Bonjour à tous,

Après une année de travail extrêmement chargée (et où je découvre qu'avoir du temps libre est un luxe parfois rare), je profite de l'été et de temps devant moi pour me remettre à l'écriture… Quel bonheur, ça m'avait tant manqué !

Comme souvent, j'ai besoin de passer par des fics n'ayant rien à voir avec celles en cours pour me remettre dans le bain. Voici donc une fic, qui ne devrait pas être très longue, et qui, je l'espère, vous plaira. Promis, je n'oublie pas mes autres écrits, bien au contraire !

Disclaimer : la plupart des personnages appartiennent à J.K. Rowling.

Rating : K

Bonne lecture !


Lucky

Laisse la route défiler, les kilomètres disparaître derrière nous.

Laisse nos soucis derrière, et filons droit devant.

Le monde nous appartient. Nous sommes jeunes.

Jeunes, et chanceux.

Chanceux de pouvoir nous lever chaque matin sans nous préoccuper de survivre.

Chanceux de pouvoir respirer sans retenir notre souffle.

Chanceux de pouvoir être insouciants, tout simplement.

File, accélère, emporte-nous vers l'avant, vers l'avenir…

Laisse le vent emmêler nos cheveux, et ne râle pas parce qu'ils sont décoiffés.

Emmène-nous loin, sans nous préoccuper d'où.

Nous sommes chanceux. D'être ensemble. D'être deux. D'être trois, quatre, cinq… Freinons seulement pour embarquer à bord nos amis. Ceux que nous aimons.

Nous sommes chanceux, tu sais…

Chanceux de les avoir auprès de nous.

Chanceux de n'avoir pas peur de les perdre.

Chanceux d'être nés par temps d'accalmie.

C'est vrai, cette paix nous a donné soif d'ailleurs, d'aventure et davantage.

Mais même si nous sommes avides d'une vie pleine, nous n'oublierons jamais notre chance.

D'être là, à bord de ce voyage enivrant et étourdissant qu'est la vie.

D'être là, ensemble, sans que cela soit une faute.

Nous sommes nés sous une bonne étoile, Scorpius. Nous avons la chance d'avoir la vie devant nous. Ce n'est pas donné à tout le monde.

Alors cesse de froncer les sourcils parce que nos amis rient trop fort, et parce que je t'enlace trop souvent.

Nous sommes en vie !

Nous sommes heureux…

Nous sommes chanceux.

Chanceux d'être nous. Chanceux d'être deux. Chanceux d'être amoureux.

Alors laisse la vie nous emporter dans son tourbillon, et filons sans plus nous poser de question…

Vivons !

7 ans plus tôt

« Scorpius, je te déteste ! »

Le jeune sorcier blond leva un regard blasé au ciel, et se tourna vers la rouquine qui accompagnait son interlocuteur.

« Weasley, peux-tu, je te prie, dire à ton cousin de se calmer… »

« Même si je le lui demandais, il ne se calmerait pas. »

« Il est un peu excessif, non ? »

« Tu lui as cassé son Rapeltout ! » s'offusqua Rose Weasley, en prenant la main de son cousin dans la sienne, en signe de son indéfectible soutien.

Albus Severus Potter leva un regard empli de larmes vers l'autre garçon.

« Je venais de l'avoir pour mon anniversaire… »

Scorpius le fixa une seconde, puis s'adressa de nouveau à la jeune fille :

« Il pleure, maintenant… » La lassitude transpirait de chacun de ses mots.

Rose haussa les épaules.

« Tu te débrouilles. C'est de ta faute après tout. »

« Je lui ai dit pardon. »

« Ca ne répare pas tout. » asséna Albus, la lèvre encore tremblante.

Les yeux de Scorpius Malefoy glissèrent jusqu'au sol, où les morceaux de verre, éparpillés, semblaient lui renvoyer sa faute au visage, sévères.

oOoOoOo

« Tiens. »

Un bruit de papier qui se froisse, avidement.

Des yeux qui s'écarquillent. Etonnement. Bonheur.

Ca brille dans les prunelles, et c'est beau.

« Oh, c'est… »

« Oui. Parce que… bon, j'avais cassé le tien. »

« Oh. » Les yeux s'abaissent vers le paquet ouvert, puis remontent, brillant encore plus. Pleins d'un sentiment que Scorpius n'a jamais reçu en cadeau : la gratitude. « Merci Scorpius. »

Un peu embarrassé, un peu déstabilisé, Malefoy hausse les épaules. Hoche la tête en détournant le regard. Puis fait demi-tour pour repartir, sans s'attarder.

Dans son dos, il entend encore ces mots :

« Tu sais… c'était pas vrai, ce que je t'ai dit, l'autre jour. Je ne te déteste pas. »

Merci, pense le blond. Mais cette fois, il ne le dit pas.

Les grandes histoires commencent pourtant comme ça, parfois.

oOoOoOo

Des cris, des hurlements, des encouragements. La foule en liesse, suivant comme un seul homme les deux sorciers qui filent à vive allure, là-haut, sur leur balai. Filant, tendus vers un seul but, petite balle dorée fuyante et taquine.

Tout Poudlard uni dans l'allégresse d'un moment de sport, grandiose et léger.

Tout Poudlard, ou presque.

Les yeux bleus glissent sur le côté. De temps à autre. Reviennent parfois au match, sans le voir. Sans s'y intéresser vraiment.

Le Quidditch, il n'aime pas vraiment ça, Scorpius. Il n'aime pas monter sur un balai, de toute façon. Il a le vertige. Et puis, s'échiner à frapper dans des balles ou foncer après une bille d'or, il n'en comprend pas vraiment l'intérêt.

Mais il a quand même suivi ses camarades quand ils se sont tous dirigés vers le stade, en ce jour pourtant froid d'octobre. Le fait que ce soit le premier match qu'il voie de toute sa scolarité ne signifie rien pour lui. Il ne savait même pas quelles équipes allaient jouer aujourd'hui.

Mais il a quand même suivi le mouvement, oui.

Pour faire comme tout le monde.

Pour ne pas se faire remarquer.

Pour qu'on ne lui pose pas de question, après.

Pour « s'intégrer », comme lui ont demandé -supplié ?- ses parents, avant qu'il monte dans le train, il y a un mois et demi.

Mais, pendant que tous les sorciers dans les gradins s'époumonent, se donnent corps et âme dans ce match, lui regarde ailleurs.

Lui a de plus en plus de mal à détacher ses prunelles azur de ce livre, entre les mains de cet élève, assis dans cette tribune à sa gauche.

Assis, quand tous sont debout à suivre les attrapeurs du regard.

Cet élève, en train de lire, calmement, quand tous autour de lui s'agitent et hurlent.

Lui, dont le visage s'illumine soudain d'un mot capturé dans son ouvrage.

Lui, là, Albus.

Qui n'a pas l'air de s'intéresser au Quidditch plus que lui.

Alors, au bout d'un moment, Scorpius se renfonce dans son siège, et laisse échapper un léger sourire, à son tour. En se disant qu'il pensera la prochaine fois à emmener un livre, lui aussi.

oOoOoOo

« Monsieur Potter, un petit effort… Je suis persuadé que vous allez retrouver la liste des propriétés de la Potion de Misericordia. »

La voix du professeur est douce, pleine d'une patience et d'une indulgence écœurantes. Si Potter n'était pas Potter, on lui aurait déjà ôté des points.

Et Albus sait qu'il l'aurait bien mérité.

Parce que Rose lui a répété trois fois au dernier cours de noter la liste des devoirs à faire.

Parce que même son Rapeltout a brillé d'un rouge vif hier soir, pour lui rappeler qu'il oubliait quelque chose.

Et parce qu'apprendre cinq définitions pour aujourd'hui n'était pas si difficile, tout de même.

Il se sent rougir, Albus. Parce qu'il se sent honteux d'avoir oublié de faire son travail. Parce qu'il déteste par-dessus tout se faire remarquer. Et parce qu'il est le premier à penser que la gentillesse du professeur à son égard est profondément injuste.

« Chouchou, va… »

Une voix, derrière lui. Qui a raison, bien sûr.

« Lèche-cul. » Ca, c'est pas vrai. Mais Albus n'en voudra pas à l'élève qui a dit ça.

Parce qu'il comprend.

Et parce qu'il n'est pas rancunier, de toute façon.

oOoOoOo

« … cinq feuilles de basilic, trois cuillérées de poudre de cuir brun bouilli, trois tours de louche à gauche… »

« Moins fort, Al, je t'en prie. »

« Laisse-le, Weasley, il faut bien qu'il apprenne. »

« Ca m'étonne que tu prennes l'apprentissage d'Albus aussi à cœur ! » Rose Weasley jette un regard courroucé à Thomas Castfield qui vient lui aussi de parler trop fort au cœur de la bibliothèque.

Mais aujourd'hui, ses regards sombres n'impressionnent personne.

« Le professeur Twiggit nous a mis ensemble pour le prochain cours de travaux pratiques. Hors de question que j'aie une mauvaise note ! Allez, continue, Potter… »

Hochement de tête docile. Albus poursuit ses litanies, en suivant sur les lèvres de Scorpius, qui lui fait deviner les réponses.

Andrew North, camarade de chambrée du jeune Potter, calme son meilleur ami qui, taquin, veut encore titiller Malefoy.

« Thomas, dis… tu as fini ton devoir de botanique pour jeudi ? »

« Le devoir de… Oups ! » Quart de tête à droite, sourire enjôleur. « Rose, dis-moi, tu pourrais me… »

« Débrouille-toi tout seul, Castfield ! »

« Miss Weasley, silence au fond ! »

Rose devient écarlate, jusqu'au bout des oreilles.

Eclat de rire des garçons de sa tablée.

« Je vous déteste… » gémit-elle en cachant son visage dans ses bras croisés.

oOoOoOo

« Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire… Joyeux anniversaire Rose ! »

« Je vous adore, les garçons ! » Le visage de la jeune fille s'épanouit de plaisir quand elle reçoit des mains de Thomas et Albus la pile de livres entourés d'un immense ruban maladroitement ajusté.

Fébrile, elle défait le nœud, qui glisse au sol. Impatiente, elle n'attend pas pour feuilleter le premier ouvrage. Andrew autorise alors les autres à se servir du gâteau.

La salle commune brille de rouge et de tendresse, s'anime de rires et de chants.

Douceur d'un moment entre amis.

« Pourquoi suis-je ici ? » s'interroge celui qui, contrairement aux autres dans cette pièce, n'arbore pas une cravate de pourpre et d'or à son cou.

« Ben… tu es notre ami, non ? »

Les yeux bleus viennent percuter les prunelles vertes avec surprise.

« Tu crois ? »

Albus hausse les épaules, soudain aussi perplexe par cette question étrange que Scorpius a été décontenancé par les propos du petit brun.

« Je crois, oui. » finit par répondre Potter, au bout d'un moment.

oOoOoOo

« A partir de la semaine prochaine, vous retravaillerez de nouveau en solo. Nous aborderons le chapitre des potions de guérison, aussi je vous invite à jeter un œil ce weekend au paragraphe d'introduction… »

Scorpius ramasse d'un geste sec ses affaires, les fait tomber en vrac dans son sac, et quitte la salle de classe.

Albus, plein d'incompréhension devant tant de précipitation, a juste le temps de lui lancer : « A demain ! », que Malefoy a disparu de sa vue.

oOoOoOo

« Bonjour, Zabini. Je… Je, heu, je m'appelle Albus Sev… »

« Je sais qui tu es, Potter. »

« Ne lui parle pas, comme ça, voyons ! »

« Oh oh, et toi, tu es qui ? Sa petite amie ? Son dragon de garde ? »

« Je suis sa cousine ! Et je ne te permets pas de nous parler sur ce ton… »

« C'est pas grave, Rose. On va s'en aller. On dérange… »

« Mais non, Al… Attends ! Tu avais une question à lui poser. »

Les yeux noirs suivant avec curiosité les deux Gryffondors qui repartent déjà du couloir des Serpentards.

« Revenez ! » ordonne-t-il finalement, à sa propre surprise.

Albus et Rose se retournent. Attendent.

« Vous lui vouliez quoi, à Malefoy ? »

« Comment tu sais qu'on venait pour lui ? »

Un silence. Zabini n'aime pas cette fille. Elle a trop de répondant. Il a l'habitude d'avoir le dessus.

Le garçon hausse finalement les épaules.

« Si vous n'avez rien à me demander, je vous laisse… » La fuite. Pas glorieux.

Mais bon, il ne faut sans doute pas trop en demander à un Serpentard de onze ans, n'est-ce pas ?

« Albus, vas-y, demande-lui ! »

Le brun secoue la tête, puis remonte finalement jusqu'à la hauteur du métis, et lui tend la main.

« Tiens. Tu lui rendras ça de ma part. » Il fait demi-tour pour repartir, s'arrête, puis se retourne pour ajouter : « S'il-te-plaît. » Parce qu'il n'oublie jamais d'être poli, Albus Severus.

Rose écarquille les yeux, laisse passer son cousin sans un mot. Lance un dernier regard, plus incertain, à Zabini, puis finit par suivre Albus. Sans rien ajouter, cette fois.

oOoOoOo

« Tiens. De la part de Potter. »

Le Rapeltout passe de la main basanée à la main blanche.

« Tu n'as pas dit que j'étais là ? »

« J'ai rien eu à dire. » Zabini hausse les épaules. « La prochaine fois, trouve quelqu'un d'autre pour faire tes commissions. »

« Désolé, Zabini. »

Un silence. Le métis fait un pas. Revient à hauteur du lit de Scorpius.

« Ca me dérange pas, en fait, mais… Je sais pas. Tu devrais peut-être lui dire, non ? »

« Dire quoi ? A qui ? Potter ? Je suis mieux loin de lui. »

Un autre silence. Un haussement d'épaules.

« Ok, fais comme tu veux. Enfin bon… si tu veux parler, je suis là. »

Hochement de tête absent en réponse.

« Et puis, tu sais… tu peux m'appeler par mon prénom : Carmichael. »

« J'y songerai. »

oOoOoOo

Père,

J'ai bien reçu ta lettre. Je te promets que je n'ai rien fait ni dit de déplacé. Je suis parfaitement conscient de ta position, et de la situation de notre famille.

Je n'oublie jamais ce que tu m'as dit sur l'importance d'avoir les bonnes relations.

Mes relations avec le cadet Potter se sont limitées à des échanges scolaires. De même avec la fille Weasley. Ni toi ni mère n'avez à vous en faire.

Je reste votre fils dévoué,

Bien à vous,

Scorpius.

oOoOoOo

« Dis, Rose… J'ai fait quelque chose de mal ? »

« Comment ça, Al ? »

« Par rapport à Malefoy… J'ai fait quelque chose de mal ? »

Silence. Rose Weasley réfléchit toujours avant de répondre.

« Je ne sais pas, Albus. Je ne crois pas. »

Même si parfois, elle n'a pas la réponse.