Créatrice de la saga Twilight : la fabuleuse Stephenie Meyer

Auteure de Wisp : la formidable Cris

Traductrice de la version française intitulée Brindille : Milk40

Bonne nouvelle, Cris a fait la promesse de terminer cette histoire juste à temps pour le Twific meet-up de cet été à Nashville :0)

Autant vous prévenir tout de suite, ce chapitre est très éprouvant…

Merci énormément pour tous vos commentaires, et bonne lecture.

Chapitre 20

Et c'est ainsi, parce que Jasper était un médecin – le médecin de Brindille, soucieux de son bien-être autant qu'Edward l'était – qu'Edward lui raconta tout.

Il lui énuméra tous les éléments de preuve. L'incident avec la nourriture pour chat, dont Alice lui avait déjà parlé. Son refus d'utiliser le mobilier, et son désarroi à l'égard de choses comme les ustensiles et le comportement à table. Certains des éléments de son compte rendu étaient déjà connus de Jasper, mais Edward essaya de trouver des petits détails qui soutenaient son intuition. Esmée pâlit dans son siège en écoutant la description de la crise de Brindille au sujet du bac à litière, et Edward tenta d'éviter de regarder quoi que ce soit sauf la jeune femme dans ses bras.

« Je… ne peux pas dire que je suis sûr d'avoir fait la bonne chose. Je sais que son travailleur social serait furieux s'il savait, mais merde – je ne pouvais pas simplement- » Edward secoua la tête, déglutissant avec difficulté. Il n'y avait pas de mots pour expliquer comment il se sentait ce soir-là. « Elle est tellement blessée, Jazz. J'essayais de lui montrer. Elle a une main, j'ai une main, des trucs comme ça. Je ne sais pas ce qu'elle a vraiment saisi de tout ça, mais elle n'a pas essayé d'utiliser de nouveau le bac à litière. »

« Ce n'est… certainement pas quelque chose que j'ai déjà rencontré, » dit Jasper, observant Brindille d'un œil clinique. Edward ne pouvait pas dire à quoi son ami pensait. « Une fille dressée pour être un animal de compagnie – une bête. »

« Bête ? » Brindille tourna la tête, observant Edward d'un air interrogateur.

« Bête est heureuse et en sécurité à la maison, » lui assura-t-il, frottant son dos. « Nous irons la voir quand nous en aurons terminé ici. »

« Nul doute que tu comprends les choses très rapidement, » commenta Jasper en lui souriant.

« Oh oui, » convint Edward. « Ça me consterne de penser que cette psychologue l'a traitée de retardée – je ne crois pas du tout qu'elle le soit. Je pense qu'elle est incroyablement intelligente, et qu'elle n'a tout simplement jamais eu les outils ou la possibilité de se développer convenablement. »

« C'est une hypothèse aussi raisonnable qu'une autre. » Jasper le regarda avec des yeux calmes et compatissants. « Quel est le reste de l'histoire ? »

Edward serra les dents. C'était la partie qu'il n'avait pas hâte d'expliquer. « Quand je l'ai touchée, » dit-il lentement, « elle s'est allongée et elle a ouvert les jambes. Comme, comme si elle s'attendait à ce que je… » Il secoua la tête. « Je ne l'ai pas fait, je jure que je ne l'ai pas fait. Mais si tu essayes de lui faire un examen, il faut que tu saches. Elle ne comprend pas – elle pense- »

Jasper leva la main. « C'est bon, Edward. J'ai compris. » Il se déplaça sur son tabouret, regardant Brindille alors qu'elle était nichée dans les bras d'Edward et qu'elle jouait avec le bâton vide de sa sucette. « C'est quelque chose que je souhaiterais ne pas avoir besoin de savoir – je souhaiterais que personne n'ait besoin de savoir. Mais les victimes d'abus sexuel dans l'enfance vont souvent réagir sexuellement. Ça ne veut pas dire que tu as fait quelque chose d'inapproprié pour déclencher sa réaction. Ça ne signifie pas qu'elle veut que tu la touches sexuellement. Ça signifie simplement que c'est ce qu'elle connaît. C'est sa… zone de confort, si cela semble logique. Tout autour d'elle est nouveau et effrayant, et même si la vue d'ensemble est sacrément mieux que ce à quoi elle était habituée, les êtres humains sont des créatures d'habitudes et de routines. Elle ne comprend pas, elle ne sait pas ce que tu veux d'elle, et elle essaye de se cacher dans le confort de ce qu'elle connaît. Est-ce que cela a du sens ? »

Oui, cela avait énormément de sens. Edward se sentit plus qu'un peu soulagé maintenant qu'il avait avoué tout ce qui s'était passé cette nuit-là et que personne ne semblait le blâmer pour ça. Peut-être qu'il aurait dû être mieux avisé, mais au moins Jasper ne parlait pas de lui retirer la garde de Brindille.

« C'est un cas fascinant, nous devons l'admettre. » Jasper se rassit, s'appuyant contre le comptoir derrière lui. « Il y a des gens qui incorporent, de manière consentante, des jeux de rôles bestiaux dans leur vie sexuelle et dans leur personnalité, mais ici ça va beaucoup, beaucoup plus loin. »

« Je crois que c'est le mot consentant qui est important dans cette phrase, » dit sombrement Edward. « Elle n'a consenti à rien. Si quelqu'un essaye de prétendre qu'elle était consentante, je ne le croirai pas. »

« Et tu ne le devrais pas. Si elle a subi ce genre de lavage de cerveau, l'abus doit avoir duré très longtemps. » Jasper hocha la tête pensivement. « Elle a besoin de l'aide d'un expert. Malheureusement, je ne suis pas sûr qu'il y en ait un. La déprogrammation, telle qu'elle est utilisée chez les anciens membres d'une secte, implique généralement beaucoup de thérapie par le dialogue. »

« Et ce n'est tout simplement pas une option pour elle en ce moment. » Edward fronça les sourcils, rentrant la tête de Brindille sous son menton. Était-elle condamnée à cette sorte étrange de demi-vie jusqu'à ce qu'ils réussissent, d'une manière ou d'une autre, à la faire parler de nouveau ? Et s'ils n'y parvenaient pas – pas jusqu'au point où les pensées et les idées complexes pouvaient être expliquées ? Pour la première fois, Edward commença sérieusement à douter de sa capacité à gérer cette situation. Bien sûr, ils pouvaient régler tout ce qui n'allait pas avec elle sur le plan physique. Ils pouvaient réparer tout ce qui n'allait pas avec ses genoux, la nourrir et lui fournir un endroit sécuritaire pour se reposer. Mais comment pourraient-ils la convaincre qu'elle avait le droit d'être une personne – une vraie personne à part entière et complètement fonctionnelle, confiante en elle-même et en son humanité ? Elle apprenait beaucoup, mais Edward réalisait pour la première fois l'immense distance qu'elle avait encore à parcourir. Elle connaissait une poignée de mots – juste une poignée, dont la plupart étaient des prénoms. Elle exprimait son mécontentement avec des larmes, et elle venait à peine de commencer à rire il y avait de ça un jour ou deux. De façon réaliste, comment serait-elle jamais en mesure de se débrouiller seule ? Il ne pouvait pas l'imaginer faire ses courses, ou louer un appartement, ou occuper un emploi. Et oui, il y avait des services sociaux pour aider avec ces choses, mais tout de même. Était-il vraiment prêt à assumer cette tâche ? Un travail de Sisyphe, avait dit Carlisle. Était-il prêt à l'aider tant et aussi longtemps qu'il le faudrait – vraiment, véritablement ?

Elle se déplaça dans ses bras, relevant la tête, et aussitôt que ses immenses yeux bruns rencontrèrent les siens, Edward sut la réponse à cette question.

Oui.

Il voyait l'intelligence dans ces yeux-là, se cachant dans son regard curieux. Comme il l'avait dit tant de fois à tant de personnes différentes, elle était intelligente. Intelligente et forte, pour avoir survécu jusqu'à ce jour. Tout le monde dans sa vie l'avait laissée tomber – eh bien, lui n'allait pas le faire. Elle méritait mieux que ça.

Edward sourit à son visage tourné vers le haut, contemplant les lignes délicates de ses pommettes et la courbure luxuriante de ses cils encore humides. Une si belle fille. Carlisle avait raison – la beauté mélangée à la vulnérabilité était une mauvaise combinaison, et ça l'avait affectée de la pire façon possible. Elle aurait dû avoir un père protecteur – un papa pour intimider les garçons qui voulaient sortir avec elle, attendant son retour chaque fois qu'elle sortait, juste pour s'assurer qu'elle était en sécurité. Pas ça. Quoi qu'il lui soit arrivé, les sombres détails qu'il n'était pas sûr de vouloir jamais connaître, elle ne le méritait pas.

« Eh bien, » dit-il lentement, « nous trouverons une solution. » Il l'embrassa sur le front, pressant ses lèvres sur la peau veloutée. « Peu importe ce que nous devons faire, nous trouverons une solution. »

« Ce que nous devons faire maintenant, » dit Jasper, « c'est un examen pelvien. Esmée, j'aimerais que tu restes en tant que témoin féminin, si tu penses que tu peux le supporter ? »

Edward n'était pas sûr du tout que sa tante puisse le supporter, mais elle hocha la tête et il n'allait pas argumenter, même si elle avait les larmes aux yeux.

« Et, Edward, je suppose que tu vas rester ? »

« Vois-tu comment nous pourrions faire autrement ? » Les mots étaient légers, mais il était très réticent face à ce qui s'en venait. Brindille allait paniquer. Elle allait piquer une crise, et il avait déjà été la cause d'une crise aujourd'hui. Il n'avait pas du tout envie d'en provoquer une autre. « À mon avis tous les bonbons du monde ne rendraient pas cet examen plus facile. »

« Je sais, » soupira Jasper avec une expression remplie de regrets. « Mais c'est important pour sa santé, tu le sais. »

Oui, Edward le savait, sinon il n'aurait pas accepté d'en passer par là.

« Changeons-la. » Jasper ouvrit une armoire et offrit à Edward une mince robe de coton usé qui s'attachait dans le dos. « Elle devra porter ceci pour ses radiographies de toute façon. »

Edward prit une grande inspiration. Le moment était arrivé. « Hé, Petite Brindille, » dit-il, prenant le bâton de la sucette et le donnant à Esmée pour qu'elle le jette à la poubelle, « nous allons te changer dans des vêtements différents, d'accord ? » Juste une étape à la fois, songea-t-il. Ça ne la dérangeait pas de changer de vêtements, cette partie-là était facile. « Peut-elle garder ses chaussettes ? Elle aime beaucoup en porter. » Ce n'était pas grand-chose, mais il visait à lui donner chaque parcelle de confort qu'il pouvait.

« Ça va pour les chaussettes, » répondit Jasper, souriant gentiment à Brindille. « Nous allons rendre ceci aussi aisé que nous le pouvons, je le promets. »

Elle resta tranquillement assise sur les genoux d'Edward et il l'aida à retirer sa chemise et son pantalon de survêtement moelleux, assisté par Esmée, puis il glissa ses bras dans la mince blouse d'hôpital et l'attacha derrière son cou. Le motif bleu pâle avait presque disparu complètement après tant de lavages, et Edward n'aimait pas la sensation du tissu bouloché. Ça lui rappelait le bureau du médecin, et le fait que beaucoup de gens avaient enfilé ce vêtement avant elle. Pas exactement infesté de germes, mais néanmoins il ne le voulait pas contre la peau de sa Brindille.

« Tu es sûr que tu es qualifié pour le faire ? » Demanda-t-il nerveusement tandis qu'Esmée enlevait les sous-vêtements de Brindille et lissait sa blouse sur ses jambes. « Je veux dire, tu es un pédiatre. »

Jasper, heureusement, ne parut pas offensé. « Je prends soin des filles adolescentes – même celles qui sont un peu plus âgées et qui fréquentent l'université. La pédiatrie couvre une énorme période de développement. Je sais ce que je fais. »

Ouais, Edward le savait. Il souhaitait seulement qu'ils n'aient pas à le faire du tout.

Jasper s'affaira à sortir son équipement, le plaçant sur un plateau en métal. Brindille regarda en silence. Elle n'avait pas l'air méfiante, mais son corps était toujours tendu. Edward frotta doucement son dos nu pour l'apaiser, faisant courir son pouce sur ses vertèbres qu'on aurait dit prêtes à percer sa peau fine et tendre. « Tu vas bien, » murmura-t-il dans ses cheveux, jetant un regard à Esmée qui pliait et dépliait nerveusement les vêtements de Brindille mis à l'écart. « Tu vas très bien. »

« Ok, » dit finalement Jasper. « Maintenant voici la question. Comment allons-nous procéder ? Penses-tu qu'elle va s'allonger tranquillement sur la table ? »

Edward haussa un sourcil. Non, elle n'allait certainement pas se coucher sur la table sans faire d'histoire, si l'expérience passée était un indicateur. Elle s'était assise sur ses genoux et sur ceux d'Esmée, mais avait refusé de s'asseoir elle-même sur la table. Et Jasper pensait qu'ils pourraient la faire s'allonger dessus ?

« Ouais, c'est un peu ce que je pensais. Alors que proposes-tu ? »

Eh bien, le sol était définitivement hors de question. Edward frémit à la pensée du genre de germes qui pouvaient se cacher sur le plancher du bureau d'un médecin, peu importe combien le personnel essayait de le nettoyer. En particulier le cabinet d'un pédiatre. Les enfants n'avaient-ils pas tendance à vomir beaucoup ? Il lança un regard impuissant à Jasper, et plissa les yeux en voyant l'expression sur le visage de son ami. « Non, » dit-il catégoriquement. « Non, je ne vais pas m'allonger avec elle par-dessus moi. Oui, elle dort dans mon lit, mais c'est là que je trace la ligne. C'est juste… malsain. Inapproprié. »

« La seule autre option que je vois est l'Ativan, » dit doucement Jasper.

« Non. »

« Edward, il n'y a aucune honte à admettre qu'elle ait besoin d'un peu d'aide chimique pour se calmer. C'est à ça que sert ce médicament. »

« Je ne vais pas la droguer ! » Pas après l'avoir vue à l'hôpital, terrifiée et droguée au-delà de la raison. Ce n'était pas juste. Elle ne pouvait pas consentir à prendre des médicaments, après tout.

« Elle a besoin d'un examen, et ce sont les deux options, » déclara Jasper. « Je suis désolé, Edward. Tu es son tuteur. Tu dois faire un choix. »

Edward détestait cette situation. Il la détestait complètement. Choisir entre ces deux options ne lui donnait même pas vraiment l'impression d'un choix. Elles étaient toutes les deux horribles, selon lui.

« Fais ce qui est bien pour elle, Edward, » dit doucement Esmée, serrant les vêtements de Brindille sur sa poitrine comme si elle cherchait du réconfort. « Qu'est-ce qui rendra ça le plus facile pour elle ? »

Edward enleva une main du petit corps de Brindille pour tirer violemment ses cheveux. « Bon d'accord, » dit-il, fermant les yeux très fort. « Mais juste un Ativan. Assez pour la garder calme, mais pas pour l'assommer. »

Jasper disparut une fois que les mots furent prononcés, et il revint avec un petit récipient de pouding au chocolat et une cuillère en plastique. Esmée prit une petite pilule de la bouteille dans son sac à main, et Jasper la dissimula dans une cuillérée de pouding.

« Edward ? »

Il détestait être celui qui allait la droguer, mais pour le moment elle ne voulait pas accepter de nourriture de Jasper. S'endurcissant, il prit la cuillère et l'offrit à Brindille.

Elle renifla précautionneusement la nourriture inconnue, levant les yeux vers Edward avec prudence avant d'accepter la bouchée. Une fois que la saveur frappa sa langue, elle avala rapidement et ses yeux se rivèrent sur la coupe dans la main de Jasper.

« Après, » lui promit Jasper. « Une fois que nous aurons terminé, tu pourras avoir le reste du pouding. »

Ce qui était bien à propos de l'Ativan, songea Edward, c'est qu'il agissait remarquablement vite. En moins de cinq minutes, elle s'affaissa contre sa poitrine, la tension fondant littéralement de ses muscles.

« Dépose-la maintenant Edward, » l'exhorta Jasper. « Voyons ce qu'elle va faire. »

Edward serra étroitement son petit corps relâché. « Je suis désolé, » murmura-t-il. « J'espère que tu pourras me pardonner, mais c'est vraiment important. Je te promets que je ne te ferais pas passer par là sinon. »

Brindille cligna des yeux d'un air endormi. Même un seul Ativan était clairement beaucoup pour sa petite corpulence. Ses yeux papillonnèrent quand il se leva et la déposa soigneusement sur la table recouverte de papier froissé.

« Shh, » l'apaisa-t-il alors qu'elle essayait de s'asseoir et tendait les bras vers lui. « Je suis juste ici, et Esmée aussi. Nous n'allons nulle part. » Il eut l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre quand les larmes jaillirent de ses yeux brumeux.

« Je vais la toucher maintenant, Edward. » La voix de Jasper était douce, apaisante et calme, mais Edward était tout sauf apaisé. « Tiens sa main ou ce que tu veux, et essaye de la distraire. »

Edward glissa sa main dans celle de Brindille, la pressant gentiment, et pressa son autre paume sur sa joue. « Tu vas bien, » dit-il alors même qu'il ne pouvait pas s'empêcher de regarder Jasper du coin de l'œil. Le cliquetis des étriers métalliques résonna fort dans la salle tendue, et il tressaillit. Brindille fit écho à son mouvement, et il entendit un autre gémissement s'échapper de sa gorge alors que Jasper plaçait d'abord une, puis l'autre jambe en position.

« Mauvais, » murmura-t-elle, sa voix rauque. « Mauvais. » Elle essaya de bouger ses jambes, mais la main de Jasper l'en empêcha. « Mauvais doc-docteur. »

Edward se pencha vers elle, fronçant les sourcils avec attention. « Jasper est un bon docteur, » dit-il prudemment. « Il veut t'aider. As-tu connu un mauvais docteur avant, Trésor ? »

« Mauvais docteur. » Les larmes qui menaçaient commencèrent à couler, roulant sur les coins de ses yeux et tombant dans ses cheveux. « Mauvais ! » Le médicament fonctionnait pour qu'elle n'ait pas une pleine crise de panique, mais elle n'était certainement pas contente de tout ça.

« Elle reste immobile, » dit Jasper. « Distrais-la, Edward, s'il te plaît. »

Se haïssant pour ce qu'il était obligé de faire, Edward laissa tomber son front pour qu'il repose contre celui de Brindille. Il pouvait sentir les chaudes pulsations de son souffle effrayé contre sa joue, et il aurait voulu pouvoir aider. Il aurait voulu pouvoir arrêter ça.

Un cri aigu quitta la bouche de Brindille et elle essaya de se raidir, mais son corps était sous le contrôle de la médication, pas sous le sien. Edward entendit un faible clic.

« Le spéculum est en place, » chuchota Esmée, sa voix dense d'émotion. « Jasper, s'il te plaît, fais vite. »

« Je vais faire aussi vite et être aussi doux que je peux, » promit-il. « Je ne tiens pas plus que vous à ce qu'elle soit mécontente. »

Edward resta là où il était. Il ne voulait pas regarder, ne voulait rien faire d'autre que d'apaiser la fille en détresse sur la table. Elle haletait, sa respiration rapide et tendue, ses cils balayant ses joues chaque fois qu'elle clignait des yeux.

« Oh, » dit Jasper après un moment. Le tintement de ses doigts gantés qui s'affairaient avec les instruments sur le plateau métallique fit à nouveau tressaillir Edward. Un instant plus tard, Brindille tressaillit à son tour. Elle tira brusquement contre Edward, poussant un petit cri.

« Mauvais ! » Insista-t-elle. « Edward, aïe ! »

« Je sais, » dit-il avec impuissance. « Je sais. » Que pouvait-il dire d'autre ? Que pouvait-il faire ? « Jasper, dépêche-toi bon sang ! »

« Il y a des cicatrices sur son col et il est enflammé. Je vais essayer de recueillir des cellules pour un test Pap*, mais elle saigne déjà. Je ne peux pas garantir que les résultats seront valides. »

Edward grinça des dents. Elle pleurait pour de bon maintenant, sanglotant en silence, et il savait que cela ne pouvait pas être plaisant même avec l'Ativan. « Essaye juste de te dépêcher, » plaida-t-il. « Elle en a assez. »

« Mauvais docteur ! » Répéta-t-elle à travers ses larmes. « Mauvais ! »

Et de quoi parlait-elle ? Avait-elle connu un docteur avant ? Un docteur qui lui avait fait mal ? Ou bien essayait-elle juste de dire à Jasper que c'en était assez ?

« Ok, » dit enfin Jasper. « Ok, j'ai terminé. »

Le corps de Brindille devint mou comme du chiffon quelques secondes plus tard, et Edward fit un effort pour se retourner. Il vit Jasper se tourner vers le plateau, et il ne put s'empêcher de contempler pendant un long moment le sang rouge vif à l'extrémité du spéculum en plastique transparent. Ce n'était pas… normal, n'est-ce pas ? Il savait que les femmes détestaient quand elles devaient subir ces examens, mais est-ce que c'était terrible à ce point-là ?

Lentement il ramena Brindille dans ses bras, s'asseyant sur la table et la laissant se recroqueviller sur ses genoux. Elle sanglota dans son épaule tandis que Jasper préparait l'échantillon. « Esmée, » dit-il, « il y a une réserve de protège-dessous dans l'armoire du haut. Tu peux en mettre un dans ses sous-vêtements, si tu veux. Elle va probablement avoir des pertes et des saignements aujourd'hui. »

« Compte sur moi, je connais le refrain. » La voix d'Esmée était serrée, remplie de compassion pour la fille dans les bras d'Edward. Elle appliqua le protège-slip dans la petite culotte et aida Brindille à la remettre sans un mot, mais Edward pouvait voir la ligne sévère et triste de sa bouche. Cette situation traumatisante était stressante pour tout le monde, pas seulement pour Brindille.

« Pourquoi saignait-elle comme ça ? » Questionna Edward, laissant Brindille blottir sa tête contre son épaule, se cachant dans son endroit préféré. « Est-ce que c'est normal ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Quelles cicatrices ? »

Jasper scella l'échantillon et mit le plateau de côté sur le comptoir pour s'en occuper ultérieurement. « Tiens, » dit-il, tendant le bras pour prendre un livre sur une étagère et le feuilletant jusqu'à ce qu'il trouve un schéma de l'appareil reproducteur féminin. « Ceci est le col de l'utérus, juste ici, entre le vagin et l'utérus. Il y a des cicatrices sur le sien, ce qui peut se produire lors d'interventions chirurgicales ou d'un traumatisme. Il y a également une inflammation, et il a saigné quand je l'ai touché. Je vais vous envoyer à la maison avec des antibiotiques juste au cas où, mais ces choses peuvent souvent arriver sans infection. Certaines femmes trouvent agréable de se faire heurter le col pendant les rapports sexuels, et d'autres sont beaucoup plus sensibles. Cette petite semble faire partie de la deuxième catégorie. » Il lança un regard de commisération à Edward.

« Tu veux dire que ces salopards l'ont baisée tellement fort qu'ils lui ont laissé des marques ? » S'enquit Edward.

« Je ne peux pas le certifier. Comme je le disais, ce n'est pas nécessairement un traumatisme. Une chirurgie peut provoquer des cicatrices. Certaines infections le peuvent aussi. »

« De façon réaliste, quel est le scénario le plus probable ? »

Jasper ne répondit pas.

« Et le saignement ? »

« Comme je l'ai dit, elle a probablement un col extrêmement sensible, mais une infection n'est pas à écarter non plus. Quand nous allons prendre un échantillon de son sang, je vais vérifier pour les infections sexuellement transmissibles – Carlisle ne l'a pas fait la première fois. »

Edward resserra ses bras autour de Brindille. La dernière chose dont elle avait besoin était qu'un sale enfoiré lui ait refilé une maladie vénérienne suite à un rapport sexuel qu'elle ne désirait même pas avoir. Ce n'était pas juste.

« Pauvre bébé. » Esmée toucha ses cheveux d'une main tremblante.

« Mauvais docteur, » répéta Brindille.

« Qui est le mauvais docteur, Chérie ? » Insista Edward en la sortant de sa cachette. « Allez, s'il te plaît ? Peux-tu m'en dire un peu plus ? Je sais que tu as été si courageuse aujourd'hui, Petite Brindille. Nous avons presque terminé, je le promets. »

« Je ne suis pas un mauvais docteur. » Jasper lui offrit le reste de la petite coupe de pouding.

« Mauvais docteur, » répéta Brindille une autre fois, regardant avec méfiance la gourmandise dans la main du pédiatre. « Docteur mauvais. »

« Docteur quoi ? » La pressa Edward, prenant la cuillère du pouding et l'amenant à sa bouche. Elle accepta la cuillérée venant de lui, faisant rouler la préparation chocolatée dans sa bouche pour en savourer le goût.

« Docteur mauvais, » réitéra-t-elle après avoir avalé. Elle regarda la cuillère vide dans l'expectative avant qu'une grimace ne traverse son visage et qu'elle presse sa main sur son bas-ventre.

« Il se peut qu'elle ait de légères crampes, » les avertit Jasper. « Ce n'est pas rare. Des Tylenol à croquer pour enfants devraient aider. »

« Je n'aime pas vraiment l'idée de lui faire ingurgiter tant de médicaments, » déclara Edward, même s'il savait qu'il n'allait pas garder les analgésiques loin d'elle. Pas même pour quelque chose que Jasper qualifiait de léger. Il prit une autre cuillérée de pouding dans la coupe et la lui donna pendant que Jasper préparait son bras gauche pour prélever un échantillon de sang.

Elle demeura relativement calme pendant la procédure, la plus grande partie de son attention centrée sur le pouding. Edward insista encore à quelques reprises pour qu'elle lui en dise plus sur le 'mauvais docteur', mais elle ne fit que répéter ce qu'elle avait dit avant.

« Je suis un bon docteur, » dit Jasper après avoir mis un petit pansement adhésif à l'intérieur de son coude. « Docteur Jasper, peux-tu dire ça ? »

Elle le regarda spéculativement. « Mauvais docteur. »

« Non ma mignonne. Je suis Docteur Jasper, le bon docteur. Je veux faire tout mon possible pour t'aider. »

Brindille tourna la tête pour regarder Edward pendant un long moment, puis elle regarda à nouveau Jasper. « Docteur Jasper ? »

Le visage de celui-ci se fendit d'un large sourire. « C'est exact. Le bon docteur Jasper. »

« Bon docteur Jasper, » répéta-t-elle, puis son visage se froissa en une grimace de dégoût. « Mauvais docteur Gerandy. »

*Un test Pap, aussi appelé frottis cervicovaginal, est un test simple qui peut aider à protéger contre un cancer du col de l'utérus. Le médecin utilise ce test pour permettre l'examen des cellules du col de l'utérus (partie inférieure de l'utérus) et le dépistage des cellules cervicales anormales avant qu'elles ne deviennent cancéreuses. Le test Pap permet de diagnostiquer un cancer du col de l'utérus à un stade précoce alors qu'il est encore facile à traiter.

Comme toujours, je tiens à remercier mon irremplaçable correctrice mlca66 pour son aide précieuse.

À bientôt

Milk