande séchée et des nouilles instantanées depuis des semaines. Elle voulait de la « vraie nourriture » et, bien sûr, attendait de lui qu'il lui en trouve. Étant donné qu'il ne voulait pas chasser et abattre des animaux sauvages ni toucher à leurs poules, il avait proposé d'aller pêcher, ce qui avait provoqué une réaction plutôt mitigée. Après une discussion animée pour savoir si le poisson constituait de la « vraie nourriture » ou pas, il avait fini par l'emporter en disant que ce serait soit ça ou bien ils devraient finir par attraper et manger des insectes.

Et maintenant, chargé de matériel récupéré et d'un manuel d'instructions, Shinji cheminait en direction d'un lac hors de Tokyo-3, suivi d'une Asuka toujours criarde. Il voulait éviter les lacs Ashi, qui étaient inondés par la mer maintenant emplie de LCL. Aussi avait-il choisi de tenter sa chance dans un autre un peu plus éloigné de la ville, situé au cœur du paysage pittoresque dans lequel il avait erré après son combat contre le 4ème Ange.

« …et ne t'attend pas à ce que je le nettoie, compris ? »

Il s'arrêta et laissa ses épaules tomber en un soupir silencieux. « Asuka, pourquoi es-tu venue avec moi ?

— Alors tu n'apprécies pas ma compagnie ? demanda-t-elle d'un ton menaçant en s'approchant de lui.

— Non… J-je veux dire… je… »

Le regard froid de la rousse vacilla bien vite en l'entendant bégayer et elle éclata de rire.
« Tu aurais du voir ta tronche ! gloussa-t-elle en reculant de quelques pas. Mais j'ai bien peur de devoir te ramener sur terre. Je ne suis pas là parce que tu me manquerais si j'étais seule ou quelque chose comme ça. C'est juste que je voulais en profiter pour retourner nager. » Avec un clin d'œil, elle lui dévoila une bretelle rouge et blanche sur son épaule en dessous de son tee-shirt. « À part à l'école, je n'ai pas eu l'occasion de le faire à part cette fois-là à la piscine de la NERV. Sans parler du fait que les dernières semaines ont été bien trop chaudes à mon goût. »

Shinji détourna rapidement le regard dans l'espoir qu'elle ne remarque pas à quel point sa figure était devenue rouge. Son bikini ; le souvenir de cette scène à la piscine et la mention de la chaleur lui rappelaient surtout une chose : la thermodilatation…

Quelques minutes plus tard, ils arrivèrent à l'étang. Quelques uns des arbres qui l'entouraient s'étaient inclinés sous l'effet de l'onde de choc du Troisième Impact. Deux d'entre eux avaient été complètement déracinés. L'eau, cependant, brillait au soleil comme si rien ne s'était passé.

Très vite, Shinji trouva un coin où il voulait tenter sa chance. Tout en s'asseyant et en manipulant maladroitement les morceaux de la canne à pêche pour les assembler, il entendit quelques bruissements quelque part derrière lui.

"Asuka doit être en train de se déshabiller…" Sa tête rougit comme une betterave à cette pensée. Bien sûr, elle n'allait pas y aller toute nue, puisqu'elle portait déjà le bikini sous ses vêtements, mais quand même…
"Pas de « Ne mate pas ! » ? Peut-être… Non ! … Mais…"

Ses pensées furent interrompues par un plouf sonore. C'est alors qu'il remarqua qu'il était en train d'essayer d'emboîter la tête de la canne dans le manche.

Pendant ce temps, sa compagne fit quelques brasses et se laissa dériver en arrière.

« Hé, baka, pourquoi ne laisserais-tu pas tomber ta tentative vaine de prouver un semblant de virilité pour venir faire quelques longueurs ? L'eau est juste à point !

— Je… jsaispasnager… marmonna-t-il.

— Qu'est-ce que tu dis ?

— J'ai dit… que… je ne sais pas nager ! grommela-t-il.

— Tu ne sais pas quoi ? s'exclama-t-elle déconcertée, interrompant de surprise ses mouvements vers l'arrière.

— Si les hommes avaient été faits pour nager, ils auraient des branchies !

— Oh, allez, même les bébés savent faire ça ! C'est juste une question de volonté. Il te faut juste un peu de moti…

— Asuka, si tu fais tant de bruit et de mouvements par ici, c'est sûr qu'aucun poisson ne va mordre !

— Super, maintenant je te sers d'excuse pour ton incompétence ! Très bien ! Je m'en vais par là-bas !

— Très bien !

— Très bien ! »

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Asuka regarda son compagnon à distance. Où cet idiot s'était-il trouvé un tel cran ? Qui eut cru qu'il lui fallait juste quelque chose dont il avait peur pour qu'il le montre ? Mais pas avec elle ! Comment osait-il lui couper la parole et l'envoyer promener ?! Qu'il le veuille ou non, au nom de tout ce qui lui restait de sa fierté, elle était maintenant bel et bien décidée à l'attirer dans l'eau, même si elle devait ravaler un peu de sa dignité en contrepartie ! Et après tout, ce serait pour son propre bien. Il avait juste besoin de la motivation adéquate…

Elle attendit un bon moment et fit quelques longueurs, avant de se décider à mettre son plan à exécution. Retournant à la nage vers l'endroit où il pêchait, elle remarqua qu'il y était arrivé en fin de compte. Même si le poisson qu'il contemplait était ridiculement petit, cela lui suffirait pour prouver qu'elle avait eu tort et la ramener là-dessus. Mais il n'oserait pas faire ça une fois qu'elle en aurait fini avec lui. Dès qu'elle aurait…

« Aaahhh ! » Son cri et ses violentes éclaboussures attirèrent aussitôt son attention.

— Qu'est-ce qu'il se passe, Asuka ?

— J-je ne sais pas ! Je… » L'eau emplit sa bouche et l'interrompit lorsque sa tête disparut sous la surface. Ce n'est qu'après quelques mouvements frénétiques et mal coordonnés qu'elle parvint à remonter. « Mes-mes jambes. Ça doit être… une crampe…

— Ce-ce n'est pas drôle, Asuka ! » Shinji avait l'air terrifié pour de bon maintenant. Il avait lâché la canne à pêche et se tenait au bord de la berge, sa main s'ouvrant et se refermant.

— Je ne… » Asuka toussa et cracha encore un peu d'eau lorsqu'elle sombra de nouveau. « Je ne plaisante pas ! »

Elle se maintenait à peine à la surface désormais. La dernière chose qu'elle vit fut qu'il était dans l'eau à hauteur de genou. Le temps sembla ralentir tandis qu'elle coulait à nouveau, en contemplant la surface qui s'éloignait. Elle n'était pas sûre de savoir si elle devait être inquiète ou satisfaite de savoir que ce serait probablement pour la dernière fois…

Mais ces pensées furent immédiatement interrompues lorsque quelque chose fendit l'eau, la saisissant par le poignet et qu'elle fut ramenée à l'air libre.

Shinji pataugeait assez maladroitement, éclaboussant les alentours avec son bras et ses jambes, mais elle était sauve. Se traînant sur la berge, il toussa et recracha une bonne quantité d'eau, apparemment plus qu'elle n'en avait craché elle-même.

Une fois qu'il eut partiellement repris son souffle, il se pencha sur sa forme apparemment inconsciente, en la prenant délicatement par les épaules.

« Asuka ? demanda-t-il d'un ton plein d'espoir en la secouant doucement. ASUKA ? »

Avec un faible sourire, elle entrouvrit les yeux.

« Tu vois ? railla-t-elle. Je savais que je t'amènerais à l'eau. "Shinji l'invincible" n'avait besoin que d'une demoiselle en détresse pour se bouger les fesses.

— C'était… c'était juste une ruse après tout…?

— Peuh ! Bien sûr, voyons ! Tu pensais vraiment que j'aurais besoin de ton aide pour sortir de cette eau peu profonde ? » lui-dit elle, peut-être sur un ton plus mordant qu'elle ne l'aurait voulu. Mais quand elle tenta de se lever, la pression sur ses épaules augmenta douloureusement lorsqu'il la repoussa brutalement au sol. « Aïe ! Qu'est-ce que…? » cria-t-elle, mais elle fut réduite au silence en voyant le regard dans ses yeux baignés de larmes ; plein d'inquiétude et de peine, mais surtout de tellement de colère qu'elle en prit peur.

— Asuka ! siffla-t-il. Tu peux te moquer de moi, tu peux me frapper, mais ne… ne refais plus jamais ça ! »

Asuka était stupéfaite. Qu'avait-elle fait pour provoquer cela chez lui ? Elle lui avait juste fait une farce, et cette fois-ci ce n'était même pas à ses dépens. Elle avait tout simplement fait comme si elle allait se noyer… comme si elle allait…

Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle comprit ce qu'elle lui avait fait. Cependant elle ne put se résoudre à trouver les mots justes pour s'excuser. Tout ce qu'elle put faire fut un hochement de tête, pour qu'il la lâche.

Sur le chemin du retour, aucun d'eux ne prononça un mot et même une fois rentrés, ils restèrent plongés dans un silence angoissant.

Il ne dormit pas à ses côtés cette nuit-là.

Il faisait froid.

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« Je suis rentré. »

Un frisson parcourut son échine en entendant le ton caverneux de sa voix. L'incident du lac s'était passé il y avait quelques jours, mais l'ambiance entre eux n'avait qu'à peine changé. Et cela commençait vraiment à tracasser Asuka.

Il l'évitait ; il refusait de lui parler à moins que ce ne soit par nécessité ou par habitude. Et quand il le faisait, son comportement répulsif ne laissait guère de doute au sujet de qui il était le fils. Et les nuits n'étaient guère meilleures. Le lit était tout simplement trop grand pour elle toute seule.

C'était presque comme si elle vivait avec un fantôme : vous savez que quelqu'un est là, quelque part ; une présence sinistre arpentant la maison, mais restant hors de portée.

Eh bien, ça avait assez duré — elle allait régler ça une bonne fois pour toutes. Alors elle prit une profonde inspiration et arbora son plus tendre sourire, avant d'aller retrouver Shinji dans la cuisine, où il venait de déposer sa dernière prise sur la paillasse de l'évier en inox.

« Salut », l'accueillit-elle d'un ton exagérément mielleux.

Mais il ne répondit pas, ne se tourna pas dans sa direction — ne fit pas du tout attention à elle. Asuka réprima un tic de l'œil et maintint son sourire.

« Hé, tu en as eu un plus gros cette fois-ci ! »

Mais encore une fois, ses tentatives pour montrer de la bonne volonté ne furent récompensées que d'un simple grognement tandis qu'il se lavait les mains. « Ouais. »

Son air de midinette disparut dans un soupir furieux. Même dans ses pires moments, il n'avait pas été si indifférent, si… froid. En fait, il s'était ouvert — ils s'étaient ouverts — durant les dernières semaines. Après cette discussion fatidique, il leur avait paru étonnamment facile de parler librement de sujets qu'aucun d'eux n'aurait osé aborder auparavant. Ils avaient parlé de leur passé, de leurs vies ; de l'époque d'avant et aussi de l'époque depuis leur rencontre, de leurs parents… elle était allée jusqu'à lui parler de sa mère. Pas de sa mort ou de qui avait trouvé son corps sans vie pendant du plafond. Pas encore. Ils gardaient évidemment toujours des secrets vis-à-vis de l'autre — mais cela leur avait suffi pour pouvoir jeter un coup d'œil à travers une fissure dans les coquilles qu'ils avaient construit autour d'eux. Et ils n'y étaient pas arrivés grâce à des discussions profondes ou des analyses, mais quelque chose qui ne s'était produit que très rarement auparavant : des conversations banales.

Et Asuka devait admettre que ça commençait à lui manquer.

Tout ça parce que cet idiot ne pouvait pas encaisser une blague stupide…
Franchement, de quel droit se permettait-il de juger ?! Il lui avait fait bien pire ! Se sentir obsolète ! L'avoir abandonnée ! Cette chose dégoûtante à l'hôpital ! Essayer de la tuer !
Elle avait vraiment de bonnes raisons de broyer du noir, mais est-ce qu'elle le faisait ? Non, elle faisait de son mieux pour avancer, parce qu'il le fallait. Parce que c'était mieux pour eux ainsi…

Mais la colère sur laquelle elle tentait de se concentrer ne l'aidait guère à oublier la culpabilité qui lui tordait l'estomac chaque fois qu'elle le voyait.

S'il menaçait de la laisser seule dans ce monde vide, elle n'était pas sûre de pouvoir lui pardonner non plus…

« Écoute, dit-elle d'une voix basse mais ferme en croisant les bras sur sa poitrine. Je ne vais pas dire que je suis désolée de ce que j'ai fait… »

Elle put le voir se tendre, mais sinon, il ne réagit pas.

« Je l'ai fait pour te faire une faveur. Et, oui, aussi parce que je trouvais ça drôle. Je reconnais que je n'y avais peut-être pas assez bien réfléchi. » Elle se mordit la lèvre, comme en une ultime tentative de retenir les mots qui allaient suivre. Mais il fallait qu'ils sortent. « Alors… alors je suis désolée de t'avoir blessé… »

Asuka serra plus fort ses bras autour d'elle, attendant une réponse de la part de sa forme rigide. Se sentant une envie de taper du pied, elle réalisa que l'idée de l'entendre la rendait nerveuse. Se pouvait-il vraiment qu'il veuille qu'ils s'éloignent ainsi l'un de l'autre ?

« Allez, tenta-t-elle une fois de plus. Oublions cet incident de passage et continuons comme avant. D'accord ? »

Et enfin, il se retourna. Il semblait lui-même fatigué, remarqua Asuka, mais elle ne pouvait dire s'il avait eu le même mal qu'elle à trouver le sommeil ou s'il en avait tout autant assez de cette "comédie".

« Tu sais, commença Shinji en esquissant un léger sourire, si tu voulais que je me remette à partager ton lit, il suffisait de demander… »

Elle ne put s'empêcher de sourire — un sourire franc cette fois — non seulement de sa tentative pas si minable de moquerie, mais aussi de soulagement. « Dans tes rêves, hentai », dit-elle, feignant la colère et tournant les talons pour partir avec un soupir exagéré.

Mais juste avant de passer la porte, elle ajouta à voix basse, juste assez fort pour qu'il l'entende : « Par contre, t'as intérêt à pas te mettre à ronfler. »

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La vie reprenait son cours normal. Du moins aussi normal qu'il soit pour les deux derniers êtres humains sur terre.

Shinji retourna au lac de temps à autre, et finit par prendre le coup pour attraper de plus gros poissons, ce qui leur permit de varier un peu leurs repas. Asuka développa un intérêt assez surprenant pour le jardin et même les animaux. Elle était parfois allée jusqu'à le chasser sous prétexte qu'il risquait de perturber tout le processus de croissance. Non pas qu'ils aient encore des preuves duquel avait "la main plus verte" que l'autre, ou si tous deux finiraient par mourir de faim avec des récoltes bien trop maigres. Il leur faudrait encore attendre longtemps pour voir ça…

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Où était cet idiot ?

Il était parti pêcher depuis plusieurs heures déjà. Mais ce n'était pas ça le problème.

Les périodes chaudes et ensoleillées étaient souvent interrompues par de grosses averses. Ces derniers temps, elles avaient empiré, le vent et le tonnerre les changeant souvent en de véritables tempêtes. Mais c'était rarement aussi terrible que ce jour-là.

La pluie s'était mise à tomber une heure plus tôt et n'avait fait qu'empirer depuis. Elle ne montrait aucun signe d'accalmie, bien au contraire. Et il était toujours dehors.

Cet idiot.

Asuka se força à s'éloigner de la fenêtre. Qu'est-ce qu'elle regardait d'ailleurs ? Elle ne l'avait jamais attendu, alors pourquoi commencerait-elle maintenant ? Et ce n'était pas comme s'il allait se frayer un chemin sous cette pluie. Il s'était probablement mis à l'abri quelque part en attendant que ça cesse. D'ailleurs, il était impossible qu'il lui soit arrivé quoi que ce soit. Il avait dit qu'il ne la quitterait pas.

Elle fit la grimace en réalisant combien cette raison était stupide. Mais tout de même, il n'avait pas pu…

Mais, et si…?

Non, cela ne…

Mais…

« Argh ! Bon sang ! »

À ces mots, elle alla chercher en vitesse sa veste et ses chaussures et s'élança dans la tempête.

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Lorsqu'elle finit par atteindre le lac, il était introuvable. Elle tenta d'ignorer la petite voix dans sa tête, qui ne cessait de lui dire qu'il était peut-être allé trop loin pour une raison ou une autre et gisait maintenant noyé dans l'eau actuellement trouble. La voix se calma un peu lorsqu'elle fit le tour du rivage sans trouver aucune trace de son matériel de pêche.

"Mais ce n'est pas grand-chose", poursuivit la voix. "Il a peut-être été emporté par le vent qu'il fait."

Elle se demanda d'où venaient ces pensées. Mais plus encore, elle se demanda comment elles pouvaient avoir tant d'emprise sur elle. Des frissons lui parcoururent l'échine et ils ne provenaient pas nécessairement du froid.

Peut-être était-il allé en ville et avait-il trouvé un abri là-bas. Ça devait être ça. Obligé…

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Elle jura en marchant dans une autre flaque. Elles se comptaient par centaines dans ces ruines, le sol entier n'était qu'un mélange vaseux de boue et de débris. Et la pluie et l'obscurité qui s'épaississait empêchaient d'y voir clair. Si au moins les lampadaires marchaient encore. Ou mieux dit : si seulement ils tenaient encore debout.

Sa tête retomba dans un soupir. Comment diable était-elle censée trouver ce baka dans cette immense zone clairsemée sans parvenir à y voir elle-même ?

« SHINJI ‼ »

Qu'est-ce que c'était ?

« SHIIIN-JIII ? »

Encore. Zut alors, c'était tellement embarrassant !

Pourquoi ? Personne n'était là pour l'entendre…

À part Shinji…

« BON SANG, SHINJI ! IL SE FAIT TARD ! TU DOIS ENCORE ME PRÉPARER LE DÎNER ! »

Mieux…

Mais toujours pas de réponse…

« Bon sang… » jura-t-elle en silence.

Mais toujours pas de réponse…

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Elle avait cherché pendant près de quatre heures. La tempête avait à peine cessé et la nuit approchait.

Elle ne le trouverait pas dans l'obscurité complète.

La pluie l'avait complètement trempée à présent. La veste ne lui avait pas été d'un grand secours pour garder ses vêtements au sec et ses cheveux détrempés lui collaient au visage. Quelques gouttes d'eau coulaient le long de ses joues également. Ce n'est que lentement qu'elle rentra… non, qu'elle battit en retraite vers la maison. Elle détestait devoir battre en retraite.

Elle releva la tête en arrivant en vue de leur maison. Elle avait presque l'air paisible avec la douce lumière qui brillait par les fenêtres, si chaude, si accueillante, si… comme chez soi…

Qui sait si cela pourrait l'être encore…?

"Attends un instant", se dit soudain Asuka, "je n'ai pas allumé les lumières."

Sans plus y réfléchir, elle se précipita vers la maison, ouvrit la porte à la volée et faillit rentrer dedans…

« Shi… Shinji ?

— Mon Dieu, Asuka, où étais-tu passée ? Tu es complètement trempée !

— Qu… Où étais-tu ?

— Moi ? J'inspectais la serre quand la tempête a éclaté. Je voulais attendre que ça se calme pour rentrer ici. Mais comme ça n'arrivait pas, j'ai fini par y courir après environ… Asuka, tu devrais vraiment enfiler des vêtements secs, ce n'est pas sain ! »

Asuka cependant ne bougea pas. Elle garda la tête baissée, ses cheveux trempés et dégoulinants lui dissimulant la plus grande partie de son visage. Ses deux poings étaient crispés et sa voix tremblait de colère.

« J'étais là-dehors, pendant quatre heures, à ta recherche et tu étais là TOUT LE TEMPS ?! »

Le pas qu'elle fit brusquement en avant surprit Shinji et il tressaillit en attendant le coup. Il fut d'autant plus stupéfait lorsque ses bras l'enlacèrent, l'attirant dans une étreinte étonnamment serrée.

« Espèce d'abruti ! dit-elle d'une voix brisée, étouffée contre son épaule. Si tu refais quelque chose d'aussi stupide, je te tue moi-même!

— Tu… tu t'inquiétais vraiment pour moi ?

— Je… c'est juste que je… oh, la ferme, baka ! souffla-t-elle en s'écartant de lui. J'espère au moins que le dîner est prêt ! S'il est bon, je fermerai peut-être les yeux sur le fait que tu ne sois pas allé me chercher… »

Il eut un pincement de culpabilité lorsqu'elle prononça cette dernière phrase sur un ton plus déçu que menaçant.

Néanmoins…
Il ne put s'empêcher de sourire…

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« C'est entièrement de ta faute, tu le sais ? l'accueillit Asuka d'une voix enrouée en essayant de s'asseoir dans son lit, tandis qu'il pénétrait dans sa chambre en portant un plateau avec un bol de soupe chaude.

— Dés… » Il s'interrompit lorsque la rousse lui lança un regard intimidant. Ou du moins, ce qui s'en rapprochait le plus, dans son état actuel. Mais ses yeux gonflés et son nez rouge ne la rendaient pas aussi menaçante qu'elle l'aurait voulu.
Il soupira. « D'accord, c'est ma faute si tu es sortie dans cette tempête et que tu as attrapé un rhume… reconnut-il en déposant le plateau sur ses genoux, en prenant garde à ne rien renverser.

— Ce n'est pas avec tes excuses que j'irai mieux ! Tu n'es pas obligé de t'en vouloir constamment. Je peux très bien le faire à ta place ! »

Elle gloussa de sa blague, mais son rire se changea rapidement en une quinte de toux, les secousses brusques faisant passer quelques gouttes de soupe par dessus le bord du bol dans le plateau.

« Tu ferais mieux de manger, tant qu'il reste quelque chose dans le bol. »

Asuka hocha la tête, puis pris la cuillère et porta directement la soupe à sa bouche.
Ses yeux s'écarquillèrent sous le coup de la surprise et de la douleur lorsque l'intérieur de sa bouche entra en contact avec la chaleur inattendue.

« AAAHHH ! C'EST BRÛLANT ! Bon sang ! Tu ne peux pas cuisiner sans chauffer ?

— Désol… Euh… Ça-ça t'aidera à aller mieux. »

Elle répondit à cela par un sourire narquois, mais décida à l'évidence de ne pas protester davantage. Un sourire apparut sur son visage tandis qu'il la regardait avaler le reste de la soupe sans plus se plaindre, bien qu'elle pince les lèvres de temps à autre pour refroidir le contenu de sa cuillère en soufflant dessus.

« Alors, comment tu te sens ? demanda-t-il lorsqu'elle eut fini la dernière goutte.

— Mieux. Alors, je peux sortir du lit maintenant ? »

Shinji rit intérieurement. Elle n'avait cessé de le lui demander depuis qu'il l'avait envoyée au lit à force de discussion et de persuasion, afin qu'elle se rétablisse. Mais Asuka n'était pas le genre de personne capable de rester couchée au lit sans rien faire. Et elle n'avait probablement pas envisagé qu'il ne resterait pas auprès d'elle tout le temps et ne passerait même pas la nuit avec elle lorsqu'ils s'étaient mis d'accord pour faire de leur mieux afin qu'il ne soit pas contaminé à son tour.

Il fit un pas en avant et plaça doucement une main sur son front.

« Ta fièvre a baissé mais tu as encore chaud. Tu devrais y rester encore un peu.

— Oh génial, sourit elle en coin. Tu sais quoi ? Puisque tu es un docteur si dévoué, c'est toi qui sera responsable des principaux soins médicaux désormais !

— Quoi ? Tu es juste trop paresseuse pour apprendre tous ces trucs théoriques, pas vrai ? Et si je tombe malade ?

— Pas de discussion ! C'est un ordre, Ikari ! ironisa-t-elle.

— Oh, très bien… soupira-t-il vaincu. Mais en tant que "docteur", je te demande de rester au lit et de dormir un peu.

— D'accord, d'accord… »

Il était prêt à sortir de la chambre tandis qu'elle retournait se blottir sous les draps, mais quelque chose le maintint sur place. Quelque chose qu'il devait encore régler.

« Asuka…

— Hmm ?

— Je… je ne t'ai toujours pas remercié d'être sortie là-dehors pour aller me chercher. Que… que tu te sois souciée de mon bien-être…

— Je… » Elle détourna rapidement sa figure rougissante pour éviter son regard. « C'est juste que je ne voulais pas vivre ici toute seule. C-ce serait trop ennuyeux sans compagnie. Je… c'est… ça n'avait rien à voir avec toi en particulier, compris ?

— Ouais », dit-il un peu déçu. Mais il ne laisserait aucun d'eux deux se dédire. Pas cette fois.
Les yeux d'Asuka s'agrandirent lorsqu'il lui prit soudain la main.

« Mais merci quand même… » conclut-il en se penchant vers son visage.

Ce n'était pas vraiment un baiser. Plutôt un petit bécot sur les lèvres.
Mais ce geste inhabituellement hardi de sa part suffit amplement à la laisser sans voix pendant un moment, durant lequel il se releva lentement, prit le plateau et se dirigea vers la porte.

« Baka, finit-elle par murmurer enfin, le faisant s'immobiliser dans l'encadrement de la porte. Tu t'es peut-être contaminé maintenant… »

Il sourit. « Ça… en vaudrait le coup… lui assura-t-il avant de sortir et de refermer la porte derrière lui.

— Baka… » murmura Asuka une fois de plus en refermant les yeux pour dormir. Sentant toujours le contact de ses lèvres.

De l'autre côté de la porte, les jambes tremblantes de Shinji se dérobèrent enfin et avec un soupir de soulagement, il se laissa glisser au sol, appuyé contre le mur. Il haleta pour reprendre de l'air après avoir retenu son souffle sans vraiment s'en apercevoir alors qu'il affichait un air aussi décontracté qu'il le pouvait. Cependant, il eut un large sourire.

« Ma foi, elle ne m'a pas frappé… »

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« Eh bien, VA TE FAIRE FOUTRE ! »

Débordante de colère, elle fit volte-face et serait partie en trombe vers sa chambre si elle n'avait pas été retenue par son colocataire.

« Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a, Asuka ? demanda Shinji déconcerté.

— "Qu'est-ce qu'il y a" ⁇ lui rétorqua-t-elle en dégageant son bras de sa prise. Tu viens de dire que tu l'aimais ! Je-je croyais que tu… » Elle s'interrompit, détournant de nouveau le regard.

Il soupira. Alors c'était ça. Il aurait dû se douter que ça causerait des problèmes un jour. Il aurait dû lui en parler depuis longtemps.

« Tu ne comprends pas. Je l'aimais, mais pas comme ça. Aya… Rei, elle était… un clone… de ma mère…

— C'était… ta mère ?! » Ses yeux s'écarquillèrent lorsqu'elle réalisa ce que cela semblait insinuer. « C'est… c'est dégoûtant !

— Non. Même si elle a été créée à partir de ma mère, elle… elle avait quand même sa propre personnalité. Elle était juste… je ne sais pas… comme ma mère, si tu vois ce que je veux dire. Je crois que c'est pour ça que j'aimais être avec elle. D'une certaine manière, je me sentais… en sécurité. Et je voulais qu'elle soit… heureuse. Mais tu sais que je ne suis pas très bon dans ce domaine…

— Je maintiens que c'est dégoûtant ! Fantasmer sur sa mère…

— Mais non ! Je t'ai dit que ce n'était pas comme ça, tenta-t-il de se défendre. Je… Argh ! J'aurais dû me douter que tu ne comprendrais pas ! Même avec Kaworu, tu comprendrais de travers ! Il… » Shinji s'arrêta, regrettant ce qu'il avait laissé échapper dès l'instant où les mots franchirent ses lèvres.

— K-Kaworu ? » Comme prévu, sa colère fut temporairement remplacée par de la confusion. « I-Il ?! Tu-tu étais…?! Un… un garçon ?

— Ou… Non… Je veux dire… Ce n'était pas comme ça ! Il… c'était le dernier Ange…

— Le dernier…? Alors il avait une sorte de pouvoir qui faisait tomber tout le monde amoureux de lui ou quoi ?

— Non…

— Alors, en présumant que tu n'es pas naturellement attiré par ton ennemi ou ton propre sexe, comment t'a-t-il fait craquer pour lui ?

— Je n'ai pas… commença-t-il à protester, mais les mots lui manquèrent. Il… il a dit qu'il m'aimait…

— C'est tout ? Quelqu'un s'amène, dit qu'il t'aime et tu l'aimes en retour pour ça ? C'est si simple que ça d'obtenir ton amour ?

— Je… je ne sais pas…

— Eh bien, alors… Je… je… » bredouilla-t-elle, comme si elle hésitait à trouver les mots justes ou à les prononcer. Mais alors, elle se contenta de lui lancer un regard furieux. « J'arrive pas à le croire ! Mais ça a toujours été ton problème, pas vrai ? Tu n'as jamais été capable de te résoudre à dire aux autres ce que tu ressentais, mais tu attendais toujours qu'on se montre gentil avec toi. Alors tu te laisses attirer par ceux qui le font, qui ou quoi qu'ils soient et peu importe à quel point leurs paroles sont sincères ! Mais… mais s'il y avait quelqu'un qui t'aime sincèrement, mais qui soit tout aussi incapable de faire le premier pas ? Tu ne t'en apercevrais pas, n'est-ce pas ? Je crois bien que le cœur des femmes est toujours trop difficile à comprendre pour toi…

— Peut-être bien que oui… peut-être bien que non… murmura-t-il tandis qu'elle claquait la porte de sa chambre derrière elle. Mais je crois que tu as raison… »

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L'amour…
Qu'était-ce que l'amour au fait ?

Les gens disaient toujours que vous saviez que c'était l'amour une fois que vous le ressentiez. Mais en fin de compte, ils avaient toujours d'autres personnes auprès de qui demander conseil ou comparer.

Mais s'il n'y avait personne d'autre ? Qui pouvait juger si vous étiez amoureux ou si vous n'aviez qu'un faible pour quelqu'un en croyant être amoureux ?

Shinji pouvait entendre sa compagne de lit remuer nerveusement derrière lui, inspirant parfois, comme pour prendre la parole, mais restant silencieuse ensuite. Elle avait été comme ça durant ces derniers jours : anxieuse et ne lui parlant que par phrases brèves et interrompues, comme si elle essayait de lui dire quelque chose et qu'elle luttait pour que ça sorte.

« Tu… commença-t-elle soudain. Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ? »

Quoi qu'il en soit, s'il ne restait plus personne, n'était-ce pas à eux d'en décider ? Ils pourraient créer leur propre définition si nécessaire. S'il avait les sentiments les plus puissants qu'il puisse imaginer pour quelqu'un ; quelqu'un qui vous remplit le cœur de joie chaque fois que vous êtes avec, que vous apercevez, ou même que vous pensez tout simplement à cette personne ; lorsque ce quelqu'un vous manque déjà à l'instant même où cette personne quitte la pièce ; quand vous feriez tout pour rendre ce quelqu'un heureux ; y avait-il quiconque qui puisse lui dire qu'il ne pouvait qualifier cela d'amour ?

Il sourit. « Je le sais. Aussi sûrement que je t'aime aussi… »

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On aurait pu penser qu'une fois que deux personnes se sont avouées leur amour mutuel, elles passeraient leur temps heureuses ensemble, profitant de chaque seconde en compagnie de l'autre.

Et pourtant, les jours suivants, Asuka et Shinji semblèrent continuer à vivre comme si rien ne s'était passé. Du moins, à première vue. Mais en y regardant de plus près, on aurait pu remarquer qu'ils faisaient en fait de leur mieux pour s'éviter. Ils passaient la plupart du temps dans leurs chambres respectives, ou bien Asuka était dans le jardin pendant que Shinji faisait le ménage, ou bien il allait pêcher, ou bien elle allait chercher des fournitures en ville, ou bien…

Pendant le peu de temps qu'ils passaient ensemble, ils parlaient à peine et même lorsqu'ils le faisaient, c'était de choses ordinaires, en évitant à tout prix le sujet important. Ils ne faisaient qu'échanger des regards timides rapidement détournés, comme si c'était une chose défendue dont on ne pouvait s'empêcher.

Tous deux savaient que c'était franchement ridicule ; tous deux savaient déjà que l'autre avait les mêmes sentiments, alors pourquoi ce comportement quasi risible ? De quoi avaient-ils encore peur ?

De l'intimité ?
Cela faisait déjà quelques mois qu'ils étaient intimes entre eux, psychiquement et parfois même physiquement aussi. Même si cette dernière surtout n'était jamais vraiment allée (volontairement) au-delà de celle entre amis. Mais aller plus loin que ça ne faisait-il pas également partie de ce qu'ils voulaient ?

D'être de nouveau blessés ?
Tout deux avaient montré et s'étaient assurés qu'ils ne se blesseraient pas volontairement l'un l'autre. Bien sûr, il y avait un risque non négligeable que cela se produise involontairement tôt ou tard. Mais cela ne valait-il pas la peine de courir ce risque ?

La nouveauté et l'inconnu de cette situation ?
Mais ne voulaient-ils pas explorer cela ensemble ?

« Bon sang ! C'est ridicule ! marmonna Asuka en repoussant son assiette fraîchement vidée devant elle.

— Hein ? Quoi donc ? » demanda Shinji perplexe, tout en tendant le bras pour la prendre afin de faire la vaisselle. Mais sa main fut arrêtée lorsqu'elle posa la sienne dessus.

— Ça… dit-elle en entremêlant ses doigts avec les siens. Je voulais dire ça… »

Levant la tête pour le regarder dans les yeux, elle vit qu'il ne comprenait pas vraiment.

« Viens avec moi… » Elle se dirigea vers le salon avec Shinji en remorque, ce dernier toujours incertain de ses intentions. Là, elle le mena au canapé et s'assit, le tirant pour qu'il fasse de même. Elle se tourna face à lui et le prit aussi par l'autre main.

« Shinji, ce… ce que j'ai dit cette nuit-là… j-je le pensais vraiment. » Elle s'interrompit pour le regarder dans les yeux. « Je t'aime.

— Je… je sais, lui assura-t-il avec un sourire, ses joues rougissant légèrement. Moi… moi aussi je t'aime.

— Alors pourquoi est-ce qu'on ne fait pas comme les gens qui sont amoureux ? Pourquoi est-ce qu'on s'évite, d'ailleurs ?

— Nous… je… » bégaya-t-il comme s'il n'y avait pas vraiment pensé auparavant. Puis il secoua la tête. « Je ne sais pas…

— Alors, pourquoi est-ce qu'on…? » Elle n'acheva pas sa question.

Le temps sembla se figer à ce moment précis, lorsque ses lèvres touchèrent les siennes.

Aucun d'eux ne bougea ni ne fit un bruit. Ils étaient tout simplement assis, les yeux clos, leurs mains entrelacées, profitant de la chaleur de l'autre, leurs lèvres si précieusement en contact léger ensemble, comme si c'était leur premier baiser.

Non, c'était leur premier baiser ! Le petit bisou que Shinji lui avait donné quand elle était malade montrait qu'il était inquiet et reconnaissant envers elle d'avoir montré qu'elle l'avait été pour lui en partant à sa recherche ; mais ça n'avait pas été comme ça.
Et le baiser auparavant…
À l'époque, elle avait détesté l'avoir voulu, détesté l'avoir apprécié. Et le fait d'avoir tenté de convaincre sa personnalité égocentrique que ce n'était pas censé être un vrai baiser plein de désir, juste un truc pour tuer le temps et se moquer de lui en lui pinçant le nez, ne l'avait pas non plus aidée, bien au contraire. C'était juste pour qu'il ne puisse pas l'apprécier, tout comme elle ne pouvait pas se le permettre. Dès l'instant où elle s'était précipitée dans la salle de bains, elle l'avait regretté plus que jamais auparavant, d'un côté qu'elle ait pu se montrer assez faible pour l'embrasser lui entre tous, de l'autre qu'aucun des deux n'ait fait quoi que ce soit pour le faire durer, pour en faire un vrai baiser. Elle ne savait pas quelle sensation elle détestait le plus.

Mais cette fois-ci, ils n'avaient rien à regretter. Ils étaient libres d'en profiter, d'aimer ça. Et ils le firent jusqu'à ce que le manque d'air ne se fasse sentir et ne les sépare, légèrement pantelants.

« Ça c'est quelque chose que les gens devraient faire quand ils sont amoureux ! » s'exclama-t-elle d'une voix émoustillée.

Il hocha la tête avec un sourire serein, avant de lâcher ses mains et de lever l'une des siennes toutes tremblantes pour lui caresser la joue. En un geste étonnamment audacieux (du moins pour lui), il ramena ses lèvres contre les siennes, osant maintenant l'embrasser avec plus de passion qu'auparavant.
Non pas que cela la gêne. Le besoin de ressentir autant qu'elle le pouvait de son corps s'intensifia au point où elle lança ses bras autour de son cou, tandis que les siens se frayaient un chemin autour de sa taille, s'attirant plus près encore l'un de l'autre dans le baiser. Elle sentait un désir inconnu émanant de lui, une chaleur crainte et bienvenue à la fois. Pour une fois, elle le laissa mener la danse ; il ouvrit la bouche et la sienne suivit, il… était-ce sa langue contre la sienne ? Elle fut surprise pendant un instant, mais ne s'arrêta pas. Au lieu de cela, elle laissa l'excitation l'emporter, répondant au tout nouveau jeu de leurs langues. Mais bien trop tôt, il leur fallut à nouveau se séparer.

« Je vois que tu apprends vite, le complimenta-t-elle un peu étourdie. Peu-peut-être même un peu trop vite. Et tant qu'on y est : où as-tu appris à embrasser comme ça ? »

Son sourire disparut soudain et il fuit son regard en virant au rouge vif. « Mi-Misato…

— Mi… QUOI ?

— C'é… c'était juste avant qu'elle… avant qu'elle ne meure. Elle appelait ça un "baiser d'adulte". Elle… elle m'a donné un baiser de ce genre et elle a dit qu'elle… m'apprendrait… le reste à mon retour. Nous savions tous les deux qu'elle ne vivrait pas aussi longtemps. En y repensant, je ne sais pas trop si elle voulait me dire que j'étais assez grand pour faire le bon choix ou si elle voulait me montrer qu'il y avait des gens qui m'aimaient après tout. Mais sur le moment, ça m'a juste perturbé davantage, en me rendant le moment de sa mort d'autant plus douloureux… »

Le pincement de jalousie qu'elle avait initialement ressenti fut aussitôt apaisé par une compassion sincère pour le garçon affligé par la mort de leur ancienne tutrice. Cette femme d'ordinaire joviale bien que négligée avait beaucoup compté pour elle aussi. Même si elles avaient eu leurs désaccords, Misato avait toujours au moins essayé d'être une amie. Mais pour Shinji, elle avait été bien plus. Elle avait été la première à montrer de l'affection à son égard, la première à qui il s'était ouvert. Elle avait été la première à être… presque comme une mère pour lui.

Asuka leva la main pour lui caresser doucement la joue. Ainsi, elle put lui faire lever ses yeux humides pour qu'ils plongent de nouveau dans les siens. Pour pouvoir faire une autre des choses que les gens font pour ceux qu'ils aiment.

« Tout va bien », lui dit-elle avec un sourire rassurant.

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À première vue, on aurait dit que leur vie continuait sans guère changer. Ils accomplissaient leurs tâches quotidiennes comme toujours : s'instruire, manger, travailler. Il n'y eut aucun changement visible à cela durant les semaines et les mois qui suivirent.

Mais en y regardant de plus près, les différences étaient visibles. Et ce n'était pas que les baisers occasionnels ou les autres contacts physiques (qui n'étaient tout de même probablement pas aussi fréquents que chez les autres couples — surtout dans leur situation). Mais après être parvenus à avouer ouvertement leurs sentiments, c'était comme si un poids leur avait été retiré des épaules ; un poids qu'ils n'avaient même pas remarqué auparavant.

S'ils n'avaient pas été les dernières personnes sur terre, ils auraient pu vivre la vie d'un couple plus ou moins typique d'adolescents découvrant pour la première fois cette chose qu'on appelle l'amour.

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La sueur lui dégoulinait du front. Sa respiration était haletante. Une fois de plus, il regarda la superbe rousse devant lui, attendant qu'il se décide. Son esprit s'emballait.

Comment en était-il arrivé là ? Pourquoi avait-il accepté de faire ça ? Certes, probablement parce qu'il avait en partie envie de le faire. Mais quand même, cela arrivait si vite…

« Euh… l'anémie…?

— Presque !

— L'anémie ap-lasique…?

— Bon, j'accepte celle-là », dit Asuka en traçant une marque à côté de cette question sur sa liste.

Ils passaient ce genre de tests de temps à autre pour vérifier si leurs études en valaient la peine. Cela n'aurait pas servi à grand-chose s'ils devaient retourner chercher dans leurs livres à chaque fois qu'ils avaient besoin d'une information particulière. Les tests de Shinji dans ses études de médecine, comme celui d'aujourd'hui, étaient encore plus importants à cet égard, au cas où il aurait eu besoin de se servir de ses connaissances à un moment critique. Bien sûr, aucun d'eux ne s'attendait à le voir devenir docteur en quelques mois : il ne serait sûrement pas capable d'apprendre une telle diversité d'informations en si peu de temps, quand d'autres étudiaient pendant plusieurs années, même en se spécialisant dans un seul domaine.

Au lieu de cela, il se concentrait sur les problèmes qu'ils risquaient le plus de rencontrer. Il fit également bien comprendre qu'il ne ferait rien qui nécessite d'employer l'anesthésie ou la chirurgie s'il pouvait l'éviter, cela étant bien trop risqué à son avis.

« D'accord, question suivante : quelles mesures faut-il prendre en cas d'insolation ?

— Euh…

— Oh allez, c'est une facile. Même moi je le sais ! »

Il avala sa salive. Bien sûr, elle en apprenait un peu aussi, tout comme il le faisait avec ses devoirs à elle, au cas où l'un d'eux serait incapable d'accomplir ses tâches pour cause de maladie ou d'autres raisons. Mais il était néanmoins embarrassant que la réponse lui échappe ainsi.

« Je… hum… bégaya-t-il en se rapprochant et en se penchant nerveusement vers elle. Je… t'aime…?

— Jolie réponse, dit-elle en relevant la tête avec un sourire, mais elle stoppa son avancée soulagée pour l'embrasser en plaçant sa main entre eux. Mais pas la bonne !

— Ooh, mais… euh… c'était… »

Pourquoi avait-il accepté de faire ça…?

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Autre chose qui était devenu habituel depuis qu'ils avaient emménagé : leurs soirées passées à regarder la télé. Bien sûr, plus rien n'était diffusé maintenant, mais au moins l'un des époux Yamadera avait été un fervent collectionneur de cassettes vidéo et de DVD.

Ce qui tout d'abord n'avait été qu'une autre façon de tuer le temps était désormais devenu une occasion en or pour des séances de câlins. Surtout quand ils regardaient un film romantique comme ce soir-là.

C'était l'un de ces films occidentaux plutôt médiocres qui fonctionnaient toujours selon le même scénario : il la rencontre, ils tombent amoureux, des problèmes menacent leur relation (la plupart du temps un malentendu auquel était mêlé un rival), mais à la fin ils se réunissent quand même.

À ce moment précis, "il" était en train de la raccompagner après une sortie. Une fois à son appartement, "elle" lui demanda s'il voulait prendre un café et il accepta. Ils entrèrent, ils commencèrent à s'embrasser… et à se déshabiller… et…

Shinji détourna rapidement le regard de l'écran en rougissant comme une pivoine. Asuka lui donna un coup de coude en riant de sa réaction.

« Baka, ce film est classé tout public. Il n'y a pas vraiment grand-chose à voir. Tu vois ? C'est déjà fini. »

Il la sentit se replacer au creux de son épaule en soupirant. Il savait que c'était assez ridicule de sa part de réagir ainsi, surtout au vu de son expérience des rencontres intimes — la plupart du temps involontaires — avec Rei, Misato et en particulier avec Asuka. Mais celles-ci n'avaient fait qu'augmenter sa nervosité au sujet de ce genre de situations au lieu de la réduire. Et maintenant, avoir l'objet de ses désirs entre ses bras ne l'aidait guère à la calmer. Même s'ils étaient "officiellement" ensemble depuis un bon bout de temps maintenant, il n'osait toujours pas ne serait-ce que tenter de la toucher à un endroit "inapproprié". Mais il ne parviendrait pas éternellement à y échapper ; si leur relation se poursuivait ainsi… tôt ou tard, ils iraient plus loin…

« Tu sais quoi, Shinji ? C'est dommage qu'on ne puisse pas faire quelque chose comme ça… »

…mais si tôt que ça ⁇

« Hein… euh… S-si t-t-tu v-veux… je veux dire… ben… on-on pourrait… techniquement…

—Hmm ? Qu'est-ce que tu bégayes ?

— B-ben, c'est un… un peu soudain, tu sais ? Je veux dire, on n'a pas fait beaucoup plus que s'embrasser, mais s-si tu veux faire… euh… "davantage" déjà…

— Baka-hentai ! le réprimanda-t-elle, rougissant à son tour en comprenant ce qu'il sous-entendait. Je ne parlais pas de ces trucs dégoûtants !

— Oh… » Il eut l'air un peu déçu. « Alors tu n'as jamais pensé à "ça" ?

— Euh… je… » bégaya Asuka, la couleur de son visage rivalisant maintenant avec celle de ses cheveux. Bien sûr qu'elle y avait pensé. Plus d'une fois, elle avait trouvé difficile de ne pas laisser les hormones prendre le dessus, lui disant d'aller plus loin à chaque baiser et chaque contact. Mais elle ne pouvait pas laisser cela arriver pour le moment.

Ou bien si…?

« Hem, ce que je voulais dire c'était que c'est dommage qu'on ne puisse pas sortir dîner en ville ou aller au cinéma, ou à un festival, ou quelque chose comme ça. Tu sais ? Des choses normales comme ça… »

Il hocha la tête, acceptant avec reconnaissance qu'elle change de sujet pour quelque chose de moins embarrassant.

"Quelque chose de normal ?" réfléchit-il, tandis qu'elle ramenait son attention sur l'écran.

Un large sourire se dessina sur ses lèvres à l'idée qui germait dans son esprit.

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Asuka était couchée dans son lit, en proie à l'agitation. Les derniers événements de la soirée et les sensations douloureuses dans l'estomac qu'ils lui avaient causés l'empêchaient de trouver le sommeil.

Ils avaient toujours eu leurs querelles. S'avouer leur amour l'un pour l'autre n'avait guère changé cela. Mais elle ne se rappelait pas qu'il y ait eu une dispute aussi terrible que celle de ce soir-là.

Comment avait-elle commencé ? Elle n'arrivait même pas à s'en souvenir. Juste que ç'avait été de sa faute. Et que ça s'était terminé par tous deux se criant dessus.

Et maintenant elle devait rester seule à nouveau, dans la solitude et le froid avec ses sentiments de regret et de culpabilité. Pourquoi ne pouvait-il pas dire qu'il était désolé comme d'habitude et ils pourraient…

Asuka fronça les sourcils à cette pensée.
Pourquoi ne pouvait-elle pas dire qu'elle était désolée ? Cette stupide fierté, elle était toujours là en fin de compte. Ne s'était-elle pas promis de ne plus jamais la laisser prendre le dessus ? Et maintenant regardez ce qu'elle était sur le point de lui coûter.

La peur s'immisça dans le mélange d'émotions ; la peur que cela gâche tout entre eux, qu'il puisse… même la quitter…

L'idée d'être toute seule lui fit tellement peur qu'elle se redressa en sursaut. Pour autant qu'elle craigne une répétition durable des jours après cet incident au lac, des mois plus tôt, ne plus être aussi proches qu'ils l'étaient valait mieux tant qu'il serait au moins là.

Non. Elle irait s'excuser. Même si c'était de sa faute à lui. D'ailleurs, avait-ce vraiment été la sienne ? Il avait dit quelque chose et elle avait répliqué… ou l'avait-elle plutôt rabroué ? Néanmoins, cela n'avait fait qu'empirer à partir de là.

Lentement, elle se glissa hors de ses draps froissés par ses mouvements incessants dans sa vaine quête de sommeil et se dirigea vers la porte de sa chambre. Une profonde inspiration ; puis elle l'ouvrit… pour entendre un bruit similaire à l'autre bout du couloir. Malgré l'obscurité de la nuit, le regard de Shinji croisa le sien tandis qu'ils se rapprochaient l'un de l'autre.

« Je voulais juste… » dirent-ils ensemble, comme pour ne pas laisser l'ouverture simultanée de leurs portes être la seule réminiscence de leur entraînement de synchronisation.
— Vas-y !
— Non, toi !
— D'accord, je… »

Ils s'arrêtèrent tous deux, voyant que cela ne semblait pas marcher, et cherchèrent maladroitement les mots justes (qui ne seraient pas utilisés par l'autre exactement au même moment). Plusieurs secondes s'écoulèrent durant lesquelles ils ne firent rien, à part se regarder l'un l'autre en ouvrant la bouche et en la refermant, avant de finir par abandonner. Et de presser leurs lèvres l'un contre l'autre à la place, en un baiser qui en disait suffisamment long.

Apparemment, ce n'était pas aujourd'hui qu'elle se déferait de ses problèmes pour s'excuser. Mais peut-être que c'était comme elle le lui avait toujours dit.

Peut-être n'en avait-elle pas besoin…

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Shinji sourit pour lui-même tout en rentrant à la maison à travers la ville détruite. Le plus gros des préparatifs pour le grand jour étaient achevés. Ou était-ce plutôt le jour "normal" ?
Le reste, il devrait le terminer un peu à l'avance, pendant qu'Asuka serait sortie. Après tout, c'était censé être une — il l'espérait agréable — surprise.

Soudain, il fut aveuglé par l'éclat de quelque chose par terre qui brillait au soleil.
Malgré sa première impulsion de l'ignorer en pensant qu'il s'agissait d'un éclat de verre, il alla examiner l'objet de plus près.

Lorsqu'il le ramassa et qu'il en essuya la poussière, son précédent sourire s'élargit davantage.

Peut-être y aurait-il un jour encore plus grand, après tout.

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Asuka se réveilla lentement à l'aube d'un jour nouveau. Lorsqu'elle entrouvrit les yeux, elle ne put s'empêcher de sourire en voyant Shinji toujours endormi à ses côtés. Il avait l'air trop mignon avec ses cheveux ébouriffés, ses légers ronflements, sa… main sur son sein ? Elle rougit en remarquant soudain la légère pression.

Dormir dans le même lit causait quasi naturellement ce genre d'"incidents". Tous s'étaient accompagnés de rougissements vifs, d'excuses bégayées et, avant qu'ils ne se soient déclarés leurs sentiments l'un pour l'autre, d'un paquet de jurons et de gifles douloureuses reçues par Shinji.

Instinctivement, Asuka lui prit la main pour la retirer avant qu'il ne se réveille. Mais alors elle s'arrêta.

"Pour être honnête, ce n'est pas totalement déplaisant."

Son regard se braqua rapidement vers sa tête en train de remuer.

"Et n'est-ce pas censé être là aussi quelque chose de normal entre ceux qui s'aiment ?"

Sa bouche s'ouvrit et se referma plusieurs fois de suite, comme s'il savourait le matin.

"Mais nous sommes toujours comme ça, non ? Lorsque nous nous faisons des câlins ou que nous nous embrassons, ses mains ne s'écartent jamais de mes hanches ou de mon dos et je ne suis guère plus courageuse de mon côté. Je veux dire, je fais même attention à ce que nos poitrines ne se touchent pas trop. Et même après tout ce temps, chaque fois que nous nous touchons accidentellement à un endroit intime, nous rougissons tous les deux et nous nous séparons aussitôt…"

Il remua.

"Peut-être que nous pourrions…"

Néanmoins, au moment ou il se mit à ouvrir les yeux, elle écarta hâtivement sa main de la sienne.

"Apparemment pas…"

« Bonjour, la salua-t-elle d'un sourire qu'elle lui rendit faiblement.

— 'Jour. » Elle se pencha et l'embrassa pour tenter d'oublier ses pensées.
« Tu sais quoi ? sourit-elle en passant une main sur sa joue, caressant des poils naissants. Je crois que tu vas devoir commencer à te raser.

— Hein ? » Il imita son précédent mouvement. « Ma foi, je voulais aller en ville de toute manière. Je pourrai en profiter pour chercher un rasoir. »

Elle fronça les sourcils à sa déclaration. « Tu vas assez souvent en ville ces derniers temps. Qu'est-ce que tu fabriques là-bas au fait ? »

Il se contenta de sourire en se redressant sur son séant. « Tu verras bien quand tout sera prêt… »

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« Un… rancard ?

— Ouais ! Alors, tu viens ?

— Non ! Qu'est-ce que tu crois ? Tu ne peux pas attendre d'une fille qu'elle sorte avec toi à l'instant où tu le lui demandes !

— Oh… je… » Sa mine s'affaissa, visiblement déçue, le sourire timide et plein d'espoir qu'il arborait depuis qu'il l'avait approchée disparu en un instant.

— Tu dois lui laisser au moins le temps de s'habiller pour l'occasion », ajouta aussitôt Asuka en souriant, avant de se pencher vers lui pour lui embrasser la joue.

Quoi qu'il arrive, c'était toujours amusant de le taquiner un peu de temps à autre. Et si le résultat était de le voir avec un sourire encore plus rayonnant qu'avant, c'était d'autant mieux.
Même si elle n'avait aucune idée de ce qu'il avait prévu, c'était sûrement ce qu'il avait préparé durant tout le temps où il était sorti ces derniers jours. Ce qu'il avait préparé pour elle.

S'attendait-il vraiment à la voir flanquer tous ses efforts à la poubelle ? Comme si elle ne lui avait pas assez montré qu'elle avait changé au moins à ce point. Ce stupide petit baka…

« Je reviens tout de suite », lui dit-elle avec un clin d'œil en se précipitant dans sa chambre.

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Le « tout de suite » s'avéra durer près d'une heure. Et franchement, il ne vit guère de différence, à part le fait qu'elle avait enfilé sa robe jaune préférée. Non pas que cela ait de l'importance pour lui. Elle avait l'air belle comme toujours.

Durant le trajet en voiture, Asuka était aussi excitée qu'une petite fille allant à la fête foraine, malgré tous ses efforts pour le dissimuler.

Ils finirent par arriver à leur première destination. La moitié de l'immeuble de ce qui semblait avoir été un cinéma était écrasée par un large fragment des décombres de son voisin. Mais à part ces dégâts, c'était le seul que Shinji ait pu trouver qui ait au moins une salle encore intacte, même s'ils durent escalader plusieurs blocs de pierre éparpillés pour y arriver (ce qu'une Asuka légèrement irritée commenta en lui demandant s'il l'avait invitée pour un rancard ou une excursion-aventure). Autre avantage : le projecteur qu'il avait réussi à alimenter (après l'avoir bricolé un peu) avec des batteries de voiture était un modèle numérique récent capable de lire des DVD. Non seulement cela donnait à Shinji la possibilité d'amener un film romantique qu'ils avaient chez eux, mais en plus il n'était pas obligé de retourner changer de bobine plusieurs fois. Ainsi, ils purent profiter du film sans aucune interruption.

Non pas qu'ils saisirent beaucoup du film, étant plus occupés par "d'autres activités". Shinji ne put s'empêcher de se voir rappeler le couple qu'il avait vu dans un cinéma plusieurs mois auparavant, même s'ils étaient loin d'être aussi enthousiastes que ces deux-là. Et pourtant il se souvint de combien il avait souhaité avoir lui aussi quelqu'un à lui ; quelqu'un avec qui être intime comme ça.

Il semblait bien que certains souhaits s'exauçaient après tout…

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« Je crois que je recommanderai ce restaurant. La nourriture est excellente ! »

Shinji eut un sourire gêné. « Ça ne te dérange pas que je n'aie fait que la réchauffer ici ? Ç'aurait été bien meilleur si j'avais eu le temps de la cuisiner ici de frais…

— Oh, je t'en prie, dit Asuka d'un ton mi-agacé, mi-apaisant. C'est le meilleur repas que tu aies préparé depuis longtemps !

— Merci… » bafouilla-t-il, mais non sans une once de fierté à son compliment.

Comme il n'avait pas beaucoup mangé, il ne pouvait guère en juger par lui-même. Il était trop occupé à la regarder. La lumière tamisée des chandelles semblait la rendre encore plus belle, assise qu'elle était face à lui. Ses yeux scintillants reflétaient la petite flamme à chaque fois qu'elle levait les yeux vers lui en portant sa fourchette à ses jolies lèvres…

Le restaurant avait été leur arrêt suivant. Il était toujours en bon état, sans dégâts visibles sur le bâtiment. Seul l'intérieur était légèrement endommagé quand il l'avait trouvé, mais cela n'avait pas été un problème de trouver une table et deux chaises pour eux. Comme il n'avait pas voulu la laisser assise toute seule pendant qu'il cuisinait, il avait préparé leur repas à la maison et avait juste utilisé la cuisinière pour le réchauffer.

« Et qu'est-ce que tu regardes comme ça ? »

Le son de sa voix le ramena brutalement à la réalité.

« Euh… je songeais juste à combien tu es belle dans cette lumière, avoua-t-il sincèrement.

— Alors tu trouves que je suis moche quand il y a plus de lumière pour mieux y voir ? fit Asuka avec une fausse moue.

— Bien sûr que non ! » balbutia-t-il. Ses épaules s'affaissèrent de honte. « Je suis toujours aussi mauvais avec ces compliments ?

— Non, mais on dirait que tu n'apprendras jamais à reconnaître quand je me paie ta tête, gloussa la rousse, son léger rougissement toujours visible en y regardant de plus près. Et après tout, tu as une bonne raison de me complimenter. Je ne m'habillerais pas comme ça si je sortais avec quelqu'un que je n'aime pas.

— Ouais, je me souviens. La fois où tu étais sortie avec ce gars avec qui Hikari t'avait arrangé un rendez-vous, tu portais cette robe verte à haut col.

— Quoi ? Tu veux dire que d'habitude je me promène vêtue comme une traînée ?

— Euh… Non ! J-je voulais juste dire que c'était, euh… inhabituel… » Shinji tenta de ne pas céder à la panique. « C'est juste que tu sembles préférer des vêtements plus… hum… amples, comme, eh bien, comme cette robe jaune. » Il montra du doigt l'habit qu'elle portait. « Je veux dire, tu sembles vraiment aimer celle-là, pas vrai ?

— Ouais. C'était un cadeau d'anniversaire… » Elle s'interrompit et ses yeux prirent un regard lointain. « …de Kaji… »

Shinji avala sa salive. Ce n'était pas dans cette direction qu'il avait voulu amener cette conversation.
« Hé, ça… ça va. Je comprends. Il comptait beaucoup pour moi aussi ; il a été davantage un père pour moi que mon propre père. Mais pour toi… Je veux dire, tu le connaissais depuis bien plus longtemps et tu avais un sacré béguin pour…

— Non ! l'interrompit-elle fermement. C'était… c'était bien plus qu'un béguin…

— Hein ? » Une sensation de peur et de déception le frappa soudain. Est-ce qu'elle voulait dire… Elle ne pouvait pas… si ? « Alors je ne suis que son remplaçant après t…

— Non ! ajouta-t-elle précipitemment. Non. Ce n'était pas la même chose qu'entre nous deux. C'était… » Elle soupira en cherchant les mots justes.
« Après la mort de ma mère, j'ai été pratiquement élevée par la NERV. Même si je vivais avec eux, mon père ne s'est jamais vraiment soucié de moi et ma belle-mère avait "presque peur de moi", comme elle le disait. Alors j'étais la plupart du temps à la charge de quelqu'un de la NERV, passant d'un tuteur à l'autre. Mais ils étaient tous les mêmes : ce n'est que lorsque j'avais de bonnes notes, ou surtout quand j'étais bonne à l'entraînement, que je recevais des éloges. Même Misato n'était guère mieux…

— Misato ?

— Oui, tu ne te rappelles pas ? Elle avait été ma tutrice une fois auparavant. En y repensant, je dirais qu'elle avait probablement ses propres problèmes en tête, mais je crois que ce sont ces différences entre son comportement de l'époque et quand je suis arrivée ici qui m'ont fait croire qu'elle te préférait. » Shinji hocha la tête en signe de compréhension, mais ne l'interrompit pas.

« Bref, ce que je voulais dire, c'était que d'un côté, personne ne me traitait comme une enfant, mais de l'autre, personne ne m'acceptait vraiment comme une adulte.
Et puis Kaji est apparu. Il était différent des autres : il ne me regardait pas de haut et n'essayait pas non plus de m'éviter. Pour la première fois, j'ai eu l'impression que je pouvais tout simplement me laisser aller.

« Et… eh bien… il y avait autre chose, poursuivit Asuka avec un petit sourire triste. Malgré ses flirts constants, il n'a jamais rien tenté de sérieux avec aucune des filles qu'il fréquentait. Les rumeurs disaient que sa précédente petite amie l'avait largué peu de temps auparavant et que seule une "vraie femme" comme elle pourrait l'avoir pour elle. Alors s'il m'avait choisie, j'aurais été reconnue comme une adulte, comme je l'avais toujours voulu. Je sais que ça a l'air un peu idiot, mais je l'aimais vraiment et je ne m'attendais pas à rencontrer quelqu'un qui fasse mieux l'affaire, de toute façon… enfin, c'était la chose la plus proche de l'amour que j'aie ressentie depuis longtemps… »

Une légère pression sur sa main lui fit relever les yeux et elle ne put s'empêcher de lui rendre son sourire, si plein de compréhension. C'était presque difficile à croire qu'elle ait pu l'accuser d'être incapable de jamais pouvoir la comprendre. Maintenant, il lui semblait qu'il avait toujours été le seul à pouvoir comprendre ce qui se passait dans sa tête. Qui sait ce qui aurait pu être si elle l'avait vu à l'époque ?

« Dis, rompit-il le silence après un long moment, tu veux danser ? »

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Les légers sons émis par le lecteur CD portable leur fournissaient le rythme lent sur lequel les deux adolescents bougeaient serrés l'un contre l'autre sur la piste de danse.

Asuka avait fermé les yeux, la tête posée sur son épaule, leurs joues s'effleurant à chaque mouvement. Elle ne sentait plus le plancher du restaurant. C'était comme s'ils dansaient sur les nuages et que seuls le ciel et ses étoiles étaient au-dessus d'eux. Rien d'autres qu'eux-mêmes.

Apparemment, elle avait clairement laissé apparaître à quel point elle se sentait à l'aise, lorsqu'il approcha ses lèvres de son oreille.

« Qu'est-il arrivé à la fille qui disait toujours qu'elle n'avait pas besoin de ce genre de choses ? chuchota-t-il.

— Oh, je n'ai jamais dit que j'en avais besoin, déclara-t-elle tout net, souriant en entendant le hoquet de panique causé par ces mots. Mais c'est un bonus à côté duquel je ne passerais pour rien au monde… »

Il se détendit immédiatement, mais elle se raidit à son tour en se mettant à s'interroger.

« Franchement, quand je pense que ça aurait pu ne jamais arriver… Que j'aurais pu demeurer incapable de me sentir ainsi… » Elle frissonna pour de bon à cela. « Tu n'y as jamais pensé ? Que la seule raison pour laquelle nous sommes aussi proches l'un de l'autre est peut-être parce que nous sommes les seuls qui restent ? Que ces sentiments que nous avons l'un pour l'autre ne seraient jamais devenus si forts si nous n'avions pas vécu ensemble tout ce temps ? Que nous aurions pu finir par choisir quelqu'un d'autre, si nous avions eu le choix ? »

Sa réponse lui parvint presque aussitôt. « Non… »

Son sourire réapparut faiblement lorsqu'elle replaça sa tête contre lui. « Tant mieux… »

La musique finit par s'estomper au bout d'un moment.

Aucun d'eux ne s'en aperçut…

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C'était difficile à dire, mais il était probablement déjà minuit passé lorsqu'ils furent de retour chez eux. Mais tôt ou tard, même une journée comme celle-là devait s'achever.

« Merci pour cette soirée, Shinji. Ce… Je crois que c'était la chose la plus romantique que quiconque ait jamais fait pour moi…

— Ce… ce n'était ri… » Il ne put finir sa phrase, sa bouche rapidement bâillonnée par la sienne.

C'était la vérité, cela avait été la soirée la plus romantique à qu'elle pouvait imaginer. Elle ne pouvait dire si cela avait commencé dès leur entraînement de synchronisation, ou s'il avait vraiment appris à la comprendre tant que ça durant ces derniers mois, mais il semblait toujours savoir ce qu'elle aimait, même quand elle ne le savait pas elle-même. Ils étaient aussi proches qu'ils pourraient jamais l'être…

N'est-ce pas ?

Non… Il restait toujours quelque chose entre eux. C'était flagrant dans leurs contacts hésitants, comme ceux de maintenant.

La pudeur. La timidité. Une dernière barrière qui avait été peut-être fracturée, mais qui était toujours loin d'être rompue. Une dernière barrière qu'il restait encore à briser avant qu'ils puissent être enfin vraiment ensemble.

Et maintenant semblait être une occasion idéale.

« Hé Shinji, roucoula Asuka. Est-ce que… tu veux un café ?

— Hein ? Qu'est-ce que tu veux dire ? » Il cligna des yeux, confus. « Il n'est pas un peu tard pour prendre un caf… » Sa gorge émit un bruit étranglé et il la lâcha même pour tituber en arrière sous le coup de la surprise en se rappelant où il avait entendu ça auparavant.
« T-t-tu… veux dire…? J-je… veux dire, tu… Je veux dire… ça arrive un peu subitement, tu sais ? En-enfin, je… nous… je veux dire, n-nous n'avons même pas… euh…"b-batifolé" auparavant, ou quelque chose comme ça…

— Je-je sais, admit Asuka en rougissant, les papillons dans son ventre rameutant de plus en plus de leurs copains pour y voleter frénétiquement. Mais c'est exactement pour ça ! Quel genre de relation pouvons-nous avoir si nous avons peur ne serait-ce que de nous toucher dans les endroits "défendus" ? » Elle plaça tendrement une main sur sa joue et plongea son regard dans ses yeux bleu marine, non seulement pour mettre l'accent sur le fait qu'elle était vraiment sérieuse à ce sujet, mais aussi pour se prouver qu'elle ne regretterait jamais ce qu'elle allait faire.
« Shinji, je t'aime ! Et je veux l'exprimer sous toutes les formes dont j'ai envie. Et je veux que tu puisses faire de même. Mais si nous continuons comme maintenant, nous n'atteindrons peut-être jamais ce point. C'est pourquoi je veux le faire. Nous pourrions abattre ces dernières barricades d'un seul coup…

— T-tu es sûre ? » murmura-t-il de nouveau.

Sa réponse fut un léger hochement de tête timide qu'elle fit sans rompre le contact visuel. Ses mains assurèrent sa prise sur son épaule, tandis que, hésitant un peu, il plaçait les siennes sur ses hanches, l'attirant à lui. Leurs lèvres se joignirent en un baiser ; pas un très passionné, mais plutôt un doux baiser sincère dans lequel ils montrèrent leur amour et leurs attentions respectives, un peu de crainte aussi à ce qu'ils allaient faire, mais cependant, en bien plus grande quantité, la réassurance qu'ils voulaient tous deux cela de tout cœur. En répétant ce tendre baiser encore et encore, ils se dirigèrent lentement vers la chambre d'Asuka.

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Le soleil baignait la chambre lorsqu'Asuka se réveilla, un large sourire sur le visage. Il s'effaça légèrement lorsqu'elle remarqua que Shinji n'était pas là. Mais l'odeur qui flottait dans l'air lui dit qu'il était déjà dans la cuisine, en train de préparer le petit déjeuner.

Après avoir étiré ses membres engourdis, elle se leva et prit un chemisier large dans le placard. Écartant des cheveux de son visage, elle considéra un instant l'idée de mettre ses barrettes de connexion neurale. Mais elle se rappela qu'elle ne les avait pas revues depuis longtemps. Ces derniers temps, elle s'était servie de rubans pour attacher sa chevelure ou l'avait tout simplement laissée libre, comme maintenant.

En silence, elle se dirigea vers la cuisine. Elle avait eu raison : il était là, occupé devant la cuisinière. Son dos étant tourné vers elle, elle se glissa à tâtons jusqu'à lui.

Il sursauta brièvement lorsqu'il sentit soudain ses bras entourer sa poitrine, la rapprochant aussi près que possible de son dos, mais se détendit immédiatement.

« Bonjour, mon amour, souffla Asuka en lui déposant un baiser sur la joue.

— Bonjour, Asuka. Je dois t'avouer que je ne m'attendais pas à ce que tu te lèves si tôt. Je voulais te surprendre en te portant le petit déjeuner au lit.

— Mmm, aucune importance, lui assura-t-elle en blottissant sa tête contre son épaule. Ici aussi, c'est confortable. »

Il eut un petit rire. « Ma foi, j'ai presque fini, il me reste juste à filtrer le café…

— Le café ? le lorgna-t-elle. Devenu accro au goût ?

— Eh bien… je… pourrais bien m'y habituer…

— Je vois… sourit-elle. Alors mon baka-hentai s'est bien amusé, hein ?

— Je… euh…

— Hé, lui lança-t-elle d'une voix douce, en faisant pivoter son visage pour l'embrasser tendrement. Tu n'es pas le seul. »

En souriant, il se retourna complètement et l'enlaça de ses bras. Mais lorsqu'il se pencha pour l'embrasser, il fut stoppé par son visage sévère.

« Mais ne t'attend pas à ce qu'on refasse ça toutes les semaines ! » l'avertit-elle. Cependant, son expression rigide céda aussi vite qu'elle était venue en voyant le choc sur sa figure. Avec un large sourire, elle se pencha sur lui et lui chuchota à l'oreille : « …plutôt tous les jours… »

Ses yeux s'écarquillèrent à ces mots. « Quoi…? Euh… Maintenant ?

— Du calme ! gloussa Asuka. C'était juste une blague, le rassura-t-elle en se penchant de nouveau contre lui avec un soupir. N'empêche… c'était… je ne sais même pas comment le décrire. Génial ? Merveilleux ? Formidable ? Je ne suis pas sûre que ce soient les mots justes…

— Alors, qu'est-il arrivé à "dégoûtant" ? »

Elle fit la grimace. « Je ne sais pas. Je pense que je n'aimais pas l'idée des gens qui font "ça" juste pour ça. Tu sais, l'acte tout seul, sans rien derrière et qu'ils le fassent juste pour compenser cela. Et, ajouta-t-elle en rougissant légèrement, disons, peut-être parce que je ne pouvais pas en juger personnellement. Mais je crois bien que ça n'a plus d'importance, de toute façon…

— Plus vraiment… »

Leurs lèvres se joignirent de nouveau, le baiser devenant de plus en plus passionné à chaque seconde qu'il durait.

Il ne fallut pas longtemps pour que la "blague" soit oubliée…

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Le paysage avait à peine changé depuis la dernière fois où ils s'étaient trouvés là. La mer avait toujours une étrange teinte rouge. La moitié visible de la tête blanche qui avait appartenu à cette Rei géante ne semblait pas du tout avoir été affectée par le passage du temps, du moins pas à cette distance. Et il y avait toujours les cadavres de deux de ces perturbants modèles d'Evas de production en série dressées les bras en croix telles une parodie du symbole chrétien. L'un des poteaux à côté de celui portant la croix de Misato était tombé et avait été redressé par Shinji.

Asuka le regarda s'agenouiller devant eux, avant de détourner son regard en direction de la mer, vers l'horizon. Il avait voulu rester seul un moment, alors elle s'était assise un peu tristement sur le sable, quelques mètres derrière lui. Que ce soit à cause du temps gris et venteux qu'il faisait ce jour-là ou à cause de cet endroit, elle serait contente de rentrer chez eux. Même si elle pouvait comprendre qu'il ait voulu venir ici, elle n'était pas obligée d'aimer ça.

Le contact subit sur son épaule la tira brusquement de sa rêverie dans un sursaut.

« Dis, lui lança Shinji en s'asseyant derrière sa bien-aimée et en l'enlaçant de ses bras. Tu ne veux pas y aller ? Pour leur parler ?

— Non… dit-elle en secouant la tête. Je ne peux pas…

— Ma foi, tu n'es pas obligée d'y aller. » Sa voix se voulait confiante, mais elle contenait une nuance de déception.

Asuka poussa un profond soupir. « C'est… c'est entièrement ma faute, pas vrai ?

— Hein ? » Sa culpabilité l'avait visiblement surpris. « Quoi donc ?

— Si nous sommes seuls ! laissa-t-elle échapper l'évidence. Si personne d'autre ne peut revenir ! »

Elle avait souvent réfléchi aux raisons pour lesquelles eux deux seuls étaient revenus, mais elle avait soit ignoré, soit nié la conclusion qu'elle en avait tiré. Cependant elle n'avait pas réalisé à quel point cela lui avait pesé sur la conscience jusqu'à présent qu'elle faisait à nouveau face à ce spectacle — et aux souvenirs de ce jour-là.

Shinji, en revanche, était apparemment inconscient de cette évidence. « Qu'est-ce qui te fait dire ça ?

— Tu ne te souviens pas ? "Si je ne peux pas t'avoir pour moi toute seule, alors je ne veux rien de toi !" Mais… il y a au moins une partie de moi qui te voulais vraiment… » La dernière partie n'était qu'un murmure. « Alors, et si ce n'était qu'une interprétation erronée de… sa part ? Tu sais ? "Si je te veux, alors il faut que je t'aie pour moi toute seule !" Mais je ne le pensais pas ! Pas comme ça !

— C'est… c'est faux, Asuka. » Shinji tenta de la calmer et, à sa surprise, réussit à resserrer son étreinte réconfortante autour d'elle. Mais la tristesse dans sa voix lui dit que lui non plus ne s'était toujours pas libéré du fardeau que cette journée fatidique avait placé sur ses épaules. « Je ne sais pas pourquoi personne d'autre n'est revenu, mais ce n'est pas de ta faute. Maman, Rei, elles m'ont dit que tout le monde pouvait revenir s'ils en avaient la volonté. Ce n'est pas de ta faute s'ils préfèrent le faux bonheur qui est là-dedans…

— Tu es sûr ? » Elle tourna la tête pour le voir lui adresser un sourire charitable.

— Pourquoi n'irais-tu pas le leur demander ? »

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« Euh… salut…? »

Asuka fronça les sourcils devant l'absence de réponse de la mer.

« Oh, ça doit être la chose la plus stupide que j'aie jamais faite », marmonna-t-elle, furieuse contre elle-même. Mais elle prit alors une profonde inspiration et ramena son regard sur l'océan rouge.

« Je ne sais pas trop que dire… Je sais que je n'ai jamais été très bonne avec vous autres.
Mais quand même… vous... vous me manquez, pour bon nombre d'entre vous. Misato me manque, avec sa nature enjouée et ses plaisanteries sur les garçons ; parfois même sa façon de réveiller tout le voisinage.
Hikari me manque et discuter avec elle aussi. Quand nous étions ensemble, je pouvais même me sentir comme une fille normale, qui discuterait et s'amuserait avec une amie. Et il y a tant de choses qui sont arrivées durant les derniers mois que j'aurais tant voulu partager avec toi.
Même les idiots d'amis de Shinji me manquent, au moins ils faisaient de bons punching-balls. Et même la Pr- Ayanami, parce qu'elle était… eh bien… !
Kaji, je ne sais pas si tu es là-dedans. Mais je veux te remercier pour avoir toujours bien voulu me supporter, aussi enquiquinante que je sois. Tu avais été le premier que j'aurais pu qualifier au moins d'ami, sinon plus…
Maman… je… je suis désolée de n'avoir pas cru que tu tenais à moi. Je comprends maintenant que tu avais toujours été — et que tu es toujours — là pour moi, même si je ne peux pas te voir ou t'entendre ; que tu as toujours voulu le meilleur pour moi, que tu voulais que je sois heureuse et en sécurité. Je voudrais juste que tu… et que tous ceux que ça intéresse, sachent… que même si la vie ici est dure et éprouvante… je suis… je suis heureuse. J'ai trouvé quelqu'un qui veut vraiment être avec moi ; qui m'aime même. Je ne me souviens pas avoir été aussi heureuse que maintenant. »
Une larme coula en silence vers sa bouche dont les coins se relevaient. « Bon, je crois que c'est tout ce qui me vient à l'esprit pour le moment. »
Lorsqu'elle acheva sa dernière phrase, elle releva de nouveau la tête en souriant. Elle se sentait libérée d'une certaine manière, comme si une partie du fardeau qu'elle avait porté pendant trop longtemps lui avait été enfin retirée de ses épaules ; tout comme les nuages qui firent place au soleil.

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Quand elle retourna rejoindre Shinji, Asuka s'assit sans un mot et se blottit contre lui. En souriant, elle appuya sa tête contre sa poitrine, sentant ses bras l'enserrer et lui caresser doucement le dos. Ils restèrent assis un bon moment comme ça, sans prononcer une parole, se contentant de profiter de leur intimité.

« Asuka, je me demandais… finit par rompre le silence Shinji.

— Hmm ?

— Si tout ça n'était pas arrivé, penses-tu que… est-ce que tu aurais… tu aurais pu m'épouser un jour ? »

Stupéfaite, elle se redressa brusquement.
« Qu-quoi ? » Alors ça, c'était une surprise. Mais il avait l'air étrangement sérieux. À quoi pensait-il ? « Je… je ne sais pas. Je veux dire, si tout ça n'était pas arrivé, qui sait si nous aurions pu ne serait-ce que nous retrouver ensemble comme ça. Mais si ça avait été le cas… si nous en avions eu l'occasion… je… ne sais pas… je ne suis pas vraiment du genre femme au foyer… et je n'ai jamais vraiment voulu finir comme ça… mais… »

Elle détourna son regard de lui en rougissant. Elle n'y avait jamais vraiment réfléchi. Se marier — cela lui avait toujours paru être un rituel tellement archaïque et inutile. Mais maintenant, elle se voyait soudain s'imaginer de quoi elle aurait l'air dans une robe blanche, avec lui à ses côtés, leurs amis les regardant échanger leurs vœux de s'appartenir l'un à l'autre pour le restant de leurs jours et les acclamant tandis qu'ils scellaient leur promesse par un baiser.

Un agréable frisson lui parcourut l'échine tandis qu'elle se demandait quel effet cela ferait de l'avoir pour mari. D'être sa femme…

« …peut-être… que oui… »

Elle eut un hoquet de surprise et se retourna pour lui faire de nouveau face lorsqu'il lui prit tendrement la main et lui passa quelque chose au doigt.

« Je l'ai trouvée quand j'étais dans les ruines ces derniers temps, dans les décombres de ce qui devait être une bijouterie, expliqua Shinji. J'avais pensé te la donner dès notre sortie, mais je n'ai pas osé le faire si tôt que ça. Je sais qu'elle n'est pas tout à fait à ta taille et qu'elle est un peu abîmée, mais néanmoins… Peu-peut-être qu'on aura notre chance… »

Asuka était sans voix. Il avait raison, la bague était un peu trop large pour son doigt et un fragment de la pierre rouge était ébréché, mais ça n'avait pas d'importance pour elle. Bien sûr, ce n'était qu'un symbole pour quelque chose qui aurait pu être… ou voulait-il dire que, même après ce qui devait être maintenant près d'un an, il gardait encore l'espoir que les gens reviennent ? Qu'ils puissent finir par vivre une vie normale ?

« Tu es incorrigible, tu le sais ? sourit-elle.

— Hein ? Je croyais pourtant m'être amélioré…?

— Non, rit-elle en allant pour le serrer dans ses bras. Je voulais dire que tu es un incorrigible romantique…

— Oh… Ma foi, tu n'as encore rien vu… »

Un peu surprise, elle releva la tête vers lui, mais il semblait qu'il n'en dirait pas davantage…

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Asuka sourit pour elle-même en ouvrant la porte pour être accueillie par le soleil matinal. Les dernières semaines avaient été un pur bonheur. Elle n'aurait jamais cru que des gens puissent être aussi proche de quelqu'un d'autre — sans être combinés dans une flaque de boue — qu'elle l'était maintenant avec Shinji. Après avoir mis de côté leurs peurs et leurs différences, et dernièrement franchi la dernière étape dans leur relation, il ne restait plus rien qui puisse se dresser entre eux ; nulle barrière de haine, de chagrin ou de honte pour les séparer désormais, qu'elle soit mentale ou physique.

Le sourire d'Asuka s'élargit davantage à cette dernière pensée. Oui, ils étaient décidément devenus de plus en plus osés à chaque fois depuis la nuit après leur rancard. Et elle devait admettre qu'elle appréciait vraiment leurs "explorations". Mais ce qui était plus important encore, elle se sentait libre. Libre de tout ce qui pouvait lui troubler l'esprit ; libre de tout repli sombre qui aurait pu subsister dans son âme. Elle ne se souvenait même pas avoir jamais vécu aussi sereine auprès de quelqu'un, ou même sereine tout court.

Une poignée de maïs récupérée dans la réserve à la main, elle se dirigea vers la basse-cour. Après l'avoir dispersé, elle regarda les deux poules le picorer voracement, appuyée sur la clôture qu'ils avaient bricolée avec une expression rêveuse sur le visage.

Ouais, ces deux-là avaient de la chance. Elles avaient toujours pu vivre comme ça sans souci ; rien qu'à manger, dormir… et pondre un œuf de temps en temps.

Elle pouffa de rire devant cette comparaison un peu ridicule.

Lorsqu'elle vint inspecter la serre, elle remarqua soudain qu'une autre "barricade" avait disparu. Shinji avait séparé une partie de la serre avec quelques grosses planches en bois un certain temps auparavant, en lui déconseillant formellement de regarder derrière, parce qu'il y avait là quelque chose dont il aurait besoin pour une surprise. Mais elle avait disparu maintenant, laissant cette zone complètement vide.

Ou presque. Quelque chose gisait encore dans un coin sous la table. Curieuse, Asuka s'agenouilla pour y voir de plus près.

Une rose ? Pour quelle raison avait-il donc bien pu en faire pousser ?

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« Allez, Shinji, dis-moi, où est-ce qu'on va ?

— Tu vas voir. » Même si elle ne pouvait pas le voir, elle pouvait presque l'entendre sourire.

— Voir ? Avec ce bandeau ? » Elle sourit et se pencha sur son épaule, le faisant légèrement sursauter. « Dis-moi, est-ce que mon petit baka-hentai n'aurait pas prévu un truc coquin avec son amante favorite ?

— Quoi…? Euh… eh bien, tu verras bien quand on y sera. »

Elle voulu se plaindre à nouveau, mais à ce moment précis Shinji arrêta la voiture. Ça voulait dire qu'elle pouvait risquer un coup d'œil…

« On ne regarde pas ! protesta-t-il immédiatement, ayant apparemment remarqué ses doigts s'approcher du foulard noué sur ses yeux.

— D'accord, d'accord », grommela espièglement Asuka.

Elle entendit Shinji sortir et un instant plus tard, sa porte s'ouvrit. Il lui prit délicatement la main et la fit descendre. Ses pieds entrèrent en contact avec un sol doux et instable.

Du sable ? Le bruit des vagues déferlant sur la grève ?

« Où sommes-…?

— Chut… » Il plaça un doigt sur ses lèvres. « Juste un instant… »

Il retourna à la voiture, la laissant à ses interrogations. Qu'avait-il prévu ? Un peu d'"exercice" à la plage n'aurait pas été pour lui déplaire, mais sa réaction précédente semblait réfuter cette hypothèse.

Avant qu'elle ait pu aller au bout de sa pensée, il fut de retour. Il glissa sa main dans ses cheveux, réarrangeant les mèches rebelles et les attachant à quelque chose de familier.

« Alors tu ne savais pas où elles étaient, hein ? dit-elle en souriant, reconnaissant les cliquètements bien connus de ses barrettes A10.

— Eh bien, j'ai dû les… modifier un peu. »

Les modifier ?
Surprise, elle porta la main à sa tête, ses doigts tâtonnants rencontrant une sorte de tissu fin et soyeux.

« Que…? » Elle fut incapable de garder assez de souffle pour continuer lorsque Shinji retira le bandeau et qu'elle ouvrit les yeux. Ils étaient bien à la plage, mais à un endroit où la tête géante de Rei et les restes démembrés des Evas de série étaient hors de vue. Même les débris occasionnels semblaient avoir été enlevés. À la place, se trouvait une sorte d'arche sur laquelle des roses étaient entremêlées. Le soleil couchant à l'horizon baignait le paysage entier d'une lumière rouge et orangée.

« Eh bien, je-je pensais qu'il nous faudrait quelque chose pour nous servir… d'autel ou quelque chose comme ça », dit Shinji, ayant manifestement remarqué son regard interrogateur. Mais son apparition n'atténua pas sa surprise, au contraire. Aussi informels qu'ils puissent être, cette chemise blanche et ce pantalon noir, qui lui avaient servi d'uniforme scolaire, étaient peut-être les vêtements les plus proches d'une tenue habillée qu'il possédait désormais.

— D'autel ? Qu…?

— J-je sais que ce n'est pas un vrai… juste quelque chose de symbolique… Mais… Je veux dire, au final c'est aussi vrai qu'on le veut. »

Elle n'arrivait toujours pas à parler. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Jamais auparavant elle ne s'était sentie si sûre de savoir ce qui se passait tout en étant si incertaine à la fois. Comme elle ne répondait pas, il continua.

« Ç-ça paraît peut-être un peu tôt. Mais, bon, comme nous serons ensemble de toute façon… et puisque tu as dit que tu le voulais… je me suis dit : pourquoi devrions-nous attendre ? »

Son regard se posa sur la bague à son doigt. Il n'y avait plus aucun doute. Malgré toute sa discipline, elle sentit ses yeux s'embuer de nouveau. Une main tremblante devant sa bouche, comme pour retenir son souffle, elle ne suivit qu'en partie son regard vers l'horizon.

« J'ai choisi cet endroit parce que tous ceux que nous connaissions et aimions sont là. Le monde entier pourra nous servir de témoin… » Il se retourna vers elle, un sourire timide sur les lèvres et tendit la main vers elle en tremblant. « Alors…?

— Baka », laissa-t-elle échapper avec un sourire vacillant, ne pouvant plus se retenir. Sa voix se brisa. « Qu'est-qu'est ce que je t'ai dit à propos de s'habiller pour l'occasion ? Enfin, regarde-moi, je suis là avec ce vieux haut et ce short… » Elle interrompit ses divagations insensées lorsqu'il lui plaça un doigt sur les lèvres et que de sa main libre il lui prit la sienne.

— Non, dit-il en secouant la tête. Ça n'a pas d'importance. Quoi que tu portes, tu es l'être le plus beau que je puisse imaginer. » À ces mots, tandis qu'elle lui souriait, il l'entraîna jusque sous l'arche qu'il avait fabriquée lui-même et lui tint les mains contre sa poitrine, sans rompre le contact visuel.

« Asuka, commença Shinji après avoir pris une profonde inspiration. La première fois que je t'ai rencontrée, je ne savais que penser de cette fille superbe et colérique qui se tenait devant moi. Tu ne ressemblais à personne que j'aie pu rencontrer auparavant ; je ne savais pas comment gérer ça. J'étais habitué à ce que les gens ne m'aiment pas beaucoup, mais personne ne m'avait jamais, disons… crié dessus pour être comme je l'avais toujours été. Quoique durant notre entraînement de synchronisation, je m'y suis plus ou moins habitué et j'ai même commencé à apprécier de vivre avec la rousse enflammée qui avait emménagé chez nous, même si elle me rendait souvent la vie dure avec ses taquineries. Après tout, ce n'est pas très juste si quelqu'un vous colle littéralement ses formes généreuses sous le nez, puis vous incendie pour l'avoir fixée du regard l'instant d'après. » Il lui lança un faible sourire, avant de reprendre ce qui lui restait d'aplomb pour continuer.
« Je mentirais si je disais que je n'étais pas attiré par ta beauté, mais plus encore, j'ai toujours admiré ta force, ton courage, le fait que tu semblais capable de faire face à tout ce qui se trouvait sur ton chemin.
Mais il y a eu aussi des moments ou j'ai été capable de voir sous la surface, qu'il y avait vraiment quelque chose sous cette carapace dure. Je crois que c'est pour ça que je suis délibérément tombé amoureux de toi : d'un côté il y avait l'enfant fragile qui évoquait le désir de la protéger de toute la souffrance du monde, de l'autre, se trouvait la fille forte et ardente qui pourrait me donner la gouverne dont j'avais besoin.
Tu as été mon point d'ancrage, la constante à laquelle je pouvais toujours me fier dans les meilleurs et dans les pires moments. Et c'est pour cela que je t'aime.
C'est pourquoi, moi, Shinji Ikari, je veux te prendre, Asuka Langley Soryu, pour épouse, afin de vivre avec toi pour toujours à tes côtés.

— Tu… t'es pas sympa, tu le sais ? tenta-t-elle de le réprimander, mais sa voix ainsi que l'expression de son visage la trahissaient. Tu as eu tout le temps qu'il te fallait pour préparer ce discours et il faut que j'en improvise un en quelques secondes.

— Tu n'es pas…

— Shinji, l'interrompit-elle en souriant. Au premier abord, je ne t'avais considéré que comme un autre garçon trouillard qui ne faisait que fantasmer sur mon corps. L'avantage, c'était que tu étais assez trouillard pour que je puisse te taquiner avec ça, gloussa-t-elle. Cependant avec le temps, je me suis prise à commencer à apprécier ce garçon humble et timide — si seulement ses excuses incessantes n'avaient pas été si gonflantes. » Cela les fit tous deux pouffer de rire, mais le visage d'Asuka reprit son sérieux.
« Mais tu étais mon rival, et tu as fini par devenir une véritable menace pour tout ce qui m'incarnait. Comment aurais-je pu apprécier ou même aimer quelqu'un comme ça ? Comment aurais-je pu attendre de quelqu'un qui semblait tout aussi faible que moi qu'il soit là pour moi ? Au fond de moi, je le faisais sans doute déjà, mais ça ne m'a pas empêché de dire et de faire des choses que je souhaiterais n'avoir jamais dites et faites, parce qu'elles ne nous ont fait que du mal à tous les deux. Et pourtant, malgré ce que j'ai fait, tu as peut-être battu en retraite et voulu me laisser tomber, mais en fin de compte, tu ne l'as pas fait. Tu es toujours revenu.
Peut-être que c'est pour ça que je ne te croyais pas. D'habitude tout le monde me laissait toute seule au bout d'un moment. Mais même quand je t'ai supplié de m'abandonner quand nous avons discuté de l'Impact pour la première fois, tu ne l'as pas fait. Tu m'as montré que tu étais prêt à tout pour moi ; que tu étais prêt à m'aider en cas de besoin ; que tu étais même prêt à me soutenir.
C'est là que j'ai été sûre et certaine que je pouvais enfin me permettre de t'aimer. Et ainsi je l'ai fait et je le ferai aussi longtemps que je peux l'imaginer.
Et pour cela, moi, Asuka Langley Soryu, je te veux, Shinji Ikari, pour époux.

— Alors je nous déclare… commença Shinji, son visage reflétant visiblement le bonheur qu'elle ressentait en elle.

— …mari… continua Asuka, leurs lèvres se rapprochant…

— …et femme.
…se rapprochant…

— Vous pouvez maintenant…
…se rapprochant…

— …embrasser…
…se rapprochant…

— …la mariée. »
…se touchant.

Ils furent incapables de se rappeler combien de temps ils restèrent ainsi, s'embrassant tandis que le soleil dardait ses dernières lueurs sur ce jour, ne laissant que les étoiles et la mer comme témoins des deux êtres qui partageaient la chose la plus précieuse en ce monde.

Leur amour…

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N.D.A. :

Enfin, j'ai fini ceci. J'y ai mis le temps, après tout.
Vous vous demandez peut-être pourquoi j'ai réduit presque tout, à part les parties guimauve, à un résumé rapide. Bien sûr, j'aurais pu parler clairement de leurs progrès en terme de survie (ou du moins, nous pouvons prétendre que j'aurais pu ;-) ). Mais voyez-vous, chaque "chapitre verbal" est censé être centré sur un certain sujet : tandis que c'était sur la survie dans le précédent, c'est sur leur relation amoureuse dans celui-ci.

Ouais, je sais ce que vous voulez dire : « Ils sont com-plè-te-ment OOC et tu te sers juste du Troisième Impact comme explication ! »
Eh bien, oui, c'est ce que j'ai fait. Et même si je trouve que le TI est vraiment une bonne explication (« Si le TI ne peut pas vous changer, rien ne le peut ! ») et que j'ai fait de mon mieux pour les garder aussi fidèles à leur personnage que possible, ce n'est pas vraiment ce que j'avais prévu à l'origine. Mais je voulais les mettre ensemble en un seul chapitre, ce qui à mon avis est quasi impossible à faire en les gardant dans leur personnage en moins de… enfin… bien plus de mots que 20000.
Alors en fin de compte, c'est "juste" un paquet de scènes guimauves collées ensemble.
Oh tant pis, au moins j'ai toujours l'attention des fans purs et durs d'A/S…

Ce chapitre était indubitablement le plus dur jusqu'à présent, non seulement en termes de contexte, mais aussi en termes de structure. Il y avait des scènes que je n'étais pas sûr où placer et qui ont été déplacées. La première scène à la plage, par exemple, était censée être entre leur dispute et leur premier rendez-vous. Mais ça rendait le "temps de préparation" bien trop long et la demande en mariage était après tout censée arriver après cette soirée, mais d'un autre côté je n'aime pas vraiment la façon dont elle "rompt" légèrement le bonheur qui fait suite au rancard.

Autre chose encore : comme je n'ai pas écrit d'une traite du début à la fin, mais que je notais simplement ce qui me venait à l'esprit sur une longue période de temps, il y a eu plusieurs divergences. Les raisons et les changements ne se sont pas développés aussi bien qu'ils l'auraient dû. L'exemple parfait de cela serait les raisons de leur "première fois" : juste avant, j'avais écrit qu'ils étaient encore trop gênés pour se toucher, sans jamais le mentionner auparavant, et en indiquant même le contraire en disant qu'ils se faisaient toujours des câlins et des bisous et qu'ils étaient tel-le-ment proches… Ça semblait même pour moi un argument assez faiblard pour les mettre au lit. C'est pourquoi la scène où Asuka se réveille avec Shinji qui la pelote inconsciemment a été insérée là pour de bon lors de la phase d'ajustement.

Néanmoins, la scène qui m'a gêné le plus a été le flashback du Troisième Impact par Asuka, parce que je n'étais pas sûr de vouloir la mettre dedans avant le dernier moment. Mon intention était qu'elle lui raconte tout à ce sujet. Cependant avec le temps j'ai remarqué que la discussion aurait été bien trop longue et inégale. Et quand j'ai mûri et apprécié l'idée d'inverser en quelque sorte la scène du TI dans la cuisine, j'ai pensé à déplacer le flashback dans le deuxième chapitre. Mais dans ce cas-là, j'en aurais révélé trop long. Alors en fin de compte, je l'ai laissé là après tout et j'ai placé un "teaser" dans le chapitre 2.

Et tant qu'on y est : oui, il y a beaucoup d'interprétations plutôt libres dans ce chapitre. Bien sûr, nous ne savons pas comment Asuka et Misato se sont rencontrées, d'où vient la robe jaune, si le "baiser d'adulte" était vraiment un patin et je n'ose même pas me lancer ici sur le chapitre des relations. Même chose avec la scène susmentionnée. On ne sait pas exactement si ce que nous voyons durant le TI est juste le fruit de l'imagination de Shinji (ce qui est la théorie la plus populaire et j'ai songé pendant un moment à utiliser celle-là) ou si c'était bien elle et quelles étaient ses raisons dans ce cas. Alors soyez indulgents avec moi au lieu de brailler « MAIS C'EST DU N'IMPORTE QUOI ! » quand je me sers d'interprétations pour lesquelles je trouve qu'elles marchent mieux dans cette fic.

En ce qui concerne le chapitre 6 : ouais, je sais ce que vous pensez après ce chapitre : ils sont heureux, rien ne peut plus les séparer, Tout Va Bien Dans Le Monde, hein ?
Eh bien, détrompez-vous…

Houps, j'ai failli oublier : Merci encore à mes pré-lecteurs Divine Chaos et dennisud pour tous leurs rajouts et changements (même ceux que je n'aurais pas cru nécessaires). :P

Notes de révision :
Quelques corrections et deux ou trois détails rajoutés ici et là, ainsi qu'une petite scène après la partie du lac. Tout d'abord pour rallonger le temps (de lecture) avant les confessions intimes pour que celles-ci paraissent un peu moins précipitées, mais aussi parce qu'ils semblaient surmonter ces événements un peu trop facilement. J'ai aussi corrigé une erreur flagrante (je suis étonné que personne ne l'ait remarquée (et si quelqu'un l'a fait, désolé de vous avoir oubliés maintenant ;P)) : Shinji disait qu'il ne buvait pas de café, alors qu'on le voit faire ça au moins dans l'épisode 7. Ouais, j'imagine que j'aurais pu jouer la carte "c'était juste du cacao", mais je pense que cette correction ne fait pas vraiment de mal. ;)

N.D.T. :

Près de deux mois de hiatus cette fois-ci. Je sais que vous n'êtes pas nombreux à suivre cette fic, mais ce n'est pas une raison pour vous faire lanterner à ce point (d'autant plus que ce chapitre ne m'a pas posé de problème majeur de traduction en dehors de sa longueur). Mais les choses étant ce qu'elles sont, je n'ai guère eu de temps à moi au mois de mai à cause de mes révisions et rester un mois sans écrire m'a fait développer une vilaine tendance à la procrastination, ce qui fait que j'ai préféré m'occuper d'autres choses qui me semblaient plus urgentes avant de me décider à me remettre à traduire. Cependant, dès le moment où je me suis replongé là-dedans (et vous allez sans doute m'en vouloir à mort pour ça), j'ai eu toutes les peines du monde à m'arrêter pour faire des pauses. À se demander pourquoi je ne m'y suis pas remis plus tôt…

Enfin, au moins je vous livre ce chapitre juste à temps pour le 10ème anniversaire de la publication de "The 2nd Try" (qui coïncide également avec les 5 ans de sa complétion). N'hésitez pas à lâcher vos reviews et en retour je vous promets que le prochain arrivera plus vite, encore que sa publication sera sans doute retardée d'une semaine par mon départ en vacances la semaine prochaine (je n'avais pas vraiment prévu de partir, mais quand une opportunité de ce genre se présente, il faut la saisir).

Je précise également que cette fic est désormais disponible sur Fanfic-Fr comme promis dans le chapitre précédent. Si vous préférez la suivre là, ne vous gênez pas !

Sur ce, je vous quitte ici pour vous laisser profiter d'un petit bonus offert gracieusement par l'ami Jimmy et, comme le reste, traduit par mes soins :

!FIN-OMAKE!

Lorsqu'ils finirent par se séparer, le sourire satisfait d'Asuka se changea en un rictus malicieux.

« Bon, eh bien, M. Soryu, roucoula-t-elle en passant ses bras autour de son cou, je crois maintenant qu'il est temps d'entamer notre lune de miel !

— Quoi… maintenant !? Ici ?!

— Ma foi, c'est ça qu'il y a de bien quand on est seuls au monde : on peut faire tout ce qu'on veut sans risquer d'être vu par qui que ce soit !

— Mais… » Il ne put en dire davantage parce qu'elle s'appuya alors sur lui de tout son poids, l'entraînant à terre…