Hello !

C'est avec un petit pincement au cœur que je poste ce chapitre. Eh oui, dur de finir une fic qui m'aura autant occupée – 6 mois quand même, que le temps passe vite :p Mais no soucy, je pense pouvoir m'en remettre.

En tout cas je voudrais remercier tous ceux qui m'ont suivie jusqu'ici et tous ceux qui m'ont encouragée par leurs commentaires, c'est tellement agréable de voir que son travail est aussi apprécié alors MERCI, merci franchement pour tout ça :) ça m'a donné envie d'écrire plus et je pense que c'est ce que je vais faire (j'ai quelques idées d'OS), mais pas avant un giga break, parce là je suis plutôt saturée xD J'espère d'ailleurs que la qualité de ce chapitre n'en a pas trop été affectée, si c'est le cas vous serez indulgents avec l'auteure qui s'est démenée pour l'écrire en moins de deux semaines =)

Note pour le chapitre 22 : j'ai constaté que le passage du préservatif avait été mal interprété, du coup je l'ai modifié. Ne vous inquiétez pas, je n'ai absolument rien contre les préservatifs, j'ai juste voulu mettre l'accent sur la confiance réciproque entre les deux hommes. Fluff quand tu nous tiens xD D'ailleurs attention, je pense en avoir mis pas mal dans ce chapitre, surtout à la fin, je vous aurais mis en garde donc vous le lisez à vos risques et périls ;D

Je suis évidemment ouverte à toute nouvelle review, que ce soit un mois ou trois ans après !

Bonne lecture à tous et au plaisir de vous revoir !


« C'est vraiment dommage que cette épicerie ait fermé, on y trouvait du si bon fil à coudre... »

« Madame Hudson, elle était tenue par un criminel qui appartenait à un gang ayant refroidi plus d'un corps à Londres. »

« On fait tous des erreurs dans la vie, d'autant que rien ne nous dit que ce brave homme ait tué qui que ce soit. Et puis, vous n'êtes pas sans savoir qu'il convient toujours de séparer 'vie privée' de 'vie professionnelle', n'est-ce pas ? »

John soupira. Il renonça à faire entendre raison à une logeuse qui ne tarissait pas d'éloges quant à la marchandise d'un certain couturier. Et qui, soit dit en passant, semblait plus affectée par le 'dépôt de bilan' du commerçant que par les circonstances dans lesquelles il avait eu lieu.

Il soupira de nouveau. Jeta un regard en direction de la salle de bain où le détective s'affairait. Bon sang. Qui se ressemble s'assemble. Pas étonnant que la logeuse et le détective s'entendent aussi bien.

Bah, le médecin ne leur reprocherait pas quoi que ce soit de toute manière.

Surtout pas à Sherlock, d'ailleurs. Il écouta, rêveur, l'eau qui devait tomber sur cette chair délicieuse, la même qu'il avait possédée la nuit précédente. Il entendit à peine les pas de Mme Hudson s'éloigner et descendre les escaliers. Sherlock n'avait pas fait son malin. Sherlock avait été tout à lui. Sherlock avait été parfait. Le détective avait même attendu que le blond se réveille avant de lui-même se lever. « Il paraît que le partenaire sexuel A se trouve inévitablement offusqué de l'absence du partenaire sexuel B au réveil », avait-il expliqué. Haha, donc Sherlock s'était renseigné sur le sujet. Ou alors avait-il invoqué cette raison pour profiter de ces quelques moments sans être suspecté d'un excès de tendresse – il s'était déjà surpassé la veille ! Bah, peu importe. Le médecin s'estimait heureux d'avoir pu avoir autant du détective. Et puis, Sherlock restait Sherlock.

De cette dernière chose, le docteur eut une illustration supplémentaire quand la porte de la salle de bain s'ouvrit.

« Sherlock, pour l'amour du ciel, mets des vêtements ! » soupira-t-il alors que le détective émergeait en tenue d'Adam.

« On dirait entendre mon frère », fit le détective en roulant des yeux.

« J'espère que tu n'as pas l'intention de rester comme ça toute la journée. »

« Pourquoi ? Me voir nu hier ne t'a pas tellement déplu. »

« Il ne s'agit pas de moi ! Quelqu'un pourrait arriver, n'importe qui et... Bon OK, il y a moi aussi, se reprit-il en voyant l'air dubitatif du brun. Je... ne me sens pas de te côtoyer ainsi en journée. »

« Indécent ? » railla le détective.

« Oui, et surtout... accaparant. »

Silence. Haussement de sourcils.

« Bon, par égard pour tes virginaux dispositifs oculaires – qui ne le sont pas tant que ça, soit dit en passant (le médecin rougit en réalisant qu'il était en train de se rincer les yeux), je consens à me couvrir. »

« OK, merci... euh non, attends ! »

Le médecin se leva du canapé, une idée venant de lui traverser l'esprit.

« Je veux juste m'assurer que tu as compris ce que je voulais dire », dit-il en s'approchant de son amant.

Sous le regard intrigué du brun, le blond se planta devant lui et, posant ses mains sur sa taille, les fit lentement remonter sur ses flancs. Le détective frissonna aussitôt, et sa respiration se troubla quand elles se retrouvèrent sur sa poitrine, puis sur ses épaules, sur son cou. A ce moment-là, les bras du cadet vinrent entourer l'aîné. Il attira le docteur contre lui, se pencha sur sa bouche et...

« OK. »

Le blond se dégagea doucement, au grand désarroi du détective.

« Maintenant, tu sais ce que ça me fait quand tu es nu, à proximité de moi et qu'on n'est pas censés faire quoi que ce soit. Alors je t'encourage vivement à te couvrir. »

Avec un petit sourire satisfait, il tourna les talons et décida d'aller prendre son petit déjeuner.

Enfin, avant qu'il ne sente une solide éteinte se refermer autour de lui ainsi qu'une bouche s'enfouir dans son cou. Et quelque chose de dur dans son dos.

« Faisons-le encore, John », dit mielleusement le brun.

« Sherlock, j'ai dit non », s'étouffa-t-il, essayant plus de se convaincre lui-même que le détective.

« Techniquement non. Tu m'as dit de ne pas me promener nu dans l'appartement. »

« Ce qui nécessite que tu sois habillé. Et on ne fait pas l'amour habillé. »

« La salle de bain n'est pas une pièce où on doit être habillé. »

Le projet de petit déjeuner fut sérieusement compromis quand une main vint s'égarer sur son aine.

« Va au diable, Sherlock. »

La suite eut lieu contre le mur en face de la douche.


Sherlock grimaça alors qu'il s'asseyait à la table de la cuisine.

« Je crois que c'était une fois de trop », dit le médecin, navré de voir ainsi son amant.

« Tu ne m'as pas laissé le choix », répliqua le brun.

« Je te rappelles que c'est toi qui as insisté. »

« Et j'ai eu raison, comme toujours. C'était... pas mauvais du tout. »

Le blond sourit en allant chercher un coussin.

« Tiens. »

Le détective l'accepta avec une quasi-reconnaissance.

Le blond mit la bouilloire en route et sortit deux œufs du frigo ainsi que plusieurs tranches de bacon. Il mit le tout à frire dans une poêle.

« Pour la énième fois, John, je n'ai pas faim », protesta le détective.

« Et pour la énième fois, Sherlock, je te rappelle qu'un rapport sexuel – ou plutôt deux dans le cas présent, font perdre un nombre non négligeable de calories. »

« J'ai connu bien pire », marmonna-t-il.

« Ce n'est pas une raison pour tester tes limites », répliqua le médecin en lui servant ses œufs au bacon.

« Voilà une idée pertinente à mettre en application. »

« Sherlock ! »

« John ? »

Le docteur le toisa.

« Mange ton petit déjeuner. »

Le détective ne fit pas un geste. Le médecin eut un grand moment de solitude en réalisant que cette scène avait beaucoup de points communs avec celle d'une mère ordonnant à son fils de manger son assiette de légumes verts.

Les deux hommes s'affrontèrent du regard jusqu'à ce que le dénouement logique de la situation retentisse dans la pièce.

« Ton ventre parle pour toi », se moqua le blond en posant la poêle vide dans l'évier avant de venir s'assoir en face de son assiette.

Avec une petite moue, le détective attrapa sa fourchette et piqua un morceau de lard.

Le reste du repas se déroula en silence, le détective boudant, le médecin ayant fini par emprunter le blackberry du brun pour parcourir les news.

« Pas grand chose aujourd'hui », conclut-il en posant le téléphone.

Un grognement lui répondit.

Il débarrassa les assiettes, constatant avec plaisir que celle du détective était pratiquement vide. Il les lava hâtivement.

« Je pars dans dix minutes. »

Le détective leva vivement la tête de son mobile.

« Où vas-tu ? »

« Je ne sais pas... à un truc permettant d'assurer la subsistance de ce foyer ? »

« Demande un congé. »

« Pourquoi ? s'amusa le blond. Je ne suis pas malade. »

« Tu peux raconter n'importe quoi à cette pimbêche. Elle te croira. »

« Sherlock, ça s'appelle de la confiance ! D'ailleurs, je dois avoir dépassé mon quota d'heures pour les deux années à venir. Et je n'ai pas envie de devoir chercher un nouveau boulot. »

« Elle te gardera. Elle fantasme encore sur toi. »

« Elle... quoi ? » S'étouffa-t-il.

« Oublie ça. »

« Je... OK. »

Le médecin se versa un verre d'eau et avala.

« Tu y vas, alors ? » s'enquit le cadet.

« Je finis à cinq heures, ça te va ? »

« Non. »

« Meuh si. »

Le blond quitta la cuisine pour gagner sa chambre, lui ébouriffant les cheveux au passage.

Il redescendit quelques minutes plus tard pour trouver un détective attendant devant la porte du salon.

« Je ne serai pas long », promit-il.

Il embrassa hâtivement le détective mais se retrouva involontairement happé dans une embrassade un peu plus appuyée qu'il ne l'avait prévu. Le cadet, l'ayant emprisonné dans une étreinte de fer, le pressait impitoyablement contre lui tandis qu'il redoublait férocement ses baisers.

Le blond finit par se dégager doucement.

« A tout à l'heure », sourit-il.

Il lui donna un dernier baiser et descendit l'escalier.

Le détective alla à la fenêtre et le regarda morosement s'éloigner.


La journée de travail du médecin ne se passa pas trop mal. Très bien même, si on ne la comparait pas avec l'idéal que représentait pour John de se trouver en présence de Sherlock. Le docteur avait accompli son travail avec une énergie retrouvée, examinant consciencieusement ses patients et leur prodiguant mille et un conseils avec un dynamisme qui l'étonna lui-même. Ses collègues n'avaient pas manqué de lui faire remarquer qu'il avait « bonne mine » et de le féliciter pour cela, Sarah la première, qui lui demanda d'ailleurs la clé de cette seconde jeunesse. Question à laquelle le blond s'abstint bien de répondre, ou alors qu'il fit avec le plus de paraphrases possibles, invoquant un regain de vitamine D dû à un bref retour du soleil londonien. Non, il n'était pas encore prêt à admettre publiquement qu'il couchait avec un homme. Trop tôt, jugeait-il. Trop difficile. Trop... embarrassant ?

A cinq heures tapantes, il quitta la clinique et rejoignit la bouche de métro la plus proche. Il se fichait que le tube soit bondé. Ça lui était égal d'avoir eu à attendre le troisième train pour pouvoir embarquer et d'avoir cru ressembler à un sandwich pendant tout le trajet. Il s'en foutait royalement, il était juste heureux. Heureux d'être amoureux. Heureux de rejoindre son homme.

Lorsqu'il émergea de l'underground sur Marylebone Road, il fut harponné par un Sherlock tout excité. Avant d'avoir pu manifester son étonnement de voir le détective dehors pour une autre raison qu'une enquête – il pouvait faire confiance à Sherlock pour être mis au courant d'une telle nouvelle ! – le détective l'empoigna et l'embrassa à pleine bouche devant les passants. Surpris, mal à l'aise, il se prit néanmoins à apprécier le baiser. Ça faisait trop longtemps qu'il n'avait pas senti le goût du détective dans sa bouche. Bon, à peine dix heures, mais c'était déjà trop.

Quand le détective se recula, celui-ci se mit à l'examiner attentivement. Ses traits étaient neutres, quoique un peu affaissés par l'incertitude et... l'inquiétude ?

« Ça te fait honte qu'un homme t'embrasse en public ? » demanda-t-il.

Le médecin cligna des yeux. Le brun le considérait presque anxieusement, le pressant silencieusement de lui donner la réponse fatale ou soulageante. Une tension s'installa. Vite rompue.

« Putain, non ! »

Pour illustrer ses mots, le médecin sauta au cou du détective et l'embrassa à son tour. Plus puissamment que le cadet ne l'avait fait, demandant, exigeant tout de la personne du détective.

« Jamais », dit-il, se reculant finalement.

Sherlock lui prit la main.

« Viens. »

Ensemble, courant presque, ils rejoignirent la porte du 221b Baker Street, grimpèrent hâtivement les escaliers en manquant plusieurs fois de s'étaler et pénétrèrent dans l'appartement. Une fois à l'intérieur, le détective plaqua le blond contre la porte sans plus de cérémonie et recommença à l'embrasser, goûtant, dévorant, s'appropriant son médecin qui avait été odieusement retenu par cette péronnelle qu'il décida de haïr dorénavant. Là. John était à lui à présent. Maintenant. Il en profita et pressa son long corps maigre contre celui plus trapu du docteur, leur cœur s'emballant, leur respiration allant croissant, leurs deux anatomies se réchauffant à une vitesse vertigineuse. Bientôt, la main du détective s'égara sur l'entrejambe de son amant, la trouvant déjà dure, et se fit un plaisir de la toucher et de la caresser à travers le tissu malgré tout épais du jean. Le médecin, appréciant visiblement le traitement, recouvrit la main du détective de la sienne, la caressant d'abord puis l'étreignant, la pressant sur son désir qui augmentait davantage à chaque seconde. Le cadet le sentait et, ne voulant pas risquer de le faire venir, retira sa main pour déboutonner le pantalon et descendre la fermeture-éclair. Puis il fit glisser ses doigts contre le membre qui se dessinait nettement à travers le tissu et se mit à le masser. Brièvement, se délectant du geignement du blond et de la petite morsure qu'il lui fit à la lèvre. Ses doigts vinrent finalement faire glisser le tissu du sous-vêtement, mettant à l'air le membre nu. Il se fit subir la même opération et, se rapprochant, encercla les deux sexes de sa main large et assurée.

Les deux hommes gémirent et John se cramponna aux épaules de Sherlock, rendu fou par le contact du sexe du brun avec le sien. Il dut abandonner la bouche du détective à partir de ce moment-là, son souffle devenant exigeant, et franchement tyrannique quand Sherlock commença à mouvoir sa main sur les deux sexes tendus. Il resserra sa prise sur le brun, appuyant sa tête contre son épaule. Le désir montait si vite. Putain, le cadet savait y faire. Il apprenait vite. Et ça n'était pas pour déplaire au médecin. Oh. Il sentait qu'ils y étaient déjà. Là. Au bord du gouffre. S'en rapprochant à chaque seconde. Le cadet avait posé son menton sur sa tête et passé son bras autour de sa taille, maintenant fermement son médecin contre lui. Ce dernier pouvait l'entendre gémir de concert avec lui tandis qu'il accélérait ses soins et que sa tête appuyait de plus en plus sur celle du blond. Alors John se blottit encore plus contre lui, trembla, le détective serra et ils vinrent, en même temps pour la première fois, chacun renversant la tête dans le même spasme extatique qui les ravagea impitoyablement.

Toujours agrippés l'un à l'autre, pas franchement décidés à briser l'étreinte, ils s'efforcèrent de reprendre leur souffle.

« Tu as du potentiel », dit finalement John, un sourire aux lèvres.

« Tu en doutais ? » répondit malicieusement le brun, les yeux brillants de sous-entendus.

« Non, non ! C'est juste que... je ne pourrai plus jamais regarder tes mains innocemment », avoua-t-il.

« Et j'y compte bien. »

Le détective fondit de nouveau sur lui.


Le calme était revenu au 221b Baker Street. Dehors, la circulation s'atténuait peu à peu, le flot de la sortie des bureaux finissant lentement de s'écouler. Le jour était déjà bien avancé. Mais pour être honnête, John n'avait aucune idée de l'heure qu'il pouvait être. D'abord parce que les nuages gris, voilant chaque centimètre carré de ciel londonien, ne donnaient pas quantité d'indices à ce sujet. Ensuite parce que c'était bien le dernier des soucis du médecin. Confortablement installé sur le canapé, la tête appuyée sur l'épaule de Sherlock, le bras droit enroulé autour de sa taille, il n'arrivait pas à y voir une ombre d'intérêt. D'un air distrait, il écoutait la télévision qu'il avait eu grand peine à éclairer à cause d'un détective devenu réticent à toute forme de télé-réalité. Mais le docteur avait insisté, pas tant à cause de la pertinence des programmes – il devait bien s'avouer que parfois, l'avis du brun n'était pas injuste sur la question ! – mais plus pour se donner un prétexte, à lui et à Sherlock, de juste rester là, en compagnie l'un de l'autre. À profiter de la présence de l'autre, à respirer son odeur, à se blottir dans sa chaleur rassurante. Le brun avait fini par accepter l'offre, mais seulement si le son de l'appareil infernal fût réglé au minimum et que le médecin ne se trouvât pas à une distance supérieure à cinq centimètres de lui. Le médecin avait souri d'un air attendri. Les deux hommes étaient définitivement sur la même longueur d'ondes. Ils l'avaient toujours été. Les mêmes motivations, les mêmes envies. La même flamme. Ça ne datait pas d'hier. A ceci près : c'était « hier » qu'avait eu lieu le déclic. L'étincelle. Ce petit quelque chose qui manquait dans la relation déjà soudée des deux hommes. Ce coup de génie, en fait. Car désormais, les deux amis pouvaient se targuer d'entretenir une relation tout à fait complète. Parfaite, à vrai dire.

Ce sentiment de plénitude. Les moments avaient été trop rares où John l'avait ressenti. Pourtant, il était bien en train de l'éprouver, là. Et, il en aurait mis sa main au feu, Sherlock aussi, étant donné son état détendu et son bras serré autour des épaules du médecin, apparemment déterminé à ne laisser partir son docteur sous aucun prétexte. Oui, parfait était le mot. Parfait était définitivement le mot pour tout ce qui touchait à Sherlock et à lui. En fait, il était en train de réaliser qu'il n'aurait pu rêver mieux. Que sa vie était déjà parfaite. Un amant câlin et délicieux au lit, de l'adrénaline régulièrement, un train de vie tout à fait convenable. Il se serait jugé bien capricieux d'en demander plus.

« Quand je pense qu'on doit tout ça à ton frère... » dit-il soudain.

« Tu peux éteindre la télé si tu ne l'écoutes pas », répliqua le détective.

Le ton était aussi tranchant que d'habitude mais l'étreinte restait douce. Et n'avait pas l'intention d'en changer.

« Sherlock, je suis juste en train de suggérer qu'un petit « merci » à Mycroft ne risquerait pas une réconciliation familiale. »

« Un « merci » pour nous avoir espionnés sans scrupule comme mon frère sait merveilleusement le faire ? »

« Un « merci » pour s'être inquiété pour toi. »

« Tu veux vraiment que je te donne une raison qui te passera l'envie de le faire ? »

« Vas-y, je suis bien curieux de l'entendre », s'amusa le médecin.

Il pouvait sentir le détective jubiler de trouver une nouvelle incrimination à mettre au compte de son frère.

« Tu ne t'es jamais demandé pourquoi Mycroft a envoyé son petit frère chéri plutôt que ses bouledogues dans ce pub pour s'occuper de Moran ? »

Le médecin eut un temps d'arrêt.

« Oh le bâtard... »

« Je savais aussi que tu changerais d'avis. »

« Mais... pourquoi ? »

« Pourquoi ? Dois-je te rappeler de qui Moran est le petit protégé ? Je te laisse imaginer les représailles que Mycroft aurait eu à essuyer s'il s'était avisé de toucher au chouchou de Moriarty. »

« Mais enfin, Sherlock ! Tu aurais pu te faire descendre dans ce bar ! » protesta le blond.

« Moran ne fait qu'obéir aux ordres de Moriarty. Et même s'il aurait eu quelques griefs personnels contre moi, je doute qu'il se serait risqué à décevoir son cher patron. »

Sherlock marqua une pause.

« Et Mycroft le savait. En fait, il savait tout à propos de moi et de Moriarty. Il était au courant aussi bien de notre 'divertissement' que du petit jeu du criminel consultant. »

« Et il ne t'a rien dit ? » se scandalisa le docteur.

Sherlock le regarda en ricanant.

« Qu'est-ce qu'il aurait pu faire, hein ? Me dissuader ? Je n'en aurais trouvé le jeu que plus attrayant. Tout me révéler ? Je lui en aurais voulu à vie de m'avoir devancé et de m'avoir donné la solution. Non, il savait que toute intrusion dans cette histoire aurait été malvenue. Pourtant, il n'a pas pu s'empêcher de m'indiquer l'endroit où je pourrais trouver Moran. Et je doute que cela ait été un geste involontaire de sa part. Peut-être commençait-il à trouver ce jeu un peu trop malsain à son goût ? Peut-être même ne faisait-il que s'en lasser... après l'avoir encouragé dès le début ? »

Le médecin tourna brusquement la tête vers lui.

« Sherlock, tu es en train de me dire que Mycroft est aussi derrière tout ça ? Que ton propre frère a comploté avec Moriarty contre toi ? » dit-il, la gorge sèche.

« Je n'irais pas jusque là. Je pense qu'il n'a pas jugé utile d'empêcher ce jeu. Juste... pour me donner une petite leçon de modestie. Ça lui ressemblerait bien. »

John se plaqua une main sur le visage.

« Les Holmes ! » s'écria-t-il.

« Oui, je sais. Père et Mère étaient déjà comme ça. Donc je n'ai pas besoin de dire merci à mon frère ? »

« Oublie. »

« A la bonne heure. Mais de toute façon, il ne pouvait pas faire grand chose pour empêcher ça. Pas plus que pour aller reprocher quoi que ce soit à Moran. »

Sherlock bascula la tête, laissant errer son regard dans les airs.

« Eh oui. Aussi incroyable que cela puisse paraître, Mycroft a peur de Moriarty. Une donnée digne d'être conservée dans mon disque dur interne », ajouta-t-il avec son sourire tordu.

« Je pense que tu ferais tout aussi bien de te méfier de Moriarty », répondit le médecin, passant nerveusement sa main dans ses cheveux.

« Oh, je pense effectivement avoir quelques raisons de m'inquiéter. Mais rien de plus. Je n'ai pas la sécurité d'une nation à assurer, moi. »

« Et quelles sont ces raisons ? » demanda le blond, surpris que le détective en vienne à l'avouer.

Le sourire disparut pour laisser place à une expression neutre. La même que le détective prenait quand quelque chose le préoccupait.

« La dernière fois que j'ai vu Moriarty, il m'a clairement signifié qu'il n'avait pas l'intention d'en finir tout de suite avec moi. Pourtant, quelques jours plus tard, il me donne deux occasions de compromettre ma santé – la seringue empoisonnée et les préservatifs périmés, qu'il m'a fait parvenir intentionnellement. Que peut-on déduire de tout ça ? »

« Qu'il n'a pas menti à propos de son caractère 'versatile' et qu'il est encore plus fourbe qu'on l'avait imaginé ? »

« Non, que son génie n'a d'égal que le mien. »

Traduction : son génie est exceptionnel.

« Il savait exactement ce qui allait se passer. Que j'aurais l'intention de me servir de ces deux objets. Donc que je m'ennuierais de toi au point de retomber dans la drogue et que je ferais l'amour avec toi. Il... il savait pour nous deux. »

Des frissons coururent le long de la colonne vertébrale de John.

« Et il savait que je n'utiliserais pas ces deux objets, sans quoi il n'aurait pas pris le risque de me les fournir. Il savait pour tout. »

Le regard du détective revint à John. C'était un regard triste.

« C'est pour ça qu'on va devoir faire attention. Parce que Moriarty est bien trop calculateur pour négliger quoi que ce soit et pour pouvoir se tromper. Mais aussi parce dès maintenant, tu es devenu une cible de choix. »

Les yeux de Sherlock faisaient mal à John. La crainte de perdre l'être aimé. La hantise que d'en être responsable. C'était ce qu'il voyait dans les iris qui brillaient à présent.

Le médecin lui prit la main.

« On fera attention, OK ? » lui assura-t-il.

Puis il embrassa le détective, le rassurant, le convainquant, le persuadant qu'il avait raison.

Sherlock voulut le croire.

« Mais je pense avoir un avantage sur lui dans l'immédiat », dit-il soudain avec entrain, à peine séparé des lèvres de John.

« Vraiment ? » répondit ce dernier.

Le détective hocha la tête.

« Moriarty est frustré sexuellement. »

L'ancien soldat cligna des yeux.

« Tu as bien entendu, fit le brun. »

« Mais comment tu sais ça ? » s'enquit le blond.

Sherlock eut un sourire suffisant.

« Quand j'ai couché avec Moriarty, il a pris plaisir à jouer avec ma libido. C'était d'autant plus facile que j'étais un novice. Plusieurs fois, il me faisait venir mais quand il me sentait au bord de la jouissance, il me laissait, comme ça. J'ai d'abord pris ça pour de la torture. Puis j'ai réfléchi. Et j'ai vu ce Moran. Moran est son favori. Mais Moran n'est pas gay. Et il doit répondre à tous les petits caprices de son patron s'il veut préserver son existence. Donc malgré sa bonne volonté, Moran n'arrive jamais à satisfaire entièrement Moriarty. Alors notre cher criminel consultant a décidé de reproduire la situation sur moi et cette fois, d'aller jusqu'au bout de ses fantasmes. »

Le blond resta un instant à le contempler. Il ne savait pas s'il devait rire de la situation ou plaindre Sherlock pour ce qu'il avait dû enduré.

Mais le brun semblait bien trop réjoui par sa découverte pour y penser.

« Nous avons en effet un sérieux avantage sur Moriarty », dit suavement le blond en entraînant son amant dans une nouvelle séance de câlins.

Quelques minutes plus tard, John se retrouva allongé sur le sofa, la tête sur les genoux de Sherlock qui était resté assis. La télévision avait mystérieusement été éteinte, leur laissant l'exclusivité du moment. Lequel leur appartenait. Les deux hommes se contemplaient en silence. Sans mot, sans geste, sans sourire. Nul besoin de tout cela. Le regard suffisait. Cette connexion dont ils étaient les seuls à avoir le secret. La leur. Le lien qui ne serait jamais rompu. John tendit un bras, toucha le visage du brun. Si lisse, à l'exception de ces pommettes sur lesquelles il se couperait volontiers. Il laissa courir ses doigts sur la tempe du détective, puis sur ses joues, son menton. Le brun ne cilla pas, appréciant ce contact dont il ne se lasserait décidément jamais. Puis il saisit la main grossière du blond et la baisa, légèrement, doucement, sans vraiment saisir la raison de son geste. Toujours sans comprendre, il se pencha et embrassa langoureusement son amant. Lequel enroula ses bras autour de son cou pour mieux l'attirer à lui, tournant, retournant lentement sa langue contre la sienne. Puis le baiser cessa, aussi simplement qu'il était venu. Leur relation serait ainsi : simple, douce mais puissante. A l'inverse, elle ne cesserait pas. Le détective en décida ainsi. Alors il en serait ainsi. Il se redressa, caressa le front de John avant de se mettre à jouer gentiment avec les mèches blondes.

« J'aime tes yeux », dit soudain le médecin.

« J'aime ta voix », répondit le détective.

Se noyer dans ces yeux. Se laisser rassurer par cette voix.

Ça semblait cliché pour le médecin, navrant de banalité pour le détective.

Mais ça leur prouvait que ce qu'ils ressentaient était véritable. C'était un prétexte largement suffisant.

« Alors parle-moi. »

« Et toi, ne me lâche pas des yeux. »

Sherlock se coucha et John parla. Il lui parla de tout ce qu'il lui passa par la tête à l'instant, de choses sur eux, sur le monde et sur le lait à aller chercher. Sur cette pluie qui n'en finissait pas mais qui lui avait bien manqué malgré tout. Sur l'Afghanistan, ses horreurs sans nom et ses merveilles épicées. Sur la nouvelle marque de thé qu'il avait expérimenté ce matin et qui n'était apparemment pas à ranger dans la catégorie des aliments comestibles. Sur la folie des hommes. Sur la nouvelle voisine du dessus qui n'avait aucune chance avec son trombone. Sur le système des hôpitaux à améliorer. Sur les boucles noires de Sherlock, sur le bébé royal dont on n'entendait plus parler, sur... Le détective écoutait et le médecin ne le quittait pas des yeux. Alors Sherlock sut qu'il comptait enfin pour quelqu'un pour se voir accorder une telle attention. Et John comprit qu'il était digne du regard de Sherlock.

Entre eux, tout n'était que question d'évidence de toute manière.