Note de la traductrice: Voilà, j'entreprends aujourd'hui la traduction de Wisp, une histoire de Cris, une formidable auteure américaine de fan fiction (Roller Derby, La ballade de Bella Swan) qui m'a donné la permission de traduire son œuvre. Les personnages, quant à eux, sont la propriété de Stephenie Meyer.

Je tiens tout de suite à vous prévenir que cette histoire ne fait pas dans la dentelle en ce qui concerne le sujet traité, mais soyez rassurées, elle ne contient rien d'explicite. Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture.

Brindille

« Le premier qui pige un as sera le dealer. »

« C'est embarrassant, ça. As-tu coupé ces cartes, Jazz ? »

« Quelqu'un doit couper Jazz. »

« Arrête avec ta merde et place ta mise. Que diriez-vous d'un petit Stud 5 ? »

« Je mise un dollar. »

« Je suis. »

« Je suis. »

« La main gagnante… se couche. » Edward jeta ses cartes sur la table et se leva, s'étirant un peu. Ça faisait déjà plusieurs heures qu'ils jouaient et il n'était pas absorbé par le jeu comme d'habitude. Quelque chose n'allait pas ce soir.

« Le pot est convenable. »

Alice, la copine de Jasper, avait préparé une collation sur le comptoir qui servait au petit déjeuner avant de partir passer la soirée entre filles. Leurs soirées de poker ne la dérangeaient pas et elle s'assurait que la cuisine soit bien approvisionnée en malbouffe avant de les abandonner à leur sort. C'était l'une des raisons pour lesquelles leur petit groupe de joueurs réguliers préférait quand c'était Jasper qui était l'hôte de la soirée. Edward s'appuya sur le comptoir, tenant une poignée de bretzels en regardant ses amis se détendre et s'acclimater au rythme de la partie.

C'était leur rituel, le premier vendredi de chaque mois, et c'était comme ça depuis des années – depuis l'école secondaire. La bière et le whisky remplaçaient dorénavant les sodas, mais sinon peu de choses avaient changé. Le groupe de base restait le même : Edward, Jasper, Emmett, Mike, Eric, Peter, et parfois Carlisle quand il était en ville. En tant que chirurgien thoracique très demandé, l'un des meilleurs dans son domaine, il était souvent en voyage d'affaires.

Ce soir, Mike avait amené un nouveau joueur avec lui, ce qui n'était généralement pas admissible au sein de leur groupe, mais ils n'avaient pas pu faire grand-chose quand il s'était tout bonnement pointé accompagné. James n'avait rien fait de mal en soi, mais quelque chose à son sujet irritait Edward. Il croqua un bretzel alors que les autres terminaient de montrer leurs mains et Eric ramassa le jeu de cartes de réserve pour entamer une nouvelle partie.

« Tu laisses passer celle-là, Edward ? » Lança Jasper sans le regarder.

« Non. J'arrive. » Edward enfourna les quelques derniers bretzels dans sa bouche et regagna son siège. Il aimait ces nuits de poker, aimait combien il était facile de prendre ses aises avec les gars sans avoir à s'en faire avec les manières à la table ou autres pressions similaires de la part du monde extérieur. Lui et ses amis avaient leurs propres arrangements, leurs propres cadences et habitudes pendant ces soirées. Les pieds sur la table ? Bien sûr, pas de problème. Parler la bouche pleine ? Allez-y sans gêne. Mais ils ne jouaient que pour de petites sommes d'argent. Un dollar ici, cinq là. C'était une pratique qui avait débuté quand ils étaient gamins à l'école secondaire, et elle s'était poursuivie jusque dans leur vie adulte aussi. Après tout, c'était censé être un jeu amical, pas une table pour miser gros comme à Vegas.

Il était également interdit de fumer, peu importe qui était l'hôte ce mois-là. James n'avait pas été particulièrement content d'entendre ça. Edward savait que ce n'était pas nécessairement commun d'interdire de fumer à la table de poker lors d'une soirée entre gars, mais Carlisle n'était pas le seul médecin dans le groupe et ils avaient tous juré de se tenir loin des petits bâtonnets à cancer.

L'interdiction de fumer n'était pas la seule règle dont James n'avait pas été particulièrement friand, se rappela Edward en ramassant ses cartes tout en écoutant le flux familier de voix masculines recommencer, naturel et lâche avec l'alcool et l'heure tardive. James était un mauvais gagnant, et un perdant encore pire, et il semblait presque obsédé par la victoire, peu importait combien le jeu était amical ou les enjeux peu élevés. Sirotant négligemment sa bière, Edward se demanda où Mike avait déniché ce gars-là. Non pas que Mike soit un exemple frappant de virilité lui-même, mais ses compagnons de poker le connaissaient et le comprenaient, alors qu'ils ne connaissaient pas James.

Edward était ami avec Jasper et Emmett pratiquement depuis l'enfance. Il ne pouvait pas se rappeler une époque où ces deux-là ne faisaient pas partie de sa vie. Il était venu vivre avec son oncle Carlisle et sa tante Esmée après que ses parents aient été décrétés inaptes, mais il ne s'en souvenait pas. En ce qui le concernait, Carlisle et Esmée étaient ses parents. Le fait qu'ils étaient jeunes – beaucoup plus jeunes que les parents de ses amis – et qu'ils insistaient pour qu'il les appelle par leurs prénoms n'amoindrissait pas le lien qu'il partageait avec eux. Après tout, Carlisle leur avait tous enseigné à jouer au poker pendant de longs après-midis dans le sous-sol de la vieille maison. Maintenant qu'Edward était un adulte, il considérait son oncle comme un ami et un confident, et il était heureux d'avoir ce genre de relation avec celui qui faisait figure de père pour lui.

Ils avaient rencontré Mike et Eric au début de leurs études secondaires, et ils avaient continué de fréquenter la même école par la suite. Ils n'étaient pas nécessairement les meilleurs amis du monde, mais c'était sympa d'avoir des potes en extra pour les soirées de poker. Peter était le cousin de Jasper, et il avait déménagé dans la région pour ses études à l'université. Il était le membre qui avait adhéré à leur groupe le plus récemment, mais contrairement à James, il cadrait bien.

« Quelles sont les chances, d'après vous, que je pige le cinquième valet ? » Demanda ironiquement Emmett. « Bof, on verra. » Il lança un jeton.

Jasper roula des yeux.

Edward tenta une fois encore de se détendre dans le rythme de la partie. C'était difficile, toutefois. James continua d'essayer d'augmenter la mise initiale, et il se moqua de la table entière quand les autres refusèrent. Puis, vers les deux heures du matin, il entama une série de défaites dont il n'arrivait pas à se sortir. James devenait de plus en plus furieux, rageant silencieusement – ensuite moins silencieusement – à mesure que la pile de jetons devant lui se réduisait à rien.

Jasper mit finalement un terme à leur nuit autour de quatre heures du matin, ce qui de toute façon se rapprochait de leur heure habituelle pour finir. En temps normal ils jouaient jusqu'aux premières lueurs du jour, et le jeu finissait sur une note agréable alors que le grand gagnant emmenait les autres prendre le petit déjeuner quelque part.

Edward avait l'impression que cette nuit cela n'allait pas se produire.

Mais ils avaient un rituel de plus durant leurs nuits de poker, et quand Edward vit Jasper s'emparer du jeu de cartes de réserve une dernière fois, il sut qu'ils n'allaient pas le sauter. L'hôte de la soirée distribuait toujours le dernier tour.

James n'avait plus d'argent, cependant, et il refusait catégoriquement de ne pas participer à la ronde finale.

« On accepte seulement l'argent en espèces, » déclara obstinément Jasper lorsque James essaya d'offrir sa montre en garantie. « En plus, Edward a déjà augmenté ton crédit… » Le reste de cette phrase ne fut jamais prononcé, mais sa signification était évidente. Personne ne s'attendait à ce que James les rembourse, et Edward avait été idiot de ne pas être assez ferme pour résister.

« Mon camion, » répliqua vivement James. « Et tout ce qu'il y a dedans. De jolis outils et ce genre de trucs. »

Jasper plissa le nez. « Ce tas de merde rouillé ne vaut rien, et tu le sais. »

« Attends une minute, » intervint Emmett. Il pencha la tête de côté, réfléchissant. « Il est sacrément rouillé, mais c'est un modèle classique. Rosie l'aimerait peut-être. »

James parut vaguement insulté, comme si l'idée de remettre un camion à une femme était en quelque sorte rebutante, mais il garda sagement la bouche fermée. « Tu vas distribuer ? » Demanda-t-il, se détournant de Jasper.

« J'ai pas ce genre de blé sur moi, mec, » répondit Emmett.

Edward savait exactement où tout ça s'en allait, et il échangea un long regard avec Carlisle qui se contenta de hausser les épaules. Emmett allait demander à Edward de lui prêter l'argent pour jouer la main décisive contre James qui allait miser son camion. Avec la chance de James, le véhicule serait à Emmett avant longtemps. Edward espérait que son ami avait raison et que Rosalie apprécierait le cadeau. Elle était mécanicienne et elle avait un goût marqué pour les automobiles classiques, mais ça ne signifiait pas nécessairement que le camion de James méritait d'être récupéré.

« Edward ? » Questionna Emmett. « Qu'en dis-tu ? »

Edward réfléchit. Il ne tenait pas particulièrement à donner l'argent à James, d'autant plus qu'il semblait que le gars avait un problème de jeu assez grave. Mais Emmett était digne de confiance, et s'il voulait le fichu camion, qui était-il pour lui dire non ? « Combien ? » Demanda-t-il, et bien que ses yeux soient rivés sur Emmett, il ne fut pas vraiment surpris quand ce fut James qui prit la parole.

« Cinq cents, » dit-il.

« C'est du vol ! » Cria Emmett. « Deux cent cinquante. »

Edward n'écouta pas les négociations, se tournant pour regarder leurs reflets dans la fenêtre obscure. Il ne pouvait pas voir le camion d'où il se trouvait, mais il savait qu'Emmett payerait probablement trop cher pour l'avoir. Honnêtement, quand il avait entendu James vibrer dans ce vieux tas de ferraille, il avait été étonné qu'il puisse même rouler avec. Le moteur semblait malade, et ça venait d'Edward, qui appréciait un véhicule qui roulait bien, mais qui ne connaissait pratiquement rien de ce qui se passait sous le capot. Il faisait confiance à Rosalie pour prendre soin de sa Volvo et ne s'inquiétait pas à ce sujet.

Le prix final – trois cent soixante-quinze dollars – fut décidé, et James se retira de la table pour aller chercher le bordereau rose dans la cabine du camion. Edward fouilla dans son portefeuille et en sortit l'argent, toisant attentivement Emmett.

« Merci, Ed, » lui dit son ami de longue date. « Je t'en dois une. »

« Tu peux être sûr de ça, » répliqua Jasper. « Et tu en devras une à Rosalie aussi une fois qu'elle aura jeté un coup d'œil à ce que tu as essayé de lui acheter. »

« Il n'est pas si mal que ça ! » Insista Emmett. « Elle va l'aimer, n'est-ce pas, Carlisle ? »

Carlisle haussa à peine les épaules, mais Edward pouvait voir une lueur d'humour dans les yeux de son père. Au moins il y en avait un qui s'amusait.

James revint avec des documents froissés qui devaient être les titres de propriété. Il les laissa tomber devant Edward en échange de l'argent. Ensuite il échangea la plupart de celui-ci contre les jetons distribués par Jasper, qui les lui donna de mauvaise grâce. Il était clair que l'ami de Mike n'allait pas se joindre à eux pour une autre soirée de poker.

Edward tenta de ne pas trop se soucier du résultat de cette dernière main, mais il était honnêtement un peu craintif vis-à-vis de ce que James pourrait faire s'il perdait encore.

Il n'était pas le seul non plus. Il devint douloureusement évident après seulement quelques minutes que Jasper n'essayait même pas, et Edward vit distinctement Carlisle se débarrasser d'un as – quelque chose qu'il leur avait enseigné de ne jamais faire à moins d'être extrêmement sûrs d'eux. Puisque Carlisle n'était pas un preneur de risque, il était clair qu'il n'essayait pas vraiment de gagner non plus.

Mais Emmett étant Emmett, il n'avait pas de tels scrupules. Il remporta la partie avec une superbe main pleine dont Edward aurait été fier si les circonstances avaient été différentes.

Mais les circonstances n'étaient pas différentes, et le visage de James vira au rouge une fois qu'il fut évident qu'il avait à nouveau perdu. Il trembla de rage, fermant les yeux alors qu'Emmett ratissait le petit tas d'argent et le feuillet rose provenant de son camion.

Étonnamment, il n'y eut pas d'explosion. James demanda simplement à Mike de le ramener chez lui, et sans dire un mot à personne d'autre, ils quittèrent rapidement les lieux.

Carlisle, Jasper et Edward se lancèrent des regards prudents les uns les autres alors que les autres joueurs commençaient à se lever et à s'étirer, rassemblant leurs gains. Mike n'avait pas pris la peine d'échanger ses jetons contre de l'argent, ce qui n'était pas entièrement inhabituel – les jetons étaient parfaitement bons pour leur prochaine partie, et à l'exception de James, personne d'autre n'avait joué pour des montants qu'ils ne pouvaient pas se permettre de perdre. Emmett était occupé à compter des piles de jetons en plastique en vue de les échanger pour des billets, mais Jasper ne le regardait pas.

« C'était… intéressant, » déclara Carlisle.

« C'est le moins qu'on puisse dire. » La bouche de Jasper se retroussa en un petit sourire ironique.

C'était étrange, peut-être, qu'Edward n'ait pas été celui qui avait suivi les traces de Carlisle en médecine. Il avait envisagé cette option – pendant longtemps il avait présumé que l'école de médecine était inscrite dans son avenir. Mais une fois à l'université, il s'était retrouvé de plus en plus attiré vers les sciences sociales et de moins en moins vers les cours prérequis pour entrer à l'école de médecine. Une visite coupable à la maison et un aveu marmonné étaient tout ce qu'il avait fallu pour que Carlisle et Esmée lui assurent qu'il n'avait pas besoin de suivre les traces de son oncle pour qu'ils soient fiers de lui. Ils attendaient de lui qu'il poursuive ses rêves, qu'il soit heureux avec ses choix de vie, et rien de plus. Un doctorat en sociologie et deux bouquins largement cités plus tard, Edward était heureux de dire qu'il avait trouvé son créneau.

C'était Jasper qui avait suivi Carlisle en médecine, bien qu'il ait hésité longtemps sur la spécialité à choisir. Finalement il avait opté pour la pédiatrie presque timidement, avouant qu'aider les enfants était beaucoup plus gratifiant que d'apaiser les hypocondriaques. Depuis qu'il avait décidé d'obtenir son diplôme en médecine, Jasper était devenu plus proche de Carlisle, qui avait été un mentor pour Emmett et lui quand ils étaient jeunes. Edward ne prenait pas ombrage de la relation entre son meilleur ami et son oncle. Ses liens familiaux étaient solides, et il savait que Carlisle l'aimait et l'appréciait pour l'individu accompli qu'il était devenu.

« Hey, » dit Emmett en fourrant des liasses de billets froissés dans ses poches, « allons jeter un coup d'œil à mon nouveau camion. »

« Il n'est pas encore à toi, » lui rappela Jasper. « Tu dois d'abord payer Edward. »

« Oh, merde. Il sait que je suis un bon payeur. »

Emmett était un bon payeur. Edward réprima malgré tout un sourire, et il taquina son ami. « Je ne sais pas, » dit-il, s'emparant du bordereau rose sur la table. « Je pense que ceci m'appartient. » Comme s'il voudrait même de ce camion.

« Il serait sans doute sage de laisser Edward ramener le camion à la maison. » dit Carlisle, se levant pour s'étirer. Son dos fit plusieurs bruits secs et il grimaça. « Lui et moi avons covoituré pour venir ici. Comment ramènerais-tu ta Jeep à la maison si tu prenais le camion ? »

Emmett accepta, disant qu'il supplierait Rose d'utiliser la dépanneuse pour ramasser la monstruosité chez Edward demain. Personne ne voulait la laisser chez Jasper, au cas où James reviendrait et essayerait de la reprendre.

C'est ainsi qu'Edward se vit confier la chose, et il grimaça en passant la porte, se retrouvant dans les ténèbres qui précèdent l'aube. Les bois de l'État de Washington étaient calmes et silencieux, les créatures nocturnes installées pour la nuit et les oiseaux du matin pas encore éveillés. Il toisa l'abomination rouillée qu'était le camion, une ombre géante parmi les ombres. La lumière venant de la maison de Jasper débordait dans l'obscurité, tranchante illumination dorée qui entravait sa vision nocturne plus qu'elle ne l'aidait. Il plissa les yeux, ignorant les railleries de Carlisle et Jasper tandis qu'il s'approchait du véhicule avec précaution comme s'il avait peur que celui-ci ne l'attaque.

Mais le camion ne fit rien. Il se contenta de rester là, sombre et vétuste, et avec une profonde respiration Edward saisit la poignée de la porte côté conducteur et la tira.

Elle s'ouvrit avec un horrible grincement, et Edward tressaillit alors que la sensation angoissante vibrait dans son dos. Il fouilla l'intérieur de l'habitacle, à la recherche des clés, les trouvant finalement sur le tableau de bord. Une clé pour les portes et l'allumage, et une seconde, semblait-il, pour l'affreuse coque noire qui couvrait la benne du camion pick-up.

« Tu es sûr de pouvoir te débrouiller ? » Demanda Emmett, riant de l'hésitation d'Edward.

Edward fit la grimace. Et puis quoi s'il avait l'habitude de conduire sa Volvo et non quelque chose de cette taille ? Ça ne voulait pas dire qu'il ne pouvait pas le faire. Il déplaça son poids, s'étirant dans la grande cabine du camion, et inséra la clé dans le contact. L'habitacle puait la cigarette et l'odeur aigre de vieil alcool. Rose allait avoir un infarctus quand Emmett ramènerait cette chose à la maison. Edward espérait seulement que, pour toute sa peine, il serait en mesure de voir les répercussions.

Il tourna la clé de contact. Le camion toussa et rendit l'âme.

Au deuxième essai, un ronronnement faible et furieux gronda du moteur. Edward pompa la pédale de gaz avec son pied, ressuscitant la bête. Elle émit un grondement à son intention, toussa et cracha, et finalement revint à la vie avec un vacarme qui allait à coup sûr réveiller les voisins de Jasper. Avec un soupir résigné, il commença à manœuvrer le véhicule hors de l'allée et en direction de chez lui.

Sa maison n'était pas trop loin, du moins en ce moment. Il possédait un condominium* à Seattle, mais chaque fois qu'il était en train d'écrire un nouveau livre, il s'installait dans la maisonnette sur la propriété de ses parents. C'était un endroit agréable, à peine plus gros qu'une cabane, et il lui procurait la quantité parfaite de solitude. La ville de Forks était à proximité, mais il n'était pas entouré par le bruit et l'agitation de la ville. Il pouvait vraiment réfléchir quand il était ici, vraiment s'installer et déchiffrer les pensées dans sa tête, les transformant en des mots qui avaient un sens.

Garer le camion fut une autre aventure – il n'y avait pas de frein à main, et la bête ne semblait pas apprécier de rester immobile sur la pente douce de l'allée de gravier d'Edward. Il secoua légèrement la tête, fronçant le nez en sautant hors de la cabine. Le court trajet avait suffi à imprégner ses vêtements de la puanteur ambiante. Pas question qu'il retourne à nouveau à l'intérieur de cet habitacle. Rose et Emmett pourraient venir avec une voiture supplémentaire ou la dépanneuse, mais il n'était foutrement pas question qu'il conduise cette chose jusqu'à leur maison.

Le soleil n'était pas encore levé, mais la lumière grise annonçant l'aurore devenait plus brillante alors qu'Edward clignait des yeux pour éloigner le brouillard d'une nuit de poker. Il frotta son visage, contemplant le camion indésirable dans son allée. James avait dit qu'il y avait des outils là-dedans. Peut-être qu'il y avait quelque chose d'utile ? Ça ne dérangerait pas Emmett – il pourrait appeler ça les intérêts sur le prêt qu'il lui avait accordé.

Déverrouillant la porte de sa maison, Edward alluma la lumière extérieure et alla jeter un coup d'œil à travers les vitres teintées sur le côté de la coque du camion. Les fenêtres étaient si sombres et crasseuses qu'il ne pouvait pas voir quoi que ce soit à l'intérieur, si bien que résigné, il alla pêcher les clés dans l'habitacle puis refit le tour, introduisant la plus petite clé dans la serrure à l'arrière de la coque.

La clé ne voulait pas tourner, mais Edward s'acharna dessus jusqu'à ce qu'elle finisse par cliquer. Il tourna la poignée, entendant le crissement des pièces rouillées, et poussa la porte verticale vers le haut.

Une bouffée d'air nauséabond frappa son visage, et il faillit suffoquer. Qu'est-ce que James pouvait bien garder ici ? Ça sentait les excréments, et quelque chose d'horriblement sale. Un petit animal avait-il réussi d'une manière ou d'une autre à faire son chemin dans le lit du camion où il s'était retrouvé piégé ? Était mort ? Connaissant James, il était tout aussi probable qu'il ait tué un gibier lors de la dernière saison de chasse, l'ait jeté à l'arrière du camion, et tout bonnement oublié.

L'odeur était presque assez forte pour qu'Edward ferme la trappe et laisse tout ce gâchis à Emmett, mais il était encore un jeune homme, un jeune homme qui se souvenait de ce que c'était que d'être un petit garçon. L'odeur révoltante combinée au mystère de ce qui appelait le petit garçon en lui l'empêchaient de laisser tomber. Avec précaution, de peur que quelque chose au fond de l'obscure benne du camion ne lui tombe dessus, il abaissa le hayon.

Peu de lumière filtra par les vitres sales de la vieille coque noire, et Edward fronça les sourcils. Il y avait quelque chose à l'intérieur – une forme plus noire contre la couleur rouille de la benne – mais il ne pouvait pas dire quoi. Il pêcha ses propres clés dans sa poche, alluma la petite lampe LED accrochée à son porte-clés, et la fit briller dans les ténèbres.

En tant que sociologue, Edward sentit un étrange détachement, sa formation académique essayant de cataloguer ce qu'il vivait au moment même où cela se produisait. Une seule ampoule LED n'éclairait pas bien, générant un minuscule rai de lumière et rien de plus, et il plissa les yeux alors que le faisceau bleu froid trouvait ce qui ressemblait à une masse de cheveux noirs emmêlés. Ils étaient trop longs pour être la fourrure d'un chevreuil ou d'un puma, ou même d'un ours. Il fronça les sourcils. La créature était beaucoup trop petite pour être l'une de ces choses, en plus. Déplaçant la lumière, il rencontra… de la peau ?

Oui. Ses yeux savaient ce qu'ils voyaient, mais son cerveau n'était en aucune façon prêt à l'assimiler. Une peau froide et pâle – une peau humaine. Une épaule, un bras fragile, immobile.

La lumière s'agita, et il fallut à Edward plusieurs battements de cœur pour réaliser que c'était parce que ses mains tremblaient atrocement. Son pouls était ultra rapide, sa respiration forte et irrégulière alors qu'il laissait tomber ses clés par terre et attrapait aveuglément son téléphone portable dans sa poche.

Il lui fallut beaucoup plus longtemps que d'ordinaire pour ouvrir l'appareil et trouver le numéro de Carlisle. « Ne sois pas endormi s'te plaît, ne sois pas endormi, » supplia Edward. Il ne voulait pas appeler le téléphone de la maison et risquer de réveiller Esmée, mais il le ferait s'il le devait.

Carlisle répondit à la cinquième sonnerie, paraissant somnolent mais remarquablement imperturbable. « Je ne suis plus aussi jeune que par le passé, tu sais, » dit-il à la légère. « Un vieil homme ne peut-il pas dormir un peu ? »

« Une fille, » bégaya Edward, incapable de former une phrase cohérente avec sa bouche. « Une fille – morte. James – Carlisle ! »

La voix de Carlisle passa instantanément en mode professionnel. Le ton brusque, qui allait droit au but, ramena légèrement Edward à la raison. C'était une voix qu'il connaissait bien depuis son enfance. C'était la voix qui signifiait que tout irait bien. En ce moment, elle était comme de la musique à ses oreilles. « Edward, fiston, respire profondément. Où es-tu ? As-tu eu un accident sur la route ? »

« Non ! » Edward essaya de suivre les conseils de son père. « Je suis à la maison. Il faut juste que tu viennes. S'il te plaît ! »

« J'arrive. »

La communication fut coupée, et Edward fut laissé à lui-même avec le corps nu d'une jeune fille sans vie.

*En Amérique du Nord, les appartements en copropriété sont appelés condominiums, ou plus familièrement condos.

Je tiens à remercier ma pré-lectrice MaPlumeMagique pour ses éclaircissements sur le poker, et ma correctrice mlca66 pour son aide inestimable.

Je vais essayer d'updater cette traduction aux deux semaines, possiblement plus souvent si je ne suis pas débordée avec les préparatifs de mon déménagement.

À bientôt.

Milk