Chapitre 4 – Etta James

Esmé chantonnait une chanson et je la reconnus simplement en sentant le tempo qu'elle battait avec ses pieds. Elle était dans la cuisine en train de cuisiner pour un événement à l'église.

Je souris et entraina Jacob pour faire demi-tour.

« Mais je veux manger moi ! »

« Je te conseille de ne pas rester dans les parages, Carlisle ne va pas tarder à rentrer de l'hôpital. » lui dis-je.

« Et alors ? »

« Tu n'as jamais remarqué ? » lui demanda ma mère en atterrissant à nos côtés.

« Quoi ?! »

« Quand tu entends Etta James, pars vite pour au moins une douzaine d'heures. »

« Je vois pas le rapport et puis c'est qui Etta James ? » râla Jacob.

« Je te raconterai à la maison, je te ferai à manger. »

Mon mari grimaça et ma mère rit à mes dépends, je n'étais pas la meilleure des cuisinières, je me débrouillais quand même pour nourrir mon loup.

« Allons au restaurant. » me supplia Jacob.

« Bon courage ! » lui lança ma mère avant de s'éclipser vers sa maison.

Quelques secondes après, nous entendîmes très distinctement la voiture de Carlisle accélérer sur la route puis se garer en crissement de frein devant leur maison. Jacob voulut parler mais je l'en empêchai d'un doigt sur la bouche. Ça ne rata pas, des grognements retentirent et dans l'intimité de leur chambre, mes grands-parents allaient se la jouer très chaud.

En retournant le cinquième et sixième œuf de Jacob dans la poêle, je repensai à la première fois où j'avais demandé à ma mère pourquoi nous n'étions pas rentrés à la maison après une courte chasse.

« Tes… ta grand-mère a besoin de parler avec ton grand-père et il ne faut pas les déranger. » avait-elle inventé.

« Alors, tu me racontes ? » me dit Jacob, me tirant de ma rêverie.

« Esmé a une chanson fétiche, ça date des années 60 et Etta James chante à son homme qu'elle veut juste lui faire l'amour.* Ma grand-mère ne s'en est toujours pas rendue compte mais on sait tous à quoi elle pense en écoutant ce disque et c'est assez mignon. »

« Beurk ! » fit-il en grimaçant.

« Tu connais l'histoire d'Esmé et tu sais comme elle aime s'occuper de tout le monde mais crois-moi, ce qu'elle adore plus que tout c'est de « s'occuper » de son mari. Le problème c'est que même après un siècle, elle n'assume pas encore cette partie sauvage d'elle-même. Alors de temps en temps, son esprit… surchauffe… et … »

« Elle a le feu au cul ! »

Je lui donnai une tape derrière la tête, à la Rosalie. Quel crétin !

« Elle est née à une époque où le plaisir sexuel était quasi inconnu pour les femmes de son monde. Son premier mari était un salop qui l'a battu, crois-moi, c'est un miracle qu'elle ait pu aimer de nouveau et se donner à un homme. »

« Pfff… Carlisle ressemble à un ange, ça a été facile ! »

« Détrompe-toi. »

« Est-ce que le fait de vouloir en savoir plus fait de moi un pervers ? » demanda-t-il très sérieux.

« Peut-être bien, mais tu sais qu'il n'y pas vraiment de secret dans cette famille. »

Jacob reposa (enfin) ses couverts et posa ses coudes sur la table, un grand sourire sur ses lèvres.

« Tu as déjà raconté la fois des cinq fois ? »

« Jacob… » le grondai-je.

« Tu leur as déjà raconté ? Pas à tes parents mais à tes tantes peut-être ?! »

« Tu te doutes bien que mon père en a eu un aperçu ! »

« Ah bon ? »

Il pouvait être si inattentif parfois et aussi sans gêne, c'était déconcertant.

« Evidemment ! Tu ne te souviens pas qu'ensuite il t'a défié au baseball et que tu as eu trois côtes cassées ?! »

« C'était pour ça… Hum… D'habitude je pense aux voitures quand il est dans les parages mais j'ai bien envie de l'embêter un peu…»

« Arrête ! »

« Revenons-en à cette coquine d'Esmé. »

« Un peu avant qu'on se retrouve toi et moi, j'ai entendu la chanson et comme je voulais parler avec Carlisle, je me suis dit que j'allais juste attendre qu'il ait fini avec Esmé. J'ai vite compris qu'ils ne discutaient pas. J'étais partie en courant en priant qu'ils ne m'aient pas repéré. Quelques heures plus tard, Esmé est venue me voir. »

Flashback

« Nessie… je peux t'aider ? » me demanda doucement ma grand-mère.

« Euh non, désolée. »

« Ça n'est pas grave chérie, c'est gênant mais je suppose que maintenant que tu es adulte, tu sais… »

« Ouais… enfin je sais pas mais je devine. »

« Je… j'étais assez accaparée… tu n'as pas entendu grand-chose, n'est-ce pas ? »

« Non, je te rassure, enfin… »

Je repensai aux grognements.

« Tu peux tout me dire. » insista Esmé.

« J'ai déjà entendu mes parents ou même Rosalie et Emmett mais jamais ils n'ont… grogné. »

Ma grand-mère se raidit puis baissa la tête.

« Désolée. » marmonnai-je en enfouissant ma tête dans mes bras.

« Non Nessie, ça n'est pas à toi de t'excuser. Je me suis laissée un peu emportée avec Carlisle, ça m'arrive parfois. Tu connais ton grand-père, il a une théorie sur mon comportement. »

Elle s'interrompit, hésitante, puis par la pensée, me donna accès à ses pensées.

Je vis la jeune Esmé se poser des questions sur l'amour et le désir, tandis qu'allongée et plâtrée, elle attendait le séduisant médecin qui l'avait soigné. Elle savait que ses parents lui cherchaient un mari et elle n'avait pas été étonnée ni choquée, elle savait que c'était ce qu'on attendait d'elle. D'ailleurs, parfois, elle avait imaginé avoir une belle maison et des enfants rieurs, un bonheur simple et facile. Mais depuis qu'elle avait rencontré le Docteur Cullen, elle sentit qu'elle s'était trompée, elle voulait une vie d'aventures et d'amour passionnel avec Carlisle. Puis il était parti et elle avait perdu définitivement son innocence et sa candeur. La suite fut horrible.

« Quand je suis enfin tombée enceinte, j'ai imaginé un enfant blond aux yeux d'or. J'aurais tellement aimé le revoir... Cet enfant était supposé être ma rédemption. J'ai perdu l'enfant puis Carlisle m'a sauvée. Il m'a fallu beaucoup de temps pour accepter d'aimer à nouveau. J'ai surmonté mon chagrin, même si il ne se passe pas un jour sans que je pense à mon fils. Jamais je n'aurais pu rêvé d'un amour plus pur et plus fort que celui que j'ai pour Carlisle. »

« Je comprends grand-mère. Je ferai attention la prochaine fois. »

« Merci chérie. »

Fin du flashback

Jacob me regarda comme si j'avais perdu la tête.

« C'est tout ? »

« Quoi ? »

« On le sait qu'ils s'aiment ! »

« Tu ne comprends rien ! Elle était perdue mais Carlisle a su lui donner de la force et de la confiance et elle a pu aimer à nouveau. Elle a adopté mon père, mes tantes, mes oncles et même toi ! »

« Ok, calme-toi… je m'attendais à plus de détails croustillants c'est tout. »

« Tu es un vrai pervers ! »

« Et c'est pour ça que tu m'aimes bébé ! »

Il me souleva et m'entraina dans notre chambre mais en chemin je me dégageai et ce fut dans le couloir qu'il me fit jouir.

Plus tard, alors que nous étions nus et enlacés dans notre lit, Jacob me rappela qu'il ne savait pas qui était Etta James. En moins de cinq secondes, j'étais rhabillée et j'avais lancé la chanson. Il adorait quand je lui faisais un striptease.

« I don't want you to be no slave; I don't want you to work all day, but I want you to be true, and I just wanna make love to you... Love to you... Love to you... »


* Etta James, I just want to make love to you ( je veux seulement te faire l'amour )