(Cinquante-sixième nuit du FoF, deuxième thème)

Cet OS est écrit pour un jeu du FoF, il fallait le rédiger sur le thème "Serpillière" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un mp.


Balayer le passé

- Et pourquoi je suis censé faire ça ? hurla Drago.

- Et pourquoi je dois me coltiner ça ? cria Harry.

- C'est une honte, j'en parlerai à mon père ! s'étouffa le jeune blond.

- En plus, c'est jamais nous qui salissons, ici, c'est toujours eux ! s'époumona le jeune brun.

- Hein ? Non mais je rêve ! aboya le Serpentard.

- C'est plutôt à moi de dire ça ! rétorqua le Gryffondor.

- Vous êtes complètement injuste, professeur ! sifflèrent les deux ennemis d'une même voix.

Ils s'arrêtèrent de hurler, fatigués l'un comme l'autre et surpris d'avoir eu la même idée. Pour une fois, les deux maisons étaient d'accord sur un point : s'énerver contre Bibine. L'arbitre de Quidditch avait en effet eu la bonne idée de souffler à McGonagall une punition digne des plus grands fauteurs de trouble de l'histoire des sorciers : faire nettoyer à Malefoy et Potter les vestiaires des sportifs sans avoir recours à la magie. Les deux capitaines éructaient de rage. La guerre finie, Poudlard avait décidé d'ouvrir une année exceptionnelle pour rattraper le niveau de tout le monde. Aussi, Harry et Drago avaient repris leurs places dans l'équipe de Quidditch et la bataille de dragons de papier cracheurs d'encre en cours de McGonagall n'avait pas été appréciée. Ainsi, quelles que furent leurs gémissements, leurs plaintes ou leurs supplications, McGonagall et Bibine restèrent intransigeantes.

Aussi, la haine dans le cœur et le balai à la main, les joueurs partirent d'un même pas vers les vestiaires, non sans se fixer sans ciller d'un regard glacial.


- Frotte plus fort, Potter.

- Balaie mieux que ça, Malefoy.

- Du nerf, Potter, je nettoie pas tout seul.

- Tu nettoies rien, je suis obligé de repasser derrière toi, crétin.

- C'est parce que tu as la serpillière, débile !

- Je sais bien, heureusement que c'est moi qui m'occupe de ça, car tu serais bien capable de tout foutre en l'air, idiot !

- Ta mère t'a jamais dit que tu étais bon qu'à nettoyer les chiottes ? Ah, non, c'est vrai, elle est morte avant d'avoir eu le temps de le faire.

- Tu vas regretter tes paroles, Malefoy !

- Et qu'est-ce que tu vas me faire ? On a pas de baguette.

- J'ai pas besoin de baguette !

Et sans autre forme de procès, il se jeta sur son comparse qui s'écrasa au sol dans un grand cri terrifié. Mais la rage et l'amertume décuplaient leurs forces. S'ensuivit un joli ballet de coups de pieds et poings dans une harmonie digne d'un ballet de lutins. Ils s'arrêtèrent au bout d'un moment, après deux yeux au beurre-noir et des bleus un peu partout. Fatigués, ils se séparèrent, en sueur et haletant chacun sur un banc de part et autre des vestiaires.

- Je te hais, Potter.

- Je te le rends bien, Malefoy.

- Je te hais plus que toi.

- Non, c'est moi.

- Je te hais encore plus.

- C'est pas possible.

Ils se fusillèrent du regard, avant de soupirer en même temps. La bagarre les avait harassés. Ils essuyaient tant bien que mal le sang qui s'écoulait de part et d'autre de leurs blessures. Soudain, Harry se leva.

- Mais tu peux m'expliquer, hein ? demanda-t-il, épuisé. Tu peux m'expliquer pourquoi tu m'en veux ? Pourquoi tu me détestes ? Pourquoi ta famille déteste tout ce qui bouge ? Pourquoi tu te comportes comme ça avec Hermione ? Pourquoi tu méprises Ron ?

Drago ouvrit la bouche, puis la referma.

- Tu es si stupide, Potter ? Il n'y a rien à expliquer. C'est juste que… c'est dans l'ordre des choses, voilà tout. Je te déteste depuis le jour où tu as refusé de me serrer la main dans le train.

- Tu venais d'insulter Ron, précisa Harry.

- Weasley est un traître à son sang.

- Ron n'est un traitre de rien du tout. Sa famille a fait ses choix, elle a préféré faire confiance aux moldus et accepter. Quoi qu'il en soit, fit-il en voyant la moue malade de son interlocuteur, comment peux-tu juger quelqu'un d'après ce que ses parents ont fait ?

- Parce que tu ne fais pas la même chose pour moi, par hasard ?

Devant l'œil goguenard de Drago, Harry ouvrit la bouche pour répliquer, mais il se ravisa. Il venait de toucher un point.

- Oui et non.

- Comment ça, oui et non ? s'indigna le jeune blond, écœuré de mauvaise foi.

- Oui, au départ, mais plus maintenant. Je t'ai sauvé la vie.

- Quel est le rapport ? Sinon, tu m'aurais laissé brûler dans la Salle sur Demande, c'est ça ?

Harry sembla réfléchir. Il ne savait pas trop le rapport non plus entre laisser quelqu'un mourir dans d'atroces douleurs et le fait de juger quelqu'un d'après sa famille, mais hors de question de donner raison à Malefoy.

- Absolument, mentit-il, même s'il sentait l'absurdité de sa réponse.

- Donc, tu es à mon niveau. Je t'aurais bien laissé aussi.

L'air dubitatif de Harry eut raison de l'arrogance de Drago qui s'agita sur son banc.

- Tu n'as pas fini de répondre à mes questions, reprit Harry. Pourquoi tu en veux autant à Hermione ?

Drago baissa la tête, lèvres pincées.

- Tu es jaloux d'elle, c'est ça ?

- Il n'y a pas que ça, s'entendit-il dire.

Un long silence s'ensuivit. Drago se mordit les lèvres.

- Mais c'est toi qui m'as détesté le premier, lança-t-il, se raccrochant à cette phrase comme unique bouée de secours.

Trop tard. Harry ne comptait pas arrêter cette discussion.

- Change pas de sujet. Je t'ai dit que je ne pouvais pas serrer la main de quelqu'un qui venait d'insulter ouvertement un de mes nouveaux amis et avec des arguments aussi peu objectifs.

Drago soupira longuement.

- Laisse tomber. Granger est énervante au plus haut point. Elle enquiquine le monde à vouloir tout changer, tout améliorer, à se mêler de ce qui ne la regarde pas. Elle m'énerve. Elle réussit toujours tout. Elle n'a peur de rien. Quel que soit les problèmes qui la submergent, elle reste droite, fière et avance malgré tout. C'est une chieuse finie, lâcha-t-il d'une voix éteinte.

- Elle a appris tout ça grâce à toi.

Drago émit une interjection de mépris en levant les yeux au ciel.

- En fait, tu aimerais bien être comme elle, déclara le jeune brun après un court silence.

- Ca va pas, Potter ? T'es fou ? s'étouffa le Serpentard, outré.

Il simula une toux, mais Harry avait croisé les bras et le jaugeait du regard d'un air affable, ce qui le mit dans une rogne verte. Il se gratta la tête, vexé.

- Tu m'énerves. C'est pour ça que je peux pas vous encadrer. Vous êtes si… énervants.

Tous. Autant qu'ils étaient. Ils avaient cette force, cette faculté d'avancer qu'il n'avait pas. Cette puissance qu'il aurait tant aimé avoir pour sortir de l'ombre de son père, pour lâcher les jupons de sa mère, pour enfin pouvoir vivre.

- Hé, Drago…, appela doucement Harry.

Le jeune blond se redressa, électrifié.

- Comment tu…

Harry semblait nerveux, à son tour.

- Tu sais… Je sais pas… On pourrait… Enfin, peut-être pas tout de suite… Mais à la longue… On pourrait… commencer à se voir comme des gens normaux… Genre, se parler normalement, tu vois… Je dis pas qu'il faut qu'on y arrive tout de suite, mais… Enfin, c'est toi qui vois…

Et il avança une main timide, tremblante, offerte. Il y eut un silence long, très long. Drago Malefoy fixait sans ciller le regard d'Harry Potter, essayant de dénicher la moindre trace de sarcasme ou de cynisme dans ses iris vert feuille. Mais il n'y avait rien de tout cela. Juste une sincérité flagrante et dérangeante. Mais tellement rassurante.

Alors, lentement, très lentement, le jeune blond finit par avancer sa main vers la sienne. Ils se serrèrent une poignée brève mais intense.

- Allez, viens, on a pas fait ce côté, Harry. Amène ta serpillière.


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Au plaisir!