La 2ème Tentative

Par JimmyWolk (traduit de l'anglais par Ereiam)

Chapitre 9 : Le 16ème

Comme toujours, Ritsuko se réveilla seule. Sans se soucier de sa nudité, elle se releva et tendit la main vers son paquet de cigarettes sur la table de nuit. Actionnant par trois fois le briquet, l'étincelle finit par émettre une petite flamme qui illumina brièvement la chambre mal éclairée.

"Pauvre idiote", s'admonesta-t-elle en tirant une bouffée, "tu t'attends encore à un baiser le matin au réveil ? Ou à trouver au moins un mot ?"

Pourquoi faisait-elle encore cela ? Pourquoi recherchait-elle si désespérément le contact humain… son contact ? Quelqu'un comme elle n'aurait pas dû se retrouver réduite à un tel état. Elle était une femme logique et de science. Elle savait que ce n'était rien d'autre que le résultat des hormones et de réactions chimiques. Et pourtant, voilà où elle en était, à aspirer à cette stupide émotion qu'on appelait amour.

Écrasant le clope à demi consumé dans le cendrier, Ritsuko se leva et alla s'habiller pour une nouvelle journée ordinaire. Comme toujours…

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La journée avait été longue pour Hisao. Cette bande de gamins qui traînaient toujours près de l'entrée de derrière de l'école avaient encore défoncé une fenêtre. Bien sûr ils le niaient et cela s'était produit quand il n'y avait personne en vue, mais il n'avait nul doute qu'il s'agissait d'eux. Ils sentaient tout simplement les histoires à plein nez. Et à qui revenait l'insigne honneur de la corvée de réparation ? À lui, bien sûr.

Mais la porte de son petit appartement de célibataire s'ouvrit en coulissant et il laissa échapper un soupir de soulagement à l'idée que bientôt il allait enfin pouvoir prendre du repos. Un bain relaxant suivi d'une petite soirée peinard devant un bon film lui ferait le plus grand bien.

Cependant, il se rendit compte que sa journée n'était pas encore terminée lorsqu'il actionna l'interrupteur — et que tout demeura obscur.

« Oh génial, cette ampoule est grillée, elle aussi ? marmonna-t-il d'un ton furieux devant la perspective de ne pas encore pouvoir se reposer, tout en appuyant distraitement plusieurs fois sur l'interrupteur, bien qu'il soit conscient de l'inutilité de la chose.

— Non, c'est le fusible en fait. »

Hisao se figea. Un frisson glacé lui parcourut l'échine tandis qu'il se retournait tout doucement vers la voix qui lui était parvenue de l'ombre.

Tout ce qu'il voyait était la silhouette de l'homme qui était assis négligemment dans son fauteuil, les pieds sur la table du salon. L'extrémité rougeoyante de la cigarette qu'il fumait donnait juste assez de lumière pour révéler un menton mal rasé et un sourire narquois.

La peur qu'il se plaisait à réprimer mais qui l'avait accompagné durant les quinze dernières années le saisit alors à pleine puissance. « Qui- qui êtes-vous ? Comment êtes-vous entré ?

— J'ai entendu dire que vous étiez un membre de l'équipe de sauvetage qui est partie à la recherche de survivants de l'expédition Katsuragi.

— Je… je ne sais pas de quoi vous parlez. J-je suis concierge. Je n'ai jamais mis les pieds hors du Japon.

— Ah oui ? » Il ne le voyait pas mais Hisao savait que le sourire de l'homme venait de s'élargir. « Surprenant qu'un simple concierge sache qu'une expérience hautement classifiée ait eu lieu hors du Japon. »

La sensation glacée dans les tripes d'Hisao s'étendit davantage. « Je… je l'ai juste deviné par hasard. Vraiment, je ne…

— Vous êtes un homme occupé, M. Yamaki, l'interrompit l'étranger. Vous m'avez donné un sacré mal pour vous retrouver. Changé d'identité deux fois, déménagé huit. Comment était le temps à Osaka ? »

Hisao déglutit lourdement. Mentir ne lui servirait à rien. Peu importe comment, ce gars savait. « Com- comment m'avez-vous retrouvé ?

— J'ai entendu des rumeurs, vous savez ? Qu'une certaine personne avait trouvé des données et des documents qu'il n'avait pas transmis à ses supérieurs, continua de l'ignorer l'étranger.

— Écoutez ! » cria Hisao d'un ton suppliant. Oh mon Dieu, il ne voulait pas mourir si tôt. Pourquoi n'avait-il pas laissé ces trucs sur la banquise, là où il les avait trouvés ? Ils auraient dérivé en pleine mer et fini par couler, sans plus jamais causer de tracas à personne. « Je ne sais pas qui vous êtes, mais je n'ai plus rien à voir avec ça. Je- »

— Du calme, Yamaki. Je ne suis pas venu vous tuer. Si c'était le cas, vous seriez mort depuis longtemps. Tout ce que je veux, ce sont ces données.

— Ouais, c'est ça, rétorqua Hisao d'un ton sarcastique, n'en croyant pas un mot. Et une fois que vous aurez ce que vous voulez, je serai… »

L'étranger rejeta la tête en arrière et poussa un soupir exaspéré. « Si vous voulez que je sorte mon arme et que je vous réclame les données en vous la collant sous le nez, dites-le moi. En revanche, je ne peux pas vous forcer à me faire confiance. Mais rassurez-vous, je ne travaille pas pour eux ; bien au contraire. Pour autant que je puisse en juger, vous avez fait un assez bon travail en leur dissimulant votre existence. En fait, ils n'ont probablement jamais douté qu'elles aient été perdues lors du Second Impact.

— Mais… mais je ne les ai plus, tenta d'expliquer le concierge. Franchement, quand j'ai réalisé dans quel pétrin ces informations allaient me fourrer, j'ai été bien content de m'en débarrasser.

— Vous les avez détruites ? » Le ton de l'étranger se fit sombre, ce qui fit craindre à Hisao qu'il ait donné une mauvaise réponse de trop en fin de compte.

— Non, tenta-t-il rapidement de se justifier. Il y a douze ans de ça, il y a eu un autre type qui me les a demandées. C'est lui qui m'a dit que je ferais mieux de me planquer. Je lui ai donné tout ce que j'avais. Je n'ai jamais fait de copies. »

La cigarette passa d'un coin de la bouche à l'autre tandis que l'étranger était probablement en train de se demander ce qu'il devait penser de cette information ; s'il devait le croire ou non. Après une brève période de silence, l'ombre souffla un dernier nuage de fumée avant que la petite lumière ne soit éteinte dans le cendrier sur la table.

« Vous ne vous souviendriez pas du nom de ce type, par hasard ? »

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Depuis leur conversation, Misato tentait de passer plus de temps avec Asuka. Étant données leurs heures de service et d'école ce n'était pas très souvent, mais au moins une fois par semaine avait lieu la « journée des filles » où elles allaient faire du shopping, prenaient le déjeuner ou s'attablaient tout simplement dans un café. Misato n'avait pas été sûre au départ que cela ne fasse pas un peu trop "fifille" pour la mère en deuil et l'idée avait effectivement fait quelque peu hésiter Asuka. Assez vite, cependant, elle s'était mise à y prendre tout autant de plaisir que — étonnamment — Misato elle-même.

Elle avait oublié combien cela lui avait manqué de sortir avec une amie. Ritsuko n'avait guère de centres d'intérêts hormis le bavardage, elle achetait la plupart de ses vêtements en les commandant par catalogue. Et cela n'avait fait qu'empirer ces derniers temps. Misato n'était même pas sûre à quand remontait la dernière fois que le docteur s'était rendue en surface, hors du Géofront. Et Misato avait fini par faire de même, n'allant faire les magasins que lorsqu'elle avait vraiment besoin de quelque chose.

"Amie" — C'était probablement le terme qui convenait le mieux pour décrire la façon dont elle voyait Asuka maintenant. Non pas "protégée", ni "fille adoptive", même pas tant "petite sœur", mais une femme à son égal. C'était même devenu plus facile de voir par-delà son corps d'adolescente.

« Hé Asuka ! » attira-t-elle l'attention de la rousse qui parcourait la lingerie en solde.

Avec un large sourire, elle brandit un string rouge pour homme. « Qu'est-ce que tu dirais de ça pour Shinji ? »

Asuka en tomba des nues. « Non merci, marmonna-t-elle avec un sourire en coin, secouant la tête sans y croire. Il a essayé une fois de me faire une surprise en en mettant un. J'ai beau l'aimer à la folie… ma foi, disons que ça plombe un peu l'ambiance de se retrouver morte de rire. »

Même si Misato regrettait parfois l'époque où ses taquineries faisaient de l'effet, cela ne l'empêcha pas de pouffer de rire en entendant l'histoire d'Asuka. « À ce point-là ?

— Oh oui. Et encore, il était mieux bâti qu'il ne l'est maintenant. »

Misato sourit. Elle avait entendu beaucoup de ces détails sur leur vie dans le monde de l'après-Impact ces derniers temps : le bon, le mauvais, le romantique, le coquin (ne serait-ce que sous-entendu), le drôle — et bien sûr, ceux sur Aki.

Elle ne pouvait nier qu'après tout ça, elle aurait vraiment souhaité pouvoir rencontrer la fillette ; voir par elle-même ce qu'aurait donné une fille de Shinji Ikari et d'Asuka Soryu. Non, avait donné. Si elle-même en était déjà à ressentir un tel chagrin pour la perte de la petite fille, il était difficile d'imaginer la souffrance que ses parents devaient subir.

« Je ne crois pas qu'il y ait quoi que ce soit qui me convienne ici, marmonna Asuka en jetant un dernier regard aux vêtements, mettant fin au fil des pensées de sa "tutrice". Allons dans cette petite boutique près d… »

Misato s'étonna de l'interruption soudaine de la voix et du mouvement de sa compagne. « Asuka ? » Suivant le regard de la rousse lorsqu'elle n'eut pas de réponse, elle se retourna pour faire face à une fille aux cheveux bleus.

— Major Katsuragi, les salua Rei avec un léger signe de tête. Pilote Soryu.

— Oh, bonjour Rei, répondit amicalement Misato. Qu'est-ce qui t'amène ici ?

— J'ai besoin de nouvelles chaussettes », répondit-elle calmement. En baissant les yeux, Misato vit un gros trou dans celle de droite, rendu immanquable par le contraste de la peau claire visible au milieu du coton foncé.

— Ben voyons », grogna Asuka en s'approchant d'elle. Son soudain changement d'attitude était presque effrayant. Et encore, elle n'était pas aussi terrible qu'elle l'avait été. « Le diable ira probablement passer des vacances au chaud en Arctique avant que tu n'ailles t'acheter une nouvelle tenue. »

Rei, en revanche, semblait aussi imperturbable que d'habitude. « Les vêtements qui m'ont été fournis par l'école me suffisent.

— Suffisent, suffisent, répéta Asuka d'un ton moqueur en levant les bras et les yeux au ciel. Ce n'est pas une question de suffisance. Tu devrais le faire pour être plus à l'aise, pour montrer aux yeux du monde que tu as une autre vie que l'école et le service. Et plus important, pour te sentir mieux ! »

Misato eut un léger sourire. Malgré le ton de sa voix, il était évident qu'elle voulait aider Rei et non la rabaisser. Mais ses traits s'affaissèrent en entendant la tristesse qui résonnait dans la réponse.

« Je n'ai aucune raison de désirer de telles choses », dit Rei, comme si "se sentir bien" était un luxe de toute façon tellement hors de sa portée qu'il ne valait pas la peine qu'elle le recherche. Elle voulut apparemment s'en tenir là et poursuivit son chemin, mais elle n'alla pas loin. Alors qu'elle était sur le point de dépasser Asuka, la rousse lui saisit soudain le poignet pour l'arrêter.

— Si, tu en as », lui dit Asuka d'un ton anormalement sévère. Et, chose encore plus étrange, cela sembla toucher Rei qui ne fit rien pour rompre le contact visuel ou la prise d'Asuka sur son bras.

Elles seraient probablement restées ainsi pendant un bon moment si Misato n'avait pas fini par se sentir le besoin d'intervenir. « Euh, Rei ? attira-t-elle leur attention. Nous voulions aller déjeuner tout à l'heure. Ça te dirait de te joindre à nous ? »

La fille sembla presque surprise par cette invitation, mais pas désagréablement. Misato le prit comme une invitation à poursuivre. « Je suis sûr qu'ils ont aussi de la nourriture végétarienne. »

L'esprit de Rei était visiblement en pleine confusion. En hésitant, presque timidement, son regard revint vers Asuka comme si elle recherchait une confirmation, qu'elle reçut — ce qui devait avoir été une surprise encore plus grande pour elle —sous forme d'un bref hochement de tête.

« Je… » Elle s'interrompit, ses épaules retombant un tant soi peu, de même que sa tête. « Je m'excuse. Je ne peux pas vous accompagner », s'excusa-t-elle rapidement, libérant son bras sans guère de résistance avant de s'en aller d'un pas plus rapide.

« Elle aurait au moins pu dire au revoir », grommela Misato, un peu déçue. L'espace d'une seconde, elle avait cru qu'elles allaient réussir. « Bon ben, allons nous chercher à manger. À moins que tu ne veuilles visiter cette boutique d'abord ? »

Elle ne reçut pas de réponse. En jetant un coup d'œil vers elle, Misato vit Asuka qui continuait à regarder dans la direction par où Rei avait disparu, la déception se lisant sur son visage.

« Asuka ? demanda-t-elle à nouveau, se faisant enfin entendre de la rousse.

— Ouais… marmonna Asuka en se forçant à bouger. J'arrive… »

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Malgré cet incident, ç'avait été somme toute une journée plaisante. Lorsqu'elles pénétrèrent dans l'appartement quelques heures plus tard, chargées de plusieurs sacs issus des divers magasins qu'elles avaient visités, les deux femmes riaient toutes deux aux éclats d'une autre des anecdotes d'Asuka sur les tentatives de Shinji pour l'impressionner. À leur arrivée, elles purent entendre la voix du troisième habitant.

« Oui, M. Satori, je sais que c'est la troisième fois ces deux dernières semaines, mais…

— Oh non… » soupira Asuka, son allégresse précédente se dissipant aussitôt.

Misato, en revanche, était incapable de voir le lien entre Shinji parlant avec quelqu'un au téléphone et un tel changement d'humeur. « Qu'est-ce qu'il y a ?

— Il s'accroche encore à un espoir futile, commenta sèchement Asuka, fixant gravement la silhouette du garçon dans le couloir.

— Je sais… oui, je sais que vous avez dit que vous appelleriez si vous voyiez… purent-elles l'entendre dire.

— Pourquoi, à qui parle-t-il ? la questionna davantage Misato, curieuse.

— Au directeur d'un orphelinat de Gora. Après tout, ce n'est pas comme si Shinji pouvait tout bonnement lancer un avis de recherche officiel…

— Non ! Non, s'il vous plaît ! » La voix du garçon était soudain devenue affolée. « Je suis désolé, je ne voulais pas vous importuner ! Je vous en prie, n'arrêtez pas… J-je vous paierai s'il le faut… »

C'est là qu'Asuka en eut assez et le fit savoir haut et fort. « Shinji, arrête ça tout de suite ! Tu ne vas pas gaspiller ton argent avec ce salopard cupide !

— Euh, il… il faut que je raccroche, chuchota-t-il presque d'un ton penaud, comme s'il ne les avait même pas remarquées jusque là. Merci beaucoup pour vos efforts. »

Asuka secoua la tête. « Tu sais bien qu'elle n'apparaîtra pas là-bas », dit-elle d'un ton apitoyé et las. Apparemment, c'était un long différend qu'ils entretenaient depuis déjà un certain temps.

— Tu es toujours aussi sûre qu'elle n'est pas là ? marmonna-t-il tristement.

— J'ai fini par réaliser qu'elle est là avec nous, mais pas comme ça, répondit Asuka d'une voix tout aussi basse. Tu ne crois pas qu'elle se serait montrée quelque part il y a longtemps déjà si elle était revenue avec nous ?

— I-il faut au moins que j'essaye… »

Le silence inconfortable qui s'ensuivit menaça de devenir accablant. Mais il n'en eut pas l'occasion.

Les sirènes annonçant l'arrivée du 16ème Ange les firent tous trois tressaillir de surprise et le visage de Shinji en particulier se retrouva crispé par la peur.

« Rei… »

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Makoto raccrocha le téléphone sur son réceptacle. « Le major Katsuragi est en chemin et arrivera dans quelque minutes avec la Seconde et le Troisième Élu ! cria-t-il par dessus le bruit ambiant du centre de commande. L'EVA-00 doit être lancée par la voie 32 selon ses ordres !

— Le Quatrième Élu vient juste d'arriver ! signala également Shigeru. Apparemment il était près d'une entrée quand les alarmes se sont déclenchées.

— Sans Eva, il ne nous est d'aucune utilité, déclara calmement le commandant Ikari. Lancez l'EVA-02 dès que sa pilote sera prête.

— Monsieur, et pour l'EVA-01 ? s'enquit Makoto. Le major Katsuragi…

— …n'a, je l'espère, pas oublié ses limites, l'interrompit fermement le commandant. L'EVA-01 restera congelée jusqu'à nouvel ordre de ma part.

— Bien, monsieur.

EVA-00, lancement ! furent répétés les ordres via les haut-parleurs. Déplacement en position d'interception ! »

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Rei tenait prêt son fusil à positrons en observant l'Ange de sa position à couvert. La double hélice ne semblait rien faire d'autre que de rester là à tourner au-dessus du sol, bien qu'elle ne fasse aucune confiance en cette tranquillité apparente et pas seulement à cause de ses expériences passées avec ses prédécesseurs.

Chaque fibre de son être en appelait à elle, lui hurlant que quelque chose n'allait pas. Jamais auparavant elle n'avait ressenti une telle appréhension. Cette émotion déconcertante la troublait tant qu'elle formula en elle le souhait qu'il attaque vite afin qu'ils en finissent.

« Rei, lui parvint la voix du major Katsuragi par le canal de communication, attends encore un peu qu'on analyse la situation. »

Le fait que le major soit arrivé signifiait que les renforts allaient bientôt arriver. Mais elle n'arrivait pas à se sentir soulagée. Cette sensation venait d'atteindre son point de rupture.

« Non, énonça-t-elle ce que lui disaient ses sens, il arrive. »

Et en effet, l'hélice s'arrêta de tourner, se transformant en un unique anneau brillant qui s'ouvrit soudain en un endroit — avant de piquer droit sur elle. Il pénétra son A.T. Field comme s'il n'était même pas là et pénétra son Eva avant qu'elle ne puisse esquiver. Elle tenta d'ignorer la douleur de l'impact transmise par l'estomac de l'Eva au sien et empoigna l'Ange de la main gauche pour riposter. Mais bien qu'elle lui tirât dessus plusieurs fois à bout complètement portant, les salves furent totalement déviées, sans causer le moindre mal.

Pire encore, l'Ange commençait à infecter son Eva ; elle le sentait s'infiltrer à l'intérieur tandis qu'il faisait basculer l'EVA-00 au sol. Rei perdit le fusil en luttant de toutes ses forces pour arracher son ennemi, mais même en utilisant ses deux mains, elle ne pouvait rien faire pour le retenir. Il l'envahissait — non seulement son Eva, mais aussi elle-même.

Il y avait quelque chose.

Une sensation comme s'il y avait une autre présence inconnue avec elle dans son Eva.

Mais elle ne remarquait qu'elle-même, et pourtant… non. Comme si… comme s'il y avait une autre part d'elle qu'elle n'avait jamais remarquée auparavant. Ou quelque chose d'autre qui fusionnait avec elle.

"Qui es-tu ?" demanda-t-elle à l'être, ne fut-ce qu'en pensée. Un éclair de lumière brilla devant ses yeux tandis que le serpent brillant oscillait au dehors. "Est-ce toi ? Un Ange ? L'être que l'on appelle habituellement un Ange ?"

« Un Ange ? » put-elle l'entendre parler avec sa propre voix aussi clairement que s'ils se parlaient face à face. Elle pouvait presque le voir dans son esprit, arborant son propre visage. « Quelle importance ? Bientôt nous allons être unifiés. Nous ne ferons plus qu'un. »

"Non. Je suis moi. Je ne souhaite pas devenir quelque chose d'autre."

« Non ? Je vois… Mais il est déjà trop tard. » La voix était tellement claire, exactement comme la sienne. « Cette douleur… Ça ne fait plus si mal que ça, n'est-ce pas ? »

"Mal ?" se demanda Rei, reconnaissant presque aussitôt la sensation partagée par leur connexion. "Tu parles de… la solitude ?"

« Oui. Mais je ne comprends pas. Tu n'es plus obligée de la ressentir. Et pourtant tu évites de la soulager à cause de cette autre sensation. »

"Parce que… j'ai peur ?"

Rei pouvait presque voir le sourire de cette chose qui arborait son visage. « Oui. »

Une perturbation se produisit avant qu'elle ne puisse répondre ; une sensation qui, l'espace d'un instant, lui en rappela une autre de surprise et d'enthousiasme.

« Une nouvelle venue se montre. C'est une guerrière de talent, n'est-ce pas ? C'est ce que tu sais d'elle. »

Se forçant à tourner la tête, Rei regarda par le cockpit pour voir l'Evangelion rouge sortant tout juste de l'ascenseur qui l'avait transportée à la surface. « Soryu ? »

« Ne t'en fais pas. Je m'adapterai à sa volonté de nous combattre. Bientôt elle ne fera qu'un avec nous. »

"Non. Je ne veux pas que ça se produise."

« Menteuse. Je le vois bien. Je vois ce que ton cœur désire : s'unir aux autres. Tu ne peux le nier. »

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Asuka se mit aussitôt à couvert derrière les quelques immeubles devant elle dès qu'elle sortit de l'ascenseur, tentant de ne pas attirer l'attention de l'Ange en déployant son A.T. Field tout de suite. Un peu plus loin, un peu à l'extérieur des limites de la ville, elle voyait les convulsions de l'EVA-00 et la queue ondulante de son attaquant qui s'était enfoncée dans l'Evangelion bleue.

Elle doutait pouvoir tirer assez vite sans risquer de toucher son otage, mais si elle prenait le temps de viser correctement, l'Ange frapperait sans le moindre doute avant qu'elle ne puisse faire feu. D'ailleurs, pour autant qu'elle sache, cela n'aurait aucun effet sur lui de toute façon. Donc ça se règlerait au combat rapproché.

Elle jeta prudemment un nouveau coup d'œil par-delà le gratte-ciel, tentant de trouver une stratégie pour s'en approcher sans se faire remarquer. Mais cela ne lui semblait guère possible, vu qu'il n'était entouré que d'arbres chétifs — comparés à une Eva.

« Besoin d'une diversion ? » La voix de Misato la tira de ses pensées. Apparemment elle avait lu dedans.

— Ça pourrait m'être utile, répondit Asuka en hochant la tête.

— Que dirais-tu d'un petit écran de fumée ? Tu crois être en mesure d'attaquer à travers ça ? »

Asuka se contenta de retourner au major un sourire goguenard qu'elle lui décocha au visage dans la fenêtre de communication.

Misato accepta cette réponse d'un signe de tête et continua à expliquer son plan. « Il y a un lance-missile sur la colline à ta droite. On va en tirer quelques uns dans la direction de l'Ange de manière à ce qu'ils frappent, mettons, à environ cinquante mètres de lui. Difficile de dire dans quelle mesure ça va le distraire, mais j'ai bien peur que ce soit tout ce nous ayons à t'offrir pour le moment.

— On va bien voir ce qu'on va voir, marmonna Asuka en extrayant le couteau progressif de son épaule.

— Tu es prête ? »

Elle fixa son regard sur la position de l'Ange. « Ouais.

— Dans ce cas, tir dans 5… 4… 3… 2… 1… FEU ! »

Asuka attendit une seconde de plus jusqu'à ce qu'elle entende le premier impact, puis se rua en avant. Un épais rideau de fumée dérobait l'Ange à sa vue tandis que, l'une après l'autre, les ogives explosaient au sol, projetant en l'air terre, rochers et arbres. Elle ne pouvait qu'espérait qu'il était aussi aveugle à elle qu'elle à lui tandis qu'elle se précipitait à toute vitesse en courant à travers le nuage de crasse, le couteau apprêté dans son poing.

C'est tout juste si elle put éviter le tentacule rapide comme l'éclair lorsqu'il s'élança sur elle.

En appelant à ses instincts entraînés de longue date, elle se jeta au sol, roula hors de portée et se remit sur pied, faisant face à son adversaire à une distance plus sûre, le tout en quelques secondes. Mais la seule chose qu'elle voyait de l'Ange était la partie qui dépassait de l'EVA-00 se tordant de douleur.

« Bon sang ! Je ne savais pas que ce truc était aussi rapide ! » jura-t-elle en balayant frénétiquement le sol du regard. Mais sous le couvert épais des bois, elle arrivait à peine à distinguer la faible lueur du corps serpentin çà et là, ses mouvements trop irréguliers pour qu'elle puisse les suivre.

Comme un pilier de lumière, l'Ange se redressa soudain directement devant elle, surprenant la rousse suffisamment pour qu'elle en titube en arrière. Elle ne tomba pas, mais cette brève distraction fut tout ce qu'il fallut à l'Ange pour foncer sur elle de manière irrésistible. Au tout dernier moment, Asuka empêcha son Eva d'être directement touchée comme l'EVA-00, mais le bras avec lequel elle s'était protégée fut apparemment plus que suffisant pour l'Ange qui y pénétra à pleine puissance.

Asuka poussa un cri, plus sous l'effet du choc que de la douleur, en tenant son propre bras au même endroit que là où l'Ange pénétrait celui de son Eva. À sa grande horreur, elle vit les mêmes veines qui infectaient l'armure de son unité et de celle de Rei s'étendre sous sa plug suit. Mais ce qui nourrit le plus sa terreur et sa rage fut la sensation de fourmillement dans son esprit, vacillante mais devenant rapidement plus forte.

« Pas… PAS ENCORE ! » hurla-t-elle de toute sa haine en serrant le couteau progressif dans le poing de son Eva, le déployant sur toute sa longueur avant de le plonger dans l'Ange serpentin de toutes ses forces. Mais l'Ange, avec un cri de douleur strident, libéra sa proie réticente après une brève lutte, le couteau toujours profondément enfoncé en lui.

« Merde ! » jura Asuka en constatant la perte de son arme, malgré le soulagement dans son épaule et la disparition de la présence dans son esprit.

Une plainte suraiguë assourdit tous ceux qui l'entendirent tandis que l'extrémité de l'Ange se tortillait de douleur dans tous les sens. C'était comme si la souffrance l'avait rendu fou. Il s'abattait au sol, se jetait contre les arbres en tentant d'extraire de lui la lame, mais ne faisait que les déraciner ou taillader le bois.

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Noyée par les cris de l'Ange, personne n'entendit l'autre personne qui hurlait de douleur. Rei sentait le couteau comme s'il était planté dans son propre pied. Elle sentait l'acier effilé, la vibration tranchante de la lame, chaque mouvement dans la chair tandis que l'Ange tentait de s'en dégager.

"Tout comme l'Eva", se rendit-elle compte, mais contrairement à la créature qui était contrôlée par ses implants mécaniques, il n'y avait aucune mesure de sécurité, personne à part l'Ange lui-même pour atténuer la connexion entre eux.

« Ça fait mal, n'est-ce pas ? Fais que ça cesse ! Retire-le ! »

Rei grimaça en entendant les paroles de l'Ange. « Non.

Tu es disposée à souffrir juste pour me voir souffrir ? Il est trop tard pour revenir en arrière ! Il n'y a plus "ma douleur" ou "ta douleur" ! Seulement "la nôtre" !

— Si je dois souffrir pour que tu sois vaincu, je le ferai.

Alors tu devras mourir avec moi également.

— S'il le faut… » Rei grimaça de douleur lorsque le couteau remua dans la plaie.

Tu es une imbécile ! Tu crois que tu es remplaçable parce que tu crois que tu es solitaire. Mais nul ne peut être vraiment remplacé, pas même toi. Tu le sais, n'est-ce pas ? C'est pour cela que tu as peur, dit l'être. Mais si tu désires toujours gâcher ta vie, alors soit. Je ne nous abandonnerai pas. Si tu ne veux pas nous aider, alors cela fera encore plus mal avant que d'aller mieux. »

Rei hurla, mais même la pleine capacité de ses poumons ne lui suffisait pas à exprimer la douleur qui explosa lorsque l'Ange s'abattit à nouveau contre le sol, enfonçant le couteau plus profond encore. Des étincelles jaillirent tandis qu'il en raclait la garde avec son corps le long d'une rue, tranchant sa propre chair. Lorsqu'il finit par envoyer promener la lame sur la route, Rei eut l'image mentale de son pied fendu jusqu'aux orteils.

La "queue" de l'Ange avait exactement le même aspect, déchirée en deux, quoique celle-ci fusionnât à nouveau rapidement en une seule pièce.

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Le triomphe qu'Asuka avait ressenti devant sa riposte réussie se changeait à nouveau lentement en frustration. Malgré la régénération de l'Ange, il avait manifestement été blessé bien plus sévèrement qu'elle ne s'y était attendue et elle avait même réussi à récupérer son arme en effectuant une roulade pour esquiver. Mais le serpent de lumière était maintenant devenu bien plus prudent dans ses attaques, esquivant le couteau avec aisance tandis qu'il resserrait encore et encore son approche sur l'Eva rouge, lui parvenant de multiples angles jusqu'à ce qu'Asuka ait l'impression qu'il arrivait de tous les côtés à la fois. Elle parvenait à le maintenir en respect pour le moment, mais la défensive n'était définitivement pas son point fort.

« Bon sang, tiens-toi donc tranquille que je puisse te tuer ! »

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« C'est inutile si elle est trop occupée à esquiver pour pouvoir attaquer correctement. Une seule personne ne peut pas y arriver, analysa Misato, tout aussi frustrée par la situation. Commandant, il faut…

— Accordé. » Elle reçut la permission bien plus vite qu'elle ne s'y serait attendu. « Annulez immédiatement l'ordre de congélation de l'Evangelion-01. Lancement dès que possible ! »

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Shinji serra les dents, exhortant les forces qui le catapultaient vers le haut à multiplier leurs efforts, mais il lui fallut néanmoins plusieurs secondes insoutenables avant qu'il n'atteigne enfin la surface. Dès l'instant où il déploya son A.T. Field, l'Ange s'écarta de l'EVA-02, faisant face à la nouvelle menace comme il l'avait fait auparavant. Mais il semblait loin d'être aussi perdu entre les deux cibles possibles qu'il ne l'avait escompté, ou du moins espéré. La lumière se mit à trembler bizarrement, et Shinji craignait que ce ne soit pas de peur. Une seconde plus tard à peine, l'Ange lui donna raison.

La "queue" sembla se diviser, l'Ange se séparant sur la moitié de sa longueur. Cependant, les deux extrémités étaient de la même largeur que l'unique d'auparavant, l'air dupliqué plutôt que déchiré en deux.

« Il est capable de faire ça ? »

Shinji n'eut pas davantage de temps pour s'étonner de cette capacité inconnue. Ses instincts le sauvèrent de justesse face au choc initial, l'écartant du chemin de l'extrémité qui lui fonçait dessus. L'Ange percuta l'immeuble de l'ascenseur derrière son Eva, mais avant que la poussière ne soit retombée, il l'avait repris en chasse.

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Rei ne pouvait que regarder horrifiée l'Ange maintenir son attaque simultanée sur les deux autres Evas. Elle avait déjà eu peur juste avant, quand il s'en prenait à Soryu, mais maintenant… lui aussi… Et si cela ne suffisait pas, l'Ange était devenu encore plus déterminé à triompher.

"« S'unir avec eux »", se rappela-t-elle des mots prononcés plus tôt par l'Ange. « Est-ce… mon souhait…? Ne faire qu'un avec eux ? » s'interrogea-t-elle, cherchant la vérité qu'elle n'avait pas voulu voir auparavant.

Elle avait désiré fuir la solitude qui l'avait dévorée toute son existence durant. Elle avait souhaité se lier aux autres, que les autres fassent partie de sa vie. Mais elle savait qu'il ne pouvait en être ainsi. De par ce qu'elle était, de par sa raison d'être, elle aurait fini par les faire souffrir et aurait souffert en retour. Aussi s'était-elle tenue à l'écart d'eux, même quand ils allaient vers elle. C'était pour le mieux… ou du moins était-ce ce qu'elle s'imaginait.

Mais maintenant on ne lui laissait pas le choix. L'Ange l'avait fait pour elle dans son propre intérêt. Ils les unifierait tous les trois… contre leur gré… et ensuite…

Débuterait le Troisième Impact…

« Non. » Elle ne pouvait pas laisser cela se produire. L'humanité — des millions de personnes qu'elle ne connaissait pas du tout. Quelques unes qu'elle connaissait, même si ce n'était pas très bien. Mais c'était sa raison d'être que de les protéger tous. Même si cela signifiait…

« Ça ne marchera pas, l'interrompit soudain dans ses pensées la voix de l'Ange.

— Quoi ?

Ton plan pour nous détruire. Je l'ai vu en l'autre. C'est pourquoi j'ai déjà désactivé ce mécanisme avant que tu ne puisses me prendre par surprise. »

Rei sentit ses entrailles se glacer lorsque ces mots s'imposèrent à son esprit. Tout était-il perdu maintenant ? Elle n'avait plus le pouvoir de lutter. Et à la façon dont allaient les choses, ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'Ikari et Soryu ne subissent le même sort qu'elle, même s'ils parvenaient à se replier pour le moment. Avec la lance de Longin perdue, ils n'avaient plus rien sous la main contre cet ennemi, personne…

Non… Il leur restait une alliée. Une qui était réticente, une qui haïssait son existence même et qui, dans d'autres circonstances, aurait préféré rompre les entraves qui l'emprisonnaient et la réduisaient en esclavage que d'aider son ennemie. Mais maintenant qu'elle était sur le point de mourir de la main de son parent éloigné, Rei ne pouvait qu'espérer qu'elle entendrait sa supplique.

« Réplique d'Adam. Je t'ouvre mon cœur. Je t'en prie, accepte-le. »

Elle l'entendit.

Elle l'entendit et elle l'accepta. Elle ne laisserait pas Rei la contrôler, mais elle l'avait su. Elle avait juste besoin de son cœur et de son âme pour elle-même.

Elle se sentait déjà s'estomper tandis que la voix de l'Ange résonnait une dernière fois dans son esprit, et elle était pleine de panique et de terreur devant sa mort inévitable. « Tu ne peux pas faire ça ! Tu sais ce qui va se passer avec ce lien ! Les Lilin que tu essayes de protéger vont souffrir du pareil au même ! La chose même que tu tentes d'éviter sera provoquée par toi et toi seule !

— Ce serait le cas s'il s'agissait de la fusion interdite. Mais ce n'est pas le vrai corps d'Adam et le cœur que j'offre n'est pas celui de Lilith, mais le cœur de Rei Ayanami. C'est mon don, mon propre pouvoir de protéger ceux qui me sont chers. Même s'il faut que je me sacrifie pour cela… »

Et sur ce, tout en fermant les yeux, elle sourit, s'abandonnant à la chaleur du néant. Aussi longtemps qu'il voudrait bien la laisser.

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« Le taux de synchro de Rei grimpe en flèche ! 75 pour cent ! 80 ! 85 ! 95 ! — Il crève le plafond ! »

Misato, alarmée, pivota brusquement. « L'Ange est en train de fusionner avec elle ?!

« Non, c'est… haleta Maya en lui adressant un regard paniqué. C'est l'Eva ! »

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L'armure n'était pas rompue, on aurait plutôt dit que l'intérieur suppurait à travers des pores invisibles pour créer une nouvelle peau d'un mélange brut de blanc et de bleu. Comme en accéléré, des cheveux semblèrent pousser sur la tête d'acier, ne s'arrêtant que lorsqu'ils eurent pris la forme familière de la coupe de Rei.

Là où s'était trouvé l'unique lentille proéminente figuraient maintenant deux yeux humains rouges qui contemplaient le monde d'un regard vide. Une brèche s'ouvrit en dessous, dévoilant des dents et une langue, avant que des lèvres ne se forment en une bouche rieuse.

La silhouette se releva en un mouvement inhumain, abandonnant ses pylônes d'épaules au sol, ceux-ci glissant à travers le corps comme s'il avait été constitué d'une substance à demi liquide. Elle ressemblait plus ou moins à une version grotesque de Rei portant l'armure de l'EVA-00.

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Misato béa d'horreur devant l'affichage des événements à l'extérieur. « Comment… comment est-ce possible ? Quand Shinji… il a simplement disparu dans le LCL, pas… fusionné avec l'EVA-01. »

S'obligeant à détourner les yeux de ce spectacle écœurant, elle tenta de reprendre son sang-froid en se tournant vers le personnel pour demander une explication. « A-t-elle dépassé les 400 pour cent ?

— Je ne sais pas ! cria Maya en réponse, la terreur dans sa voix révélant qu'elle non plus n'avait pas oublié comment l'EVA-01 avait obtenu son complexe S2. Les nombres fluctuent ! Le MAGI n'arrive pas à les comprendre ! »

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Le corps de l'Ange frétilla violemment comme la queue d'un têtard coincé, tentant manifestement de se libérer en vain de l'abdomen du "nouveau-né". L'hybride baissa les yeux sur lui comme si "elle" venait de remarquer la chose qui dépassait d'"elle" pour la première fois. Et tout comme un enfant curieux, la créature tendit ses mains géantes vers l'objet intriguant.

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« L'EVA… je veux dire… cette chose émet… quelque chose !

— Un A.T. Field ? demanda Misato, bien qu'elle sache que ce n'était pas quelque chose d'aussi évident qui rendait Makoto aussi nerveux.

— Non ! Les valeurs dimensionnelles s'inversent, elles virent au négatif, répondit Ritsuko pour lui. Un anti-A.T. Field… »

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Shinji ne remarqua même pas qu'il n'avait pas bougé d'un pouce, sans même ciller, en regardant horrifié l'Ange exploser soudain, éclatant dans un bruit mou à retourner l'estomac. Une fine pluie orange de LCL arrosa les senseurs optiques de son Eva, troublant la vue de son cockpit avant que les restes du 16ème ne s'en écoulent.

« Rei… »

Comme si elle avait entendu son murmure, la tête de l'hybride se releva tout net et dirigea son attention sur lui. Tendant le cou, elle semblait tenter de se rappeler de la silhouette violette de son Eva. Puis, à pas lents et lourds, elle tituba vers l'avant.

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« Ikari ? » La voix de Fuyutsuki trembla un tant soit peu en s'adressant à l'homme assis à ses côtés. « Avons-nous échoué ?

— Non, lui parvint calmement la réponse toute simple. Ce pouvoir n'est pas censé être détenu par cette union. »

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Pendant ce temps, l'abomination poursuivait son chemin, sans remarquer ou choisissant d'ignorer son bras gauche qui s'étirait au-delà de ses limites, tandis que la main succombait de plus en plus à la gravité jusqu'à ce qu'elle tombe par terre.

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« Qu'est-ce qui se passe ? se demanda Misato en voyant la scène. Est-elle affectée par l'anti-A.T. Field elle aussi ?

— Non, comprit Ritsuko avec un calme scientifique. Elle puise trop d'énergie. Les batteries internes de l'Eva sont à plat mais le koa ne sais pas s'il peut dépendre ou non d'un complexe S2. Il continue simplement à consommer de plus en plus d'énergie venant d'elle jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien pour le maintenir.

— Affirmatif ! opina Maya. Le koa devient instable !

— Alors on se contente d'attendre jusqu'à ce que le problème se règle de lui-même ? »

Misato frissonna en entendant Shigeru définir de manière aussi acerbe ce qui avait été Rei quelques minutes auparavant à peine ; une fille de quatorze ans, qu'elle n'avait peut-être pas aussi bien connu que Shinji et Asuka, mais qui lui avait néanmoins été chère, à elle et à eux tous. Et maintenant que cette fille avait été meurtrie par l'Ange et transformée en cet être grotesque là-dehors qui se dirigeait vers une mort certaine, elle n'était plus qu'un « problème ».

Mais ce fut pire encore avec les paroles de Ritsuko : « J'ai bien peur que ce ne soit pas aussi simple. Quand le koa laissera échapper toute cette énergie absorbée à l'intérieur…

— Tu veux dire…? » Sa main passa inconsciemment sur la cicatrice de sa poitrine, le souvenir cauchemardesque du Second Impact surgissant irrésistiblement dans son esprit. "« Ce n'est pas un Ange qui l'a provoqué »", se souvint-elle des paroles de Shinji. "Est-ce cela qu'il voulait dire ? Ont-ils échoué…?"

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"Nous… nous avons échoué…"

Shinji leva inconsciemment le bras de son Eva vers le géant qui semblait tendre la main vers lui en le regardant droit dans les yeux, avec ce sourire difforme mais pourtant terriblement joyeux sur son visage en train de fondre lentement devant eux.

« Rei ! »

Il ne remarqua pas qu'il s'était avancé avant que la main de l'EVA-02 sur l'épaule de la sienne ne l'arrête.

« Shinji ! Shinji, reprends-toi ! » lui parvint la voix d'Asuka de quelque part, mais son esprit n'arrivait pas à voir qu'elle venait de l'habituelle fenêtre de communication à côté de lui, trop accaparé qu'il était par la créature devant lui.

Leurs doigts se touchèrent presque, séparés par quelques mètres à peine. S'il parvenait à atteindre sa main, à la prendre, alors il la sauverait. Il ne savait pas comment, mais il savait que cela suffirait. Même si toute logique s'y opposait, même s'il était bien… trop tard…

Le sourire se mua en une expression de surprise lorsque l'hybride regarda son bras se détacher juste au-dessus du coude.

Les mains crispées de Shinji tremblèrent autour des commandes tandis qu'impuissant, il était forcé de la contempler lui renvoyant son regard empli de déception et de tristesse, implorant en silence une aide qu'il était incapable de lui apporter.

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« Le koa s'effondre au-delà du seuil critique ! L'explosion est inévitable ! »

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« Shinji ! »

Des cris d'agonie perçants résonnaient dans la vallée tandis que la créature blanche tremblait et se tordait de douleur.

« Shinji ! »

Il avait beau le vouloir, il ne pouvait détourner le regard de cette effroyable lutte entre la vie et la mort. « Rei, non…

— Bon sang, Shinji ! continua de crier Asuka, mais il se trouva incapable de lui répondre. On ne peut plus rien pour elle ! Mais il faut que nous endiguions…! »

Sa voix fut rendue inaudible lorsque le cri se changea en une explosion assourdissante. Les flammes issues de l'éclatement du koa engloutirent le corps géant en une fraction de seconde, carbonisant les arbres, vaporisant l'eau des lacs proches… Puis elles atteignirent son Eva, lui bouchant la vue d'Asuka qui tentait de protéger la ville de la déflagration avec son A.T. Field. Mais étant donné la proximité et le rayon limité de son bouclier, sa tentative n'eut guère de succès.

Il avait échoué…

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Misato soupira en pénétrant dans son appartement, épuisée physiquement et émotionnellement par les répercussions du… combat. De vastes sections de Néo Tokyo-3 avaient été détruites ou étaient maintenant submergées par les eaux provenant d'une fuite dans le remblai qui séparait la ville des lacs Ashi. Les civils étant en sécurité dans les abris, il n'y avait eu que peu de victimes, mais maintenant la NERV allait avoir à faire face à de nombreux sans-abris réclamant des réponses.

Shinji et Asuka étaient probablement rentrés avant elle et elle se sentait un peu coupable de ne pas avoir le temps d'être là avec eux. Après tout, ce n'était pas comme s'il n'y avait pas eu de victimes du tout.

L'état de Shinji en particulier l'inquiétait. C'était déjà assez grave lorsqu'il ne s'agissait que de quantités anonymes ou de noms de personnes dont vous n'aviez jamais entendu parler, mais c'était toujours pire quand c'était quelqu'un de proche.

Aussi alla-t-elle le voir en premier, et elle faillit heurter Asuka qui venait juste de sortir de sa chambre en refermant la porte derrière elle.

« Comment va-t-il ? » demanda Misato aussitôt qu'elle eut croisé son regard.

L'expression d'Asuka en disait déjà assez long, mais elle répondit quand même. « Il le prend très mal. J'imagine qu'il fallait s'y attendre, mais il n'empêche… » Elle frissonna en se frictionnant les bras comme pour se réchauffer après un courant d'air inexistant. « Je n'aime pas le voir comme ça. »

Misato eut un léger sourire à cela. « Si jamais j'avais eu besoin d'une preuve que tu as mûri, je l'ai maintenant. Je suis surprise que tu ne montres aucun signe de jalousie en le voyant la pleurer ainsi.

— Oh, j'ai été jalouse, pendant un long moment d'ailleurs, même après avoir découvert sa vraie nature. Mais j'ai réalisé il y a longtemps que, même s'ils sont forts, ses sentiments pour elle sont différents de ceux qu'il a pour moi. Elle n'est pas une menace pour moi à cet égard.

— Sa vraie nature ? »

Asuka ferma les yeux. « Je crois qu'il vaut mieux que ce soit Shinji — ou peut-être Rei elle-même — qui t'explique ça.

— Rei ? » La surprise de Misato s'accrut encore davantage.

Mais Asuka secoua la tête, avec un petit sourire en coin. « Shinji fait la tête parce qu'il pense qu'il a échoué. Mais je ne suis pas aussi sûre qu'il n'y ait vraiment aucune chance.

— Mais… tu crois vraiment qu'elle a pu survivre à ça ?

— Oh ça, j'en suis sûre et certaine. » La rousse s'accorda un léger rire, mais celui-ci retomba bien vite. « Prends un moment le relais à ma place, d'accord ? Toutes ces palabres m'ont donné soif. »

Misato hocha tout naturellement la tête et se dirigea vers la porte dès qu'Asuka s'écarta pour aller dans la cuisine.

« Shinji ? J'entre », annonça-t-elle poliment avant d'ouvrir la porte.

Elle s'était posé la question de pourquoi il avait choisi son ancienne chambre, vu qu'il vivait pratiquement dans celle d'Asuka désormais, mais la raison lui apparut lorsqu'elle entra. La petite pièce n'avait pas de fenêtres qui laissaient entrer la lumière du jour, et l'artificielle semblait parfaite pour contribuer à l'ambiance déprimante dans laquelle il se complaisait manifestement.

« Salut, Misato », l'accueillit-il sans la regarder. Il se contenta de continuer à fixer son regard droit devant lui, mollement assis sur son lit.

— Salut », murmura-t-elle en retour. Malgré ses précédents face-à-face avec une Asuka déprimée, elle s'estimait toujours loin d'être une experte dans de telles discussions. Donner des ordres, interroger, se plaindre, taquiner, ça elle y parvenait sans mal ; même admettre ses torts était facile en comparaison. Mais quand il lui fallait réconforter quelqu'un, les mots lui manquaient.

— Tu ne songes pas à profiter de moi, j'espère ? »

D'ordinaire, Misato n'était pas du genre à rougir aisément. Mais il faut dire aussi qu'elle se trouvait rarement la cible des taquineries. Que ce soit dû à l'insinuation ou au sourire en coin qu'il lui lança sans conviction, elle sentit son visage s'empourprer, mais se reprit vite. « Ça dépend. Est-ce qu'un câlin compte ? »

Avant qu'il n'ait pu répondre, elle avait déjà franchi les quelques pas qui la séparaient du lit, s'asseyant à côté du garçon et passant son bras autour de ses épaules pour l'attirer contre elle.

« Pour être honnête, même après avoir tant cogité aujourd'hui, c'est à peu près tout ce que j'avais pu trouver pour te remonter le moral », avoua-t-elle. Avant qu'un sourire espiègle ne se dessine sur ses lèvres. « Jusqu'à ta proposition à l'instant… »

Avec ça, la balle revint dans son camp. « Mi-Misato ! »

Mais il ne fallut qu'une seconde de silence pour que le temps des plaisanteries et des sourires soit éclipsé par les souvenirs des heures précédentes.

« Alors… comment te sens-tu ?

— Je ne sais pas. Je l'ai vue mourir auparavant. Et cette première fois m'avait anéanti. À l'époque, je n'avais pas Asuka pour m'aider, quant à toi… disons juste que je ne voulais personne auprès de moi. Alors de ce côté-là, ça va un peu mieux. Et aussi parce que j'en sais plus long maintenant. Mais… » Il ravala soudain un sanglot, serrant clairement les paupières sous le coup de la colère et de la souffrance. « Mais ça fait quand même mal ! Je me suis juré de ne pas laisser cela se reproduire, de la protéger. Au lieu de ça… au lieu de ça, elle est morte encore plus en vain ! Je ne sais pas comment je pourrais à nouveau lui faire face.

— Lui faire face ? Shinji ? » Misato haussa un sourcil. Se faisait-il autant d'illusions qu'Asuka ? Peut-être que la dernière fois, les choses n'avaient pas été aussi sûres.

— Je sais que tu ne comprends pas, Misato, mais elle est toujours vivante.

— Oh… oh, Shinji. Je sais, tant que nous nous rappelons d'elle, elle ne cessera jamais d'exister. Mais justement, tu ne devrais pas… » Elle fut coupée par quelque chose auquel elle ne se serait jamais attendue dans cette situation : de faibles éclats de rire s'échappant du gosier de Shinji.

— Tu ne comprends pas, Misato. Rei Ayanami est encore en vie. Et elle va probablement s'en sortir avec encore moins de bleus et de bosses que moi ou Asuka. » Cependant, le sourire quitta son visage aussi vite qu'il était venu. « Mais je n'ai quand même pas réussi à la protéger.

— Qu- qu'est-ce que tu veux dire ? Comment aurait-elle pu survivre à ça ? Et si elle a survécu, pourquoi cela aurait-il tant d'importance que tu aies échoué ? Est-ce qu'elle est si grièvement blessée que ça ou…?

— Non. Comme je l'ai dit, elle va paraître complètement indemne. »

Misato n'arrivait toujours pas à le suivre. « Mais alors…?

— Ce ne sera pas elle, marmonna Shinji. Pas la Rei que nous connaissions.

— Alors c'est mentalement ? Une amnésie ?

— Non. Non… » Il poussa un soupir frustré. « C'est… un clone… »

Les yeux de Misato s'écarquillèrent sous le choc. Elle s'était attendue à beaucoup de choses, mais à ça ? « Un… clone…?

— Tu comprends maintenant ? Rei Ayanami est vivante. Une nouvelle Rei Ayanami. Celle que nous connaissions, en revanche, celle que nous… elle… elle est morte. Elle est morte parce que je n'ai pas su la protéger. »

La tête de Misato lui tournait encore. L'image mentale de dizaines de Rei identiques sur une chaîne d'assemblage, toutes réglées avec les mêmes "paramètres" de base, chacune prête à remplacer la précédente dès qu'elle aurait un "défaut" ; cela lui donnait le frisson. Combien de secrets la NERV dissimulait-elle, y compris à elle ? Elle avait cru qu'elle n'en aurait pas besoin, sachant qu'il était toujours vivant et lui-même à la poursuite de la vérité, mais peut-être se devait-elle d'examiner de plus près le cadeau d'adieu de Kaji après tout.

Mais chaque chose en son temps. « Shinji, tu… tu as fait de ton mieux… tenta-t-elle de le consoler, mais elle fut interrompue par l'ouverture de la porte.

— Ne lui dis pas des choses pareilles ou il va vraiment croire que tout est déjà fini », intervint Asuka d'un ton irrité.

Misato était sur le point de réprimander la rousse pour se comporter d'une manière aussi rude qui semblait contredire la compassion qu'elle affichait quelques minutes plus tôt à peine. Cependant, Shinji fut le plus rapide à protester. « Mais Asuka…

— Mais rien du tout ! Tu m'as dit toi-même que tu avais à peine vu Rei après que ça se soit produit parce que tu avais trop peur d'elle ! Tu n'as absolument aucune idée de comment elle est et de combien il reste de l'ancienne Rei ! Tu ne fais que supposer qu'elle est morte. »

Au vu de cette logique, Misato s'en voulait presque d'avoir pensé ainsi. Elle avait encore oublié qu'elle n'avait pas affaire à un pauvre garçon angoissé qui avait besoin d'un peu de compassion maternelle et de protection face à ce monde cruel ou à une petite peste jalouse de l'attention que recevait l'autre avec son attitude docile, mais à deux adultes : une femme qui ne voulait pas voir son mari s'autodétruire en s'apitoyant sur lui-même.

Mais avant qu'elle ne puisse le commenter, la sonnerie du téléphone l'interrompit.

« Allez, baka ! exigea Asuka, relevant Shinji de son lit en le tirant par la chemise. Je crois bien que c'est notre signal. »

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Rei se réveilla en toussant, un léger goût métallique de LCL persistant encore sur sa langue. Ses muscles lui paraissaient faibles, même ouvrir les yeux lui sembla nécessiter un effort considérable. Quand elle finit par y parvenir, elle s'aperçut qu'elle ne voyait que de son œil gauche, bien qu'elle ne sente aucune douleur dans le droit qui était apparemment recouvert d'un pansement. Son bras droit semblait également bandé lui aussi, déjà attaché par une écharpe autour de son épaule.

Elle réalisa qu'elle était à l'infirmerie avant même d'observer ses environs. N'importe qui d'autre serait parvenu à cette conclusion au vu des blessures apparentes, attribuant l'absence de douleur aux médicaments. Mais Rei savait ce qu'il en était réellement.

Elle ne savait pas ce qui s'était produit. Et elle savait qu'elle ne s'en souviendrait jamais. Parce qu'elle savait qu'elle n'avait jamais eu ces souvenirs. Parce que ce n'était pas à elle que c'était arrivé.

Elle devait être la troisième maintenant. Mais…

« Je suis toujours en vie… » murmura-t-elle pour elle-même, les paroles enrouées lui brûlant la gorge.

Bien sûr qu'elle était toujours en vie. Il ne la laisserait jamais s'en aller, pas avant qu'elle n'ait accompli sa fonction dans son scénario. Mais alors, pourquoi l'avait-il laissée mourir ? Elle avait toujours su qu'elle était remplaçable. Même si elle ne s'était pas attendue à ce que ça la fasse souffrir si étrangement dans son cœur. Il l'avait sauvée à l'époque, quand le test d'activation de l'EVA-00 avait échoué. Pourquoi pas cette fois-ci ? Pourquoi l'avait-il laissée être remplacée ?

Elle ressentit soudain le besoin irrésistible de se lever et d'abandonner ces réflexions. Son corps la fit souffrir lorsqu'elle le força à s'asseoir dans le lit et à se tourner vers le bord, repliant les jambes par-dessus avant de se laisser lentement glisser.

Le sol lui parut froid lorsque ses pieds nus entrèrent en contact avec lui. Elle se redressa prudemment, rééquilibrant son poids pendant un instant avant de faire un premier pas, puis un autre, s'approchant lentement de la sortie. Sa main se porta à la poignée, entourant le métal de sa paume et de ses doigts avant de la tourner pour ouvrir la porte.

Lorsqu'elle sortit, son œil se plissa devant la lumière envahissante provenant des fenêtres sur le mur opposé du couloir. Mais elle ne le protégea pas en détournant la tête de l'éclat. Elle ressentait plutôt une sorte de curiosité, un besoin même de s'avancer pour regarder — dehors.

Quelque chose dans son esprit lui rappela que ce n'était pas vraiment le monde extérieur, mais une reconstitution faite par l'homme dans le Géofront. Et pourtant, de voir des montagnes, des arbres… pour la première fois…

« Hé, la Première ! »

L'appel détourna son attention, la redirigeant sur une fille aux cheveux roux et un garçon aux cheveux bruns. Elle connaissait ces jeunes gens. C'étaient ses camarades de classe, ses compagnons d'armes… Il y avait quelque chose d'autre aussi, surtout au sujet du garçon, qu'elle n'arrivait pas tout à fait à situer.

Le garçon, Shinji, évitait son regard ; si tant était, il ne faisait que lui adresser des coups d'œil rapides. Il paraissait mal à l'aise de se trouver là, en sa présence ; un malaise différent de son habituelle gêne à l'égard du sexe opposé. Se pouvait-il qu'il sache ? Avait-il assisté à la fin de sa deuxième vie ? Cela expliquerait ses réserves concernant sa survie.

Sans sa compagne, il aurait probablement tourné les talons pour s'en aller, mais la fille, Asuka, le poussa en avant et articula un « Allez ».

« Ikari, les salua-t-elle d'un signe de tête à l'adresse du garçon, puis de la fille. Soryu. »

Shinji tressaillit en entendant ses paroles, quoiqu'elle ne soit pas sûre de savoir pourquoi. Y avait-il quelque chose d'inhabituel dans ses salutations ? Sa bouche s'ouvrit et se ferma, mais elle ne put comprendre ce qu'il disait.

Asuka lui adressa un regard impatient, mais quand rien ne vint, elle finit par s'avancer. « Salut, la Première. Misato nous a dit d'aller prendre de tes nouvelles, alors nous voilà. »

Il semblait illogique que le major Katsuragi ne se soit pas contentée de consulter les comptes-rendus médicaux, mais Rei opina néanmoins d'un signe de tête.

« Je suis encore assez faible, leur fit-elle part de sa condition, sentant la fatigue affecter d'autant plus son corps qu'elle restait longtemps hors du lit. Je voudrais m'asseoir. »

Alors même qu'elle faisait cette annonce, elle se dirigea vers la plus proche rangée de chaises d'attente qui se dressaient contre les murs des couloirs de l'infirmerie. Ikari et Soryu la regardèrent prendre un siège au milieu de la rangée vide, mais ne firent aucun geste pour suivre son exemple.

Rei remarqua qu'Asuka semblait attendre quelque chose. Elle ne cessait d'alterner son regard entre ses copilotes, son expression devenant de plus en plus impatiente et elle finit par se mettre à taper du pied. Shinji ne le remarqua cependant pas, ou alors l'ignora, jusqu'à ce qu'elle lui donne un brusque coup de coude et qu'elle fasse un geste ample vers la fille apparemment blessée.

« Euh… com… comment ça va, Ayanami ? » finit-il par bégayer.

Apparemment, ce n'était pas ce que sa compagne rousse avait voulu qu'il lui demande. « "Comment ça va ?" Comment crois-tu qu'elle aille ?! lui souffla-t-elle.

— Mais… regarde-la donc. Elle n'est pas…

— Elle n'est pas quoi ?! Pour être honnête, je ne vois vraiment pas une grosse différence, surtout vu son état ! »

Ils poursuivaient leur conversation à voix basse, ne voulant probablement pas qu'elle l'écoute, mais Rei entendait chaque mot, même si elle n'en comprenait pas parfaitement la signification.

« Mais tu ne la connais pas aussi bien que moi. »

Asuka poussa un soupir furieux. « Très bien ! Peut-être qu'un peu de distance est exactement ce qu'il nous faut en l'occurrence. Si tu ne veux pas le faire, alors je le ferai moi !

— Asuka ! »

Mais sa tentative de la retenir vint trop tard ; elle s'était déjà détournée de lui et franchissait la distance qui la séparait de Rei. Une fois qu'elle eut rejoint sa coéquipière assise, Asuka s'accroupit pour la regarder dans ses yeux rouges.

« Quelle est la dernière chose dont tu te souviennes, Rei ? demanda-t-elle sur un ton qu'Ayanami n'avait jamais entendu venant de sa copilote habituellement si bravache. Avant que tu te réveilles ? »

Le souvenir de la chambre obscure, telle qu'elle l'apercevait de son point de vue derrière le tube de verre empli de LCL, lui vint à l'esprit. « Je n'ai… commença-t-elle en interrompant un moment le contact visuel, pas la permission de te le dire. »

Asuka hocha la tête, mais n'abandonna pas. « D'accord. Mais peux-tu me dire quand c'était ? »

Elle répondit sincèrement à la question, bien que quelque chose dans le comportement anormal de la Seconde Élue mette Rei mal à l'aise. Non seulement la voix de la rousse lui paraissait bien plus douce que d'ordinaire, mais son langage corporel semblait avoir entièrement changé ; il ne tentait plus de rejeter tout le monde, mais recherchait plutôt l'ouverture, envahissant d'une manière qui n'était pas hostile. Et Rei était maintenant au centre de cette attention, bien plus importante que ce à quoi elle était habituée, bien plus personnelle. Cela la perturbait certes. Et pourtant… elle se sentait comme si… l'on tenait à elle.

« Donc tu te souviens bien encore de tout ce qui s'est passé jusqu'à hier après-midi ? Tu te souviens de moi et de Shinji ? »

Elle hocha la tête en affirmation, mais doutait encore de ce que Soryu avait en tête.

« Tu te souviens encore de tout ce qu'on a fait ensemble ? Nos combats contre les Anges ? Ou la fois où on est allés à ce stand de ramen avec Misato ? Ou notre randonnée ? Et la fois où Shinji est allé te secourir dans ta Plug et t'a demandé de sourire ? Ou encore celle où nous attendions ensemble qu'il revienne de l'EVA-01 ? »

Toutes ces questions l'irritaient, mais chacune évoquait des images qui faisaient irruption dans son esprit. « O-oui.

— Alors dis-moi, est-ce que tu te souviens de comment tu te sentais à ces moments-là ?

— Comment je me… sentais ? » Elle détourna le regard sous le choc lorsque cela lui revint.

Oui. Oui, elle s'en souvenait. Ces autres sensations à part la solitude. La sensation chaleureuse de quelqu'un qui se préoccupait d'elle, de quelqu'un qui voulait être avec elle. La camaraderie… l'amitié…

Tout d'abord, presque de son propre chef, sa main gauche libre se mit à bouger. Mais en relevant les yeux vers le visage de sa copilote, un petit sourire ourla ses lèvres.

« Ça… m'arrange, répéta-t-elle un vieux souvenir, son bras tendu tremblant légèrement.

— Oui, répondit Asuka en souriant à son tour, tout en prenant dans la sienne la main qui lui était offerte. Oui, ça m'arrange aussi. »

-x-x-x-x-

« Asuka ?

— Ouiii ? »

Il ne put s'empêcher de sourire en entendant le ton expectatif de la voix de son amour qui savourait avec satisfaction ce qui allait suivre.

« Merci. »

Sa tête ne tourna que légèrement, mais cela suffit pour qu'il puisse apercevoir le sourire en coin sur son visage avant qu'elle ne regarde à nouveau droit devant elle. « Quoi ? Pas de "Tu avais raison, ô grande Asuka, la plus sage et bien sûr la plus belle de toutes, déesse entre tous les dieux…" »

Shinji l'interrompit en la rattrapant en trois foulées et en se penchant contre son oreille. « Attendons d'être à la maison pour ça, d'accord ? »

Elle ne répondit pas à cela, mais il vit son sourire espiègle s'élargir avant qu'elle ne reparte.

Cependant, il avait beau être content d'avoir eu tort sur le compte de Rei, la façon dont Asuka l'avait prouvé ne voulait pas quitter son esprit. « Tu sais… la façon dont tu lui parlais… on aurait presque dit que tu parlais à… » Il s'interrompit, hésitant une seconde avant d'achever : « …un enfant. »

Asuka savait bien sûr ce qu'il avait vraiment voulu dire, mais elle ne laissa pas cela l'émouvoir — de manière visible, en tout cas. « Eh bien, j'ai pensé que d'une certaine manière, elle est encore une enfant, dit-elle à voix basse. J'ai eu tort ? »

Il secoua la tête. « Non. Je crois que, peu importe l'âge qu'on a, c'est toujours bien d'avoir quelqu'un qui vous montre qu'il essaye de vous aider et de vous guider. Ça m'a juste… » Il ferma les yeux, tentant de prononcer les derniers mots, mais il ne parvint à produire qu'un simple murmure : « …rappelé…

— Ouais… Moi aussi… répondit Asuka, et bien qu'il ne puisse pas voir son visage, sa voix affreusement brisée lui en disait assez long. Et tu sais quoi ? » Cela le surprit d'autant plus lorsqu'elle se retourna et qu'il vit que, malgré l'humidité qui scintillait dans ses yeux, elle avait un sourire au visage. « Même si ce n'était que durant ce moment-là — ça m'a fait du bien d'être à nouveau une mère. »

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Ces yeux le voyaient pour la première fois, ce nez le sentait pour la première fois, ses oreilles entendaient les bruits du voisinage pour la première fois… et pourtant c'était l'endroit qu'elle reconnaissait comme étant chez elle depuis des mois. Physiquement, elle ne ressentait aucune différence, comme si elle était simplement revenue comme elle le faisait tous les jours. Et pourtant c'était extrêmement perturbant.

Quand sa première soi était morte, la seconde avait été trop jeune pour comprendre pleinement qu'elle n'était pas vraiment la même qui venait juste de se réveiller d'un profond sommeil. Jamais elle n'aurait pu réaliser qu'elle était une autre personne avec les souvenirs gravés dans sa mémoire récupérés de la première.

Grâce à Ikari et Soryu, elle se souvenait aussi des émotions de l'ancienne Rei. Mais étaient-elles vraiment les siennes aussi ? Elles semblaient adéquates, mais était-ce elle qui les avait générées ? Son âme était la même, mais était-ce elle qui l'avait modelée et laissée être modelée par ceux avec qui elle communiquait ?

Elle était devenue amie avec eux, mais en avait-elle seulement le droit, quand ils ne la connaissaient pas vraiment elle, mais seulement sa prédécesseure ? N'était-elle pas juste une âme volée dans un corps volé avec des souvenirs et des émotions volés ? Ils semblaient le savoir, mais ça ne semblait pas les déranger. Ne comprenaient-ils pas ? Se voilaient-ils la face ? Ou bien se pouvait-il qu'elle soit la même Rei Ayanami qu'ils avaient connue après tout ? Se pouvait-il qu'elle ne soit pas juste un substitut, mais elle-même ?

Si elle avait l'âme de son ancienne soi, les souvenirs de son ancienne soi, les émotions de son ancienne soi, se pouvait-il qu'elle soit la même ?

Rei se sentait troublée.

Et elle détestait cette sensation.

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"« Nous ne voudrions pas que vous vous sentiez humiliée à cause de nous. » Comme c'est charitable de la part de ces vieux vicelards", fulmina mentalement Ritsuko en remontant la fermeture éclair de son chemisier. "Comme si j'aurais pu introduire dans une chambre holographique quelque chose qui aurait pu les mettre en danger."

Mais il était difficile de focaliser sa colère sur une bande de pervers. Tout ce que ça donnait était de la distraire quelque peu des autres paroles qui l'avaient davantage travaillé qu'elle l'aurait voulu durant tout l'interrogatoire.

Il l'avait envoyée se faire humilier à la place de Rei.

Elle n'était pas vraiment surprise qu'il ne lui ait pas fait part de ce petit détail quand il lui en avait donné l'ordre. Elle était encore moins surprise qu'il ait voulu protéger sa précieuse Rei. Mais ça ne l'aidait pas à soulager le sentiment amer de trahison.

Peut-être n'était-ce qu'un incident mineur dans une longue série de déconvenues, mais c'était la fameuse dernière goutte, suffisante pour lui faire enfin voir ce qu'elle avait toujours prétendu ignorer : jamais il ne la préfèrerait à sa chère Rei.

Elle était toujours une idiote, tout comme la jeune fille qu'elle avait été, qui s'était précipitée dans l'affection factice qu'il lui avait offerte après la mort de sa mère. L'idiote qui avait un jour teint ses cheveux en blond pour recevoir un compliment de quelqu'un sur elle en tant que femme et non en tant que fille de sa mère. L'idiote qui les avait gardés ainsi pour se distinguer de son « idiote de mère » en dépit du bon sens. L'idiote qui avait cru qu'elle pourrait parvenir à la lui faire oublier, malgré la présence de sa chère Rei si précieuse.

Ritsuko serra les poings de colère. Elle n'était pas stupide au point de ne pas se rendre compte que cette réaction était exactement ce que voulaient les vieux saligauds, mais elle était plus qu'heureuse de leur donner cette satisfaction.

Elle était peut-être une idiote. Mais il était encore plus idiot s'il croyait qu'elle ne le lui ferait jamais savoir.

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« Oui, Dr. Akagi, je comprends. »

Lorsqu'il raccrocha le téléphone, Asuka se redressa en position assise sur le plancher où ils s'étaient mis à l'aise ensemble pendant un moment avant que l'appel ne les interrompe. « Alors c'est l'heure ? »

Shinji hocha la tête en soupirant. « Oui, je me prépare et puis j'y vais, dit-il à voix basse. Tu es sûre que tu ne veux pas venir ? »

Elle secoua la tête en souriant gentiment. « Sauf si tu tiens à ce que je t'accompagne, répondit-elle. C'est quelque chose que je n'ai pas besoin — ou peut-être même que je ne devrais pas voir.

— D'accord, opina Shinji. J'espère juste que Misato sera là à temps. Elle n'était pas très contente quand on lui a expliqué le plan.

— Pas étonnant, non ? Après tout, c'était son amie la plus proche… »

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Ritsuko sourit pour elle-même. Les choses ne s'étaient pas passées aussi bien qu'elle l'avait espéré, avec Misato la devançant juste au moment où elle se retrouvait avec le fils d'Ikari. Le garçon d'ordinaire si sensible avait également bien mieux pris la vue de la "nursery" de Rei et de la décharge qu'elle ne l'aurait cru. Même l'allusion à la mort de sa chère mère bien-aimée l'avait laissé relativement imperturbable, ne lui adressant qu'un regard passif. Mais ça n'avait pas d'importance. Tout cela n'avait été qu'un avant-goût pour ça.

Ce n'était peut-être pas juste de canaliser sa haine envers ses parents sur Shinji. Et alors ? Elle n'était pas du genre à compatir de toute façon. Il n'était qu'un instrument, tout le monde le considérait ainsi. Alors pourquoi hésiterait-elle à se servir de lui comme l'instrument de sa vengeance ? Selon l'impact que le choc lui causerait, sa capacité à piloter chuterait considérablement. Et ayant déjà perdu une Eva active, cela ferait à coup sûr mal au commandant d'en perdre une autre.

Et si Shinji s'éloignait d'elle à cause de cette révélation… ma foi, ce ne serait certainement pas pour déplaire à Ritsuko de la voir souffrir tout comme elle avait souffert à cause d'elle.

« Tu dis que c'est ça le cœur du Système Factice ? »

Ritsuko sourit à nouveau. Il fallait toujours que Misato remette en question ce qu'on lui disait, n'est-ce pas ? Bien sûr, aussi imposante que soit cette salle, avec l'édifice semblable à un énorme cerveau qui les surplombait, elle semblait plutôt vide à cause de l'obscurité et de l'unique tube au milieu qui était la seule chose visible. Mais maintenant ça allait changer.

Sa main se referma sur la télécommande. « Je vais te dévoiler la vérité. »

Les lumières s'allumèrent d'un simple toucher du bouton qu'elle avait préparé, illuminant les cuves de LCL qui les entouraient. Et leur contenu, dont les rires stupides emplirent la pièce lorsqu'elles furent réveillées.

« Rei ? » Le hoquet qu'elle attendait était venu, mais pas de la source qu'elle escomptait. Jetant un coup d'œil en arrière, elle vit que ses inquiétudes étaient sans fondement. Apparemment, Shinji était tellement choqué qu'il en restait immobile, les poings serrés, les yeux baissés au sol, se gardant de regarder d'un côté ou de l'autre. C'était Misato qui contemplait le spectacle des clones d'un air incrédule. « La Plug Factice, c'est…?

— C'est ça. Ce sont les pilotes de la Plug Factice, expliqua Ritsuko avec satisfaction. C'est l'usine où ils sont fabriqués.

— C'est…?

— Ce sont des copies. Faites à partir de divers éléments de Rei », coupa-t-elle sa camarade de fac. Ces répétitions lui tapaient sur les nerfs. Elle devait enfin en finir avec ça. « Les humains trouvèrent un dieu et voulurent s'en emparer. L'humanité toute entière fut alors punie. C'était il y a 15 ans. La divinité disparut. Alors ils tentèrent de la ressusciter par leurs propres moyens : c'est Adam. Et à partir de lui, ils élaborèrent une créature à la fois humaine et proche de Dieu : l'Eva.

— Humaine ? Elle est humaine ?

— Oui. L'Eva, qui ne possède pas d'âme propre, reçoit celle d'un humain. Cette âme est alors sauvée. » Ritsuko sourit. Ça faisait du bien de révéler enfin ces secrets au grand jour, de se défaire de ce fardeau. Mais ce n'était toujours pas suffisant pour qu'elle soit libre. Pas tant qu'elle était toujours là, en tant d'exemplaires. « En ce qui concerne Rei, elle est la seule à avoir une âme. La seule à être née avec une âme. Aucun de ces réceptacles n'en possède. Il n'y a rien dans cette salle de Gaf.

« Celles-là, ajouta-t-elle en adressant aux silhouettes rieuses autour d'elle un regard dans lequel montait la colère, ne sont rien que des récipients vides. Elles n'ont pas d'âme. Ce ne sont rien que des réceptacles. Alors je-

— MISATO ! »

Ritsuko tressaillit, surprise par le cri soudain du garçon qui était resté tellement silencieux jusqu'à présent. Il ne lui fallut qu'une fraction de seconde pour reprendre ses esprits, mais dans cet intervalle, Misato avait déjà franchi la distance qui les séparait, empoignant la télécommande qu'elle tenait encore en main.

« NON ! » Instinctivement, elle resserra sa prise.

— Lâche », ordonna froidement Misato, le pistolet qu'elle n'avait pas rengainé un instant depuis qu'elle l'avait arrêtée à l'entrée maintenant pressé dans le dos de la blonde.

Cependant, Ritsuko n'avait plus peur de la mort. Mais auparavant elle devait faire cela à tout prix. Après quoi elle s'en irait volontiers. Aussi tint-elle bon de toutes ses forces, tentant d'atteindre le bouton avec son pouce. Mais mieux entraînée, le major finit par tirer la télécommande de plus en plus hors de sa main, en dépit de ses efforts.

Non, elle ne pouvait pas perdre maintenant. Après ça n'aurait aucune importance, mais pas maintenant !

Mue par sa seule détermination, elle saisit le poignet de sa vieille amie de sa main libre, se servant des moindres réserves de force qu'elle parvenait à mobiliser pour empêcher la télécommande de lui glisser des doigts.

Une vive douleur dans sa joue, assez forte pour l'envoyer tituber en arrière, mit fin à sa lutte lorsque Misato la gifla d'un revers de la main qui tenait l'arme. Cependant, cela les fit toutes deux lâcher l'appareil, qui voltigeait maintenant dans les airs. Plaçant une main sur sa figure brûlante, Ritsuko ne put faire rien d'autre que de suivre des yeux sa trajectoire avant qu'il ne heurte le sol, glissant sur la surface lisse sur une bonne distance avant de s'immobiliser juste devant deux pieds. Ses yeux s'écarquillèrent de surprise et ils ne furent pas les seuls dans la salle à le faire.

Lentement, Rei se pencha en avant et prit la télécommande.

Misato laissa échapper un soupir de soulagement. « Bien joué, la félicita-t-elle. Maintenant donne-moi ce truc, d'accord ? »

Cependant, la fille se contenta de la fixer du regard, puis le reporta sur l'appareil.

Ritsuko vit cela comme sa dernière chance. « Donne-moi la télécommande, Rei ! » ordonna-t-elle, espérant que dans la confusion, la fille soit incapable de se décider entre obéir à son ordre ou à celui de Misato.

Mais tout ce qu'elle reçut fut un regard froid de l'albinos. « J'ai bien peur de ne pas pouvoir faire ça », expliqua-t-elle en s'approchant de la cuve, les yeux dans ceux d'un des clones. C'était comme si elle regardait dans un miroir déformant ; d'un côté, vêtue de son uniforme scolaire, regardant droit devant elle sans émotion apparente ; de l'autre, une silhouette nue qui flottait, aussi insouciante qu'un nouveau-né. Lentement, Rei leva l'appareil. « C'est quelque chose qu'il faut que je fasse moi-même. »

Le sourire victorieux que Misato arborait jusque là disparut aussitôt. « Rei !? Tu… tu veux devenir une meurtrière de masse comme elle ?

— Vous vous méprenez, major. Ce ne sont pas des êtres humains. Leur fonction officielle est de servir de pilotes pour le Système Factice, mais même cela n'est que secondaire. Comme l'a expliqué le Dr. Akagi, ce ne sont que des réceptacles pour contenir mon âme. C'est la seule raison pour laquelle elles ont été créées, tout comme le corps que je possède maintenant et ceux qui l'ont précédé. »

De sa main libre, elle toucha le verre qui la séparait de ses copies tout en poursuivant. « Sans âme, elles ne peuvent pas prendre conscience de ce qu'elles ressentent. Elles remarquent la chaleur du LCL autour d'elles, le contact de cette vitre qui les retient. Elles peuvent nous voir, ainsi que le monde qui leur est extérieur. Mais… ça leur est égal. Tout ce qu'elles font, c'est exister, béatement inconscientes de tout le reste. Elles ne peuvent pas comprendre la différence entre la souffrance et la joie. Elles ne connaissent rien de l'immense variété des émotions humaines. Elles ne ressentent ni espoir, ni crainte envers l'avenir. »

Elle baissa la tête et sa voix suivit. « Je me suis toujours demandée si je devais les plaindre ou les envier. »

Une légère pression de son pouce. Ce fut tout ce qu'il fallut pour enclencher le mécanisme mortel qui emporta pour toujours la forme des corps, le LCL orange prenant une teinte rouge lorsqu'il se retrouva mélangé au sang et à la chair qui se désagrégeait.

« Rei… demanda Shinji incrédule, luttant visiblement pour regarder cette vision d'horreur. Qu'as-tu fait ?

— Je les ai… libérées… »

Inaperçue de presque tout le monde, une larme unique tomba au sol.

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Le commandant avait aussitôt ordonné qu'on lui amène Ritsuko et Rei. Elle, et probablement Shinji, devraient tôt ou tard expliquer également leur rôle dans cette affaire, mais pour le moment il ne voulait que les deux principaux suspects, ce qui laissait à Misato le temps de reconduire à la maison son protégé manifestement choqué.

Non pas qu'elle ne soit pas choquée elle-même. Ils lui en avaient parlé, mais voir en vrai toutes ces copies identiques de Rei lui avait fait un tel choc qu'elle en avait presque oublié leur plan. Peut-être aussi parce qu'elle n'avait pas voulu croire que Ritsuko soit prête à aller aussi loin. Elle avait toujours soupçonné le docteur de lui cacher trop de secrets à son goût en tant que major, en tant que chef des opérations et surtout, en tant qu'amie. Et puis bien sûr, il y avait ce qui s'était produit ensuite. Comme si elle n'avait pas assez d'images horribles en tête pour hanter ses cauchemars.

Et dire que Shinji avait assisté à ça deux fois maintenant…

« Je suis désolée. J'aurais probablement pu arrêter Rei, mais… je crois qu'elle m'a prise trop par surprise moi-même.

— Ça… ça va, marmonna Shinji, pour la première fois depuis qu'ils avaient quitté le Terminal Dogma. C'était sa décision.

— Et ça te va ?

— Bien sûr, c'était… perturbant de "la" voir se dissoudre ainsi. Mais peut-être… peut-être que je ne le comprends pas tout à fait vraiment. Si même elle ne les considère pas comme des humains, alors peut-être que j'ai tenté de me mêler de quelque chose où je n'avais rien à faire — parce que je ne pouvais pas comprendre. Je n'avais même pas envisagé une telle éventualité. Qu'elle veuille les — se libérer… Je croyais que je voulais le faire pour elle. Mais on dirait bien que je voulais juste le faire pour moi-même.

— Tu as fait ce que tu croyais être juste.

— Oui. Mais ce qui est juste pour quelqu'un n'est pas forcément juste pour tout le monde. » Il eut un léger sourire en coin, comme s'il se rappelait de quelque chose. « Après tout… à chacun sa vérité parmi toutes les autres. »

Puis il retomba dans le silence, se contentant de regarder par la fenêtre. Mais au moment même où Misato crut qu'il attendait qu'elle lui réponde, il reprit à nouveau la parole. « Je me demande juste… et si je n'avais pas non plus autant raison que je le croyais au sujet d'autres choses ? »

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Gendo Ikari n'avait aucune raison de sourire. La destruction du Système Factice était bien plus qu'un simple contretemps. Une trahison de cette ampleur, si près du but, était quelque chose qu'il ne pouvait pas se permettre maintenant.

« Pourquoi avez-vous fait ça ? »

Il savait qu'Akagi ne répondrait pas à cette question, du moins pas maintenant, mais ce rictus de défi qu'elle arborait en se tenant de l'autre côté de son bureau lui en disait assez long. Elle avait voulu lui faire mal et elle y avait réussi. Il s'attendait à être haï, à être trahi, mais le fait qu'il puisse l'anticiper ne soulageait pas le moins du monde la sensation d'amertume en lui.

Mais ça n'avait pas d'importance. Son scénario n'était pas trop gravement affecté. Et puis il n'aurait plus besoin d'un substitut.

Néanmoins, il voulait savoir. Il ne savait pas pourquoi elle ne répondait pas. Fuyutsuki ne serait sans doute guère surpris si leur relation était révélée et Rei s'en moquerait. Et cela nuirait davantage à sa réputation à lui qu'à la sienne en l'occurrence.

Mais il était quelqu'un de patient. Il en avait assez pour l'emprisonner pour trahison. Il pouvait attendre pendant qu'elle passait le reste de son temps dans une cellule de détention jusqu'à ce qu'elle se rende compte de sa position et qu'elle soit assez désespérée pour lui dire tout ce qu'il voulait savoir.

« Le Dr. Akagi n'a fait que configurer le dispositif comme je le lui avais demandé. C'est moi qui ai souhaité détruire le Système Factice. »

Tout le monde dans la pièce parut choqué en entendant les paroles de Rei, mais nul autant que Gendo Ikari. D'aucuns n'auraient probablement pas remarqué la surprise dans sa voix tandis qu'il luttait contre la nausée qui revenait cent fois plus forte qu'avant. « Pourquoi ?

— Je ne leur voyais plus de raison d'être. L'Evangelion-00 est détruite. L'Evangelion-01 ne m'accepte plus. Tout porte à croire que ce serait pareil avec l'EVA-02. Cela étant, non seulement la Plug Factice elle-même s'est avérée inutile, mais étant donné qu'il ne reste plus qu'un seul messager à venir, les chances que je participe en personne à un autre combat sont quasi nulles. Aussi les risques qu'encourt ce corps sont relativement faibles. »

Aussi flagrant que soit le mensonge, elle lui présentait une justification raisonnable.

« Ce n'était… » Gendo se força à garder son calme, « pas à toi d'en décider. »

Rei, cependant, ne fit pas le moindre geste pour s'excuser.

« Akagi, se tourna-t-il vers la blonde qui avait cessé de sourire, je ne peux plus vous accepter comme responsable du projet E. Je suis bien conscient qu'il ne me servirait pas à grand-chose d'annuler vos mots de passe et vos codes d'accès, mais sachez bien que je ne pourrai et ne saurai tolérer une autre rupture de la chaîne de commandement. »

Il s'épargna d'ajouter « Vous n'aurez pas la même chance de voir quelqu'un intervenir en votre faveur la prochaine fois », cela étant évident pour toutes les personnes présentes.

« Vous pouvez partir », souffla-t-il. Il ne se serait jamais attendu à la laisser s'en tirer avec un châtiment aussi léger pour sa trahison, mais quel choix avait-il avec Rei qui la couvrait ? Le docteur semblait tout aussi surprise de s'en tirer à si relativement bon compte lorsqu'elle hocha la tête sans mot dire et quitta la pièce.

Mais il la remarqua à peine de toute façon. Ses yeux étaient plongés dans les rouges de l'adolescente aux cheveux bleus. Pourquoi faisait-elle ça ? Quelle pouvait être sa raison de vouloir la destruction du Système Factice ? Qu'était-il censé faire d'elle maintenant ? Pour une fois, les mots lui firent complètement défaut.

Fuyutsuki finit par mettre fin à cette confrontation silencieuse. « Cela vaut aussi pour vous, pilote Ayanami. »

Elle hocha la tête, et entreprit de partir.

« Rei », l'arrêta cependant Gendo alors qu'elle atteignait la porte. Elle ne fit que tourner légèrement la tête. « Tu m'as déçu. »

Ce n'était pas une question, aussi n'avait-elle pas besoin de répondre. Mais si cela la troubla de quelque manière que ce soit, elle n'en fit rien paraître. Le seul signe de reconnaissance qu'elle donna fut une brève pause silencieuse. Puis elle reprit son mouvement et sortit.

Quand la porte se fut refermée, le professeur émit un rire amusé que Gendo n'était pas vraiment d'humeur à partager. « Elle est maligne. Dans un sens, elle s'est assurée que vous preniez bien soin d'elle maintenant.

— Je pourrais très bien le faire en l'enfermant dans une cellule de détention.

— J'étais un peu surpris que vous ne l'ayez pas fait. Si quelqu'un d'autre avait fait ça, ç'aurait été le châtiment le plus clément. » Fuyutsuki s'accorda un sourire en coin. « Et d'autres parents auraient depuis longtemps privé de sortie leur adolescent rebelle.

— Les autres "parents" ne dépendent pas de la coopération de leurs enfants. Jusqu'ici, elle est encore assez obéissante pour ne pas aller à l'encontre d'un ordre direct. Mais si je venais à l'enfermer maintenant, cela ne ferait qu'alimenter sa rancune envers moi. Il se pourrait alors qu'elle refuse de remplir son rôle par pur dépit le jour venu. C'est un risque que je ne peux pas courir. »

Gendo savait que le vieil homme le considérait avec un léger dégoût. Le professeur avait toujours eu un problème avec sa façon de se servir des gens. Et il était forcé d'admettre que cela avait ses inconvénients de devoir rester en bons termes avec eux tant qu'il en avait besoin.

Mais par bonheur, Fuyutsuki était assez professionnel pour ne pas exprimer à haute voix la gêne que lui inspiraient ses décisions. Au lieu de ça, il souleva un autre problème.

« Il semblerait qu'ils soient entrés en contact avec elle après sa résurrection. Pensez-vous qu'ils l'aient également influencée ? »

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La tête de Ritsuko lui tournait encore lorsqu'elle quitta le bureau du commandant. Le docteur avait du mal à appréhender ce qui venait de se produire là-dedans. Quand elle était entrée, elle s'était sincèrement attendue à se retrouver dans une cellule de détention ou probablement même morte sous peu, et maintenant elle était… libre…

Elle laissa échapper une profonde expiration, sentant soudain la lassitude accumulée au cours des derniers mois la submerger. Tout était fini maintenant. Plus de secrets à ajouter. Plus de responsabilités insoutenables. Plus d'espoirs pour un amour qui n'existerait jamais…

Perdue dans ses pensées, elle faillit ne pas remarquer la porte à côté d'elle se rouvrir.

« Rei ! » lança-t-elle, presque par réflexe, mais cela stoppa la fille aux cheveux bleus qui attendit d'entendre ce que Ritsuko lui voulait. Si seulement elle le savait elle-même.

Elle avait un « merci » sur le bout de la langue, mais il n'arrivait pas à sortir. Elle n'était même pas sûre que Rei puisse apprécier de telles paroles de gratitude. À la place, la chose la plus logique après cela franchit ses lèvres : « Pourquoi ?

— Je crois… que vous avez encore un but ici », fut la réponse calme. Se retournant légèrement, le regard perçant de Rei croisa le sien tandis qu'elle poursuivait. « Vous n'êtes pas remplaçable, Dr. Akagi. Vous ne devriez pas gâcher votre vie. »

Ces mots choquèrent Ritsuko davantage qu'elle ne l'aurait cru. Pas de frustration ou de colère, mais parce qu'elle les entendait venir de la dernière personne d'où elle les aurait attendus. Et un léger sourire se dessina sur ses lèvres. « Ce que tu as fait là-dedans… Je ne savais même pas que tu en étais capable. »

Rei plissa les yeux. « De mentir ? »

Ritsuko secoua la tête. « D'aider quelqu'un comme moi. En se rangeant contre lui qui plus est. »

La fille aux cheveux bleus parut surprise par ses paroles, comme si elle n'avait même pas réalisé ce qu'elle avait fait jusqu'à présent. Après y avoir réfléchi pendant une seconde, cependant, elle se détourna pour repartir. « Je suis ma propre personne. Je suis capable de décider pour moi-même. »

Elle partit avant que Ritsuko ne puisse en dire davantage, mais même si la scientifique l'avait voulu, cette déclaration la laissa complètement à court de mots. Un sourire décontenancé se forma sur ses lèvres.

Il avait peut-être choisi Rei plutôt qu'elle. Mais ça ne voulait pas dire que Rei l'avait choisi elle aussi. Et d'une certaine façon, cette pensée procurait davantage de plaisir à Ritsuko qu'elle ne s'y serait attendue. Parce qu'à la fin, il se pourrait bien qu'il se rende compte qu'il avait mal choisi.

Et Ritsuko serait là pour voir sa tête à ce moment-là.

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« Oh mon Dieu, marmonna Daisuke Tanaka, traînant nerveusement les pieds tout en regardant le véhicule de transport s'immobiliser. Oh mon Dieu, oh mon Dieu.

— Du calme », lui dit l'homme à la queue de cheval à côté de lui en souriant. C'était entièrement de sa faute. « On va finir par croire que tu as envie de pisser.

— Du calme ? DU CALME ?! » répéta Daisuke en criant. Il passa sa main tremblante dans ses cheveux trempés de sueur en tentant vainement de se calmer. « Je suis un homme mort. Ils vont s'en rendre compte. Pas moyen qu'ils ne remarquent rien. Quelque chose d'aussi gros que ça ne passe pas inaperçu.

— Ne t'en fais pas, le calma l'autre en grattant son menton mal rasé. Ils nous épargnent beaucoup de travail avec leur confidentialité. Comme tu l'as dit toi-même, personne ne sait ce que font les autres. La compagnie de transport ne sait pas ce qu'elle transporte, les fondeurs dans les usines ne savent pas ce qu'ils sont censés mettre en pièces et faire fondre en un magma métallique indéfinissable. Ils seront contents avec les 300 tonnes d'artillerie mise au rebut et nous sommes contents avec ce bijou mis au rebut ici présent. » Il hocha la tête en direction des larges camions qui reculèrent prudemment leur chargement couvert dans la halle.

— "Ne t'en fais pas", répéta Daisuke pour lui-même en plaçant la tête qu'il secouait dans le creux de sa main gauche. "Ne t'en fais pas" qu'il dit. Je suis mort et il me dit "ne t'en fais pas"…

— Ma foi, vois les choses ainsi : nous sommes quittes maintenant.

— Quittes ? QUITTES ?! piqua-t-il une nouvelle crise, sans se soucier de ce que les conducteurs le regardent désormais. Oh non, non, non, nous ne sommes pas quittes. Maintenant tu m'en dois une. Et une très grosse ! »

Son compagnon éclata de rire. « Très bien, très bien, rit-il en donnant une tape dans le dos de Daisuke assez fort pour pousser en avant sa carrure qui, il fallait l'admettre, n'était pas très musclée. Mais j'imagine qu'il faudra que ce soit bientôt, avant qu'il ne soit trop tard, hein ?

— Ce n'est pas drôle, grommela Daisuke, quoique l'autre ne soit pas de cet avis.

— Crois-moi, mourir n'est pas si terrible qu'on le dit. » Le rire de l'homme cessa, mais il conserva un sourire suffisant. « Et j'ai de l'expérience en la matière, après tout. »

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N.D.A. : Houa, un autre chapitre déjà. Ça rappelle presque des souvenirs du temps où le premier chapitre suivait quelques jours à peine après le premier, hein ? … Bon, ce n'était pas censé être tout à fait aussi ironique quand je l'avais écrit à l'origine. Je crois que j'ai attendu un peu plus longtemps que nécessaire les corrections des pré-lecteurs et, je l'admets, j'ai également pris mon temps pour appliquer les modifications. Toujours pas sûr que ce truc de publication mensuelle va marcher, bien que j'aie fini jusqu'à présent.:/

Je sais que je marche sur des coquilles d'œufs en ce qui concerne le canon avec le combat contre l'Ange, en rendant Rei et Armisael assez bavards, en ignorant complètement la question de « à qui appartient l'âme qui est dans l'EVA-00 ? » et bien sûr avec l'histoire du "mini-Impact". Me suis-je trop écarté ? J'en sais rien, mais j'aimais l'idée et ce n'est pas comme si j'avais toujours collé au canon auparavant. Parfois, il faut bien envoyer promener l'exactitude en faveur de quelque chose d'original et (je l'espère) de plaisant/intéressant à lire, même si certains vont râler à ce propos.

La question de tuer Rei II ou non était la dernière décision majeure à prendre au sujet de l'intrigue globale. J'espère que mon choix ne dérangera pas les fans de notre albinos aux cheveux bleus préférée, mais AMHA son sacrifice représente un temps fort émotionnel trop important, non seulement pour nous mais également pour elle. Et je crois que mon interprétation que tout en elle n'était pas aussi perdu qu'il n'y paraissait présente un compromis suffisamment acceptable.

J'espère aussi que je n'ai pas donné aux fans de R/S (y en a-t-il qui lisent cela d'ailleurs ?) de faux espoirs avec l'une ou l'autre de ces scènes en se concentrant sur leur relation. Personnellement, je ne doute pas qu'il y ait de l'amour entre eux ; je dirais même que celui qui ne voit pas ça est dans le déni. Mais même si elle a besoin d'amour, Rei ne m'a jamais paru avoir besoin d'un amoureux. C'est pourquoi je ne me vois pas la mettre en couple avec Shinji (ou avec quiconque d'autre d'ailleurs).
Cela dit, je ne suis pas non plus tellement fan du truc "frère/sœur" qu'on voit souvent. Oui, il y a un lien de parenté éloigné et j'imagine que c'est une alternative commode à un degré juste un peu moindre que l'amour romantique — mais je ne vois pas pourquoi l'amitié devrait être si loin en dessous.

Notes diverses :
- Le nom anglais correct pour le(s) lac(s) est juste "Ashi", avec "noko" qui signifie déjà "lac" (je crois, je ne suis pas un expert en japonais). Mais ils étaient traduits par "lac Ashinoko" dans toutes les versions de NGE que j'ai (vérifié) alors je l'ai laissé (d'ailleurs j'avais mis "lac Ashino" auparavant. Mais je le changerai probablement en retouchant les premiers chapitres).
Ed. : Vu que j'ai probablement eu plus de réponses au sujet de ce petit bout-là que de n'importe quoi d'autre dans ce chapitre, j'ai rétabli le "Ashi" correct en fin de compte. Vous êtes contents maintenant ? :P

- Je voulais vraiment caser les lunettes de Gendo dans la scène où Rei III retourne à son appartement, mais ça n'allait vraiment pas (AMHA en tout cas). Elles feront cependant une apparition dans un prochain chapitre.

- Le plus grand écart (chronologique) que je me suis le plus longtemps demandé comment remplir était celui entre l'appel téléphonique de Ritsuko et la révélation des clones. Je n'arrivais pas vraiment à me décider sur combien de tout ça je voulais vraiment raconter à nouveau. Mon côté paresseux a fini par se décider pour "à peu près rien du tout", mais vu le peu de changements drastiques apportés à la série, je pense que c'est aussi pour le bien du lecteur.

- Je ne suis pas sûr d'avoir correctement saisi les intentions qu'avait là Ritsuko. Pour être franc, je n'ai jamais bien compris pourquoi il lui fallait faire la visite à Shinji (à part dans un but purement narratif bien sûr).

- J'ai remarqué que dans la scène où Shinji rend visite à Rei à l'hôpital, elle change soudain de vêtements en passant de sa chemise d'hôpital à son uniforme scolaire entre les scènes. Je ne sais pas si c'est l'une des erreurs de continuité gainaxiennes (de toutes les choses possibles, la plug suit de Shinji comme manifestation de son égo ? C'eeeest ça…) ou si Shinji a vraiment attendu si longtemps qu'elle retourne dans sa chambre, se change et ressorte pour s'asseoir sur l'une de ces chaises d'attentes avant de finir par sortir un « Heureux que tu sois vivante, merci de m'avoir sauvé. » D'accord, ça ne serait pas trop étonnant de la part de Shinji, mais j'ai décidé de l'ignorer quand même.

- En retour, une "erreur" chronologique que j'ai introduite est l'intervalle entre Misato tentant de consoler Shinji et l'appel de la NERV ou de l'hôpital annonçant que Rei était toujours en vie. Dans l'anime, il semble s'écouler quelques heures, si ce n'est quelques jours entre les deux. Mais c'était une jolie façon de mettre fin à la scène — et rien ne dit que le « signal » n'ait pas été juste un faux numéro…

- Merci à LD (j'espère que le changement est suffisant, même s'il n'est pas aussi important que suggéré ;) ), Eric Blair, Tarage et William T. Martin pour la pré-lecture.

- Je vais apporter quelques modifications au chapitre 1 (et d'autres plus légères aux chapitre ou 7 (surtout de simples corrections pour les derniers)) avant le prochain pour mieux les lier ensemble. Rien d'énorme, mais si le prochain épisode débarque et que vous lui trouvez quelque chose de bizarre, vous aurez peut-être envie de jeter à nouveau un coup d'œil au premier. ;)

N.D.T. : Joyeux Noël ! Ho ho ho !
Surpris ? Il y a de quoi, j'imagine. Je mets trois mois pour vous pondre le chapitre précédent, et même pas deux semaines plus tard, voilà le suivant qui débarque ! Je dois dire que je me sentais un peu mal de vous avoir tant fait lanterner, et vu que j'avais besoin de décompresser après mes exams, j'ai mis à profit le bref temps libre que j'avais pour abattre la traduction de ce chapitre (qui est presque deux fois plus court que le précédent, mais quand même) et donc le voilà. Qu'est-ce que vous dites de ça comme cadeau de Noël ?

À titre personnel, je dois dire que c'est l'un de mes chapitres préférés. Les scènes avec Rei me touchent énormément (je crois que la larme unique qu'elle verse pour ses clones m'a davantage ému que les sanglots de femme trahie de Ritsuko dans l'épisode original — et c'est encore plus flagrant avec "Thanatos" en fond sonore comme dans l'épisode) et vu que son rôle à venir va être déterminant dans le dénouement de cette fic (je n'en dis pas plus, spoilers, spoilers)…

Bon, profitez bien de ce chapitre parce qu'avec l'exercice comptable du cinoche où je bosse à clore dans les prochains jours, je vais avoir du pain sur la planche (et après ça la reprise, ah misère ; encore heureux que je n'aie plus cours qu'une semaine sur deux maintenant). Ça ne devrait pas prendre à nouveau trois mois de plus (du moins je l'espère ;) ), mais n'espérez plus de mise à jour aussi rapide que cette fois-ci.
N'hésitez pas non plus à lâcher vos reviews pour me faire part de vos impressions sur ce chapitre, la fic en général ou la qualité de mon travail, ça me fait toujours plaisir de recevoir votre feedback (même quand c'est pour me signaler les erreurs grossières que j'ai laissées passer lors de la relecture — d'ailleurs rassurez-moi : je n'ai pas bâclé ce chapitre, au moins ?).

Allez, à la prochaine. Et encore une fois : bonnes fêtes à tous ! :)