"Albâtre : sert à décrire les plus belles parties du corps de la femme" - Gustave Flaubert


Poudlard – 24 décembre 1998 – 23h56.

La neige tombait doucement à l'extérieur, recouvrant le célèbre château d'une fine couche blanche. Borée soufflait contre les murs de Poudlard et s'infiltrait parmi les fissures de la bâtisse. Dans ce sombre hiver où l'on ne distinguait qu'avec difficulté la silhouette de la lune, la Grande Salle ressortait parfaitement. En effet, le tracé de la pièce, grande aussi bien de l'intérieur que de l'extérieur, se dessinait parfaitement bien dans la pénombre grâce à la lumière éclatante des milliers de bougies.

Poudlard était plongé dans une ambiance festive en ce réveillon de Noël. La salle était décorée de fond en comble. Une douce lumière blanche s'était emparée des lieux et le ciel étoilé du plafond magique ne rendait le château que plus féerique. Les tables avaient été remplacées par une ribambelle de plus petites toutes rondes qui étaient dispersées de manière aléatoire dans la pièce. Les nappes blanches avaient quelque chose de scintillant et les grands chandeliers en leur centre donnaient une touche de grandeur qui approfondissait la beauté de la salle. Tout incitait à penser que le lieu n'était qu'un rêve. Les douze grands sapins marquaient la fête célébrée et ponctuaient le magnifique décor.

Lorsqu'il n'y avait pas les musiques servant à faire danser les jeunes, une douce mélodie de Noël imprégnait le château entier. Mais à ce moment précis, ce n'était pas le cas.
Les élèves et les professeurs défilaient sur la piste confectionnée spécialement pour l'occasion. C'est sur des chansons pouvant être aussi douces que rythmées que les âmes de Poudlard se retrouvaient.

Cependant, dans une inspection complète de cette joyeuse célébration, nous pouvions apercevoir, assis sur l'une de ces tables rondes, le trio d'Or qui observait la foule ; Harry regardait, envieux, la silhouette de Ginny danser au milieu de la cohue -il n'avait toujours pas fait le pas et restait toujours en retrait.
Ron avait les yeux qui papillonnaient légèrement à cause des boissons alcoolisées qu'il avait consommées toute la soirée, à l'insu des adultes présents. Parfois, il sombrait dans les bras de Morphée, mais sa tête vrombissante le réveillait sans cesse, le bruit autour de lui ne semblait pas l'affecter plus que dû.
Hermione jouait quant à elle avec un bonhomme de neige qu'elle avait recueilli de la table, il patinait auparavant et maintenant il s'amusait avec les doigts de la jeune fille qui le regardait faire avec un sourire.

Tout portait à croire que la soirée était ennuyante, mais loin de là. Ils étaient juste venus se reposer après avoir dansé sur la piste comme des fous. La soirée battait à son plein, les musiques défilaient comme les élèves. Les boissons voguaient entre diverses personnes, les éclats de rire et de chants complétaient l'euphonie de la Grande Salle.

Puis la chanson changea une énième fois, mais la musique qui s'éleva était de celle des douces. La plupart des élèves de la piste s'en allèrent se rafraîchir tandis que d'autres se retrouvaient sur la piste en compagnie d'un partenaire qui leur était plus ou moins proche.

Une lueur de déception brilla dans le regard émeraude d'Harry lorsqu'il vit Neville être au bras de Ginny alors qu'il se levait lui même déjà dans le but d'aller voir la jolie rousse.
Mais son regard se dévia presque automatiquement de sa dulcinée lorsqu'il vit sortir de la foule une tête blonde.

La silhouette élancée et fière de Drago Malefoy se dirigeait vers les trois amis. Aucun des deux autres ne l'avait vu, Harry se contenta de le regarder le plus méchamment possible ce qui se révéla être inutile étant donné que le jeune homme ne le regardait pas. Tout se passait assez vite, mais paradoxalement très lentement aux yeux d'Harry. Drago se posta devant Hermione qui daigna lever sa tête du bonhomme de neige. Elle observa avec dédain le blond, celui-ci ne s'en formalisa pas et tendit sa main à Hermione.

« – Tu voudrais bien m'accorder cette danse ? »

Aucun mépris, aucune haine, aucune moquerie. La demande était simple et sans arrière-pensée. Hermione s'empara de la main blanche de son rival après avoir observé la piste de danse et regardé une dernière fois le petit bonhomme de neige. Tout cela se passa avant qu'Harry n'ait pu protester : il lui semblait que depuis le début de la chanson, la situation lui échappait totalement, d'abord avec Ginny ensuite avec Herrmione.

Lorsqu'il vit le visage impassible, quoique légèrement rose de sa meilleure amie -il mit cela sur le compte de la chaleur ambiante- et voyant que celle-ci n'allait pas changer d'avis, il se leva, prêt à se mettre entre elle et Drago.

La Gryffondor ne fit pas attention à son ami aux yeux verts et déposa le bonhomme de neige sur la table. Le petit être animé patina sur la surface tandis que la brune suivait Drago sur la piste.
Harry, les yeux écarquillés au possible, regarda sa meilleure amie au bras de son pire ennemi. Il s'affala sur sa chaise, ses membres comme paralysés sous la surprise, l'idée de les suivre ne lui était pas venue à l'esprit, au lieu de cela, il donna un gros coup de coude à Ron qui sortit aussitôt de sa léthargie.

Ron et Harry fixèrent le nouveau couple qui se fondait parmi les élèves d'un mauvais regard ; tous deux étaient prêts à bondir au moindre faux pas du Serpentard.

Comme dit plus haut, tout se passa très vite et la musique n'avait commencé que depuis quelques secondes.

Drago tenait entre ses doigts la main d'Hermione et pendant qu'elle regardait ailleurs, il se prit à laisser, une fois de plus, son regard se balader sur la jolie brune. La robe rouge de cette dernière adoptait gracieusement le moindre de ses mouvements. Évasive, celle-ci se terminait à ses chevilles. Elle était en bustier et dégageait parfaitement le cou de la Gryffondor mis en valeur par le haut chignon qui retenait sa crinière brune et par le fin collier d'or.

Ils atteignirent bien vite le centre de la piste de danse sous le regard curieux des élèves qui évoluaient tendrement autour d'eux. Drago quant à lui devait fournir un effort incomparable pour ne pas trop fixer cette partie attirante de son corps qu'était son cou d'albâtre.

Pour changer ses idées, Drago posa sa main sur la taille de la jeune fille tout en la regardant dans les yeux ; au loin, Harry tressaillit. Hermione s'empara de la main en hauteur et posa la sienne sur son épaule ; Ron frissonna.

Leur danse commença.

Drago, lui, arborait un petit sourire qui aurait pu être idiot si son visage dur au naturel ne l'était pas, justement. Dans son esprit, tout s'embrouillait, il avait entre ses mains cette jeune fille qui avait attiré son attention il y a maintenant deux ans. Et le seul fait d'avoir pu l'emmener sur la piste de danse était une victoire en soi. Peu importait s'il se faisait repousser d'ici la fin de la soirée, il aurait le temps de rattraper le coup...

Hermione regardait Drago sans laisser la moindre émotion tandis que dans son esprit c'était la fête, cela faisait un bon moment qu'elle ressentait quelque chose d'autre que de la haine à l'égard du Serpentard. N'allant pas dire jusqu'à l'aimer, il était sûr qu'elle ne le détestait plus. Il y avait, dans son attitude, dans ses habitudes et ses manies, quelque chose qui avait changé au fil du temps, faisant ainsi passer le petit prétentieux à l'état de jeune homme intéressant et mystérieux. Un petit coup de foudre que sa fierté de lionne ne laisserait jamais éclater au grand jour. Bien qu'elle soit flattée qu'il l'ait invité à danser.

« – Pourquoi ? demanda simplement Hermione qui le foudroya du regard en passant. Étonné il lui répondit.
– J'en avais envie. »

Leurs pas étaient parfaitement synchronisés, leur duo pourtant improbable se fondait dans la masse et la musique les enivrait. Il leur semblait que les couples tout autour d'eux leur laissaient un petit espace d'intimité.

« – On n'a pas seulement "envie", rétorqua alors Hermione en regardant Neville et Ginny au loin.
– Tu as raison. »

De suite, la brune porta son attention sur Drago en arquant un sourcil. Elle plongea ses yeux dans ceux bien trop gris de son partenaire. Leur danse ne semblait pas avancer : le temps s'allongeait par malice. Ils n'étaient pas là depuis bien longtemps, mais Hermione commençait déjà à ressentir les tournis d'une danse beaucoup trop intense.

« – Alors pourquoi ? demanda-t-elle, voulant être la plus brève possible.
– Tu es trop curieuse, pourquoi devrait-il y avoir une raison précise ?
– Parce que tu viens tout juste de me le dire. Et nos deux identités devraient suffire pour se poser des questions.
– En effet, c'était à son tour de donner des réponses brèves. »

Il sourit face à l'entêtement d'Hermione. Ils tournaient, se mêlant à la foule de danseurs encore une fois. Ils se perdaient dans la marée. Non loin d'eux, Harry et Ron les observaient danser gracieusement au rythme d'une musique qui ne semblait pas prendre fin.

« – Je vais te dire un secret, Granger.
- Vas-y, on n'en est pas aux premières surprises.
- Je me suis épris d'une Née-Moldue... »

Il l'avait murmuré et Hermione se demanda si elle avait bien entendu. Elle semblait s'arrêter, mais Drago la ramena un peu plus près de lui et de ce fait ils continuèrent de valser. Elle regardait les yeux du blond et ils se fixèrent. Hermione cherchait dans l'expression du jeune homme un seul indice qui pourrait trahir un mensonge.

« – Hein ? dit-elle bêtement ne trouvant rien d'autre à lui répondre.
– Ne me le fait pas redire, tu as très bien compris, Granger, Drago leva les yeux au ciel étoilé de la grande salle.
– Tu es malade ?
– Sans doute, je me pose aussi la question, répondit-il très sérieusement en la regardant.

Hermione ne savait toujours pas comment réagir: arrêter de danser ou continuer pour voir où tout cela allait la mener.

– Ce soir, je t'ai vue, tu sais, continua-t-il alors, danser à ne plus t'arrêter avec différents partenaires de ta maison et même d'autres qui t'étaient inconnus, je parie. Ça m'a rendu malade de les voir tourner autour de toi, il raffermit sa prise en la rapprochant un peu plus de lui par le biais de sa taille.
– Tu ne vas pas bien, Malefoy. Tu as dû trop boire ou ... murmura-t-elle tout en rougissant de plaisir, l'orgueil tout de suite gonflé par les insinuations du blond.
– Granger, cette robe rouge te va à ravir, ton cou ne fait qu'attiser le regard, il se pencha et vint effleurer du bout des lèvres la peau satinée de la Gryffondor, celle-ci frissonna.
– Qu'est-ce que tu fais, essaya-t-elle de répliquer, au loin Ron avait les oreilles cramoisies et Harry regardait, choqué, la scène ne pouvant dire un mot et restant bêtement cloué sur sa chaise en fer forgé.
– Ton cou est un appel à la luxure à lui seul, Granger, chuchota-t-il sans se séparer de la peau blanche, il mordit légèrement, mais assez pour faire fermer les yeux de la brune.
– Arrête ça, Malefoy ! chuchota-t-elle à son tour tout en essayant de se séparer de sa prise et maudissant par-dessus tout la musique qui la narguait en s'éternisant.
– Ce qui m'étonne le plus, Granger, c'est que j'ai cru apercevoir de nombreuse fois dans tes yeux cette lueur d'envie lorsque nous nous confrontions. Tu ne faisais qu'attiser ma curiosité à ces moments-là... il mordit un peu plus et aspira sa prise assez fortement, elle tressaillit.
– Je te jure Malefoy que si tu n'arrêtes pas ça de suite ..., il s'arrêta et lui répondit.
– Tu feras quoi ? Si tu étais contre tout ça, tu me l'aurais fait voir mieux que ça ! Tu aurais refusé ma demande, tu aurais fui, tu te serais arrachée de mes bras ! dit-il en prenant un ton dramatique puis le blond réitéra son geste tout en gardant le corps de la jeune fille près de lui.
– Malefoy je t'en prie, arrête ça ! elle descendit sa main sur son torse et le repoussa, il recula à la plus grande surprise de la brune et il regarda avec satisfaction la marque rouge sur le cou auparavant immaculée de la lionne.
– Tu es mienne, Granger, dit-il en regardant les yeux noisette de la jeune fille.
– Tu divagues mon pauvre ! cette fois-ci elle était vraiment agacée par l'arrogance du Serpentard.
– Pourquoi avoir accepté de danser avec moi ? Pourquoi avoir accepté ça ? répéta-t-il en pointant la marque du menton.
– Je t'emmerde, elle esquissa un mouvement de départ.
– Et moi je t'aime. »

Elle stoppa tout mouvement à ce moment-là, il fut obligé d'en faire de même. La musique continuait cependant de s'élever, Hermione maudit celle-ci, une énième fois. Elle observa le blond et vit dans son regard une pointe d'amusement qui l'exaspéra plus qu'autre chose.

Pourquoi avait-il dit ça ? Ce pourrait-il qu'il l'aime vraiment ? Ou comme il l'avait fait remarqué précédemment, il avait remarqué qu'il ne lui était pas indifférent, il jouait peut-être. Ses yeux s'écarquillèrent tout de même à bien y repenser.

Drago Malefoy l'aimait ?! Elle allait parler et elle leva sa main en pointant un doigt sur lui, mais sa voix mourut dans sa gorge et son bras tomba ridiculement le long de son corps.
Rien n'était venu, elle ne savait pas quoi faire ni quoi répondre, elle semblait confuse. Drago la regardait depuis qu'elle s'était arrêtée. Il ne put que remarquer une nouvelle fois sa beauté. Son visage légèrement maquillé et rouge d'émotion.

Il leva sa main et vint caresser la joue d'Hermione. Il se pencha et la regarda encore une fois comme pour lui demander une autorisation.

Hermione resta muette et ne fit qu'un hochement de tête quasi imperceptible. Drago prit le visage d'Hermione en coupe et déposa ses lèvres sur les siennes. Hermione ferma les yeux se laissant submerger par les sensations que lui procurait ce simple baiser. Elle s'accrocha à la chemise du blond quand celui-ci força la barrière de ses lèvres. Elle sombrait petit à petit dans la folie de ce baiser qu'elle avait tant imaginé à contrecœur.

La musique s'était atténuée à ce moment-là et fut remplacée par une nouvelle valse un peu plus rythmée et sous les yeux des couples éberlués, Drago et Hermione restaient figés là, au milieu de la piste, s'embrassant ignorant parfaitement le monde qui évoluait autour d'eux.

Au loin, deux jeunes hommes avaient quasiment déboîté leur mâchoire, les yeux plus exorbités que jamais, ils regardaient Hermione dans les bras de leur pire ennemi commun. Ron s'effondra sur Harry et celui-ci lâcha son verre dont le contenu éclaboussa la robe de Ginny qui était venu le voir pour danser. En colère, elle le gifla et se contenta de partir.

Harry tourna sa tête désespérément vers la silhouette de la rousse qui s'estompa dans la foule et son attention arriva une seconde fois sur les deux élèves. La voix de Dumbledore s'éleva soudainement faisant ainsi sortir Harry de sa torpeur.

« – Joyeux Noël à tous !»