Bonjour chers lecteurs,

Après tout ce temps loin de cette fic, quel plaisir de replonger dans les aventures d'Albus, Scorpius et leurs proches ! J'aime cette histoire avec infiniment de tendresse et d'affection, et j'espère toujours réussir à vous embarquer dans ce récit.

Nous approchons doucement de la fin, même s'il reste encore un petit bout de chemin à parcourir pour nos héros. Je vous invite à les suivre, en vous souhaitant un très bon moment de lecture.

Merci de votre patience, et de votre fidélité : )

Disclaimer : la plupart des personnages appartiennent à J.K. Rowling. Andrew North, Thomas Castfield et Carmichael Zabini sont des créations de ma part (que vous retrouverez comme personnages récurrents dans quasiment toutes mes fics sur Albus et Scorpius).

Dédicace : ma chère Ssounette, je voulais t'offrir cette suite après notre passage à Londres l'an dernier… mais malgré mon enthousiasme d'alors, ce n'est que maintenant que j'achève ce chapitre. Toutefois, le cœur y est toujours, aussi voici le message que je voulais (et veux toujours) te transmettre : C'est encore bien trop peu pour te remercier de l'incroyable cadeau que tu m'as fait il y a quelques mois, mais je te prie d'accepter cette suite en remerciement. Aller voir avec toi nos héros évoluer sur la magie des planches d'un théâtre londonien était un moment juste incomparable. Et au-delà de ça, merci d'être cette amie si magique ! Je ne sais pas si tu soupçonnes même le quart du bonheur que tu amènes dans ma vie, alors je vais le dire très simplement : merci.

Rating : K

Bonne lecture à tous !


Lucky

2 ans plus tôt

Cher Al,

Je suis bien désolé de ne pas être là pour fêter avec tout le monde ta rentrée dans ton école moldue. Comme tu le sais, j'ai dû partir dès cet été pour mon stage en Espagne. Et oui, en même temps, frérot, c'est la classe : trouver un stage immédiatement mon diplôme en poche, reconnais que j'ai du talent !

Je serai de retour pour les fêtes de fin d'année, mais tu peux m'écrire d'ici là, évidemment (mais ce n'est pas une obligation, tu fais comme tu le sens).

Je te souhaite bon courage pour ta rentrée. Tout le monde est fier de toi (surtout papy Arthur, tu penses bien : un lycée MOLDU, quoi !), alors fais de ton mieux et tout ira bien.

Des bises à tout le monde !

Ton grand frère (futur négociant en potions !)

James

oOoOoOo

« Tiens, Albus, montre-moi ta liste… C'est bien ce que je pensais. Il te faut un compas également. »

« Ah, ça j'en ai déjà un, monsieur. »

« Non, mais Al, celui que tu dois avoir est celui du cours d'Astronomie, je suppose. »

« Oui. »

« Il t'en faut un différent. Papa, tu sais dans quel rayon on va trouver ça ? »

« Évidemment. Suivez-moi les garçons… »

oOoOoOo

« Maman, c'est nous ! On est revenu des courses… »

Ginny sort de la cuisine en s'essuyant les mains sur un torchon. Elle adresse un grand sourire aux arrivants.

« Super, mon grand. J'ai préparé un gâteau pour le goûter… » Elle se tourne ensuite vers l'adulte qui vient d'entrer à la suite de son fils et de son camarade : « Monsieur North… Vous resterez bien pour prendre le thé ? »

« Oh, je ne voudrais pas vous déranger… »

« Allons, j'insiste. C'est la moindre des choses pour vous remercier d'avoir bien voulu accompagner Albus faire ses achats de rentrée… » Elle soupire, et ajoute : « Si j'avais pu, je l'aurais fait moi-même, mais je ne connais rien aux boutiques et articles moldus… »

« Oui, enfin, quand il s'agit d'aller faire les boutiques de fringues avec tante Hermione, bizarrement tu t'en sors très bien… » réplique son cadet depuis la cuisine, où il s'est déjà attablé avec Andrew.

Le père de l'adolescent châtain rit, et ajoute, tout en tendant sa veste à Ginny :

« Je vous comprends… Quand il s'agit d'aller acheter le matériel d'Andy sur le Chemin de Traverse, je laisse toujours faire ma femme. »

« Mon époux aurait tellement voulu accompagner notre fils pour ses courses, mais… le travail, toujours le travail. » soupire-t-elle, blasée.

« Allons, allons, ne vous en faites pas. Ça m'a fait très plaisir. Albus est un garçon adorable… et courageux. Ça n'a pas dû être facile de prendre la décision de laisser Poudlard pour venir étudier, seul, dans notre monde… »

Le visage de la sorcière rousse s'assombrit un instant, et c'est à voix plus basse qu'elle répond, en faisant attention à ce que les deux adolescents ne l'entendent pas :

« Je dois bien dire que je suis un peu inquiète… J'ai confiance en lui, bien sûr, et je suis fière du choix qu'il a fait. Mais… être loin de tous ses amis, tous ses proches, ça risque d'être… d'être si dur pour lui. »

L'homme lui tapote brièvement le bras, et glisse dans un sourire confiant :

« Votre fils est un garçon très courageux. Tout va bien se passer. Et puis, je suis sûr qu'il se fera très bien à notre monde… »

« Ah ça ! J'ai parfois l'impression que mon père lui a transmis son inénarrable passion pour le monde moldu. Je suis sûr qu'il est plus moldu que mon époux lui-même ! »

oOoOoOo

« Rosie, ma chérie… N'oublie pas qu'il faut qu'on passe chez Scribbulus te reprendre des parchemins. »

« Oui. Je crois d'ailleurs qu'ils font des promos sur les lots de 300 parchemins pour la rentrée… »

« Super. On t'en prendra cinq lots, dans ce cas. Hugo, tu as besoin d'un nouveau chaudron, il me semble… »

Hermione et ses enfants se glissent, avec une habileté née d'années d'expérience, dans la foule des sorciers qui envahissent les rues du Chemin du Traverse. Alors qu'ils passent devant l'apothicaire, Rose avise une pancarte faisant la réclame d'une réduction sur les sachets de graines de rosier du Sommeil.

« Oh, Al, regarde… C'est bien la plante que tu avais rempotée avec Ne… » Elle laisse sa phrase en suspens, quand elle réalise avec dépit que son cousin, pour la première fois en six ans, n'est pas avec elle pour les courses de rentrée. Son enthousiasme disparaît aussi vite qu'il était venu, et elle rejoint sa mère et son frère d'un pas traînant.

« Rose ? » l'interpelle une voix masculine.

La jeune fille scrute la foule du regard, avant d'apercevoir une tête blonde familière.

« Scorpius ! » Elle se précipite aussi vite qu'elle le peut auprès de lui, et l'enlace avec joie. « Ça fait plaisir de te voir ! C'était tellement bizarre de ne pas passer les vacances d'été avec toi… »

« C'est drôle de voir qu'on s'est vite fait à cette habitude… » reconnaît le jeune homme, avec un petit sourire en coin.

« Tu as bonne mine… C'était bien, l'Italie ? »

Le blond hoche la tête, et indique :

« Ça fait longtemps que ma mère rêvait d'y aller. Mon père s'y est plu. C'était… dépaysant. Pour nous trois. »

Rose, avec la perspicacité qui ne lui a jamais fait défaut, saisit le double sens de ce mot, et demande avec douceur :

« Pas trop étrange de passer tant de temps en famille, après tout ce temps ? »

« Si… » Il reste pensif quelques secondes, puis reporte ses prunelles azur sur la brune. « Bizarre, mais pas désagréable. En revanche… » Il s'arrête, soudain incapable de continuer. Il bat des paupières, pour chasser les larmes qui se sont glissées par surprise dans ses cils. Il fait alors mine de chercher quelque chose dans ses poches, pour ne pas laisser voir son trouble. Mais Rose le connaît trop bien, maintenant. Et il sait qu'elle a deviné ce qui le trouble.

« Tu lui as manqué aussi. » glisse-t-elle, tout en se penchant pour capter le regard de son ami.

« Rose, ma chérie ! Tu viens ? » l'interpelle sa mère, qui a fait demi-tour dans la foule en constatant que sa fille ne les suivait plus.

« Oui, j'arrive maman… » Elle affiche une petite moue embêtée à l'égard de Scorpius, qui se reprend alors et lui fait signe qu'elle peut y aller. La jeune fille se penche alors pour l'embrasser sur la joue, et lui demande avant de rejoindre sa famille : « On se voit demain soir chez les Potter, de toute façon ? »

Scorpius détourne le regard, ne répondant pas à son amie. Celle-ci fronce les sourcils, et attrape le bras du blond :

« Scorpius… Tu viens, n'est-ce pas ? » C'est presque plus un ordre qu'une question. « Tu ne peux pas le laisser partir dans son école sans le revoir au moins une fois… »

« Je sais, mais… Ça va être… si dur… »

« Justement ! Il faut que tu viennes demain. » Sa voix s'adoucit, même si elle parle avec cette fermeté qui la caractérise tant : « Scorpius, arrête de penser que ce n'est dur que pour toi. Quand je te dis que tu lui as manqué, c'est un euphémisme. Et si tu ne viens pas demain, tu lui briseras le cœur… »

Le regard désespéré que lui jette alors Scorpius la convainc qu'elle est peut-être allée trop loin dans ses accusations. Mais elle sait que Malefoy a parfois besoin d'être un peu secoué pour réagir.

Elle lui presse une dernière fois le bras, et ajoute avec un petit sourire tendre :

« Je dois filer. Mais je te dis à demain, sans faute… »

« Mais Rose… »

« Ce n'était pas une suggestion, Scorpius Malefoy ! » s'écrie-t-elle, tout en filant retrouver sa mère et son frère.

oOoOoOo

Harry circule entre les invités, un plateau de verres de jus à la main. Il s'arrête, un sourire amusé aux lèvres, devant Thomas et Carmichael qui regardent avec des yeux écarquillés la chaîne hi-fi high-tech flambante neuve qu'il a reçue à son anniversaire, un mois auparavant.

« Elle vous plaît, les garçons ? »

Castfield, détachant difficilement son regard de tous les boutons de l'appareil, lâche dans un souffle :

« A vrai dire, M. Potter, on ne sait même pas ce que c'est... Mais ça en jette grave, en tout cas ! »

Plus loin, membres de la famille et amis discutent sur les canapés dans un brouhaha joyeux et animé, tandis que les plus jeunes cousins s'amusent un peu plus loin, sur le tapis, avec le jeu de société sorcier « Vols à Gringotts » qu'Albus a eu en cadeau aujourd'hui.

Ginny et Molly sortent de la cuisine en demandant à la ronde si quelqu'un veut reprendre du gâteau d'anniversaire. Tous déclinent, repus, sauf Ron qui accepte avec joie la proposition, déclenchant les rires et moqueries des autres.

Le héros du jour est absent de la pièce, mais à ce moment-là, tous s'amusent tellement que personne ne s'en rend compte. Albus est monté dans sa chambre chercher son dossier d'inscription de son école moldue pour montrer les photos de son futur établissement à ses grands-parents, mais il n'est toujours pas redescendu. La raison en est Scorpius qui, immobile sur le seuil de la chambre de son ami, fixe le brun depuis dix minutes, sans trouver les mots pour lui parler.

Albus a patienté, à la fois heureux d'avoir enfin un moment d'intimité avec celui qu'il aime et qu'il n'a pas vu depuis près de deux mois, et compréhensif face aux hésitations du blond. Mais la distance que ce silence instaure entre eux finit par le mettre mal à l'aise, et il comble enfin les deux mètres qui les séparent, venant se blottir sans un mot dans les bras du blond.

Scorpius reste inerte quelques secondes, avant d'avoir un électrochoc en percevant un soupir réprimé d'Albus, et enlace alors avec force son compagnon. Heureux et rassuré de sentir enfin une réaction chez l'autre, Albus se blottit tout contre Scorpius, et lui murmure :

« Comment j'ai pu tenir si longtemps sans te voir ? »

« Pourquoi tu pars, alors ? »

Albus se recule de quelques centimètres du blond, assez pour que leurs regards se croisent, et avec douceur, il le supplie :

« Pas ce soir, je t'en prie. On passe un moment agréable, tous ensemble... Ne le gâche pas, s'il-te-plaît. »

Scorpius regrette aussitôt ses paroles, et embrasse avec passion Albus.

« Pardon... Je ne veux pas te blesser. »

« Je sais. »

« Tu vas tellement me manquer, c'est tout... »

Albus fait entendre un petit rire sans joie, puis indique :

« Quand j'ai été faire mes courses de rentrée, la première chose que j'ai achetée c'est un calendrier... pour rayer chaque jour jusqu'à nos retrouvailles. »

Scorpius sent une boule obstruer sa gorge à ces mots, mais il ne veut pas plomber davantage la soirée. Alors, il se penche, embrasse cette fois doucement Albus, puis lui murmure :

« Au fait, je crois que je ne te l'ai même pas dit... Joyeux anniversaire. »

« Merci. »

« J'ai... j'ai un cadeau pour toi. »

En voyant que son petit ami rougit en lui disant cela, Albus ouvre de grands yeux, étonné... et curieux. Malefoy farfouille dans sa poche, puis s'arrête, disant finalement, toujours embarrassé :

« Tu... Tu veux pas qu'on s'assoit sur ton lit ? »

« Oui, bien sûr. »

Une fois assis, Scorpius prend une grande inspiration, puis sort de sa poche une petite boîte entourée d'un grand ruban rouge. Il la tend à l'adolescent brun d'une main un peu tremblante, et balbutie :

« C'est... je... Si ça ne te plaît pas, je comprendrais parfaitement. Si tu veux autre chose à la place, quoique ce soit, surtout, tu me le dis, et... » Il se tait brusquement, constatant qu'Albus a ouvert la boîte pendant qu'il parlait et reste muet en fixant le contenu. Déglutissant avec difficulté, Scorpius ajoute, dans un murmure : « C'est... Ce n'est pas à ton goût, c'est ça ? Je sais, c'était complètement idiot de ma part de... »

« Tu me la mets, dis ? » demande simplement le brun, en posant sur lui un regard doux, et franc.

Scorpius respire plus doucement, et acquiesce. Il sort alors l'anneau d'or blanc niché au creux de la boîte, et prend la main gauche de son compagnon. Il lui lance un petit regard interrogateur, pour être sûr qu'Albus veuille le porter à l'annulaire.

Mais dans les prunelles vertes, aucune hésitation. Juste de l'émerveillement, et de la joie. Quand Scorpius lui a passé la bague, il lève sa main devant lui, et pousse un petit soupir de contentement.

« C'est comme Rosie... » souffle-t-il, à mi-chemin entre l'affirmation et la question. Il regarde ensuite Scorpius, qui ne fuit plus son regard et lui dit alors :

« Je... Je n'étais pas sûr que tu aimerais. »

« J'adore ! »

« Tu n'es pas obligé de la porter... »

« Pourquoi ? » demande alors Albus d'un air surpris et peiné. « Je... ça te gêne qu'on me voit avec ? »

« Non ! Mais je pensais que... que toi, ça te gênerait peut-être. » admet Scorpius.

Albus rit comme si le blond venait de lui sortir une bonne blague, et retourne à son admiration de son anneau. Soudain, ses yeux s'écarquillent, et il s'exclame :

« Oh... « AS ». Tu as fait graver mes initiales ! »

« Heu oui... Enfin, hem... nos initiales, en fait. Albus. Scorpius. » Il toussote, et ajoute : « Et ce n'est pas un métal simple. C'est un alliage mêlant de l'or blanc avec de la pierre de lune. Et un sort est jeté pendant la fabrication de ces bijoux... C'est un porte-bonheur, quoi. C'est censé te protéger. »

« Quand tu n'es pas là. » ajoute Albus. Devant l'air d'incompréhension de l'autre, le brun précise : « Cette bague me protégera quand tu n'es pas là. Mais quand tu es là, c'est ton rôle. »

Scorpius sourit, et reprend Albus dans ses bras. Il ressent toujours cette sensation de bonheur pur en sentant Potter tout contre lui, mais est déjà envahi d'un sentiment douloureux à la perspective de la rentrée qui approche. Les baisers de plus en plus pressants du brun lui font peu à peu oublier ses inquiétudes, et il s'allonge sur le lit, serrant toujours l'adolescent contre lui. Ses mains commencent à se glisser sous le pull d'Albus, avec hésitation, mais désir aussi, quand tout à coup ce dernier se redresse, s'exclamant :

« Oh, attends ! J'oubliais... Moi aussi j'ai un cadeau pour toi. »

Ravalant sa frustration, le blond se rassoit sur le matelas, et lance un regard désabusé au brun, qui est en train de farfouiller dans un sac perdu au milieu du bazar qui envahit son bureau. Albus revient vers lui en tenant un pot avec un petit arbuste planté dedans.

« Tiens. C'est un rosier. Pour que tu penses à moi. »

« Ah... Un de tes fameux rosiers du Sommeil ? »

« Heu... non. Un rosier, tout simple. Une plante moldue. » Devant l'air étonné et presque un peu effrayé de Malefoy, l'adolescent précise : « Tu devras en prendre soin, en attendant que je revienne... C'est un être vivant, tu sais... Je compte sur toi pour la protéger. »

Une fois de plus, comme trop souvent ces derniers temps quand il se trouve avec Albus, Scorpius est à court de mots. Il serre alors entre ses mains le pot en terre cuite, fixant les petits bourgeons. Ils lui paraissent si fragiles. Il se demande comment il va pouvoir réussir à garder ces fleurs en vie...

Cette simple responsabilité lui semble tout à coup trop lourde pour ses seules épaules.

oOoOoOo

Posant sa lourde malle sur son vieux lit aux draps verts, Carmichael demande, surpris :

« C'est quoi ce machin, Scorp ? »

« Sans commentaire, Zabini. »

Le sorcier métis s'avance et jette un œil par-dessus l'épaule de son ami :

« Depuis quand tu décores ta table de nuit de pot de fleurs, toi ? »

« Depuis que son mec s'est tiré loin d'ici pour sauter d'autres gars... Il se console en... »

« C'est une blague, j'espère. » coupe froidement Carmichael, lançant, tout comme Scorpius, un regard sombre à leur camarade de chambrée qui vient de parler. Les deux autres occupants du dortoir préfèrent, eux, prudemment battre en retraite vers la salle commune. « Quand bien même ça en serait une, d'ailleurs, elle est très mauvaise. » conclut avec raideur Zabini.

L'autre Serpentard, aussi grand et bien bâti que le métis, fait un pas en avant, et maintient son ton goguenard :

« Ben oui... J'ai entendu dire que Potter était parti chercher des culs moins coincés à... »

Le poing de Carmichael qui s'abat sans prévenir sur sa mâchoire fait ravaler au garçon la fin de sa phrase.

oOoOoOo

« M. Zabini... Dans mon bureau dès le premier jour ? » La voix de McGonagall trahit pleinement sa stupéfaction. Elle se tourne ensuite vers l'élève qui l'accompagne : « Et que faites-vous là, vous, M. Malefoy ? »

« J'ai ma part de responsabilité dans cette affaire. »

« N'importe quoi ! » s'emporte Carmichael « Depuis quand être amoureux est considéré comme un crime ? »

La directrice soupire, et tente de tempérer le métis qui paraît encore extrêmement remonté :

« M. Zabini, éprouvez-vous au moins du remords ? »

« Oh oui ! »

« Bon, c'est déjà ça... »

« Oui, je regrette vraiment de ne pas lui avoir davantage démoli la gueule, à ce connard ! »

oOoOoOo

Rose trempe sa serviette de table dans son verre d'eau fraîche, et tamponne la paupière enflée de son petit ami en affichant un air blasé.

« Ça fait un peu peur quand tu dis rien, ma puce... » tente de plaisanter le jeune homme, tout en esquissant une grimace au contact de l'eau glacée sur sa peau.

Autour d'eux, les Gryffondors déjeunent presque en silence, ce qui est tout à fait inhabituel chez eux. Ils semblent respecter l'ambiance sombre qui entoure le couple.

« Crois-moi, tu préfères que je ne dise rien... » soupire la jeune fille. Elle continue à soulager un moment l'œil au beurre noir de Zabini, avant d'ajouter entre ses dents : « Que veux-tu que je dise, de toute façon ? Tu as eu tort d'agir ainsi, et tu le sais. Et en même temps, à ta place, je crois que je n'aurai pas hésité une seule seconde à lancer un sortilège de Chauve-furie à ce... ce... »

« Chauve-furie ? » demande Andrew, intéressé.

Lily, assise non loin du jeune homme châtain, se penche vers lui et glisse dans un sourire malicieux :

« Un sort créé par ma mère alors qu'elle n'était encore qu'étudiante. Il paraît que c'est justement au programme des sixième année, de nos jours. »

« Pourquoi on ne l'apprend pas avant ? » demande Thomas, se mêlant à la conversation.

« Pour la même raison que Carmichael aurait écopé de plus de six heures de colle à récurer la volière si, au lieu de simplement envoyer un coup de poing à ce Serpentard, il lui avait jeté ce sort... » précise Rose d'un air entendu.

Castfield et North ne peuvent réprimer un frisson en entendant le ton implacable de leur amie.

oOoOoOo

Tenant son emploi du temps d'une main, tout en essayant de maintenir sur l'autre bras sa pile d'ouvrages et son sac de toile contenant une partie de son matériel pour les travaux pratiques, Albus lève le nez vers le panneau indiquant, à l'entrée du long couloir lumineux : « Salles 207 à 225 ».

« Mais heu... » gémit-il pour lui-même « Je croyais que j'étais au bon endroit cette fois. Y'a aucune logique dans cette école ! »

« Besoin d'aide ? » demande avec sympathie une voix derrière lui.

Le brun se retourne et accueille avec un sourire reconnaissant l'élève qui arrive :

« Ah, oui, avec plaisir... Je crois que je suis perdu. Je pensais pourtant avoir compris comment étaient organisés les bâtiments, mais... »

L'adolescent à la coupe blonde en brosse et au teint hâlé qui vient de le rejoindre éclate alors de rire et lui glisse, tout en prenant de la main d'Albus l'emploi du temps.

« Ne t'en fais pas, on en est tous passés par là. La configuration de l'école paraît simple, mais en fait c'est un véritable labyrinthe ! Tous les nouveaux se font avoir... »

Albus lui sourit en retour, et s'exclame :

« Je connais ça ! C'était pareil à Poud... » Il s'arrête juste à temps, se mordant la lèvre. L'autre lève un regard interrogateur vers lui, et il se corrige : « ... dans mon ancienne école. »

« Tu étais où ? »

« Oh, tu connais pas, j'imagine... Un collège en Écosse. »

L'autre hausse les épaules, et se replonge dans l'emploi du temps d'Albus. Au bout de quelques secondes, son visage s'éclaire et il indique :

« Ah ben oui... Tu t'es trompé d'étage, tout simplement. Il faut que tu ailles au bout de ce couloir, que tu descendes d'un demi-étage, et que tu empruntes ensuite la passerelle B10. De là, tu auras accès au couloir où se trouve ta salle. »

Albus pose un regard reconnaissant et admiratif sur le jeune homme, mais murmure finalement :

« J'ai rien compris... Tu ne voudrais pas m'accompagner, s'il-te-plaît ? »

Pour la deuxième fois en cinq minutes, l'autre éclate de rire, et lui réplique en lui donnant une grande claque dans le dos -ce qui manque de faire tomber tous les ouvrages et cahiers d'Albus :

« Tu me plais bien, toi ! Allez viens, je t'emmène... »

« Oh merci ! » s'exclame Potter en suivant l'autre dans la direction inverse qu'il avait prise au début. « Au fait, je suis Albus Severus Potter. »

L'autre lève un sourcil, mais ne fait aucune remarque sur l'étrangeté du nom de son nouvel ami. Il lui adresse un éblouissant sourire :

« Matt Inners. En deuxième année d'agronomie. Tu es dans cette section aussi ? »

« Non. Je suis inscrit en Culture et Aménagement des espaces verts. Je suis nouveau. »

« Ça, je crois que j'avais remarqué ! » s'esclaffe son aîné.

oOoOoOo

Au petit déjeuner, Scorpius est assis au bout de la table des Serpentards. Il fixe d'un œil morne son bol de porridge. L'appétit lui manque, et les murmures qu'il surprend parfois autour de lui n'aident pas à ce qu'il se sente d'attaque non plus ce matin. Il hésite presque à rejoindre Rose et les autres à la table des Rouge et Or, mais l'absence de Carmichael -qui effectue une de ses heures de colle ce matin-là- l'en dissuade.

C'est finalement l'arrivée du courrier qui va détourner son attention. Au moment où il reçoit l'enveloppe blanche, en plus du numéro du jour de la Nouvelle Gazette du Sorcier, il sent son cœur faire un bond dans sa poitrine.

Il a reconnu l'écriture petite et malhabile de celui qui occupe ses pensées à chaque instant.

Il repousse son bol, auquel il n'a pas touché, et abandonnant également là son journal, file hors de la Grande Salle, le précieux courrier pressé contre son cœur. Il court presque dans les couloirs de l'école, et quand il trouve enfin un renfoncement discret, il s'appuie contre le mur et décachette fébrilement l'enveloppe. Une seule feuille s'en échappe, où sont écrits quelques mots pleins d'enthousiasme :

Mon très cher Scorpius adoré,

Je profite du soir pour t'écrire depuis mon lit. Ma première semaine dans ma nouvelle école se termine. C'est super (même si je découvre encore), les cours ont l'air intéressants, les profs et les élèves sont sympas.

Le bâtiment est tout blanc, sauf la partie de l'internat où les murs sont gris et jaunes pâles.

A l'arrière, on a un grand champ, des serres, un verger et même une petite piscine.

J'ai mangé des cannellonis aujourd'hui à la cantine. C'est italien, il paraît (enfin, c'est ce que Dylan et Matt m'ont dit). C'est super bon, il faudra qu'on en mange un jour tous les deux. Mais je suis bête, tu en as peut-être mangé en Italie cet été.

Tu me manques. Beaucoup. Je pense à toi. Beaucoup (je voulais écrire "tout le temps", mais ce serait un peu te mentir, parce que j'ai quand même l'esprit très occupé par les nouveaux cours). En revanche, je t'aime tout le temps.

A très vite,

Al.

PS : merci encore pour la bague. C'est comme si tu étais tout le temps là avec moi.

PS2 : tu me manques.

PS3 : tu me manques beaucoup !

Scorpius relit trois fois la feuille. Il sourit. Il a les larmes aux yeux. Il la trouve belle, et bête en même temps, cette lettre. C'est du Albus tout craché.

oOoOoOo

« C'est qui, Dylan et Matt ? » demande Lily en fronçant les sourcils.

Thomas lui prend la lettre des mains pour la parcourir à son tour, tandis que Rose glisse :

« Mais enfin, on s'en fiche... Ce sont sûrement ses camarades de classe, peu importe. Non ? » demande-t-elle en se tournant vers Scorpius pour obtenir son approbation.

Avant que le blond ne puisse donner son avis, Castfield s'enquiert :

« Et on peut lire la partie que tu as soigneusement repliée, là ? » Mais sans attendre la réponse de Malefoy, il la déplie et parcourt avidement des yeux les mots tendres d'Albus qui concluent ce courrier.

Passant un bras autour de la taille de sa petite amie, Carmichael se penche en avant et glisse à l'assemblée réunie devant la cheminée des Gryffondors :

« Moi je suis persuadé que Scorpius aussi s'inquiète de savoir qui sont ces Dylan et Matt... »

« Allons ! Scorpius n'est pas comme ça... » le contredit Rose... avant de se taire en avisant l'air embarrassé qu'affiche le blond. Elle lui glisse alors : « Tu ne vas pas commencer à être suspicieux, quand même ? »

« Non, mais... »

« Il n'y a pas de « mais » qui tienne ! Albus t'aime, et il est fidèle, un point c'est tout. »

« C'est normal d'être méfiant... » contredit Carmichael, qui continue, ignorant le regard empli de reproches que porte sur lui Rose « Surtout quand on connaît Al... Si provocant, débauché, aguicheur... » Le coussin qu'il se reçoit en pleine tête de la part d'une Lily aussi mécontente qu'hilare le fait enfin taire.

En voyant que Scorpius rit, comme les autres, du portrait parfaitement inexact qu'il a brossé de leur ami absent, Zabini glisse à son camarade :

« Tu vois bien que tu n'as aucune raison de t'en faire... »

Malefoy finit par lui adresser un petit regard plein de gratitude, et Rose l'attrape par le devant de la chemise pour l'embrasser avec passion, finalement heureuse de son intervention.

oOoOoOo

Albus repousse sur son lit la longue lettre de ses parents, et sort de l'enveloppe le poster plié que son père évoque dans ce courrier. Il ne peut retenir un cri de joie en découvrant une grande illustration de son héros préféré en dépliant l'affiche. Immédiatement, il saute sur son matelas -le faisant grincer- et cherche l'emplacement idéal sur le mur jaune pâle pour y placer le poster.

Son voisin de chambrée rentre à ce moment dans la petite pièce, et s'exclame :

« Oh, tu décores un peu ton coin, Al ? »

« Dylan... Tu aurais de quoi fixer mon affiche ? »

Le jeune homme se dirige vers son propre coin de la chambre, et fouille dans un des tiroirs de son bureau :

« Oui, attends je dois avoir des punaises... Tiens. Mais... c'est un poster de Lucky Luke ? » Il semble déconcerté par ce choix de décoration.

Après avoir accroché l'illustration, Albus redescend de son lit et se recule de deux pas pour admirer son œuvre.

« Oui, j'adore ! » Ne sentant pas de réaction chez son camarade, il se tourne vers lui et questionne « Tu n'aimes pas, toi ? »

« Ben... J'aimais bien quand j'avais 10-12 ans. Je lisais les BD chez mon grand-père. Mais enfin... c'est plus trop de notre âge, tu ne crois pas ? »

Un peu perdu, Albus hausse les épaules, ne sachant que répondre. Il tourne la tête vers le lit de l'autre, jetant un coup d'œil aux photos de voitures et jeunes femmes à demi-nues, et soupire. Il aime bien Dylan, mais leurs goûts sont manifestement très éloignés les uns des autres.

oOoOoOo

Rose se penche sur sa gauche, et murmure pour ne pas déranger leurs camarades qui travaillent à la même table qu'eux :

« Tu as déjà répondu à Al, Scorpius ? »

Le blond repose le livre qu'il vient de finir de consulter sur la pile devant lui, et admet à voix basse :

« Non... Je sais pas trop quoi lui écrire. »

« Quoi ?! Mais... C'est ton copain, quand même ! »

« Oui, et alors ? »

Scorpius emprunte une feuille de parchemin à Castfield, assis en face de lui, et qui s'est endormi sur ses devoirs, bercé par la quiétude et la pénombre de la bibliothèque.

Rose fronce les sourcils et accuse :

« Et bien, tu dois avoir plein de choses à lui dire, à lui raconter... »

Le jeune homme hausse les épaules :

« Tu sais, quand on est ensemble, c'est plutôt lui qui parle. J'aime bien l'écouter... Et en général on se tient la main. C'est un contact qui nous transmet étonnamment l'un à l'autre beaucoup de choses. Quand je le serre dans mes bras, je sens sa chaleur, sa fragilité et sa force en même temps. Tu vois, quand on se regarde, on n'a pas besoin de parler : c'est comme si tout était dit dans nos yeux. » Il s'arrête, étonné de voir que Rose n'arbore plus une expression de reproche, et lui sourit au contraire avec tendresse. « Qu'est-ce qu'il y a ? » demande-il alors, plein d'incompréhension.

C'est Carmichael qui se charge de lui répondre, se penchant vers ses deux camarades avec un grand sourire :

« Et bien, je crois que tu le tiens, le contenu de ta lettre. »

« Pardon ? »

« Tout ce que tu viens de dire à Rose... écris-le à Albus. Je suis sûr qu'il sera super content de le lire. »

« Mais... Il sait déjà tout ça. »

« Et alors ? Ça fait quand même plaisir de se l'entendre dire. C'est important, parfois, de faire parler son cœur à voix haute. »

Ces propos plongent le blond dans une réflexion perplexe. Andrew, qui a entendu la fin de la discussion au moment où il revenait à leur table de travail, des livres pleins les bras, suggère :

« Et pourquoi tu ne prendrais pas des photos ? Si tu n'es pas trop à l'aise avec les mots, envoie-lui des photos. »

« Mais de quoi ? »

« De toi. De nous. De Poudlard... De tout ce qui peut lui manquer. »

oOoOoOo

« Et pour lundi prochain, je veux dix plans différents du réaménagement possible du verger. »

« Mais madame... On doit déjà rédiger un essai de quinze pages sur les différences entre plantes d'Amérique du Sud et celles d'Europe centrale... Vous vous rendez pas compte du boulot que ça représente ! »

« Et bien, pour vous donner le goût du réel effort, ce n'est pas dix, mais vingt croquis que vous me ferez. »

« Madame ! »

« Vous remercierez votre camarade Laxon, pour cela... »

oOoOoOo

La tête d'Albus heurte dans un bruit sourd son bureau. Il se réveille brusquement, perdu. Réalise qu'il s'est endormi quelques minutes sur ses devoirs. Il tourne la tête vers le coin opposé de sa chambre, constate que Dylan n'est toujours pas rentré. Le petit réveil posé sur sa table de nuit indique pourtant minuit et demi.

L'adolescent soupire, se disant qu'il aimerait, tout comme son colocataire, profiter de ses week-ends pour s'amuser. Mais chaque jour qui passe, il a l'impression de se noyer toujours un peu plus dans la masse de travail qu'il a. Et dire qu'il n'est dans cette école que depuis trois semaines...

Il se frotte les yeux, s'étire un peu, et joue machinalement avec l'anneau qu'il porte à la main gauche. Ce geste lui serre le cœur. Sentant qu'il ne sera plus capable de travailler avec efficacité ce jour-là, il décide d'aller se coucher. Par acquit de conscience, il programme son réveil pour huit heures le lendemain. Il compte travailler avec encore plus d'acharnement ce dimanche.

Un quart d'heure plus tard, il se glisse sous sa couette épaisse. Il a laissé allumée la salle de bains, prévenant, pour que Dylan ne se retrouve pas dans le noir quand il rentrera de son escapade tardive. Très vite, il sombre dans un sommeil sans rêve, épuisé.

Il ne dort que depuis quarante minutes quand son colocataire revient finalement dans leur chambre. Le bruit de la porte ne réveille qu'à peine le brun, qui se retourne vers le mur opposé, prêt à replonger dans un sommeil plus profond ; quand quelques chuchotements et rires étouffés se font entendre. Albus se glisse un peu plus sous sa couette, vaguement mécontent envers son camarade qui aurait pu finir son coup de téléphone avant de rentrer dans leur chambre.

Mais le bruit des ressors du lit et, quelques minutes plus tard, de gémissements difficilement réprimés, tirent finalement pleinement l'adolescent brun de son sommeil. Il réalise alors que, contrairement à ce qu'il avait d'abord cru, Dylan n'était pas au téléphone... mais en galante compagnie. Il n'ose se manifester pour se plaindre du bruit, car il suppose que les deux autres doivent le penser endormi.

Albus s'immobilise, confus et gêné. Il ne se représente que vaguement ce que Dylan et sa compagne peuvent être en train de faire, mais il ne peut nier que ce qu'il entend fait réagir son corps. Il plaque une main impérieuse sur son érection qui se manifeste contre sa volonté, espérant la faire disparaître de ce seul geste. Il ferme les yeux, très fort, et tente de se couper de l'environnement où il se trouve.

Malheureusement, la première image qui vient se glisser sous ses paupières est celle de Scorpius, lui souriant. Potter se mord les lèvres en sentant son sexe se gonfler un peu plus face à ce souvenir. Il enfonce la tête dans son oreiller, regrettant de ne pas pouvoir repousser sa couverture pour avoir moins chaud.

Seule la présence de Dylan, qui lui ne s'embarrasse pourtant pas de la présence d'Albus dans la chambre, empêche le brun de glisser sa main dans son pyjama pour s'offrir des caresses qu'il rêverait de se voir infliger par Scorpius.

Lui qui, quand il était à Poudlard ou même dans les bras de son petit ami, ne s'est jamais vraiment occupé de lui ainsi, physiquement... Voilà que c'est aujourd'hui que cette envie se fait aussi violemment irrépressible ! Aujourd'hui, alors que Scorpius est loin.

La vie est mal faite, parfois...

oOoOoOo

Malefoy savoure pleinement les moments de calme, seul. Il a toujours été un solitaire.

Mais depuis qu'il a rencontré Potter, et les autres, il a découvert également combien il pouvait apprécier la chaleur humaine.

Les jours passent. Albus est loin. Et peu à peu, Scorpius réalise qu'il a besoin d'être en présence de ses amis. Carmichael est souvent en tête-à-tête avec Rose, mais ils essaient tous deux d'être le plus souvent possible avec le blond. Ils comprennent, sans qu'il ait besoin de leur parler.

Mais pour Scorpius, c'est encore trop peu. La solitude n'est plus faite pour lui. Il en a pleinement conscience maintenant.

Alors, au bout de quelques -longues- semaine de cours, il se décide enfin à délaisser la table des Serpentards, lors des repas. Carmichael le faisait déjà ponctuellement, mais pour les Serpentards, c'était déjà un traître : il sort avec une Gryffondor. Malefoy, on le pensait encore ancré dans sa Maison. Alors, bien sûr, on chuchote dans son dos à cette décision. On le regarde en coin, surtout les Vert et Argent. Mais Scorpius ne s'intéresse pas à l'avis des autres -à part celui de ceux qu'il aime. Alors, il garde le cap.

A la table des Gryffondors, tous l'ont accueilli avec naturel et simplicité, sans lui poser aucune question.

Les professeurs, soucieux depuis toujours de l'entente entre les Maisons, et ayant remarqué ces dernières années le rapprochement entre les fils de deux anciens ennemis légendaires de Poudlard, ont approuvé tacitement mais avec un grand enthousiasme la décision du Serpentard. Il n'est bien sûr pas le premier adolescent à aimer se mêler de temps à autre aux élèves des trois autres Maisons, mais jamais aucun n'avait pris une décision si radicale.

Les directeurs de Gryffondor et Serpentard se sont même interrogés sur l'éventualité de changer cet élève de Maison. Mais Minerva McGonagall leur a rappelé que l'attribution avait été faite par le Choixpeau magique qui, lui, ne se trompe jamais.

A la table des Rouge et Or, aucun élève ne s'étonne plus en tout cas quand Lily, recevant du courrier, lit à Scorpius les lignes qui lui sont destinées -quand il ne reçoit pas directement des lettres de la part d'Harry ou Ginny. Même le très réticent Ron Weasley demande parfois à sa fille dans ses missives de saluer de sa part le jeune homme blond (il préfère en revanche continuer à faire comme s'il ne connaissait aucun Carmichael Zabini, ce qui contrarie Rose autant que cela la soulage, finalement).

« Tiens, c'est pour toi, Scorpius... » indique la cadette des Potter, tout en sortant une liasse de papiers d'une grande enveloppe et en les tendant au blond.

Ce dernier avale une rasade de jus et attrape les feuilles, surpris.

« Qu'est-ce que c'est ? » demande Thomas, toujours curieux, en se penchant vers son ami.

« Je ne sais pas... Ah si, c'est la documentation que j'ai demandée à M. Potter. »

« A propos de ton orientation ? » demande Andrew, à qui Scorpius en avait touché quelques mots un peu auparavant.

Carmichael cesse un instant de jouer avec une des mèches de cheveux de Rose et s'intéresse à la conversation, ouvrant des yeux ronds comme des soucoupes :

« Pourquoi... Tu veux être Auror ? »

A ces mots, Judy regarde Scorpius sous un nouveau jour, mais déchante aussi vite que ce nouvel engouement s'est emparé d'elle quand Malefoy précise, un peu gêné d'en parler devant tout le monde :

« Non... J'aimerai être diplomate dans les relations sorcières-moldues. » Si cette révélation désintéresse la superficielle Judy, elle provoque chez ses autres amis des sifflements admiratifs.

« Yahou, respect... » fait le métis. « Ce n'est pas rien, ça... »

« Je comprends mieux pourquoi tu as pris option Histoire de la Magie cette année. Personne de censé ne fait ça... sauf si ça sert pour son futur métier ! » glisse Castfield.

« Bravo, Thomas, tu viens de découvrir le principe d'une option... » se moque alors Zabini, mais sa petite amie intervient d'un ton détaché :

« Pas forcément... Ma mère avait pris toutes les options -sauf divination, je crois- quand elle était étudiante. Juste pour le plaisir. »

« Oui, non mais ta mère, c'est spécial... » note un de ses cousins, se mêlant à la conversation, avant d'esquiver avec habileté le quignon de pain que lui jette Rose à la tête.

« Mais n'empêche... Tu vas sûrement devoir poursuivre encore tes études après Poudlard, pour être diplomate ? » reprend plus sérieusement North.

Malefoy acquiesce, et Lily intervient, apparemment déçue :

« Mais alors... Tu ne vas pas t'installer tout de suite avec Albus, en quittant Poudlard ? »

« Quoi... Mais... heu, nous n'avons pas... Je... » balbutie le blond, pris de court. Il cherche du regard de l'aide auprès de ses autres amis, mais tous paraissent de l'avis de la plus jeune des Potter.

« Oui, c'est dommage... Ça repousse vos projets. » soupire Judy, qui aime quand les histoires d'amour ont un dénouement heureux.

« Bah, peut-être qu'Albus, lui, commencera tout de suite à travailler... Ce serait drôle que ce soit lui qui entretienne Scorpius ! » rit Thomas.

« Il ne va pas m'entretenir ! Et l'inverse n'arrivera pas non plus... » proteste Malefoy.

Lily fronce les sourcils, et accuse, autoritaire :

« Comment ? Tu ne veux pas prendre soin de mon frère ? Tu le laisserais dans le besoin ? »

« Jamais ! Mais... »

« Ça va, je te taquine ! » rit-elle « J'imagine bien que nos parents vous aideront à vous installer, de toute façon... »

« Arrêtez ! » s'écrie Scorpius, rouge écarlate. Son éclat ramène le silence autour de lui. « Albus et moi n'avons fait aucun projet de cette sorte... Nous... nous n'avons même pas fini nos études, enfin... »

Rose tempère alors, de son ton maternel et raisonnable :

« Oui, tu as raison. Il faut déjà finir nos études avant de se poser toutes ces questions. Mais... c'est important aussi de faire des projets pour l'avenir, tu ne crois pas ? C'est essentiel pour un couple. »

Scorpius pose sur la jeune fille un regard un peu perdu, un peu implorant, mais n'ajoute rien.

oOoOoOo

Au moment où il prend la direction de sa Maison, Scorpius entend Rose l'interpeller. Elle le rattrape en courant, et lui tend un paquet de parchemins.

« Tu n'as pas encore envoyé ta lettre à Albus, n'est-ce pas ? »

« J'allais justement l'expédier demain matin. » répond le jeune homme. Il jette un coup d'œil interrogatif à la liasse de feuilles.

« Super ! Tu pourras lui joindre tout ça ? On a tous écrit un petit mot... On s'est dit qu'il serait content d'avoir plein de lecture d'un coup. »

« Oh... Ok. Pas de souci, je m'en charge. » Il s'apprête à repartir, mais voit que sa camarade hésite à ajouter quelque chose. Il attend alors, sans la presser.

Rose finit par relever vers lui un regard décidé et lui demande de nouveau :

« Scorpius, dis... Ça ne me regarde sans doute pas, mais... C'est vrai qu'Al et toi vous n'avez pas encore discuté de votre avenir... votre avenir ensemble ? »

Le visage du blond s'assombrit, et c'est d'une voix un peu cassée qu'il explique péniblement :

« Et bien... non. Je crois qu'Albus est plus du genre à surtout vivre l'instant présent, donc je crois qu'il ne s'est pas trop inquiété du futur. Et moi... moi j'y pense, mais... Je suis pris entre mes obligations familiales, et ce que j'ai envie de faire. » Il lève un visage troublé vers la jeune fille, et avoue dans un murmure : « Je ne me vois pas vivre sans Al. Mais je ne sais pas encore si ma famille me permettra de faire ce que je veux... »

Rose l'observe un instant en silence, avant d'ajouter prudemment, en touchant affectueusement le bras de son interlocuteur :

« Je suis très attachée à la notion de famille, et je t'ai toujours encouragé à resserrer autant que possible les liens avec tes parents. Mais... mais l'amour qui te lie à Albus, c'est ce qui fera toute ta vie. Rien ne compte plus que ça... »

« Je sais... »

« Alors réfléchis bien à ton futur. A la vie que tu veux vraiment choisir... »

oOoOoOo

Au loin, des cris et des rires se mêlent aux sauts de ses camarades dans la piscine.

Le soleil brave l'automne, rendant estival ce dimanche d'octobre.

Assis à l'ombre d'un des arbres du verger, Albus repose sur ses genoux la cinquième feuille de parchemin qu'il a reçue. Il s'empare cette fois du paquet de photos, et les égrène avec un plaisir non dissimulé.

Il ne peut retenir des petits rires en y découvrant les grimaces de Thomas et Carmichael, et la bataille faussement enragée dans laquelle se sont engagés son chat et celui de Scorpius…

Il sourit avec plus de tendresse en dévisageant ensuite le bisou esquissé par toutes les filles de son entourage, serrées sur une même photo, et le petit salut que lui adresse Neville à la fin d'un cours de botanique...

Il ne peut retenir une exclamation inquiète en voyant un de ses cousins se prendre le souaffle en plein visage pendant un entraînement de Quidditch : mais le coquard s'accompagne d'un fou rire muet sur la photo suivante, et il se rassure…

Et puis, arrivé à la dernière photo, il sent son cœur se serrer tout en s'envahissant d'une douce chaleur. Entre ses mains presque tremblantes repose le portrait plein de douceur qu'un de ses amis a pris de Scorpius : son petit ami se tourne de trois quarts vers le photographe, un peu gêné. Toujours pudique. Mais si tendre en même temps.

Albus ne voit pas le temps passer, tandis que son regard embué se plonge dans les prunelles azur qui le fixent, par appareil photo interposé, depuis la lointaine Écosse. Plus rien ne compte, soudain. Ils sont là, ensemble, à se fixer. Unis.

Ensemble.

oOoOoOo

Le temps file, entraînant dans un tourbillon étourdissant et épuisant les élèves.

Devoirs.

Exercices.

Révisions.

Examens.

Et au cœur de tout ce savoir, pour Albus et Scorpius, l'envie surtout de se revoir.

De s'enlacer.

De s'embrasser.

De partager.

Avant de se laisser, de nouveau, entraînés par ce tourbillon répétitif et éreintant.

oOoOoOo

Albus lève les yeux de son devoir, jetant un coup d'œil à la photo de Scorpius, qu'il a encadrée sur son bureau, entre son pot à crayons et sa figurine de Lucky Luke que lui ont envoyée ses parents un mois plus tôt. Il y puise du courage, inspire un grand coup. Et se remet au travail.

oOoOoOo

Scorpius réussit à rattraper la pile de livres sur le bord de la table qu'un élève manque de faire tomber par inadvertance en passant trop près. L'autre ne s'excuse pas, mais qu'importe : le blond s'est déjà replongé dans sa dissertation. Le grattement frénétique de la plume sur le parchemin est la seule chose qu'il perçoit dans sa bulle de concentration.

oOoOoOo

Les mains dans la terre, Potter déterre, rempote, plante, fouille, défait, crée.

A genoux dans le potager, il esquisse un croquis appliqué d'un potiron, et ajoute quelques annotations. Il faudra penser à emprunter à Dylan l'encyclopédie des cucurbitacées. Son exposé sur les courges est dans moins de deux jours maintenant.

Un peu à l'écart du groupe de ses camarades pendant la visite du jardin à la française du manoir de Lancasford, Albus laisse son regard émerveillé se perdre dans les grandes pelouses aux formes géométriques, son imagination faire le tour des arabesques des buissons fantasques, ses envies s'enivrer des couleurs chatoyantes des parterres de fleurs élaborés…

Les yeux au ciel, Albus Severus Potter remercie le destin de lui avoir permis de venir ici, pour apprendre tant de choses, pour s'ouvrir à tant de perspectives. Pour lui avoir permis de trouver sa place.

Même si en son cœur bat toujours un vide. Mais il ne se plaint pas. Il sait que l'avenir ne se construit pas sans sacrifice.

oOoOoOo

Les yeux secs de fatigue, Malefoy lit une dernière page pour ce soir, parcourt un dernier paragraphe, note une dernière référence.

Juché sur l'échelle de bois solide de la section « Droit et réglementation internationaux » de la bibliothèque, il ne peut retenir un petit cri de joie en trouvant enfin l'ouvrage qu'il cherchait depuis des jours. Mme Pince sera ravie de savoir qu'il n'était pas perdu…

Sa bosse de l'écriture le lance un peu, mais qu'importe : Scorpius est si exalté par l'étendue et la complexité des subtilités du droit sorcier qu'il ne veut pas cesser de prendre ses notes. Et son parchemin, vite intégralement noirci de sa fine et belle écriture, vient s'amasser sur son résumé de l'histoire de la diplomatie moldue, et de son étude sur la notion de secret dans les échanges sorciers-moldus, alors que se perd quelque part dans le fatras de papiers une rédaction sur les assermentations des représentants du Ministère dans les délégations inter-espèces.

Quand le directeur de sa Maison vient en personne le féliciter à la fin d'un de ses cours pour l'excellence et le sérieux de son travail jusque-là accompli, Scorpius Malefoy accepte les louanges avec modestie, et beaucoup de recul.

Car il sait que le chemin est encore long pour devenir quelqu'un d'accompli. Quelqu'un capable d'assurer pleinement son avenir. Leur avenir.

oOoOoOo

Rose sourit.

« Merci de m'avoir accompagnée. »

Scorpius hausse les épaules.

« C'est normal. »

Elle soulève le sac contenant l'écharpe qu'elle a acheté pour son petit ami, pour Noël qui approche à grands pas.

« Sans toi, je n'aurais pas su quoi prendre. » insiste-elle.

Regard en coin de Malefoy, tandis qu'ils continuent à se frayer un chemin parmi les badauds de Pré-au-Lard.

« Je suis sûr que si. »

Les deux amis se jaugent du coin de l'œil, avant que la jeune fille ne rende finalement les armes. Elle éclate de rire, et admet :

« Oui, d'accord. Je n'avais peut-être pas réellement besoin de toi. Mais ça me fait plaisir de faire cette sortie avec toi. »

Malgré les années, Malefoy ne s'habitue pas encore tout à fait à la franchise pleine d'affection de ses amis. La sincérité de Rose le touche, lui fait presque mal en même temps tant elle lui rappelle la spontanéité d'Albus. Il se contente alors de hocher la tête, espérant que la brune saisira sans qu'il le dise combien, lui aussi, apprécie ce moment.

Rose est intelligente. C'est un fait admis depuis toujours. Et elle a au fond du cœur cette sensibilité qui lui fait toujours comprendre ce que ressentent ses proches. Alors, oui, elle saisit sans qu'il n'ait rien à dire.

Avec pudeur, avec douceur, elle se rapproche de son ami. Sans lui prendre le bras -Malefoy n'est pas friand des contacts physiques (à part avec Albus, sans doute)-, elle marche à ses côtés, ajoutant d'un ton plus bas, de confidence, d'écoute pleine de confiance :

« Et toi, que vas-tu lui offrir ? »

Scorpius sait bien qu'on ne parle plus de Zabini, en cet instant.

« Je ne sais pas trop… » Il jette un petit coup d'œil devant les vitrines qui se succèdent sur leur chemin, toutes plus colorées et attractives les unes que les autres. « Ce ne sont pas les idées qui me manquent. Il est facile à satisfaire, en général… »

« Mais tu as envie de lui offrir quelque chose de spécial, cette année ? » complète Rose, sans que cela sonne réellement comme une question.

La gorge du blond se serre. Il acquiesce.

La brune laisse passer un silence. Pensive. Puis elle glisse, prudemment :

« J'ai peut-être une idée pour toi… pour vous. Mais ce ne sera pas simple. »

Scorpius Malefoy est preneur. Parce que la difficulté ne lui fait pas peur, quand c'est pour Albus. Et parce qu'il sait, mieux que quiconque, que la vie n'est de toute façon pas simple.

oOoOoOo

Albus ouvre de grands yeux, surpris. Ravi. Pourtant il sait bien qu'il ne devrait pas être étonné que ses parents soient venus le chercher à la gare pour les vacances. Mais cela fait si longtemps qu'il n'a pas vu ses proches qu'il s'était fait une raison, pensant faire le trajet seul jusque chez lui.

Alors, ignorant ses nouveaux amis qui le saluent, ne songeant pas un instant au regard des autres, qui s'estiment trop grands pour faire comme lui, l'adolescent brun court et se blottit, presque avec violence, dans les bras que lui ouvrent Harry et Ginny. Au creux d'eux, il se sent bien. Déjà à la maison.

Ils restent si longtemps étreints tous trois que la gare se vide peu à peu, les laissant seuls sur le quai. Ils en riront, quand ils réaliseront. Et puis, quand ils chemineront jusqu'au parc isolé où se trouve le portoloin qui les ramènera non loin de chez eux, Albus marchera en tenant la main de ses deux parents. Comme un tout petit enfant. Profitant de ce répit dans sa vie de presque adulte.

Quand ils arrivent chez eux, Albus s'étonne, sans bien comprendre pourquoi. Et puis, il réalise vite. C'est calme. Trop calme.

Chez les Potter et les Weasley, ce n'est jamais complètement calme.

« Où sont Lily et James ? Et Teddy ? »

Ginny sourit, et répond tout en accrochant leurs manteaux aux patères de l'entrée :

« Au Terrier. »

« Ah, bien sûr... » Vu qu'ils fêtent toujours Noël chez ses grands-parents, cela ne le surprend pas. C'est juste qu'il est un peu déçu : il aurait aimé enlacer ses frère et sœur dès son retour. Mais Albus ne veut pas peiner ses parents, si gentiment venus l'accueillir, eux. Alors il ébauche un sourire en réponse à sa mère, et monte dans sa chambre poser ses bagages.

Alors qu'il atteint le haut de l'escalier, il entend son père l'interpeller depuis le rez-de-chaussée :

« Tu as le temps de prendre un bain et de te changer, si tu veux. »

« Heu, d'accord. » répond Albus, tout en entrant dans sa chambre. Il en ressort quelques secondes plus tard, sa valise encore à la main :

« Le temps avant de faire quoi ? »

Harry passe la tête dans la spirale de la rampe, en bas, et lui répond simplement :

« On a une course à faire, avant d'aller chez tes grands-parents. »

« Ah, ok. Je me dépêche alors ! » s'écrie Albus, ravi à l'idée d'accompagner ses parents choisir les cadeaux de dernière minute. Il adore cette douce frénésie qui monte, quand Noël approche.

oOoOoOo

Les yeux d'Albus s'écarquillent quand ses parents empruntent une longue allée bordée d'arbres. Il ne reconnaît absolument pas l'endroit où ils se trouvent, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils ne vont pas faire les magasins. Harry se retourne vers son fils pour lui faire signe de les suivre, et esquisse alors un petit sourire mystérieux. Amusé, et secret. Ce qui provoque un début de fou rire chez Ginny, qui intime cependant à son époux d'avancer au lieu de faire l'idiot.

C'est Albus, toutefois, qui se sent un peu idiot. Devrait-il savoir où ils vont ? S'agit-il d'une surprise ?

Depuis tout petit, Albus aime autant les surprises qu'il les craint. Il est toujours curieux de découvrir ce qu'on va lui offrir, tout en ayant un peu peur. Que ça ne lui plaise pas. Qu'il ne comprenne pas. Qu'il ne sache pas réagir comme on l'espère.

Albus Severus Potter n'est pas à l'aise dès qu'on attend quelque chose de lui. Souvent, il préférerait rester tranquille. Parfois, il aimerait bien juste qu'on l'oublie.

Mais bon, une surprise de ses parents, ça ne se refuse pas. Alors l'adolescent accélère le pas, un peu. Tente de cacher son anxiété sous un sourire.

Mais quand se découpe devant ses yeux ébahis un immense manoir, entouré d'un parc immense et boisé, le cœur d'Albus fait un looping dans sa cage thoracique.

Se pourrait-il que…

Ses parents accélèrent le pas, son père riant un peu nerveusement, à présent. Ginny prend la main de Harry, mais ne ralentit pas.

Est-ce que par hasard…

Mais l'adolescent comprend qu'il n'y a pas de hasard quand, après les trois coups donnés par son père sur la grande porte, c'est Scorpius qui vient ouvrir. Harry, Ginny et celui qui occupe la moindre de ses pensées se tournent vers lui, souriant. Heureux de leur surprise.

Albus Severus Potter comprend, oui, qu'il n'y a pas de hasard dans cet incroyable cadeau de Noël en avance.

Juste beaucoup d'amour.

Plus d'amour que son cœur, déjà gonflé à bloc, ne semble pouvoir en supporter.

oOoOoOo

Le silence.

Le crépitement des bûches dans l'immense cheminée.

Le vent, derrière les grandes vitres.

Le tic-tac de l'imposante horloge, à l'autre bout du grand salon.

Le cliquetis des cuillères dans les tasses en porcelaine.

Le froissement de la robe, quand Astoria change doucement de position sur son fauteuil.

Le toussotement discret, un peu embarrassé, de Harry.

Mais globalement, surtout le silence.

Le regard de Scorpius va d'Albus, qu'il se retient de dévorer des yeux, à son père, dont il craint la réaction, à Harry Potter, dont il cherche le soutien muet, aux deux mères, les seules qui sourient, paraissant à l'aise. Amusées, même, peut-être. Elles-mêmes balaient les convives du regard, les yeux pétillants, dans l'expectative d'un spectacle qu'elles espèrent réjouissant.

Albus, lui, a toujours les yeux écarquillés. Ses prunelles se posent sur chaque recoin de la pièce, sur chaque meuble, bibelot, tableau… Il découvre, il s'émerveille, il s'extasie. Oubliant presque qu'il n'est pas seul, ici.

Seuls deux regards ne se croisent pas. Ne fixent rien, ni personne. A part le fond de leur tasse.

Harry Potter et Draco Malefoy paraissent trouver un intérêt soudain et profond à leur thé chaud, les dispensant manifestement de faire le moindre effort de civilité en cet instant. Mais au moins, l'ambiance n'est pas tendue. Ni mauvaise.

Y a-t-il seulement une ambiance, d'ailleurs ?

Scorpius réprime un soupir. Il se sent un peu déprimé en cet instant.

Quand Rose lui avait proposé son idée, cela lui avait paru plus festif. Plein d'entrain. Ou même très animé, voire houleux.

Mais pas aussi silencieux, par Merlin !

Et soudain, au milieu de ce calme intransigeant, un bruit. Ça pouffe, d'abord. Puis ça glousse. Avant d'enfler pour devenir un rire difficilement contenu. Tous lèvent alors la tête vers Albus, qui leur tourne pourtant le dos. L'adolescent fixe un portrait, austère, accroché au-dessus de la cheminée, le dos secoué d'un fou rire à peine réprimé.

« Qu'est-ce qu'il y a, mon chéri ? » demande alors Ginny à son fils, timidement. Elle semble un peu embarrassée de briser le silence.

L'adolescent brun se retourne et glisse, les yeux pétillant d'amusement :

« Le monsieur, sur le tableau. Il louche. »

Comme un seul sorcier, tous lèvent les yeux vers le portrait. Le silence écrase la pièce, de nouveau.

Avant que la voix, glaciale et tranchante, de Draco Malefoy ne déchire l'air :

« Il s'agit de mon père, Lucius Malefoy. »

Les pommettes d'Albus ont la décence de se colorer de pourpre, et l'adolescent baisse le nez vers sa tasse, contrit. Les autres se taisent, gênés.

Avant qu'on n'entende un autre gloussement. Draco se tourne vers Harry, scandalisé. Harry se tourne vers Draco, amusé. Et ajoute :

« N'empêche, il louche, sur ce tableau, ton père. »

Astoria et Ginny se figent. Scorpius avale de travers sa gorgée de thé. Même Albus semble comprendre que l'ambiance est passée d'inexistante à extrêmement tendue en l'espace d'un instant.

Tous fixent Draco Malefoy, guettant sa réaction. Tous se préparent au pire.

Sauf Harry Potter, que tout cela semble finalement beaucoup divertir.

Draco plisse alors les yeux, fusillant du regard son ancienne Némésis, avant de fixer à son tour le portrait de son père.

Le silence. Total, cette fois. Tout juste si on entend encore le tic-tac de l'imposante horloge. Tous retiennent leur souffle. Tous attendent…

« Mince alors ! » lâche Draco, finalement. « C'est vrai qu'il louche ! »

Etonnant comme une simple phrase, comme la simple modulation d'une intonation, comme un simple haussement de sourcils peuvent soudainement détendre une atmosphère, et colorer un moment qui paraissait bien terne.

Les langues se délient, doucement les sourires affleurent, soulagés les mondanités s'engagent, légères.

Et les prunelles de Scorpius et Albus s'autorisent alors enfin à se croiser, s'accrocher, se noyer les unes dans les autres, s'enivrant de ce moment partagé, festif.

oOoOoOo

Noël a une magie bien à part. Inexplicable. Douce, entraînante, joyeuse, soyeuse. Une magie qui pétille et qui caresse, qui enveloppe et laisse groggy et béat. Une magie unique.

Pourtant, Noël n'est pas le théâtre de tous les miracles. Les Potter et les Malefoy, lors de ce petit goûter pré-réveillon, ne sont soudainement pas devenus les meilleurs amis du monde. Et Si Ginny et Astoria ont su animer de leurs bavardages gais et aimables les quelques heures partagées, Harry et Draco n'ont pas enterré autour d'un thé et de biscuits à la cannelle des années d'inimitié. Ils sont même restés plutôt silencieux. Comme leurs fils, d'ailleurs, qui se sont délectés en silence de ce moment rare -leurs deux familles réunies pour la première fois-, autant qu'ils n'ont cessé de craindre que tout dérape.

Ça n'a pas dérapé. Pas plus que cela n'est devenu un moment de communion touchant et salvateur.

C'étaient quelques heures douces, tièdes, sans éclat.

Quelques heures d'un entre-deux plutôt prometteur, à tout prendre.

Scorpius et Albus en ont été ravis. Ils n'en attendaient pas tant. Scorpius avait craint que tout cela ne vire au fiasco -surtout après avoir dû batailler de si longues heures avec ses parents pour obtenir la permission d'organiser cette rencontre- et Albus, ne s'y attendant pas du tout, n'avait rien espéré. N'y avait même jamais rêvé.

Alors, même si Noël n'a pas fait de miracle cette année-là, pour les deux adolescents, ce jour a eu une saveur particulièrement délicieuse. A part. Unique.

Tout comme le baiser qu'ils ont pu s'échanger rapidement, entre deux portes, au moment où leurs parents se saluaient cordialement avant que les Potter ne repartent.

C'était un baiser furtif, maladroit et empressé, solennel et un peu raté.

Mais cela leur parut à tous deux un baiser parfait.

Un petit cadeau déposé au pied d'un sapin imaginaire, pour un Noël animant leurs deux cœurs liés.

oOoOoOo

Les yeux de Rose pétillent, malicieux.

« Alors ? »

Les joues d'Albus se colorent, légèrement. Il détourne le regard, feignant d'admirer le sapin de ses grands-parents.

« Alors quoi ? »

« C'était bien, chez les Malefoy ? » Le ton est taquin, mais la sollicitude réelle.

Albus hausse les épaules. Feint une nonchalance qu'il n'a ressenti à aucun moment.

« Leurs biscuits à la cannelle ne valent pas ceux de mamie. Sinon, ouais, c'était sympa. »

Cette réponse fait éclater de rire la jeune fille. Elle prend alors son cousin par le bras, l'entraîne vers la cheminée qui, si elle n'est pas aussi grande que celle du manoir Malefoy, réchauffe le salon des Weasley avec bonheur, et s'exclame :

« Ok, tu veux rien dire ! C'est ton droit. Allez viens, on va installer les derniers paquets au pied du sapin... » Mais quand Albus relâche la garde, insouciant, elle lui murmure à l'oreille : « M'en fiche, je cuisinerai Scorpius à la rentrée pour savoir comment ça s'est passé ! »

Albus n'a pas le temps de répondre. Toute la famille est réunie, la fête peut commencer. Il y a un festin à dévorer, des cadeaux à déballer, et surtout du temps à rattraper. Jamais l'adolescent n'aura fêté Noël avec autant d'enthousiasme, frénésie et avidité.

Quand enfin le calme revient, tard dans la nuit, Albus et Rose s'accordent un moment, seuls tous les deux. Lovés dans le canapé, emmitouflés dans leurs nouveaux pulls tricotés, ils finissent une assiette de biscuits en fixant le feu, qui s'achève doucement dans l'âtre.

Les guirlandes du sapin clignotent encore doucement, apportant un peu de lumière dans la pièce sombre.

Fixant les monceaux de papiers cadeaux brillant et les rubans défaits échoués sur le tapis élimé, Albus murmure, un peu absent, encore bercé par cette fête qui peine à s'achever dans ce foyer plein d'amour :

« Qu'est-ce que tu as offert à Carmichael, pour Noël ? »

« Une écharpe. Scorpius m'a aidée à choisir. »

« Ah, cool. » Après un petit silence confortable, Albus demande encore, en piochant dans l'assiette qui ne contient maintenant que des miettes. « Et lui, il t'a offert quoi ? »

« Un livre. »

« Cool. »

« Et… et une première nuit d'amour. » lâche-t-elle dans un souffle indistinct. Comme son cousin ne dit rien, Rose ose tourner la tête vers lui. Albus la regarde, posant sur elle un regard si innocent que la jeune fille a autant envie de le frapper que de l'enlacer, en cet instant. Embarrassée, elle poursuit toutefois : « Tu… tu vois ce que je veux dire, non ? »

« Heu… pas vraiment non. » avoue Albus, qui réalise alors seulement qu'il était censé comprendre quelque chose. Cela lui avait bien paru un peu bizarre que sa cousine mentionne une nuit d'amour, alors que Carmichael et elle s'aiment depuis des jours et des nuits, mais bon…

« Je… Lui et moi, on a... » Rose fixe de nouveau la cheminée. Le sapin. Les emballages de cadeaux abandonnés. Est-ce bien l'endroit pour parler de ça ? Est-ce bien le moment ? En même temps, dans quelques jours, son cousin repartira loin d'elle. Et elle a besoin de se confier. A lui, qu'elle adore tant, et en qui elle a confiance. « Carmichael et moi, on a… fait plus que s'embrasser. »

Un petit silence encore, nécessaire pour qu'Albus comprenne enfin de quoi parle Rose. Vaguement.

« Ah. » se contente-t-il de dire. Y a-t-il quelque chose de particulier à dire, quand on vous avoue quelque chose de ce genre ? Des félicitations s'imposent-elles ? Ou faut-il rester un peu évasif, pudique ?

Albus Severus Potter n'en sait fichtrement rien ! Il se sent loin de tout ça. Loin, et en même temps parfois si près de ce désir, alors justement que Scorpius est loin.

« C'était bien ? » demande-t-il finalement. Parce que ça, c'est une vraie question qu'il se pose. A l'époque où ce sujet a commencé à affleurer à ses oreilles, à son esprit, il n'était pas bien sûr que ce soit quelque chose de si formidable que ça.

Et puis, il y a eu les baisers avec Scorpius.

Et quelques caresses.

Et il a trouvé que c'était la chose la plus merveilleuse au monde.

Mais plus ? Est-ce que c'est si bien que ça ? Est-ce que ça vaut le coup ?

« Oui. » La voix de Rose le surprend presque. Ce n'est pourtant qu'un murmure. Mais il était parti si loin dans ses pensées… La jeune fille sourit, doucement, et répète, en fixant le feu presque éteint avec les yeux qui brillent. « Oui. C'était bien. Je suis heureuse. »

« Cool. » Albus le pense vraiment. Il se sent à son tour heureux pour Rose, et pour Carmichael, et rassuré de savoir que l'amour sous toutes ses formes, ça vaut vraiment le coup.

Les deux adolescents se laissent de nouveau envelopper par la douce quiétude des heures qui suivent la fête. La magie est toujours là -elle ne les quitte jamais vraiment-, mais elle est plus douce et moins scintillante.

« Tu crois que moi aussi, j'aurais dû offrir ça à Scorpius ? »

Une inquiétude perce la voix d'Albus, et Rose saisit bien ce sentiment. Mais elle n'a aucune inquiétude, elle, ni aucun doute quand elle lui répond, avec assurance :

« Pas forcément. » Avec justesse, elle ajoute : « Il te l'a demandé ? »

« Oh non. » Un instant de réflexion. « Mais peut-être qu'il l'espérait. » Albus hausse les épaules, un peu perdu. « Je ne sais pas... »

« Mais toi, tu en avais envie ? »

« Je ne sais pas... » répète son cousin. Il en a déjà eu envie, oui, il le croit bien. Mais quand ils se sont retrouvés, il y a quelques heures ? Ils n'étaient pas seuls, leurs parents se rencontraient de façon plus officielle, il y avait l'émotion… « Je ne sais pas. J'aurais dû, tu crois ? » L'inquiétude monte, se fait pressante.

Avec calme, Rose posa la main sur le bras d'Albus, et se fait rassurante :

« Non. Il n'y a aucune obligation. Aucune règle. A part celle de ne le faire que si vous en avez tous les deux envie. Et que vous vous sentez prêts. Rien d'autre ne compte. » Elle sourit, et ajoute d'une voix douce : « Al… Prenez votre temps. Votre histoire est belle. Et unique. Ne vous comparez pas aux autres, ne faites pas la course avec eux. Rien n'a d'importance, à part ce que vous ressentez l'un pour l'autre. Aimez-vous à votre rythme. Rien ne presse. »

oOoOoOo

Non, rien ne presse. Rien d'urgent quand on s'aime.

La vie est là, à vous attendre, patiente. Et si le désir se fait parfois impérieux, pressant et impatient, les sentiments sont là, réduisant la distance, l'attente, le manque.

Rien ne presse. Demain arrivera bien. Et l'amour sera toujours là. Plus fort, peut-être. Plus entier, aussi.

Débordant, dévorant, il sera là.

Albus et Scorpius le savent.

Alors, ils patientent. Reprennent le chemin de l'école. Profitent de leurs amis. S'investissent dans leurs études. Se languissent l'un de l'autre.

Ils vivent, en attendant de se retrouver.

Ils vivent, sans jamais cesser de s'aimer.

Les jours défilent, le temps file…

Les heures s'égrènent, les mois disparaissent.

Le soleil perce, chassant les nuages.

Sans qu'ils ne s'en rendent vraiment compte, une autre année vient doucement s'achever.

Les rapprochant un peu plus de demain.

L'un de l'autre.