Disclaimer : Naruto & Cie appartiennent au grand, à l'unique, à l'incroyable Masashi Kishimoto.

Warning : Looooongue note d'auteur en fin de chapitre. A lire ou, em.. pas. Hee. (Ah, et looong chapitre aussi ; 10 480 mots.)

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Bonne Lecture.

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Going In for the Kill

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Chapitre 5, Partie 2


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Bon.

Naruto aurait peut-être dû retenir légèrement sa force. Non pas qu'il ait cassé l'entrée de la chambre ou quoi que ce soit, mais lui-même fût surpris par l'intensité du bruit qui résulta de la collision entre la porte et le mur. Aussi, oui, peut-être moins d'enthousiasme aurait suffit à montrer qu'il venait d'arriver.

Qui fut le plus choqué des deux ? Il n'en avait aucune idée.

Lui-même l'était déjà beaucoup. Il ne s'attendait pas réellement à trouver un Sasuke dans cet... état. Une veste-sweater noire – dont la capuche était rabattue sur le haut de son crâne et laissait s'échapper quelques mèches noires – était le seul vêtement que l'on pouvait voir, alors que la partie basse de son corps se trouvait sous une couette blanche. Sur ses genoux, un ordinateur portable trônait, et une musique aiguë et familière s'en échappait. A ses côtés, une boîte de Nesquik XL était ouverte, le haut d'une cuillère en sortant, et une légère poudre marron s'était répandue sur le drap. Une assiette tenait juste en équilibre sur le lit, deux peaux de bananes échouées sur le bord, et Naruto la considéra un instant.

Sasuke ne mangeait des bananes et du chocolat que lorsqu'il était déprimé.

Même l'autre assiette déposée sur la table de chevet et qui contenait visiblement des restes de tomates farcies n'était qu'à moitié entamée, probablement laissée au profit de l'autre met plus sucré.

(Alors que l'Uchiha détestait tout ce qui était sucré. Et adorait les tomates.)

Une vague de culpabilité assaillit le blond, et il força ses yeux à rencontrer ceux de Sasuke, après leur rapide examen de la situation.

"AH !"

Le cri, bien plus aiguë que ce à quoi on ce serait attendu de la part d'un homme, résonna un instant, volé à un Sasuke qui plaqua immédiatement sa main contre sa bouche. Et, avant que Naruto ne puisse répliquer quoi que ce soit, le diable – ce devait être lui, pour qu'il puisse bouger aussi vite – s'empara du corps de l'Uchiha qui se leva, faisant tomber son ordinateur sur le matelas ainsi que la grosse boîte jaune, et fonça vers la porte qui se trouvait à droite derrière le lit, la claquant derrière lui. Le bruit du verrou résonna une demi-seconde plus tard.

La fuite d'un fugitif comme Naruto n'en avait jamais vu. Il resta un instant estomaqué.

Azimuté, il recula, ferma la porte une fois, puis re-rentra dans la chambre.

Non, il n'avait pas rêvé.

Sasuke venait bien de lâcher un cri de fillette avant de s'enfuir lâchement. Il fronça les sourcils.

"Eh !"

Enjambant le coin du lit – c'était plus court que d'en faire le tour dans son esprit, en tout cas sur le moment – et manquant de se casser la figure dessus, il se précipita sur la porte pour tenter de l'ouvrir. Elle resta bloquée.

Pas démonté une seconde, le blond entreprit de la cogner avec ses poings, faisant résonner tout l'encadrement.

"Sasuke, ouvre-moi !" cria-t-il d'une voix forte, perturbé une seconde par l'impression de déjà-vu.

Ah, oui. Il venait de se passer exactement la même chose avec le grand frère, cinq minutes auparavant.

"Dégage", répliqua la voix de Sasuke de l'autre côté de la porte.

Selon les estimations de Naruto, ce devait être une salle de bain. Ce qui signifiait que le brun était de toute manière bloqué là où il était, et qu'il n'en bougerait pas de sitôt. La notion de fuite refit surface dans son esprit, et il se mordit la lèvre. C'était lui que Sasuke voulait fuir. Une sensation désagréable remua dans son ventre.

"Aller, S'uke", supplia-t-il à moitié, "il faut qu'on parle."

La réponse fusa.

"Je n'ai rien à te dire."

L'Uchiha n'avait même pas haussé le ton, utilisant à la place une voix teintée d'une sévère amertume que Naruto n'aima pas. Soupirant, il laissa son front tomber contre la porte.

"Moi j'ai des choses à te dire", déclara-il contre le bois vernis, une once de désespoir dans la voix qui ne reflétait qu'à peine la dure vérité.

Il n'y eut aucun son de l'autre côté, et Naruto se retourna, avant de laisser son dos glisser contre la porte, jusqu'à ce qu'il se retrouve assis par terre. Ses doigts vinrent s'enfouir dans les poils courts de la moquette, et il se plut à penser que Sasuke, de l'autre côté du mur, avait adopté la même position. Il hocha la tête pour lui-même, avalant sa salive.

Peu importe qu'il ait voulu le fuir. Il n'allait plus nulle part, maintenant.

"Tu sais que t'es con, Uchiha", se permit-il de faire remarquer d'un ton légèrement trop grave, et s'il n'entendit pas de réponse, il put sentir l'incroyable aura négative que devaient projeter les yeux noirs dans sa direction à travers la porte. Il se mordit la lèvre. "T'as pas encore compris ?"

Il donna un petit coup de coude contre l'épaisseur du bois dans son dos.

"T'es bloqué. Tu peux plus bouger."

A voix basse, la réponse ne se fit pas attendre.

"Ta gueule."

"Ecoute-moi", contra-t-il.

C'est tout ce qu'il demandait.

"C'est tout ce que je demande."

Aucune réplique ne se fit entendre, et Naruto mit cela sur le compte de l'obstination du brun à l'ignorer. Après tout, ce n'est pas comme si Sasuke pouvait se mettre les mains sur les oreilles en hurlant des chansons tout à coup ; il était bien trop... éduqué pour ça. Aussi était-il obliger d'écouter tout ce que le blond aurait à dire – et en silence.

Celui-ci, se sachant pour une fois maître de la situation catastrophique qui se présentait devant lui, prit son temps, réfléchissant à la meilleure des approches. Il n'en voyait actuellement qu'une.

Il déglutit et recolla son crâne contre la porte, relevant ses prunelles bleues pour les fixer au plafond.

"Je crois", commença-t-il, "je crois qu'il y a eu un malentendu."

La déclaration de l'Uzumaki entraîna immédiatement un bruit sourd de l'autre côté de la porte. Sasuke devait probablement se faire violence pour ne pas lui renvoyer de pique, de 'Ah ouais ?' amère qui, il en était sûr, était probablement sur le bout de sa langue.

Tant mieux. Cela rendait les choses plus faciles pour lui qu'il se taise.

"Tu t'es—"

"Ta gueule", répéta Sasuke, de façon plus forte, plus menaçante à travers la porte.

Ok, alors peut-être qu'il ne comptait pas réellement se tenir correctement, tout compte fait.

"Toi, ta gueule", répondit le blond par habitude et cette fois-ci, le bois vibra contre sa nuque avec la force du coup porté.

Tch. Violent petit bâtard.

"Si tu veux me frapper, sors", intima alors l'Uzumaki, sourcils froncés en direction de la porte. "Sinon, écoute-moi."

Il cru entendre un soupir, n'en fut pas certain.

"Barre-toi Naruto. Vraiment."

Eh, comme si.

"Je n'ai absolument aucune intention de bouger", insista-t-il d'une voix plus forte, plus rauque, ses yeux bleus maintenant fixés sur le plafond. "Tu peux toujours sortir pour tenter de me faire partir, ou simplement te taire et m'écouter. Ton choix."

Les deux lui convenaient, à vrai dire. Sasuke n'eut rien à répondre à cela, et Naruto se l'imagina très bien, enfonçant ses ongles dans sa peau sous l'effet d'une frustration qui lui parvenait tout à fait à travers la porte.

"Bien", marmonna-t-il plus pour lui-même, essayant de reprendre le fil de ses pensées. "Donc, comme je le disais" – là, son ton monta légèrement – "il y a eu un malentendu."

Il testa le mot sur le bout de sa langue avec hésitation, avant de le juger stupide. Il soupira.

"Non, en fait, ça n'a rien à voir avec un malentendu. J'ai été con. C'est tout." Le mot ne lui semblait pas assez fort, cependant. "C'était— C'est moi le bâtard, aujourd'hui. Et je comprendrais que tu ne veuilles jamais plus me voir après ça, mais…"

Il s'interrompit, inhalant un grand coup.

Oui, il comprendrait. L'accepter ? Jamais. Rien que la perspective de ne plus jamais revoir Sasuke faisait battre son cœur plus rapidement, alors qu'une sensation d'étouffement le prenait à la gorge. Il ne tenait plus qu'à lui de ne pas se tromper sur ce qu'il dirait.

Sasuke ne semblait plus avoir envie de se manifester de toute façon, alors Naruto devait saisir cette chance pour faire les choses bien. Se rattraper. S'il en était encore temps.

"Kin… Kin n'est pas celle que tu crois", commença-t-il, ne voyant pas d'autre façon d'amorcer ce qu'il savait être une conversation difficile à l'extrême. Le nouveau coup dans la porte – bien que moins fort que les précédents – lui annonça que le brun n'avait aucune envie d'entendre parler d'elle. Le blond tenta de l'ignorer. "Elle est… Elle à trente-deux ans."

C'était un fait risible, pourtant une lueur de détermination s'alluma dans le regard bleu. Sa bouche se transforma en une fine ligne serrée. Il savait ce qu'il fallait faire maintenant.

"Elle a trente-deux ans", répéta-t-il plus fermement, "et elle est arrivée dans ma boîte il y a huit mois. Elle l'a fait pour suivre son mari, Dozu, un homme charmant que j'ai rencontré une fois à un pot de départ." L'Uzumaki prit le temps de se remémorer le fait, n'eut aucun mal à le faire. "Il a reçu une offre d'emploi ici, et ils ont débarqués d'Oto." Il coula un regard à la porte du coin de l'œil. "T'as vu, Oto ? C'est fou comme le monde est petit, nan ?"

Naruto lâcha un soupir, qui se coinça de lui-même dans sa gorge. Il tritura le bas de son tee-shirt avec ses mains, ne sachant que faire d'autre.

"Ils ont deux enfants. Charmants, eux aussi. Kin les a en fond d'écran sur son ordi, au boulot. Elle les montre à tout le monde, tout le temps. Ils sont super mignons. Alors… Oui, Kin est une femme mariée, qui a deux enfants en bas-âge, et qui a tout quitté juste pour pouvoir suivre son mari jusqu'ici. Même si elle voulait le tromper, je crois pas qu'elle en aurait le temps. Franchement."

L'Uzumaki déglutit, persuadé qu'il avait capté l'attention de Sasuke. Il se passa une main dans les cheveux.

"La semaine dernière, quand tu es venu, elle était chez moi pour travailler. On bossait sur la maquette du nouveau groupe – tu sais celui dont je t'avais parlé ? Eh, bien sûr que tu sais. T'es une sorte de génie qui n'oublie jamais rien." Malgré lui, un minuscule sourire, triste dans sa courbure, se peignit sur son visage. Il secoua la tête. "On peut dire que c'était vraiment du mauvais timing. On était là, à bosser, et elle m'a fait du café – fort, parce que j'arrivais pas à me concentrer, vu que… Oui, enfin je suppose que tu sais pourquoi."

Parce qu'il avait franchi le pas la veille, qu'il avait embrassé son meilleur ami, et qu'il était terrifié. Et absolument incapable de se concentrer sur autre chose que sur la façon dont Sasuke avait été pressé contre lui, et sur les conséquences que sa stupidité allait engendrer.

"Bref. Alors elle essayait de me motiver, et… ouais, j'avoue que j'étais un peu chiant et à l'ouest et, une chose en entraînant une autre, j'ai carrément renversé ma tasse sur elle. Je veux dire, elle était à moitié ébouillantée, la nana. Je t'épargne les détails, hein. Entre ses cris de douleur et mes excuses débiles, je l'ai emmenée dans la salle de bain pour qu'elle se change, et je lui ai filé un tee-shirt le temps d'aller trouver une paire de short, ou j'en sais rien. Et c'est là que t'es arrivé."

Naruto n'avait absolument aucun mal à revivre la scène, alors que débraillé et stressé, il était allé ouvrir la porte pour se trouver face à celui qui hantait littéralement ses pensées.

Inutile de dire que le choc avait été rude.

"J'suppose qu'elle était venue me demander les dits-shorts, quand elle est venue nous rejoindre sur le pallier. Je veux dire, c'était tellement… cliché, et… J'ai même pas eu besoin de te regarder pour savoir ce que t'allais penser. J'étais franchement prêt à plaider ma cause et puis— et puis je t'ai vu. Vraiment vu, je veux dire."

Le visage de Sasuke avait crié à la trahison, sans même qu'il ne s'en rende vraiment compte – ou tout du moins, c'est ainsi que Naruto l'avait interprété. Ça lui avait fait mal, vraiment mal de le voir comme ça, mais les choses s'étaient enchaînées d'elles-mêmes.

L'Uzumaki comprenait exactement ce qu'était la perte de contrôle. Parce qu'il l'avait vécu, à ce moment précis.

"Et c'est là que j'ai eu une idée", reprit-il, après une autre grande inspiration. "T'es parti à toute volée, j'étais un peu paralysé, t'avais l'air super en colère, je savais pas quoi faire et… et j'ai eu cette putain d'idée. J'me suis dit, il croit dur comme fer que je suis qu'un connard maintenant alors… pourquoi ne pas le confirmer ? Ça réglait mon problème. Enfin—"

Naruto grimaça quand le mot lui échappa, ne voulant pas un instant que Sasuke puisse lui donner un autre sens. Parce que Sasuke n'était pas un problème.

"Je veux dire que ça me donnait une échappatoire", rectifia-t-il, avant de réaliser que ça ne sonnait pas mieux. Il se frotta les yeux. "Merde, je suis qu'un con, et— et—j'ai eu cette idée, franchement débile, et je me suis dit ; 'wow, voilà la solution.' Alors j'ai proposé à Kin de venir à la soirée de Karin – le jour même, juste après que tu sois parti. Je lui ai balancé une histoire stupide, un truc du genre 'y a une fille qui me harcèle, viens avec moi et fais comme si on était ensemble, ça m'aidera'."

Il fit une pause, et crut entendre un son très étouffé de l'autre côté de la porte. Il se mordit les lèvres, se repassant ses mots dans sa tête et… ses yeux s'écarquillèrent.

"Non pas que tu ais jamais eu quelque chose en commun avec une malade qui me harcèlerait, ou que je t'ai jamais vu comme ça !" s'empressa-t-il de déclarer. "Parce que ce n'est pas le cas, vraiment, vraiment pas."

Bien au contraire.

Il fallait qu'il enchaîne.

"C'était juste pour la faire venir, tu vois ? Et puis ça lui faisait une petite sortie dans la semaine, alors je lui ais dit que ça lui ferait du bien, tu sais, entre le boulot et ses gosses. Elle faisait juste ça pour m'aider, en fait." Une légère grimace vint déformer ses traits bronzés. "Bon, je t'avoue qu'elle m'en a vraiment voulu pour le coup de la danse – parce qu'on avait quand même posé des limites à ne pas dépasser et là… Ouais, disons que j'étais un peu en colère, alors j'ai légèrement oublié." Il s'humecta les lèvres, mit ses mains en avant. "Mais tout va bien, maintenant ! Je crois qu'elle a compris que j'ai perdu les rênes, et que je contrôlais plus grand-chose de ce que je faisais… Donc, c'est bon."

Enfin non, ça ne l'était pas.

Naruto lâcha un autre long soupir, serrant à nouveaux ses poings. L'arrière de son crâne se mit à cogner par intermittence contre le bois de la porte, alors que mille et une questions s'imposaient à lui, lui demandant comment continuer.

"Tout ça pour dire", finit-il par reprendre, "tout ça pour dire que je n'ai jamais couché avec elle. Ni eu de rapport physique avec elle d'aucune sorte. Autre que ceux à la soirée de Karin, mais…"

Mais ceux-là, Sasuke en avait déjà eu un aperçu.

Un silence vint faire écho à ses paroles laissées en suspens, et il ne sut comment le combler.

Il était un peu à court de mots, à vrai dire, ayant espérer que Sasuke serait intervenu au moins une fois durant son discours, ou à la fin de celui-ci, pour qu'il puisse continuer sereinement. Seulement, le jeune homme mettait en œuvre ses directives à la perfection, et gardait résolument le silence. Naruto se mordit nerveusement les lèvres une énième fois, jetant un coup d'œil à la porte derrière lui, comme s'il pouvait entrevoir l'Uchiha derrière.

Il ne vit rien, et reposa sa tête contre son dossier improvisé. Il fit courir ses doigts à travers ses lourdes mèches blondes, les agitant sur le haut de son crâne.

"Tu sais", continua-t-il dans ce qu'il savait être un monologue reflétant à moitié ses divagations, "Je crois que le plus dur, finalement, ça a été de devoir t'ignorer pendant une semaine. J'ai dû littéralement éteindre mon portable, parce que je savais que je craquerais sinon. Ce qui est con, d'ailleurs, dans la mesure où c'était mon idée, et que… Que c'est ce que je voulais, non ?" Ses doigts se mirent à pianoter doucement sur le sol. "Mais je pense que je— Hey !"

La tirade pensive laissa tout à coup place à un cri de surprise, alors que Naruto sentit son appui s'évaporer dans son dos, lui-même valsant en arrière. Avant qu'il ne comprenne ce qui se passait, sa tête vint heurter presque brutalement un sol dur et froid – du carrelage, comprit-il – et il poussa un geignement plaintif.

Tout aussi soudainement, un poids s'affala de part et d'autre de son bassin, renforçant à grande échelle l'impression de totale incompréhension qui l'assaillait. Ses bras, qui voulurent l'aider à se relever, furent tout à coup verrouillés par l'emprise de ce qui semblait être des genoux.

L'action avait, au total, duré moins de cinq secondes. Et elle ne l'avait pas vraiment mis en valeur.

Il ouvrit les yeux, cherchant des repères.

"Qu'est-ce que—?"

"Ta gueule", coupa une voix hostile au-dessus de lui.

Il avisa avec choc Sasuke, qui était visiblement à l'origine de l'ouverture soudaine de la porte de la salle de bain et donc de la chute de Naruto, et qui venait de se mettre à moitié à califourchon sur lui.

Naruto devait-il prendre cela comme une nouvelle progression de leur situation ? Sasuke venait quand même de lui dire de la fermer, et ce de façon assez impolie

"Mais je—Humph !"

Sa protestation mourut dans sa gorge alors qu'une main fraîche vint se plaquer sur sa bouche pour le bâillonner à moitié. Il secoua la tête pour enlever la dite-main, mais ses propres bras étaient toujours bloqués par les jambes repliées du brun. Il ne cessa tout mouvement que lorsque ses yeux rencontrèrent les prunelles noires, posées sur lui avec une intensité qui le fit se pétrifier.

Malgré la situation, les cheveux complétement emmêlés du brun, et l'irascibilité grandissante de ses yeux, Naruto le trouva incroyablement beau. Ce qui était stupide dans sa posture actuelle, mais suffisant pour l'inciter à se calmer, et à fermer sa bouche.

Depuis combien de temps n'avait-il pas été en contact avec Sasuke ? Combien de temps depuis la dernière fois où il l'avait vu ?

(Trois jours tout au plus, mais ça lui avait parut une éternité. Et puis ce n'était pas comme si la fois précédente avait été vectrice de complicité et d'intimité entre les deux hommes. Plutôt l'inverse, à vrai dire.)

Ses yeux étaient grands ouverts, et buvaient tous les détails de ce qui se présentait en face de lui. Sasuke était visiblement confus par le changement soudain d'attitude, suffisamment pour que Naruto ait le temps de sortir sa langue et de lécher la main qui obstruait toujours sa bouche. Comme de juste, l'Uchiha la retira immédiatement, une moue dégoûtée déformant un instant sa bouche.

Naruto voulut à nouveau parler ;

"Qu'est-ce que—"

Et fut encore une fois coupé. Par la dite-main.

Sasuke devait visiblement penser qu'entendre parler Naruto était pire qu'avoir la peau dégoulinante de salive. Les yeux du blond s'écarquillèrent sous la confusion, puis l'inquiétude lorsqu'il avisa avec plus d'attention le visage de son vis-à-vis. Dents et mâchoires serrées, yeux durs, il produisait visiblement beaucoup d'efforts pour fusiller du regard le carreau blanc juste à côté de la tête de Naruto. Et éviter le regard de ce dernier.

"Pourquoi ?" finit-il par murmurer avec une agitation apparemment croissante entre ses doigts, d'une voix si basse que Naruto ne fut même pas sûr d'avoir compris le mot avant de se le repasser mentalement.

Il arrêta de se mouvoir sous le poids du brun, ses sourcils se rejoignant en accent circonflexe sur le haut de son front.

"Pourquoi ?" répéta Sasuke, avec des yeux brulant d'une hostilité palpable. "Pourquoi tu viens me dire tout ça ? T'en as pas eu assez la dernière fois ?"

Naruto tenta de secouer la tête de nouveau pour échapper à son bâillon, mais la main blanche de l'Uchiha ne bougeait pas, et les mots moururent dans sa gorge.

Le visage de Sasuke se contractait sous le maelstrom d'émotions qu'il était visiblement en train de retenir, jusqu'à ce que, finalement, il enlève sa main pour frapper avec son poing le sol juste à côté de la tête de Naruto, qui écarquilla les yeux de stupeur.

"Merde", grogna le brun entre ses dents, pressant ses paupières closes alors qu'il se redressait sur le bassin de l'Uzumaki. "Je te hais, Naruto. Vraiment."

Le jeune homme voulut profiter de sa nouvelle liberté pour se défendre.

"Mais je—"

Encore une fois, Sasuke ne lui en laissa pas le temps.

"Arrête ! Arrête de parler. Pourquoi t'es venu ? Pour m'expliquer que t'as embauché une de tes collègues pour me faire croire que tu te la faisais pour te débarrasser de moi ? Pour me rassurer sur le fait que, ah non ! En fait tu l'as pas baisée, c'était juste plus simple pour toi que je le crois, c'est ça ? Mais vas te faire foutre, Uzumaki ! Toi et ta sollicitude mal placée, vous commencez à me faire ch—"

"Mais quelle sollicitude mal placée ?" cria à son tour le blond. "T'as pas entendu ce que je viens de te dire ? Tout ça c'était du pipo, c'était juste parce que j'avais peu-"

"Est-ce que c'est censé me faire me sentir mieux ?" le coupa Sasuke d'un ton acerbe, que la colère contenue semblait faire trembler. "Je te fais encore… encore 'pitié', c'est ça ?" Le mot venait d'être presque craché, et Naruto grimaça. "Parce que sache que je n'en ai plus rien à faire de savoir si oui ou non t'as couché avec Pin, Kin, ou peu importe comment elle s'appelle, ou si t'as juste fait semblant parce que tu ne savais pas comment m'envoyer me faire foutre poliment. Je ne—"

Pour la première fois depuis qu'il était entré dans cette chambre, Naruto put mettre un autre nom sur la colère de Sasuke. Et il saisit enfin que, en plus d'avoir blesser le brun dans ses sentiments, il l'avait aussi fait dans sa fierté. Et lui même en avait assez pour comprendre ne serait-ce qu'une parcelle de ce que l'Uchiha pouvait ressentir à ce moment précis.

Le choc lui coupa en parti le souffle.

Mais au-delà de la honte et de l'horreur qui lui procurait cette nouvelle découverte, il sentit malgré lui une certaine forme de soulagement poindre dans sa poitrine. Il lui paraissait plus facile de comprendre d'où venait une partie de la colère du brun contre lui, et plus simple de réparer ce tort là.

Il plongea son regard droit dans les yeux onyx de son vis-à-vis, à défaut de saisir son menton avec ses mains de toute façon emprisonnées par les genoux de ce dernier.

"T'as absolument rien compris, S'uke", lui dit-il d'une voix forte pour le couper dans sa tirade haineuse, et ré-attirer son attention sur lui. Avant que l'Uchiha ne puisse contester, il s'empressa de rouvrir la bouche. "J'suis pas— j'suis pas venu enfoncer le couteau dans la plaie, ni te dire que j'ai été un bâtard correct au lieu d'un bâtard tout court, seulement parce que j'avais pas couché avec Kin. Tu— t'as pas… saisis ce que je veux te dire."

Les yeux – emplis de suspicion – de Sasuke semblaient remettre en cause la déclaration de bout en bout, aussi Naruto poursuivit.

"La vérité c'est que…"

Il s'interrompit. Ça avait été bizarrement plus facile à avouer à Sakura. Etonnamment, il ne s'était pas attendu à devoir se déclarer si tôt dans leur conversation, et commença immédiatement à se sentir mal à l'aise. Une sorte de stress stupide s'empara malgré lui de ses entrailles, et il avala sa salive.

Est-ce que Sasuke s'était senti ainsi lorsqu'il lui avait déclaré qu'il… qu'il l'aimait ? Là-bas, sur le ponton.

Comme de juste, cette pensée interrogative le fit se sentir encore plus mal qu'il ne l'était déjà, alors qu'il mesurait encore une fois l'ampleur des dégâts qu'il avait causé. Sakura avait raison ; Sasuke avait dû sortir ses tripes pour oser lui dire tout ça en face, et il avait été récompensé par un piteux mensonge suffisamment convaincant pour le faire fuir définitivement. Contemplé ainsi, le tableau n'était pas très joli.

Mais paradoxalement, celui-ci le força à reprendre courage. Ce n'était plus une éventualité, mais un devoir. Sasuke méritait qu'il se jette à l'eau, pour lui.

Cette pensée lui donna le courage manquant et nécessaire.

"La vérité", reprit-il après une brève inspiration, "c'est que si j'ai fait tout ça, ce n'est pas pour te remballer gentiment. Ni parce que je te vois comme… comme je ne sais quel truc débile que tu pourrais penser." Il se surprit tout à coup à se calmer, reprenant un sérieux étonnant et plongeant ses yeux droit dans ceux de Sasuke. Il se rappelait avec exactitude ce que ce dernier lui avait dit, et sentit son estomac se nouer presque violemment dans son ventre. "La vérité, c'est que je t'aime. Aussi. Pas comme un pote, pas comme un frère. Encore moins comme un frère. Y a pas de malentendu. Je ne veux pas qu'il y ait de malentendu. Je te désire, toi et… voilà. C'est tout. C'est un fait."

Malgré son flegmatisme apparent, les battements de son cœur résonnaient à un tel point dans sa poitrine qu'il avait l'impression que celui-ci cherchait à s'en échapper.

Merde, si Sasuke avait ressenti un seul quart de ce que lui-même était en train d'éprouver en ce moment même – son respect pour lui ne pouvait que grandir.

Parce que, après avoir sorti cette phrase à la fois indéniablement vraie mais incroyablement clichée, et sous le regard insondable de Sasuke Uchiha, Naruto était carrément en train de se pisser dessus. Pas très classe, c'est vrai, et pourtant durement réaliste.

Le pire dans tout ça, c'était probablement le fait que la seule chose qui répondit à sa déclaration fut le silence.

Un silence long, et douloureusement épais.

Sasuke s'était complètement figé au-dessus de lui, et ne disait rien. Rien, niet, nada.

O-kay.

Sentant un stress assez incroyable de par son ampleur commencer à l'envahir à mesure que les secondes passaient, Naruto se mit à ouvrir sa bouche, prêt à partir dans un nouveau discours nerveux pour justifier ses paroles qui – honnêtement ! – ne sortaient de nulle part.

Non mais à quoi pensait-il sérieusement ?

Il balançait à Sasuke qu'il aimait, et il n'avait rien trouvé de mieux que de le faire allongé sur le sol d'une salle de bain, en position de faiblesse totale ? Peut-être que ses amis avaient raison, en fin de compte, de le traiter d'idiot…

Seulement, avant même qu'un seul mot ne fasse vibrer ses cordes vocales, un poing vint rencontrer sa joue gauche. Pour la seconde fois en une journée.

A ce rythme-là, difficile de savoir qui de Sakura ou Sasuke frappait le plus fort…

Son visage percuté se tourna vers la droite, et Naruto eut le loisir de découvrir le pied d'un lavabo. Il avala sa salive, bouche bée quant à ce qui venait de se produire. Sasuke venait de lui donner un coup de poing. De le frapper.

Qu'est-ce que ça voulait dire…?

Avant qu'il ne puisse réfléchir plus avant, le poids qui maintenait jusque là son corps au sol s'allégea, et il n'eut qu'à relever les yeux pour se rendre compte que Sasuke était en train de se relever pour partir dans la direction opposée. De s'enfuir, en fait. Encore.

Sans réfléchir, Naruto se redressa immédiatement, et se jeta en avant au sol pour attraper la cheville du brun, pendant que celle-ci était encore à sa portée. Surpris par l'acte inopiné, l'Uchiha trébucha et s'étala de tout son plein sur le ventre. Naruto réagit instantanément, et se précipita à quatre pattes pour se positionner au-dessus du brun.

La situation s'était inversée en quelques secondes, et cette fois-ci Naruto se retrouvait sur son meilleur ami, le bloquant de tous ses membres, au lieu de l'inverse. Wow. Il s'empêcha de penser et réfléchir à cette situation, sentant qu'elle allait lui donner le tournis.

"Lâche-moi, dobe !" s'écria Sasuke sous lui, le son de sa voix étouffée par le fait que son visage était enfoncé dans la moquette de la chambre, juste après l'entrée de la salle de bain.

"Hors de question", répondit aussitôt Naruto, et il eut le plaisir de découvrir que le haut de sa mâchoire lui faisait suffisamment mal pour le dissuader d'ouvrir sa bouche en grand.

Génial.

S'il avait su à l'avance le résultat qu'il allait obtenir à travers cette entrevue (à savoir des 'ta gueule', des 'barre-toi' et un poing dans la tête), il ne se serait probablement pas donné la peine de… Tss. Bien sûr qu'il serait venu. Sasuke pouvait bien lui jeter mille et une insultes à la tête, il les encaisserait sans se poser de question. En plus, la dite-entrevue était loin d'être terminée et, si on lui laissait son mot à dire, elle allait bientôt évoluer. Dans le bon sens. Le tout était d'abord de faire adopter sa vision des choses à l'Uchiha remuant sous lui.

"Pourquoi tu m'as frappé ?" pressa-t-il, une fois qu'il fut sûr d'avoir une bonne prise sur le corps qu'il surplombait.

La question, si l'on demandait l'opinion de Naruto, était plutôt pertinente.

Il ne s'attendait pas réellement à obtenir une réponse claire et pourtant, c'est bien avec un grognement inaudible que Sasuke finit par remuer les lèvres.

"Parce que tu dis de la merde."

De façon assez surprenante, l'information lui tira un sourire, comme une sorte de réflexe face au ton du brun. Parce qu'il connaissait ce ton. Il possédait une touche privée, presqu'intime, que Sasuke n'utilisait que lorsqu'on le forçait à partager des émotions qu'il préférait garder dissimulées. L'Uzumaki pencha sa tête vers le côté du visage de son meilleur ami, et approcha ses lèvres de son oreille.

"Tu es gêné", murmura-t-il comme une constatation amusée, maintenant réellement sûr de ce fait et, si le coup de poing l'avait réellement sonné, il était prêt à le lui pardonner sans autre forme de procès.

Après tout, Sasuke ne l'avait pas jeter dans un lac, lui. Et son attitude momentanée était juste si… si quelque chose – qu'il avait du mal à définir, mais qui propageait un sentiment agréable à l'extrême dans son corps – qu'il n'avait d'autre choix que de calmer l'énervement qu'avait provoqué le geste du brun.

"Non", marmonna ce dernier avec force dans la moquette, essayant de détourner la tête.

Il ne le fit cependant pas assez vite, et Naruto eut le temps d'entr'apercevoir les rougeurs qui gagnaient le cou et les joues du brun. Une part stupide de lui-même se mit à roucouler dans sa tête, avec un 'Aww' qui résonna suffisamment fort dans son crâne pour qu'il ait un instant peur de l'avoir émis à voix haute. La majeure partie de lui, cependant, travaillait furieusement pour trouver quels mots pourraient forcer Sasuke à s'admettre à lui-même que Naruto retournait ses sentiments. Elle cherchait à toute vitesse lesquels pourraient le faire changer de comportement suffisamment longtemps pour que Naruto ait le temps de s'expliquer autre par qu'à travers l'intermédiaire d'une porte, ou d'une position de dominance totale.

"Pourquoi t'es gêné ?" finit-il par redemander sans réfléchir, quoique conscient du caractère exaspérant de sa question.

"Je ne suis. Pas. Gêné. Lâche-moi."

Naruto fit un 'pop' de désaccord avec ses lèvres, et rapprocha celles-ci de la peau pâle un peu plus.

"Ça ne te va pas, le déni", dit-il d'une voix rauque dans le creux de son oreille. "Tu sais ce que je pense ? Je pense que tu n'as tout simplement pas les couilles d'assumer ce que tu m'as dit, surtout maintenant que je te réponds." Naruto n'avait aucune idée d'où lui venait ces paroles provocantes, ni le courage qui faisait tout à coup battre son cœur plus fort. Il sentait juste une adrénaline étrange se mettre à pulser dans ses veines, probablement provoquée par la vision enivrante de Sasuke sous lui.

Il était tout à coup à la limite de l'excitation.

"Oh, c'est riche, ça, de la part du mec qui vient de m'avouer clairement qu'il m'a traité comme une merde parce qu'il avait peur", railla l'Uchiha, et Naruto fut surpris du piquant de cette réponse. "Peur de quoi ? Du grand méchant loup ?"

Le ton était railleur, moqueur.

Il se releva très légèrement, relâchant un peu la pression qu'il exerçait jusque là sur le dos du brun. Ses sourcils se froncèrent d'eux même, alors que le son de sa voix garda la teinte provocatrice qui l'agitait précédemment.

"Dixit celui qui se cache comme une fillette dans une salle de bain", répliqua-t-il, et il put sentir le corps de son meilleur ami se tendre sous lui.

"Vas te faire foutre, Naruto ! C'est pas comme si j'avais été prévenu de ton arrivée, et que j'avais pu me préparer à l'image de toi débarquant de nulle part dans ma chambre !"

Cette fois-ci, le blond se redressa réellement, ses joues se colorant très légèrement de colère.

"Hey, je te signale que j'aurais pas eu à 'débarquer de nulle part' comme tu dis, si tu avais répondu à un seul de mes appels ce week-end, au lieu de carrément me bloquer !"

Il avait en effet caché ce dernier fait à Sakura, ne voulant pas paraître plus pathétique qu'il ne l'était déjà devant la jeune femme. Mais s'il avait eu autant de mal à se laisser convaincre de revenir à la charge avec Sasuke, c'était notamment à cause du silence radio du jeune homme lorsqu'il avait, malgré tout, tenter de le contacter durant les trois derniers jours. Il connaissait maintenant la messagerie du brun par cœur.

(Son état de catatonie avancée avait été grandement accentué par cette répétition d'échecs.)

Sasuke sous lui tenta de se retourner, et le blond le laissa à moitié faire, à peu près persuadé que ce n'était plus pour fuir de toute façon.

"Ah, excuse moi de ne pas avoir décroché", répliqua-t-il acerbement. "Après tout, ce n'est pas comme si on m'avait poussé dans un lac et que mon portable avait coulé avec moi !"

Naruto s'apprêta à rétorquer avec une tirade bien sentie elle-aussi, mais les mots de Sasuke se mirent à actuellement prendre forme dans sa tête, et leur sens le coupa dans son élan.

Oh.

Il ne put empêcher la culpabilité d'envahir ses entrailles, alors qu'il se revit pousser son meilleur ami du haut du ponton, dépassé par les évènements. L'information le fit finalement clore ses lèvres, et se reculer définitivement pour s'asseoir sur le sol, à mi-chemin entre le carrelage de la salle de bain ouverte et la moquette de la chambre. Aussitôt Sasuke se releva, se retournant pour plonger ses yeux dans ceux un instant perturbé de Naruto.

"Ou peut-être tu pensais que j'allais magiquement en racheter un nouveau, pressé d'avoir de tes nouvelles ? Vas te faire foutre", répéta-t-il.

Il y eut un léger silence, durant lequel les deux hommes s'avisèrent, l'un avec une colère contenue, l'autre avec un l'air ébahi de celui qui cherche ses mots.

Naruto finit par les trouver.

"Tu ne me crois pas", dit-il, et cette constatation sortit par l'intermédiaire d'une voix blanche.

Il avait du mal à comprendre ce qui se passait exactement dans la tête du brun – bien qu'il en ait une légère idée – mais il avait au moins compris cela. Sasuke n'achetait ni ses excuses, ni ses précédents aveux sur ses sentiments.

"Non", rétorqua Sasuke face à lui, son ton perdant de son mordant pour souffler cette réplique avec fermeté.

Et, juste comme ça, Naruto sut ce qu'il devait faire.

Il n'en douta pas un instant.

Alors, avec une extrême lenteur qui permettait à l'Uchiha d'étudier la moindre évolution de ses gestes, il leva la main, effleura la mèche corbeau qui tombait le long de la joue crème, et la glissa derrière le cou du brun.

Il pouvait presque sentir la peau se hérisser en chair de poule sous ses doigts, preuve du pouvoir qu'il possédait malgré tout et malgré lui sur le brun.

Et s'il n'esquissa pas le moindre mouvement pour l'empêcher d'avancer son visage vers le sien, Sasuke fronça les sourcils, et laissa échapper un soupir presque exaspéré de la barrière de ses lèvres. Il commença à secouer la tête imperceptiblement.

"Naruto, arrê—"

Trop tard.

Le blond était déjà décidé, yeux fixés sur sa cible pour lui transmettre exactement le fond de sa pensée. Accélérant son geste avec une volonté de fer, il finit par pencher sa tête vivement, contrastant avec la temporisation presque exagérée du mouvement précédent, et écraser ses lèvres contre celles de Sasuke.

.


.

Accroupi derrière un immense canapé de cuir noir, Itachi Uchiha glissa sa main sous la rainure pour attraper le long fil électrique blanc.

Il se releva avec grâce, brancha l'embout avec facilité dans la prise de la lampe inutile qu'un de ses collègues avait tenu à lui offrir, et ramena le côté opposé au niveau de son ordinateur. Maintenant que celui-ci était enfin en recharge, il s'autorisa un léger sourire, et porta sa tasse de thé vert à ses lèvres.

Une seconde plus tard, ses doigts cliquèrent sur l'icône bleu de Skype.

Une tonalité se fit entendre dans l'instant suivant.

.


.

S'il y a bien une chose que Sasuke était, c'était faible.

Et il se détestait pour ça.

Il se détestait parce qu'à ce moment précis, à cet instant où Naruto l'embrassait pour la seconde fois (troisième si on comptait cet incident au collège), il se sentait céder.

Il avait beau être en colère, sous la pression de deux jours à ressasser une haine profonde pour le blond alliée à un fort sentiment d'injustice, énervé par son arrivée inopinée, plus qu'agacé par son entêtement à tenter de sauver les meubles avec cette sombre histoire de 'je t'aime' – à laquelle il ne croyait d'ailleurs pas du tout, et qu'il rangeait à nouveau dans la case 'fait-ça-par-pitié' des agissements de Naruto – toute cette rancœur s'effondra en un instant.

Il suffisait que sa bouche rentre en contact avec celle de l'Uzumaki et Bam ! Il se retrouvait de nouveau désarçonné. Ça avait de quoi agacer, et même bien pire.

Il n'y pouvait rien, pourtant.

Et tout ce à quoi il pouvait penser, tout ce qu'il pouvait se rappeler à ce moment là, c'est à quel point les lèvres de Naruto étaient chaudes et masculines contre les siennes.

Et à quel point il adorait ça.

Honnêtement, personne ne pouvait le blâmer consciemment pour ce qu'il faisait. Personne ne pouvait le blâmer pour ouvrir sa bouche, et répondre au baiser de Naruto. C'était probablement – sûrement – la seule et dernière fois où l'occasion se présentait. Il avait le droit d'en profiter.

Non ?

Putain.

Il ne savait pas ce qui poussait exactement Naruto à agir ainsi, de façon aussi pressée, assurée, mais le résultat était juste trop… excitant.

Le blond l'embrassait de façon brutale, animale presque, comme s'il avait quelque chose à prouver, et la sensation lui ôtait toute envie de protester. Alors il répondit, avec toute la hargne que lui-même possédait, se redressant pour se rapprocher malgré lui de l'Uzumaki. Bouche contre bouche, dents contre dents, mains contre nuques, tout s'entrechoquait.

Il ne savait pas exactement comment Naruto réussit à parvenir à ce résultat, mais à force d'appuyer sur son cou et sur la chute de ses reins, Sasuke se sentit de plus en plus pressé contre lui, jusqu'à se retrouver presque à cheval sur lui. Il ne s'en plaignait pas.

Sans savoir exactement pourquoi et comment, le baiser qui les joignait se mit à ralentir, devenant plus sensuel que brutal, comme si Naruto cherchait à se faire tout à coup pardonner pour cette attaque inopinée. Sa bouche s'ouvrit, laissant passer une langue presque curieuse et repentante qui venait tester celle de Sasuke. Ce dernier ne la laissa pas seule bien longtemps, et entrouvrit ses propres lèvres pour entourer la langue, la suçotant légèrement. De la gorge de Naruto s'échappa une sorte de gémissement rauque, et le brun se sentit faiblir en l'entendant.

Il ne pouvait même pas lutter. C'était comme s'il était assoiffé.

La main du blond sur sa nuque remonta légèrement dans ses cheveux, s'y accrochant avec une force au goût de désespoir, et Sasuke sentit la sienne venir attraper l'élastique du short de l'Uzumaki. Les respirations se faisaient de plus en plus fortes, alors que leur bouche se mouvait l'une contre l'autre avec une aisance toute nouvelle, étonnante au vu du peu de familiarité qu'ils avaient ensemble sur ce terrain là. Naruto lui mordait la lèvre inférieure, puis venait la lui lécher en une excuse muette, puis il aspirait sa langue, et il massait sa bouche et— terrible. C'était terrible, parce que chacun des amants qu'il avait eu jusque là pâlissait en comparaison.

C'était une chose de savoir que son corps se languissait de celui du blond. Mais c'était une autre de se faire jeter ce type d'alchimie en pleine face au moment même où il s'était convaincu qu'il ne voulait plus de lui.

(Un putain de mensonge, voilà ce que c'était.)

Alors qu'il se pressait de plus en plus contre Naruto– merde, merde, contrôle-toi, merde – celui-ci finit par se reculer, Sasuke l'accompagnant inconsciemment dans son geste, avant de rompre le contact. Presque essoufflé, le blond vint coller son front contre celui de son meilleur ami, leur respiration saccadée se mêlant.

L'Uchiha garda les yeux fermés, se morigénant stupidement pour ce moment de faiblesse, et sentant ceux de Naruto étudier chacun de ses traits. Ce dernier porta sa main à la joue pâle, la caressant doucement, et Sasuke s'en voulut de frémir face à ce contact si chaste par rapport à leur précédent attouchement. Le blond soupira, et son souffle chaud balaya son visage.

"Putain, t'es tellement beau…"

Sasuke pressa ses paupières closes encore plus fort. Il avait l'impression de rêver.

"Naruto…" chuchota-t-il comme réponse, et les doigts bronzés remontèrent le long de sa joue jusqu'au coin de son œil qu'il caressa avec une tendresse douce. Le brun sentit des picotements le brûler très légèrement à cet endroit précis.

Il fut surpris lorsque ses lèvres furent de nouveau capturées en un baiser très court, et ouvrit les yeux d'un coup. Le visage de Naruto était collé contre le sien, sa bouche à un cheveu de la sienne, et tout ce qu'il voyait… c'était ces deux yeux bleus. Toujours trop bleus.

"Ecoute-moi, teme…" murmura Naruto contre sa bouche, la pulpe de ses lèvres le frôlant.

Sasuke était bien obligé. C'était comme si, avec ces baisers, le blond avait aspiré sa colère. Il s'en retrouvait presque étourdi. Captivé par son regard franc, il n'aurait pas pu lui échapper même s'il l'avait encore voulu.

Je t'écoute, répondirent alors ses propres yeux.

"Crois-moi quand je te dis que ce que je m'apprête à te dire n'a rien à voir ni de près ni de loin avec de la pitié", commença Naruto, toujours aussi près, d'une voix toujours aussi douce. Son regard ne vacillait pas, et Sasuke s'y accrochait avec toute la force qu'il lui restait. Le blond ouvrit la bouche. "Je t'aime depuis qu'on a quinze ans. Depuis que tu m'as pris dans tes bras pour me réchauffer en sport. C'était con. Il pleuvait, on attendait que les filles finissent de courir pour y aller à notre tour, il faisait tellement froid que je claquais des dents et t'as fait comme tout le monde. Tu m'as serré dans tes bras, et tu m'as frictionné. Et j'ai eu chaud. Parce que je me suis rendu compte que je t'aimais. Pas comme un garçon de quinze ans est censé aimer son meilleur ami."

Sasuke déglutit, et il sentit son cœur battre à tout rompre dans sa cage thoracique. Il n'arrivait plus à penser.

"Déjà à l'époque", continua l'Uzumaki, sa bouche continuant de frôler celle du brun à chaque mot soufflé, "je savais que toi et moi c'était pour la vie. J'avais jamais eu quelqu'un dont j'étais aussi proche. S'il y a un truc que je ne voulais pas, c'était te perdre. C'est toujours le cas, Sasuke." Naruto ferma les yeux un instant. Puis les rouvrit. "Appelle ça comme tu veux. 'Ne pas avoir de couilles' ou peu importe. J'men fous. Je suis encore à moitié persuadé que tout ça est une mauvaise idée. Et je ne serais pas là si cette peur plus forte n'existait pas – celle de te perdre." Il inspira grandement. "Et putain, Sasuke, je sens que je suis en train de te perdre. Mais je veux pas de ça. Alors je suis prêt à prendre le risque."

Sans qu'il s'en rende compte, sa propre main, blanche contre le teint tanné, était venue encadrer le cou de son meilleur ami dans un geste d'une tendresse qu'il ne se connaissait pas.

"Pourquoi ?" finit-il par réussir à murmurer, surpris de trouver sa voix. "Pourquoi tu penses me perdre si on… si…"

Sasuke n'arrivait pas à finir sa question. Heureusement pour lui, Naruto n'avait pas besoin d'explications plus claires, et son pouce se mit à tracer de petits cercles contre sa peau.

"Regarde mes parents", souffla-t-il. "Amours d'enfance, comme nous. Tu crois que ça a suffit ? Tu penses que je supporterais d'avoir une fin comme celle là avec toi ?"

Parce que c'était plus facile que de s'arrêter sur ce que Naruto était en train de lui dire, Sasuke se laissa un instant replonger dans l'histoire de Minato et Kushina Namikaze-Uzumaki. Ils avaient effectivement commencé à sortir ensemble au lycée – un des couples les plus parfaits de sa connaissance, tout du moins avant le grand déchirement. Des années de rancœur, la découverte d'une tromperie voire même plusieurs, des soirées passées à s'entredéchirer ; Sasuke se souvenait qu'à l'époque, Naruto venait dormir chez lui trois fois par semaine.

Le tout avait été très mal géré. Lorsque le divorce avait été prononcé, le blond n'avait jamais pardonné à ses parents de le forcer à choisir entre eux deux. Le couple avait réellement connu une descente en enfer, et même aujourd'hui, ils refusaient de s'adresser la parole. Sasuke avait déjà assisté à l'une de leur dispute ; il était même surpris qu'ils n'en soient jamais venus aux mains.

A bien y réfléchir, il se demanda comment il avait pu passer à côté d'un tel événement, et comment il avait pu occulter l'importance de l'influence qu'il avait eu sur un Naruto grandissant.

Ce que le blond était en train de lui dire prenait tout à coup un tout nouveau sens, qu'il n'était pas encore tout à fait sûr de bien enregistrer.

"Dobe…" murmura-t-il

Naruto eut un sourire d'autodérision, et secoua légèrement la tête, entraînant celle de Sasuke avec lui.

"J'avais jamais prévu de te dire tout ça. J'me suis même juré il y a bien longtemps que je n'agirais jamais sur ces… ces sentiments, et qu'on resterait toujours amis." Son sourire s'agrandit. "Alors imagine comment je me suis senti quand, sans préavis, je me suis rendu compte que t'étais en train de me faire du rentre-dedans."

Malgré lui, Sasuke sentit ses joues le chauffer, et il baissa son regard sur le cou de l'Uzumaki, toujours à un demi-centimètre de lui.

"Ça avait déjà pas été facile quand t'as fait ton coming-out – j'te jure, j'ai passé la soirée à marcher comme un con dans ma chambre à me demander si j'avais ou non une chance avec toi à ce moment là. Puis la semaine entière d'après à me convaincre que non, ce n'était pas un signe, je risquais trop gros, et je n'avais aucune vraie raison de me lancer dans un truc qui nous apporterait que des emmerdes."

Naruto leva les yeux au ciel ; Sasuke était pendu à ses lèvres. Au sens propre comme au figuré.

"Des emmerdes", répéta-t-il comme si le mot lui semblait ridicule. Puis il reprit un peu de sérieux, quoique son sourire presque ironique étirait toujours ses lèvres. "Et alors, quand j'ai capté que tu… que tu ressentais visiblement une attirance réciproque pour moi, j'ai passé des heures et des heures à me poser des questions. Mais j'ai tenu le coup, et j'me suis dit que jouer à l'idiot marcherait bien."

"Naruto, tu—", commença Sasuke, prêt à interrompre, sans savoir pour autant quoi ajouter.

Mais le blond n'en avait pas terminé, son regard se faisant plus songeur, son pouce plus tendre au niveau de la joue crème.

"Quand j'ai appris par Shikamaru le soi-disant plan que toi et Sakura aviez créé, j'étais hyper mal. Je me disais que—"

"Quoi ?"

Naruto fronça un instant les sourcils, comme perturbé dans ses réflexions par la soudaine exclamation, jusqu'à ce que son regard confus tourné vers Sasuke ne se remplisse d'une culpabilité incongrue lorsqu'il avisa les yeux noirs choqués. Il se mit aussitôt à secouer la tête, et son nez tapa dans celui du brun.

"Non-non, je voulais juste dire le… em, le… Tu sais, le… Merde. Tu m'en veux ?"

L'Uchiha n'aurait pu répondre sachant qu'il était tout à coup happé dans des pensées toutes plus agitées les unes que les autres. Pouvait-il devenir plus pathétique, sérieusement ? Alors comme ça, Naruto le savait depuis le début ? Oh, mon, Dieu. Il n'aimait pas dramatiser les choses, mais ça devenait putain de flippant, là.

En plus, comment Shikamaru aurait-il pu seulement savoir ce qui…?

Et là, tout devint clair pour Sasuke. Ino. Putain. Il avait dit à Sakura de ne pas l'ébruiter, et la jeune femme s'était confiée à Ino ? Il aurait dû s'y attendre.

Une sorte de promesse de mort s'imposa à lui, et il su que la prochaine fois qu'il croiserait sa supposée meilleure amie, celle-ci entendrait parler du pays. Et ce de façon brutale. Il était prêt à passer outre ses principes contre la violence envers la gente féminine.

Il soupira, baissant légèrement la tête, ses longues mèches noires venant en parti recouvrir son visage.

"Merde…"

Immédiatement, les doigts de Naruto se saisirent de son menton pour la le lui relever.

"T'as pas à avoir honte, Sas'ke", lui dit-il, et la conviction derrière ses mots le rassérénèrent au moins un peu. "Franchement, sans ça, je ne pense pas qu'on en serait là aujourd'hui."

Malgré lui, le brun esquissa un mini-sourire. ? Mais où en étaient-ils exactement, aujourd'hui ? Un autre soupir lui fut arraché, et il se mordit la lèvre sous la frustration de ne plus savoir quoi dire, quoi penser.

Heureusement, Naruto avait toujours été le plus loquace des deux.

"Je me suis comporté en idiot et en parfait connard, mais sache que toi tu n'as rien fait de mal. Tu as tenté des… des approches, et si je te les ais renvoyé dans la tête, c'était ma faute, pas la tienne. N'y penses plus – tout ce que tu as fait, tu as eu raison de le faire."

Il avait repris son ton sérieux, et sa main s'était remise à lui caresser la peau. Encore une fois, Sasuke se retrouve happé par les paroles du blond.

"Je dois t'avouer que c'était super dur, pour moi. Tout tourner en dérision, faire comme si je comprenais pas ce qui se passait. Putain. Le pire, c'était cette fois, au parc. Quand tu m'as dit ça comme ça ; "je t'aime". J'te jure, S'uke, ton regard à ce moment là. Je crois que c'est la fois où j'ai eu le plus envie de t'embrasser de toute ma vie. C'était. Horrible." Naruto déglutit, et finit par replonger ses yeux dans ceux de son meilleur ami. "Tu sais pas les conneries que j'ai du me raconter pour me retenir. Une catastrophe. Je n'arrivais plus à penser. Et puis j'ai fini par sauver les meubles. Je me sentais tellement mal."

Sasuke aussi s'était senti mal, cette fois-là. Pourtant, entendre la version de Naruto propageait une sorte de chaleur agréable dans sa poitrine – il n'était pas encore tout à fait sûre d'en connaître l'exacte raison.

"Et" – le mot fut soufflé avec douceur – "tu ne peux pas savoir à quel point je m'en veux pour tout ça. Alors pardonne-moi."

Ah.

Comment aurait-il pu en être autrement ?

"Mais tu es là, maintenant."

Sasuke avait adopté le même ton silencieux, envieux de ne pas rompre le fragile équilibre qui les liait.

Tout à coup, ce fut comme si un immense projecteur venait de s'allumer dans son cerveau, projetant sa lumière sur ses idées, et lui permettant de les organiser. Enfin, il comprenait. Enfin, il se rendait compte que Naruto avait bien fait de venir. Enfin, il se sentait soulagé.

Ils allaient peut-être quelque part, finalement.

"Mais je suis là, maintenant", répéta Naruto.

Alors, pour la première fois, ce fut Sasuke qui initia un baiser. Encore légèrement incertain, court, curieux presque. Le blond y répondit tranquillement, et l'Uchiha le sentit sourire contre ses lèvres.

Naruto tourna la tête légèrement, s'approcha un peu plus, et laissa sa bouche effleurer une des oreilles de son vis-à-vis.

"Je t'aime", y souffla-t-il.

Sasuke le sentit complètement cette fois-ci ; l'énorme tressautement que fit son cœur dans sa poitrine. Il se recula, prit le temps d'observer la sérénité qui venait d'enfin prendre possession des traits de Naruto, et se mordit la lèvre.

Le blond lui offrit un sourire, tout simple dans sa courbure.

Et c'était ça.

C'était ça qu'il voulait – peu importe les emmerdes qu'ils avaient eues, peu importe ce qu'il s'était passé, peu importe tout ce qui existait autour d'eux. C'était ça qu'il voulait, et il ne se sentait pas prêt à le laisser passer devant son nez sans le saisir encore une fois.

Naruto dut penser la même chose car, dans l'instant suivant, leur visage se rencontraient dans une symbiose quasi-parfaite.

.


.

Itachi fit un léger signe de la main pour signifier d'attendre, et sorti son portable de sa poche. Il regarda l'identité de l'appelant un instant, avant de laisser un sourire fin étirer ses lèvres avec grâce.

Tout cela tombait très bien.

Il fit glisser son pouce sur le nom, et déclencha sa réponse. Une fois l'appareil porté à son oreille, il découvrit ses dents.

"Allô ?"

.


.

Ils s'étaient retrouvés sur le lit.

Sasuke, plaqué sous le poids de Naruto, laissait ses mains parcourir l'ensemble du corps de son comparse, et de sa bouche s'échappaient par intermittence des grognements sourds de plaisir, qui faisaient échos à ceux du blond.

Ils s'embrassaient, se touchaient, se découvraient – et ce d'une façon qu'ils n'avaient jamais explorée avant. L'un comme l'autre se sentait bien, et Sasuke, pour la première fois depuis de nombreuses années, laissaient l'espoir l'envahir. Ils avaient enfin trouvé leur voie, étaient enfin sur le bon chemin.

La séance fut de courte durée cependant, interrompue de façon complètement aléatoire et inattendue.

En voulant se frotter contre Sasuke, Naruto le poussa un peu trop fort, faisant sans s'en rendre compte tomber l'ordinateur portable qui trônait dangereusement près du bord du lit. Il s'ouvrit dans sa chute, et la même musique que lorsqu'il était entré dans la chambre se répandit autour d'eux.

Les deux jeunes hommes ouvrirent les yeux, s'avisèrent avec une expression différente – et le moment fut fini au moment même où les joues de Sasuke prirent une teinte assez intéressante de rouge.

"Putain", laissa-t-il échapper, cachant son visage avec son bras, et Naruto se précipita aussitôt sur l'ordinateur.

"J'y crois pas", s'exclama-t-il avec un sourire qui allait presque jusqu'à ses oreilles. "Tu matais Happy Tree Friends ?"

Sasuke ferma les yeux plus fort. Le destin avait donc décidé de le priver de tous ses secrets aujourd'hui. Soit. Pourquoi ?

"Ça me détend", marmonna-t-il.

Il entendit cependant clairement le gloussement de Naruto qui, encore avachi sur lui, fermait l'ordinateur.

"Te détend ?" répéta-t-il, d'un ton à la fois incrédule et heureux. "Regarder des petits animaux tout mignon s'entretuer de façon gore, ça te détend ?"

Dit comme ça, c'est vrai qu'il passait pour une sorte de psychopathe. En même temps, ce n'était pas sa faute s'il avait toujours tenu en haute estime ces mini-épisodes, et qu'il avait essayé de se rendre le sourire ces trois derniers jours. (Ça n'avait pas marché, en passant.)

Naruto continua sur sa lancée, reportant ses yeux sur le visage toujours carmin de l'Uchiha

"Maintenant qu'on est ensemble, j'peux t'assurer que je vais te faire changer de tempérament en un rien de temps !"

Ce qui était au départ une boutade censée tirer un sourire, réussit à geler en une seconde l'ambiance, alors que chacun des partis se figeait. Un blanc se forma un instant, vite comblé par une tentative ratée de justification de Naruto.

"Enfin, je veux dire…" il s'interrompit, cherchant un signe dans le regard soudain fuyant de Sasuke. "On est ensemble… non ?"

Il douta un instant de la réponse, se demandant si peut-être il avait mal compris, et que l'Uchiha lui en voulait encore. Peut-être n'avait-il pas envie de lui de cette manière ? Non. C'était stupide. Lui voulait être avec son meilleur ami, et rien ne l'empêcherait de l'obtenir si Sasuke se sentait hésitant.

Un léger silence répondit cela dit à sa question, et le brun finit par baisser les yeux pour rencontrer ceux de l'Uzumaki. Il se mordit la joue intérieurement, réfléchissant à une réponse intelligente et sensible. Malgré lui, Sasuke pouvait sentir une sorte de stress l'envahir. Il essaya d'adopter une voix ferme.

"Je… C'est ce que tu veux ?"

C'était une chose de se déclarer, de s'embrasser, et une autre de décider de la tournure que leur vie allait prendre. Il se sentait mal à l'aise parce que – et si il venait de rêver tout ce qui venait de se passer ?

Le sourire que lui renvoya Naruto fut probablement le plus beau qu'il ne lui ait jamais adressé. Et il fit s'envoler tous les doutes qui encombraient encore son esprit.

"Oui", répondit-il, et sa voix ne laissait aucune place à l'incertitude.

Alors Sasuke laissa un sourire étirer à son tour ses lèvres.

"Moi aussi", murmura-t-il.

C'était tout ce dont ils avaient besoin.

Au moment où Naruto allait se repencher par dessus l'Uchiha pour sceller le deal et l'embrasser à nouveau – est-ce que le brun avait une fois imaginer que ça lui arriverait pour de vrai ? Aurait-il pu imaginer une seule fois qu'un jour il en serait là ? – un cri inattendu vint à nouveau briser l'instant.

"Kyaaaaa !"

Les deux hommes se figèrent. Encore.

Dans un mouvement de nouveau parfaitement synchronisé, ils se retournèrent vers la porte de la chambre, où se tenait un Itachi qui avait l'air particulièrement content de lui. Dans sa main gauche se trouvait son ordinateur portable, écran ouvert et tourné vers eux, avec en gros plan une Sakura rougissante et un sourire à mille watts (il leur semblait déceler l'ombre de Gaara dans le fond). Dans l'autre se trouvait un téléphone, pressé contre son oreille.

"Je le savaaais !" hurlait Sakura devant le visage choquée de ses deux meilleurs amis. "Je suis un génie, OhmonDieu, je l'avais totalement prédit, j'ai réussi !" Elle ajouta deux ou trois gloussements, jetant ses bras en l'air. "Ino, viens voir, on a enfin le visuel ! Viens, je te dis !"

Le temps que son amie blonde apparaisse, Itachi se permit un petit grognement amusé, et secoua son téléphone portable.

"C'était Maman au téléphone. Vous êtes tous les deux conviés à manger chez elle demain midi." Son sourire devint plus narquois. "Sasuke, je sens que tu vas adorer ce moment. Elle est, comment dire… très excitée. Naruto, je t'autorise à passer la nuit ici."

Son sourire se glaça légèrement ; ses yeux calculateurs balayèrent la position dans laquelle ils étaient.

"Chambre séparée, bien évidemment."

La moue d'incompréhension choquée du blond se transforma en sourire désolé et coupable, et il se dégagea aussitôt pour se relever, et maintenir une distance entre lui et un Sasuke à l'air abasourdi.

"Kyaaaaaa !" cria une nouvelle voix. "T'as raison, Sakura ! Merde, qu'est-ce qu'ils sont sexy ensemble ! Youhou ! Tu vois, Sasuke, on t'avais bien dit que ça marcherait !"

Itachi leur adressa un sourire poli, et déposa l'ordinateur sur la commode, face au lit.

"Je vous les laisse", ajouta-t-il, avant de tourner le dos et de s'en aller d'un pas tranquille et – selon Naruto – menaçant.

"Embrassez-vous", cria Ino. "Allez, on veut voir ça !"

Ses paroles excitées laissèrent place à un nouveau "Kyaaa" commun avec Sakura lorsque l'Uzumaki posa une main sereine sur la cuisse de Sasuke dans l'espoir de l'aider à se calmer. Il sentait que le brun n'avait pas spécialement envie de se retrouver nez à nez avec ces deux là à ce moment précis.

"Ino a raison", surenchérit Sakura, yeux formant deux "u" charmeurs. "Après tout ce que j'ai fait pour vous, c'est la moindre des ch…"

Sa voix se coupa, pourtant, lorsque l'Uchiha se leva du lit, épousseta son sweat comme pour l'arranger, et s'avança vers l'ordinateur. Son visage exprimait une profonde hostilité. Il le positionna juste devant l'ordinateur, et eut le plaisir d'observer toute excitation disparaître des visages des deux jeunes femmes, qui semblèrent plus mal à l'aise.

"Vous et moi. Grande discussion. Dés que je rentre."

Il ne pouvait pas faire plus claire. Son regard noir était foudroyant.

Avant qu'elles ne puissent seulement se défendre, il ferma l'ordinateur en un claquement sec, se redressant avec un soupir. Un instant plus tard, il sentit deux bras musclés passer autour de sa taille.

Rien qu'avec cet attouchement, il sentit son cœur s'envoler, aussi bien que sa soudaine mauvaise humeur. Il se laissa aller contre le torse du blond derrière lui, tentant toujours de prendre conscience de ce simple fait ; Naruto était à lui. Finalement.

"C'était hyper sexy ce que tu viens de me faire, là", commenta le blond dans son dos.

Sasuke laissa un sourire prendre forme sur ses lèvres, et se retourna.

"Hn."

Il n'avait plus envie de parler pour le moment. Il préférait rattraper le temps perdu.

.


.

"Excuse-moi, j'm'appelle Naruto Uzumaki. Toi c'est Sasuke, c'est ça ? On est voisin de table. Tu peux, em… tu peux enlever tes affaires ?"

"Hn."

"C'est quoi 'Hn' ? Ah merci, mais t'as pas besoin de te pousser à l'autre bout de la table, tu sais. He-he, j'ai pas la gale."

"Hn."

"Eh, me regarde pas comme ça, c'est vrai ! Et, em, je crois que t'as un truc coincé dans la gorge. Tu fais un bruit bizarre. Enfin bon. Les profs ont l'air cool, non ?"

"Tss, dobe."

"Oui, je— Att— QuQuoi ? TEME !"

"Hn. Crétin."

"Humph, et bah si c'est comme ça, ne me parle plus ! On ne sera jamais ami ! Sale teme !"

"Tant mieux."

"Tant mieux !"

.


FIN


.

A/N : Mais bien évidemment, on sait que ça ne s'est pas passé comme ça (;

Je l'ai ENFIN terminé ! Sweeeet (: Bon, j'avais pour objectif de faire un chapitre un tant soit peu crédible et pas trop long, mais j'ai légèrement l'impression d'être passé outre mes propres règles.. (Grumph.) J'ai essayé de pas trop tomber dans la guimauve, mais là aussi je crois que je me suis fourvoyé quelque part... (Quand était-ce ? Dés le début ? Aaaah...) J'ai aussi remarqué que 95% du chapitre ne tourne qu'autour de Naruto et Sasuke, et j'espère que ce n'est pas trop dérangeant !

Je suis à la fois soulagée et nostalgique en voyant cette histoire enfin finie ! (Sentiment bizarre que j'arrive tant bien que mal à gérer.. (,: )

J'aimerais adresser un GAAAARGANTUESQUE MERCI à toutes les personnes qui m'ont lue et soutenue durant cette histoire, et qui m'ont fait parvenir leur appréciation ; c'est grâce à elles si j'ai réussi à me motiver suffisamment pour finir cette histoire (en espérant que la fin ne les déçoivent pas trop..) C'était un vrai bonheur d'écrire pour elles ! Et c'était notamment hyper encourageant pour une première fois (; )

ET maintenant, je vais me concentrer sur les milliers d'idées qui flottent dans ma tête pour d'autres One-shot ou fic comme celles-ci, si j'en ai le courage. Ah, et aussi répondre aux reviews que j'ai malgré moi dû mettre de côté pour un temps (celui que j'ai mis à écrire ce chapitre !)

Voilà.

(:

Kwiky.