La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 7 : Le 15ème

C'était toujours un spectacle insolite à ses yeux. Asuka et Shinji serrés l'un contre l'autre. Asuka et Shinji s'embrassant. Asuka et Shinji se retirant ensemble dans sa chambre à elle le soir. Asuka assise sur les genoux de Shinji au petit-déjeuner, tandis qu'ils touchaient à l'autre plus souvent qu'à leur nourriture.

« Et dire qu'ils avaient pour habitude de se chamailler comme un couple marié, et maintenant qu'ils le sont, ils tous les deux collés ensemble comme de jeunes amoureux… » marmonna Misato dans sa bière du matin à demi éclusée. Cela suffit néanmoins amplement à rappeler à ses deux protégés qu'ils n'étaient pas tout seuls, ce qu'ils avaient apparemment oublié.

À contrecœur, Asuka décolla ses lèvres de celles de Shinji. « Ma foi, ça aide d'être à nouveau un adolescent bourré d'hormones, déclara-t-elle.

— Misato, comprends-nous, l'aida Shinji. Il nous a fallu un bon moment pour franchir cette barrière. Mais j'en ai été d'autant plus heureux quand nous avons fini par être capables de nous regarder ou de nous toucher n'importe où sans en avoir honte, expliqua-t-il en coulant un regard vers la rousse dans ses bras, avec un sourire en coin. Ou avoir à craindre pour ma peau…

— Hé ! protesta malicieusement Asuka, se retournant sur ses genoux pour lui donner un petit coup sur la tête. Toujours le même hentai », dit-elle en se détournant de lui, l'air boudeur.

Au lieu de s'excuser comme à son habitude, il pouffa de rire comme pour en convenir et approcha sa bouche de son oreille, quoiqu'il parlât assez fort pour que Misato l'entende. « Tu te rappelles quand nous nous baladions tout nus toute la journée ? »

Asuka rougit aussitôt intensément, avec un sourire espiègle à l'image du sien et gloussa comme — eh bien, comme une collégienne embarrassée.

Misato secoua la tête. Voir ainsi ses deux protégés mûrir de plusieurs années du jour au lendemain dans un sens, mais ressembler toujours en apparence aux deux adolescents qu'elle en était venue à si bien connaître au cours des derniers mois — et néanmoins se conduire davantage en adolescents ordinaires qu'ils ne l'avaient jamais fait auparavant. Si — oui, s'ils n'avaient pas cette tristesse ombrageuse dans le regard qui revenait chaque fois que ces moments s'estompaient.
Tout cela demeurait tellement compliqué.

Poursuivant son observation derrière sa canette de Yebisu, ses pensées retournèrent à cette soirée, plusieurs jours plus tôt, où cette tempête sous son crâne avait réellement commencé à se lever.

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« Tu ne veux pas aller la rejoindre ? »

Shinji secoua la tête avec un sourire triste, tout en pivotant pour retourner à la table. « Tu connais Asuka. Avec le temps, elle est parvenue à surmonter son passé, mais elle a toujours du mal à confier ce qui la tracasse au présent. Lui mettre trop de pression ne ferait que l'inciter à nous repousser en disant que ça va. » Il soupira en se laissant retomber sur sa chaise, le remords emplissant sa voix. « La perte d'Aki était déjà assez dure à supporter. Je crois que me voir disparaître dans l'Eva a été de trop pour elle.

— Aki, hein ? répéta-t-elle doucement le prénom, un sourire circonspect sur les lèvres. C'est un peu dur de vous imaginer tous les deux en parents.

— Ça a été une petite surprise pour nous aussi. Mais je crois que nous nous y sommes fait assez vite. Et Aki elle-même nous a bien facilité la tâche.

— Comment ça ?

— Eh bien, elle n'était pas dure à supporter. Elle était tellement gaie, toujours débordante d'énergie, peut-être même encore plus que sa mère, si cela se peut. Bien sûr, il y avait des moments où elle n'allait pas bien, et elle pouvait se montrer grincheuse et capricieuse quand elle s'y mettait. Nous ne pouvions pas vraiment la gâter, mais dans un sens nous lui avons offert le monde entier. » Il pouffa de rire à ces mots, un rire morne qui se changea vite en sanglots haletants. « Mais… mais la plupart du temps elle… elle se contentait de sourire et de rire. Elle avait… elle avait un si joli rire. » Il s'interrompit, ressentant désespérément le besoin de se calmer. En prenant une profonde inspiration, il essuya la larme qui menaçait de couler le long de sa joue. « Excuse-moi.

— Non, ça-ça va », dit-elle, mais elle savait que sa voix était bien loin de paraître aussi rassurante qu'elle le voulait. Ça n'allait pas. Elle n'avait peut-être jamais connu Aki et, jusqu'à ces dernières minutes, la seule pensée qu'elle ait seulement pu exister ne lui aurait jamais effleuré l'esprit. Mais ce garçon, son père, était devenu cher à Misato. Bien sûr, il avait déjà connu de sérieux moments de déprime auparavant. Mais le voir déplorer la perte de son enfant était absolument bouleversant.

— Asuka… finit-il par continuer, Asuka était la meilleure mère qu'un enfant puisse souhaiter. Bien sûr j'aimais Aki de tout mon cœur, mais il y avait un lien entre ces deux-là que même moi je ne pouvais pas comprendre pleinement. Ça a été une rude bataille pour Asuka d'accepter qu'elle allait avoir un enfant. Elle n'en a… disons, "chéri sa victoire" que davantage par la suite. Mais ça la fait d'autant plus souffrir maintenant. »

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"Ça la fait souffrir… Mais même si elle déteste ça, comme l'a dit Shinji, elle fait bel et bien de son mieux pour le cacher", songea Misato, de retour dans le présent. "Si je ne le savais pas, je serais sans doute incapable de le voir. S'il n'y avait pas eu cette situation après le 14ème, l'aurais-je jamais remarqué ?" Une pensée coupable la frappa soudain. "Se pourrait-il que sa souffrance m'ait déjà échappé auparavant ? Vu son passé…"

Elle baissa les yeux, honteuse de sa prise de conscience. "Non. Je l'avais remarqué. Je crois que c'était simplement plus commode de continuer à vivre sans le montrer. Sans avoir à faire face aux confrontations." Son regard grave revint sur le couple enjoué qui semblait occupé à s'affronter dans une bataille de chatouilles. "Est-ce cela que vous faites maintenant ?"

« Ah, merde ! On est en retard ! »

Le cri d'Asuka tira Misato de ses pensées, la faisant sursauter assez fort pour qu'elle manque en renverser sa bière.

« Il faut que je me prépare pour me rendre à la NERV moi aussi, annonça-t-elle en se relevant lentement de sa chaise, à l'inverse des "enfants" qui avaient frénétiquement bondi des leurs, attrapant leurs cartables et se précipitant vers la sortie. Je peux vous déposer en route. »

Tous deux s'immobilisèrent à mi-chemin de la porte. « Eh bien…

— Pas de discussion ! les prévint-elle en se dirigeant vers eux. Que vous soyez déjà passés par là ou pas, cela paraîtrait suspect si vous arriviez toujours en retard à l'école.

— Je peux conduire, au moins ? geignit Asuka, ce qui lui valut un regard désapprobateur de la part de Misato. Hé, tu sais que j'en suis capable !

— Mon Alpine n'est pas un pick-up ! »

La dispute continua comme à l'accoutumée, tandis qu'ils accomplissaient les derniers préparatifs et enfilaient leurs chaussures. Même si les sujets avaient un peu changé, c'était presque comme tous les jours ordinaires auparavant. Comme si Misato n'avait jamais entendu parler du Troisième Impact, d'un voyage dans le temps ou d'une fille nommée Aki.

Au moment précis ou la porte se referma derrière eux, le téléphone se mit à sonner. Comme personne n'était là pour le décrocher après la troisième sonnerie, le répondeur s'enclencha…

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Hors de la ville, dans une petite cabine téléphonique isolée, Kaji raccrocha le combiné. Il avait dit ce qu'il avait à dire. Ça devrait suffire.

« Ma dernière tâche », murmura-t-il en contemplant le document dans sa main. Un large sourire se dessina sur son visage. « Exactement comme prévu. »

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Hikari n'arrivait pas à le croire. L'amour déclaré de sa vie était revenu depuis plus d'une semaine et non seulement Asuka ne lui avait toujours pas fait la moindre avance mais elle ne semblait même pas y penser.

« Hein ? fut la seule réponse qu'elle obtint quand elle lui posa une question à ce sujet tandis que toutes deux traversaient la ville pour rentrer chez elles.

— Cuisiner, tu sais ? C'est toujours lui qui prépare vos déjeuners. Et si tu lui en faisais un spécial pour changer ? "Le chemin le plus court pour atteindre le cœur d'un homme passe par son estomac", à ce qu'on dit. »

Elle pouvait déjà entendre ses protestations que Shinji n'avait rien à voir avec Toji le ravageur de nourriture et ainsi de suite, mais rien de tout cela ne vint.

« Si tu le dis… »

Ce fut la dernière goutte pour la déléguée. « Oh allez, Asuka ! Si tu aimes quelqu'un, il faut que tu le lui dises ! »

Le regard moqueur que lui lança Asuka rappela rapidement à Hikari la faille dans son argument.

« Enfin, c'est différent, se défendit-elle en rougissant. Nous ne sommes pas constamment à deux doigts de la mort… Du moins pas comme vous… Plus maintenant en tout cas… »

Le sourire d'Asuka, cependant, ne vacilla pas et Hikari estima plus sage de ne pas s'inventer d'autres excuses qui ne feraient que tomber dans l'oreille d'une sourde. Au bout d'un moment cependant, la curiosité se remit à la titiller.

« Sérieusement, quand est-ce que tu vas lui dire ?

— Un jour… »

La brune était sur le point pousser un grognement de frustration, mais le retint en réalisant qu'elles passaient devant un magasin de jouet. « Oh, j'ai failli oublier ! Je voulais chercher un cadeau pour l'anniversaire de Nozomi la semaine prochaine ! Ça te dérange de m'attendre un moment ? »

Asuka renifla en promenant son regard sur la vitrine où divers jouets étaient exposés sur plusieurs rangées. « Qui voudrait de ce genre de trucs de gamins ?

— Eh bien, ma petite sœur par exemple. Qui est justement une… Asuka ? »

Hikari s'interrompit en remarquant que la rousse ne regardait plus les étalages d'un air dégoûté, mais plutôt avec l'air d'avoir vu un fantôme.

Elle fixait du regard une banale poupée de chiffon aux cheveux rouges crépus trônant sur le présentoir. Hikari l'entendit murmurer inconsciemment quelque chose, mais n'arriva pas tout à fait à le saisir. « Ki…ko ? »

N'était-ce pas sa mère qui portait un nom comme ça ? Elle l'avait vu une fois sur des documents scolaires. Keiko…? Non, Kyoko, c'était ça. Mais non, pourquoi prononcerait-elle le nom de sa mère en voyant une poupée ? Peut-être était-ce le nom de la poupée ou celui de la marque ?

« Tout va bien ? demanda Hikari inquiète, ce qui tira Asuka de sa transe.

— O-ouais. Dépêche-toi donc ! »

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"Mais qu'est-ce qui lui a pris de faire une chose pareille ?" Telle était la question qui ne cessait de se répéter dans la tête de Misato tandis qu'elle était conduite aux unités d'isolement par les deux agents qui lui avaient déjà confisqué son arme et son badge. À leurs yeux, elle essayait de paraître calme et professionnelle, mais intérieurement elle était en émoi.

"Il sait où ça va le mener. Ikari ne peut pas faire semblant de ne rien voir plus longtemps et avec la SEELE déjà sur ses talons, ce n'est plus qu'une question de qui l'attrapera en premier. Quel crétin !"

Mais ce n'était pas seulement son inquiétude pour lui qui la troublait. Une fois de plus ses pensées revinrent à ses voyageurs temporels de protégés, mais contrairement à auparavant, celles-ci étaient bien moins compatissantes. "Pourquoi ne m'ont-ils rien dit ? Pourquoi ne lui ont-ils rien dit ?" Elle secoua intérieurement la tête, se sentant un peu coupable de les accuser sans avoir une vue d'ensemble. "Peut-être que ça veut dire que tout ira bien pour lui. Ou peut-être… c'est un crétin après tout…"

« Merci encore de votre coopération », lui dit l'un des gardes quand elle entra dans la cellule dans laquelle elle serait détenue tant que « le problème resterait à régler ».

Puis les ténèbres l'entourèrent.

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Shinji marchait en silence aux côtés d'Asuka, lui jetant un regard en biais de temps à autre pour essayer de déchiffrer l'expression de son visage. C'était plutôt inhabituel de n'entendre que le bruit de leurs pas résonner dans les couloirs du quartier général de la NERV qu'ils parcouraient, revêtus de leurs plug suits, pour se rendre à leur prochain test.

Ils n'avaient plus besoin désormais de cacher leur relation chez eux et ils profitaient largement de cette situation. Mais même s'il s'était plus ou moins officiellement installé avec elle dans sa chambre, ils n'avaient toujours que quelques moments de ce genre où ils étaient complètement seuls et libres de parler de n'importe quoi. Cependant, Asuka ne semblait pas être d'humeur très loquace depuis qu'elle était rentrée de l'école ce soir-là.

« Tu sais, Hikari m'a fait des remarques bizarres ces derniers temps », tenta-t-il de détendre l'atmosphère en observant sa réaction du coin de l'œil.

Si son visage empourpré n'avait pas suffi, sa voix basse débordante de culpabilité lui révéla qu'elle savait exactement ce qu'il voulait dire. « Ah… ah oui ?

— Ouais. Elle m'a demandé s'il y avait quelqu'un que j'aimais, en me disant que je n'aurais sûrement pas à chercher bien loin pour trouver quelqu'un… » Il coula un regard dans sa direction, se félicitant discrètement non seulement de se trouver pour une fois à l'origine des taquineries, mais aussi d'être parvenu à la distraire de ce qui la faisait broyer du noir. « Et je doute qu'elle parlait d'elle, vu la façon dont est collée à Toji ces derniers temps. Tu n'aurais pas une idée d'avec qui elle a l'intention de m'arranger un coup par hasard, Asuka ?

— Pourquoi cette idiote ne peut-elle pas se taire comme elle l'avait promis ? » grommela rageusement la rousse, ne répondant qu'indirectement.

Cela fit pouffer de rire Shinji. Mais il finit par se tourner vers elle, retrouvant son sérieux. « Asuka, souviens-toi que c'était surtout ton idée de garder le secret. Et pour de bonnes raisons, comme tu m'en as vite convaincu. Mais… Misato et maintenant Hikari aussi…

— C'était pendant que tu n'étais pas là. J'ai essayé de la tenir à distance pendant presque tout le mois, mais elle continuait à me casser les pieds à ton sujet et — finalement, j'ai tout déballé. Il- Il fallait vraiment que je lui dise. » Elle soupira. « Hikari sait juste que je t'aime. Elle n'a aucune idée au sujet de ça. Ce que je veux dire, c'est que manifestement elle ne sait même pas que nous sommes déjà ensemble. Et vu la façon dont elle se conduit, je ne suis même pas sûre qu'elle ait vraiment compris que ce n'est pas qu'une amourette d'adolescente.

— Ma foi, elle est encore une adolescente à peu près ordinaire après tout. C'est dur de voir plus loin que le bout de son propre nez.

— Alors tu n'es pas fâché ?

— On ne peut plus y faire grand-chose maintenant, dit Shinji en haussant les épaules dans l'espoir que cela suffirait à dissimuler la pointe de déception qu'il avait effectivement ressenti, moins parce qu'elle l'avait dit à son amie que parce qu'elle ne le lui avait pas dit après… Peut-être même d'ailleurs que ça nous faciliterait certaines choses si nous la laissions effectivement nous arranger le coup ensemble.

— Eh bien, ça pourrait…

— Shinji ! cria soudain quelqu'un derrière eux, coupant court à leur conversation. Hé Shinji ! Attends ! »

Le garçon en question se retourna pour voir arriver en courant le nouvel arrivant qui lui faisait de grands signes de la main. « Toji ? »

Le sportif vint s'arrêter à leur hauteur en haletant légèrement après sa course. « Ouf, une chance que tu sois là. Je crois que je suis un peu perdu.

— Ça, c'est pas nouveau, lança dédaigneusement Asuka, aussitôt de retour dans son rôle. Mais qu'est-ce que tu fiches ici ? »

Cependant, Toji l'ignora ostensiblement. « Tu sais, je n'ai été là qu'une seule fois auparavant, quand ils m'ont fait passer ce test de synchro et que cette femme docteur m'a fait la visite, alors… tu peux me dire où sont les vestiaires ?

— Bien sûr, tu reprends ce couloir jusqu'à l'ascenseur, tu remontes de deux étages, puis tu prends à droite et en continuant tout droit, tu finiras par les trouver, lui expliqua Shinji. Mais Asuka a raison, que fais-tu ici ? »

Toji haussa les épaules. « Ben, ils disent que maintenant que je suis de nouveau sur pied, je reprends officiellement du service. Encore que d'ici que j'aie une nouvelle Eva, ils veulent juste me faire faire des tests de temps à autre. »

Shinji en croyait à peine ses oreilles. « Mais… Après tout ce qui t'es arrivé, tu continues quand même ? »

Le Quatrième Élu était visiblement mal à l'aise, malgré sa piètre tentative de n'en rien laisser paraître. « D'accord, être à l'intérieur d'un Ange n'était pas la meilleure expérience de ma vie, reconnut-il. Mais je suis un homme de parole.

— Depuis quand es-tu un homme ? intervint Asuka moqueuse.

— Très drôle, ironisa Toji. Enfin bon, deux étages plus haut, tu as dit ? Bon ben, on se revoit quand j'ai fini. »

Avec un signe de la main, il tourna les talons et laissa derrière lui les deux qui étaient de nouveau ses copilotes.

Asuka attendit qu'il se réduise à une petite silhouette au bout du couloir. « Tu crois qu'il vont vraiment le laisser piloter à nouveau ?

— J'en doute fort, dit Shinji en secouant la tête, confirmant son soupçon apparent. À ce que nous sachions, les seules Evas en construction sont la série dont ils veulent se servir contre nous. Je ne pense pas qu'ils lui donneront l'une d'entre elle en la laissant sous le contrôle de mon père. »

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Ritsuko venait juste de revenir dans la salle de contrôle après une pause cigarette quand ses prochains "sujets" arrivèrent sur la passerelle, plus bas dans la chambre de test. De son point de vue, les enfants n'étaient guère plus grands qu'un doigt, mais les couleurs de leurs plug suits auraient suffi à les distinguer même de plus loin que ça. Tandis que Shinji et Asuka se dirigeaient instinctivement vers leurs plugs, Toji n'avançait que de manière hésitante, visiblement perdu.

Avec une grimace, Ritsuko se dirigea vers la console et ouvrit le canal de communication. « Nous avons déjà testé Rei un peu plus tôt, alors tu vas te servir de sa test plug, Toji. »

Voyant apparemment le besoin de la lui indiquer, la silhouette rouge tendit le bras vers elle.

« Quel schéma faut-il que nous chargions pour lui, sempai ? s'enquit Maya, ses doigts prêts à taper les instructions.

— Garde celui de l'EVA-00. Elle a le lien le plus faible avec son pilote, alors elle serait le meilleur choix pour lui si cela s'avère nécessaire un jour. »

Tandis que dans la chambre les enfants entraient dans leurs plugs, Makoto ne cessait de jeter des coups d'œil derrière lui.

« Un problème ? demanda Ritsuko.

— Le commandant Fuyutsuki n'avait-il pas dit qu'il voulait superviser les tests aujourd'hui ?

— Il sait qu'ils sont prévus pour maintenant, dit le docteur, légèrement agacée. Et ce n'est pas comme si sa présence était nécessaire. Il voulait juste voir comment les garçons se débrouillaient lors de leur premier test après être restés si longtemps hors service. »

Une faible exclamation échappa soudain à Maya. « Le canal de communication ne s'est pas coupé tout seul.

— Encore ? Une chance que nous n'ayons pas parlé des diverses "positions" de Misato cette fois-ci, marmonna Ritsuko à voix basse. On dirait que la dernière optimisation n'a pas marché aussi bien que…

— Hum, Dr. Akagi ? » les interrompit soudain la voix de Shinji.

Ritsuko soupira en entendant qu'il semblait à nouveau extrêmement nerveux, ce qui d'ordinaire voulait dire qu'il faudrait un moment avant qu'il se calme suffisamment pour obtenir des résultats fiables. « Qu'est-ce qu'il y a Shinji ? »

Il lui fallut un certain temps pour qu'il réponde, comme si ce qu'il avait en tête le mettait mal à l'aise. « Est… est-ce que Misato est là ? »

Le docteur cilla avant de regarder Maya, puis Makoto, leur transmettant silencieusement la question. Mais tous deux haussèrent les épaules ou secouèrent la tête, donnant la même réponse qu'elle. « Euh, non, je ne l'ai pas vue aujourd'hui. Il y a un problème ?

— Non, je- je voulais juste lui demander quelque chose… dit-il, sa déception manifeste ne rendant pas l'excuse très convaincante.

— Est-ce qu'elle doit lui tenir la main pour les tests maintenant ? » marmonna Ritsuko assez fort pour ne pas être entendue à travers les canaux, mais obtenant quelques rires discrets de l'équipe en présence. Elle les fit taire en se raclant la gorge. « Très bien tout le monde ! On peut commencer maintenant ? J'ai l'impression que la journée va être longue. »

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« Son téléphone est coupé ! jura Asuka en rangeant le sien, tandis qu'ils couraient vers la gare la plus proche, où ils espéraient prendre un train qui les amènerait chez eux à temps. Bon sang, si tu n'avais pas fait foirer le test, Akagi n'aurait pas eu à le recommencer deux fois !

— Désolé, c'est un peu dur de rester "concentré" quand un de nos proches est en danger ! » rétorqua Shinji en ahanant sous l'effort de leur course. Il décida de ne pas mentionner qu'il avait l'impression qu'il n'avait pas été le seul à « faire foirer le test », d'après le ton de voix du Dr. Akagi la deuxième fois.

Ils avaient tous deux échangé un regard inquiet à travers la fenêtre de communication en entendant durant le test que le commandant Fuyutsuki manquait à l'appel. Après que Shinji ait relevé l'absence de Misato, tous leurs doutes que le jour redouté suivant soit arrivé furent balayés.

Le vice-commandant absent. Misato absente. Cela se tenait avec ce qu'il avait entendu par la suite à propos de ce qui était arrivé. C'était aujourd'hui.

Ils réussirent à sauter dans le train à la toute dernière seconde, ce qui leur valut la chance d'arriver chez eux en un temps record. À bout de souffle, ils entrèrent dans l'appartement, où ils furent accueillis par une voix masculine déformée.

« …à Ritsuko. » Aucun d'eux n'eut à dire un mot : ils savaient tous deux que l'autre avait réalisé la même chose en échangeant un regard sous le choc. Sans perdre une autre seconde, ils se précipitèrent vers la cuisine. « Katsuragi, la vérité est avec toi. N'hésite pas, fonce. Si j'ai la chance de te revoir, je te dirai les mots que je n'ai pas pu prononcer il y a huit ans. Ciao. »

La bande du répondeur cessa de se dérouler, mais les larmes de la femme au cœur brisé, effondrée sur la table devant lui, continuèrent de couler.

« Misato… »

Elle se releva en sursaut en entendant Shinji l'appeler à voix basse, n'ayant apparemment pas remarqué leur entrée jusqu'à présent. Sa figure baignée de larmes frémit, passant du choc à la colère froide. « Vous… vous le saviez, n'est-ce pas ?! » exigea-t-elle de savoir, sa voix tremblant sous l'accusation.

Shinji lui-même put à peine retenir ses sanglots. Savoir ce qui s'était passé était déjà assez pénible, mais voir sa tutrice dans cet état était encore pire. « Je… je suis désolé, Misato, je…

— Vous le saviez et vous n'avez rien dit…?!

— Je… J'ai essayé de… balbutia-t-il, reculant également devant une Asuka non moins hystérique.

— Tu ne lui as pas donné la lettre ?! demanda la rousse incrédule.

— Bien sûr que si ! Peut-être qu'il ne l'a pas lue ou qu'il a cru que c'était un canular, je ne…

— Non, il l'a crue, l'interrompit calmement Misato pour qui la lumière s'était faite, bien qu'elle soit visiblement en train de lutter pour recouvrer son calme. C'est juste qu'elle ne lui apprenait rien de nouveau. Il savait très bien que son heure finirait par venir, tout comme moi. Sinon, il ne se serait pas soucié de laisser ce message. Il savait que ce serait sa dernière mission. Ce crétin et sa stupide quête de vérité !

— Le message…? » Shinji plissa soudain le front. « Attendez une minute, quelque chose… » Il n'acheva pas d'exprimer sa pensée, se dirigeant à la place vers le répondeur et repassant le message. Misato poussa un faible gémissement en entendant une fois de plus les derniers mots que lui adressait Ryoji, mais les lèvres de Shinji se retroussèrent en un faible sourire lorsque la bande s'arrêta. « Il n'a pas demandé d'arroser ses pastèques… »

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« Le numéro que vous avez composé est indisponible du fait de l'abonné lui-même.

— Toujours rien, grogna Asuka en raccrochant son téléphone portable.

— Tu le connais, tenta de la calmer Shinji. Il sait se débrouiller tout… » Il fut coupé par le regard noir d'Asuka qui lui rappela instantanément que Kaji n'avait pas été capable de se débrouiller tout seul la dernière fois.

— Il sait peut-être ce qu'il fait, mais on ne sait quand même pas si tout va vraiment bien pour lui, le rabroua-t-elle. Et s'il avait juste oublié de mentionner ses pastèques ? Peut-être qu'on les a accidentellement piétinées au cours du dernier combat et qu'il n'avait plus de raison de nous demander de les arroser. »

Shinji était sur le point de répliquer que c'était elle qui avait eu un mois entier pour le vérifier, mais il se retint. Susceptible comme elle l'était devenue, ce n'aurait pas été une bonne idée d'évoquer la raison même qui l'avait tant affligée — sans oublier que c'était de sa faute. Ça et il n'avait vraiment pas envie de causer une scène dans un lieu public comme la gare.

« De toute façon, ce serait trop dangereux pour lui de répondre à son téléphone, alors nous ne pourrons pas en être sûrs avant qu'il nous contacte, finit-il par dire. Et je doute que ce soit de sitôt.

— Je sais, soupira-t-elle tristement. Je sais. »

Instinctivement, son bras entoura son épaule pour l'attirer à lui. Mais au moment même où elle s'installait contre lui, il aperçut du coin de l'œil quelque chose qui le fit s'écarter brusquement d'elle.

« Qu'est-ce qu'il y a ? grommela-t-elle, irritée à juste titre.

— Rei est là-bas, expliqua-t-il en lui désignant d'un signe de tête un quai un peu à l'écart du leur, où la touffe familière de cheveux bleus ressortait parmi la foule.

— Tu crois qu'elle nous a vus ?

— Je ne suis pas sûr. On dirait qu'elle lit quelque chose, dit-il en tendant le cou. Tu crois qu'on devrait aller la voir ?

— Non. »

Le ton morose de sa réponse ramena son attention sur le visage abattu d'Asuka. « Quelque chose ne va pas ? »

Elle secoua la tête en inspirant profondément. « Ce n'est rien. Je viens de me souvenir… »

Leur conversation fut abrégée par l'arrivée du train qui couvrit leurs voix.

Au-delà, à l'autre bout de la gare, Rei Ayanami se replongea dans sa lecture.

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« Je ne vois toujours pas où est le mal là-dedans…

— Je n'ai pas dit que c'était mal, c'est juste… »

La sonnerie du téléphone interrompit l'argument d'Asuka, et jamais auparavant Shinji n'avait été aussi heureux de cette diversion de la discussion houleuse entre ses deux colocataires par-dessus leur dîner. Ce n'était pas le silence qu'il espérait, mais au moins cela lui donnait une bonne raison de quitter la table avant que l'une des deux n'ait l'idée de se servir de lui contre l'autre.

« Je prends », annonça-t-il tout à trac en se levant, sans se soucier de si Asuka ou Misato l'avaient remarqué tandis qu'elles avaient déjà repris leur conversation pour déterminer si l'on devait laisser un animal domestique comme Pen-Pen manger à table.

Shinji secoua la tête en décrochant le combiné. Elles se servaient probablement de sujets de conversation aussi absurdes pour en éviter d'autres, mais tout de même… « Allô ? »

« Hum… allô ? Pouvoir… parler… avec Asuka ? demanda une voix de femme dans un japonais hésitant. Shinji se tendit, ayant reconnu son interlocutrice avant même que celle-ci ne se présente. « Ici sa mère… »

— E-einen Augenblick, bitte. »

Suffoquée, Asuka se retourna instantanément vers lui en l'entendant parler allemand. Ils s'attendaient à cet appel depuis longtemps déjà, et il l'avait même surprise en train de s'entraîner pour cette conversation, mais en fin de compte, de telles choses arrivaient toujours par surprise.

Elle se leva, hésitante, et se dirigea vers lui, prenant le téléphone, trop focalisée dessus pour ne serait-ce que le remarquer lui souhaitant silencieusement bonne chance.

« Hallo… M-Mama… »

Shinji la regarda parler, écoutant avec attention pour tenter de comprendre ce qu'elle disait grâce au peu d'allemand qu'il avait appris durant ces dernières années.

« Quoi, je n'ai pas le droit de t'appeler comme ça ? plaisanta-t-elle, prenant plus d'assurance tandis que la glace se brisait lentement. Ouais, c'est peut-être un peu… vraiment, jamais ? Ma foi… il s'est passé pas mal de choses depuis la dernière fois où nous nous sommes parlées et — non, ce n'est pas un reproche, j'aurais pu appeler moi aussi. C'est juste que… Je- je voulais te demander pardon, d'accord ? J'ai toujours été assez dure pour toi, même si tu as essayé d'être gentille avec moi. Et ce n'est pas que je ne t'aimais pas, c'était juste… eh bien, parce que tu n'étais pas ma vraie mère. Ce n'était pas juste envers toi, je sais, mais j'espère que tu peux le comprendre… Allô ? Tu es toujours là ? » Elle cligna des yeux deux fois, dans l'attente d'une réponse. Puis elle leva les yeux au ciel. « Oui, bien sûr que c'est vraiment moi ! Ou- qui ?… Oh oui, c'est lui… Il est sympa, je dirais », dit-elle en lui faisant un clin d'œil.

Shinji lui adressa un sourire en retour. Maintenant que son soutien moral n'était plus nécessaire, il cessa d'écouter et laissa Asuka continuer sa conversation maintenant détendue en privé. Il ne regarda pas la pendule, mais il fallut un bon moment avant qu'il ne l'entende terminer.

« Ja… ja, werd ich. Du auch. Mach's gut. »

Un soupir éreinté accompagna le bip du bouton de raccrochage et Shinji se plaça rapidement derrière elle. Il l'enlaça dans ses bras et elle accepta avec reconnaissance son offre de s'appuyer contre son corps.

« Vous aviez beaucoup de choses à vous dire, on dirait, chuchota-t-il, ce qui la fit pouffer légèrement de rire, mais cela ne dura pas. Tu te sens mieux maintenant ?

— Un peu. » Elle soupira encore une fois. « Mais faire la paix avec elle était une chose. À côté de ce qui nous attend bientôt, ce n'était rien… »

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« Presque 5 autres points de moins encore ? C'est encore pire que les 3,7 d'hier ! »

Misato se mordit la langue en entendant le commentaire de Ritsuko sur les relevés actuels du test d'harmoniques d'Asuka. Elle savait que sa protégée avait beaucoup de soucis, mais elle ne pouvait pas simplement dire « Hé, lâchons-la un peu. Après tout, elle a vécu un enfer qui a mené à la destruction du monde, récemment perdu son enfant, puis aussi l'homme qu'elle aime pendant un temps et maintenant probablement encore un proche, et elle est sur le point de faire face au dit enfer une fois de plus. » Mais elle ressentait néanmoins le besoin de défendre le score d'Asuka d'une manière ou d'une autre.

Elle finit par se décider pour une excuse qui avait marché pour elle-même plusieurs fois par le passé. Et pour autant qu'elle sache, il y avait peut-être bien du vrai dedans. « Ma foi, elle a ses règles en ce moment.

— Le taux de synchronisation n'est pas affecté par des désordres physiques », contra le docteur presque avant qu'elle n'ait pu finir. Et le regard que lui lançait la blonde lui montra clairement qu'elle avait été percée à jour. « Et ce n'est pas comme si ses résultats étaient si terribles que ça. En fait elle s'est en partie remise de la chute sévère qui a suivi sa défaite face au dernier Ange. »

"Ouais, c'est ça. Parce qu'elle a été battue." Misato leva mentalement les yeux aux ciel. "Si seulement tu savais…"

« Mais ça reste bien inférieur à son résultat moyen. En fait ce n'est guère au-dessus de celui qu'elle avait au début de son entraînement. Et ce malgré le fait qu'il y a peu encore, elle avait le plus haut jamais enregistré, poursuivit Ritsuko en soupirant. Il est remonté encore un peu, et maintenant, au cours des trois derniers tests, il est reparti à la baisse. Il fluctue bien trop ces derniers temps, avec une amplitude bien plus large que n'en a jamais eu celui de Shinji. Si elle n'arrive pas à régler ce qu'elle a en tête…

— Vous… vous étiez sérieuse à ce sujet ? l'interrompit Maya toute surprise.

— Nous n'avons pas besoin d'un pilote qui a la tête ailleurs pendant un combat.

— Oh, allons Rits », protesta Misato qui n'aimait pas le tour que prenait la discussion. Même si elle n'était pas certaine de ce à quoi se référaient les deux femmes, faire le rapprochement n'était pas difficile. « C'est d'Asuka qu'on parle. Elle ne vit que pour l'Eva et la lutte contre les Anges, pas pour des tests de synchro. Tu as vu comment elle s'est débrouillée contre le dernier. Ce n'est pas de sa faute s'il l'a vaincue.

— Oui, mais j'ai vu aussi qu'elle a ignoré les ordres de l'attaquer avec des armes à longue portée avant. Elle aurait pu au moins l'affaiblir, lui rappela Ritsuko. Et comme je l'ai dit, ce n'est pas si terrible — pour le moment. Je ne dis pas que nous devrions la remplacer immédiatement. Mais juste au cas où, je crois qu'il serait préférable de voir comment le Quatrième se débrouille avec l'EVA-02. »

Misato grogna. « Je doute fort que ça remonte le moral d'Asuka. »

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« Vous allez faire QUOI ? »

Misato soupira intérieurement face à l'éclat prévisible de la rousse. Elle n'était même pas sûre que la réaction d'Asuka, lorsqu'elle avait briefé les quatre pilotes qui n'attendaient que leurs résultats avant de pouvoir repartir, n'ait été que de façade.

« Du calme, tenta vainement le major de calmer la pilote furieuse. Ritsuko veut juste voir si Toji serait capable de se servir d'une des Evas qui restent, au cas où…

— Au cas où il faudrait remplacer quelqu'un », acheva Asuka d'un ton aigre.

La voir habitée, non pas de sa fureur habituelle, mais d'une telle colère frustrée fit se tordre de culpabilité l'estomac de Misato, d'autant plus après avoir jeté un coup d'œil à Shinji qui semblait lutter pour ne pas se rapprocher de sa moitié afin d'être auprès d'elle.

« Il ne remplacera l'un de vous autres, les pilotes principaux, qu'au cas où vous seriez hors d'état de combattre. Nous n'envisageons pas un changement permanent », mentit sans hésiter Ritsuko, mais au vu de la réaction d'Asuka, Misato était sûre que quelque chose de semblable lui était déjà arrivé sans même avoir à connaître toute la vérité.

Mais pour le moment, aucun d'eux n'avait d'autre choix que d'accepter les instructions du docteur.

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« Tout va bien, Toji ? lui parvint la voix de Misato tandis que la plug était introduite. Après tout, c'est ta première "véritable" fois… eh bien, depuis…

— Ouais », se contenta-t-il de marmonner, tentant de se montrer assez détendu, même si ce n'était pas tout à fait vrai. Enfin, ce n'était pas tout à fait un mensonge non plus, mais c'était — étrange.

Monter de nouveau dans une Eva après ce qui était arrivé avec l'EVA-03 ne le rendait pas nerveux. Il n'avait pas beaucoup de souvenirs de cet incident d'ailleurs. Et après avoir été si souvent dans ces tubes de test, il n'y avait guère de différence (et avec ça peu d'inquiétudes à avoir) entre eux et l'original, du point de vue de celui qui était à l'intérieur.

Mais il y avait quand même… quelque chose. Quelque chose lié au fait que c'était l'Eva d'Asuka. Il n'arrivait pas tout à fait à mettre le doigt dessus, mais d'une certaine manière, elle ne semblait pas s'accorder à la fille bravache et arrogante dont il avait fait la connaissance sur le pont de ce porte-avions. Pour une raison ou une autre, elle lui rappelait davantage la chambre étriquée et douillette de sa petite sœur.

Peut-être Hikari ne se trompait-elle pas complètement sur son compte après tout.

« Très bien, nous avons tout ce qu'il nous faut, finit par dire la voix du docteur, dans laquelle se mêlait une nuance de déception. Tu peux ressortir. »

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C'était une réaction naturelle de la part des gens d'être surpris en regardant instantanément droit dans ses yeux dès que les portes de l'ascenseur s'ouvraient. Elle était consciente qu'il était inhabituel de se tenir ainsi face à la sortie, bien qu'elle n'ait pas d'aversion particulière pour ce moyen de transport et le souhait conséquent d'en sortir aussi vite que possible. Mais c'était assez pratique pour qu'elle ne change pas cette habitude.

Aussi se contenta-t-elle de faire un pas de côté pour permettre à la Seconde Élue de rentrer. Tandis que l'ascenseur poursuivait sa course à travers les étages du quartier général, elle se trouva étrangement incapable de se concentrer sur ses pensées. Normalement, elle n'avait aucun mal à ignorer les personnes qui l'accompagnaient dans la cabine, mais cette fois-ci elle sentit la présence de la fille inhabituellement silencieuse dans son dos se marquer comme si elle s'était approchée physiquement d'elle.

Cela pourrait s'avérer un sérieux désavantage pour la NERV de perdre un pilote aussi précieux et expérimenté, mais il y avait également eu autre chose quand le Dr. Akagi avait parlé, caché derrière le mensonge évident de ne pas remplacer Asuka.

Ce sentiment. Était-ce de la pitié ? C'était de l'empathie en tout cas.

Rei n'était pas sûre de ce qui était attendu de ce sentiment. N'était-il pas censé soulager la peine de celui qui était pris en pitié ? La Seconde n'avait jamais était quelqu'un de très enclin à accepter de l'aide et Rei ne savait pas si elle était bien disposée à lui en proposer. Un conseil bénéfique était tout ce qu'elle pouvait…

« Tu sais, l'interrompit dans ses pensées la voix inattendue de la rousse, quelqu'un m'a dit un jour que je devais ouvrir mon cœur, sinon l'Eva ne bougerait pas. »

Rei ne répondit pas, son expérience lui disant que d'autres informations suivaient habituellement une phrase prononcée sur un ton de ce genre. Mais elle s'étonna de sa similitude avec le conseil qu'elle avait été sur le point de donner.

« Je croyais… non, je sais que je le faisais, continua Asuka comme elle s'y attendait. Et je suis certaine qu'elle n'ira pas jusqu'à cesser de bouger. Mais c'est dur parfois de garder un cœur ouvert.

— Pourquoi me dis-tu ceci ? s'enquit Rei.

— Est-ce que tu ouvres ton cœur, toi ? »

La question directe d'Asuka amena un silence tendu entre elles pendant plusieurs longues secondes durant lesquelles l'esprit de Rei s'emballa pour comprendre ses paroles — ou plutôt ce qu'elles sous-entendaient. « Que… veux-tu dire ?

— Pour la faire bouger. »

Un soulagement sans nom déferla sur Rei, mais celui-ci ne dura guère. « Je ne peux pas me le permettre. »

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Asuka regardait fixement la baignoire tandis que l'eau s'écoulait dedans, mais vu la fréquence à laquelle son esprit distrait se prenait à vagabonder, rien ne garantissait qu'elle le remarque à temps si elle venait à déborder.

Elle ne se détestait plus, mais elle était tout sauf contente d'elle-même. Pourquoi faisait-elle cela ? Elle ne se souvenait que trop bien de sa descente en spirale. Alors pourquoi s'engageait-elle à nouveau sur cette voie malgré tout ?

Tout le monde semblait l'avoir remarqué. Pas étonnant, ses taux de synchro devaient avoir crevé le plancher. Même Toji lui avait adressé un regard apitoyé en sortant de son EVA-02. Et Shinji, bien sûr…

Il avait déjà plusieurs fois tenté sans conviction de lui parler et ce n'était qu'une question de temps avant qu'il ne se fasse plus pressant. Ce n'était pas qu'elle ne voulait pas discuter avec lui, mais à chaque fois, quelque chose la retenait au tout dernier moment. Et elle savait fort bien ce que c'était.

La peur. Cette même chose hideuse qu'elle avait ressenti pour la dernière fois de cette façon durant les fameux premiers mois de sa grossesse. La seule chose qui arrivait encore à s'interposer entre eux.

« Fixer ainsi la baignoire ne signifie probablement rien de bon. »

Asuka s'écarta instinctivement d'un bond de la voix, tirée brusquement de son introspection. « Tu n'as jamais appris à frapper à la porte ?! Je suis toute nue là-dedans, baka !

— Rien que je n'aie déjà vu », répondit Shinji avec un sourire narquois.

Ses bras avec lesquels elle avait tenté de se couvrir retombèrent timidement à ses côtés, mais elle continua d'éviter son regard sous le coup de l'embarras. Pas à cause de son état, mais parce qu'il avait raison et qu'elle n'avait pas réagi à une telle situation en piquant une crise pareille ou même semblable pour de vrai depuis des années.

« Alors qu'est-ce que tu veux ? demanda-t-elle, toujours un peu irritée bien que son assurance lui revienne peu à peu, tout en plaçant ses mains sur ses hanches. Encore là rien que pour mater ce corps affriolant, en dépit du fait scandaleux qu'il appartienne à une mineure ?

— Ma foi, ça n'est pas non plus pour me déplaire.

— Vieux hentai…

— Oh, tant que je suis moi-même dans la peau d'un mineur scandaleusement jeune, je ne pense pas avoir à craindre d'être arrêté pour pédophilie, dit-il en riant.

— Peut-être, intervint Asuka, mais ça ne change rien au fait qu'une certaine personne qui, dans un sens, a plus de vingt ans est attirée par un corps de quatorze. Et ça, c'est tout — bonnement — malsain ! dit-elle en s'approchant de lui, ponctuant ses derniers mots exagérément scandés en lui enfonçant répétitivement l'index dans la poitrine — avant de nouer ses bras autour de lui. Estime-toi heureux que je sois moi-même une vieille hentai de ce genre. »

Elle se pencha pour l'embrasser, mais eut la surprise de se trouver arrêtée par sa main. « Asuka, commença-t-il d'une voix plus sérieuse avec un sourire d'excuse, en fait je voulais juste te parler.

— Et ça ne pouvait pas attendre qu'on soit au lit ? », geignit-elle en se blottissant davantage contre lui dans l'espoir de le mettre d'humeur.

Mais cette fois, il la prit par les avant-bras et la repoussa doucement à une distance respectueuse, ce qui ne pouvait que signifier qu'il était sérieux.

« Tu sais qu'il n'y en a plus pour longtemps. Un jour, peut-être deux si je me souviens bien », dit-il en tentant de la regarder dans les yeux, mais elle se détourna. Ce n'était vraiment pas le sujet dont elle voulait parler en ce moment. « Il ne reste plus beaucoup de temps et je… je ne peux pas me retenir plus longtemps en attendant que tu le fasses toute seule. Ils commencent déjà à s'inquiéter. Ce test avec Toji en est la preuve. D'après ce que j'ai ouï dire, ce n'est pas aussi terrible que la dernière fois mais ça n'a guère d'importance pour eux : sans la comparaison que nous pouvons faire, ça a juste l'air "pire qu'avant". » Il soupira en lui posant la main sur la joue. « Je n'aurais même pas besoin d'entendre parler de tout ça pour voir que tu es nerveuse. Je parie que c'est aussi pour ça que tu t'abîmais ainsi dans la contemplation de la surface de l'eau à l'instant. Alors pourquoi tu ne… ?

— PAS MAINTENANT ! » Réalisant qu'elle avait été plus furieuse qu'elle ne l'avait voulu, sa voix se radoucit. « Je t'en prie, pas maintenant…

— Mais… » Il s'avoua vaincu d'un soupir et scella sa défaite en la prenant dans ses bras. « D'accord. D'abord ce bain, peut-être qu'ensuite tu te sentiras prête à…

— Serais-tu en train de dire que tu voudrais te baigner avec moi ? » l'interrompit à nouveau Asuka, détournant le sens de ses mots avant qu'il n'ait pu dire ce qu'elle ne voulait pas entendre. Elle le savait quand même. Et elle savait qu'il avait raison. Mais elle ne pouvait tout simplement pas se résoudre à y faire face. Elle pouvait se mentir à elle-même tant qu'il ne pensait pas à elle.

— Hum… je n'ai pas…

— Me baigner dans la même eau que baka Shinji ? demanda-t-elle avec un sourire auquel elle savait qu'il serait incapable de résister. Ouais, je crois que ça me plairait. »

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Shinji était couché sur leur lit, passif, attendant qu'Asuka enfile son pyjama. Non pas que le bain qu'ils avaient partagé n'ait pas été un passe-temps agréable, mais il n'avait pas été aussi relaxant qu'il aurait dû l'être pour lui et, à ce qu'il devinait à sa raideur, pour elle non plus. Il avait tout bonnement honte de son incapacité à l'aider juste parce que c'était contre son gré. Apparemment, les années passées n'avaient rien changé à cet égard.

Elle l'avait évité encore une fois et il ne pouvait se résoudre à la forcer à se confier. Pourquoi ? Il savait que ça ne ferait qu'empirer les choses si elle ne lui parlait pas, et il était convaincu qu'elle le savait aussi. Et maintenant cela planait plus lourdement que jamais sur eux.

« Shinji, interrompit-elle soudain ses réflexions d'une voix plutôt timide, sans se tourner vers lui tandis qu'elle achevait de boutonner sa chemise de nuit. Promets-moi juste une chose : quand il arrivera, ne tente rien de stupide. N'essaie pas de te libérer et de désobéir aux ordres pour m'aider. Je te connais assez bien pour savoir que tu voudrais le faire, mais je t'en prie, ne fais pas ça.

— Mais… » Il remarqua à peine qu'il avait sauté du lit.

— Tu sais bien que ce serait trop suspect. » Ayant fini de se changer, elle se retourna en haussant les épaules, un sourire visiblement factice plaqué sur son visage. « Et, hé, qui sait ? Peut-être qu'il utilisera juste les mêmes souvenirs que la dernière fois contre moi. J'ai fini par accepter ceux-ci après tout.

— Asuka, tu ne penses pas sérieusement… » l'implora-t-il, mais il fut interrompu à nouveau lorsqu'elle leva la main juste devant sa bouche.

Asuka faisait de son mieux pour afficher un sourire confiant, mais ses yeux la trahissaient. Les raisons pour lesquelles elle ne voulait pas avouer ses craintes n'étaient peut-être pas les mêmes que celles qu'elle avait toutes ces années auparavant, mais le faire pour l'empêcher (et, pour être honnête, s'empêcher elle-même aussi) de trop s'inquiéter n'était guère mieux.

« Shinji, il faut que je le fasse par moi-même et tu le sais, dit-elle calmement. Tu leur as déjà désobéi tant de fois au cours de ta "carrière" ; encore un acte d'insubordination de cette ampleur et il se peut qu'ils te gardent enfermés dans une de ces cellules en ne te faisant sortir que pour combattre. Et nous ne pouvons tout simplement pas laisser Rei encaisser le coup. Ou crois-tu qu'il me laisserait aller chercher la Lance ? » C'était plus une question rhétorique qu'autre chose et avant qu'il ne puisse répondre, elle le fit en secouant la tête. « Tu as affronté tes Anges, maintenant je dois affronter le mien — seule. »

Tendant le bras pour atteindre l'interrupteur, elle mit fin à la discussion en plongeant la chambre dans le noir, avant de se glisser à ses côtés sous les couvertures du lit qu'ils partageaient. Il la connaissait assez bien pour savoir qu'elle ne tolèrerait plus la moindre discussion et feindrait le sommeil s'il le fallait. Surtout quand tous deux savaient qu'elle avait raison — en grande partie.

Il devrait probablement la laisser l'affronter par elle-même. Mais hors de question qu'il la laisse seule pour le faire.

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Des coups inattendus frappés à sa porte arrachèrent Misato à son sommeil tout juste trouvé. Elle roula de côté sur son futon en grognant pour jeter un œil au réveil, réalisant aussitôt qu'il était bien trop tôt pour être réveillée sans une bonne raison. Après avoir rampé hors des couvertures, elle se mit péniblement debout pour se traîner vers celui qui, quel qu'il soit, avait vraiment intérêt à avoir une sacrée bonne raison.

« Shinji…? marmonna-t-elle, reconnaissant l'ombre de l'autre côté de la porte qu'elle ouvrit en la faisant coulisser.

— Désolé si je te réveille, j'avais du mal à m'endormir, s'excusa-t-il aussitôt.

— Y'a-ââââh pas gn'mal, bâilla-t-elle en assentiment, même si c'était plus par politesse qu'autre chose. Qu-qu'est-ce qu'il y a ?

— Misato, je… je peux te demander quelque chose ?

— Bien sûr. »

Il tourna rapidement la tête vers la chambre d'Asuka, comme pour vérifier qu'elle n'en était pas sortie. « S'il te plaît, Asuka ne doit pas le savoir. Elle… ne serait pas d'accord. Mais… quand le prochain Ange arrivera…

— Si tu veux que je décongèle ton Eva pour l'aider, j'ai bien peur de ne pas pouvoir grand-chose pour toi, lui rappela-t-elle aussitôt, le sommeil — à son grand chagrin — la quittant lentement. C'est entièrement entre les mains de ton père. »

Ses épaules retombèrent dans un soupir. « Ouais, je m'y attendais un peu. Mais puisque ça ne marche pas, est-ce que tu pourrais essayer de nous fournir une liaison sécurisée ? Tu sais, afin que je puisse lui parler sans que personne ne le remarque ou que ce soit enregistré ? »

Prise de court par sa requête inattendue, il fallut à Misato quelques secondes avant qu'elle soit en mesure d'y répondre. « J-je peux essayer, mais je n'ai rien d'une technicienne. Je ne peux rien te promettre. Et franchement, je ne sais pas comment faire pour éliminer des communications courantes les réponses que t'adresserait Asuka. »

En voyant la déception sur son visage faiblement éclairé par la lune, elle souhaita avoir été en mesure de lui répondre autre chose. Mais Shinji hocha quand même la tête à regret. « Je t'en prie, essaye. Ça nous aiderait déjà beaucoup si je pouvais au moins lui parler librement si ça tourne trop mal. »

Misato lui adressa un regard sombre. "Qu'est-ce donc qu'on va affronter ?" Cependant, elle hocha lentement la tête. « Je vais voir ce que je peux faire. »

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« Je vais voir ce que je peux faire, se répéta Misato pour elle-même entre ses dents, tout en tapant frénétiquement sur le pupitre. Moi et ma grande gueule. »

Travailler sous pression avait tendance à doubler l'efficacité de son travail, mais tout de même, à peine quelques minutes pour faire quelque chose qui n'était pas tellement dans ses cordes était un peu juste. Comme si manquer le déjeuner aujourd'hui n'était pas suffisant. Mais l'heure à laquelle le gros de l'équipe de la passerelle de commande était à la cafétéria semblait la plus opportune pour mettre son plan à exécution, vu qu'elle n'avait qu'à persuader ce bourreau de travail de Maya (qui optait toujours pour rester sur place) d'aller prendre un repas chaud pour une fois. Il lui avait tout de même fallu beaucoup trop de temps pour convaincre le lieutenant qu'elle pouvait bien se débrouiller pour gérer la passerelle elle-même pendant vingt minutes.

"Ritsuko aurait sans doute été capable de faire ça en quelques secondes, et qui plus est, mieux que moi. Tiens, même Ka…" Ses doigts s'immobilisèrent brusquement tandis que le cœur lui manquait à cette pensée. Mais elle la repoussa furieusement de côté. "Ne pense pas comme ça. Ils ont dit que tout allait bien pour lui. Du moins ils l'espèrent…"

« Major ? »

Surprise, Misato sauvegarda en hâte et referma la fenêtre. Est-ce que cette fille aspirait sa nourriture ou était-elle à ce point obsédée par son travail ?

« Qu'est-ce que vous faites là ? demanda Maya avec une curiosité toute innocente.

— Euh, je voulais juste… faire une partie de Solitaire », "avoua" piteusement Misato en bondissant de sa chaise, ce qui lui valut aussitôt, comme elle s'y attendait, un regard affligé par cette ignorance présumée de la part d'une supérieure.

Mais elle était arrivée à finir ce qu'elle voulait faire. Du moins elle l'espérait.

Après tout, elle n'aurait pas eu le temps de revérifier quoi que ce soit, puisque le beuglement des alarmes annonçait maintenant l'arrivée du 15ème Ange.

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La passerelle fut à nouveau remplie en quelques minutes, chacun prenant son poste de combat respectif.

« La Première, la Seconde et le Troisième Élu sont dans leurs Evas, signala Makoto tandis que les yeux de Misato étaient fixés sur le point clignotant qui était tout ce qu'ils avaient de l'Ange pour le moment. Le Quatrième Élu est en chemin, mais il ne devrait pas arriver avant 15 minutes. »

"Non pas que ça ait vraiment de l'importance", songea distraitement le major, mais ses pensées se tournaient davantage vers l'ennemi inconnu. Plus encore que d'habitude, elle se demanda ce qu'il pouvait bien avoir dans sa manche pour que Shinji s'inquiète pour Asuka au point de vouloir une ligne de communication secrète.

« Ange en visuel », annonça Shigeru au même moment, tandis que l'écran changeait pour afficher une prise de vue d'un satellite en orbite, qui s'actualisa aussitôt en un plan plus rapproché de la silhouette brillante en forme d'oiseau. Avec ses "ailes", il avait l'apparence la plus "angélique" jusqu'à présent, mais Misato était prête à parier que, s'ils pouvaient avoir une meilleure image, cette impression se dissiperait bien vite. Cependant, le technicien aux cheveux longs avait déjà confirmé que le grossissement était maximal.

Et qu'il ne bougeait pas du tout.

« Est-ce que ça veut dire qu'il attend une occasion de se rapprocher ? se demanda-t-elle tout haut. À moins qu'il ne nous attaque à distance ?

— Notre marge de manœuvre est plutôt mince, commenta Makoto.

— Quoi qu'il en soit, nous sommes impuissants tant qu'il est au-delà de notre rayon d'action. Une Eva ne peut atteindre un ennemi en orbite. » Elle jura en silence. Qu'avait-elle fait la dernière fois pour le battre ? Le seul moyen logique qu'ils avaient contre un tel adversaire était le fusil à positrons, mais était-ce le meilleur ? Se pouvait-il qu'elle ait eu une meilleure idée qu'elle n'arrivait pas à avoir maintenant parce qu'elle gaspillait sa matière grise sur des pensées comme ça ? Quelque chose était apparemment arrivé à Asuka, mais parce qu'elle avait tiré ou parce qu'elle s'était abritée ? Si seulement elle savait afin de pouvoir prendre d'autres décisions cette fois-ci, comme ça le plan de Shinji ne serait même pas nécessaire. Mais, et si le seul choix était de laisser Rei prendre sa place ? Ce ne serait pas juste pour elle.

Pourquoi ne lui avaient-ils pas dit, tout simplement ?

« Major ? »

L'invite discrète de Makoto la fit sursauter. Elle devait se reprendre et donner des ordres, sinon autant qu'elle se démette de ses fonctions. Après tout, elle avait envoyé ces enfants à ce qui aurait pu être leur mort plusieurs fois auparavant. Le fait qu'elle sache maintenant que quelque chose allait sûrement se produire cette fois-ci ne devait pas altérer son jugement… pas vrai ?

« Quel est… commença-t-elle calmement, mais elle fut soudain interrompue par l'ouverture d'un canal de communication.

— Allez, Misato ! Laisse-moi donc m'occuper de cet Ange, qu'on en finisse ! réclama impatiemment Asuka.

— Asuka, je ne…

— Misato, intervint également Shinji dans la discussion. Je… je crois qu'il vaudrait vraiment mieux que ce soit elle qui s'en charge. »

Le major soupira, péniblement consciente du regard du commandant dans son dos. Recevoir des conseils stratégiques de ses subordonnés décrédibilisait sérieusement sa compétence, mais c'était eux qui étaient censés être les mieux placés en l'occurrence. Et de toute façon elle ne s'était jamais vraiment beaucoup souciée de son grade militaire.

Elle leva le pouce à l'adresse de Shinji qui, en souriant, referma la fenêtre de communication, Asuka suivant son exemple. « Très bien, EVA-02, lancement ! Prépare-toi pour un tir à très longue portée ! Rei viendra en couverture !

— Tu sais, si elle échoue, ça ne va pas vraiment l'aider, commenta Ritsuko.

— Peut-être, admit Misato, mais espérons que ses problèmes prendront fin dans le cas contraire. »

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L'attente avait déjà été bien assez éprouvante quand elle était pleine d'adrénaline et d'enthousiasme, avec rien qu'un soupçon de crainte des capacités alors inconnues de l'Ange en arrière-pensée. Mais savoir ce qui était sur le point de venir était encore pire.

Les efforts d'Asuka pour se calmer et ignorer sa nervosité étaient vains, mais elle essayait néanmoins. Elle ne regardait même pas la petite lumière qu'était l'Ange ou la mire qui ne cessait d'échouer à ajuster l'ennemi hors de portée. Ses yeux étaient fermés sous le viseur tandis qu'elle écoutait sa respiration saccadée qui résonnait bruyamment par-dessus le ronronnement sourd et omniprésent à l'intérieur de l'Entry Plug. Étrange que personne ne se soit plaint de son rythme cardiaque ou de ses autres signes vitaux jusqu'à présent. Son cœur cognait comme un marteau-piqueur dans sa poitrine. Elle en souhaitait presque que ça commence enfin pour qu'elle en soit débarrassée.

Une pensée qu'elle ne regretta que bien trop vite.

-x-

D'aucuns auraient pu croire que c'était un simple rayon de lumière qui avait frappé l'EVA-02, vu qu'il n'infligeait aucun dégât visible, mais même sans les hurlements des alarmes, Misato n'avait pas besoin de beaucoup d'imagination pour se rendre compte que ce n'était pas le cas, venant d'un Ange.

« Qu'est-ce que c'est ? Une attaque directe ? » demanda-t-elle néanmoins.

Makoto cependant confirma rapidement sa supposition. « Négatif, aucune trace d'énerge thermique !

— Anomalies dans le psychographe ! intervint soudain Maya. Début de la contamination mentale !

— Une attaque psychique ? se demanda Ritsuko, apparemment plus pour elle-même. Les Anges seraient capables de comprendre l'esprit humain ? »

"Psychique ?" Misato serra les dents en regardant, impuissante, l'affichage montrant l'Eva se convulsant sous l'assaut. Un assaut contre lequel ils n'avaient aucun moyen de défense. "Asuka…"

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Elle hurla, hurla sous la pression brûlante qui l'entourait et s'infiltrait en elle. Malgré la douleur, elle parvint malgré tout à résister au réflexe de presser la détente et se força à laisser tomber le fusil avant qu'elle ne cause davantage de dégâts qu'elle n'en empêcherait. Aussi égoïste et cruel que cela puisse paraître, une part d'elle-même regretta de n'avoir pas laissé quelqu'un d'autre prendre sa place.

Comment avait-elle pu oublier cette douleur ?

La douleur causée par ses défenses se faisant transpercer comme si elles n'étaient pas là. La douleur causée par les profondeurs les plus secrètes de son âme arrachées et mises à nu. La douleur de son esprit souillé par cet être maudit qu'on appelait Ange.

« Maman ! »

Je t'en supplie !

« Aide-moi… »

Maman ?

« Je t'en supplie… »

Où es-tu ?

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Il faisait noir.
Il n'y avait rien.
Rien d'autre qu'un bruit.

De pleurs d'enfant.

"Quoi ? Est-ce vraiment pareil que la dernière fois ?" se demanda-t-elle tandis que la silhouette d'une fillette se matérialisait, debout, lui tournant le dos. "Me voici. Je pleure. Mais pourquoi ? J'ai laissé cela derrière moi il y a longtemps…"

Mais alors une terreur glaciale lui saisit le cœur lorsqu'elle remarqua que les cheveux de la fille n'étaient pas roux comme les siens, mais plutôt d'un brun sombre comme…

Avant qu'elle ne puisse décider si elle préférait laisser sa curiosité l'emporter sur ses craintes ou fuir l'inévitable, la fillette cessa soudain de pleurer et se retourna lentement. « Pourquoi m'as-tu laissée toute seule ? »

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« NOOOOOOON ! »

Le cri fut douloureux aux oreilles de Misato, mais ce n'était rien comparé à la sensation nauséeuse dans son estomac. Quelque chose avait dû mal tourner. Il était impossible qu'ils aient pu prévoir qu'elle souffre ainsi.

« Asuka, reviens ! ordonna-t-elle, mais elle ne reçut rien en retour.

— Pas de réponse ! confirma Shigeru.

— Peut-être s'est-elle perdue trop profondément dans son esprit pour pouvoir nous entendre. »

Cette hypothèse valut à Ritsuko un regard furieux du major qui la fit taire. De telles pensées étaient la dernière chose dont elle avait besoin en ce moment.

« Et Rei ? » lança-t-elle, écoutant les échanges rapides de rapports que la pilote recevait avant d'être autorisée à tirer.

« …et de la gravité terrestre : 0,03 !

— Pression maximale dans le chargeur !

— Libérez le dernier verrou de sécurité ! » Makoto fut le dernier à faire une annonce. « Paré à faire feu ! »

Moins d'une seconde plus tard, la puissante décharge du fusil à positrons de l'EVA-00 jaillit tout droit dans le ciel, parfaitement ajustée sur l'Ange — mais ne fit que se diviser en plusieurs rayons errants lorsqu'elle frappa l'A.T. Field qui la bloquait.

« Aucun effet ! confirma Shigeru. L'énergie est trop faible pour espérer transpercer un A.T. Field à une telle distance !

— Pourtant la puissance de feu était au maximum ! On ne peut pas plus ! »

Misato jura silencieusement dans sa barbe. Si leur seule arme à longue portée ne suffisait pas, il n'y avait rien qu'ils puissent faire pour aider Asuka de sitôt. Elle ne pouvait qu'espérer que Shinji ait compris son signal. S'il ne pouvait pas la contacter…

-x-

Elle se retrouva de retour, de retour près du jardin, près de chez eux. Mais elle pouvait à peine le reconnaître. Plusieurs planches brisées gisaient éparpillées au sol ou avaient été enfoncées par la force qui les avaient heurtées en laissant un trou béant dans la clôture.

En passant à travers, le spectacle ne fit qu'empirer. Le sol avait été retourné et mis à nu, ne laissant aucun signe des plantes et des légumes qui avaient empli le vaste terrain. La serre était tout aussi vide, les tables et les boîtes jetées au sol, plusieurs des vitres brisées. Battant au vent derrière elle, la porte du poulailler ne pendait que par le gond inférieur, laissant voir des plumes et du sang. On aurait dit que des animaux sauvages avaient pénétré à l'intérieur, détruisant tout sur leur passage sans que rien ne les arrête.

Le vent lui souffla au visage. Quelque chose était emporté dans sa direction, roulant sur le sol et finit par s'arrêter à ses pieds. Elle recula d'horreur en réalisant que c'était la tête d'une poupée aux cheveux rouges vifs. Tout ce qu'elle voulait faire était de garder les yeux fermés, incapable de supporter plus longtemps l'horrible spectacle qui l'entourait. Mais elle ne pouvait pas, quand bien même elle craignait ce qui allait suivre. Elle ne laissa pas même échapper un cri choqué quand ses yeux remontèrent le chemin que la tête avait pris.

Le corps gisait trois mètres plus loin à peine, déchiqueté et sanglant. Il était couvert de griffures profondes et on aurait dit qu'il lui manquait une jambe. C'est là qu'elle était, les restes de la poupée toujours dans ses bras…

« Non… »

…souriante…

« Non ! »

…morte…

« NON ! »

« Tu m'as abandonnée… »

« NOOOOON ! »

La scène disparut tandis qu'elle s'effondrait en sanglots, mais elle n'était pas restée seule. Le petit corps était toujours là.

« Tu savais que quelque chose comme ça serait arrivé de toute façon. J'aurais fini par être gravement blessée. Ou bien j'aurais attrapé quelque chose que papa n'aurait pas pu guérir. En fin de compte, ç'aurait été comme ça. »

Asuka était incapable de lever les yeux vers la silhouette de sa fille. Elle se recroquevilla en gémissant tandis qu'elle se rapprochait lentement. « Ce n'est pas réel. Ce n'est pas réel, se chuchota-t-elle comme un mantra.

— Quoi ? Tu crois que tu aurais pu me protéger ? Tu sais bien que ce n'est pas vrai.

— Ce n'est pas réel. Aki n'est pas morte. Ce n'est pas réel.

— Qu'est-ce que tu en sais ? Peut-être que tu es juste dans une autre dimension temporelle tandis que la mienne existe toujours. »

Asuka secoua frénétiquement la tête, ne voulant pas en entendre davantage. « Ce n'est pas réel.

— Quelle hypocrite tu fais. Dire que tu es triste parce que tu m'as perdue ? dit l'apparition, cruellement moqueuse. Tu ne m'as jamais voulue de toute façon ! Tu as essayé de me tuer toi-même ! »

Asuka tentait de se plaquer les mains sur les oreilles, mais cela ne faisait rien pour empêcher l'horrible accusation d'y pénétrer, torturant son cœur encore davantage parce qu'elle connaissait la vérité qu'il y avait derrière. « Ce… ce n'est pas… » Sa voix était noyée dans les sanglots.

— Mais peut-être que tu ne voulait pas me laisser. Peut-être que tu voulais le voir par toi-même. Peut-être que tu voulais me tenir dans tes bras… » L'enfant était maintenant juste devant elle, se penchant un peu plus en avant à chaque mot.

— Ce n'est pas réel.

— …quand j'ai poussé…

— Ce…

— …mon tout dernier…

— …n'est pas…

— …soupir…

— …RÉEL ! »

-x-

« Ouverture des zones 16 à…

— Nous avons perdu toutes les communications avec l'EVA-02 ! interrompit Hyuga, angoissé.

— Quoi ? demanda Ritsuko, également surprise. Est-ce l'Ange qui nous la bloque ?

— Inconnu ! »

Misato ignora le tumulte autour d'elle, gardant les yeux braqués sur l'écran. "Voici ta chance. Fais-en bon usage."

-x-

« Asuka ? » Il y avait une autre voix qui s'adressait à elle, une voix faible, mais elle parvint à l'entendre. « Asuka ?

— Sh-Shinji ?

— Tiens bon, Asuka ! Papa vient d'ordonner à Rei d'aller chercher la Lance ! C'est bientôt fini !

— Shinji ? Ça- ça fait tellement mal, Aki, elle…

— Asuka, rappelle-toi de ce que tu m'as dit ! Ce qu'il te montre n'est rien d'autre que tes peurs !

— Mais… Aki… je… elle doit me détester…

— Asuka, tu as toujours été une mère formidable. Elle t'aimait beaucoup trop pour jamais te détester. La seule chose qu'elle détestait était de te voir triste.

— Elle…?

— Souviens-toi comme elle était toujours heureuse. Souviens-toi de son sourire !

— Me sou… souvenir ? »

-x-

Et elle se souvint. Comment aurait-elle pu l'oublier ? Le large sourire d'Aki fut la première image qui la submerga. Et comme si un barrage avait cédé, tout le reste lui envahit l'esprit : la première fois où elle l'avait caressée ; les premiers pas d'Aki ; le poids et la chaleur de son petit corps quand elle la tenait dans ses bras ; la manière dont elle dormait souvent dans son lit, avec ses vêtements toujours sur elle et ses couvertures repoussées d'un coup de pied ; son air innocent quand elle était prise en train de faire quelque chose de mal ; ses premiers mots et tous ceux qui avaient suivi…

« Nah' »

« C'est kwô ? »

« Veux pas ! »

« Sinze ! »

« 'Gad'e, l'ai fait toute seule ! »

« Mainant maman sera toujours avec moi ! »

« J't'aime. »

« Maman ! »

« Maman ? »

Les voix se turent toutes à la fois. Les yeux d'Asuka s'ouvrirent en grand, mais elle n'osa pas les lever, de peur que ses espérances ne la trompent.

« Sois pas triste, maman…

— Aki ? » demanda-t-elle faiblement, relevant tout doucement la tête. Lorsqu'elle regarda dans les yeux bleus scintillants devant elle, il n'y eut plus aucun doute. C'était bien l'Aki qu'elle connaissait ; c'était bien sa fille. Brusquement, elle noua ses bras autour de la fillette, l'enlaçant étroitement. Ça lui avait paru tellement longtemps, bien trop longtemps qu'elle n'avait pu la serrer ainsi.

« Je suis désolée », sanglota librement Asuka, sans se soucier de ses larmes. Ses mains caressaient tendrement le petit dos, tentant d'en sentir chaque centimètre. « Je suis tellement désolée.

— De quoi ?

— De- de n'avoir pas pu t'emmener avec moi ! De t'avoir abandonnée !

— Est-ce que tu voulais partir ? »

Asuka secoua vivement la tête.

« Alors c'est pas ta faute, pas vrai ? »

En entendant les paroles de sa fille, le cœur d'Asuka sembla soudain mille fois plus léger. Mais elle ne se sentit pas mieux pour autant, sachant ce qui allait venir.

« C'est juste… tu… tu me manques tellement… » avoua-t-elle en resserrant son étreinte, refusant de la lâcher à nouveau.

Aki recula légèrement et lui adressa un regard interrogateur. « Pourquoi ?

— Pa-parce que tu n'es pas là avec moi. Parce que nous ne sommes plus ensemble. »

La fillette brune cligna des yeux, apparemment sans comprendre. « Mais on est ensemble maintenant, dit-elle et son sourire reparut. Ça veut pas dire que je suis là avec toi ? »

Les yeux d'Asuka s'écarquillèrent à cette révélation. Elle parvint à esquisser un sourire tremblant en levant les yeux sur sa fille. « Oui. T-tu as raison. Tu seras avec moi où que j'aille. » Elle renifla et leva la main pour caresser la joue d'Aki. « Tu as toujours été une fille tellement intelligente. Tu tiens ça de moi. Ne le dis surtout pas à ton père. »

Le rire pur de l'enfant résonna dans l'immensité du vide tandis que sa silhouette commençait à s'effacer.

« Je t'aime, maman. »

Une dernière larme coula le long de la joue d'Asuka tandis qu'en souriant tristement, elle tendait la main vers la forme estompée de sa fille. « Moi aussi, je t'aime. »

Et puis Aki disparut. La douleur dans son cœur n'était pas aussi terrible qu'elle l'avait escomptée au moment de dire adieu, mais ça faisait mal quand même.

Soudain, sentant une main sur son épaule, elle tourna la tête, surprise. Une femme aux cheveux roux lui souriait, avec un hochement de tête approbateur. Avant qu'elle aussi ne disparaisse, comme tout le reste autour d'elle, lorsque le 15ème Ange fut empalé par la Lance de Longin.

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Asuka resserra un peu plus ses genoux contre sa poitrine en regardant son Eva rouge en train d'être descendue à travers la voie d'accès dans le sol. Elle sentait en elle une sorte de mélancolie, mais elle n'était pas forcée de lutter vainement contre les larmes comme elle l'avait fait jadis. Ce n'était pas la tristesse furieuse d'avoir été impuissante et vaincue à plus d'un titre qu'elle avait ressenti alors, c'était un mélange tumultueux de perte et d'acceptation qui, tout en paraissant calme à l'extérieur, n'avait besoin que d'une petite goutte pour crever le barrage émotionnel.

Et même sans se retourner, elle pouvait entendre cette "goutte" s'approcher, aux bruits de semelles de sa plug suit et du frémissement du ruban de signalisation de la zone de "quarantaine" qu'il enjambait. Quand Shinji finit par s'asseoir derrière elle et l'entoura de ses bras, elle se détendit un peu, réconfortée par sa chaleur, mais pour le moment ne laissa pas échapper davantage qu'un soupir fatigué.

« Qui sait combien de choses auraient pu se passer autrement si tu avais fait ça la dernière fois…? murmura-t-elle pensive.

— Je crois bien que c'est une question que je me suis posée moi-même assez souvent ces derniers temps…

— Oui, je sais, opina-t-elle. Mais pour moi, c'était un tournant décisif. J'étais désorientée, terrifiée, furieuse, blessée comme je n'avais jamais été blessée auparavant — quand tu es venu me voir, une part de moi-même me criait de l'accepter, au moins cette fois-ci, pour te laisser soulager cette douleur, ne serait-ce qu'un peu. Mais je ne l'ai pas fait. Je ne sais plus si ou à quel point j'aurais résisté si tu avais voulu essayer quand même. Mais tu ne l'as pas fait. Et quand tu t'es détourné et que tu es parti, je me suis juste sentie… vidée.

— Comment te sens-tu maintenant ?

— Je ne sais pas. Ça fait mal. Au début ça faisait encore plus mal que la dernière fois. Je n'aurais jamais cru que ce soit possible. Mais ensuite… » Ses lèvres esquissèrent un sourire. « Elle était là…

— Asuka, soupira Shinji, c'était juste… » Il ne put finir sa phrase car elle se redressa contre lui et lui fit face avec toute la détermination dont elle était capable.

— Elle était là, Shinji ! » assura-t-elle, non seulement pour lui, mais aussi pour elle-même. Ce n'était peut-être pas la vérité, mais la dernière chose à laquelle elle voulait songer à présent était que ce n'ait été que le fruit de son imagination. « Je l'ai tenue dans mes bras ! J'ai pu la sentir… » Elle s'interrompit dans un sanglot et elle se laissa retomber dans ses bras, épuisée. « Et après ça j'ai dû la lâcher à nouveau… »

Elle ne pouvait dire si Shinji était incapable de trouver quelque chose pour tenter maladroitement de la consoler ou s'il gardait le silence exprès, mais elle en était reconnaissante. Qu'il soit là pour elle était la seule chose qui importait à ce moment-là.

« Je… je ne sais pas si je peux supporter ça encore longtemps. Ça fait tellement mal. Comme si ça n'avait pas été assez horrible de la perdre, il ne m'est même pas permis de la pleurer librement. Non ! Au lieu de ça, il faut que je me comporte comme si tout allait bien et que rien ne s'était passé ! Je… je… » Elle n'avait même pas réalisé qu'elle s'était mise à crier avant qu'il ne resserre son étreinte pour la calmer. « J'en ai tellement assez de tout ça. J'en ai assez de cacher ma souffrance. C'était quelque chose que je ne voulais jamais refaire. Mais maintenant je n'ai pas le choix.

« Je crois qu'il faut que je m'habitue à ce que je ne puisse plus la voir que dans ma tête et mes souvenirs, finit-elle par continuer à voix basse. Je sais que, de cette manière, elle sera toujours avec moi. Mais ça — ce n'est guère qu'un substitut par rapport à la voir chaque jour en personne, la regarder grandir et avoir de nouvelles expériences que je ne pourrais jamais imaginer. Et les souvenirs sont tellement fragiles. Avec le temps ils s'estompent et l'on ne se souvient que de fragments de quelque chose qu'on ne voulait jamais oublier.

— Tu sais… partager ses souvenirs avec d'autres peut aider à conserver ces fragments.

— Mais… n'est-ce pas ce que je fais là maint…?

— Pas avec moi, expliqua-t-il. Je ne crois pas que tu puisse te décharger de tout ce que tu as sur le cœur, que tu veuilles ou que tu aies besoin de le partager, en le confiant à quelqu'un qui ressent déjà exactement la même chose. Peut-être est-ce pour ça que tu ne pouvais pas me parler auparavant…

— Peut-être… »

Il lui embrassa la nuque. « Viens, dit-il en se remettant lentement sur pied, rentrons. Peut-être serons-nous tous deux prêts d'ici là… »

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Ses collègues à la NERV auraient probablement eu du mal à croire que leur major, qui avait été un témoin direct du Second Impact, avait fait face à tant d'Anges, avait bondi sur un réacteur nucléaire ambulant au bord de l'explosion sans hésiter et, il fallait en convenir, n'avait pas une conduite des plus prudentes, ait eu à inspirer un grand coup avant de trouver la force d'ouvrir une porte dans son propre appartement. Et cette sensation ne s'améliora guère en voyant la silhouette recroquevillée en position assise sur le lit.

« Shinji a dit que tu voulais discuter », expliqua Misato en s'approchant et finissant par s'asseoir à côté de la fille silencieuse. Après que plusieurs secondes se soient écoulées sans réaction, elle continua. « Je n'ai pas beaucoup d'expérience avec ce genre de conversations. Ritsuko n'est pas du genre à faire part de ses problèmes émotionnels et à part elle… ma foi, je n'ai jamais eu tellement d'amis à part elle. Mais si tu veux me dire quelque chose, j'écouterai. »

Asuka ferma les yeux, mais ne répondit toujours pas. Ce silence commençait à mettre Misato un peu mal à l'aise. C'était vrai, elle avait très peu d'expérience en la matière. Elle avait plutôt l'habitude d'absorber du réconfort, pas de le donner. Mais si elle le pouvait, elle voulait aider cette fille.

"Non. 'Jeune femme'", se rappela-t-elle.

Cependant, elle ne voulait pas mettre trop de pression à sa protégée. Shinji avait dit que cela l'aiderait comme cela l'avait aidé lui-même ce soir-là, mais si Asuka ne voulait pas parler, alors…

« Tu… tu es au courant pour Aki, n'est-ce pas ? » s'éleva la voix ténue, mettant fin à toute idée de s'en aller prématurément. D'un hochement de tête, Misato l'encouragea à poursuivre. « Elle… je… je ne sais pas trop par où commencer…

— Pourquoi pas au début ? »

Asuka lui rendit son sourire, si faiblement que ce soit, mais elle ne céda pas à la tentation de commencer par ce début-là. « Tu sais, après sa naissance, quand je l'ai prise pour la première fois, j'ai cru que je ne pourrais jamais la lâcher. Que je serais toujours là pour elle, à prendre soin de cette splendide petite vie entre mes bras. Bien sûr c'était idiot. Et j'ai fait pas mal d'erreurs. Mais… j'ai toujours eu l'occasion de les réparer. Mais… mais pas cette fois… »

Son corps était secoué de sanglots lorsqu'elle continua. « Par… parfois je me dis que ç'aurait été plus facile si elle… si elle était… morte. Au moins je l'aurais su. Il y aurait eu quelque chose qui me serait resté d'elle. Même si, pour une raison ou une autre, son corps avait été perdu, il y aurait eu tant de choses qu'elle aurait laissé derrière elle. Mais maintenant… maintenant il n'y a rien d'autre que Shinji et mes souvenirs. Elle n'a tout simplement jamais existé. » Tandis que les larmes coulaient librement, Asuka enfouit à nouveau son visage dans ses bras. « Et… et elle n'existera jamais… »

En hésitant, Misato tendit le bras gauche et le passa légèrement autour des épaules d'Asuka. Elle était capable de prendre des décisions en quelques fractions de secondes dans des situations de combat, mais là maintenant elle ne savait tout bonnement pas quoi faire ou dire pour réconforter la rousse. « Eh bien… on ne sait jamais. Peut-être… peut-être que si vous le faites au bon moment… »

Elle aurait pu se donner des gifles pour cette tentative ridicule avant même qu'Asuka ne secoue la tête. « Même si nous connaissions le moment exact à la milliseconde près, même si par une chance incroyable nous parvenions à atteindre parfaitement ce moment, même si nous combinions exactement le même spermatozoïde et le même ovule, elle ne serait jamais la même personne. Il pourrait y en avoir d'autres, mais ce ne sera jamais de nouveau elle…

— Comment était-elle ? demanda soudain Misato avant que le silence ne puisse retomber sur elles.

— Hein ?

— Je n'ai peut-être jamais eu l'occasion de la rencontrer, mais ça ne veut pas dire que je ne pourrais pas faire sa connaissance, expliqua-t-elle en souriant. Elle n'existerait plus seulement dans ta mémoire et celle de Shinji, mais aussi dans la mienne. Et peut-être qu'un jour on pourra en parler à d'autres aussi. Elle existerait alors dans l'esprit et le cœur de plein de gens. Ça ne te plairait pas ? »

Il fallut un moment de réflexion à Asuka, mais elle finit par hocher la tête. « Mais… je croyais que Shinji…?

— Il m'a dit certaines choses, oui. Mais je suis sûre que tu peux m'être d'une grande aide pour me faire plus précisément un dessin.

— Un dessin ? » Cela la fit pouffer légèrement de rire. « Elle a toujours adoré dessiner. Je crois que tous les enfants aiment ça, mais nous avions toujours des tas de feuilles volantes de partout avec tout autant de variations de nous deux représentés sous forme de bonshommes allumettes.

— Une vraie petite artiste, hein ?

— Elle tenait beaucoup de moi, peut-être même trop pour son propre bien. Elle pouvait se montrer drôlement têtue parfois. Toujours à vouloir s'habiller toute seule depuis avant même qu'elle n'ait trois ans et, comme tu peux le deviner, pas vraiment pour le mieux. Souvent avec des vêtements bien trop grands pour elle. Et nous avons fini par laisser tomber l'idée de la forcer à porter des chaussettes et des chaussures, à moins que nous allions dans les ruines où il y avait trop de choses qui risquaient de lui blesser les pieds si elle marchait dessus.

— On dirait bien qu'elle vous menait complètement par le bout du nez.

— Oh, tu es loin de te douter à quel point, rit Asuka. Dieu merci, elle n'a jamais réalisé ou du moins profité à fond de l'emprise qu'elle avait sur nous. Il n'était guère possible de lui refuser quoi que ce soit et tout ce qu'elle avait à faire pour l'obtenir était de sourire. » Sa voix baissa légèrement tandis que son regard redevenait distant. « Elle avait un sourire à faire fondre le cœur le plus froid.

— Et ça valait…?

— Tout, acheva Asuka avant même que Misato ne le fasse. Dire que je ne le reverrai jamais… » Elle secoua la tête. « Excuse-moi. J-je ne sais même pas si tu peux le comprendre. »

En la sentant se raidir, Misato sut qu'elle l'avait surprise en l'attirant vers elle. « Non, peut-être que je ne peux pas vraiment comprendre. Je ne suis pas une mère et qui sait si je le serai jamais, alors je ne peux pas appréhender ce que c'est que d'avoir un enfant et encore moins ce que c'est que de le perdre. » Un sourire triste dansa sur ses lèvres tandis qu'elle regardait dans les yeux étonnés d'Asuka. « Mais je peux m'imaginer que ce serait comme perdre l'un d'entre vous. Et cette idée m'est déjà assez pénible. »

Ce fut alors au tour d'Asuka de surprendre le major en se jetant soudain contre elle. Misato lui rendit son accolade sans hésiter. C'était vrai, ces enfants étaient devenus aussi proches d'enfants à elle qu'elle n'en avait jamais eu. C'était juste qu'ils n'étaient plus vraiment des enfants. Mais même des adultes avaient parfois besoin du réconfort d'une figure parentale. Elle-même le savait assez bien.

Elle ne s'était guère souciée du temps qui passait, aussi ne put-elle dire combien durant elle serra Asuka contre elle en silence avant que la rousse ne se redresse subitement.

« Chut, fit-elle taire Misato avant que celle-ci n'ait pu lui demander ce qu'il y avait, tout en tendant l'oreille avec enthousiasme. Tu entends ? »

Imitant sa protégée, Misato écouta le bruit qu'elle avait tout d'abord manqué, mais se demanda rapidement comment elle l'avait pu. Le son du violoncelle de Shinji emplit l'appartement d'une façon qu'elle n'avait jamais entendue auparavant. La vitesse et la légèreté ne semblaient pas s'accorder à l'instrument, mais d'une certaine manière il parvenait à garder ces notes en une mélodie harmonieuse.

« Qu'est-ce que c'est ? » se demanda Misato.

Cependant, Asuka se contenta de sourire joyeusement. « Une chanson gaie. »

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« Et tu es sûre qu'il aimera ça ?

— Eh bien, je ne connais pas les goûts personnels d'Ikari, mais c'est plutôt populaire. Mais ce n'est pas facile à préparer, en tout cas pas pour une débutante. À ce qu'il me semble, tu n'as pas fait très souvent la cuisine auparavant, non ?

— Je ne crois pas que ce sera un problème, assura Asuka avec un amusement apparent. Après tout, je suis la grande Asuka Langley Soryu ! J'ai déjà autant de talent maintenant que d'autres n'en ont après des années d'expérience !

— Euh… si tu le dis… » Hikari était toujours légèrement surprise par le changement soudain d'opinion de la rousse sur la question. Bien que le tout nouvel enthousiasme de son amie ne soit certainement pas pour lui déplaire. « Mais si tu veux quand même que je t'aide…

— Alors je… » Asuka n'acheva pas sa phrase et son expression vacilla. Suivant son regard, Hikari remarqua qu'elles étaient en vue d'un certain magasin de jouets. Le pas de son amie ralentit en s'en approchant, jusqu'à ce qu'elle s'arrête complètement.

— Asuka ?

— Tu peux m'attendre un instant ?

— Euh, bien sûr, mais… » Mais avant qu'Hikari n'ait pu finir, Asuka était déjà à l'intérieur.

Il ne lui fallut que quelques minutes avant qu'elle ne revienne, tenant maintenant dans ses bras une poupée aux cheveux rouges, celle-là même qu'elle avait dévisagée auparavant.

« Oh, comme elle est mignonne ! s'écria Hikari. Mais je croyais que tu n'aimais pas ces "trucs de gamins" ? »

Les lèvres d'Asuka se retroussèrent en un sourire serein. « Ma foi, celle-ci est spéciale », dit-elle en caressant la tête de la poupée.

À leur grande surprise, la tête suivit sa main lorsqu'elle glissa de côté. Apparemment, certaines des coutures qui la rattachaient étaient lâches, ne retenant qu'à moitié la tête au corps.

« Alors ça c'est du travail bâclé ! s'indigna la brune. Tu devrais te faire rembourser ou la faire échanger ! »

Mais curieusement, cela ne parut qu'accroître le ravissement d'Asuka dont le sourire s'élargit comme si elle venait de gagner le gros lot.

« Non, je m'occuperai de ça moi-même », s'exclama-t-elle gaiement.

Hikari ferma rapidement la bouche lorsqu'elle remarqua qu'elle était en train de béer face à son amie. Qu'avait de si spécial une poupée qu'elle préférait réparer elle-même plutôt que d'en prendre une neuve ? Même si elle lui rappelait d'une manière ou d'une autre sa mère, comme elle l'avait cru tout d'abord. À moins que ce soit celle de sa mère, mais comment la poupée de sa mère aurait-elle atterri là ?

« Est-ce que c'est une pièce de collection rare ? » Asuka n'avait jamais paru à court d'argent, mais c'était la seule explication qui lui venait à l'esprit.

« Dans un sens… oui… marmonna la rousse en réponse, sans quitter le jouet des yeux. Unique en son genre. »

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/« Mais… Aki… je… elle doit me détester…

Asuka, tu as toujours été une mère formidable. Elle t'aimait beaucoup trop pour jamais te détester. La seule chose qu'elle détestait était de te voir triste. »/

« Une conversation pour le moins inattendue », commenta Fuyutsuki tandis que l'enregistrement se poursuivait en arrière-plan.

Son compagnon, cependant, ne montrait pas la surprise que même lui devait ressentir. Gendo prit également son temps avant de prendre la parole, aussi Kozo ne fut pas sûr si le commandant l'avait seulement entendu ou s'était contenté de l'ignorer, préférant se concentrer sur le dialogue entre les pilotes.

« Pensez-vous que cela puisse mettre en péril le scénario ? » demanda Ikari, surprenant son loyal subordonné par l'inhabituelle trace, aussi légère soit-elle, d'incertitude dans sa voix. Ayant tout juste modifié ses plans à son avantage en "perdant" la Lance de Longin, il n'était évidemment guère souhaitable que quelqu'un d'autre vienne s'immiscer dedans encore une fois.

— Dans d'autres circonstances, j'aurais dit qu'elle hallucinait sous l'influence de l'Ange et qu'il s'est prêté au jeu en se basant sur une hypothèse au hasard, quoique apparemment la bonne. Mais le fait que quelqu'un ait tenté de nous cacher cette communication place la situation sous un tout autre jour. »

Là encore, il ne reçut pas de réponse, mais cette fois-ci il doutait que ses mots soient tombés dans l'oreille d'un sourd. Le regard de son cadet était indéchiffrable derrière les lunettes qui reflétaient la lumière brillante de l'écran dans le bureau par ailleurs obscur, mais Kozo pouvait néanmoins se figurer la colère dedans. Un mystère dont il n'avait aucune part et aucune connaissance, probablement sabotant qui plus est, n'était pas quelque chose auquel Gendo Ikari était habitué et qu'il appréciait encore moins.

« Qu'allons-nous faire à ce sujet ? le devança le vice-commandant. Ce pourrait être une sorte de coïncidence. Surtout compte tenu du fait qu'il n'y a aucune explication rationnelle à leurs paroles. Le rapport du dernier examen médical détaillé remonte à moins d'un mois et la Seconde s'est avérée être toujours vierge alors. Les examens récents n'ont montré aucun changement de son équilibre hormonal ni d'autres signes de grossesse. Et elle n'a jamais été vue non plus en compagnie d'un enfant ou d'un animal qu'elle aurait pu "adopter". Impossible qu'elle soit ou ait jamais été une "mère".

— Non, opina Ikari dans un murmure, mais Fuyutsuki l'entendit néanmoins. Du moins pas encore.

— Je vous demande pardon ?

— Nous n'allons rien faire pour le moment, déclara Gendo d'une voix plus forte, au lieu de répéter ce qu'il venait de penser. Mais nous devrions garder un œil sur eux. Quoi que cela signifie, s'ils tentent de s'immiscer dans nos plans, nous nous immiscerons dans les leurs. »

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La douleur qui fulgura à travers son corps le fit légèrement grimacer et il porta instinctivement la main aux bandages sur le côté gauche de sa poitrine.

« Attention, cette côte est fracturée, lui rappela l'homme qu'il ne connaissait que sous le nom de "Doc". Un gilet pare-balle vous évite peut-être de mourir, mais pas d'être blessé. Surtout pour un poids plume comme vous. »

Il eut un éclat de rire rauque, ignorant la douleur qui augmentait à chaque mouvement de poitrine, tout en se redressant en position assise sur le lit. « Si j'avais su que je ne méritais qu'un bleu de ce genre, j'en aurais probablement utilisé un meilleur. Je me croyais déjà condamné quand j'ai été incapable d'atteindre mon "arme de secours", mais les poches de sang et ma petite comédie ont apparemment suffi à l'abuser.

— Il n'a pas tenté de s'assurer d'avoir terminé le boulot ? demanda Doc avec un regard réprobateur à la cigarette qu'il tira d'un paquet pris dans les vêtements à côté de lui et plaça entre ses lèvres.

— Même pas un coup d'œil pour vérifier, dit-il en haussant les épaules, avant d'embraser le tabac, ignorant la dénonciation silencieuse de la part de Doc de l'acte de fumer dans ce milieu désolé, mais tout de même stérile. Il devait être si fier de ses talents de tireur qu'il n'a pas cru que j'aurais pu survivre. S'il ne m'avait pas tant facilité les choses, je serais presque vexé qu'ils m'aient envoyé un type pareil.

— Vous êtes sûr qu'ils ne vous ont pas laissé vous en tirer exprès ? Ça ne leur ressemble pas de faire ce genre d'erreur.

— Ces gros bras ne sont pas la SAD(*). Vous savez comment ça marche : on embauche quelqu'un qui embauche quelqu'un qui embauche quelqu'un. La discrétion a ses avantages, mais un certain manque de qualité dans ces canaux est un défaut commun qui va de pair avec son assurance. Et si ça veut dire que je n'ai pas à réfléchir à comment me débarrasser d'un cadavre et faire passer un faux message de "mission accomplie", je ne vais certainement pas m'en plaindre.

— Vous savez, vous auriez pu vous contenter d'éviter complètement ce pétrin.

— Pour être franc, commença-t-il à avouer en entreprenant d'enfiler sa chemise, j'étais sur le point d'accepter l'inévitable. J'avais appris les vérités que je cherchais pour moi-même, alors je n'avais aucune raison de ne pas le faire. Mais c'est là que j'ai réalisé qu'il y avait bien d'autres personnes qui se battaient pour cela et qui souhaitaient davantage mon aide que je ne l'aurais cru. Ce n'aurait pas été juste de les décevoir. Surtout quand elles vous donnent un nouveau mystère à résoudre.

— Je parlais plutôt de vous enfoncer un peu plus profond dans la clandestinité et d'éviter de croiser à nouveau leur chemin.

— Trop d'embêtements qui finissent par s'avérer inutiles. C'est largement préférable de cette manière, rit-il en resserrant légèrement sa cravate autour de son col. La plus grande qualité d'un espion est d'aller partout sans être vu. En tant que fantôme, ça ne devrait pas me poser trop de problèmes. »

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N.D.A. : *bâille* Eh ben dites donc, j'ai bien dormi. *regarde la pendule* Quoi, près d'un an ? Dites donc, comme le temps passe vite parfois, hein ?

Je ne peux pas dire que je sois très content de ce chapitre. Personnellement je le trouve un peu éculé, avec trop de thèmes répétitifs sans aller guère plus loin, une sorte d'impression de précipitation au milieu malgré le long temps d'écriture, et un tueur joliment incompétent à la fin. Mais là encore, quand donc ai-je jamais été satisfait d'un chapitre ? La plupart du temps, c'était "présenter Aki sans la montrer", alors c'est peut-être plus intéressant si vous ne la connaissez pas aussi bien que moi. :P
J'ai songé ici et là à ajouter une autre scène, comme Misato réfléchissant durant sa discussion avec Hyuga au sujet de la construction de nouvelles Evas, Asuka se plaignant de ses règles d'une autre façon, etc., mais il y avait de bonnes chances que celles-ci n'auraient rien apporté de nouveau non plus.

Alors que j'aurais aisément pu écrire toute la conversation téléphonique en allemand, comme elle est censée l'être, mais je crois que dans ce cas, la plupart d'entre vous n'en auraient pas saisi grand-chose. :P
Bien qu'elle ne soit pas tellement importante, j'ai pensé qu'il valait mieux que Shinji en fasse la traduction.

Pour ce qui est de Misato piratant le MAGI, je ne suis pas sûr à quel point c'est à côté de la plaque. On la voit faire ça dans EoE, bien que ce soit peut-être avec l'"aide" de Kaji. Je crois qu'on peut tout de même considérer raisonnablement qu'elle a au moins quelques compétences et vu qu'elle n'a pas complètement réussi, ce n'est pas comme si je sous-entendais qu'elle était un deuxième Iruel.

La scène du viol mental est quelque chose qui est souvent évoquée comme « la plus dure à écrire ». Peut-être est-ce la partie « viol », vu comme c'est un sujet sensible, mais en tant qu'auteur, doit-on vraiment avoir honte d'avoir la fibre sadique nécessaire pour faire souffrir ses personnages, surtout quand ils en ressortent plus forts ensuite ? En tout cas, je ne l'ai jamais vraiment compris, en fait je l'attendais avec impatience. Bon d'accord, ça a fini plutôt façon guimauve en l'occurence, mais ce n'est pas ce que je voulais dire. Aussi cruel que cela puisse paraître à certains, j'adore cette scène, surtout dans la version DC(*), non pas à cause de ce qui arrive à Asuka, mais de l'aperçu qui nous est donné d'elle.

Et une fois de plus : désolé d'avoir été aussi long. Je ne "dormais" pas comme insinué plus haut, mais j'ai bien peur de n'avoir pas été non plus aussi actif que j'aurais pu l'être, bien que je me sois sans doute pas mal rattrapé là-dessus au cours des derniers mois. Maintenant, tous les chapitres qui restent sont déjà fort avancés (tous au-delà de 7000 mots désormais) — malgré le prochain, entre tous. Non pas que je n'aie pas encore grand-chose pour celui-là (en fait 2000 bons mots de plus que le reste), mais il va très probablement être bien plus long, alors il va prendre là encore un bon moment (quoique, espérons-le, pas 11 mois de plus). Mais après ça, ça ne devrait guère prendre plus d'un mois entre les autres.

Merci à mes pré-lecteurs Tarage, dan01 et Zeroasalimit.

N.D.T. : Contre toute attente, j'ai finalement réussi à boucler ce chapitre avant la reprise de mes cours mercredi prochain.
Profitez-en : à partir de là, mon temps libre va être drastiquement réduit — et donc mon rythme de traduction — et, au vu de la longueur du prochain chapitre (25000 mots en VO, le plus long de toute la fic), je pense que j'ai peu de chances de le finir avant la Toussaint (estimation optimiste ; bon d'accord, je peux toujours le poster avant, mais je préfère ne pas vous donner de faux espoirs).

Autrement, pas de problèmes majeurs, ni de défis particuliers à relever. S'il me reste quelques incertitudes sur le choix de certains termes de vocabulaire ou constructions grammaticales, je les mets sur le compte de mon perfectionnisme en espérant ne pas me faire rappeler à l'ordre (toutefois, n'hésitez surtout pas à me le signaler si vous repérez une erreur criante que j'aurais laissé passer lors de la relecture).
Comme dans tous les autres chapitres impairs, une partie des dialogues est directement issue de la série originale, avec parfois quelques légères modifications. Amusez-vous à les retrouver ! ;)

...Et je crois que c'est tout, donc à la prochaine (promis, je ferai de mon mieux malgré le boulot qui reprend) !

(*) Ah oui, par souci de clarté, voici la traduction des sigles pour ceux pour qui ce ne serait pas immédiatement évident :
- SAD = [force] Stratégique d'Auto-Défense (en anglais, JSSDF = Japanese Strategic Self-Defense Force) ;
- DC = director's cut (en l'occurrence, la version longue de l'épisode 22).