Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer

Auteure de Wisp : la formidable Cris

Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40

Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 2

Edward enfonça ses mains dans ses cheveux fauves, les tirant jusqu'à avoir mal. La douleur était une distraction efficace. Il prit une autre respiration, essayant de compter lentement dans sa tête. Inspirer jusqu'à cinq, expirer jusqu'à cinq. Ouais, rien à faire. Les techniques de relaxation avaient leur utilité, mais pas quand vous étiez confronté à une fille morte sur votre propriété. Il se pencha, grattant dans l'obscurité pour récupérer ses clés qui étaient tombées, trébuchant après un moment dans l'éclairage opportun mais éblouissant de son spot extérieur.

Évidemment, se tenir debout dans la lumière faisait paraître l'ombre sombre et angulaire du camion beaucoup plus sinistre. Il tira de nouveau ses cheveux, sans se soucier pour l'instant que ses mains soient sales à force de creuser le gravier humide à la recherche de ses clés.

James était un homme mort. Comment pouvait-il remettre son camion, juste comme ça, avec un cadavre dans la benne ? Et oh, bon Dieu, que serait-il arrivé si Edward n'avait pas décidé de fouiner ? Si Rosalie l'avait découverte ? Rose, une survivante de la violence conjugale, était très susceptible sur la question de la violence, particulièrement envers les femmes, et Emmett était très protecteur envers sa petite amie avec laquelle il vivait. Si Rose avait trouvé la fille, James n'en aurait plus eu pour longtemps à vivre sur cette terre.

Le bruit de pas rapides sortit Edward de ses pensées et il tourna brusquement la tête vers le sentier qui menait de la grande maison au cottage. Carlisle fut facile à distinguer une fois arrivé à proximité, vêtu de kaki pâle et d'une écharpe blanche. Il avait une longue lampe torche Mag-Lite avec lui, et il courut les derniers mètres jusqu'à la clairière de gravier devant la maisonnette.

« Edward – fiston, » dit-il, haletant un peu d'avoir fait le trajet si vite. « Quel est le problème ? »

Edward montra le camion, l'arrière ouvert comme une gueule noire béante.

Carlisle s'approcha du véhicule avec précaution, levant sa lampe de poche et la braquant dans les profondeurs. « Oh mon Dieu ! » Dit-il alors que la lumière tombait sur la fille. « Edward, viens ici et tiens la lampe de poche – vite ! »

Edward lui obéit mécaniquement. Une partie de lui se demandait pourquoi se hâter – elle était morte, après tout. Rien ne pourrait l'aider maintenant. Il grimaça légèrement en regardant Carlisle grimper à l'arrière du véhicule, apparemment sans se préoccuper de ses vêtements et de ce qui causait l'odeur répugnante. Il atteignit la fille et lui toucha doucement l'épaule.

Le faisceau de lumière rebondit et dansa autour de l'espace clos alors que la lampe torche vacillait dans les mains d'Edward. Il serra les dents, faisant de son mieux pour se stabiliser pendant que Carlisle prenait doucement l'épaule nue et crasseuse de la fille dans sa main et la retournait lentement sur le dos. Ses mains cherchèrent le petit renflement sur le côté de sa gorge où son pouls palpiterait, et il les tint là pendant un long moment. Edward osa à peine respirer jusqu'à ce que les épaules tendues de son père se relaxent visiblement dans la lumière tremblante.

« Elle est vivante, » déclara Carlisle en respirant profondément.

Et d'une certaine manière, ça semblait rendre la situation encore pire. Edward jura entre ses dents. Le choc de voir un cadavre – ce qu'il croyait être un cadavre – fut emporté au loin, remplacé par la colère à l'état pur. La fureur que James – que qui que ce soit – puisse garder quelqu'un en captivité de la sorte, puisse faire quelque chose d'aussi horrible, tordit ses entrailles. Il déposa la lampe de poche sur le hayon abaissé du camion et se pencha en avant avec des mains plus sûres.

« Donne-la moi. »

Carlisle aida à manœuvrer la fille vers les bras tendus d'Edward, et avec soin tous les deux l'extirpèrent de l'espace confiné dans lequel elle avait été retenue prisonnière – pendant combien de temps, il était impossible de savoir. Une fois qu'elle fut assez proche, Edward la prit dans ses bras, la libérant et tenant son corps contre sa poitrine. Sa tête ballotta sur son épaule, et il était évident qu'elle était inconsciente.

« Elle est si petite, » murmura-t-il en regardant la forme molle blottie dans ses bras. Sa peau était froide et pâle – elle avait l'air morte, même maintenant. Il s'avança prudemment vers l'impitoyable projecteur lumineux qui éclairait le devant de sa maison.

Elle était petite, bien que la forme de son corps montrait qu'elle n'était pas une enfant. Ses os faisaient saillie à des endroits où ils n'auraient pas dû – genoux et poignets noueux, hanches et côtes aux reliefs anguleux. Même son visage était émacié, ses joues concaves et creuses. Sa peau était sale au toucher, grasse et crasseuse, et ses longs cheveux foncés étaient un fouillis emmêlé.

« Amenons-la à l'intérieur, » préconisa Carlisle. « Je vais courir à la maison chercher ma trousse. »

« Ne devrions-nous pas appeler une ambulance ? » Même en le disant, Edward savait qu'il n'y tenait pas particulièrement. La fille était comme un bloc de glace dans ses bras, et l'idée de la placer dans l'environnement froid et stérile d'un hôpital ne lui plaisait pas du tout, peu importait à quel point il avait confiance en son père et en l'établissement médical.

« Peut-être, » répondit Carlisle, « mais pas maintenant. Il est important de la réchauffer, voir si elle reprend conscience. Après ça, nous déciderons. »

C'était tout à fait acceptable dans l'esprit d'Edward, et il sourit un peu alors qu'il déplaçait ses bras autour de la fille trop légère qu'il tenait. « Puis-je la mettre dans un bain ? » Demanda-t-il.

« Oui, » affirma Carlisle, « si tu prends soin de surveiller sa tête et que tu t'assures qu'elle ne va pas sous l'eau. »

Ça semblait raisonnable à Edward. Il avait juste une dernière question. « Mais qu'en est-il du kit de viol ? Tu as toujours dit- »

« Je sais, » soupira Carlisle, et il posa doucement sa main sur le genou meurtri de la fille. « Mais pour le moment il est plus important de la réchauffer. Voyons les choses en face, fiston – elle est nue et il est clair qu'elle a été retenue contre son gré. Je ne pense pas que la question de savoir ce qui lui est arrivé se pose. »

Edward détestait l'admettre, mais Carlisle avait raison. Il resserra ses bras autour du corps froid, ignorant l'odeur fétide émanant d'elle. Ce n'était pas sa faute. Elle pouvait avoir été piégée là pendant des jours, des semaines, voire plus longtemps. Il était impossible de deviner jusqu'à ce qu'elle se réveille et soit en mesure de leur dire.

Carlisle pressa gentiment le genou de la fille avant de prendre sa lampe de poche et de retourner dans les bois. Edward se précipita dans sa maison, déposant soigneusement le corps immobile de la fille sur le sofa brun avant d'entrer dans la salle de bain où il fit couler l'eau chaude à plein débit.

Esmée avait rénové ce cottage il y avait seulement environ un an de ça, et la baignoire à remous qu'elle avait fait installer n'avait guère servi. Edward préférait de loin les douches, et il ne ramenait pas de filles à la maison avec lui quand il était en train de travailler. La baignoire était étincelante de propreté, mais Edward savait, en sortant savon, shampoing et gants de toilette, qu'elle n'allait pas le rester longtemps. La fille était crasseuse, et il avait l'intention de faire quelque chose à ce sujet pendant qu'elle était dans le bain.

Une fois que l'eau fut assez chaude et en quantité suffisante, la vapeur tourbillonnant en petites spirales embrumées dans l'air humide, Edward alla chercher la fille inconsciente.

Sauf qu'elle n'était pas où il l'avait laissée.

Le canapé était visiblement vide, et Edward fronça les sourcils en le fixant avec consternation. Où était-elle allée ? Elle était inconsciente quelques minutes plus tôt quand il l'avait déposée là.

La porte de la maison était toujours ouverte, mais Edward doutait qu'elle ait pu aller très loin. Pas dans son état. Il décida plutôt de la chercher dans la maison. Il se rendit dans la cuisine, jetant un coup d'œil autour du comptoir et sous la table, avant de retourner dans le salon.

Il la trouva quelques minutes plus tard, recroquevillée en une petite boule tremblotante, coincée fermement entre le dossier du canapé et le mur. Sa tête était enfouie dans ses genoux, ses bras serrant étroitement ses jambes alors qu'elle frémissait, et ce n'était sûrement pas de froid. Lentement, Edward prit une profonde inspiration. Elle s'était réveillée dans un lieu étrange – bien sûr elle était terrifiée. Après tout ce qu'elle avait traversé, des choses qu'il ne pouvait même pas imaginer, qui ne le serait pas ?

« Hey, » dit-il doucement, essayant de repousser la colère qui bouillait encore à la pensée de James et des horreurs inconnues qu'il avait fait subir à cette fille. « Hey, est-ce que tu m'entends ? »

Elle ne leva pas la tête, mais son tremblement augmenta. Il était évident qu'elle l'avait entendu, et tout aussi évident qu'elle n'avait pas l'intention de sortir de sitôt.

« Je ne pensais pas que c'était possible, même pour un enfant, de se coincer là, » dit-il, se sentant un peu perdu alors qu'il tentait d'apaiser ses craintes. « Tu es si petite. Juste un petit brin de fille. »

Au moins, il était clair qu'elle était, en effet, vivante. Edward essaya de voir le bon côté des choses. La première fois qu'il l'avait vue, il avait supposé qu'elle était morte. Maintenant embarrassé d'avoir eu un choc et d'avoir sauté aux conclusions, il éprouvait un besoin profond de lui venir en aide. Elle ne saurait pas la différence – elle n'était même pas consciente la première fois qu'il avait posé les yeux sur elle. Mais cela ne faisait aucune différence pour Edward.

« Cocotte, » essaya-t-il, s'agenouillant à côté de l'espace entre le divan et le mur, tentant d'avoir l'air et de sonner aussi peu menaçant que possible. « Cocotte, calme-toi. Ça va aller. Tu es en sécurité à présent. Je m'appelle Edward, et je vais prendre soin de toi. »

Elle ne broncha pas, si bien qu'Edward tendit la main avec précaution et toucha légèrement ses orteils, là où ils dépassaient de la boule serrée que formait le reste de sa personne.

Avec un faible couinement misérable, elle ramena ses pieds vers son corps. Edward soupira et recula momentanément. La baignoire devait être sur le point de déborder à ce stade. Il se hâta de fermer le robinet, s'assurant de garder la porte de la salle de bain fermée pour maintenir la chaleur à l'intérieur.

Que pouvait-il faire pour l'inciter à sortir de derrière le canapé ? Edward y réfléchit, tourmentant la chair de sa lèvre inférieure entre ses dents. Il ne voulait pas la contraindre – déplacer le canapé, la prendre et la faire obéir. La pauvre petite était déjà morte de peur, et il ne voulait pas l'effrayer davantage. De plus, il voulait qu'elle soit en mesure de lui faire confiance. S'il agissait comme James l'avait probablement fait, cela ne se produirait jamais.

Alors qu'il réfléchissait, Edward arpenta plusieurs fois le petit couloir qui menait de l'escalier à la cuisine. La troisième fois qu'il passa devant la cuisine, ses yeux se posèrent sur le comptoir où trônaient quelques bananes.

La fille minuscule était émaciée – elle n'avait pratiquement que la peau sur les os. Peut-être que la nourriture pourrait être utilisée pour gagner sa confiance ? Il arracha une banane de la grappe et commença à la peler. L'odeur était sucrée et fraîche, exactement ce qu'il fallait, espérait-il, pour la tenter.

Prenant le fruit avec lui, Edward s'agenouilla à nouveau près de l'arrière du canapé. « Hey, » dit-il doucement. « Est-ce que tu as faim ? »

Elle ne leva pas les yeux – ne fit aucun geste montrant qu'elle comprenait ce qu'il disait. Edward rompit un morceau de l'aliment mou dans sa main et le tendit vers elle, faisant flotter la douce odeur près de ses genoux repliés où son visage était caché.

Avec succès.

Sa tête bougea lentement, le fouillis de ses cheveux presque noirs se déplaçant alors qu'elle levait les yeux pour voir ce qu'il lui offrait. De grands yeux marron humides de larmes clignèrent dans sa direction.

« Bonjour, » dit Edward, essayant d'allonger sa main un peu plus même si son bras était déjà complètement tendu. « Je m'appelle Edward, et je ne vais pas te faire de mal. Allez – prends-le. »

Son cœur battait fort dans sa poitrine, un battement, puis un autre. Les yeux immenses de la fille oscillèrent timidement entre les siens et sa main, à la fois nettement méfiants vis-à-vis de l'offre et désirant vivement l'accepter.

« Ça va, » l'apaisa-t-il, et son cœur faillit se briser en voyant le désir effréné dans ses yeux, combien elle voulait le petit morceau de nourriture et pourtant combien elle était terrifiée de le prendre. « Il ne t'arrivera rien de mal ici, » dit-il, l'enjoignant à le croire.

Elle gémit doucement, le deuxième son seulement qu'il l'entendait émettre, et elle regarda le fruit dans la main d'Edward de manière implorante.

« Chut, » roucoula-t-il, sa voix tombant dans un étrange et doux registre qu'il n'avait jamais entendu venir de lui auparavant. « N'aie pas peur. »

Lentement, très lentement, sa main remua. Elle ne lâcha pas ses jambes repliées, mais sa main bougea sans l'ombre d'un doute. Edward se déplaça avec soin, bougeant sa main un tout petit peu plus loin jusqu'à ce qu'il puisse effleurer le fruit moelleux contre son petit doigt.

Comme si le contact de la nourriture avait brisé sa volonté, la fille réagit rapidement, comme un petit singe. Elle arracha le morceau de banane avec sa main, le fourrant tout entier dans sa petite bouche.

« Tu aimes ça, hein ? » Sourit Edward en dépit de la situation déchirante. Elle mâcha désespérément, les joues bombées avec le fruit mou. « Tu en veux encore ? »

Elle avala rapidement, et Edward recula d'un pas, rompant un autre morceau de banane et le tendant dans sa direction avec ses doigts. Elle devrait se déplacer vers lui pour l'atteindre, mais au moins elle le regardait cette fois-ci.

Elle toisa le morceau blanc moelleux tendu vers elle, sa bouche travaillant toujours comme si elle faisait rouler à l'intérieur le goût restant de la première bouchée, la savourant pleinement. Edward demeura immobile, ses genoux endoloris à cause de sa position à côté du sofa, et l'observa attentivement. Ses mains étaient tout aussi sales que le reste de sa personne et il n'aimait pas vraiment lui donner de la nourriture qu'elle enfournait dans sa bouche. Mais la saleté relative de ses mains était probablement le moindre de ses soucis, songea-t-il, et il essaya de ne pas grimacer alors qu'elle mettait son doigt dans sa bouche, léchant les résidus de banane.

On aurait dit qu'ils étaient figés dans le temps, comme si chaque souffle expiré de ses poumons déchirerait le moment en deux, mais finalement – finalement – elle se déplaça vers l'avant sur ses genoux, tendant une main tremblante pour avoir la nourriture offerte.

« Gentille fille, » dit doucement Edward, lui donnant le morceau qui disparut rapidement dans sa bouche comme il s'y attendait, mais à sa grande surprise, ses yeux croisèrent les siens quand il prononça ces mots, presque comme si elle les reconnaissait.

« Est-ce que tu me comprends ? » Demanda-t-il gentiment, la regardant mâcher la nourriture. « Gentille fille, tu es si brave. »

Encore une fois, un léger scintillement dans ses yeux qui semblait presque être de la compréhension. Edward se sentait mal à l'aise de s'adresser à elle comme à un jeune enfant, mais elle n'avait pas encore montré de signe qu'elle comprenait vraiment quand il parlait. Il retint un soupir et battit à nouveau en retraite, tenant un autre morceau de banane. Avec ce geste, il faudrait qu'elle s'extirpe de derrière le canapé et qu'elle s'aventure dans la pièce. Il ne savait pas si elle le ferait, mais il l'espérait.

« Tu peux le faire, » l'exhorta-t-il. « Gentille fille, je sais que tu peux. »

Elle mordit anxieusement sa lèvre inférieure gercée en fixant le fruit dans la main d'Edward.

« Shh, ne fais pas ça, » dit-il, et sans vraiment réfléchir il se pencha en avant pour tirer sa lèvre et la libérer de ses dents.

La fille gémit encore, un son haletant et effrayé, et mordit plus fort. Un filet de sang clair apparut contre ses dents, et Edward grimaça. C'est ce qu'il avait espéré éviter.

« Non, petite, » dit-il, la frustration de ne pas être capable de l'aider en train de déborder. « Ne te fais pas mal, s'il te plaît. »

Elle s'esquiva loin de sa main hardie, se pelotonnant à nouveau en boule, et Edward jura entre ses dents. Apparemment cela allait prendre beaucoup plus de temps qu'il ne l'avait d'abord pensé. Peut-être devrait-il juste attendre Carlisle ?

Mais la fille avait froid, sa peau pâle était bleutée et elle frissonnait derrière le canapé, et Edward voulait désespérément la calmer, l'apaiser, la faire se sentir mieux. Il ne semblait pas en mesure de soulager sa douleur mentale puisqu'elle ne prêtait pas attention à ses paroles, mais si elle le laissait juste la prendre et la mettre dans un bain chaud, il avait la certitude qu'à eux deux ils pourraient soulager une partie de sa douleur physique.

« Que puis-je faire, petite ? » Demanda-t-il, tirant ses cheveux de frustration. « Je veux seulement aider. »

Elle ne répondit pas, et il ne s'attendait pas à ce qu'elle le fasse.

Avec un soupir, Edward prit le reste de la banane et le plaça doucement à ses pieds recroquevillés. « Tiens, » dit-il. L'attirer hors de derrière le sofa ne paraissait pas fonctionner de toute façon, et il ne pouvait pas supporter de lui refuser la nourriture simplement parce qu'elle était effrayée. « C'est à toi. Tu peux le manger. Ça va. »

Ses mains saisirent la banane à moitié pelée et la tirèrent résolument contre sa poitrine. Ses immenses yeux noirs se posèrent de nouveau sur lui, ses lèvres pâles barbouillées de rouge là où elle s'était mordue trop fort. Son regard voyagea entre ses yeux et le fruit dans sa main. Edward osait à peine respirer, se tenant immobile alors qu'elle le regardait. Comment était-il censé avoir l'air digne de confiance ? Une telle chose était-elle même possible ?

« Je ne te ferai pas de mal, » dit-il encore, tentant d'apaiser la peur saillante qu'il voyait dans ses doux yeux sombres. « Petit brin de fille adorable – comment le pourrais-je ? Comment qui que ce soit le pourrait-il ? »

Mais quelqu'un lui en avait fait, et pas qu'un peu. C'était plus qu'évident, et Edward frémit de colère à cette pensée. Quelles choses horribles avait-elle dû endurer pour réagir avec autant d'effroi ?

Elle maintint la banane près de sa poitrine, sans la manger, et Edward se demanda si elle essayait de la sauver pour plus tard ou si elle était tout simplement trop effrayée pour détacher ses yeux de lui. Lentement il laissa ses yeux se promener sur sa forme recroquevillée, maigre et tremblante. Elle était couverte d'ecchymoses, mais les traits délicats de son doux visage étaient déplorablement attrayants, malgré tout.

« Tu n'auras jamais à avoir peur de moi, » dit-il doucement, plus pour entendre sa propre voix qu'autre chose. « Je veux juste te venir en aide. N'aimerais-tu pas prendre un bain ? »

Au mot bain, elle leva les yeux et inclina la tête de côté en position d'écoute, presque comme un chiot confus. C'était la plus grosse réaction à ce qu'il disait qu'elle avait montrée jusqu'à maintenant, et Edward sentit une vague d'espoir monter résolument dans sa poitrine. « Bain, » répéta-t-il, lentement et clairement. « Bain, petite brindille. Aimerais-tu en prendre un ? »

Elle ne répondit pas avec des mots, mais après un moment, Edward la vit se déplacer légèrement sur le plancher. Elle mit sa banane sous son menton et leva des bras tremblants vers Edward.

C'étaient les gestes d'un petit enfant, mais leur sens était largement clair. Edward se leva, faisant chaque mouvement aussi lentement et précautionneusement que possible, et tendit ses mains vers elle. Elle ne se déroba pas, mais il l'entendit haleter lorsque ses doigts remontèrent légèrement le long de ses bras nus.

« Je ne te ferai pas de mal, » répéta-t-il, et il manœuvra avec soin pour la soulever dans ses bras.

Elle était encore froide, et ses respirations étaient courtes et saccadées alors que ses bras se refermaient sur elle.

« Pauvre bébé, » chantonna-t-il, déplaçant son poids sur ses pieds, la berçant gentiment en la tenant. « Ça va maintenant. Tu vas bien. Belle petite brindille. »

Elle ne répondit pas, agrippant sa chemise fermement avec un poing et sa banane avec l'autre. Ses yeux étaient doux et immenses, contemplant l'intérieur du cottage dans un étonnement muet.

« Ce n'est pas très grand, » dit Edward, souriant en voyant l'émerveillement dans ses yeux, « mais c'est ma maison. Je ne sais pas combien de temps tu seras ici, mais j'espère que tu y seras à l'aise. »

Il ouvrit prudemment la porte de la salle de bain avec la main derrière son dos, glissant dans la chaleur de la pièce. Elle haleta, un son doux et suave, à la vue du carrelage rétro à damier noir et blanc, de l'immense baignoire, de la douche séparée, et de tout le reste. Elle avait l'air particulièrement intéressée par le miroir ovale au-dessus du lavabo, lequel était embué par la vapeur engendrée par la chaleur de la pièce.

« C'est sans doute préférable que tu ne puisses pas te voir en ce moment, » dit gentiment Edward, l'étreignant étroitement alors que sa peau frémissait dans l'air chaud et humide. « Je te laisserai regarder après que nous t'aurons nettoyée. Est-ce que ça te va ? »

Elle le regarda fixement, comme s'il avait posé une question dans une langue étrangère. Edward soupira intérieurement. D'accord. Trop de mots, pas assez d'action.

« Bain, » dit-il encore, lui rappelant leur tâche, avant d'avancer vers la baignoire. Il s'assit sur le large rebord, balançant les pieds de la fille au-dessus de l'eau chaude. « Ça va te faire du bien, je te le promets. »

Elle mordait encore sa lèvre inférieure, mais Edward n'osa pas essayer de l'arrêter cette fois-ci. Il déplaça son poids sur ses genoux afin que ses orteils trempent un tant soit peu dans l'eau. Elle haleta, tournant la tête pour le regarder avec des yeux écarquillés.

« Quoi ? » Demanda-t-il alors qu'elle trempait davantage son pied dans l'eau. « T'attendais-tu à ce qu'elle soit froide ? »

Probablement, répondit son esprit, et Edward grimaça intérieurement. Il se tint immobile, la soutenant avec soin tandis qu'elle glissait ses pieds dans l'eau. Elle donna quelques coups de pieds, faisant doucement clapoter l'eau comme si elle n'arrivait pas à croire qu'elle était réelle. Ses yeux se posèrent à nouveau sur Edward, grands et étonnés, comme s'ils demandaient la permission.

« Oui, » confirma-t-il, essayant de lui sourire de façon rassurante. « C'est pour toi, cocotte. Vas-y. »

C'est ce qu'elle fit, laissant Edward la soutenir et la maintenir en équilibre alors qu'elle glissait dans l'eau. Un profond soupir tremblant déchira ses poumons quand il appuya son dos contre le côté de la baignoire et qu'elle s'enfonça dans l'eau chaude jusqu'au menton. Une main tenait toujours la banane – légèrement écrasée et déformée maintenant – et elle leva timidement les yeux vers Edward, la lui tendant comme une imploration.

« Oui, » dit-il, pas vraiment sûr de ce qu'elle avait compris, et il tenta de sourire à nouveau. Il poussa le fruit vers elle dans un geste qu'il espérait être universel. « C'est à toi. Je ne vais pas te la prendre. »

Elle se redressa, tenant le fruit à deux mains alors qu'elle se dépêchait de retirer la peau de la chair tendre à l'intérieur.

« Pas si vite, » dit Edward, souriant gentiment à sa ferme détermination d'avoir la nourriture. « Ne te rends pas malade. »

Elle l'ignora, enfournant un énorme morceau de banane, ses joues gonflant autour de la grosse bouchée tandis qu'elle luttait pour la mâcher. Edward rit doucement, et c'est comme ça que Carlisle les trouva une trentaine de secondes plus tard.

« Qu'avons-nous ici ? » Demanda-t-il, hésitant sur le seuil.

La fille se figea, sa mâchoire s'immobilisant et ses yeux s'agrandissant alors qu'elle tournait brusquement la tête vers la nouvelle voix. Un faible gémissement s'échappa de sa bouche et elle frissonna dans l'eau, se précipitant loin de la vue de Carlisle dans l'embrasure de la porte.

« Tout doux, petite brindille, » dit Edward, tendant ses mains vers elle dans un geste qu'il espérait apaisant. « Carlisle est mon père. Il ne te fera pas de mal. »

Mais elle ne se calma pas, se serrant contre le fond de la baignoire, se recroquevillant à nouveau en boule défensive. Le dernier morceau de sa banane glissa de sa main et tomba dans l'eau avec un plouf, et elle ne tenta même pas de le récupérer. Une complainte aiguë déchira sa gorge, et elle enfouit sa tête dans ses genoux encore une fois.

« Holà ! » Dit Carlisle, avançant avec précaution dans la pièce. Il ferma la porte derrière lui afin que la vapeur ne s'échappe pas, puis il s'assit rapidement contre la porte. « Petite chose effarouchée. »

« Pauvre fille. » Edward faillit grogner. « Aucun être humain ne devrait être traité comme elle l'a été. Je ne sais même pas ce qui s'est passé, mais ça je le sais. »

« Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit réveillée, » commenta Carlisle, l'observant depuis sa place contre le mur.

« Moi non plus, » dit Edward. « Je suis allé remplir la baignoire, et quand je suis revenu dans le salon elle s'était calée derrière le sofa et ne voulait pas en sortir. » Il prit une profonde inspiration et se pencha vers la fille, repêchant le morceau ruiné de banane et son épluchure dans l'eau. Elle le regarda avec méfiance depuis le dessous de son bras, mais n'essaya pas de l'arrêter. « J'ai essayé de l'attirer hors de sa cachette avec de la nourriture. »

« A-t-elle dit quelque chose ? »

Edward secoua la tête avec regret. « Je ne suis même pas sûr qu'elle comprenne la plupart des mots. Elle semblait reconnaître bain – c'est comme ça que je l'ai entraînée ici. Mais c'est tout. »

« Mademoiselle ? » Dit Carlisle, élevant légèrement la voix. « Mademoiselle, mon nom est Carlisle Cullen. Je suis médecin. Pouvez-vous m'entendre ? »

Elle trembla dans l'eau, mais n'eut aucune autre réaction. Edward pouvait presque voir les palpitations effrayées de son pouls dans sa gorge, l'afflux rapide et terrifié de sang sous la peau tendre et fine. Son cœur allait vers elle, mais il ne savait pas comment l'aider.

« Petite brindille, » dit-il doucement, et il toucha gentiment son épaule. « Oh, cocotte, tu vas bien. Tu es en sécurité maintenant. »

Dans le silence qui suivit, le bruit de Carlisle ouvrant son sac et en fouillant le contenu parut exagérément fort.

« Carlisle, nous ne pouvons pas l'emmener dans un hôpital bondé, » murmura Edward, effleurant délicatement son épaule mouillée avec sa main. « Elle va mourir de peur. »

« On ne peut pas vraiment mourir de peur, » fit doucement remarquer Carlisle, quoique sans réfuter plus avant la déclaration d'Edward.

« Peut-être que je ne pourrais pas, » répliqua Edward, « mais ne t'avise jamais de me dire que c'est pareil pour elle. »

« Je veux insister un peu. » Carlisle glissa son stéthoscope autour de son cou et fixa une lampe-stylo dans la poche de sa poitrine. « Voir ce qu'elle va permettre et ce qu'elle va refuser. »

« Ne l'effraie pas davantage, Carlisle, » supplia Edward, et sa figure paternelle lui lança un sourire compatissant.

« J'ai bien peur que ce soit inévitable, fiston, » dit-il posément. « Elle a peur de tout en ce moment. »

La fille se recroquevilla tout au fond de la baignoire quand Carlisle se rapprocha. Il s'assit sur le bord de la baignoire, à la manière d'Edward, et tendit la main vers elle.

Elle poussa un cri aigu, un son qui n'était certainement pas content, et elle essaya de s'éloigner du contact, aussi délicat soit-il. Elle ne pouvait aller nulle part puisqu'elle était emprisonnée à la fois dans le coin de la pièce et celui de la baignoire, et elle poussa un cri misérable.

« Chut, petite brindille, » tenta de l'apaiser Edward tandis que Carlisle retirait sa main. « Stop, Carlisle ! Ce n'est pas correct. »

Carlisle soupira. « Tu l'as touchée, » dit-il, regardant son fils. « Je me demande quelle est la différence. »

« James a les cheveux clairs, comme toi, » énonça lentement Edward, donnant la seule réponse qu'il pouvait trouver. « Peut-être qu'elle- »

« Edward, regarde. »

Il se tourna vers la fille, qui s'était pelotonnée en une boule encore plus compacte au son du nom de James. Elle serra ses bras autour de ses jambes alors même qu'une tache jaune révélatrice se diffusait dans l'eau en-dessous d'elle.

« Elle ne peut pas s'en empêcher, » soupira Carlisle, s'éloignant à nouveau de la baignoire. « Si elle est terrifiée au point d'être incontinente, tout examen auquel je la soumettrais en ce moment serait inutile de toute façon. Mieux vaut la nettoyer, et je verrai si je peux lui glisser quelque chose pour l'aider à dormir. Ensuite je pourrai l'examiner en vitesse sans lui causer de stress inutile. »

« Je n'aime pas l'idée de faire quelque chose sans sa permission, » répliqua mollement Edward.

« Moi non plus, mais il faut peser le pour et le contre, » dit Carlisle en soupirant une fois de plus. « Nous devons savoir s'il y a un problème d'ordre médical avec elle – quelque chose qui nécessite un traitement, que ce soit ici ou à l'hôpital. »

« Je sais, » concéda Edward en regardant vers la fille terrifiée blottie dans le coin de la grande baignoire. « C'est juste que… » Il secoua la tête. « D'accord, mais nous devrons vider l'eau du bain et- »

« Laisse-la, » suggéra Carlisle. « Elle est tellement déshydratée qu'elle ne pourra pas avoir uriné une grande quantité, et je peux garantir que l'eau sera sale de toute manière une fois qu'elle aura commencé à se frotter. Tu pourras remplir la baignoire une deuxième fois ou la mettre sous la douche pour un rinçage final quand elle sera propre. »

« Moi ? » Demanda prudemment Edward, jetant un coup d'œil à son oncle.

« Eh bien, elle a peur de moi, » répondit simplement Carlisle.

« Et qu'en est-il d'Esmée ? »

« Elle dort. Je ne voulais pas la réveiller si je n'y étais pas obligé. Je voulais la laisser avoir une nuit complète de sommeil avant qu'elle ne doive faire face à ce cauchemar. »

Edward tira encore sur ses cheveux. « C'est pratiquement le matin, » dit-il, bien qu'il ne cherchait pas à argumenter. À vrai dire, il était heureux de faire tout ce qu'il fallait pour aider cette fille. Et, de façon pragmatique, il avait déjà vu et touché son corps nu. Peu importait les autres sentiments qu'elle pouvait éprouver, ce fait ne semblait pas la déranger.

« Je vais aller fouiller dans la cuisine et voir s'il y a un aliment dans lequel on peut écraser une pilule, » dit Carlisle, se remettant lentement sur ses pieds. « La banane était une bonne idée – les amidons sans saveur ne sont pas la solution idéale en matière de nutrition, mais son estomac aura de la facilité à les digérer si elle n'a pas eu de nourriture depuis un certain temps. »

« Si elle n'a pas eu de nourriture depuis un certain temps ? » Répéta Edward en relevant un sourcil.

Carlisle reconnut la pique avec un haussement d'épaule. « Nous ne pouvons pas déjà savoir ce qu'il en est, mon fils. Essayons de garder les hypothèses au minimum jusqu'à ce qu'elle soit en mesure de nous dire ce qui lui est réellement arrivé. »

Il quitta rapidement la salle de bain, et Edward sourit doucement alors que la fille terrifiée jetait lentement un œil hors de sa cachette en entendant le bruit de la porte.

« C'est juste toi et moi à nouveau, » l'apaisa-t-il. « Tout va bien. Tu n'as pas à voir J- » Il s'arrêta avant de prononcer le nom, se rappelant ce que cela avait provoqué avant. « Tu n'auras plus jamais à le voir, petite brindille. Jamais. »

Il trempa un gant de toilette blanc dans l'eau chaude et fit mousser du savon dessus. Il remercia le ciel que l'eau de Javel existe, sinon ses gants de toilette et ses serviettes risqueraient de ne jamais retrouver leur apparence initiale. Souriant de manière encourageante, il tendit lentement la main et toucha le bras de la fille qui était le plus près.

« Je ne te ferai pas de mal, » réitéra-t-il. « Nous allons te nettoyer, d'accord ? Ça va te faire du bien, je te le promets. »

Elle le regarda avec ses grands yeux bruns, ne se déplaçant pas vers lui, mais ne se dérobant pas non plus, et Edward passa le gant de toilette savonneux le long de son bras.

« Tu vois ? » Dit-il. « Rien d'effrayant, pas vrai ? Penses-tu que je pourrais avoir ta main ? »

Edward tendit sa propre main, remuant ses doigts, et lentement, lentement, la fille déroula un de ses bras et imita son geste. Il sourit, glissant sa main sous la sienne pour la soutenir, et entreprit de la laver doucement, en commençant par le bout de ses doigts. Le tissu-éponge se déplaça contre sa peau en délicats mouvements circulaires, descendant pour nettoyer la crasse coincée entre ses doigts, et elle le regarda faire pendant tout ce temps. Il y avait encore de la méfiance dans ses yeux, mais elle était juxtaposée à une sorte d'admiration étonnée, comme si elle ne pouvait pas croire ce qui lui arrivait.

« Gentille fille, » l'encouragea Edward, se souvenant de la manière dont elle avait réagi à ces mots auparavant. Un frisson qui ne ressemblait pas tout à fait à un tremblement de peur ondula à travers son corps délicat, et il sourit. « Je ne vais pas te faire de mal. Ceci n'est pas effrayant. » Qu'elle comprenne ou non ses paroles, il espérait que le son velouté de sa voix puisse l'apaiser au moins un peu.

Même ses doigts étaient maigres, avec des ongles courts et inégaux comme si elle avait l'habitude de les mordre. Il frotta sa paume, retournant sa main pour exposer le dessous blanc moelleux de son bras. Sa peau était si pâle qu'il pouvait clairement voir les lignes bleues et pourpres de ses veines. « Tu es presque translucide, » murmura-t-il, faisant attention en lavant une ecchymose foncée près de son coude. Elle n'émit pas un son, et Edward traça le tendre intérieur de son poignet avec ses doigts, la chatouillant gentiment. Elle frissonna, ses yeux confus quand elle les leva vers les siens.

« C'est ce qu'on appelle un chatouillement, » lui dit-il avec incertitude. « Si tu n'aimes pas ça, je ne le referai pas. »

Mais elle ne fit aucun mouvement ou bruit pour le lui faire savoir, dans un sens ou dans l'autre. Edward effleura sa peau soyeuse avec ses doigts une dernière fois, puis il continua à laver son bras. Elle avait un duvet pâle des plus doux sur les avant-bras, léger et vaporeux, qui contrastait avec le désordre de cheveux presque noirs sur sa tête.

« Hey, est-ce qu'on peut te retourner un petit peu ? » Demanda doucement Edward, et il l'amadoua pour qu'elle change de position dans la baignoire. Il voulait qu'elle s'assoie dos à lui, mais elle refusa d'aller aussi loin. Renonçant à son idée, Edward décida de faire un compromis et fit lentement tournoyer le gant de toilette savonneux sur ses épaules, sous la masse de cheveux foncés. Ajoutant plus de savon lorsque c'était nécessaire et changeant les gants de toilette sales deux fois, Edward réussit à frotter l'essentiel du corps frêle de la fille. Elle ne voulait pas lui tourner le dos, mais par ailleurs elle se laissa faire alors qu'il la déplaçait, allant même jusqu'à s'agenouiller dans l'eau et s'asseoir sur le bord de la baignoire afin qu'il puisse atteindre les parties immergées de sa chair. Partout, il trouva des traces d'abus de longue date – contusions aux couleurs variées, vieilles cicatrices qui avaient mal guéri à cause du manque de soins. Elle était étrangement dépourvue de poils à l'exception du duvet sur ses avant-bras et de ses cheveux, et Edward fronça les sourcils en frottant un endroit particulièrement sale sur son mollet – on aurait dit de l'huile de moteur ou quelque chose de tout aussi mauvais. Au début il se demanda s'il était possible qu'elle soit plus jeune qu'il ne le pensait initialement. Ses jambes, ses aisselles, même la peau tendre entre ses cuisses étaient lisses et dépourvues de poils. Mais la forme de sa taille fine et de ses hanches incurvées, en plus du léger gonflement de ses petits seins, étaient les caractéristiques d'une fille qui aurait dû avoir un minimum de pilosité. Même les petits enfants avaient un duvet rappelant la peau d'une pêche sur leurs jambes, mais cette fille n'avait rien – un signe certain qu'elle avait soit un quelconque problème de santé ou, plus probablement, que sa pilosité avait été délibérément supprimée. Il n'y avait aucun signe de repousse, donc elle n'était sans doute pas rasée – elle était beaucoup trop sale pour avoir subi une épilation au cours des derniers jours. Mais l'épilation à la cire, l'électrolyse et l'épilation au laser étaient quand même des suppositions raisonnables.

Il était un peu nerveux à mesure qu'il approchait du haut de ses cuisses avec le gant de toilette – elle était assise sur le bord de la baignoire, se soutenant précautionneusement avec ses main. C'était tellement inapproprié, mais elle ne semblait pas plus mal à l'aise que d'habitude, et elle n'essaya pas de l'arrêter. Edward prit une profonde inspiration et expira, regardant vers le haut et trouvant ses yeux.

« Petite brindille, » dit-il, « je ne veux pas te rendre mal à l'aise. Est-ce que ça va si je nettoie entre tes jambes ? Si tu dis non, je ne le ferai pas. Mais je pense vraiment que tu te sentiras mieux si tu es complètement propre. »

Elle inclina de nouveau la tête de côté, comme si elle s'interrogeait sur le sens de ses paroles. Il n'y avait aucun signe de compréhension sur son visage.

« Je suis désolé, » murmura-t-il doucement. « Quoi que ce monstre t'ait fait, petite brindille, je suis désolé. »

La fille ne dit rien, et Edward serra les dents en glissant le chiffon doux entre ses jambes, la lavant aussi gentiment qu'il le pouvait.

Elle gémit légèrement, et il immobilisa sa main, cherchant son visage en quête d'un indice qui pourrait l'éclairer sur ses sentiments. L'ombre d'une grimace traversa ses traits délicats, mais elle n'essaya pas de se dérober.

« Est-ce que ça fait mal ? » Demanda-t-il, se servant de sa main libre pour frotter doucement son genou. « Ou bien c'est simplement que tu n'aimes pas que je te touche là ? »

Mais il n'y eut pas de réponse, et il ne s'attendait pas non plus à en obtenir une. Elle le regarda avec de grands yeux humides, sa lèvre inférieure enflée tremblant légèrement, et Edward ne pouvait pas supporter ce regard tourmenté. Il enleva soigneusement le gant de toilette, ses yeux rivés aux siens pendant tout ce temps.

« Oh, petite brindille, » dit-il à voix basse, « si seulement je savais quoi faire pour toi. »

Une idée germa dans la tête d'Edward, et il replongea le gant de toilette dans l'eau, faisant à nouveau mousser du savon dessus. Puis, très délibérément, il prit sa main et mit le gant de toilette dans celle-ci.

Ses yeux immenses devinrent encore plus grands et sa peau pâlit légèrement alors qu'elle regardait avec consternation le chiffon dans sa main et le visage d'Edward.

« Vas-y, » insista-t-il. « Tu sais comment te toucher sans que ça fasse mal. Tu peux le faire. »

Elle fronça les sourcils, confuse, ses yeux voyageant entre Edward et le gant de toilette dans sa main. Lentement elle le leva et le plaça sur le bras d'Edward, frottant doucement.

Le malentendu amusa Edward qui émit un petit rire, déplaçant sa main de son bras avec une petite tape. « Non, petite brindille. Lave-toi. Allez. » Il toucha sa cuisse, la peau frissonnante sous sa main. « Là. Peux-tu le faire ? »

Lentement, chaque mouvement saccadé et hésitant comme si elle craignait d'être punie pour ce qu'elle faisait, elle passa le gant de toilette entre ses jambes. Edward observa comment elle touchait son corps avec précaution, et la grimace qui traversa une fois de plus son visage quand le tissu entra en contact. De toute évidence elle était blessée – peut-être pas dans le sens médical du terme, mais de manière concrète. Elle se nettoya lentement, grimaçant alors que sa main poussait plus loin entre ses jambes. Edward dut l'arrêter, de peur qu'elle n'en fasse plus que nécessaire pour lui plaire, et l'incita à s'immerger dans l'eau pour rincer la mousse.

« Tu es une brave fille, » la louangea-t-il avec le sourire. « Si forte. »

Elle ne répondit pas, comme il savait que ce serait le cas. Cependant, elle semblait aimer le ton de sa voix quand il la louangeait, aussi continua-t-il à lui parler doucement tandis qu'il tirait le bouchon et laissait la baignoire se vider.

« Je sais, » dit-il alors qu'elle commençait à trembler dans la pièce humide et embuée. « Je sais, et tu pourras à nouveau avoir de l'eau dans une minute. Tu étais tellement sale que l'ancienne eau dans la baignoire n'aidait plus. »

Elle ne dit rien, se contentant de le regarder avec des yeux tristes alors que l'eau tourbillonnait dans la bonde. Edward détestait quand elle le regardait comme ça. Il n'y avait même pas de reproche ou de colère dans son regard, juste une tristesse profonde et inébranlable.

« S'il te plaît, ne me regarde pas comme ça, » dit-il, même s'il savait maintenant que ça ne ferait probablement aucune différence. « Je vais remettre de l'eau dans la baignoire – de la bonne eau chaude – et ensuite nous pourrons essayer de nous attaquer à tes cheveux. »

Elle tourna la tête pour regarder le dernier tourbillon d'eau sale s'écouler de la baignoire, poussant un profond soupir longtemps contenu. Edward lui toucha l'épaule, tentant de la calmer comme il le pouvait, et remit le bouchon au fond de la baignoire. Il tourna le robinet et elle mit son doigt dans sa bouche comme un petit enfant joyeusement surpris alors que la chaleur se répandait sur ses orteils et glissait le long de ses jambes. Elle frissonna de bonheur, laissant tomber ses mains pour plonger dans la chaleur à mesure que le niveau de l'eau montait.

« Je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi ravi avec un bain avant, » dit Edward en souriant doucement. « Petit brin de sirène, c'est ce que tu es. Je me fiche que tes doigts se ratatinent – tu demeures malgré tout la chose la plus adorable que j'aie jamais vue. »

Ses paroles le prirent au dépourvu. C'était un bavardage insensé, davantage pour son propre bénéfice que pour celui de la fille, et il n'avait pas prêté attention à ce qui sortait de sa bouche jusqu'à ce que ce soit une action révolue. Maintenant il repensait soigneusement à ses mots tandis qu'il faisait tourbillonner l'eau avec sa main, s'assurant qu'elle ne soit pas trop chaude pour la peau tendre de la fille. Adorable ? Oui, elle l'était vraiment. Elle était une belle jeune femme, même émaciée et couverte de marques visibles d'abus terribles. Pas seulement ça, mais ses actions puériles et la façon dont ses grands yeux marron le regardaient attisaient quelque chose en lui – un étrange instinct protecteur qu'il n'avait jamais ressenti pour quiconque auparavant.

Elle n'avait pas l'air particulièrement disposée à s'allonger dans l'eau pour tremper sa tête, et Edward ne pouvait pas supporter l'idée d'argumenter avec elle quand ses grands yeux mouillés le regardaient de manière si implorante. À la place, il alla chercher un gobelet en plastique dans la cuisine et s'en servit pour verser de l'eau sur sa tête avec grand soin.

« Comment ça se passe ? » S'enquit Carlisle alors qu'Edward sortait la vaisselle de l'armoire.

Il haussa les épaules. Il ne voulait pas la laisser seule et il se sentait agité, sous le coup d'un pic d'adrénaline, sans compter son manque de sommeil. « Elle n'a pas de poils, Carlisle – as-tu remarqué ? »

« Je ne regardais pas vraiment. » L'homme plus âgé remua une casserole bouillonnante sur la cuisinière – Edward jeta un coup d'œil à l'intérieur et vit qu'il faisait bouillir des pommes de terre.

« De la purée de pommes de terre ? »

« Mm-hm. » Carlisle essaya de contenir un bâillement. « Quelque chose de neutre – juste quelques calories sans valeur nutritive pour apaiser son estomac. Selon le temps qu'elle a passé sans être nourrie, il se peut qu'elle ne tolère pas très bien la réintroduction d'aliments. Je vais devoir contacter la nutritionniste de l'hôpital et voir quelle sera la meilleure cure pour la traiter. »

Il y avait beaucoup de choses dont ils devaient parler, mais Edward voulait retourner à la fille dans la baignoire, juste au cas où quelque chose serait arrivé. Elle semblait volontaire et capable de s'asseoir sans aide, mais il ne se le pardonnerait jamais si une blessure qu'il aurait pu lui éviter survenait.

Mais quand il ouvrit la porte et se glissa à l'intérieur, elle paraissait contente comme jamais il ne l'avait vue. Elle était tranquillement assise dans la baignoire, appuyée contre la paroi inclinée, et elle examinait attentivement ses doigts qui étaient propres à présent.

« Salut, » dit Edward, ne se sentant pas à sa place même s'il était dans sa propre maison. Surprendre une fille dans une baignoire n'était pas exactement un truc qu'il avait l'habitude de faire. Surtout une inconnue. « Tu sais que ce n'est pas mon genre de faire irruption dans une pièce pendant qu'une fille fait sa toilette, n'est-ce pas ? » Lança-t-il avec hésitation.

Elle avait brusquement tourné la tête pour regarder la porte quand celle-ci s'était ouverte, mais en voyant Edward, elle reprit ses aises dans la baignoire, ses muscles se relaxant après sa précédente posture tendue.

« Je sais, » soupira-t-il. « Je sais. Tu n'es toujours pas sûre de mes intentions, mais tu me préfères à Carlisle. »

Elle ne répondit pas.

« Allez, essayons de faire quelque chose avec tes cheveux. »

Elle ne résista pas quand il plongea le gobelet dans l'eau de la baignoire, faisant doucement ruisseler le chaud liquide sur ses cheveux. Il plaça sa main libre sur son front, protégeant ses yeux par réflexe. La fille resta immobile, ses jambes repliées sur sa poitrine et ses bras enroulés autour de celles-ci. C'était une posture tendue et inconfortable, mais elle ne pleurait pas et elle n'avait pas l'air de trembler autant non plus.

Ses cheveux étaient un incroyable désordre – un enchevêtrement de mèches brunes emmêlées et graisseuses avec lequel il ne savait que faire. Avec un froncement de sourcils, il décida de simplement se lancer. Quel mal est-ce que ça pourrait faire maintenant ? Il versa une grosse quantité de shampoing dans sa paume, puis il s'attaqua au buisson de ronces qu'était sa chevelure, frottant et pétrissant le shampoing dedans autant qu'il le pouvait. Elle ne se plaignit pas, même quand il savait qu'il tirait, et quand ses mains atteignirent son cuir chevelu, grattant soigneusement, elle frémit d'une manière qui ressemblait énormément à une manifestation de plaisir.

« Est-ce que tu aimes ça ? » Demanda-t-il, atténuant la pression de ses doigts sur les côtés de sa tête, au-dessus de ses petites oreilles. « Moi oui, en tout cas. » Personne n'avait lavé les cheveux d'Edward à sa place depuis qu'il était assez vieux pour le faire lui-même, mais une de ses anciennes petites amies était une massothérapeute et il se rappelait très bien comment il se sentait lorsqu'elle entrelaçait ses mains dans ses cheveux, lui donnant envie de ronronner alors que ses doigts talentueux massaient son cuir chevelu. Heureux de pouvoir peut-être donner ne serait-ce qu'un soupçon de ce plaisir à la fille effrayée devant lui, il sourit et continua le massage relaxant. « Tout va bien aller maintenant, tu sais, » dit-il doucement. « Tout ce que tu veux, tout ce dont tu as besoin. Nous sommes là pour toi. Je suis là pour toi. »

Elle le regarda avec circonspection, si bien qu'Edward aurait presque juré qu'elle l'avait compris. « Oh, petite, » soupira-t-il. « Que t'est-il arrivé ? »

Mais elle ne répondit pas, et Edward fut obligé d'accepter que pour le moment, il n'y aurait pas de solution à la situation actuelle. Il plongea à nouveau la tasse dans l'eau et commença à rincer le shampoing de ses cheveux.

Un deuxième shampoing ainsi que le rinçage subséquent firent des merveilles pour la propreté de ses cheveux, mais rien pour tous les nœuds qu'ils contenaient. Edward secoua légèrement la tête en laissant l'eau s'écouler une seconde fois, enveloppant l'enchevêtrement chaotique de cheveux dans une serviette blanche moelleuse. Elle frissonna et le regarda, et l'expression navrée sur son visage était carrément trop. Edward frotta ses épaules, puis lui offrit une autre serviette, lui donnant la possibilité de sortir de la baignoire elle-même. « Je sais que tu aimes l'eau chaude, petite brindille, » dit-il, essayant de sourire. « Mais tu ne peux pas rester là éternellement. Regarde tes doigts, ils sont déjà tout ratatinés. »

Elle ne chercha pas à sortir de la baignoire, mais Edward ne pensait pas que c'était une question d'entêtement. Au contraire, on aurait dit qu'elle attendait quelque chose. Curieux, il recula un peu plus et secoua doucement la serviette.

« Allez, » insista-t-il. « Tu peux le faire. »

Qu'elle puisse le faire ou non devint un point discutable, toutefois, car elle ne voulait pas. Au lieu de cela elle frissonna tandis que l'eau s'évacuait, ses tremblements devenant de plus en plus prononcés et sa peau exhibant une énorme chair de poule.

« D'accord, » se résigna Edward lorsqu'il ne fut plus capable de la voir frissonner. « D'accord. Viens ici. » Ce disant, il la prit dans ses bras, enveloppant son corps grelottant dans la serviette blanche, l'installant sur le large rebord de la baignoire à remous. « Nous allons devoir arriver à comprendre ce qui se passe avec toi, petite brindille. »

Elle frémit un peu, se blottissant sur elle-même pendant qu'il la séchait avec la serviette. Propre, sa peau était merveilleusement douce, presque translucide dans sa pureté. Edward essuya gentiment sa lèvre inférieure enflée avec un bout propre du gant de toilette, faisant disparaître le sang séché.

« Tu es déjà assez blessée, » murmura-t-il. « S'il te plaît, essaye de ne pas te faire davantage de blessures ? » Après l'avoir enveloppée à nouveau, Edward la prit dans ses bras. Elle ne semblait pas particulièrement encline à marcher toute seule, et il n'était pas tout à fait sûr qu'elle le pouvait. Comme elle ne se dérobait plus à son contact physique, Edward était plus qu'heureux de la tenir contre sa poitrine. Elle frissonna encore, et Edward décida de monter la température dans son cottage une fois qu'il l'aurait emmitouflée dans des vêtements.

« Allons te mettre au chaud, » suggéra-t-il, la portant dans les escaliers jusqu'à sa chambre.

Après avoir lu ce chapitre, je suis sûre que vous vous posez un tas de questions au sujet de ce qui est arrivé à 'Brindille'. L'auteure a posté un outtake qui raconte les épreuves que son personnage a traversées avant qu'Edward ne la découvre, mais c'est une histoire trop explicite et trop choquante pour être postée sur FF, aussi je posterai la traduction de cet outtake uniquement sur AO3 et sur TWCSlibrary, mais il n'est absolument pas nécessaire de le lire pour pouvoir suivre l'histoire principale. Il existe seulement pour satisfaire la curiosité des lectrices plus aventureuses… Et bien entendu, il va sans dire que je vous préviendrai quand j'en aurai terminé la traduction.

Mille mercis à mes pré-lectrices MaPlumeMagique et Louise Malone, et à ma précieuse correctrice mlca66.

À bientôt

Milk