Et voilà, on arrive à la fin. C'est le dernier chapitre. Désolée pour le délai! Bonne lecture à tous!

"***"

Blottis derrière la colonne, Dean et Sam attendaient que la pluie de blocs qui s'abattait autour d'eux cesse. Ils étaient relativement protégés par la large masse mais quelques pierres sautant ici et là les touchaient tantôt dans les dos, tantôt sur les bras grâce auxquels ils se protégeaient la tête.

_ Nous n'allons pas pouvoir rester ici indéfiniment, cria Dean pour se faire entendre au-delà du vacarme.

_ Je sais, répondit Sam. Nous allons nous faire tuer.

Dean entrouvrit un œil. Il distinguait la forme de Sam à quelques centimètres de lui, la paroi rugueuse de la colonne contre laquelle ils étaient appuyés et c'était à peu près tout. Il n'avait pas la moindre idée de comment se sortir de ce pétrin.

_ Je pourrais tirer un coup en l'air ! proposa Sam en criant à son oreille.

_ Comment ça ?

_ Lancer un éclair au hasard et essayer de voir s'il y a du mouvement.

_ On n'y voit pas à un mètre ! protesta Dean.

_ Je sais ! Mais on pourrait au moins deviner les déplacements des masses d'air. N'importe quoi qui puisse nous donner une indication.

Dean grogna mais de toute façon il n'avait pas de meilleur plan.

_ Ou alors, tenta-t-il tout de même, tu me laisses cinq minutes, je vais vite faire un tour de la place et je reviens te prévenir du résultat.

Il ne le voyait pas bien mais il devenait parfaitement le visage contrarié de Sam.

_ Dean, nous n'avons pas de temps à perdre et tu n'as pas besoin de me protéger.

_ Ok, grogna Dean à contrecœur.

_ Bon j'y vais. Surveille à droite, moi je prends la gauche.

Dean opina. Il vit Sam se redresser et brandir le marteau. A travers le voile de poussière, les cheveux volant au vent, son frère avait vraiment l'air d'un super héros. Cela le fit sourire. Sam avait bien grandi et Dean était fier de qui il était devenu.

L'éclair de Sam frappa la place à quelques mètres d'eux. Il était si proche que Dean dut fermer les yeux lorsque la lumière zébra les nuages opaques qui les entouraient. Il en sentit presque la chaleur sur son visage et les poils de ses bras se hérissèrent. L'air sentait l'ozone, piquant ses narines déjà agressées par l'air saturé de gravats.

Malgré ces désagréments, Dean resta concentré sur sa mission. Les paupières plissées, il recherchait le moindre signe de mouvement. Si les titans étaient proches, il allait forcément déceler quelque chose.

Il sursauta lorsque la paroi de la colonne, sous la paume de sa main, vibra. Il recula de quelques pas. La colonne disparut dans les airs en un vacarme assourdissant. Des roches chutaient de nouveau au-dessus de leurs têtes et Dean réalisa alors que ce qu'il avait pris pour un pilier était en fait la jambe d'un titan. Et que depuis tout à l'heure il devait chatouiller la cheville de Gaïa ou Chronos. Et ceux-ci venaient de s'en apercevoir.

_ Attention Sam ! cria-t-il quand un pied géant descendit vers eux à vive allure.

Il se jeta sur son frère et le poussa au loin. Ils s'écrasèrent tous deux au sol alors que tout autour les pavés se disloquaient dans un fracas assourdissant. Dean serra les dents. Il était si secoué qu'il avait l'impression que ses organes se dissolvaient à l'intérieur de son corps.

« *** »

Castiel serra les poings. Cela faisait maintenant bien cinq minutes que Gabriel et lui étaient arrivés en enfer. Cinq minutes ne représentaient rien lorsqu'il était dans les bras de Dean. Mais en l'occurrence, Castiel avait l'impression d'être là depuis une éternité. Il s'inquiétait pour les frères Winchester et il aurait préféré rester là haut à les protéger plutôt que de subir le discours interminable de Crowley qui les avait alpagués dès leur arrivée. Pour sûr, le démon aimait s'entendre parler.

Leur répéter une énième fois le plan ne servait à rien d'après Castiel, ils en avaient suffisamment fait le tour lorsqu'ils étaient chez Garth. Gabriel et lui-même connaissaient exactement la marche à suivre. Et les consignes supplémentaires de Crowley qui leur demandait de bien faire attention à ne rien abimer en enfer pendant leur mission lui passaient au-dessus de la tête. Faire tomber un mur ou deux sur des démons était bien le dernier des soucis de Castiel.

Il se mordit la lèvre inférieure. Il espérait que tout se passait bien pour Dean. Il l'avait laissé dans un chaos indescriptible et une situation périlleuse. Et même si Dean était un guerrier expérimenté, Castiel ne pouvait contrôler l'angoisse qui lui tiraillait les entrailles.

Il jeta un coup d'œil à Gabriel. Il paraissait presque détendu. Il avait son habituel rictus moqueur et les mains dans les poches. Castiel lui envia son attitude décontractée. L'archange trouvait même encore l'occasion d'échanger quelques piques avec le roi de l'enfer.

_ Et maintenant, que faisons-nous ? les interrompit-il avant que la situation ne dégénère en un concours de vannes sarcastiques et autres métaphores phalliques.

_ Ah, Castiel, toujours le parfait soldat, railla Crowley.

Il lui posa une main sur l'épaule et Castiel tressaillit. Le roi de l'enfer n'en prit pas offense et les guida, lui et Gabriel, à travers les couloirs sombres qui constituaient son domaine. Si au début Castiel pensait percevoir au loin les cris de damnés, au fur et à mesure de leur avancée, un silence pesant résonnait autour d'eux. Crowley les menait jusqu'aux confins de son royaume.

Il faisait humide et Castiel ressentait le froid sous les semelles de ses chaussures. Il soupira. Le trajet lui paraissait sans fin.

_ On est inquiet pour son amoureux ? demanda Crowley un large sourire narquois aux lèvres.

Castiel ne prit pas la peine de lui répondre. Evidemment qu'il était inquiet pour Dean. Et s'ils n'arrivaient pas bientôt à destination, il allait planter là Crowley, plan ou pas plan et retourner sur Terre pour le protéger. Ce serait beaucoup plus productif que de se laisser mener en bateau par un démon sarcastique.

_ Ne t'en fais pas Cassie, ajouta Gabriel en lui tapotant le bras, Sam sait ce qu'il fait. Je l'ai entraîné moi-même.

Castiel grogna. Il se savait irrationnel mais n'empêche qu'il avait un mauvais pressentiment. Il avait suffisamment fréquenté les Winchester pour savoir que jamais rien ne se déroulait selon le plan.

Enfin ils parvinrent à une large salle sombre. Plutôt une caverne à bien y regarder. Avec des torches montées à la va vite sur les murs irréguliers. Les faibles lueurs orangées n'atteignaient ni le plafond, ni le fond de la pièce. Au moins ici, les anges auraient la place de travailler sans rien abimer ou la place de se battre si jamais un titan parvenait à remonter du Tartare malgré leurs précautions. C'était probablement la raison pour laquelle Crowley avait choisi ce lieu.

_ Et voilà messieurs. Au-dessus de nos têtes le Vatican et son duo de titans agressifs et sous nos pieds le Tartare et ses quelques autres monstres probablement très énervés. A vous de retenir les seconds pendant que les deux zouaves s'occupent des premiers et que je me charge de faire le lien entre toutes ces dimensions rigolotes.

Castiel soupira. Etait-il le seul à prendre la situation au sérieux ?

Il se tourna vers Gabriel, prêt à être accueilli par un visage hilare mais Gabriel avait les sourcils froncés et la mine étonnamment fermée. Même Crowley remarqua que quelque chose clochait et s'interrompit au beau milieu d'une phrase.

_ Gabriel ? appela doucement Castiel.

_ Un problème ? appuya le roi de l'enfer.

La mâchoire de Gabriel se crispa et Castiel remarqua que ses poings étaient serrés si fort que ses phalanges étaient livides. Son cœur s'emballa. Quelque chose n'allait pas. Quelque chose dont Gabriel avait conscience et pas lui.

Brusquement, il se tourna vers lui.

_ Désolé Cassie, il faut que j'y aille. Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien sans moi.

Castiel voulut protester mais le ton de l'archange était si grave qu'il n'osa pas ouvrir la bouche. A la place, il regarda Gabriel prendre son envol et disparaitre sans même que Crowley n'ait pu dire quoique ce soit.

Le roi de l'enfer se tourna vers Castiel, un sourcil levé si haut qu'il atteignait presque son crâne dégarni.

_ Qu'est-ce qu'il lui arrive ?

_ Je ne sais pas, admit Castiel d'un ton hésitant.

Il devait se contrôler pour dissimuler les tremblements de sa voix et de ses mains. Mais intérieurement il bouillait. Qu'avait-il pu se passer pour que Gabriel leur fausse ainsi compagnie ? Castiel sentit une pointe de peur s'installer au fond de ses trippes.

_ Tu penses pouvoir le faire seul ? le pressa Crowley.

L'ange hocha la tête mais un soupir déchirant était coincé dans sa gorge. Après tout quel choix avait-il ? Il devait aider Dean et Sam à sauver le monde et ce même sans l'aide de Gabriel.

_ Bien, répondit Crowley qui n'était de toute évidence pas convaincu. On peut commencer alors. Mais si quoique ce soit tourne mal, je te préviens, je referme les passages.

Castiel le transperça de son regard le plus froid.

_ Je peux le faire, insista-t-il, son ton plein d'une assurance qu'il ne ressentait pas.

Le roi de l'enfer ne répliqua pas et, d'une craie qu'il venait de sortir de la poche intérieure de sa veste, il traça une série de symboles au sol.

« *** »

Dean aurait voulu rester à terre. Il aurait voulu fermer les yeux et attendre que la douleur passe. Il aurait aimé se rouler en boule et ne plus penser à rien. Il aurait été seul, c'est peut-être ce qu'il aurait fait, s'abandonner ainsi jusqu'à ce qu'il n'ait plus mal. Car sa tête cognait, sa bouche était pleine du goût de son propre sang qui s'écoulait aussi par ses narines, ses os lui paraissaient en morceaux et il était sûr que son foie, sa rate et son estomac avaient fusionné en un seul gros pâté de chair. S'évanouir lui semblait l'option la plus douce et ensuite… advienne que pourrait.

Mais voilà, Dean n'était pas seul et à travers le voile de ses paupières gonflées, il devinait la forme de Sam à deux pas de lui. Sam qui était également allongé et étrangement immobile.

Dean aurait voulu jurer mais il avait la sensation que ses dents allaient tomber si jamais il desserrait les mâchoires. En grognant, il tendit la main jusqu'à ce que le bout de ses doigts frôle la semelle de Sam. Trop court. C'était trop court pour attirer son attention.

Dean savait qu'il devait se dépêcher. Pour le moment, il espérait que la poussière cachait au titan l'échec de sa première attaque mais le répit ne serait que de très courte durée.

Ignorant les protestations de son corps, il se traîna aux côtés de son frère. Les débris lui râpaient le corps et ses vêtements étaient en charpies. Ses organes aussi, probablement. Au point qu'il sentait les larmes lui monter aux yeux. Mais c'était bien pour le moment le dernier de ses soucis. La seule chose importante, c'était Sam. Et Sam gisait dans une mare de sang, le visage blafard et le souffle inexistant.

Dean le secoua par l'épaule dès qu'il fut assez proche.

_ Sam ! appela-t-il. SAM ! tenta-t-il avec plus de force, se moquant soudain des titans et du bruit qu'il pouvait faire.

Dean gronda. Son frère ne réagissait pas.

Prenant appui sur son bras le moins faible, il se redressa et posa son oreille contre le cœur de Sam. Il n'entendait rien. Absolument rien. Ses mains tremblèrent. Il savait que le vacarme ambiant lui masquerait certainement même le bruit d'un cœur en bonne santé, n'empêche qu'il était terrifié.

_ Sam, dit-il une nouvelle fois en lui tapotant les joues. Réveille-toi bordel ! Merde ! Merde !

Le marteau de Thor gisait à quelques centimètres de la main de Sam et l'espace d'un instant, Dean pensa qu'il pouvait l'utiliser pour peut-être faire comme un électrochoc et réveiller son frère. Mais il risquait aussi de le griller complètement.

Il ferma les yeux et tenta de se calmer. Il devait réfléchir. Réfléchir pour sauver Sam. Et éventuellement la planète. Mais pour le moment, surtout Sam.

Il n'avait plus qu'une solution. Cela risquait de compromettre leur mission mais après tout, la mission était déjà mal barrée. Et puis ce n'était pas la première fois que lui et Cas devrait sauver le monde à eux deux. Ils l'avaient déjà fait contre les Léviathans, ils pouvaient le refaire.

Il ferma les yeux et pria.

_ Gabriel, si tu m'entends, dépêche-toi. Sam est gravement blessé. Il a besoin de ton aide. S'il te plait.

Si le principe de jeter Sam dans les bras de Gabriel ne lui plaisait pas, Dean était prêt aujourd'hui à faire une exception. Malgré ses très nombreux défauts, cette enflure d'archange avait l'air de tenir sincèrement à son frère et il avait les super pouvoirs suffisants pour le sauver. A l'heure actuelle, c'était bien tout ce qui importait à Dean.

A peine avait-il terminé qu'un souffle d'air lui frôla la joue. Gabriel venait de se poser tout près de lui. L'archange s'agenouilla précipitamment à ses côtés.

_ Que s'est-il passé ? s'écria-t-il en prenant le visage de Sam entre ses mains.

Déjà le sol recommençait à trembler.

_ Les titans ! résuma Dean en se couvrant la tête alors que la pluie de pierres reprenait autour d'eux. Emmène-le ! Vite !

Gabriel opina tout en passant ses bras autour du torse de Sam. Avant que Dean n'ait pu dire quoique ce soit de plus, ils avaient disparu.

Au moins Gabriel avait été efficace. Sam allait être sauvé et Dean pouvait maintenant se concentrer sur le plan. Il jura entre ses dents. Il savait qu'il aurait dû apprendre à manier le marteau.

Restant le plus compact possible, il rampa jusqu'à l'arme, manquant de s'évanouir lorsqu'une pierre le frappa à l'épaule, en plein sur une blessure existante. Il ignora la douleur et se força à avancer. Le souffle court, il posa la main sur le manche. Il eut à peine une appréhension lorsque ses doigts frôlèrent le bois. Et si le marteau le rejetait ? Et s'il l'électrocutait ? Mais comme il n'avait pas vraiment le choix, qu'il était épuisé, qu'il avait mal et qu'il était inquiet pour Sam, Cas et vaguement le reste de l'humanité, il saisit l'arme à pleine main et roula sur le côté, évitant un nouveau pied de titan à quelques centimètres près. Des arêtes de pierre jaillirent du sol sous l'impact et il serra les dents en les sentant lui labourer le dos. S'il ne bougeait pas de là rapidement, la prochaine fois serait la bonne.

Il posa sa main libre au sol et tenta de se redresser. Il avait trop mal. Il n'allait jamais réussir à se remettre debout. Il s'étala de tout son long.

Il était foutu. Il savait qu'il était foutu. Il était seul contre des ennemis gigantesques qu'il ne pouvait pas voir, avec une arme dont il ne savait pas se servir.

Il ferma les yeux. Keanu Reeves. Il n'avait pas pour habitude de penser à lui mais là, tout ce qui lui venait à l'esprit, c'était Keanu Reeves dans Point Break. Dos au sol et arme brandie à tirer au ciel. Il pouvait peut-être tenter une Keanu Reeves et voir s'il atteignait quelque chose. Il n'avait rien à perdre.

Il hurla et, les bras tendus, agita le marteau en l'air.

Il ne se passa rien.

Il hurla plus fort.

Sans plus de résultat.

_ Saloperie de marteau ! cria-t-il en secouant l'arme dans tous les sens, ignorant son épaule probablement déchirée.

Il jura. De douleur et de frustration.

_ Aide-moi ! supplia-t-il mais sur un ton toujours aussi véhément.

Il sentit encore les larmes lui monter aux yeux. Il allait échouer. Crever là, loin de Cas, loin de Sam. Il allait les décevoir et ce serait à eux de ramasser le bordel qu'il laisserait.

_ Merde, gémit-il. Je ne peux pas…

Il agita une nouvelle fois le marteau, la tête pleine de Cas, de Sam, de sa mère, de sa voiture et de tout ce qui était bon ou avait été bon dans sa vie. Quitte à mourir, autant que ce soit avec de belles images à l'esprit.

Alors qu'il ne s'y attendait plus, un puissant éclair jaillit du marteau et zébra l'air, perçant la poussière jusqu'au ciel. Il entendit un énorme rugissement. Il ignorait s'il avait touché l'un des titans mais ils avaient réagi. Le sol trembla. Puisant dans ses dernières forces, Dean se mit à quatre pattes et s'éloigna le plus possible de la source du bruit.

Il ne savait pas s'il parviendrait à tirer de nouveau mais il n'aurait jamais l'occasion de le découvrir s'il se faisait écraser maintenant.

Il stoppa au bout de quelques mètres, se dissimulant derrière un large rocher. Il ne pouvait pas aller plus loin. Le sol était en train de s'ouvrir.

« *** »

Castiel aurait été impressionné par l'application dont Crowley faisait preuve pour tracer ses symboles sur le sol irrégulier de la caverne s'il n'avait pas été aussi inquiet. Le roi de l'enfer s'était accroupi sans s'agenouiller, sûrement pour ne pas abimer son élégant costume sombre, et, du bout de sa craie, dessinait une série de signes de plus en plus complexes. Il était si concentré que la pointe de sa langue dépassait à la commissure de ses lèvres sans qu'il ne paraisse en avoir conscience.

Soudain, il se redressa, glissa la fin de sa craie dans la même poche d'où il l'avait sortie et se frotta les mains pour se débarrasser de l'excédent de poussière.

_ J'aurais dû emmener un chiffon, grogna-t-il plus pour lui-même que pour Castiel.

Il leva finalement les yeux vers l'ange.

_ Bon, j'espère que ton petit copain et sa girafe de frère ont mis KO ces foutus titans parce qu'il va être temps pour nous d'entrer en scène.

Castiel opina.

_ J'ai confiance en Dean, répondit-il.

Il s'étonna lui-même de la fermeté de son ton. Il avait beau avoir confiance en Dean, n'empêche que depuis le départ de Gabriel, il se doutait que quelque chose ne tournait pas rond au-dessus de leurs têtes et que les Winchester devaient avoir quelques soucis pour exécuter leur part du plan.

Crowley fit une petite moue.

_ Mouais. On dira que l'amour rend aveugle, grogna-t-il.

Castiel étudia le visage du roi de l'enfer. Malgré son habituelle expression hautaine et dédaigneuse, il avait du mal à dissimuler sa nervosité. Si Castiel était inquiet depuis le départ précipité de l'archange, il n'y avait aucune raison pour que Crowley ne le soit pas. Il avait sans doute compris que Gabriel n'avait pas juste fait là un caprice et qu'il se passait quelque chose de grave en surface.

_ Comment fait-on ? demanda Castiel en posant la main sur la poignée de sa lame.

Crowley recula jusqu'à l'un des coins les plus sombres de la caverne. La torche la plus proche se reflétait à peine sur les contours de son costume et on ne voyait plus son visage. Il se dissimulait dans les ombres et cela ne présageait rien de bon pour l'ange.

_ Je vais ouvrir les deux portes. A toi de contrôler ce qui rentre et ce qui sort. Après tout, grâce à Dean tu es devenu expert en la matière.

Castiel plissa des yeux. Il ne comprenait pas où le démon voulait en venir. A la place, il décida de l'attaquer sur un autre terrain.

_ Tu as peur ? demanda-t-il.

Il devina Crowley qui haussait les épaules.

_ Bien sûr que non.

_ Alors pourquoi te caches-tu ?

_ Parce que si les choses tournent mal, je serai le seul ici à pouvoir fermer les portes entre les trois plans. Libre à toi de vouloir un couloir entre le Tartare, l'enfer et la Terre mais personnellement, c'est le genre de chaos dont je me passerais bien. D'ailleurs, évite de détruire ce que je viens de me casser le derrière à dessiner. Sinon le passage restera ouvert définitivement.

Castiel opina lentement. Il ne pouvait rien répondre à cela. Crowley avait raison. Ils ne devaient pas faire n'importe quoi, n'importe comment sinon c'est toute l'humanité qui risquait de se retrouver envahie à la fois par des démons et des titans. Et il n'avait pas d'autre choix que de faire confiance au roi de l'enfer. En le surveillant quand même du coin de l'œil. Juste au cas où.

_ Alors, peut-on poursuivre ou préfères-tu aller prendre le thé ? grinça Crowley.

Castiel lui jeta un regard sombre, la mâchoire si crispée qu'il eut du mal à répondre.

_ Tu peux y aller.

Crowley leva les bras bien trop théâtralement au goût de Castiel et entonna un chant en latin. Aussitôt, les symboles blancs tracés sur les roches sombres de la grotte s'illuminèrent d'une lueur glaciale.

Castiel saisit son arme. Il était prêt. Si Dean et Sam avaient fait leur part du travail, deux titans inertes tomberaient dans les différents plans. Si quelque chose s'était mal passé, les portes devraient rester ouvertes plus longtemps et le risque que quelque chose remonte des profondeurs de la terre augmenterait. A Castiel de l'en empêcher.

Il retint sa respiration lorsqu'à quelques pas de lui, une tache rouge et lumineuse apparut sur le sol. Il leva les yeux. Le plafond était si haut qu'il n'y voyait rien. Mais au fur et à mesure des incantations de Crowley, il devinait quelque chose là haut. Peut-être n'était-ce que son imagination.

Il regarda à terre. Le sol s'émiettait de plus en plus rapidement et ce qui n'avait au début que la taille d'une pièce de monnaie grandissait et grandissait. Des flammes orangées jaillirent des entrailles de la terre, forçant Castiel à reculer d'un pas. Il resserra son emprise sur sa lame.

De la poussière et des débris lui tombèrent dessus. Castiel comprit qu'il s'agissait là de décombres de la place St-Pierre, chutant en enfer à mesure que la paroi entre les mondes s'effritait.

Il était prêt, mais il sursauta lorsqu'un rugissement énorme résonna au-dessus de sa tête.

« *** »

Dean avait dû reculer encore et encore pour éviter d'être englouti par le trou béant qui s'ouvrait toujours. Le marteau dans la main droite et la gauche lui servant d'appui de bloc de pierre en bloc de pierre, il s'était trainé jusqu'aux abords de la place dont il ne restait plus que des enchevêtrements de colonnes. Bloqué, il n'avait pu fuir plus loin et tentait désormais de reprendre sa respiration.

Cette enflure de Crowley ne les avait pas prévenus qu'ils risquaient de passer à travers le plancher. Jamais il n'avait même qu'évoqué cette possibilité.

Dean serra les dents. S'il lui était si simple d'ouvrir des trous entre les mondes, pourquoi n'avait-il juste pas créé avant un passage entre la Terre et le Tartare et hop, tout le monde chez soi !

Il regarda autour de lui. La poussière des attaques commençait à se dissiper et il lui semblait distinguer, à quelques mètres de là, une forme gigantesque.

Dans sa fuite désespérée et douloureuse, il ne s'était plus occupé de l'emplacement des titans. Entre deux menaces de mort imminente, il avait paré au plus pressé. Mais à présent qu'il retrouvait son calme et ses esprits, il était quasiment certain qu'il s'agissait de Cronos, là, tout près de lui.

Luttant contre son propre corps, Dean se glissa derrière une colonne couchée. Maintenant n'était plus le temps de se faire repérer. Il devait au contraire reprendre son attaque et manier le marteau pour toucher le titan. Il n'aurait certainement pas de meilleure occasion. Sam avait touché des cibles bien plus petites de beaucoup plus loin. Ca ne devait pas être bien sorcier à présent qu'il avait trouvé le truc. Du moins, il espérait l'avoir trouvé.

Il ferma les yeux et respira lentement malgré le sang qui lui encombrait les narines. Le marteau lui paraissait terriblement lourd mais au moins parvint-il à calmer les tremblements de son bras et à ignorer les protestations de son corps.

Il ne devait plus penser qu'à sauver ceux qu'il aimait, Cas, Sam, sa voiture, Kevin… et même des enflures comme Gabriel ou Crowley ne lui paraissaient soudain plus mériter la mort. Même s'ils n'agissaient qu'avec un agenda bien précis, au moins aidaient-ils.

Il sentit le marteau lui crépiter littéralement dans la main et pour la première fois depuis bien longtemps, il se sentit fort, invincible presque.

Sûr de lui au point d'en oublier sa peur et ses blessures, Dean sortit de derrière son abri, le marteau brandi et un cri de guerre aux lèvres. Mais avant qu'il n'ait pu même qu'amorcer son attaque, le titan se tourna vers lui, stoppant net son élan.

Il hésita.

Il espérait vraiment que cela allait fonctionner parce que là, il était repéré. Et l'adversaire était énorme. Dean avait beau avoir vu des titans à plusieurs reprises, il restait à chaque fois abasourdi par leur gigantisme.

Il se racla la gorge et reprit son cri. Cas, il devait sauver Cas. Et Sam. Il devait réussir pour Sam qui avait presque donné sa vie. Et…

Il frémit quand il réalisa que Cronos se penchait vers lui, la main en avant. Il allait se faire aplatir comme une crêpe s'il loupait son coup. Il tira. Un éclair aux teintes bleuté quitta le marteau pour finir sa course dans un gros rocher à quelques mètres de là.

_ Merde, jura Dean, son arme toujours en l'air.

Comment avait-il pu louper une cible aussi grosse ! Si son père avait été là, qu'est-ce qu'il aurait entendu comme… Non ! Il ne devait pas penser à son père. Déjà parce qu'il allait perdre la confiance que le marteau avait réussi à lui donner et ensuite, parce que Cronos allait le saisir, qu'il allait probablement mourir et qu'il était hors de question que sa dernière pensée soit pour son père.

Il se laissa tomber et se roula en boule, espérant que ce serait suffisant pour esquiver les doigts du titan.

Il serrait fort le manche de son arme comme unique protection qu'il lui restait. Bien malgré lui il tremblait. Mais même à travers le claquement incessant de ses dents, il perçut le cri.

Il était énorme, guttural et… surpris. Plus rapidement qu'il ne s'en serait cru capable, Dean se redressa, s'accrochant à la paroi d'un rocher de sa main libre pour se hisser sur ses jambes.

Cronos n'était plus là où il se trouvait quelques secondes auparavant. Ce qui pour Dean était déjà un énorme soulagement. Puis il réalisa que le titan avait chuté dans le trou qui s'était étendu depuis le centre de la place. Il ne restait plus de lui qu'une main s'accrochant au rebord déchiré dont la progression avait enfin stoppé.

Dean éclata de rire.

_ Ah ah ! Tu ne t'attendais pas à ça ! railla-t-il, terminant sa tirade par une quinte de toux lorsqu'il s'étouffa avec sa propre salive au goût de cuivre.

Il s'essuya la bouche et grimaça. Il devait vraiment avoir une tête pas possible. Heureusement que Cas avait de super pouvoirs pour le remettre d'aplomb. Il n'avait pas envie de se trainer des semaines avec la tête de Stallone à la fin du premier Rocky.

Cas, pensa-t-il de nouveau avec un petit sourire.

CAS ! lui cria son esprit.

Il se redressa brusquement. Cronos était en mauvaise posture mais s'il tombait sans être assommé, il risquait de se raccrocher au plan de l'enfer et ce serait à Cas de le combattre. Cas qui devait déjà empêcher seul les derniers titans de remonter.

Dean ne pouvait pas prendre un tel risque. Il devait finir Cronos avant de le réexpédier chez lui.

Revigoré par son inquiétude pour l'ange, Dean enjamba la colonne derrière laquelle il avait trouvé refuge et clopina le plus rapidement possible jusqu'au bord du trou. Il devait se rapprocher suffisamment pour être certain d'assommer le titan mais il n'avait non plus aucune envie de tomber dans le gouffre béant.

L'espoir d'entrapercevoir Castiel le poussa à jeter un coup d'œil à l'intérieur, le cou tendu au maximum. Mais le trou à ses pieds était si énorme qu'il ne vit que du noir. Il n'était même pas sûr que le Tartare ait déjà été ouvert. Il ne voyait que l'immense corps du titan comme en suspension dans les ténèbres. Et qui petit à petit se hissait hors du sol.

Dean sut qu'il devait achever sa part du travail.

Il leva de nouveau le marteau.

Cronos tourna la tête et ses énormes yeux noirs fixèrent Dean qui se figea. C'était comme être un lapin pris dans les phares d'une voiture. Et il se demanda comment il avait même pu s'imaginer pouvoir vaincre ces créatures d'un autre âge. Sa bouche s'assécha et l'espace d'un instant il craignit que sa vessie ne le trahisse aussi.

Le sol céda alors.

Sous le poids du titan, le bord du gouffre déjà fort abîmé se fissura et, dans un nouveau cri rauque, le monstre disparut dans les ombres.

Dean sortit alors de sa torpeur. Il se pencha dans l'espoir d'apercevoir quelque chose mais il n'y avait plus rien dans le trou. Il jura. S'ils étaient chanceux, le titan plongerait directement dans le Tartare. Mais la chance était rarement de leur côté. Et il était plus probable que le titan finisse au niveau de Cas. Et ça, ça angoissait vraiment Dean.

_ Bordel de merde ! grogna-t-il de nouveau. BORDEL !

Il eut envie de se jeter dans le trou et de se lancer à la poursuite du titan. Après tout, si dans les films Thor parvenait à voler grâce à son arme, pourquoi pas lui ? Probablement parce qu'il avait déjà été incapable ne serait-ce que de tirer correctement avec le marteau… En fait il n'était même pas sûr à l'heure actuelle de réussir à planter un clou avec. Et s'écraser aux pieds de Cas ne l'aiderait certainement pas. Pas plus que de finir directement dans le Tartare s'il ratait son coup.

Il trépigna de frustration. Il avait été nul d'un bout à l'autre de cette attaque. Et Gabriel qui ne revenait pas ! L'archange aurait pu lui offrir un aller-retour express jusqu'en enfer pour qu'ils combattent ensemble. A moins qu'il soit retourné directement auprès de Castiel. Dean se raccrocha à cette possibilité. Oui, Castiel n'était sûrement plus seul.

Contrairement à lui.

Il prit conscience de cette dure réalité lorsque le bruit d'un éboulement de roches un peu plus loin le tira de ses pensées. Il releva la tête. Depuis l'autre côté de la place, Gaïa le regardait.

Si le titan avait les pieds toujours fermement ancrés dans les restes de la basilique, elle avait adopté une position à quatre pattes presque féline et étonnamment gracieuse pour un être de cette taille. Ses mains étaient posées à plat sur le sol, tout au bord de la gigantesque ouverture et elle avait probablement elle aussi tenté d'apercevoir Cronos au moment de sa chute.

Puis elle avait dû repérer Dean. Et désormais elle lui souriait. De façon bien trop carnassière à son goût.

Il recula d'un pas, resserrant son emprise sur le marteau.

Elle se mit en mouvement et, sans changer de posture, longea le bord du gouffre.

_ Je ne sais pas ce que tu cherchais à faire, humain, dit-elle en chuchotant, mais merci pour avoir ouvert un passage entre mon monde et le tien. Notre retour n'en sera que plus facile.

Dean butta contre des débris dans son dos. Il allait avoir du mal à fuir sans se retourner. Mais il ne voulait pas quitter Gaïa des yeux. En désespoir de cause, il leva le marteau.

_ Attention, je maîtrise la foudre, prévint-il.

Elle ne parut pas s'inquiéter le moins du monde et poursuivit sa progression avec la même tranquillité glaçante, comme si elle savait parfaitement que Dean n'était pas une menace pour elle.

_ Zeus maîtrisait la foudre, répondit-elle. Nous l'avions cru revenu alors nous avons fui. Mais il n'est plus, nous l'avons compris. Et de ce que j'ai vu aujourd'hui, tu as là un pouvoir que tu ne contrôles pas.

Dean se redressa autant que ses blessures le lui permettaient. Et il brandit le marteau.

_ J'ai vaincu Cronos ! fit-il d'un ton aussi goguenard que possible.

_ Cronos est un idiot qui s'est laissé surprendre. Mais pas par toi. Et il va remonter. Avec tous les autres.

Alors qu'il aurait dû rester concentré sur la situation, l'esprit de Dean se tourna une fois de plus vers Castiel.

« *** »

Castiel tourna la tête vers Crowley à la recherche d'un soutien ou d'une explication mais le démon restait immobile dans l'ombre.

Il desserra un peu plus sa cravate. Quoiqu'il se passe en haut, ce devait être terrible et il était extrêmement frustrant pour lui d'attendre ici alors que Dean combattait en haut. Il leva les yeux comme s'il espérait l'apercevoir dans le minuscule rayon de lumière qu'il pensait discerner.

Il plissa les yeux. En fait, il discernait vraiment quelque chose. Mais ce n'était certainement pas Dean. Du moins, il ne l'espérait pas vu la vitesse à laquelle la chose tombait du ciel.

_ Mais bouge-toi de là bougre d'idiot ! gronda Crowley.

Castiel sauta en arrière, usant de ses ailes pour s'enfuir suffisamment loin. Car il était désormais évident que c'était un titan qui fonçait vers eux à pleine vitesse. Cela rassura Castiel. Apparemment là-haut, les frères Winchester avaient fait leur travail.

Le titan s'écrasa au sol avec une telle force que la pierre se craquela, heureusement pas au point de détruire les runes de craie. Des stalagmites alentours se fissurèrent. Castiel en ressentit la vibration jusque dans ses os. Il se tourna vers Crowley. Le titan était-il mort ?

Le roi de l'enfer comprit la question à la seule expression faciale de l'ange. Ou peut-être n'en avait-il rien à faire ? Dans tous les cas, il se contenta de hausser les épaules et de faire un petit geste de la main pour presser Castiel.

En effet, seuls les pieds du titan pendaient dans le passage menant au Tartare. Le reste de son corps massif encombrait toujours la plus grande partie de la grotte. Cas grimaça. Il ignorait combien pesait ce gros machin mais il espérait ne pas trop dépenser d'énergie juste pour le renvoyer de là où il venait. Après tout, il aurait peut-être à combattre à un moment ou à un autre. Il regrettait le départ précipité de Gabriel.

Il fit le tour du monstre, enjambant déchets et morceaux de stalactites jusqu'à atteindre son dos. Il passa la main sur la paroi rugueuse qui constituait sa peau. C'était comme si Cronos était en grande partie composé de sable. Castiel n'avait jamais vu une telle structure chez une créature vivante.

Un raclement de gorge de Crowley lui rappela qu'il n'était pas là pour s'émerveiller de la diversité biologique de leur univers et Castiel posa ses deux mains à plat sur le titan. Il poussa de toutes ses forces.

Cronos bougea, mais pas comme il l'espérait. Au lieu de choir, il se redressa brusquement avec un cri rageur et se retourna pour faire face à l'ange. Impressionné, ce dernier recula malgré lui. Le titan était un être énorme. Et de toute évidence mécontent.

_ Incapables de crétins de Winchester ! entendit-il Crowley pester.

Castiel ne l'aurait pas formulé de la sorte mais le fait que Dean et Sam n'aient pas réussi à assommer le titan était quand même assez contrariant pour lui. Et dangereux.

Il sauta de côté alors qu'un poing géant écrasait le sol là où il s'était tenu.

Il regarda autour de lui. Bon, Gabriel ne revenait pas et Crowley lui était inutile. Il était donc seul et il n'avait qu'une lame.

Tentant sa chance, il se précipita vers le titan, évitant une nouvelle attaque de sa main, et se glissa tout près de sa jambe. Il leva son arme et le frappa à la cheville. Il se doutait qu'une telle blessure ne lui serait pas fatale mais peut-être serait-elle suffisante pour le déséquilibrer et l'envoyer la tête la première dans le trou ouvert par le roi de l'enfer.

Comme s'il n'était rien de plus qu'un insecte, le titan secoua la jambe et Castiel se retrouva projeté à plusieurs mètres. Il se redressa et grogna. Il s'était ouvert le front et saignait abondamment. Mais il n'avait certainement pas le temps de se soigner maintenant. Il devait frapper vite, fort et à un endroit plus stratégique que la cheville.

Sans cesser de se déplacer, fuyant d'ombre en ombre pour éviter les coups qui pleuvaient autour de lui, il observa son adversaire. Il était grand, solide, massif et paraissait pour ainsi dire invulnérable. Même ses yeux semblaient être de roc. Sans la foudre, difficile de l'abattre.

_ INUTILE DE FUIR, ANGE ! gronda Cronos, faisant trembler les murs et tomber des stalactites. JE T'ECRASERAI COMME J'AI ECRASE TON AMI.

Il ponctua sa phrase d'un nouveau coup qui fit voler l'imperméable de Castiel. Celui là n'était vraiment pas passé loin. Il faut dire que l'ange avait marqué un temps d'arrêt en entendant les propos du titan. Etait-ce du bluff ou avait-il vraiment tué l'un des frères Winchester ? Cela pouvait expliquer le départ de Gabriel.

Castiel sentit une boule se former dans son estomac mais aussi une rage incontrôlable le prendre à la gorge. Tout ce qu'il désirait, c'était être tranquillement avec Dean mais ces monstres ne trouvaient rien de mieux à faire que de remonter de leur prison antique pour détruire les œuvres à la gloire de son père et peut-être par-dessus le marché, tuer l'homme qu'il aimait. C'était trop pour lui. Il sentit ses ailes se déployer et une lumière intense envahit l'espace. Il aurait voulu reprendre sa véritable forme mais il risquait d'occasionner plus de dégâts qu'autre chose. Crowley l'avait prévenu. Si les symboles disparaissaient, le passage entre les mondes resterait ouvert. Et la chute de Cronos les avait déjà suffisamment dégradés.

_ Castiel ! l'interpela Crowley. Dépêche-toi, en voilà un autre !

L'ange aperçut du coin de l'œil une main qui sortait de la fosse. La remontée des titans avait débuté. Il lui fallait vaincre Cronos au plus vite ou bien il finirait submergé.

Poussé par sa colère, il se jeta au visage du monstre. Cronos eut un mouvement de recul. La vitesse et la vélocité de l'ange l'avait surpris. Castiel atterrit sur la pommette du titan et se raccrocha de sa main libre à une cavité sur le côté de sa paupière. Sans hésiter, il leva son arme et visa au beau milieu du globe oculaire. Cronos grogna mais la lame avait à peine effleuré la surface de son œil.

Castiel frappa de plus belle. Sans plus de résultat. Le titan cligna des yeux et l'ange faillit lâcher prise. Puis il voulut le saisir du bout des doigts mais Castiel anticipa son mouvement et se projeta au-dessus de l'arête de son nez.

Il frappa le second œil mais comme il s'y attendait, celui-ci était aussi solide que le premier. Il devait trouver une autre solution.

La main de Cronos le balaya sans plus de difficulté que s'il était un moucheron. Ce qui était aussi frustrant que vexant pour une créature céleste telle que lui. Se sentant tomber, Castiel se raccrocha à ce qu'il pouvait attraper. En l'occurrence la lèvre inférieure du titan. Ses pieds battirent dans le vide avant de trouver un appui sur le large menton irrégulier de la créature.

_ TU… gronda Cronos.

Castiel n'hésita pas. Au risque de se retrouver coupé en deux par un mauvais coup de dents, il se projeta dans la bouche du titan. Il sentit des incisives lui frôler le ventre et une matière poisseuse, probablement l'équivalent titanesque de la salive, lui coller aux cheveux. Une odeur de vieille terre lui emplit les narines.

Sa main libre se posa sur la surface molle de la langue où elle s'enfonça de quelques centimètres. Malgré ce manque d'appui, il planta le plus fort possible sa lame dans le palais de Cronos. Dans la bouche de ce dernier, rien n'était aussi dur qu'à l'extérieur et son arme pénétra aisément. Un liquide épais jaillit de la plaie.

Le titan cria et Castiel en profita pour sauter à l'extérieur. Ca avait été une attaque éclair et lui-même avait du mal à réaliser ce qu'il venait de faire. Mais il était couvert de salive et d'un sang noir poisseux, et son adversaire titubait, les deux mains plaquées sur sa bouche comme pour stopper la douleur.

Comprenant qu'il ne devait lui laisser aucun répit, Castiel reprit son envol. Ses ailes étaient lourdes des fluides de Cronos mais elles le menèrent tout de même à grande vitesse jusqu'au torse de celui-ci.

L'impact lui fit claquer les dents. C'était comme entrer en collision avec le plus gigantesque et le plus solide des murs. Mais cela suffit à déséquilibrer le titan. Il cria, crachant au passage une nouvelle gerbe de sang.

Puis il bascula dans le vide. Castiel vit la surprise se mêler à la douleur sur son visage et ses bras se tendre comme s'il pouvait se raccrocher à l'air. La seule chose qu'il accrocha fut le titan en train de remonter des entrailles de la terre. Castiel ne put discerner ce qu'il s'était exactement passé mais en quelques secondes, tous deux avaient disparu et le silence était revenu dans la grotte.

Prudemment, l'ange s'approcha du bord du gouffre. La lueur orangée des flammes qui léchaient les parois de la fosse donnait une jolie teinte à la scène, entre ombre, lumière et roche volcanique anthracite. Mais il n'y avait plus aucune trace des titans. Peut-être que la chute de Cronos allait les dissuader. Peut-être que d'autres allaient quand même tenter leur chance. Mais pour le moment, Castiel disposait de quelques minutes de répit. Sa décision était prise.

_ Tu as été aussi répugnant qu'impressionnant.

La voix de Crowley résonna dans le calme de la caverne. Castiel se tourna vers lui. Il sentait encore quelque chose lui couler dans le cou mais il ne voulait pas en connaître la nature.

Le roi de l'enfer était sorti de sa cachette pour examiner les symboles au sol. Ils étaient craquelés mais pas détruits. Puis il se redressa, un sourire aux lèvres lorsqu'il étudia l'ange.

_ Tu as du liquide corporel… partout, fit-il avec une petite moue amusée.

Castiel soupira.

_ C'était le seul moyen.

Crowley le détailla sous toutes les coutures, les yeux brillants.

_ Le seul moyen, je ne sais pas mais il a été diablement efficace. Une attaque orale d'une grande précision. Le point positif c'est que si les deux nigauds foirent aussi le second titan, nous savons maintenant comment les vaincre nous-même.

_ Ca n'arrivera pas, répondit l'ange.

Crowley pouffa.

_ Ben voyons. C'est sûr qu'ils ont été tellement efficaces avec celui-ci.

_ Ca n'arrivera pas parce que je monte les aider, répliqua Castiel le plus fermement possible.

_ Quoi ! s'écria le roi de l'enfer. Tu ne peux pas faire ça ! Et si d'autres remontent !

_ Je n'en ai que pour quelques minutes. Appelle-moi si les choses tournent mal.

_ T'appeler ! Mais…

Castiel n'entendit pas le reste des protestations car il venait de prendre son envol vers la surface.

Il l'atteignit juste à temps pour découvrir Gaïa se penchant sur un Dean qui n'avait jamais paru aussi petit et fragile. Mais au moins était-il en vie. Castiel se sentit plus léger et plus sûr de lui qu'il ne l'avait jamais été

« *** »

_ STOP !

Pour la énième fois de la journée, Dean se dit que ça y était, il allait mourir. Gaïa s'avançait vers lui de son impressionnante démarche de prédateur et tous ses essais pour déclencher la foudre se révélaient infructueux. Les minces éclairs qu'il parvenait à produire allaient se cracher lamentablement à droite, à gauche, mais sans jamais atteindre leur cible.

La voix de Cas, s'élevant à sa gauche, fut un soulagement. Non seulement l'ange était vivant mais en plus il allait pouvoir l'aider. A eux deux, ils étaient forts.

A l'instar de Dean, Gaïa tourna la tête vers le nouvel arrivant. L'injonction de Castiel l'avait surprise. Elle le fut plus encore quand elle reconnut sur lui du sang de titan.

_ CRONOS ? demanda-t-elle.

_ Renvoyé au Tartare, répondit-il d'un air hautain, le menton levé et le torse bombé. Et maintenant c'est ton tour.

Malgré la situation critique et son corps douloureux, Dean sourit. Il adorait quand Castiel se la racontait, se montrant sûr de lui et un peu goguenard. Ah bordel, il avait envie de lui sauter au cou et de l'embrasser ! Enfin, lorsqu'il se serait nettoyé. Car au fur et à mesure que l'ange se rapprochait, Dean constatait qu'il était couvert de… fluides ? Comme si un Léviathan lui avait éclaté au visage.

Brusquement, Gaïa se détourna de Dean et se jeta sur l'ange de tout son poids mais ce dernier esquiva d'un long saut de côté. Dean se recroquevilla pour se protéger des débris de l'attaque. Lorsqu'il releva la tête, Castiel était à ses côtés, les cheveux plaqués sur le front et ses yeux bleus écarquillés par l'inquiétude.

_ Dean ! Tu vas bien ? Tu es couvert de sang !

L'ainé des Winchester avait conscience de son état. Un goût cuivré lui revenait cycliquement en bouche, il ne voyait plus bien d'un œil et lorsqu'il parla, il sentit du sang séché craqueler entre son nez et ses lèvres. Mais lui au moins n'était pas couvert de liquides visqueux.

_ Ce n'est pas le mien, tenta-t-il de plaisanter mais Castiel fronça les sourcils en entendant le son nasillard de sa voix.

_ Bien sûr que c'est le tien.

Dean soupira. Puis il tira Castiel par le bras. Gaïa revenait à la charge.

L'ange attrapa Dean à l'épaule et avant que celui-ci ne comprenne vraiment ce qu'il se passait il se retrouva à plusieurs mètres de là, en hauteur sur l'une des rares colonnes encore debout. C'était étroit et inconfortable mais assez loin de Gaïa pour leur donner quelques secondes de répit.

_ Dean, utilise le marteau ! le brusqua Castiel alors que déjà le titan se précipitait vers eux.

_ Je n'y arrive pas.

_ Comment ça tu n'y arrives pas ?

Le temps de cligner des yeux et Castiel les avait déplacés de l'autre côté de la place, dissimulés par un mur de débris. Dean entendit juste au loin la colonne qu'ils venaient de quitter qui s'écroulait.

_ Je n'y arrive pas ! s'agaça Dean, poursuivant leur conversation comme s'ils ne venaient pas de faire un vol de plusieurs dizaines de mètres. Je fais des éclairs minables qui touchent que dalle !

_ Et Sam ?

Dean grimaça.

_ Il s'est fait blesser dès le début de l'attaque. J'ai appelé Gabriel à l'aide.

Castiel avait la mine grave.

_ Je me doutais que quelque chose avait mal tourné lorsque Gabriel a disparu.

_ Il a pris Sam et l'a emmené pour le soigner.

_ Ils auraient déjà dû revenir, murmura Castiel plus pour lui-même que pour Dean.

La tête de Gaïa apparut au-dessus de leur abri de fortune. Dean eut à peine le temps de sursauter que Castiel les avait de nouveau transportés à l'écart.

_ VOUS NE POUVEZ PAS FUIR ETERNELLEMENT ! hurla le titan, au point que Dean dut se couvrir les oreilles.

_ Elle a raison, fit Castiel. Il nous faut l'abattre rapidement. D'autres titans tentent déjà de remonter.

_ Et Cronos ? Tu l'as eu ?

Castiel opina.

_ J'ai trouvé une faille dans leur défense mais ça n'avait rien d'agréable.

_ Je veux bien le croire, répondit Dean en fronçant le nez alors qu'il étudiait le liquide noir qui gouttait encore de l'imperméable de l'ange.

Soudain il se figea.

_ Tu ne…

_ Quoi Dean ?

_ Tu ne lui es quand même pas passé par le derrière ?

Castiel prit un air horrifié.

_ Non ! Je suppose que sur le principe ça pourrait fonctionner… mais non !

_ Alors qu'est-ce qu'on fait ?

Le téléphone portable de Castiel sonna. Lui et Dean se regardèrent.

_ C'est peut-être Gabriel ! le pressa ce dernier.

Castiel fronça les sourcils. Pourquoi Gabriel l'appellerait-il par téléphone ?

Surveillant Gaïa qui s'avançait d'un pas lourd et déterminé, Castiel décrocha.

_ Allo ?

_ Dépêchez-vous bande d'andouilles ! Une nouvelle main vient d'apparaitre !

_ Crowley ?

_ Oui Crowley ! Qui d'autre !

Le roi de l'enfer hurlait tellement dans le combiné que même Dean pouvait l'entendre clairement malgré les chocs de l'approche du titan.

_ Pourquoi m'appelles-tu par téléphone ?

Dean imaginait très bien l'expression de Crowley, roulant des yeux théâtralement alors qu'il soupirait lourdement.

_ Tu m'as dit de t'appeler en cas de problème. Et j'ai un gros problème ! Un très gros problème même ! Qui grimpe de plus en plus vite !

_ Je pensais à la prière.

_ JE SUIS ROI DE L'ENFER ! JE NE VAIS PAS ME METTRE A PRIER UN ANGE !

Castiel recula la tête loin du téléphone et regarda l'objet comme s'il l'avait personnellement offusqué.

_ Alors maintenant magnez-vous le train parce que je referme les portes dans deux minutes chrono ! poursuivit Crowley. Et tant pis si vous vous retrouvez avec un dernier titan sur les bras !

Dean arracha le téléphone de la main de Castiel.

_ Compris ! Livraison de titan dans moins de deux minutes !

Et il raccrocha sans attendre de réponse. Principalement parce que l'ombre de Gaïa venait d'apparaître sur eux.

Castiel les déplaça une fois de plus mais ils allaient vite devoir passer à l'action.

_ Comment on fait ? demanda Dean en grimaçant.

L'ange les avait posés derrière une pierre mais s'accroupir lui tuait les jambes.

_ Distrais-la, fit Castiel. Je vais tenter de l'attaquer de la même façon que Cronos.

_ C'est-à-dire ?

_ Par la bouche, admit l'ange du bout des lèvres, la mine pincée.

Dean eut l'air mi-horrifié, mi-amusé.

_ C'est toujours mieux que par le derrière.

Castiel lui jeta un regard sombre.

_ Contente-toi de la distraire, grogna-t-il.

_ Comment ?

_ Fais appel à ton imagination, répondit l'ange en se relevant.

Dean l'attrapa par le bras. Il sentit le sang de titan lui coller aux doigts mais à cet instant, il s'en fichait.

_ Sois prudent, murmura-t-il.

S'il avait eu plus de temps, il l'aurait embrassé. Et tant pis s'il se retrouvait barbouillé de salive de monstre. Enfin l'ange lui sourit.

_ Toi aussi Dean.

Et il disparut.

Dean prit une grande respiration. Il grimpa sur un rocher proche. Castiel lui avait dit d'être imaginatif mais à l'heure actuelle, il manquait cruellement d'idée. Alors, il allait faire au plus évident.

_ HE ! GAIA ! appela-t-il en agitant les bras, le marteau bien en vue.

Le titan se tourna brusquement vers lui. Puis elle s'élança et en quelques secondes, elle avait couvert la distance les séparant. Dean espérait que Castiel allait vite passer à l'action parce qu'il n'avait nulle part où fuir, ni la force de le faire.

_ Je vais te griller ! ajouta-t-il en secouant son arme en tout sens.

_ TU…

A peine avait-elle ouvert la bouche que Castiel se posa sur sa lèvre inférieure. Dean se figea. Comme au ralenti, il vit l'ange passer la tête entre les dents du monstre. Il sentit sa main serrer le marteau. Cas allait réussir !

Avant qu'il n'ait pu aller plus loin, les doigts de Gaia l'attrapèrent. Elle était rapide et Castiel ne parvint pas à se dégager. L'ange paraissait si petit dans la main du titan et elle le serrait. Pour le moment, il résistait mais la douleur se lisait sur son visage. Dean vit quelque chose briller jusqu'au sol et il comprit que Castiel avait lâché sa lame. Il sentit la peur et la colère l'envahir. Il leva le marteau et y jeta toute sa hargne.

Un éclair jaillit, l'un des plus puissants qu'il était parvenu à produire et son cœur bondit dans sa poitrine. Jusqu'à ce que l'éclair frappe à une bonne dizaine de mètres du titan.

_ Merde ! MERDE MERDE MERDE !

Dean sauta de son promontoire, ignorant les protestations de ses jambes et s'élança vers Gaïa.

_ LACHE-LE SALOPERIE DE TITAN ! hurla-t-il.

Il secouait son arme de gauche à droite, lançant de petits éclairs mal cadrés mais qui reflétaient toute son agonie. Tant pis s'il mourait dans cette ultime attaque, il ne pouvait pas la laisser tuer Cas.

Heureusement pour lui, Gaïa était tellement concentrée sur l'ange qu'elle ne prit pas garde à la petite silhouette qui clopinait avec l'énergie du désespoir vers ses orteils. Ni aux ridicules étincelles qui sortaient de son marteau.

Du coin de l'œil, Dean vit que le trou se rebouchait déjà. Crowley n'avait pas perdu de temps. Il accéléra autant que possible, serrant les dents mais sentant un liquide dont il ne savait pas s'il s'agissait de salive ou de sang lui couler sur le menton.

Lorsqu'il atteignit le pied de Gaïa, il frappa dedans de toutes ses forces. Le choc créa un gigantesque éclat de foudre qui remonta le long de la jambe du titan. Surprise, Gaïa recula brusquement.

Dean se jeta à sa poursuite et continua d'asséner coup après coup, avec toujours plus de puissance et de rage.

_ LACHE-LE ! LACHE-LE ! hurlait-il comme une litanie, au rythme de ses frappes.

Gaïa tenta bien de lui shooter dedans mais Dean la cueillit d'un jet de marteau sous la plante du pied, la forçant à céder.

Elle grogna de frustration mais ne relâcha pas Castiel. Alors, malgré la fatigue et la douleur, Dean poursuivit son attaque. C'était de toute façon comme s'il ne ressentait plus rien. Il n'y avait plus que la colère telle une grande lumière blanche qui occupait tout son cerveau. Et son corps n'existait plus que pour taper.

Il ne sortit de sa transe que lorsque Gaïa hurla de nouveau. Ses yeux quittèrent enfin ce point sur son pied où il n'avait cessé de frapper et il réalisa qu'il était tout près du gouffre. Enfin ce qu'il en restait. Quelques mètres carrés de vide au milieu d'un sol désormais vierge.

Et malgré l'étroitesse du passage, Gaïa venait de reculer en plein dedans. Elle bascula en arrière. Ses bras gigantesques battirent l'air mais son poing resta fermement serré sur l'ange.

Dean cria. Le second pied de Gaïa, juste devant lui, quitta le sol. Il le vit se soulever. Il le vit suivre l'énorme corps vers la fosse. Il le vit disparaître dans les ténèbres.

Dean se jeta à quatre pattes au bord du trou, écorchant de nouveau ses genoux déjà dans un sale état. Il ne voyait rien. Le gouffre se refermait désormais de plus en plus vite et Dean dut le poursuivre, se raclant les paumes au passage. Mais malgré tous ses efforts, il ne repéra pas Castiel.

_ CAS ! CAS ! hurla-t-il à s'en abimer la gorge. CROWLEY ! STOP ! STOP !

Mais soit le roi de l'enfer ne l'entendait pas, soit il n'en avait rien à faire. Et inexorablement, sans que Dean ne puisse rien y faire, le passage entre les différents mondes se referma.

_ NON ! NON !

Incapable de se relever, il frappa le sol du poing, encore et encore. Peu importait ce que cela lui coûterait, il retournerait chercher Castiel au Tartare. Même s'il fallait creuser l'enfer au marteau piqueur pour y accéder et buter un à un tous les titans.

Il ne savait plus si les larmes sur ses joues venaient du désespoir, de la douleur ou de la colère.

_ Cas ! appela-t-il plus faiblement comme si murmurer à travers le sol était son unique recours.

_ Oui Dean ?

Dean leva la tête. Ou bien la douleur l'avait rendu maboule ou alors sa perte de sang massive lui donnait des hallucinations.

Il se retourna pour découvrir l'ange tout près de lui, un peu chancelant et très sale mais bien vivant. Et apparemment un peu perplexe de découvrir Dean, joue contre le sol et fesses en l'air.

_ Tout va bien ? demanda Castiel, sa voix un peu plus rocailleuse qu'habituellement.

Dean se redressa aussi vite que son corps le pouvait. Il voulait serrer l'ange dans ses bras mais il avait encore trop peur qu'il ne s'agisse là que d'une illusion.

_ Bordel, jura-t-il entre ses dents.

Castiel pencha la tête de côté.

_ Je ne comprends pas le rapport entre les maisons de passe et…

Dean sentit tout son corps se détendre et son visage se fendre d'un large sourire. C'était le genre d'action qui tirait sur ses plaies et lui faisait complètement fermer son œil gonflé mais peu importait. Il était sûr désormais que c'était bien Castiel qu'il avait face à lui.

Il le prit dans ses bras et passa une main dans ses cheveux poisseux. Ils avaient besoin l'un comme l'autre de soins et d'un bon nettoyage.

_ Tu es en vie, souffla-t-il contre son oreille.

Castiel opina et sourit. Son front saignait toujours mais il le colla tout de même contre celui de Dean, en tout aussi mauvais état.

_ Comment ? souffla Dean. Je t'ai vu plonger avec elle…

Castiel referma ses bras autour de sa taille pour le serrer contre lui. Dean ne protesta pas malgré la douleur.

_ Je vole. Pas elle.

Dean soupira de soulagement. Enfin toute la tension des minutes précédentes le quittait. Dans quelques secondes et la fin de la poussée d'adrénaline, il allait probablement avoir très froid et très mal mais pour le moment, il se sentait serein. Ils avaient gagné.

_ J'ai fait en sorte qu'elle plonge directement dans le Tartare avant que le passage ne se referme et je suis remonté aussi rapidement que possible.

Dean pouffa et caressa la joue de l'ange.

_ Tu as suivi un monstre ancestral entre les différents mondes, tu l'as vaincu et tu es revenu. Castiel le Gris est probablement devenu Castiel le Blanc.

L'ange fronça les sourcils.

_ Dean ? Tu te sens bien ?

_ Très bien. Très très bien. Il y a juste une autre trilogie qu'il faudra que je te montre après Star Wars.

Castiel opina sans vraiment comprendre et Dean trouva cela tellement adorable qu'il l'embrassa enfin. Et peu importait le sang, les blessures ou la salive de titan. L'ange ne se fit pas prier pour lui répondre et quelques secondes plus tard ses mains caressaient le dos de Dean.

La bouche de Castiel avait le même goût cuivré que la sienne et ses joues étaient râpeuses sous ses doigts. Dean pensa furtivement qu'une fois remis en état l'un comme l'autre, ils mériteraient bien quelques jours de congés. Seuls. Tous les deux. Au calme.

_ Ah tu vois ! Tu n'étais pas indispensable !

La voix de Gabriel les interrompit brusquement et Dean relâcha à regret la lèvre inférieure de Castiel. Roulant des yeux de façon exagérée, il se tourna vers l'archange qui avait le chic pour se pointer au pire moment. Sa mine exaspérée se mua en sourire lorsqu'il vit à ses côtés Sam, apparemment en parfait état.

_ Ca nous fait plaisir de vous voir vivants, poursuivit Gabriel, hilare, mais un baiser gay sur la place St-Pierre, ça frise le blasphème.

Dean l'ignora et relâcha à contrecœur le visage de Castiel pour s'approcher de son frère.

_ Comment te sens-tu ? demanda-t-il en lui posant une main sur l'épaule.

_ Vivant. Grâce à Gabriel, ajouta-t-il avec un regard de travers vers l'archange, dans lequel on lisait plus le reproche que la gratitude.

_ Quoi ! s'écria Gabriel en gesticulant. Arrête de me faire la tête ! Je suis sûr que ton frère aurait été d'accord avec moi !

_ Tu n'es pas heureux d'être en vie, Sam ? fit Castiel, la mine renfrognée.

_ Ca si, mais…

_ Nous avons eu notre première dispute de couple, intervint Gabriel avec un air grave.

_ Nous ne sommes pas un couple !

_ Sam ! s'offensa l'archange.

_ Que s'est-il passé ? demanda Dean, les mains sur les hanches et la tête redressée, dominant Gabriel de toute sa taille.

Car pour lui, il était évident que ce dernier était en tort. L'archange prit une mine offusquée.

_ Deano ! Tu me vexes ! Franchement ! J'ai fait exactement ce que tu m'as dit. J'ai emmené Sam à l'abri et je l'ai soigné !

_ Et tu as tenté d'abuser de lui ? hasarda Dean.

_ Non ! J'ai juste refusé de le ramener ici !

_ Ce n'était pas à toi de décider, intervint Sam, du venin dans la voix.

_ Tu avais été gravement blessé, je ne voulais pas qu'il t'arrive quoique ce soit d'autre, répliqua Gabriel d'une voix plaintive.

_ Attends, le coupa Dean, Sam voulait revenir ici ?

_ Je devais vous aider ! fit le plus jeune des Winchester.

Gabriel se tourna vers Dean.

_ Oui ! A peine sur pieds, il voulait que je le ramène au milieu des combats, expliqua-t-il. J'ai refusé.

Dean hocha la tête et posa une main sur l'épaule de l'archange.

_ Je n'aurais jamais cru dire ça un jour mais… tu as bien fait.

_ Merci Deano.

Sam soupira bruyamment et leur tourna volontairement le dos, les mains dans les poches. Cela fit sourire Dean. Son frère boudait comme il ne l'avait plus fait depuis l'enfance.

_ C'est pour ça que vous avez mis aussi longtemps à revenir ? demanda Castiel.

Gabriel approuva.

_ Notre petite altercation a duré un petit moment. J'ai fini par accepter de le ramener à condition qu'il reste à distance. Finalement à notre arrivée, tout était calme, ruines et baiser gay et…

Gabriel étudia Dean et Castiel le nez froncé.

_ … et gluant. Mais qu'est-ce que vous avez fichu ?

Dean rit et passa un bras autour des épaules de Castiel.

_ Nous avons sauvé le monde, répondit-il.

L'ange hocha la tête, ses yeux brillants fixés sur Dean. Ce dernier eut envie de l'embrasser une fois de plus mais pas tant que les deux autres seraient là.

_ Vous avez renvoyé les titans dans le Tartare ? fit Sam, oubliant qu'il devait bouder.

_ Je m'en suis assuré, dit Castiel.

_ Tu as réussi à utiliser le marteau ? insista Sam en fixant Dean.

Celui-ci se racla la gorge.

_ Euh… hum… à ma façon, répondit Dean en rougissant légèrement.

Il réalisa qu'il avait lâché le marteau quand il avait embrassé Castiel et que celui-ci traînait dans la poussière. Il se pencha pour le ramasser et le tendit à Sam.

_ Tiens, récupère-le. Il te va mieux qu'à moi.

Sam le prit en main et se tourna vers Gabriel.

_ Maintenant on peut discuter, fit-il en brandissant l'arme, un sourire narquois aux lèvres.

Gabriel leva les mains dans un geste de reddition et recula de quelques pas.

_ Sam ! Non ! Pas le marteau ! S'il te plait ! Chéri !

_ Chéri ? s'indigna Sam, un sourcil levé, tout en s'approchant de l'archange, son arme de plus en plus menaçante.

_ Bébé ? tenta Gabriel. Poussin ?

Des étincelles jaillirent du bout du marteau et l'archange serra les dents.

_ Il me semblait que je vous avais prêté mon marteau pour sauver la terre, pas faire les imbéciles avec.

Sam baissa le marteau et la tête en entendant la voix de Crowley. A la manier depuis plusieurs jours, il avait presque oublié que l'arme ne lui appartenait pas.

_ Enflure ! s'écria Dean en attrapant le roi de l'enfer par le col. Tu as failli enfermer Cas dans le Tartare !

Crowley saisit les mains de Dean et les éloigna avec force.

_ Ne me mets pas de sang partout, lança-t-il l'air répugné. J'ai fait ce qu'il fallait faire au moment où il fallait le faire. On a donné une bonne leçon à ces monstres et ils ne sont pas près de remonter. C'est ce qui compte ! Et puis ton ange est là, alors de quoi te plains-tu !

_ Ca va aller Dean, le calma Castiel en lui prenant le bras.

Dean jura entre ses dents mais n'insista pas. Il était furieux contre Crowley, certes, mais à l'instar de Castiel, il avait surtout envie que ça se termine vite.

_ Rends-lui le marteau, fit-il à son frère.

Sam grimaça. Puis, à contrecœur, il tendit l'arme au roi de l'enfer. Ce dernier la récupéra, l'inspecta et opina.

_ Bien, je vois que vous ne l'avez pas abimé.

Il les scruta l'un après l'autre, son habituel rictus aux lèvres.

_ Sur ce, messieurs, je vais rentrer chez moi. Et je vous conseille d'en faire autant. L'armée et les journalistes ne sont plus très loin.

Il les salua d'un petit geste de la main.

_ C'est toujours un plaisir de travailler avec vous, ajouta-t-il avant de disparaitre.

Dean se tourna vers Castiel qui n'avait pas lâché son bras.

_ Il a raison. Rentrons chez nous. Enfin… chez Garth.

Il entendit vaguement Sam protester lorsque Gabriel le toucha mais Castiel l'emmenait déjà au loin.

« *** »

EPILOGUE

« *** »

Dean soupira lorsque les lèvres humides de Castiel se posèrent au creux de son cou. Il resserra son emprise sur les épaules de l'ange. Son corps était chaud contre le sien et ils étaient tous deux en sueur. Le tissu rugueux du canapé frottait contre sa jambe mais il ne le sentait plus.

Dean cambra plus encore le dos et accéléra le mouvement de ses hanches. Castiel gémit. Il aurait eu la force d'imposer son rythme à Dean, même ainsi piégé sous son amant mais il savait que ce dernier était encore mal à l'aise à l'idée d'être pénétré et il lui laissait donc le complet contrôle de la situation.

Sur le principe, Dean lui en était reconnaissant. En pratique, à ce moment même, il avait de toute façon oublié toutes ses inhibitions. Et c'était sans retenu qu'il s'abandonnait au plaisir.

_ Cas, murmura-t-il entre deux respirations haletantes.

L'ange avait glissé une main entre leurs deux corps et le caressait à l'en rendre fou.

_ Ne t'arrête pas Dean, l'encouragea l'ange.

Dean n'avait de toute façon nullement l'intention de s'arrêter.

Il roula du bassin deux fois de plus avant de se répandre sur la main et le ventre de son amant dans un cri dont il aurait eu profondément honte s'il avait eu tout son esprit. Mais l'odeur, la peau et le goût de Castiel lui avait faire perdre toutes ses limites.

Epuisé par son orgasme, les membres lourds et la tête vide, il sentit Castiel donner un dernier coup de hanches avant de se vider en lui, ses dents mordant sa lèvre inférieure pour retenir un gémissement qui s'échappa tout de même.

Dean sourit. Malgré ses réticences et l'inexpérience de l'ange, chacun de leurs moments intimes était juste parfait.

Il puisa dans ses dernières forces pour relever les hanches une ultime fois. Castiel glissa hors de lui. Puis, sans se soucier de son sperme séchant entre eux deux, il s'allongea de tout son long sur l'ange. Après tout, ils pourraient toujours se nettoyer plus tard.

Sans hésiter, Castiel passa les bras autour de sa taille pour le serrer contre lui. Dean sourit une fois de plus et posa la tête sur l'épaule de l'ange, l'embrassant au passage au creux de la mâchoire.

_ Tu vas bien ? demanda Castiel, sa voix rauque le faisant frissonner.

Les doigts de celui-ci allaient et venaient le long de sa colonne. Avant de répondre, Dean plongea une main dans la chevelure noire de son amant. Il aimait jouer avec ses mèches. En fait, il aimait tout de Castiel.

_ Je vais très bien. Et toi ?

Il devina le sourire de l'ange.

_ Tout est parfait Dean.

Ce dernier opina. Effectivement, et peut-être pour la première fois de sa vie, tout allait parfaitement bien.

Ils étaient arrivés au chalet trois jours auparavant. A leur retour du Vatican, ils s'étaient mis d'accord sur le fait qu'ils ne pouvaient pas rester plus longtemps chez Garth. Ce dernier les avait accueillis avec son habituelle générosité mais maintenant que la crise était passée, il avait le droit de retrouver le calme dans sa maison et du temps libre avec Kevin.

Gabriel avait convaincu Sam de l'accompagner en Floride. Ce dernier faisait encore mine d'en vouloir à l'archange mais Dean n'était pas dupe. Ce n'était qu'un jeu pour son frère. Et une fois seuls, il se doutait bien de ce qui allait se passer entre Sam et Gabriel. Tout au fond de lui, ça continuait à le chiffonner. Il ne comprenait pas ce que Sam pouvait trouver à ce nabot. Mais bon, Sam était un adulte. Et Gabriel avait prouvé à quel point son frère comptait pour lui. Alors il ferait avec.

Dean soupira tout de même.

_ Un problème ? demanda Castiel sans stopper le mouvement de ses doigts sur son dos.

_ Comment pourrais-je avoir un problème alors que je suis seul avec toi ? répondit Dean avec un sourire taquin même si son cœur battait la chamade.

Il se redressa et embrassa longuement et profondément l'ange. L'étreinte autour de sa taille se resserra. Il était si bien.

Lui et Castiel avaient refusé la Floride comme lieu de vacances. La foule et la vie nocturne n'était pas ce qu'ils recherchaient. Au lieu de ça, Dean avait trouvé des petits chalets, isolés autour d'un lac de Caroline du Nord, au milieu des bois où rien ni personne ne viendrait leur casser les pieds.

Il n'avait pris que ses vêtements, des livres, son PC et ses DVD de Star Wars. Et pour la nourriture, il avait fait un tour à la petite épicerie du coin, à une bonne demi-heure de route.

Il avait conçu le séjour comme un mélange de repos, de balades, de pêche et de découverte de la pop culture pour l'ange. En fait, ils n'avaient fait que s'envoyer en l'air. Dean n'allait pas s'en plaindre.

Il savait ses films posés sur la table à côté de son ordinateur toujours éteint. Ils étaient encore là pour quelques jours, il trouverait bien le temps de les montrer à Cas d'une façon ou d'une autre.

Il mit fin au baiser lorsque l'air lui manqua. Castiel le regardait. Ses yeux brillaient, ses cheveux étaient en bataille et ses joues rosies. Il était magnifique et Dean sentit son cœur gonfler dans sa poitrine, prêt à éclater. Ils étaient ensemble, ils étaient bien, ils étaient heureux, ils avaient fait l'amour, ils étaient entrelacés, il voulait que jamais ce moment ne cesse.

_ Je t'aime, murmura-t-il sans que son cerveau ne parvienne à reprendre le contrôle sur sa bouche.

Il se sentit virer à l'écarlate et envisagea de sauter du canapé et de courir se cacher dans les bois où il mènerait une vie d'ermite jusqu'à sa mort. Mais le sourire de Castiel et les bras fermement passés autour de son corps l'en empêchèrent.

L'ange se redressa le temps de lui voler un baiser.

_ Je sais, répondit-il alors.

Dean fronça les sourcils.

_ Comment ça tu sais ?

Castiel parut surpris de sa réaction.

_ Ce n'est pas ce que je dois répondre ? demanda-t-il précautionneusement.

Son sourire avait disparu.

Dean ouvrit la bouche, désemparé par le désarroi de l'ange autant que par sa réponse. Ils n'avaient pas encore regardé les films bordel ! Comment Castiel pouvait-il connaitre la référence ! Il soupira et caressa les cheveux de l'ange. Au moins ce dernier parut légèrement se détendre.

_ Qui t'a dit de me répondre ça ? fit-il.

_ Sam. Il m'a dit de ne pas te dire que je t'aimais même si j'en avais envie mais que quand tu me le dirais, il fallait que je te réponde « je sais ».

Dean eut un sourire discret. L'ange venait d'admettre à demi-mots qu'il l'aimait aussi. Dean s'en doutait mais se l'entendre confirmer était aussi effrayant que grisant.

Castiel hésita avant de poursuivre.

_ Il s'est moqué de moi ? Je t'ai vexé ?

Dean secoua la tête et sa main glissa sur la joue rugueuse de l'ange. Ils étaient deux idiots et deux handicapés des sentiments mais d'une façon ou d'une autre, ils s'étaient trouvés et Dean n'allait certainement pas laissé cela lui échapper.

_ Non et non. J'ai juste été… surpris. Mais j'apprécie la référence.

_ Quelle référence ?

_ Je te montrerai plus tard, murmura-t-il contre la bouche de Castiel avant de l'embrasser de nouveau.

Sam était un crétin qui ferait mieux de s'occuper de ses propres histories de fesses. Et Dean le lui dirait en temps et en heure. Mais pour le moment, il devait surtout rendre le sourire à Castiel. Et il savait exactement comment il allait s'y prendre, alors qu'il piquait son cou de baisers, tout en lui susurrant des mots doux qu'il n'avait plus la force de retenir. Après tout, les films étaient sortis trente ans auparavant, Castiel pouvait bien attendre encore un jour ou deux avant de les voir.

FIN

"***"

Notes en plus : Ohlalalala ! J'ai fini ! Je suis arrivée au bout ! Ca me fait tout drôle. Je pense que c'est la première fois que je termine quelque chose d'aussi long. Je voudrais remercier tous ceux qui sont arrivés jusque là. Merci d'avoir pris le temps de me lire. Merci aussi à tous ceux qui m'ont ajoutée dans leurs favoris, qui m'ont suivie et un énorme MERCI à tous ceux qui m'ont laissé des commentaires. Votre soutien a été formidable (et désolée pour les mises à jour parfois un peu longues) ! Merci aussi à hermineuh/coffee-without-a-pause qui m'a poussée à écrire cette histoire, j'espère que ça t'a plu pourri !

Je sais, la fin est cucu mais flûte, c'est à ça que servent les fanfics ! Si j'ai le courage, je ferai peut-être une rapide one-shot de Sam et Gabriel en Floride si ça intéresse quelques-uns d'entre vous.

Pour conclure, c'est la fin de cette histoire mais ce n'est pas la fin de mes fics Destiel. Je reviendrai dans quelques semaines avec une nouvelle fic, cette fois-ci une AU.

Encore merci à tous ! Et vous pouvez me retrouver sur le compte tumblr jesuisbetejesuispatissiere.