La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 5 : Le 14ème

Lorsqu'il ouvrit les yeux, la première chose que vit Toji fut un plafond blanc inconnu. Il pouvait entendre des bribes de discussion venant de l'extérieur de la chambre.

« …pas plus de cinq minutes », dit quelqu'un, suivi par l'acquiescement d'une voix plus jeune.

La porte s'ouvrit et dévoila une fille brune, toujours vêtue de son uniforme scolaire vert et blanc. Elle se dirigea tout droit, quoique à une vitesse respectueuse, vers la chaise à côté de lui.

Il cligna plusieurs fois de ses yeux encore fatigués, même s'il eut vite une bonne idée de qui était la nouvelle venue.

« Hikari ? demanda-t-il d'une voix rauque, surprenant apparemment un peu la visiteuse.

— Suz… Toji, se corrigea la fille aux couettes, incapable de réprimer le léger rougissement de ses joues. Excuse-moi, j'ignorais que tu étais déjà réveillé. Tu… tu vas bien ?

— Ça a l'air, sourit-il faiblement. En tout cas, je crois que je suis en vie.

— Eh bien, tu… tu a dormi pendant un jour…

— Un jour, hein ? J'ai l'impression que je pourrais dormir un ou deux de plus… marmonna Toji avant de ramener son attention sur elle. Et toi, tu es… ?

— Oh, je suis venue parce que je suis la déléguée, c'est tout », répondit-elle timidement, un grand sourire innocent sur le visage.

Toji lui rendit son sourire d'un air entendu. « Eh oui, je sais ce que c'est…

— Oui, je pense bien… » murmura Hikari.

Un bref moment, occupé par un silence incertain, passa entre eux. Lentement, leurs sourires s'effacèrent tandis que leurs esprits revenaient sur les récents événements.

« Tu sais ce qui est arrivé ? finit par demander Toji. À l'Eva, je veux dire ?

— Ikari l'a détruite…

— Shinji…? songea-t-il avec un léger sourire en fixant à nouveau le plafond. Parfois c'est dur à croire que notre copain si timide soit un combattant de ce calibre. Si je l'avais vu dans l'Eva avant de le rencontrer à l'école, je ne suis pas sûr que j'aurais osé le cogner à l'époque… »

Hikari opina du chef, même s'il ne pouvait pas le voir. « Mais si tu n'avais pas fait ça, peut-être que vous ne seriez jamais devenus amis tous les deux…

— Ouais, approuva-t-il. Comme quoi, parfois quelque chose de bon peut ressortir même des plus grosses erreurs… »

Toji se replongea dans le silence. Pour la première fois, ses yeux se baissèrent sur son corps. Il adressa un regard interrogateur à ses blessures qui avaient été soignées, en particulier au plâtre à son bras et à sa jambe suspendue dans une sangle qui la maintenait relevée et immobile. « Alors… qu'est-ce qu'il m'est arrivé ?

— D'après ce que j'ai entendu, lui et les autres t'ont fait sortir avant d'attaquer. Je ne sais pas exactement ce qui s'est passé, mais apparemment ils n'ont pas été assez rapides… » Hikari se tut en remarquant qu'elle l'avait dit comme si elle en voulait aux autres pilotes pour tout ça. Mais elle était bien trop contente que rien de pire ne soit arrivé pour ressentir quelque chose de ce genre.

« Ton bras et ta jambe sont cassés, finit-elle par poursuivre. Ils disent qu'il faudra probablement que tu restes là quelques semaines.

— Semaines ? » demanda-t-il avec un soupçon de panique dans la voix. Rien que l'idée d'être cloué au lit pendant plus de quelques jours lui retourna l'estomac. Il était le genre de personne qui avait besoin de sortir pour conserver son équilibre mental.

Hikari, cependant, sembla s'amuser de son air apeuré. « Ce n'est pas comme si tu avais perdu l'usage de tes membres pour toujours, gloussa-t-elle. Dans quatre à six semaines à peine, tu seras sur pied et libre d'aller à ta guise. »

Toji gémit de désespoir, mais il se sentait trop fatigué pour en disputer davantage. Il poussa un soupir et redirigea sa vue vers la fille à ses côtés. « Alors… si je ne sors pas d'ici bientôt… tu peux me rendre un service ?

— Bien sûr…

— Tu pourrais dire à ma sœur que je n'ai rien de grave ?

— D'accord… » promit Hikari en hochant la tête. Mais quand leurs regards se croisèrent, les mots parurent leur manquer. Aucun d'eux ne bougea ou n'osa même cligner des yeux maintes secondes durant, de peur que ce moment ne disparaisse que trop tôt.

« Je... j'ai bien peur de devoir m'en aller maintenant, finit par dire la fille, rompant le silence. J'ai déjà eu de la chance qu'on m'autorise à te rendre visite. »

Elle s'était déjà relevée de sa chaise et se trouvait à mi-chemin de la porte lorsque Toji l'appela une fois de plus. « H… Hikari ?

— Hmm ? demanda-t-elle sans se retourner.

— Merci… d'être là…

— De rien… »

Sur ce, elle sortit en silence, priant pour qu'il n'ait pas remarqué ses joues rougissantes.

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« Non, Kensuke… soupira Shinji dans le téléphone. Non, je ne sais pas pourquoi ils ont choisi Toji plutôt que toi… Quoi ? … Ils refusent de te laisser lui rendre visite ? Oh… non, non, j-je ne crois pas que je puisse faire quoi que ce soit pour toi à ce sujet… Horaki a un droit de visite ? Mais n'est-ce pas parce que c'est son devoir en tant que déléguée ? … Ouais, tu as sans doute raison, c'est un peu léger comme raison… Non, je ne sais pas si Asuka a quelque chose à voir là-dedans… »

Il jeta un coup d'œil dans le salon depuis le couloir. Sa compagne rousse était allongée par terre et avait levé un regard curieux vers lui à la mention de son nom. Non pas qu'elle semblait vraiment prêter attention à cette comédie familiale ou quoi que puisse être le programme qui passait à la télévision.

Shinji leva les yeux au ciel en entendant Kensuke poursuivre à l'autre bout du fil. « L-lui demander ? s'étrangla-t-il dans sa meilleure imitation du "Shinji nerveux/effrayé". « Je… je ne sais pas… Elle… elle est assez susceptible ces derniers temps… Hé, si tu lui demandais toi-même ? Je peux lui passer le téléph… Kensuke ? Allô ? Kensuke ? »

Avec un léger rire, il mit fin à la connexion et replaça le combiné sur son récepteur. « Je crois qu'il n'apprendra jamais… marmonna-t-il en retournant dans le salon.

— J'arrive toujours pas à croire que j'ai encore perdu ! » grommela brusquement la rousse.

Encore…

« Asuka, nous sommes seuls, bâilla Shinji. Misato est partie pendant que tu prenais ta douche.

— Et alors ? »

Il lui adressa un regard curieux. Il y avait longtemps qu'il ne l'avait pas vue aussi grincheuse, du moins sans faire semblant. « Ne me dis pas que tu prends toujours tant à cœur quelque chose comme ça, quand même ?

— Et si c'était le cas ? grogna-t-elle en roulant sur le côté, lui tournant le dos.

— Oh, Asuka… » Il ricana de son comportement. Pour quelqu'un qui s'était toujours estimée mature, elle avait gardé bien des attitudes puériles même après être devenue adulte pour de bon. Du moins c'est ce qu'il espérait que c'était…

Il s'allongea derrière elle avec précaution, l'attirant dans une étreinte légère. Elle se raidit, mais même s'il voyait bien qu'à l'instant elle préférait poursuivre sa bouderie plutôt que se détendre avec des câlins, il savait qu'elle n'était généralement pas capable de maintenir cette attitude bien longtemps.

« C'est juste que… » Déjà la colère dans sa voix se dissipait. « J'ai été mise K.O. si facilement ! Encore ! Je n'ai même pas eu l'occasion de combattre pour de bon. Moi qui pensais pouvoir me rattraper et je… je…

— Il nous a tous pris par surprise, lui affirma-t-il tout en lui caressant les bras de ses mains de manière réconfortante. Tu n'aurais rien pu y faire. Sinon je suis sûr que tu lui aurais montré qui était la patronne… »

En fin de compte, un léger ricanement se fraya à travers son masque de colère. Elle se retourna face à lui et passa les bras autour de ses épaules. Elle fit une moue, espiègle cette fois-ci. « Je déteste quand tu fais ça, tu le sais ?

— Ouais… »

Elle secoua la tête en la rapprochant lentement de la sienne. « Mauvaise réplique, murmura-t-elle. Tu dois dire "je suis désolé".

— Ah oui ? » Il sourit, se penchant en avant à sa rencontre, sentant déjà son souffle sur son visage. « Je suis désolé.

— Mieux… » Elle ferma les yeux, juste avant que leurs lèvres…

« Je suis rentrée ! »

Tous deux se redressèrent brusquement en entendant le cri sonore et enjoué de la voix juvénile ; non pas de peur ou de panique, mais de surprise et d'un espoir irraisonné. Mais personne n'était là…

Asuka se tendit visiblement lorsque Shinji posa la main sur son épaule. Lorsqu'elle se retourna lentement, il la regarda dans les yeux et vit que l'étincelle d'espoir qui avait brillé en eux à peine quelques secondes plus tôt avait été remplacée par une tristesse absolue.

« C'était juste la télé… murmura-t-elle d'une voix atone, sans aucune trace d'émotion audible.

— Oui… » Il ravala la boule de tristesse dans sa gorge et la reprit dans ses bras. « Juste la télé… »

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Ce n'était pas le premier champ de bataille qu'elle voyait et pourtant le spectacle du cadavre humanoïde géant parvint quand même à lui faire froid dans le dos.

Le processus de nettoyage avait déjà commencé, mais il faudrait néanmoins du temps pour retirer tous les restes sanglants d'Eva/Ange. Des camions-grues et des camions-bennes s'affairaient à déplacer le corps hors de la zone. Des hommes de la NERV se trouvaient dans tous les coins et barraient la région aux regards curieux. Mais aucun d'eux n'aurait osé l'arrêter dans l'état où elle se trouvait, même s'ils n'avaient pas reconnu le major.

« Ça va, tu tiens le coup ? »

La question rhétorique de Ritsuko ne surprit même pas Misato. Bien sûr, elle était loin d'aller bien. Ses blessures étaient nettement visibles — surtout son bras en écharpe — et elles le resteraient encore quelques semaines. Et sa vieille amie n'avait guère meilleure allure, avec les bandages qui lui cerclaient le front.

« Du moment que je peux travailler… Je ne peux pas rester inactive dans une situation pareille. » Elle soupira de fureur. « Je serais même venue encore plus vite si un certain commandant n'avait pas donné l'ordre le plus stupide de sa carrière.

— J'ai entendu pour Shinji, commenta le docteur. Et même si son châtiment semble déraisonnable à première vue, je pense que le commandant Ikari n'a pas tout à fait tort…

— Tu es toujours du côté de ce salaud, pas vrai ? C'est quoi ça, un nouveau jeu dont je n'ai pas encore entendu parler ? "À-qui-fait-le-plus-de-mal-à-Shinji" ? Je… » Une douleur subite dans son bras blessé l'arrêta dans son élan lorsqu'elle le bougea trop brusquement sous le coup de la colère.

— Du calme, enfin ! répliqua Ritsuko d'un ton sévère, quoique restant égal. Tu parles comme s'il avait été arrêté ou totalement exclu de la NERV ! »

Misato soupira. « Désolée. C'est juste que… il ne mérite pas ça. Il n'a rien fait de mal ! Ç'aurait pu être bien pire s'il n'avait pas tenté de sauver son ami. Il risque sa vie pour nous encore et encore, et maintenant qu'il montre enfin un peu d'assurance en pilotant l'Eva, on le lui interdit.

— Je ne crois pas que ça le gênera tant que ça de manquer quelques tests… gloussa Ritsuko.

— Ma foi… peut-être pas… » Misato s'autorisa un sourire amusé. « Je crois que tu as raison. Mais j'espère quand même que le prochain Ange ne se montrera pas durant les quelques semaines à venir… »

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Shinji se redressa en sursaut dans son lit. Son cœur battait la chamade et il était tout en sueur, mais la réalité avait déjà commencé à reprendre le dessus.

Encore un cauchemar…

Il n'en avait plus eu depuis des années, mais ils revenaient presque constamment ces derniers temps, le narguant toujours avec sa défaite, lui disant toujours que tout ce qu'il faisait ne servait à rien. Et toujours ce monstre qui refusait de le lâcher.

Avec un profond soupir, il retomba en arrière sur le lit et ferma les yeux, mais il restait trop ébranlé pour se rendormir. Il grogna, contrarié par cette situation, et se retourna de l'autre côté, pour rouler dans l'autre sens moins d'une minute après. Son regard épuisé se promena dans la chambre obscure jusqu'à ce qu'il tombe sur les chiffres lumineux du réveil digital.

4:36… Et avec son esprit préoccupé et son gosier sec, il n'était pas prêt de trouver le sommeil. Mais au moins il pouvait faire quelque chose contre la soif.

Shinji frissonna un peu quand sa peau baignée de sueur entra en contact avec l'air frais de la nuit lorsqu'il se leva et alla à la cuisine. Il se retint d'allumer la lumière, pour ne pas troubler le sommeil du pingouin dans son réfrigérateur privé, et se prit sans bruit quelque chose à boire dans l'autre frigo.

Mais après après avoir rapidement descendu sa boisson et jeté la canette vide dans la poubelle, il ne se sentit guère rafraîchi et loin d'aller mieux. Ça n'avait été qu'une autre tentative inutile de changer quelque chose.

Tête basse, il retourna vers sa chambre en traînant les pieds. Mais lorsqu'il dépassa la porte de la chambre d'Asuka, un gémissement étouffé le stoppa net.

Ses lèvres laissèrent échapper un soupir attristé. Il ne détestait pratiquement rien autant que ce son qui lui rappelait combien il était impuissant en réalité. Mais il ne pouvait pas lui en vouloir de pleurer. Lui aussi trouvait souvent son propre oreiller mouillé de ses larmes.

Durant un long moment, il resta là dans le couloir, incapable qu'il était de pénétrer dans sa chambre pour la réconforter, comme de s'éloigner en la laissant seule avec sa douleur.

En fin de compte, après s'être assuré que Misato n'était pas à proximité, il se dirigea vers la chambre d'Asuka à pas hésitants et ouvrit la porte avec précaution et en silence. Pendant un instant, il sourit à la vue du chaos dans sa chambre. Pour tout ce qui ne concernait pas son apparence, elle avait toujours été la plus négligée d'entre eux. Même le passage à l'âge adulte n'avait guère servi dans ce domaine.

Mais le sourire disparut aussi vite qu'il était venu lorsqu'il vit sa silhouette en pleurs recroquevillée sur le lit.

À petits pas silencieux, il s'approcha d'elle en évitant soigneusement le désordre par terre. Elle ne le remarqua pas dans son sommeil agité lorsqu'il s'assit à côté d'elle.

Il voulait lui chuchoter des mots de consolation à l'oreille, n'importe quoi qu'il puisse la calmer, mais tout ce qu'il lui venait à l'esprit n'aurait été que d'autres mensonges blessants. Tout ce qu'il pouvait faire était de placer son bras autour d'elle et de partager sa douleur. Et ils pleurèrent ainsi ensemble en silence jusqu'à ce qu'il soit obligé de retourner dans sa propre chambre, avant que le matin ne vienne en apportant avec lui une autre journée de refoulements et de mascarade.

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« Elle a vraiment dit ça ? »

Hikari hocha la tête, un grand sourire sur la figure en voyant son expression abasourdie. « Ses mots exacts étaient : "Ce crétin de grand frère peut s'estimer heureux qu'il ne lui soit rien arrivé de pire, sinon je l'aurais tué moi-même !"

— Sale petite ingrate… grommela Toji, mais Hikari se contenta de sourire en secouant doucement la tête au garçon dans le lit à côté d'elle.

— Ne fais pas ton idiot. Tu sais très bien qu'elle ne le pensait pas comme ça. Elle a eu peur quand elle a appris que tu avais risqué ta vie pour qu'elle ait droit à un meilleur traitement. Et vu les progrès qu'elle a fait, je suis sûre qu'elle est très reconnaissante de ce que tu as fait pour elle. »

Le visage du garçon s'éclaira visiblement à ces mots. « Alors, comment va la petite peste ?

— Oh, elle va bien. Ça ne m'étonnerait pas qu'elle se remette à marcher plus tôt que toi.

— Alors ça, ça m'étonnerait ! s'exclama-t-il fièrement en lui rendant son sourire.

— Hein ? Qu'est-ce qui te rend si sûr ?

— Parce que, commença-t-il à voix basse en plaçant la main de son bras valide sur la sienne et en la regardant droit dans les yeux d'une façon qui lui donna le frisson et fit monter la fièvre sur son visage, elle n'a pas la même motivati… »

Il fut rudement interrompu par des coups sonores frappés à la porte. Avant qu'aucun deux ne puisse répondre, celle-ci fut ouverte à la volée par une tornade rousse, traînant une autre personne derrière elle.

« J'espère sincèrement qu'on ne dérange pas… » grogna une Asuka visiblement dégoûtée.

Bien qu'"innocents", les visages d'Hikari et de Toji virèrent immédiatement au rouge pivoine.

Par bonheur pour eux, le garçon qui était entré avec Asuka intervint avant que le silence ne devienne vraiment inconfortable. « S-salut Toji, marmonna-t-il. Bonjour, déléguée…

— Hé, Shinji ! » Le sportif accepta avec gratitude la diversion. « Comment ça va ?

— Euh… Bien… dit Shinji, visiblement pris par surprise par la question plutôt banale. Mais j-j'étais justement venu te demander ça…

— Moi ? Oh, ça va. Tu sais… couché au lit, à manger et à poireauter sur place, plaisanta-t-il en montrant sa jambe pendue à sa sangle.

— …et à jouer au docteur avec ta copine… » ajouta Asuka à la liste d'un ton taquin.

Tandis qu'un autre accès d'embarras réduisait Hikari au silence avant qu'elle n'ait pu prendre la parole, Toji se contenta cette fois-ci de lever les yeux au ciel.

« Et qu'est-ce qui t'amène ici, Mme Lucifer ? Je te manque déjà ?

— Ouais, c'est ça… renifla la rousse. Je ne suis là que parce que Misato ne voulais pas que son petit Shinji sorte tout seul, ajouta-t-elle sur un ton faussement indulgent, en ébouriffant les cheveux de Shinji comme ceux d'un bambin.

— Asuka ! protesta-t-il en rougissant légèrement embarrassé. Ce n'est pas ce qu'elle a dit…

— M'en fiche ! maugréa-t-elle en ramenant son attention sur l'infirme. Mais puisqu'on est là maintenant, à te faire la grâce de notre présence, que dirais-tu d'un petit "merci" pour t'avoir sauvé les miches ? »

Toji se contenta d'un regard désapprobateur vers, ou plutôt à travers elle.

« Merci, Shinji… » finit-il par dire sans changer d'expression.

Asuka sembla sur le point de lui rétorquer quelque chose, mais le coude d'Hikari fut plus rapide.

« Aïe ! s'écria-t-il en massant l'endroit de ses côtes bandées où elle l'avait heurté. Qu'est-ce qui te prend ? »

Mais avant qu'elle ne puisse répondre à cette question superflue par autre chose qu'un regard sévère, Shinji décida d'intervenir une fois de plus. « Asuka a raison, tu sais ? Elle et Rei ont beaucoup aidé à te sauver.

— Ahem… » Asuka attira son attention vers elle, où il fut accueilli par un regard menaçant.

— Euh… évidemment Asuka a aidé bien davantage… ajouta-t-il à la hâte.

— Ahem ! » Cette fois-ci, il s'accompagna d'une tape derrière sa tête.

— Je… euh… » Les épaules de Shinji s'affaissèrent dans un soupir vaincu. « Je veux dire, Rei et moi, nous l'avons aidée, bien sûr…

— AHEM !

— N-non pas qu'elle aurait eu besoin d'aide…

— Désolé Shinji, sourit Toji. Mais ça ne me dit rien de remercier ta femme juste parce que c'est elle qui porte la culotte.

— Ahem ! »

Son regard se dirigea prudemment vers sa gauche, d'où le dernier son était venu, et croisa celui, réprobateur, d'Hikari.

— Euh… je… » En laissant échapper un gémissement, il leva les yeux au plafond avec une moue presque gamine et marmonna à voix basse un « merci de m'avoir sauvé… »

— Qui porte la culotte maintenant ? » dit Shinji entre ses dents, d'une voix à peine audible.

Mais intérieurement, il souriait de joie à la fortune de son ami. Il avait voulu lui rendre visite au moins une fois et c'était une chance qu'il l'ait fait avant…

…avant que les sirènes ne se mettent soudain à résonner dans toute la ville.

Et tandis qu'Asuka et Shinji échangeaient un regard entendu que nul ne remarqua, tout le monde à Tokyo-3 sut que le prochain Ange était sur le point d'attaquer d'un moment à l'autre.

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Misato se précipita à travers les couloir du quartier général quelques minutes seulement après le déclenchement de l'alerte. L'avis à tout le personnel "de se rendre à son poste de bataille et de se préparer au combat surface-air" avait été répété pour la troisième fois maintenant, mais l'étendue du quartier général rendait le chemin plus long que nécessaire. Elle farfouilla à la recherche de son téléphone de sa main valide, réussissant enfin à l'extraire de sa poche, et établit la liaison avec le centre de contrôle. « Katsuragi à l'appareil. Quelle est la situation ?

— Major ! résonna la voix de Hyuga à travers le combiné. L'Ange a été repéré à Komagatake et il est peu probable que leur ligne de défense puisse le retenir bien longtemps ! Cette chose passe à travers nos forces comme si elles n'étaient pas là ! »

Ils n'arrivaient même pas à le ralentir ? Ça voulait dire qu'ils auraient encore moins de temps pour préparer la contre-attaque.

« Très bien, préparez les Evas pour le lancement ! J'ai vu Shinji et Asuka courir vers les vestiaires ! Et Rei ? Est-elle prête en…?

— Major, la coupa une voix froide.

— Oui, commandant ?

— Seules la Première et la Seconde Élue combattront l'Ange. L'EVA-01 sortira avec la Plug Factice.

— QUOI ? »

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Malgré le chaos autour d'eux, un silence stupéfait se fit lorsque les officiers techniques levèrent la tête vers le fauteuil de leur commandant.

« Le pilote Ikari est toujours suspendu…

— Monsieur, sauf votre respect, ce n'est pas le moment d'appliquer des sanctions disciplinaires ! » retentit la voix de Misato à travers le canal ouvert, osant dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas.

Mais Ikari y sembla indifférent. « Je ne me répèterai pas, major ! »

Il y eut une brève pause qui alourdit l'atmosphère, avant que Misato ne réponde d'un faible « Compris… »

Ritsuko, qui se trouvait près des techniciens de la passerelle de commande, sentit quelqu'un la tirer par un pan de sa blouse blanche.

« Mais sempai, la Plug Factice n'a même pas marché la dernière fois, chuchota Maya. Comment peut-il tout miser sur un système aussi peu fiable ?

— Je sais que tu n'as jamais beaucoup aimé l'idée de la Plug Factice. » Ritsuko adressa un sourire las à sa protégée l'espace d'une seconde, mais celui-ci s'effaça dès qu'elle reporta son regard vers l'homme assis au-dessus d'elles. « Mais pour lui, c'est bien plus personnel. Une fois que la Plug Factice fonctionnera, il n'aura plus besoin de compter sur Shinji. Ce n'est un secret pour personne qu'il… n'apprécie guère son fils, et le dernier incident lui a déjà donné une occasion d'élargir le fossé qui les sépare. Je ne doute pas que, dès que Shinji ne sera plus d'aucune utilité, le commandant fera tout pour éloigner le garçon de lui…

— Vous dites ça presque comme s'il avait peur de son fils », commenta Maya, sans même remarquer l'expression pensive du docteur.

"C'est tout simplement ce qu'il fait toujours, se rappela Ritsuko. C'est peut-être vrai. Peut-être est-il la personne qui a le plus peur dans cette pièce…"

Une violente explosion les secoua soudain, rappelant à tout le monde la menace mortelle au-dessus d'eux.

« Protections 1 à 18 endommagées !

— C'est pas possible ! Dix-huit protections de blindage spécial enfoncées d'un coup…? proféra Makoto sous le choc et l'effroi produits par la démonstration de la puissance destructrice de l'Ange qui arrivait.

— On n'a plus le temps d'intervenir en surface ! s'exclama Misato dès l'instant où elle passa la porte de la passerelle. « Envoyez les EVA-00 et 02… » Elle fusilla brièvement du regard le commandant. « …dans le Géofront pour protéger les installations du QG ! Elles devront attaquer la cible dès qu'elle pénètrera à l'intérieur du Géofront ! »

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À peine quelques secondes plus tard, les deux Evas attendirent l'arrivée du 14ème près du QG, armées d'un fusil standard, mais avec un arsenal de dizaines d'armes supplémentaires comme des lance-roquettes ou des lances progressives à leur disposition. Asuka se souvenait encore comment elle avait vidé chargeur après chargeur sur l'Ange qui planait lentement. Ç'avait été comme tirer au pistolet à eau contre un rocher.

Elle l'avait compris maintenant.

Mais le fait que, prise isolément, la puissance de feu ne servirait à rien contre cet ennemi ne voulait pas dire qu'elle serait totalement inutile.

Enfin il arriva. Une dernière explosion fit trembler tout le Géofront et l'Ange de la Force entama sa descente vers sa cible. Mais, tandis que Rei ouvrit immédiatement le feu pour tenter d'empêcher l'intrus de progresser davantage, l'EVA-02 ne bougea pas du tout.

« Asuka ! lança Misato à travers le canal d'une voix sévère empreinte de confusion. Qu'est-ce que tu attends ! Élimine-le, maintenant ! »

Elle ne répondit pas.

Au lieu de ça, elle observa calmement son ennemi, qui ne semblait pas le moins du monde incommodé par la puissance de tir dirigée contre lui. Elle ne se souvenait que trop bien de son apparence : l'énorme corps vert et blanc aux membres chétifs et inoffensifs en apparence, l'orbe rouge vif dans sa poitrine et la face en forme de crâne qui avait l'air d'arborer un sourire grotesque ; tout cela semblait dissimuler la puissance meurtrière attendant en lui d'être déchaînée.

Mais ensuite, juste avant qu'il ne touche le sol…

« Couvre-moi ! »

Avant que quiconque n'ait pu réagir, Asuka avait lâché son arme et piqua un sprint vers l'Ange. Elle savait que Rei, étant une pilote expérimentée, n'hésiterait pas et s'écarterait sur le côté, forçant le 14ème à se concentrer sur deux cibles différentes.

"Je t'abattrai coûte que coûte !"

Mais l'Ange de la Force se moquait bien des balles qui le cinglaient, et ne semblait pas craindre davantage la menace rouge qui approchait.

"Je ne laisserai pas Shinji t'affronter à nouveau !"

Ses bras, qui jusque là dépassaient comme des moignons inutiles à ses épaules, se déployèrent alors en ce qui ressemblait à de longs rubans fins comme du papier.

"Je ne le perdrai pas lui aussi !"

Et à une vitesse inhumaine, les bras volèrent à toute allure dans sa direction, déchiquetant comme des lames de rasoirs tout ce qui se trouvait sur leur passage…

…mais manquèrent leur cible.

« JE NE PERDRAI PAS ! »

Dans le feu du moment, Asuka ne se soucia plus de se retenir. Cela lui était bien égal si tout le centre de contrôle s'excitait à la vue d'un taux de synchronisation qui n'avait été égalé par elle qu'une seule fois, en un autre temps.

D'un mouvement prompt, elle esquiva les lames meurtrières et bondit sur son assaillant. La terre trembla lorsque l'Ange se retrouva enfoncé au sol par l'impact et le poids de l'EVA-02.

L'effet de surprise de son attaque ne dura pas longtemps. Alors qu'Asuka s'apprêtait à frapper son adversaire, l'Eva fut repoussée par l'éclat orange familier de l'A.T. Field de l'Ange. Trébuchant en arrière, elle arriva tout juste à empêcher son Eva de tomber.

L'Ange ne lui laissa guère le temps de se reprendre.

« Asuka ! Attention ! Derrière toi ! »

Elle n'eut pas vraiment besoin de l'avertissement de Misato ; il serait arrivé trop tard de toute façon. Les bras toujours tendus de l'Ange se rétractèrent en quelques millisecondes, ne la manquant que de quelques centimètres. Si elle n'avait pas bougé au dernier moment, l'Eva aurait été sectionnée en deux. Mais sa manœuvre ne lui permit pas de sauver son câble ombilical. Asuka jura en voyant le minuteur des batteries internes s'enclencher tandis que le câble d'alimentation s'écrasait au sol, des étincelles électriques jaillissant de ses extrémités tranchées.

Pas moyen pour elle d'infliger des dégâts à cet Ange tant qu'il produirait un A.T. Field aussi fort. Les barrières d'énergie s'entrechoquèrent tandis que les combattants tentaient chacun de déborder l'adversaire, aucun d'eux n'étant disposé à capituler.

Asuka serra les dents sous l'effort de concentration. Hors de question qu'elle perde ! Son ennemi était peut-être fort, mais pas invincible ! Et même si c'était avec la toute dernière bribe d'énergie qui restait à son Eva, elle terrasserait ce monstre !

« EVA-02, recule ! l'avertit soudain la voix de Rei.

— Que…? » Elle n'en demanda pas davantage en voyant l'EVA-00 pointer un lourd lance-roquette dans leur direction. Dès qu'elle se fut écartée d'un bond, Rei ne perdit pas de temps et fit feu.

L'A.T. Field, affaibli par les deux Evas, et surtout par la lutte de pouvoir frontale avec l'EVA-02, laissa passer sans problème apparent le missile qui sembla frapper en plein dans le koa rouge.

« On-on l'a eu ? » se demanda tout haut Asuka en essayant de voir quelque chose à travers la fumée de l'explosion.

Mais la réponse arriva plus vite qu'elle ne l'espérait. Les deux bras fendirent de nouveau la fumée, mais la dépassèrent…

« Ayanami, atten…! »

Trop tard. Avant que Rei ne puisse esquiver, l'un des membres en forme de lames trancha le bras qui tenait l'arme à hauteur d'épaule, tandis que l'autre transperça la tête de son Eva comme une feuille de papier.

Un horrible cri de douleur et d'agonie retentit à travers le canal.

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« REI ! »

La plupart des personnes dans le centre de contrôle auraient été surprises d'entendre Gendo Ikari si émotif. Si elles y avaient prêté attention bien sûr, mais elles étaient bien trop distraites par la bataille en cours.

Rei était censée rester en retrait, se contentant d'affaiblir l'A.T. Field et de fournir un tir de couverture. Et même avec ses "substituts" prêts à tout moment, il semblait y avoir quelque raison pour lui de s'inquiéter pour elle plus que pour tous les autres lorsqu'elle était en grave danger.

La seul personne qui avait remarqué la brève exclamation inhabituelle du commandant leva les yeux vers la passerelle de commande surplombant la cage depuis la plate-forme menant à l'Eva restante. À chaque seconde qui passait, Shinji devait lutter davantage pour ne pas s'emporter contre les techniciens qui respectaient l'ordre de ne pas le laisser accéder à l'Eva tout en tentant d'activer directement la Plug Factice — sans grand succès.

Plus il en entendait via les hauts-parleurs de communication, plus il se sentait venir des pincements de cœur. Cela avait été déjà assez dur de maintenir son rôle quand il avait été arrêté en arrivant là après avoir enfilé sa plug suit, mais à présent il était sur le point de se frayer un passage de force vers l'Entry Plug.

À quoi pensait donc son père ? Humilier son fils était-il donc si important pour lui au point de risquer la vie de tout le monde pour cela ? Ou bien… se pouvait-il donc qu'il souhaite que cela se passe comme la dernière fois ? Était-ce cela qu'il souhaitait accomplir ?

La crainte de cette éventualité lui serra le cœur. C'en était assez.

« PAPA ! »

-x-

Asuka regarda de nouveau le minuteur. Plus que 30 secondes et l'EVA-00 était hors de combat. Mais elle battrait quand même l'Ange. Il le fallait. Sinon…

Là encore, elle n'eut que le temps de réagir instinctivement pour esquiver les bras qui fendirent l'air vers elle une fois de plus.

Mais alors même qu'elle crut avoir échappé aux lames meurtrières, celles-ci perdirent leur rigidité et, au lieu de la traverser de part en part, se replièrent en s'enroulant autour des poignets de son Eva. Avec une force incroyable, le monstre vert souleva l'Eva rouge, la maintenant bras écartés dans une prise inflexible.

-x-

« Pic d'énergie détecté ! L'Ange s'apprête de nouveau à faire feu ! »

-x-

Asuka tenta de ne pas paniquer en voyant le scintillement lumineux dans les yeux et la bouche de l'Ange. Elle se débattit de toutes ses forces pour libérer ses bras, mais en vain : la poigne était trop solide.
Mais elle ne perdrait pas. Elle concentra toute l'énergie qui lui restait dans son A.T. Field…

-x-

« Elle épuise son énergie beaucoup trop vite ! Elle n'arrivera pas à bloquer une telle puissance de feu bien longtemps ! »

-x-

« Je ne perdrai pas ! Ma mère me protège ! Pas vrai, maman ? »

-x-

Un éclair de puissance concentrée brilla.

-x-

« Coupez les connections nerveuses ! »

-x-

« JE NE…! »

Noir…

« non… »

-x-

Une formidable explosion secoua le Géofront.

Une tête géante vola, frappée directement par l'immense déflagration.

Un énorme corps rouge, maintenant sans vie, s'effondra au sol.

Et une jeune pilote se maudit d'avoir failli à nouveau — et cette fois-ci pas seulement elle-même.

-x-

« EVA-02 hors service ! L'Ange se rapproche ! » L'avertissement retentit à travers tout le QG et parvint également aux cages des Evas.

— La Plug Factice n'est toujours pas acceptée par l'EVA-01 ! »

Sous ses dehors froids, Gendo tremblait de colère. Il aurait dû faire sortir Rei avec l'EVA-01. Même si l'idée de la faire se servir de l'Eva de Shinji, alors que la sienne était en parfait état et le Troisième Élu disponible, en aurait mécontenté plus d'un, peu auraient osé discuter sa décision de lui donner le modèle supérieur.

Pourquoi la Plug Factice ne marchait-elle pas ? Akagi lui avait assuré qu'il n'y avait aucun problème avec les plugs elles-mêmes. Les essais avec l'EVA-00 avaient eu lieu sans anicroche.

Se pouvait-il que ce soit vrai ? Se pouvait-il que ce soit…?

"Yui ?"

« PAPA ! »

Lentement, il se tourna vers le garçon qui se tenait sur le pont ombilical dans la cage de l'Eva à ses pieds.

« Tu ne vois pas que ça ne marche pas ? Laisse-moi piloter, avant qu'il ne soit trop tard !

— Pourquoi ? » demanda Gendo avec son calme habituel.

Pour une fois, son fils leva les yeux vers lui sans montrer aucune crainte. Le garçon réussit même à esquisser un sourire en croisant son regard.

« Parce que je suis le pilote de l'Evangelion-01 ! »

Et pour une fois, en faisant de nouveau face au géant violet, les traits du commandant s'adoucirent pendant un bref moment.

"Tu as toujours obtenu ce que tu voulais, n'est-ce pas ?"

-x-

Misato regarda horrifiée l'Ange dépasser les Evangelions vaincues et inoffensives en les ignorant complètement, se dirigeant vers son but véritable situé juste en dessous d'eux. L'attaque déclenchée en hâte avec des armes conventionnelles, rien d'autre qu'un acte éperdu issu de leur volonté de survivre, n'avait aucun effet visible sur la créature.

La masse énorme du monstre fut tout ce qui remplit l'écran holographique avant que l'image ne soit remplacée par de la neige. Le sol trembla plus violemment que durant n'importe quel tremblement de terre dont le major avait été témoin lorsque l'Ange se servit à nouveau de son faisceau énergétique, faisant voler en éclats l'acier et la pierre des couches protectrices extérieures du quartier général.

Une ultime explosion anéantit tout espoir qui leur restait.

« Impact au troisième bâtiment !

— Oh non ! s'exclama Misato affolée par le rapport de Makoto, sachant trop bien ce que cela signifiait. Cette fois, le puits principal est exposé ! »

Ils avaient perdu. Tout ce qu'ils avaient fait jusqu'à présent, tout pour empêcher ce moment, avait été rendu inutile. Maintenant tout ce qui leur restait à faire était d'attendre la fin.

La croix pendant à son cou lui parut soudain plus lourde. Étrange qu'en ce moment, la pensée la plus lancinante qui lui venait en tête était que maintenant elle ne réussirait jamais…

Mais avant que la fumée n'ait eu le temps de se dissiper, une gigantesque silhouette violette bondit hors du cratère, percutant l'Ange de plein fouet et le plaquant au sol.

« L'EVA-01 ? Qui…? demanda Misato, contemplant ébahie et soulagée l'écran réactivé, même si elle savait déjà la réponse d'instinct. Shinji, fais attention ! Cette chose est plus coriace qu'elle n'en a l'air !

— Je sais, Misato ! »

-x-

« Je le sais trop bien… » ajouta Shinji dans sa barbe en se préparant à sauter de nouveau sur l'Ange, avant que celui-ci ne puisse se relever.

Il ne lui laisserait aucun moment de répit. C'était un combat de puissance brute. Et cette fois-ci, équipé qu'il était d'un câble ombilical et donc libre de toute limite de temps, il avait de fait de bonnes chances de vaincre — à condition qu'il ne laisse pas à son adversaire la possibilité de riposter.

Un poing après l'autre s'abattirent sur l'Ange déstabilisé, qui ne semblait même pas tenter d'esquiver les coups. Un éclair soudain fit comprendre à Shinji pourquoi. Il s'écarta de son ennemi d'un bond aussi rapide qu'il le put, avant que son rayon ne puisse le toucher à pleine puissance. Bien qu'il n'ait pas perdu son bras cette fois-ci, grâce à sa manœuvre rapide, cela lui avait coûté l'avantage escompté. À présent le géant vert avait pris le temps de se relever et il ne semblait même pas du tout blessé, prêt à combattre de toutes ses forces.

Et le minuteur entama son compte à rebours.

Jurant en silence, Shinji éjecta les restes maintenant inutiles de son câble ombilical, permettant à l'Eva de se déplacer plus librement. Il avait toujours plus de temps que lors de son premier combat contre le 14ème Ange, mais il n'avait plus le temps de commettre des erreurs.

Déployant complètement son A.T. Field, il courut aussi vite qu'il le put vers l'Ange, qui s'apprêtait déjà à frapper de nouveau avec ses bras. Il y eut un bref éclat lumineux lorsque les A.T. Fields s'entrechoquèrent, mais la vitesse impressionnante de l'EVA-01 suffit à lui donner assez de puissance pour repousser le 14ème en arrière. D'un geste agile, Shinji parvint à empoigner les deux membres en forme de lames qui s'agitaient au hasard contre son ennemi en vol. Il hurla de rage en les tirant de toutes les forces de son Evangelion, et se vit répondre par un cri de douleur lorsqu'il réussit à arracher l'un des bras.

Shinji ne perdit pas de temps à lâcher le bras flasque dans la main de son Eva et avança une fois de plus. Le poing de l'EVA-01 entra directement en contact avec la face morbide de l'Ange. Mais au lieu de s'apprêter à frapper à nouveau, Shinji l'agrippa fermement tout en repoussant le géant vert contre le sol en plantant les pieds dans son abdomen.

L'Ange apparemment impuissant poussa des cris perçants tandis que son adversaire tentait de réussir là où il avait été arrêté jadis. Shinji ne se souciait plus de se retenir ; il voulait juste tuer cette chose qui avait causé tant de souffrance et de destruction auparavant et aujourd'hui encore. Dans sa furie, il tira sur la face en forme de masque, désirant uniquement l'arracher avant de faire de même avec le reste du monstre. Et le minuteur affichait encore plus d'une minute avant que son énergie ne s'épuise.

Les tendons et la chair qui rattachaient le crâne au corps s'étirèrent, s'amincissant de plus en plus à chaque mètre, jusqu'à ce que…

L'Eva tituba soudain en arrière lorsqu'il se rompit enfin, à la grande surprise et au soulagement de Shinji. Avec une satisfaction quasi perverse, il en broya les restes dans sa main avant de ramener son attention vers le reste du corps pour lui faire subir le même sort.

Mais son sourire dément fut remplacé par une expression de frayeur lorsque l'Ange qu'il avait cru mort se releva. Là où le visage avait été s'en trouvait déjà un nouveau de rechange, à peine déformé. Avec un grognement, l'abomination raidit le moignon dérisoire qui restait de son bras et un nouveau membre jaillit à une vitesse phénoménale. C'était comme si rien ne s'était passé.

« Il se régénère aussi vite ? » glapit Shinji incrédule, mais avant qu'il n'ait pu réagir, le bras fraîchement repoussé s'enroula autour de la tête de l'Eva. Il tenta de s'écarter et d'agripper le membre qui le retenait, mais en vain : la poigne de l'Ange était trop forte. La lutte pour ne pas céder à la panique s'avéra inutile lorsque son Eva fut — avec une facilité apparente — soulevée et projetée dans les airs.

Shinji grogna de douleur tandis que son Eva était projetée durement au sol encore et encore, sa connexion mentale à la machine lui faisant sentir chaque rocher, chaque arbre brisé et écrasé sous "son" dos. Il tenta frénétiquement de s'accrocher à quelque chose, mais les racines et les gravats n'étaient rien qui puisse résister à la puissance de l'Ange.

Puis tout devint noir.

Les sons s'étouffèrent en un écho distant.

Tout ce qu'il arrivait à ressentir étaient les secousses provoquées par les coups, en partie atténuées par l'Entry Plug blindée et emplie de LCL.

Le minuteur n'affichait que des zéros.

Shinji ne pouvait que deviner ce qu'il se passait dehors au vu des forces d'accélération nettement réduites et de l'impact sonore lorsque son Eva fut de nouveau rejetée et s'écrasa contre la forme pyramidale du quartier général.

La panique qui montait en lui des profondeurs de ses instincts de survie primaires le fit se cramponner aux commandes entre ses mains, les actionnant désespérément en dépit de l'inutilité de la chose, comme si son arme gigantesque n'avait eu besoin que de suffisamment de ses mouvements pour refaire le plein d'énergie afin de combattre le monstre qu'il entendait distinctement, après l'avoir mis à nu, tambouriner contre le koa de l'Eva de ses bras meurtriers.

Mais en fin de compte, Shinji ralentit et finit par s'arrêter. Des larmes de désespoir perlèrent à travers ses paupières serrées tandis que la froide logique reprenait ses droits sur les dernières bribes d'espoir.

Pourquoi ? Pourquoi ne pouvait-il pas le tuer juste comme ça ? Pourquoi fallait-il que ça se passe ainsi ?
Le destin était-elle censé se répéter après tout…?

Un faible son, comme un battement de cœur, résonna dans l'Entry Plug.

Et Shinji sourit tristement en sentant son corps se dissoudre dans le LCL.

« Salut, maman… »

-x-

Et tandis que le monstre enragé se déchaînait contre son adversaire pour le tuer et dévorer sa dépouille, assimilant une puissance surpassant tout ce qui se trouvait à sa disposition, tandis qu'une jeune femme vomissait et que ses collèges se contentaient de regarder sous le choc, tandis que deux conspirateurs méditaient sur les conséquences de ce commencement et qu'au loin, un autre homme semblait juste arroser son carré de pastèques, une adolescente pleura en silence une perte qu'elle ne pouvait même pas voir, mais seulement ressentir dans son cœur.

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Kaji soupira en s'affalant sur le siège devant son bureau. Katsuragi se plaignait toujours de toute la paperasse dont elle devait s'occuper, mais peu de gens étaient capables d'imaginer la quantité de rapports, dossiers et papiers qu'un espion devait parcourir et adresser — d'autant plus lorsque celui-ci travaille pour plus d'un camp. C'était juste qu'ils évitaient habituellement de la faire avant qu'elle inonde leur lieu de travail.

N'empêche, il n'était pas sûr de savoir pourquoi il se donnait encore cette peine. Il savait que son "deuxième boulot" avait été découvert — ou plus précisément, ne serait plus toléré, car il doutait qu'Ikari n'en ait rien su jusque là. Peut-être le commandant savait-il depuis le début. Et maintenant que de plus en plus d'événements ne semblaient pas se dérouler selon ses plans, sa patience était en train d'atteindre ses limites.

Peut-être n'était-ce qu'une question de semaines, voire même de jours…

Le regard de Kaji se détourna vers l'écran d'ordinateur, sur lequel une petite fenêtre de statut affichait la lente progression du cryptage et du transfert des données qu'il était parvenu à rassembler jusqu'à présent. Il était si proche à présent, si proche de découvrir toute la vérité. Quelques mois de plus à peine et il aurait pu être en mesure de prouver tout ce qu'il avait découvert. Mais maintenant il semblait bien que ce serait à Katsuragi de trouver les dernières pièces du puzzle.

Il sourit mélancoliquement en pensant à la belle aux cheveux violets. C'était comme si c'était hier qu'ils s'étaient rencontrés dans ce bar, tous deux encore pleins d'espoirs et de rêves naïfs.

"Comment s'appelait-il déjà ?" se demanda-t-il.

Alors qu'il laissait sa vue vagabonder à nouveau parmi les papiers éparpillés, perdu dans ses songes du passé, Kaji remarqua soudain une enveloppe à demi enfouie sous les documents posés sur son bureau.

/À ne pas ouvrir avant le 14ème !/

Plusieurs secondes s'écoulèrent tandis qu'il fixait d'un air curieux le pli fermé. Mais en fin de compte, il haussa tristement les épaules et le rejeta de côté.

« Rien que je ne sache déjà… »

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Rei se tenait seule sur le pont ombilical abandonné. L'équipe principale était rentrée chez elle depuis longtemps maintenant et la plupart des lumières avaient été éteintes pour économiser de l'énergie. Mais l'œil humain était fait pour s'accommoder à l'obscurité à un degré adéquat et Rei n'avait aucun problème pour voir le crâne bandé de l'Evangelion devant elle.

Elle n'était pas sûre de la raison pour laquelle elle était venue là. Sa présence ne changerait rien à la situation et elle n'avait pas de qualification dans ce domaine scientifique qui lui permette d'aider le Dr. Akagi et son équipe.

Alors quel motif avait-elle pour rompre ainsi avec sa routine quotidienne ?

Voulait-elle voir la situation par elle-même ? Peu probable ; elle n'avait aucune raison de douter des informations venant des officiers supérieurs.

Elle était perplexe.

Et pourtant, en regardant dans les yeux verts de l'Evangelion, elle prit conscience que c'était cette perplexité qui l'avait amenée là. Elle était venue chercher des réponses aux questions qui demeuraient en elle.

Mais le géant ne répondait pas.

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Hikari leva les yeux de son bureau vers l'élève qui broyait manifestement du noir tout en rangeant ses livres et ses papiers dans son sac.

Près de deux semaines s'étaient écoulées depuis la dernière attaque, et près de deux semaines depuis que sa camarade avait sombré dans cet état dépressif. De prime abord, Hikari avait mis l'humeur d'Asuka sur le compte des séquelles de la bataille. Ce n'était pas la première fois que la rousse se retrouvait abattue pendant quelques jours et parfois même — du moins à première vue — bien pire. Et comme elle avait été occupée par… autre chose de son côté, elle n'y avait sans doute pas prêté autant d'attention qu'elle l'aurait dû.

Mais maintenant il devenait de plus en plus évident que ce n'était pas quelque chose de temporaire, ce qui voulait dire qu'elle se sentait le besoin de faire quelque chose à ce sujet. Poussée par son sens du devoir et un brin de culpabilité à l'idée qu'elle avait sans doute négligé leur amitié ces derniers temps, Hikari se leva.

« Asuka ?

— Quoi ? maugréa la rousse susnommée, sans même lever les yeux du livre d'histoire qu'elle fourrait dans son cartable noir.

— Je me demandais… euh… si on pouvait rentrer ensemble… »

Asuka ne répondit pas immédiatement. Elle se contenta de regarder dans le vide droit devant elle.

« Je… je préfère rentrer seule aujourd'hui… » finit-elle par marmonner, avant de se lever lentement de sa chaise et de se détourner de la déléguée de classe.

Mais Hikari ne voulait pas laisser passer sa chance de discuter. Elle fit aussitôt un pas vers son amie et posa une main douce mais ferme sur l'épaule de la rousse.

« Asuka, qu'est-ce qu'il y a ? Tu as l'air tellement morose ces derniers temps. »

L'autre ne se retourna pas. Au lieu de ça, elle tenta juste de dégager son épaule de la main de son amie. « Je ne vois pas ce que tu veux dire !

— Oh allons, ne me prends pas pour une imbécile ! Quelque chose ne va pas chez toi.

— J'ai juste passé une mauvaise journée, d'accord ?

— Une mauvaise semaine — ou même deux —, je dirais plutôt. » En disant ça, Hikari remarqua que le regard d'Asuka s'était fixé sur un bureau vide près de la fenêtre. Elle laissa échapper un léger hoquet en réalisant à qui il appartenait. « C'est… c'est à cause de Shinji ? Il n'est pas revenu en classe depuis la dernière attaque d'Ange… Est-ce que quelque chose…

— Il m'a encore battu, O.K !? s'emporta soudain Asuka. Il m'a fait passer pour la pire des pilotes qui soit et m'a volé les honneurs qui m'appartenaient ‼ » Mais Hikari remarqua qu'il y avait quelque chose d'autre derrière cette fureur, qui apparaissait de plus en plus nettement à chaque mot. Ses dernières phrases lui parvenaient maintenant sous forme de sanglots contrastant avec le cri énergique par lequel elle avait commencé. « Va… va-t-en maintenant ! Va rendre visite à ton idiot de "petit copain" à l'hôpital, tiens ! »

Et même si Hikari rougit de la comparaison, elle doutait fort que son amie l'ait cependant remarqué : déjà la rousse s'éloignait vivement d'elle.

« Asuka… »

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Où suis-je ?

« Tu es dans l'Eva… »

L'Eva ?
Oui. Je me rappelle maintenant. Je n'ai pas pu l'arrêter.

J'ai encore échoué

« Tu as fait de ton mieux. »

Alors à quoi ça sert ? Pourquoi sommes-nous revenus ici ? Si nous ne pouvons pas changer la donne, ça n'en valait pas le coût.

Même si rien n'aurait valu ce coût-là de toute façon…

« Même de petites choses peuvent changer le cours du destin. Le pouvoir de l'esprit humain peut plier quoi que ce soit à sa volonté s'il en a la force. »

Changer le cours du destin ? Est-ce vraiment pour cela que nous avons été ramenés ?

Pour moi tout ça ressemble à une farce cruelle du destin. "Ramenons-les ! Anéantissons le fruit de tous leurs efforts, tout ce qu'ils aimaient. Afin qu'ils n'aient qu'à toujours répéter leurs heures les plus sombres et qu'ils ne soient jamais libres de l'Eva."

« L'Eva t'a capturé ? »

Oui.

« Mais c'est à toi de décider si tu veux être libre. »

Ah oui ?

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« Ah ! Attention à l'arbre ! »

Surprise par le cri soudain du garçon assis dans le fauteuil roulant, Hikari émergea brutalement de ses pensées et s'arrêta immédiatement. Si elle avait poussé quelques centimètres plus loin, la jambe plâtrée de Toji aurait heurté douloureusement la branche de l'arbre qui se trouvait au bord du chemin.

« Tu sais, ça ne me dérangeait pas de sortir de ma chambre et de faire un tour dans le parc de l'hôpital, mais je préfèrerais revenir en un seul morceau, se plaignit légèrement Toji.

— Désolée… » bredouilla Hikari en reculant un peu le fauteuil roulant pour pouvoir pivoter à gauche et éviter la branche.

Ils poursuivirent leur chemin à travers le petit espace vert sur le terrain de l'hôpital. Mais même s'ils étaient pratiquement seuls, Hikari ne parvenait pas à se concentrer sur le garçon, bien qu'elle se soit réjouie à l'idée de se trouver dans une telle situation.

Toji sembla remarquer lui aussi qu'elle avait l'esprit ailleurs, car il prit soudain la parole. « À quoi tu penses ?

— Hein ? s'exclama-t-elle, tirée de son hébétude. Je… à rien… »

Mais il ne sembla guère convaincu. « Ouais, c'est ça ! Tu essaies d'endormir quelqu'un qui te connaît depuis près de cinq ans, là. C'est pas ton genre de vadrouiller distraitement sans raison. Alors qu'est-ce qu'il y a ? »

Hikari soupira. Elle n'était pas habituée à ce qu'on lise ainsi en elle. Mais elle était certaine qu'elle finirait bien par s'y habituer. « C'est… Asuka… avoua-t-elle.

— Tu penses à Asuka ? s'étonna Toji, mais son expression décontenancée fit rapidement place à un large sourire. Tu penses à Asuka comme ça… ?

—T'as intérêt à ne pas avoir ce stupide sourire de hentai sur la figure, Suzuhara ! l'avertit sèchement Hikari.

— Pardon, pardon ! rit-il. Alors, qu'est-ce qu'il y a avec le dém… euh… Asuka ?

— Je ne sais pas, marmonna la fille. C'est bien ça le problème. Elle est tellement distante depuis le dernier combat et ça n'a fait qu'empirer depuis. Je ne suis pas sûre, mais je… je crois que c'est à cause d'Ikari…

— De Shinji ? se demanda tout haut Toji. Il n'est toujours pas revenu en cours ?

— Non… » murmura-t-elle.

Toji se tendit de manière perceptible. « Tu… tu ne crois pas qu'il lui serait arrivé quelque chose de grave ? Ou même qu'il est…

— J'espère que non, l'interrompit-elle avant qu'il le dise tout haut. Mais… ça expliquerait certaines choses…

— Il peut pas être mort ! cria presque Toji d'une voix dans la colère se faisait nettement entendre. Ils auraient dit quelque chose ! Ils lui auraient fait des funérailles d'enfer ! En tout cas, c'est ce qu'il mériterait, si… » Il secoua la tête pour chasser ces pensées négatives avant que celles-ci ne le submergent. « Il doit probablement participer à une sorte d'entraînement secret ou un truc du même genre. Le dernier Ange leur a tout simplement montré qu'il fallait qu'ils travaillent plus dur. Quelque chose comme ça… »

La déléguée hocha la tête en souriant faiblement face à l'optimisme de son ami.
« J'aimerais juste savoir… soupira-t-elle. Mais Asuka ne me dit rien et je doute fort que ce soit différent avec Ayanami ou quelqu'un d'autre de la NERV. »

Pendant un long moment, ils continuèrent leur promenade en silence, ce qui leur parut un peu inhabituel à tous les deux. Ce n'était pas la première fois qu'un silence gêné s'installait entre eux, mais pour une fois celui-ci n'était pas dû à l'embarras.

Cependant Toji finit par tourner la tête.

« Eh bien, il y a toujours… »

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« Kensuke ? »

Le garçon à lunettes leva les yeux depuis son bureau où il était assis, la tête appuyée sur sa main en regardant par la fenêtre d'un air mélancolique. Le déjeuner devant lui était à peine entamé.

« Qu'est-ce qu'il y a, déléguée ? » demanda-t-il à la fille qui se tenait là.

Kensuke semblait avoir quelque peu perdu de son entrain depuis le jour où il avait enfin été autorisé à visiter Toji. Hikari ne savait pas exactement ce qu'il s'était passé entre eux, mais après avoir vu son ami à l'hôpital et appris que ç'aurait sans doute pu bien plus mal finir, Kensuke semblait avoir enfin réalisé le danger qu'il y avait à piloter une Eva. Mais bien sûr, renoncer à un rêve longuement souhaité n'était jamais chose facile. Si seulement ses meilleurs amis étaient là pour lui remonter le moral, mais il faudrait encore des semaines avant que Toji soit complètement rétabli et Shinji…

Hikari regarda le garçon avec compassion. Même si sa dépression, si on pouvait la qualifier ainsi, était loin d'être aussi sévère que celle d'Asuka, il faisait peine à voir. Par bonheur, ce n'était rien qu'un peu de distraction ne pouvait guérir, et peut-être la tâche qu'elle avait à lui confier était-elle exactement ce qu'il lui fallait pour retrouver sa bonne humeur.

« Tu sais, Asuka n'a pas l'air tout à fait dans son assiette en ce moment… » commença-t-elle en tentant d'avoir l'air naturel.

Il ne laissa pas vraiment abuser, mais au moins la mention de la rousse le tira de son apathie. « Et alors ? »

En voyant son regard circonspect, elle décida de cesser de faire semblant et d'aller droit au but.

« Il faudrait que tu découvre ce qu'elle a ! ordonna-t-elle tout simplement.

— Quoi ? glapit Kensuke incrédule. Et pourquoi moi ?

— Parce que tu es celui qui convient le mieux pour y parvenir, expliqua Hikari. Ça doit avoir un rapport avec le dernier Ange et la disparition d'Ikari. Ça ne t'intéresse pas ?

— Bien sûr que si. Mais pourquoi cela fait de moi "celui qui convient le mieux pour y parvenir" ?

— Eh bien, tout le monde sait que tu aimes ces trucs de piratage et d'espionnage, alors tu pourrais dénicher quelque chose…

— En fait, je préfère les "trucs" militaires… l'interrompit-il, mais Hikari s'en moquait et continua.

— …Et vu qu'elle ne veut plus me parler à cause de T… je veux dire, et que Toji est à l'hôpital et Ikari je-ne-sais-où, tu es ce qu'elle a de plus proche d'un ami maintenant.

— Un ami ? Elle ne me connaîtrait même pas si je ne traînais pas avec Shinji. Non pas que ça serait nécessairement une mauvaise chose… marmonna le garçon en se massant la joue, comme s'il pouvait encore sentir les ecchymoses que le "démon" lui avait occasionné.

— Kensuke ! gronda furieusement Hikari, mais cette fois-ci Kensuke sembla ne pas se laisser intimider.

— Quoi ? Tu es peut-être la déléguée, mais ça ce n'est pas de ton ressort ! Tu ne peux pas m'ordonner de faire quelque chose de ce genre.

— Mais… » La brune commençait à devenir anxieuse. S'il refusait de l'aider, alors qui…?

— Je lui parlerai, interrompit soudain une voix calme qui les fit tous deux sursauter.

— Ayanami ? s'étonna à haute voix Hikari en fixant d'un air incrédule sa camarade de classe aux cheveux bleus. T-tu veux l'aider ? Je croyais que vous ne vous entendiez pas bien toutes les deux. »

Rei ne répondit pas immédiatement. D'une manière inhabituelle pour elle, elle détourna légèrement le regard et un léger pli lui barra le front.

« Je… suis curieuse… au sujet des sentiments de Soryu, tenta-t-elle enfin d'exprimer ses pensées. Elle semble être dans cet état dépressif depuis la disparition d'Ikari…

— Ikari ? intervint Kensuke, sa curiosité piquée soudain au vif. Tu sais quelque chose sur la situation de Shinji ?

— Je ne suis pas autorisée à en parler. » Elle tourna la tête pour le regarder. « Mais tant que tu ne crains pas de faire face aux conséquences potentielles, je pense que tes… "trucs de piratage et d'espionnage" pourraient bien t'apporter des réponses si tu les cherches aussi désespérément. »

À ces mots, elle tourna les talons et sortit de la salle de classe.

« J'ai dit que je préférais les militaires… »

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« Du nouveau ? demanda Misato pour ce qui semblait être la centième fois au cours des dernières semaines.

— On y travaille… » fut la réponse qu'elle reçut comme toujours.

Oui, ils travaillaient, ça Misato le voyait bien. La pièce qu'ils utilisaient lorsqu'ils n'étaient pas dans le centre de contrôle ou dans la cage, à travailler directement sur l'EVA-01, était occupée par le petit groupe de techniciens dirigé par Ritsuko et Maya, tous en train de taper, de simuler ou de rechercher des informations sur leurs terminaux MAGI. Chaque fois qu'elle s'y rendait, on aurait dit que personne n'avait bougé.

Elle détestait cette scène. Ce n'était pas qu'elle les enviait, à travailler dans ces conditions, mais cela lui donnait l'impression d'être inutile. Tout ce qu'elle pouvait faire pour aider était d'apporter un café à son amie de temps à autre.

« Tu regrettes encore de ne pas avoir assisté aux cours de bio-informatique ? » La question soudaine de Ritsuko la ramena sur terre.

Misato grogna. « Tu sais bien que ça ne m'aurait pas servi à grand-chose… j'aurais échoué de toute façon… » maugréa-t-elle en silence. « Alors, comment te sens-tu ?

— Un peu de sommeil me ferait du bien. Le café ne vous maintient pas éveillé éternellement. » Le docteur interrompit sa frappe et se massa le cou d'un air épuisé, avant de tourner son fauteuil vers le major et de recevoir enfin le gobelet qu'elle lui tendait. « Et toi ?

— J'aimerais pouvoir dire "ça va", encore que j'avoue qu'au moins ça va beaucoup mieux sans l'écharpe… » marmonna Misato en remuant un peu son bras gauche. Cela faisait quelques heures à peine que le dernier examen par le Dr. Kanegawa avait eu lieu, au cours duquel le dernier souvenir du 13ème Ange lui avait été retiré.

Quasi machinalement, elle mis ses mains dans les poches étroites de sa veste, quelque chose qu'elle avait été incapable de faire pendant bien longtemps. Elle fut d'autant plus surprise lorsque sa main gauche, qui n'avait plus servi depuis tant de temps, entra en contact avec un bout de papier froissé. C'était sans doute un vieux ticket de caisse ou une liste de courses qu'elle avait oublié de jeter, mais sa curiosité l'emporta rapidement.

Lorsqu'elle déplia le papier, il lui parut s'agir d'une sorte de mot. Mais très vite, elle se mit à froncer les sourcils à la lecture des lignes.

/J'espère que vous lirez ceci avant le test de synchronisation du Quatrième Élu avec l'EVA-03. Un Ange a pris le contrôle de l'Evangelion ! N'activez pas l'Eva avant que tout danger soit écarté ! Ne vous approchez pas d'elle !

Un ami/

« Qu'est-ce que c'est ? »

Misato ne leva même pas les yeux pour répondre au docteur.
« Rien — il… faut que j'y aille… » bredouilla-t-elle hâtivement avant de se ruer vers la sortie.

Ritsuko la regarda partir d'un œil soupçonneux. « Rien, hein ? »

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Asuka s'était empressée de quitter la classe dès que la dernière sonnerie avait annoncé la fin de la journée. Elle ne pouvait pas rester là plus longtemps que nécessaire, pas avec tous ces regards curieux rivés sur elle, et surtout pas depuis qu'Hikari avait commencé à avoir des soupçons. Asuka n'avait aucune idée de combien de temps il lui faudrait avant de craquer sous la pression psychologique et de laisser tout échapper par accident si ça continuait.

Elle avait parcouru la moitié du chemin du retour en un temps record, mais à son insu, quelqu'un avait réussi lentement à la rattraper.

« Soryu ? »

Malgré le choc initial qu'elle éprouva, Asuka ne s'arrêta pas plus qu'elle ne ralentit le pas en entendant la voix placide dans son dos.

« Qu'est-ce que tu veux ? » La réponse était loin d'être aussi forte qu'elle aurait probablement dû l'être. Un observateur extérieur n'aurait même pas remarqué que c'étaient deux personnes différentes qui avaient parlé.

« On m'a demandé de te parler.

— Et de quoi est-ce que tu veux parler ? » Cette fois-ci il y avait un peu plus de vigueur dans la réplique.

— Je me suis posée des questions… » Rei s'interrompit, comme si elle n'était pas sûre de la façon dont formuler ses pensées. C'était encore plus atypique de sa part — elle engageait la conversation assez rarement, mais quand elle le faisait, elle savait toujours exactement quoi dire. « Qu'est-ce que… tu ressens au sujet de la situation d'Ikari ? »

La Seconde Élue s'arrêta net. Elle resta silencieuse pendant un moment, puis repartit à grands pas. « Depuis quand tu te soucies de ce que pensent les autres ? Tu as peur que quelqu'un s'intéresse à ton précieux Shinji ?

— Ce n'était pas ma question, répondit calmement Rei en la suivant tranquillement. Je voulais juste savoir ce que j'étais censée ressentir. »

De nouveau, Asuka s'arrêta. Cette fois-ci en revanche, elle tourna suffisamment la tête pour regarder sa camarade importune. « De… de quoi est-ce que tu parles ?

— Ces… sentiments… Je ne les comprends pas… comment y réagir… parce que je ne me rappelle pas avoir jamais vécu quoi que ce soit de la sorte auparavant. Est-ce que la manière dont tu te comportes est celle qui est appropriée dans ce contexte ? » Rei se tut, attendant une réponse. Mais la seule chose qu'Asuka lui adressa fut l'expression perplexe de son visage. « Ikari m'a dit un jour que je devais sourire dans les occasions où je me sentais contente. Mais que suis-je censée faire maintenant qu'une personne qui m'est chère n'est plus là ?

— Tu… » Asuka la regarda soudain d'une manière quasi stupéfaite, mais très vite se détourna de nouveau. « Qu'est-ce que j'en sais ?

— Je vois, murmura la fille aux cheveux bleus, avant de hocher légèrement la tête. Je ne t'importunerai pas davantage. » Sur ce, Rei tourna les talons et s'engagea dans la rue opposée, sans même remarquer la rousse qui regardait sa silhouette s'éloigner.

« Pleure quand tu es triste. Ris quand tu es heureuse… marmonna Asuka avant de ramener son regard sur le chemin devant elle. Qui suis-je pour demander une promesse que je suis incapable de tenir moi-même ? »

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Misato ne perdit pas de temps à rentrer. Elle voulait faire taire les émotions lancinantes en elle aussi vite que possible, en espérant que ses soupçons ne seraient pas confirmés. Il y avait assez de secrets comme ça à la NERV ; elle n'avait pas vraiment le besoin ni l'envie d'en avoir chez elle.

Lorsqu'elle pénétra dans l'appartement, elle fut accueillie par le silence.

« Je suis rentrée ! »

Rien. Asuka n'était-elle pas censée être rentrée maintenant ?

Cela dit, elle n'avait guère vu ou entendu sa deuxième protégée au cours des dernières semaines. Aussi elle décida d'ignorer ce détail et se dirigea droit vers la chambre de Shinji, où elle espérait trouver la raison qui valait la peine de violer encore plus de règles du code de la route que d'habitude pour pouvoir rentrer chez elle aussi vite que possible.

La chambre était exactement telle qu'il l'avait laissée. Et il la laissait toujours dans un état impeccable, quelque chose qu'elle n'était pas sûre de trouver admirable ou préoccupant. La seule différence était la fine couche de poussière qui recouvrait les meubles.

Mais elle n'était pas là pour se souvenir de lui et s'inquiéter que sa chambre puisse rester dans cet état ; et elle n'était pas là non plus pour se sentir coupable de ne pas avoir pris la responsabilité de tenir l'appartement propre à sa place, même après sa disparition. Elle s'approcha de son bureau et ouvrit le tiroir. Il ne lui fallut pas longtemps pour trouver ce qu'elle cherchait parmi ses manuels scolaires.

Une fois qu'elle eut sorti le bout de papier chiffonné et qu'elle l'eut comparé au cahier ouvert, il n'y eut plus de doute.

Mais au lieu de la calmer, cette révélation ne fit que susciter en elle de nouvelles interrogations. Peut-être que ça n'avait été qu'une supposition correcte : il avait appris, d'une manière ou d'une autre, l'identité du Quatrième Élu et n'avait pas voulu que la vie de son ami soit mise en péril. Mais si ce n'était pas le cas ? Comment aurait-il pu savoir ?
Malheureusement, le seul qui détenait les réponses à ces question les avait emportées avec lui dans l'Eva.

"À moins que…" Son regard se dirigea à travers la porte du couloir.

Peut-être avait-il confié son secret à quelqu'un. Elle pouvait demander à ses amis, peut-être savaient-ils quelque chose à ce sujet. Peut-être que ce n'avait même pas été son idée et qu'il avait été prié ou même forcé de le faire, ce qui signifiait que le champ des personnes qui lui cachaient potentiellement cela était encore plus large. Et dans ce cas-là, il se pouvait qu'elle n'ait même pas à chercher bien loin, si une certaine rousse connaissait déjà les réponses qu'elle cherchait.

Bien sûr, il ne semblait pas très plausible qu'Asuka fasse tout pour éviter un combat contre un Ange, mais sans connaissance des faits, impossible de deviner les raisons qu'il pouvait bien y avoir derrière tout ça. Et Misato était maintenant assez impatiente de découvrir les réponses à ce mystère pour suivre l'une après l'autre même les pistes les plus improbables.

Mais tandis que Misato se tenait devant la porte de la rousse, sa main s'immobilisa en l'air alors qu'elle était sur le point de frapper. Un faible son, qui ressemblait presque à un gémissement, provenait de la chambre. Silencieusement, elle ouvrit la porte.

« Asuka…? » La forme repliée sur le lit se rejeta brusquement en arrière lorsque Misato se manifesta. « Tu… tu pleures ?

— Bien sûr que non !

— Tu te débrouillais mieux pour mentir auparavant », lui rappela Misato : les traînées humides sur les joues de la fille étaient clairement visibles après tout, même dans la chambre obscure. « Alors qu'est-ce qu'il y a ?

— Y'a rien ! tenta d'aboyer Asuka en se reculant à l'approche de sa tutrice, mais sa voix brisée la trahit. Qu'est-ce que ça peut me faire si b-baka Shinji a eu un taux de synchro que je n'arriverai jamais à atteindre !

— Oh, alors tu as juste le cafard à cause de son taux de synchro ? glissa Misato d'un ton presque taquin en s'asseyant sur le lit à côté d'elle.

— Pour… pour quelle autre raison sinon ? » marmonna Asuka à voix si basse qu'elle était à peine audible.

Misato soupira, mais intérieurement elle se résolut à saisir cette occasion. « Dans ce cas, j'imagine que ça ne te dérangera pas de m'expliquer ceci ? » demanda-t-elle en dépliant le morceau de papier tout froissé et en le présentant à la rousse.

Les yeux d'Asuka s'agrandirent pendant un moment tandis qu'elle fixait le mot. Puis elle ne sembla plus se soucier de dissimuler son chagrin. Les larmes se mirent à couler librement sur ses joues.

« Quel… quel baka… murmura-t-elle, sa bouche se changeant en un sourire tremblant. Je lui avais dit de ne pas l'écrire à la main… »

Misato observa la rousse éplorée pendant un instant. Cela ressemblait tellement peu à la Seconde Élue, si fière et impétueuse d'habitude, que c'en était presque douloureux à regarder. Un soupçon de culpabilité se glissa dans sa conscience, lui suggérant de s'en tenir là et de repartir, mais elle resta calme. « Donc tu sais quelque chose à ce sujet… » finit-elle par confronter sa protégée à ce qu'elle avait compris.

Asuka se contenta de hocher faiblement la tête, mais ne pouvait apparemment pas se résoudre à regarder sa tutrice dans les yeux.

« Alors que…?

— Je ne peux pas te le dire ! l'interrompit-elle en reniflant, tandis qu'elle tentait de sécher ses larmes avec ses mains. C'é… c'était sa décision à lui aussi. Je ne peux pas te le dire. Pas… pas avant qu'il ne soit revenu. »

La première idée de Misato fut de protester énergiquement, mais elle parvint à ravaler la remarque inappropriée au vu de la situation. Cependant elle avait beau souhaiter pouvoir la dénier, cette pensée amena en elle une autre crainte. « Tu sais, les chances ne sont pas très élevées, dit-elle doucement. Peut-être qu'il… »

— Non ! lui rétorqua soudain Asuka. Il va revenir ! Il est déjà revenu auparavant ! »
Les larmes revinrent tandis qu'elle se laissait retomber sur son lit. « Il… le faut… »

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Il était près de deux heures du matin, mais une pièce du foyer Aida était encore éclairée.

Kensuke émit un bâillement et frotta ses yeux fatigués. À présent l'écran brillait presque trop fort à son goût.

Pourquoi se prenait-il la tête avec ça d'ailleurs ? Ce n'était certainement pas pour Asuka, ni pour Hikari, ni même pour Toji. Bien sûr, Shinji était son ami et il ne pouvait nier qu'il était lui aussi curieux de savoir ce qui était arrivé au pilote d'Eva qu'il admirait depuis si longtemps. Mais au vu des derniers événements, Kensuke n'était pas sûr que son but de devenir pilote semblait toujours aussi prometteur qu'il l'avait cru. Même s'il avait été témoin de la souffrance de Shinji au cours du deuxième combat contre un Ange, il avait toujours jusque là tenté de ne pas tenir compte du danger tant qu'il avait une chance de piloter un tel mécha.

Alors pourquoi essayait-il donc de s'introduire dans l'un des systèmes informatiques les mieux protégés sans même savoir comment ?

/Connexion au terminal MAGI X-53 refusée !/

Avec un grognement, il fit disparaître le message d'un clic pour la vingtième fois et finit par lancer l'extinction de son ordinateur.

"Qui a lancé cette rumeur selon laquelle 'Kensuke est un geek, donc il est bon en informatique' au fait ?"

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Le lendemain matin, Asuka resta au lit un peu plus longtemps que d'habitude. Le réveil avait sonné à la même heure que toujours, mais dans son état somnolent elle s'était contentée de presser le bouton du mode veille. Elle n'avait pas le cœur à faire face à qui que ce soit aujourd'hui, pas après en avoir tant dit juste hier.

Et surtout pas à Misato. Sa tutrice s'était retenue de poser davantage de questions la veille au soir, mais Asuka était sûre qu'elle ne la laisserait pas s'en tirer à si bon compte. Dès qu'elles se retrouveraient face à face, elle pouvait très certainement s'attendre à plusieurs questions délicates auxquelles il serait assez embarrassant de répondre.

Il n'était pas rare qu'elles ne se voient pas le matin quand le major avait le temps de dormir plus longtemps avant d'aller au travail. Alors peut-être serait-il possible qu'elle ne le remarque même pas si Asuka restait dans sa chambre en silence au lieu d'aller à l'école.

Mais lorsque le réveil se mit à sonner pour la cinquième fois et qu'Asuka fut sur le point de le balancer contre le mur, un besoin plus naturel la força à se lever en fin de compte.

Une fois sa "besogne" achevée, elle décida que tant qu'à faire elle n'avait qu'à rester debout et aller se chercher quelque chose pour calmer sa faim. Non pas qu'elle ait tant d'appétit que ça, mais elle savait fort bien qu'elle ne pourrait pas lutter indéfiniment contre les exigences de son estomac. Et si elle était assez rapide, elle pourrait être de retour dans sa chambre avant même que Misato ne l'ait remarqué.

En pénétrant dans la cuisine, elle vit Pen-Pen qui fixait avidement sa gamelle vide. Avec un léger soupir, elle se dirigea vers le frigo et y prit les ingrédients de son petit déjeuner et une boîte de thon pour le pingouin affamé.

Après avoir nourri l'oiseau, pestant en silence contre le vrombissement sonore de l'ouvre-boîte, elle plaça deux tranches de pain dans le grille-pain et se mit à remplir d'eau le réservoir de la machine à café.

« Fais en un pour moi aussi.

— T'aurais pas pu le dire…? » Elle s'interrompit et faillit lâcher le bidon d'eau sous le coup de la surprise lorsqu'elle se rendit compte qu'elle avait été repérée.

— Il y a un problème ? demanda nonchalamment Misato en s'asseyant à la table, toujours vêtue du débardeur léger et du short qui lui servaient de vêtements de nuit.

— Euh… non… » dit timidement Asuka.

En attendant que le café soit prêt, remarquant à peine qu'elle se mordait légèrement la lèvre inférieure, la rousse jeta quelques coups d'œil anxieux à sa tutrice qui avait commencé à lire le journal.

« Pas de bière ce matin ? » finit-elle par demander, tentant d'avoir l'air aussi décontractée que Misato semblait l'être. "Comme s'il ne s'était rien passé du tout hier…"

— J'aurais bien aimé, mais j'ai bu la dernière canette hier. »

Elles se turent de nouveau. Toutes deux savaient qu'il ne restait plus de bière parce que Misato avait oublié que Shinji n'avait pas pu faire les courses comme d'habitude.

Pendant plusieurs minutes, il n'y eut rien d'autre que le bruit de goutte-à-goutte de la machine à café et le froissement du journal de temps à autre.

Après un certain temps, ce silence tendu — du moins pour Asuka — finit par prendre fin lorsque la machine signala la fin du processus et s'éteignit.

Misato lâcha un « merci » désinvolte quand Asuka posa une des tasses tout juste remplies devant elle, tandis que la rousse s'assit de l'autre côté de la table et sirota la sienne. Un petit sourire flotta sur les lèvres du major lorsqu'elle reposa sa tasse après en avoir pris une petite gorgée.

« Alors… vous êtes amoureux tous les deux, hein ? »

Pas vraiment surprise par cette question "inopinée", Asuka opina d'un signe de tête hésitant.

« Quelque chose de sérieux ? »

La rousse s'autorisa un léger sourire. « On peut dire ça comme ça…

— Depuis combien de temps ? »

Son sourire s'élargit davantage. « Un bout de temps…

— Et sérieux à quel point ? » Misato haussa un sourcil circonspect.

— Vraiment… dit Asuka en souriant jusqu'aux oreilles.

— Vraiment, vraiment ?

— Peut-être bien… »

Elle ne put s'empêcher de pouffer de rire devant l'expression complètement abasourdie de sa tutrice. Mais elle avait beau vouloir profiter de cette sensation de familiarité insouciante aussi longtemps que possible, elle savait trop bien que celle-ci ne durerait guère.

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« Je suis rentré ! » annonça Kensuke depuis le hall d'entrée en rentrant de l'école, bien qu'il ne s'attende pas vraiment à recevoir une réponse. Il était habituellement seul quand il rentrait à cette heure de la journée.

Il fut d'autant plus surpris lorsqu'une voix pâteuse l'accueillit. « Bienv'nue, Kens'ke… »

Il suivit la voix jusque dans le salon où il trouva son père qui, après s'être relevé gauchement, s'approcha de lui en titubant. Kensuke remarqua distraitement plusieurs bouteilles vides qui traînaient et une forte odeur d'alcool dans la pièce mal éclairée.

« Tu es encore bourré ? » demanda-t-il surtout pour la forme en reculant d'un pas, un peu écœuré par l'haleine chargée d'alcool de son père. Bien que ce dernier ne boive pas régulièrement, peut-être une fois tous les deux ou trois mois, il avait tendance à ne plus se maîtriser quand il le faisait.

« Oh fils, un jour tu apprécieras toi aussi la sensation d'indifférence que ça peut te procurer, quand tu rentres chez toi après une rude journée et que tout ce que tu peux faire c'est attendre le retour de ton fils unique qui est aussi le seul membre restant de ta famille. » Soudain, le plus grand des deux hommes serra vigoureusement son fils dans ses bras. « Pardon ! Je ne… je t'aime, mon petit Kensuke…

— Je sais, papa… » Kensuke se contenta de lever les yeux au ciel devant ce rituel qui ne lui était que trop familier depuis la mort subite de sa mère, des années plus tôt. Il ne se souvenait pas vraiment d'elle ; cela lui avait paru complètement normal de ne grandir qu'avec son père qui faisait de son mieux pour jouer les deux rôles. Alors, même s'il l'aurait bien voulu, Kensuke avait du mal à compatir avec l'homme qui pleurait encore tant sa mort, surtout quand celui-ci perdait le contrôle de sa consommation d'alcool de temps à autre.

Kensuke se pencha pour soutenir l'homme ivre. « Allez, je vais te mettre au lit…

— Ne dis pas de bêtises ! Je suis parfaitement éveillé ! protesta son père, avant de manquer rouler par terre.

— Ouais, c'est ça… Allez, viens maintenant. Tu travailles demain.

— Bah ! On n'a pas grand-chose à faire, tant qu'ils sont occupés à tirer ce gamin de cette Eva… »

Les yeux de Kensuke s'écarquillèrent. Pendant un instant, il fixa son père d'un air ahuri.
Il n'avait pas vraiment voulu se hasarder à se servir de cette "source", surtout depuis qu'il était devenu clair que sa quête pour devenir un pilote était vaine en fin de compte.

"Oh… mais- rien qu'une fois…" songea-t-il en secouant la tête. "Mais ça ne veux pas dire que l'espionnage me branche maintenant."

Après une profonde inspiration, comme pour se convaincre de laisser à nouveau sa curiosité l'emporter, il ouvrit la bouche.

« Quel gamin…? »

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« Il est piégé. »

Hikari cligna des yeux perplexes devant l'explication exagérément courte de Kensuke sur la raison pour laquelle il avait voulu lui parler. « Qui ça ?

— Shinji, bien sûr, soupira Kensuke en se penchant davantage au-dessus de son bureau pour continuer à lui expliquer d'un murmure de conspirateur. Il est piégé d'une manière ou d'une autre à l'intérieur de son Eva et ils ne savent pas s'ils vont arriver à l'en faire sortir.

Le choc suffoqua la déléguée de classe. « Il- il ne reviendra peut-être jamais ? »

Kensuke secoua la tête. « Ils ne sont même pas sûrs qu'il soit encore en vie… »

— Mon Dieu… » Son regard se braqua sur la rousse assise quelques rangées plus loin à son bureau, en train de pianoter distraitement sur les touches du clavier de son ordinateur portable. « Tu veux dire que c'est pour ça qu'elle se comporte ainsi ces derniers temps ?

— Pff, c'est ça… grogna Kensuke avec dédain. À tous les coups, elle s'est juste fait battre par cet Ange et maintenant elle panse les plaies de son orgueil hypertrophié.

— Je ne sais pas… Je ne suis pas sûre qu'elle se montrerait si susceptible à la seule mention de Shinji dans ce cas-là.

— Parce qu'elle n'est pas susceptible d'habitude ?

— Pas comme ça, murmura tristement Hikari en observant son amie. C'est comme si elle avait perdu quelque chose en elle qui la maintenait stable.

— Et ce quelque chose était Shinji ? Tu dis ça comme si elle en pinçait pour lui, réfléchit Kensuke sans trop y croire. Pour être franc, je la préfère déséquilibrée à "stable" du côté obscur. »

Hikari leva les yeux au ciel. "Ah les garçons…" soupira-t-elle intérieurement. Elle devait toujours batailler ferme pour empêcher Toji de dire du mal de son amie, mais tenter de montrer à tous les sceptiques comment voir la véritable Asuka sous ses dehors abrasifs était tout aussi vain que de leur expliquer les règles les plus élémentaires d'une romance — surtout quand elle-même n'était pas sûre d'arriver à voir la véritable Asuka.

« Bon… Merci quand même…

— Oh… Ce n'était rien… » dit-il sur un ton exagérément hâbleur, avant de s'en aller en lui faisant un signe espiègle de la main.

Hikari sourit. Il semblait bien qu'elle ait réussi au moins à remonter le moral de l'un de ses amis. Mais maintenant elle avait un plus gros problème à régler et elle en avait assez entendu pour agir. Elle allait confronter son amie avec ce qu'elle venait d'apprendre et elle ne la laisserait pas se débarrasser d'elle aussi facilement cette fois-ci.

« Asuka ! »

La seule réponse que lui fournit l'intéressée fut le léger déplacement de ses yeux vers sa camarade.

« Est-ce qu'on peut rentrer ensemble aujourd'hui ? Je voudrais vraiment te parler, c'est… important. »

Asuka ne répondit pas immédiatement. À la surprise d'Hikari, elle tenta même de se forcer à sourire avant d'abandonner et de ramener son regard sur l'écran devant elle. « D'accord… »

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« Alors, qu'est-ce que tu veux, Hikari ? » marmonna Asuka sans enthousiasme en gardant son regard braqué sur la ville devant elle.

Quelques semaines plus tôt à peine, elles s'étaient trouvées au même endroit, à la même heure — et pourtant la situation était maintenant tellement différente qu'elle se sentait plus mal à chaque seconde où le soleil se couchait.

« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? l'accusa la fille assise à côté d'elle. N'est-ce pas le genre de chose qu'on est censé partager avec sa meilleure amie ? »

Le ton sévère de la voix d'Hikari surprit suffisamment Asuka pour qu'elle la regarde enfin. « De quoi tu parles ?

— De tes sentiments pour Shinji ! Et n'essaie pas de le nier ! J'aurais pu le deviner auparavant, mais depuis sa disparition ça crève les yeux. »

Les yeux d'Asuka s'écarquillèrent devant la révélation soudaine et elle se raidit l'espace d'un instant, mais alors ses épaules s'affaissèrent dans un soupir et un léger sourire adoucit ses traits. « Ou bien Suzuhara a déteint sur toi, ou bien je ne t'avais jamais vue dans le redoutable "mode déléguée"… dit-elle à voix basse avec un petit rire. On dirait bien que je ne suis pas aussi bonne actrice que je l'aurais voulu… »

La brune émit un léger gloussement, bien qu'il soit difficile de dire si c'était à la première ou à la deuxième moitié de la déclaration d'Asuka. « Ma foi, tu as fait de ton mieux, je peux te l'assurer. Quand vous vous disputiez tous les deux, je me suis demandée plusieurs fois si tu étais sur le point de l'embrasser ou de l'étrangler d'un moment à l'autre, dit-elle avec un sourire qui s'effaça soudain à nouveau. Je suis juste un peu déçue. J'aurais cru que tu me faisais suffisamment confiance pour me le dire. C'est à ça que servent les amies, non ?

— Oh Hikari, si seulement tu savais, soupira Asuka en laissant vagabonder son regard sur les immeubles baignés de la lumière orange du soleil couchant. Seulement… ce n'est pas aussi simple que de craquer pour une splendide star de cinéma…

— Alors… c'est déjà "le grand A" ? demanda Hikari avec un large sourire, en résistant à grand-peine à la tentation de donner un coup de coude taquin à son amie.

— "Le grand…" ? » La rousse cligna des yeux perplexes en s'arrachant à sa songerie, mais là-dessus un sourire embarrassé naquit sur ses lèvres. « Ouais, je crois qu'on peut le dire…

— As-Asuka ?! » balbutia Hikari, déroutée. Ce n'était absolument pas la réponse à laquelle elle s'attendait. « T… tu es sérieuse ? »

Le sourire d'Asuka ne quitta pas son visage tandis qu'elle plaçait ses mains sur les épaules de son amie pour la regarder droit dans les yeux. « Oui, Hikari, je suis sérieuse ! J'aime Shinji Ikari ! dit-elle avec toute la sincérité qu'elle put mettre dans sa voix, et elle se sentit comme libérée d'un lourd fardeau. Et je suis désolée de t'avoir laissé penser le contraire, mais je te fais confiance ! Et… en tant qu'amie… je te fais confiance pour que tu gardes ça pour toi !

— Mais…

— N'en parle à personne ! À aucun de nos camarades. Ni à tes sœurs. Et surtout pas à Toji. Je t'en prie… »

Hikari se contenta de lui adresser un sourire cordial lorsqu'elle finit par céder et hocha la tête en assentiment.
« C'est à ça que servent les amies, pas vrai ? »

Asuka fut incapable d'aligner le moindre mot, toute réponse appropriée semblait lui échapper. Tout ce qu'elle put faire fut rendre le hochement de tête et l'accolade qu'elle reçut.

Hikari était peut-être incapable de soulager totalement ses souffrances, mais Asuka savait maintenant que son amie serait toujours là pour elle.

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C'est l'heure.
Je les sens qui m'appellent.
Il faut que j'y aille.

« Tu sais que tu n'es pas obligé. »

Peut-être pas…

Mais je le veux.

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Asuka contemplait les derniers préparatifs de l'EVA-01 depuis une passerelle au-dessus du géant entravé. Elle doutait que quiconque la remarque ici, à moins de prêter vraiment attention, ce qui semblait peu probable vu combien tout le monde était occupé. Elle, en revanche, avait une vision parfaite des événements qui se déroulaient à ses pieds. Cependant, cela ne servait à rien pour calmer la nervosité qu'elle ressentait.

Aussi il ne fut pas surprenant qu'elle ait un léger mouvement de recul quand quelqu'un apparut soudain à ses côtés.

« Tu n'as pas à t'inquiéter. Le Dr. Akagi, le lieutenant Ibuki et leur équipe sont parfaitement qualifiés pour cette mission. »

Malgré le choc initial qu'elle avait ressenti lorsqu'elle avait été surprise par la pilote aux cheveux bleus, Asuka reprit vite son attitude insensible et retourna son attention vers la cage de l'Eva en dessous avec un regard agacé. « Qui te dit que je suis là pour voir si cet idiot va s'en sortir ? J'ai… juste rien de mieux à faire en ce moment. »

Rei ne répondit pas. En soi ce n'était pas une surprise, mais sa quiétude avait toujours tendance à créer un silence malaisé. Elle se contenta de franchir l'écart qui les séparait en quelques pas et de suivre des yeux le regard d'Asuka vers le bas.

« Il va revenir », dit simplement Rei, mais sur un ton qui semblait presque chaleureux et rassurant.

Peut-être était-ce à cause de ça, peut-être était-elle trop distraite ou trop nerveuse ou peut-être était-ce juste qu'elle n'avait pas envie de se disputer maintenant, mais Asuka ne répliqua pas à sa copilote.

« Je sais… » Ce fut tout ce qu'elle murmura.

Un tumulte soudain provenant du centre de contrôle ramena son attention sur ce qui se passait quelques niveaux plus bas. Asuka ne put ignorer la bouffée de panique qui lui fit crisper les poings de terreur autour de la rambarde lorsque l'écoutille de l'Entry Plug s'ouvrit soudain et que le LCL se mit à se déverser. Elle ignora si elle respirait encore ou si son cœur battait toujours durant les secondes apparemment interminables qui suivirent, le seul son qui semblait subsister étant celui de l'écoulement des dernières gouttes du liquide.

Mais toutes ses craintes s'évanouirent en un instant pour être remplacées par un soulagement et une joie portés à leur comble lorsqu'elle vit une main agripper le bord de l'écoutille. Elle remarqua à peine Misato courir en direction de la plate-forme menant à la plug ; ses yeux étaient posés sur la silhouette du garçon, qui se servit du reste de ses forces pour s'extirper du cockpit cylindrique et s'effondra finalement dans les bras du major.

Asuka parvint tout juste à se retenir de se précipiter en bas pour être à nouveau près de lui après un mois de séparation, mais elle prit soudain à nouveau conscience de la pilote albinos qui se trouvait tout juste à quelques pas d'elle. Alors elle maintint fermement sa position sans même se retourner.

« Il ne t'a pas dit de faire quelque chose dans ce genre d'occasion ? » demanda Asuka en tentant de se montrer aussi indifférente que possible aux événements.

Rei la fixa d'un air interdit pendant un instant. Puis soudain, sans crier gare, les traits de son visage parurent illuminés par la joie et ses lèvres se retroussèrent en un sourire chaleureux.

« Tu sais, commença Asuka, bien qu'elle ne puisse apercevoir cette démonstration inhabituelle d'émotions que du coin de l'œil, si tu faisais ça plus souvent, on pourrait te prendre pour un être humain… »

Même si les mots choisis n'étaient pas les plus sympathiques, sa voix ne contenait pas trace de méchanceté. En fait, sous le sarcasme, c'était l'un des plus beaux compliments jamais reçus par Rei — surtout de la part de quelqu'un comme la Seconde Élue. Et elle devait l'admettre : c'était agréable…

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La première chose que sentit Shinji en reprenant lentement conscience fut une sensation douce et salée sur ses lèvres. Sans surprise, la première chose qu'il vit fut une certaine rousse, visiblement surprise lorsqu'il se mit à lui rendre son baiser. Lorsque, quelque peu déconcertée, elle interrompit le contact, il remarqua qu'elle avait apparemment pleuré.

Il lui sourit tandis qu'elle restait là, au-dessus de lui. « Et c'est toi qui avais toujours peur que moi j'abuse de toi », dit-il, rompant le silence.

En rougissant, Asuka sortit de son hébétude, mais elle sembla lutter pour trouver ses mots. Ouvrant et fermant plusieurs fois la bouche, elle semblait avoir oublié comment parler. Puis soudain, elle le gifla.

« Aïe ! gémit-il en frottant sa joue cuisante. Tu m'as déjà donné cette leçon "pour t'avoir fait t'inquiéter", tu te rappelles ?

— Eh bien apparemment, ça n'a pas suffi ! Alors il faut bien que je te la redonne aussi souvent qu'il le faudra ! »

Avec le sourire le plus narquois qu'il le pouvait, il se redressa et l'enlaça de ses bras. « Ma foi, ça ne me dérange pas, lui assura-t-il en se penchant plus près. Tant que j'ai droit aussi à celle "pour être revenu"… »

Asuka n'essaya même pas de résister bien longtemps : elle lui prit le visage à deux mains, entra en contact avec ses lèvres en un baiser passionné si longtemps attendu et bientôt Shinji se retrouva de nouveau couché sur le dos.

« Je dérange ? »

Les yeux de Shinji s'écarquillèrent en se braquant vers la porte.

« Euh… Mi… Misato ! balbutia-t-il en tentant d'écarter de lui la rousse étonnamment calme. Ce… ce n'est pas ce que vous croyez ! »

Mais la main qui lui caressa la joue le fit taire.

« Chut… chuchota Asuka qui ne se soucia même pas d'empêcher une autre larme de joie de couler sur son visage. Tout va bien. Elle… elle sait… »

Le regard de Shinji alterna entre les deux femmes, à la façon dont son imagination passait d'une possibilité à l'autre. « Quoi…? Elle…? Combien…?

— Pas autant que je le voudrais, j'en ai bien peur… » maugréa le major avec un léger rictus en se dirigeant vers le lit. Mais il ne fallut pas longtemps pour que son attitude professionnelle cède complètement et qu'elle lance ses bras autour de la petite partie de son torse qu'Asuka voulait bien lui laisser. « Contente que tu sois revenu parmi nous, Shinji, dit-elle en se relevant et en réajustant sa veste. Je crois que je ferais mieux de vous laisser un peu de temps à vous maintenant. Mais rappelez-vous : j'attends des explications dès que nous serons rentrés ! »

Avec un dernier regard attendri au couple, elle quitta la chambre aussi discrètement qu'elle était rentrée.

« Alors… qu'est-ce qu'elle sait…? demanda Shinji après un moment de silence.

— Juste que nous sommes ensemble…

— Et… comment ? » demanda-t-il avec précaution, essayant de ne pas avoir l'air de l'accuser de quoi que ce soit.

Asuka écarta de lui la moitié supérieure de son corps. « Elle s'est montrée curieuse à cause de toi, baka, qui ne lui a pas donné un avertissement anonyme comme je te l'avais demandé ! le réprimanda-t-elle en le fusillant du regard et en plantant un index dans sa poitrine.

— Mais c'est ce que…

— Tu l'as écrit à la main ! Je ne suis peut-être pas capable de distinguer tous les kanji mais même moi je suis capable de reconnaître tes pattes de mouche si je le veux !

— Oh… murmura Shinji. Je suis…

— Oui, je sais… » l'interrompit-elle d'une voix un peu triste en se laissant retomber contre lui.

Le silence tendu qui s'ensuivit menaça de les accabler de nouveau.

« C'é… c'était de ma faute de toute façon… finit par admettre Asuka, avant qu'il n'empire davantage. J'ai essayé de maintenir mon ancienne attitude, mais… je… je n'ai pas pu. C'était déjà assez difficile de garder les apparences quand elle nous a été enlevée, mais à l'idée de vous perdre tous les deux…

— Mais… tu savais que je reviendrais…

— Tu parles, oui ! lui rétorqua vertement Asuka, mais alors elle colla son visage à côté du sien, joue contre joue. Pendant tout ce dernier mois, je me suis demandée si ce que nous faisions était juste. On s'était mis d'accord pour essayer de changer le futur afin que tout le monde ait une chance de survivre. Mais la vérité c'est que nous n'avons jamais réfléchi aux conséquences de nos interventions. Qui sait si nous pouvons vraiment tout changer pour le mieux ? Qui sait si ça ne finira pas d'une manière bien pire si nous continuons ? Qui sait si… si… » Son étreinte se resserra tandis qu'elle laissait sa phrase en suspens. « Je ne veux pas revoir la vie d'une personne qui m'est chère sacrifiée dans cette guerre. Plus jamais… »

Shinji ferma les yeux en soupirant et lui passa la main dans les cheveux pour la réconforter.

— Ça n'est pas si grave qu'elle sache, finit-il par déclarer lorsqu'il remarqua qu'elle s'était calmée entre ses bras. Tu sais, j'ai réfléchi moi aussi. Et pour être honnête, je crois que c'est peut-être un pas dans la bonne direction. Il va falloir que nous changions "qui nous sommes" aux yeux de tous le monde à un moment ou à un autre. Nous n'y avions jamais réfléchi ; nous avons fait partie du problème tout autant que la façon dont les choses se sont passées, et si nous continuons d'agir exactement comme nous le faisions, ça pourrait bien finir comme la dernière fois.
Quand je me tenais là, si près de mon Eva, et que j'ai entendu le mal que cet Ange vous faisait à toutes les deux, je… j'ai été tout bonnement incapable de me retenir plus longtemps. Et je ne le regrette pas. Parce que si je ne l'avais pas fait, si j'étais juste resté dans mon rôle, qui sait si mon père aurait repris ses esprits à temps pour me laisser y aller quand j'avais encore une chance de le battre…

— Alors… Tu veux dire qu'on devrait s'arrêter de jouer la comédie en fin de compte ? Mais… et… »

Il secoua rapidement la tête. « Inutile de se précipiter. Si nous y allons en douceur, afin que tout le monde s'habitue… peut-être qu'ils ne remarqueront rien de trop bizarre…

— En tout cas, il est trop tard pour cacher les choses à Misato, j'en ai bien peur. Et… et je crois qu'on lui doit au minimum quelques explications. » Un sourire remplaça soudain son expression jusque là vacante, tandis qu'elle faisait glisser son doigt sur sa poitrine d'un air séducteur. « Au moins nous n'aurons plus à nous retenir quand nous serons à la maison… »

Ses éclats de rire les secouèrent tous deux, mais il ne répondit pas autrement qu'en la serrant un peu plus fort contre lui. Ils restèrent ainsi silencieux pendant quelques minutes supplémentaires, avant qu'il ne soit temps de quitter la paix réconfortante de leur propre petit univers et de faire de nouveau face à la réalité.

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Ladite réalité se présenta à eux bien assez tôt sous la forme de Misato. Elle ne leur laissa guère le temps de se préparer une fois rentrés : dès qu'elle eut enfilé quelque chose de plus confortable que son uniforme, elle les appela dans la cuisine. Un certain bout de papier les attendait déjà sur la table lorsqu'ils s'assirent mais aucun d'eux ne prononça un mot.

« Bon, j'espère que ce sera une histoire intéressante, dit Misato pour rompre le silence avant qu'il n'ait le temps de s'installer. J'ai dû reporter un… hem… rendez-vous pour ça.

— Ouais, je vois bien quel genre de "rendez-vous"… » grogna Asuka.

Misato la fit taire d'un regard menaçant. « Alors, vous voulez bien m'expliquer ça maintenant ? demanda-t-elle d'un ton ferme en montrant du doigt le morceau de papier posé sur la table entre eux. En supposant que vous ne l'ayez pas deviné par pur hasard, comment saviez-vous que l'Ange précédent prendrait le contrôle de l'EVA-03 ? »

Shinji regarda sur le côté pour être rassuré par Asuka sous forme d'un hochement de tête.

« Je le savais, parce que je… » Il sentit la main d'Asuka presser légèrement la sienne. « …nous… l'avons vu se produire auparavant…

— Comment ça ? demanda Misato sur un ton étrangement calme. Est-ce que vous auriez acquis, je ne sais comment, des dons de voyance ? Une sorte de déjà-vu ?

— C'était plutôt un voyage dans le temps, intervint la rousse.

— Un voyage dans le temps ? répéta lentement Misato. Mais… comment est-ce possible ?

— On… on ne sait pas vraiment, bredouilla Shinji en secouant la tête. Tout ce que je peux dire, c'est que nous sommes revenus il y a environ deux ou trois mois, après avoir survécu par nos propres moyens pendant plusieurs années…

— Survécu ? » Le major était visiblement choqué. « Comment ça, "survécu" ? Qu'est-ce qui s'est passé ?

— Le Troisième Impact ! déclara simplement Asuka à voix basse. Nous deux étions les seuls qui restaient.

— Le Troisième…? » Les yeux de Misato s'écarquillèrent. « Alors… nous avons échoué ? »

Shinji secoua lentement la tête. « J-je ne suis pas sûr qu'il soit bien prudent de notre part de révéler tous les détails. Mais… disons seulement que ce n'est pas un Ange qui l'a provoqué.

— Quoi ? Mais alors, qui est responsable ?

— Je ne peux pas…

— Shinji ! » le coupa Misato avec plus de colère dans la voix qu'elle n'en avait l'intention.

Mais le garçon la surprit en ne cédant pas ; au lieu de cela, il leva les yeux vers elle, le visage grave. Elle fut plus surprise encore lorsqu'il s'adressa à elle en abandonnant le vouvoiement qu'il avait toujours observé jusque là. « Comme je te l'ai dit, je ne crois pas qu'il soit prudent que tu saches tout. Nous… nous essayons d'éviter l'Impact cette fois-ci, mais il y a trop de gens qui pourraient œuvrer contre nous. » Avec un mince sourire, il fit un signe de tête en direction du papier. « Et comme tu peux le voir, c'est déjà assez dur pour nous de tout garder secret.

— Alors vous pensez que je ne peux pas vous aider ? protesta-t-elle.

— Peut-être que si, intervint de nouveau Asuka avec un regard sévère, mais tu pourrais nous créer encore plus de problèmes. Plus il y a de gens à connaître des informations cruciales, plus le risque est grand que quelqu'un laisse échapper quelque chose auprès de personnes qui ne doivent pas savoir…

— Donc vous ne me faites pas confiance ? murmura Misato avec une pointe de déception.

— Je… je ne dirais pas ça comme ça… tenta de l'apaiser Shinji. C'est juste que… les enjeux sont trop élevés…

— Bon, dans ce cas… » Misato s'interrompit, apparemment peu satisfaite de son explication. « Com… combien de temps avez-vous passé là-bas ? finit-elle par changer de sujet un peu à contrecœur.

— Nous ne savons pas précisément. Les premiers mois, ou même années, nous étions si occupés par d'autres choses que nous ne nous sommes pas souciés de garder le fil des dates. Alors nous ne pouvons qu'estimer être restés pendant environ un an et demi, peut-être deux, avant de nous remettre à compter. Après ça, ça a duré presque quatre ans de plus.

— Pourquoi… » Elle s'interrompit pour faire une pause. « Pourquoi ne m'avez-vous rien dit ? » La frustration de Misato s'entendait clairement dans sa voix.

— Comment aurions-nous pu savoir si tu nous aurais crus ? » dit Shinji en faisant de son mieux pour garder son calme.

La patience d'Asuka, en revanche, semblait s'amenuiser de seconde en seconde. « On t'a déjà dit que le risque était trop élevé ! cracha-t-elle plus hargneusement qu'il ne semblait nécessaire. Qu'est-ce qui se serait passé si nous nous étions mis à raconter, à toi ou à quelqu'un d'autre, que nous avions remonté le temps sans la moindre preuve ? Nous aurions été déclarés "mentalement instables" en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et au minimum relevés de nos fonctions à la NERV, perdant ainsi notre seule chance de changer les choses. Et il est fort probable que nous aurions également été séparés ou même enfermés…

— Asuka… » tenta de la calmer Shinji, mais sans grand succès.

Misato se contenta de soupirer face à la réaction de la rousse et s'affaissa de nouveau dans sa chaise. « Tu n'as sans doute pas tort. Toute cette histoire est tellement… je ne sais pas… ça a vraiment un peu l'air d'une étrange fantaisie. Enfin quoi, vous me dites que vous avez vécu tous les deux seuls dans un monde ravagé pendant des années, durant lesquelles vous avez fini par vous ouvrir l'un à l'autre et tomber amoureux, puis êtes revenus sans raison apparente… » Elle appuya son front contre sa main, perdue dans ses pensées, et soupira à nouveau. Après un bref moment de silence, elle secoua la tête. « S'il n'y avais pas ce mot… marmonna-t-elle en relevant la tête vers eux. Vous savez, c'est vraiment difficile à croire, mais je… »

Elle fut brutalement interrompue par Asuka qui abattit soudain ses paumes sur la table et se dressa, furibonde. « TRÈS BIEN ! Crois ce que tu veux !

— Asuka ! »

Shinji s'élança bras tendu pour la retenir, mais elle avait déjà fui hors de la cuisine. La tristesse et la honte l'envahirent quand cet incident lui rappela péniblement qu'il était incapable de faire quoi que ce soit pour elle.

« Qu'est-ce qui lui prend ? » demanda Misato derrière lui, mais il ne put se résoudre à se retourner pour lui faire face.

Il ne pouvait rien faire, à part rester immobile dans l'encadrement de la porte, sans savoir comment expliquer quelque chose d'aussi délicat.

« Tu ne sais pas… tu ne peux pas savoir ce que c'est — combien ça fait mal de supposer… ne serait-ce que de penser que ce n'était pas réel… que ça n'est jamais arrivé, finit-il par soupirer à voix basse, les poings crispés à ses côtés, tandis que les souvenirs naguère joyeux repassaient dans sa tête. Pas… pas après avoir été obligés d'abandonner tout ce qui comptait pour nous.

— Qu'est-ce que tu veux dire ? » Misato semblait visiblement troublée. « Qu'est-ce qu'il pouvait bien y avoir de si important dans ce monde que vous ne puissiez pas retrouver maintenant ? Je veux dire, ce n'est pas comme si… » Elle s'interrompit, le souffle coupé court. « Vous...? Enfin, vous — ne…? Vous n'avez quand même pas…?

— Si, Misato… la coupa Shinji à voix basse, nous… nous avons eu un enfant… »

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N.D.A. : Ouais, le "grand" secret est enfin révélé !
D'accord, d'accord, je crois bien l'avoir rendu assez évident. D'ailleurs, je serais surpris qu'il y ait quelqu'un qui ne l'aurait pas deviné dès le premier chapitre, mais maintenant c'est officiel.

Vous aurez peut-être remarqué que je me suis écarté davantage des véritables épisodes dans ce chapitre que dans les précédents chapitres impairs. L'une des raisons est bien sûr l'effet au sein de l'histoire des changements apportés à la chronologie par Shinji et Asuka, l'autre est que j'en ai écrit la majeure partie à la fac sur mon nouveau/vieux portable qui est tellement lent que je ne suis même pas parvenu à lancer une petite vidéo sans son pour pouvoir vérifier constamment ; du coup, j'en ai fait le plus gros de mémoire et j'ai tenté de modifier au moins quelques parties reconnaissables pour qu'elles coïncident à peu près.

Mais, par bonheur, désormais nous aurons de toute façon davantage droit à la première raison. Par bonheur, parce que l'une des choses que je n'aimais pas bien était la façon dont j'ai dû "caser" la nouvelle intrigue sous une forme qui restait cohérente par rapport à l'originale, ce qui a résulté en un piège dans lequel je suis tombé lors de mon écriture ; par exemple, quand Gendo semble prendre des décisions "étranges" dans "Le 13ème" et ce chapitre. Même si j'ai fait de mon mieux pour expliquer ce genre de choses, elles me semblent quand même quelque peu maladroites. Mais tant que je ne trouve pas une meilleure façon de régler ce problème, ne comptez pas trop sur une réécriture (j'en ai un peu peur depuis celle du chapitre 2, d'ailleurs…)

Pour poursuivre le dénigrement de mes propres mois de travail, la seconde moitié de ce chapitre est un peu partie en vrille. Je ne voulais pas en faire une partie où "Shinji rencontre Yui dans l'Eva" (les parties "dialogue" ont été non seulement rajoutées par la suite pour améliorer le rythme de l'histoire, mais aussi gardées neutres exprès. À vous de choisir si vous préférez le voir "discuter" avec sa mère, avec lui-même en plus jeune et/ou avec la trinité nue Misato/Asuka/Rei ;) ). À la place, j'avais voulu profiter de l'occasion pour examiner d'un peu plus près les personnages secondaires, mais en fin de compte c'était plus ou moins juste Hikari et aussi un peu Kensuke (qui m'a donné du mal parce qu'il me semblait bien trop amer (surtout envers Hikari) dans la "version bêta". Avec un peu de chance, ça devrait aller mieux maintenant).

Et avant que j'oublie : Bien sûr, mille mercis à mes pré-lecteurs Bal'ferrin, Fool's Gold, Nova et dennisud.

N.D.T. : Ouf, ça y est ! Décidément, quand ce n'est pas la procrastination qui m'handicape, c'est le perfectionnisme. J'ai l'impression que, bien qu'il soit plus court, ce chapitre a été bien plus dur à traduire que le précédent — tant je me suis acharné à vérifier ou revérifier si un terme ou un autre était le plus approprié au contexte, ou arraché les cheveux à reformuler certaines phrases de manière grammaticalement intelligible en français.
Il faut dire aussi que, contrairement au précédent, je l'ai rédigé en l'espace d'une semaine seulement, n'ayant pas pu écrire durant les deux précédentes à cause d'une part de mon départ en vacances comme annoncé, ensuite du fait que la batterie de mon portable m'ait claqué dans les pattes, m'obligeant à modifier mes priorités du moment (par bonheur j'ai fini par trouver une solution de secours).
Au moins celui-ci arrive plus vite que celui d'avant, j'espère pouvoir faire de même avec le prochain, mais je ne promets rien.

Sinon, concernant la traduction elle-même, vous aurez sans doute remarqué que je me suis permis une petite licence avec Shinji tutoyant Misato à la fin, vu que cette distinction n'existe pas avec le « you » anglais. Ceci afin de marquer le fait qu'il est désormais plus mature et ouvert aux autres, et le place du coup, maintenant qu'il n'a plus à jouer la comédie devant Misato, au même niveau de familiarité vis-à-vis d'elle qu'Asuka (qui, contrairement à Shinji, l'a toujours tutoyée dans la série), ce qui me semblait plus cohérent au vu de ce qu'ils avaient vécu ensemble durant EoE et combien Misato lui a manqué par la suite (comme on le voit dans le chapitre précédent).
Du moins, c'est mon interprétation. Si vous avez des remarques à faire à ce sujet, n'hésitez pas à m'en faire part dans vos reviews, votre avis m'intéresse toujours.

Pas grand-chose d'autre à dire sinon, à part pour vous donner rendez-vous au prochain chapitre où nous découvrirons Shinji et Asuka faisant face à un nouveau défi qu'ils n'avaient pas anticipé : devenir parents !