Prologue.

Année 1874, Houston, Texas.

« And when you look in my eyes, I'll be the last thing you see »

(Hollywood Undead-I Don't Wanna Die)

Un hurlement rompit le silence pensant installé sur ce campement rudimentaire, installé dans la campagne près de la ville de Houston. Une nouvelle victime humaine venait de gonfler les rangs de l'armée de Maria. D'un pas rapide, un grand blond sortit d'une des tentes, la bouche maculée de sang. Tous savaient qu'une nouvelle humaine avait été dévorée et qu'au vu de l'expression menaçante du vampire, elle avait résisté. Il détestait qu'on lui résiste. Ses yeux odieusement pourpres lançaient des éclairs à quiconque osait le dévisager. Personne ne tentait véritablement de le faire. La peur viscérale qu'ils éprouvaient à son encontre stoppait leur moindre tentative. Une minuscule femme qui discutait à vois très basse avec son compagnon, fut violemment poussée par le blond. Tremblante, elle murmura : « Je suis désolée, Major … »

Le dit Major n'y faisait guère attention. Il n'avait qu'une envie, regagner sa tente pour enfin avoir la paix. Maria devenait de plus en plus exigeante envers la vitesse de transformation de leurs prisonniers humains et n'en gardait qu'une poignée pour nourrir l'armée. Cette femme était un foutu tyran et le pire, c'était que le Major l'appréciait pour cette raison. Mais retrouver son espace personnel et sa tranquillité n'étaient pas du luxe. Il aimait le confort rudimentaire de sa tente. Elle était à la fois la plus éloignée des autres, mais également la plus proche du terrain d'entrainement des nouveaux nés. Il poussa un soupir agacé en constatant la présence d'une autre odeur que la sienne dans son espace privé. L'intrus était une jeune femme d'origine chinoise ou japonaise, aux longs cheveux noirs et dont les yeux bridés, d'un pourpre éclatant, semblait transpercer jusqu'au fond de votre âme. Le Major s'assit sur son lit de camp et demanda, sur un ton railleur : « Et bien Yoshino, tu ne peux plus te passer de moi on dirait.

- Arrêtes toi tout de suite, Jasper Whitlock. Tu as beau être mon père en tant que vampire, je ne tiens pas tant que cela à rester collée à tes santiags. Je suis venue t'avertir.

- De quoi donc ? Tu sais bien que je n'ai peur de rien et encore moins de personne.

- Pas même de l'amour ?

- Tu sais autant que moi que ce n'est que foutaises. »

L'asiatique se glissa silencieusement derrière lui pour partir, tandis que son souffle caressait sa nuque. La voix de Yoshino s'éleva de nouveau, avec des accents beaucoup plus glacials : « Tu changeras vite d'avis, Major. Le jour où tu apprendras à faire confiance et à éprouver le véritable amour sera le jour où ta force atteindra son apogée, » souffla-t-elle mystérieusement.

Sur ces mots, Yoshino sortit de la tente de celui qu'elle appelait son père de venin. L'asiatique ne possédait pas le don de double vue, l'information précédemment dévoilée venait de son « frère » Peter mais elle s'était fait un devoir de l'avertir d'une chose. La vampire savait que la remarquable puissance de son créateur n'était pas à son meilleur niveau. Jasper Whitlock avait beau être l'un des vampires les plus puissants sur cette Terre, il n'avait même pas atteint la moitié de son potentiel, son pouvoir étant bridé par toute cette haine et cette rage qui l'animait chaque jour de son éternité. Son but était qu'il fasse attention à ne pas rater cette chance. Les vampires choisissent leurs compagnons d'éternité mais à l'image des loups garous, ils ont une âme sœur qui les attend.

La présence de celle-ci permet aux vampires de décupler la puissance de leur don, car le compagnon prête une partie de sa force à l'autre.

Cette phrase et l'histoire y faisant écho étaient sans importance. Cela n'aurait jamais dû marquer l'esprit du Major Jasper Whitlock. Pendant les dernières centaines d'années, celui-ci avait passé ces paroles sous silence. Il n'était plus le Major avide de sang humain chaud et de combats à mort, il était simplement le doux et gentil Jasper Hale. Alice Cullen l'avait sauvé de la dépression et l'avait converti au végétarisme de sa famille, reléguant l'instrument de nombreuses morts humaines au rang de souvenir. Mais malgré cela, on oublie jamais le passé n'est-ce pas ?

Ses combats dans l'armée de Maria avaient laissé une pléiade de cicatrices sur son corps, l'empêchant d'oublier tout cela. Jasper n'avait pas non plus oublié les vampires qu'il avait créé, son ami Peter et Charlotte, la femme de ce dernier, mais aussi Yoshino. Les paroles prononcées par l'asiatique ce fameux jour étaient gravées dans sa mémoire. Peut être parce qu'au fond, cet amour qu'elle lui avait promis, il l'attendait sans véritablement oser croire à son existence. Alice et sa tendresse, ainsi que l'affection et le soutien sans failles de la famille Cullen lui suffisait. Il était un monstre alors savoir que quelqu'un se souciait de lui était réconfortant. A ses yeux, l'amour c'était ça.

Mais ce matin de septembre, à l'aube de sa vingtième entrée en terminale, quelque chose avait changé. Elle était là, assise seule dans la cafétéria du minable lycée de Forks. Elle avait relevé les yeux vers eux, probablement intriguée par leur incroyable beauté comme tout les humais.

En un simple regard, le monde de Jasper Hale, autrefois appelé le Major Jasper Whitelock avait été totalement retourné. Personne ne semblait avoir remarqué son émoi, mis à part Alice et Rosalie qui le connaissaient suffisamment pour voir que quelque chose n'allait pas. A ses côtés, Edward sourit d'un air intéressé en détaillant l'humaine de haut en bas. Cette idée lui donnait étrangement envie de démembrer et de brûler son frère adoptif. L'humaine était pour lui et lui seul, voilà ce que hurlait le Major tapi tout au fond de lui. Il essayait simplement de ne pas penser à cette effroyable sensation lui déchirait les entrailles à chaque fois que leurs deux regards se rencontraient, que l'on pouvait assimiler à ce que les humains nommaient des « papillons dans le ventre », ni au dégoût qui l'envahit quand, grâce à son don, il perçut distinctement l'attirance d'Edward envers la jeune humaine. Quand cette dernière avait rougi sous le regard de son frère, son cœur mort aurait presque eu envie de mourir une deuxième fois. Il voulait de toute son âme être avec elle, la regarder dormir et pouvoir la serrer contre lui dans les moments difficiles.

Au final, face à de tels sentiments, la seule chose à dire était peut être celle-ci.

Merde.

A suivre.