Le point de vue de Will

Les choses vont vraiment mieux avec Sonny mais avec sa famille, c'est de plus en plus dur. Je me demande ce qu'ils pensent de nous, s'ils nous jugent, comme Lydia. C'est dur de savoir avec la politesse et j'en sais quelque chose : plus je suis mal à l'aise, plus je souris et je fais semblant. Sonny n'est pas comme ça et c'est une valeur sûre. Quand il est en colère, ça se voit. Là, par exemple, il fusille sa cousine du regard parce qu'elle lui dit qu'on ne devrait pas aller visiter l'île de Santorini

'parce que c'est bien trop loin, il vaut mieux que vous restiez avec la famille'. Vu que Sonny a bavé devant les photos quand on a préparé le voyage (je crois que si je lui proposais de vivre là-bas, il dirait oui tout de suite alors qu'il n'y est jamais allé), j'ai déjà acheté les billets d'avion. Mais je ne lui ai pas encore dit. Comme d'habitude, je choisis la gentillesse : « Merci, Marina, mais c'est tout prévu. Il y a tellement de belles choses en Grèce, c'est difficile de choisir. Ça me donne envie de revenir. » Marina sourit aussitôt et Sonny me regarde avec admiration. C'est vrai qu'on se complète bien, tous les deux.

Pour aller prendre l'avion, on doit revenir vers Athènes, enfin vers une petite ville qui s'appelle Spata. On n'a rien prévu de visiter, mais on a quand même prévu trop large, alors on s'arrête à Athènes. Sonny a mis des calmants dans mon verre pour le passage de l'isthme et en a emmené d'autres pour le vol. Du coup, je me suis endormi et je suis moins stressé que les autres fois. On va se poser devant une fontaine avec un magnifique jet d'eau qui scintille au soleil. Le bassin est tout simple et très géométrique et tout ça me fait un choc esthétique. Je ne bouge plus, émerveillé jusqu'à ce que je sente un coude dans le dos. Sonny a un petit sourire dont je me méfie et je recule, mais un peu tard. Il essaie de me pousser dans l'eau, je résiste et bientôt, on tombe tous les deux.

On est là, à se marrer comme des gosses, les fesses dans la flotte, quand nos regards se croisent et je me rends compte d'un truc. On est enfin revenu à ce qu'on avait avant : l'insouciance, le bonheur d'être jeunes et beaux, la liberté de ne pas à avoir à faire attention. Sonny est toujours protecteur et j'apprécie mais, des fois, j'aime qu'il lâche.

On se dépêche de sortir de la fontaine pour ne pas se faire sermonner et on repart vers la voiture de location. Heureusement, on a nos serviettes pour étaler sur les sièges. Sonny met un moment avant de démarrer et paraît tendu. Je vois ses épaules trembler et bientôt il est mort de rire. Je m'y mets aussi. On finit par atteindre le terminal, mais super juste. Ça en valait la peine.

Quand on arrive, je suis content qu'on n'ait pas loupé l'avion.

Le point de vue de Sonny

Oh, putain ! C'est encore plus beau que je ne l'imaginais. Il y a du blanc de partout, les villages dégringolent les rochers, les odeurs sont inimitables. J'ai envie d'acheter la moitié des maisons. Ça ferait compliqué pour une résidence secondaire, mais n'empêche...

Will est silencieux. Je me tourne vers lui et il faut que je prenne une photo. Le plus bel homme du monde au plus bel endroit du monde. Entre le bleu de ses yeux, de la mer, du ciel et des toits ronds et pointus, je suis cerné.

Il a son air timide, maintenant. Je connais, alors je demande « Qu'est-ce qui te travaille, chaton ? » « Rien de grave... C'est juste que deux jours, ça va pas être long pour profiter. » « Tu voudrais qu'on reste un peu plus longtemps ? » « uh huh » Je n'en peux plus de sourire. Je l'embrasse et je réponds « Tout ce que tu voudras. »

Au final, on reste quatre jours. On a du déplacer des billets et j'ai du prévenir Chad mais tant pis. Will et moi, on est heureux en même temps. On fait l'amour matin et soir, on mange ce qu'on veut, on fait des siestes où on dort vraiment (et d'autres non).

On a vu le volcan et Will a pris plein de photos. J'ai trouvé des supers sites d'escalade, bien sûr, et Will en a profité pour faire du shopping. Il a trouvé des petits cadeaux artisanaux pour ses frères et sœurs sur un marché. Quand je reviens, je le trouve dans le jacuzzi de l'hôtel, serein et délicieux. Je n'ai pas envie de le ramener à Salem. Il y a quelque chose de parfait ici, une harmonie qui me manquait. Il faudra qu'on la garde précieusement. Je me glisse dans l'eau près de son corps souple et je me dis que c'est mon petit paradis.