Titre : Taka.

Auteur : Yzanmyo & Lilicat.

Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masashi Kishimoto. Les idées et l'écriture sont de nous. Juré !

Genre : Angst. Romance. UA. Yaoi (HxH).

Rating : M. Attention, c'est mérité !

Pairing : Naru / Taka, Kaka / Chu.

Résumé : Taka savait déjà à quoi ressemblerait son avenir. Drogué, prostitué, il finirait la gueule dans le caniveau, comme tant d'autres avant lui. Jusqu'au jour où sa route croise celle d'un beau blond bizarre. Mais Taka est-il vraiment celui que le blond recherche ?

Avertissement : Présence de scènes choquantes, lemons, limes et autres joyeusetés... au fil de l'histoire.

Notes des auteurs : Les scènes de lemons, limes, ou trop choquantes, seront indiquées par le premier et le dernier mot en gras en temps utiles. On avait envie de l'un de nos chouchous au fond du trou mais qui continue à se débattre et essaye de survivre dans sa vie de merde et croyez nous, c'est vraiment de la vie de merde... voilà. Et au passage on vous a pondu un truc bien tordu comme on sait si bien les faire.

Pour tous ceux qui n'aiment pas les OC : Taka et Chu ne sont pas des OC. A vous de deviner qui ils sont.

Bonne Lecture, en espérant vous tenir en haleine !

Yzan & Lili.

PS : Nos efforts sont récompensés par vos reviews, alors ne vous privez pas !


~ Taka. ~

- Prologue : Vengeance et pouvoir. -

L'endroit était sombre, aucune décoration ne venait égayer les murs de béton gris, seul un haut plafonnier éclairait d'une lumière blafarde la table étrange qui trônait au centre de la pièce. Le plateau de verre, reposait sur un unique pied central en pierre sculptée. La sculpture représentait une sorte d'arbre mort, du creux duquel surgissait une tête presque humaine, presque parce que le visage comportait neuf yeux. Entre les dents trop longues qui dépassaient de la bouche se tenait un rouleau scellé. Deux mains humaines, au pied de l'arbre, se tendaient vers le ciel, les doigts dépliés, en une prière silencieuse à une divinité quelconque.

Douze chaises de bois brut entouraient la grande table étrange, chacune d'entre elles occupée par une personne différente. Leur seul point commun : une chevalière en argent aux armoiries noires sur fond rouge qu'elles portaient à l'annulaire droit. Se démarquant clairement du reste du mobilier, un grand fauteuil tendu de tissu rouge trônait devant la table, face à la porte. Les bords dorés du siège étaient finement sculptés, des représentations de démons courant sur les accoudoirs et le dossier, jusque sur le haut du siège. Un A entouré d'arabesques, moulé dans les dorures d'un demi-cercle servait d'appui-tête.

Assis, tel un roi sur son trône, l'homme écoutait d'une oreille attentive les rapports de ses subordonnés sur les activités de son "entreprise". Fils d'une prostituée, il avait grandi dans le ghetto, apprenant très vite à se débrouiller par lui-même pour survivre. Sa mère était bien trop occupée à se faire sauter et à se shooter pour se soucier de lui. A dix ans, il dealait; à quatorze, il tuait; à seize, il apprenait, par pur hasard, le nom de son père.

C'était suite à une bagarre ayant entraîné la mort "accidentelle" d'un fils à papa quelconque. Arrêté par la police, il avait subi les interrogatoires et les prélèvements divers et variés d'usage pour déterminer si oui, ou non, il était impliqué d'une façon ou d'une autre dans le décès prématuré du jeune homme de riche extraction. Lors d'un transfert entre la salle d'interrogatoire et sa cellule temporaire, il avait aperçu un homme d'un certain âge.

Cet homme l'avait marqué pour deux choses. La première : son allure. Vêtu d'un costume sobre, mais classieux, tout chez cet homme respirait la puissance et l'argent. La seconde : l'étrange ressemblance entre eux. En tendant l'oreille, il avait appris son nom, puis plus tard après quelques recherches, leur lien biologique. Cet homme... était son père ! Il n'avait alors voulu qu'une seule chose : le rencontrer et qu'il le reconnaisse.

Après quelques recherches et de nombreux essais infructueux, il s'était enfin retrouvé face à face avec lui. Il n'était pas naïf, il savait que dans la vraie vie cela ne se passait pas comme dans les films. Pourtant, quand son géniteur l'avait regardé de haut et froidement rabroué, il n'avait pu s'empêcher d'être déçu et blessé. Ce fut ce jour là qu'il prit la décision de devenir si riche et si puissant que celui-ci se prosternerait à ses pieds.

Connaissant bien le milieu, il ne lui avait pas fallu longtemps pour monter son "entreprise" et la rendre florissante. Il était intelligent, débrouillard et avait un excellent sens de la négociation. A vingt ans, il était à la tête d'une organisation générant des revenus plus que confortables pour lui. Il avait pu s'acheter la maison de ses rêves et s'y installer commodément. Au fil des ans, il avait diversifié ses activités, s'entourant de personnes de confiance sur qui il se reposait pour gérer les différentes branches de sa société lucrative, mais pas toujours du bon côté de la barrière.

Il était devenu riche et puissant, respectable grâce à son argent, mais ça ne lui avait pas suffit. Son père était mort sans jamais l'avoir reconnu, malgré ses diverses tentatives. Le fils légitime, son demi-frère, avait repris les rênes de l'entreprise familiale paternelle et lui, avait encore une fois été écarté. Il avait bien tenté des négociations à l'amiable avec son demi-frère, mais en vain. Bien qu'au jour d'aujourd'hui, il soit le chef suprême de sa propre société, respecté et craint par ses pairs, cela ne lui suffisait toujours pas. Cela ne lui avait jamais suffit.

Il voulait faire payer à ce fils de chien. Lui avait dû se battre pour survivre, ne mangeant pas tous les jours à sa faim, grandissant dans un milieu où la loi du plus fort était la seule qui comptait. L'autre n'avait rien connu de tout ça, il avait eu une famille, trois repas par jour, un lit confortable où se reposer, des vêtements propres, la facilité d'une vie dorée. Il devait payer ! Il devait payer pour toutes ces années dans la crasse des ghettos à lutter pour s'en sortir, pendant que lui vivait une existence tranquille et aisée ! Se penchant légèrement en avant, il interrogea ses subordonnés :

- A-t-on une réponse ?

Il n'avait pas besoin de préciser de quoi il parlait, tous le savaient. Depuis plusieurs mois, il menaçait l'autre de le ruiner s'il ne lui cédait pas la moitié de l'entreprise familiale, cette moitié qui aurait dû lui revenir.

- Comme d'habitude, répondit l'un des hommes assis autour de la table.

Un sourire machiavélique étira les lèvres fines du chef de l'assemblée.

Soit ce fils de chien ne le prenait pas au sérieux, soit il ne craignait pas de perdre sa fortune. Dans les deux cas, il avait tort. Ce qu'il voulait ce n'était pas sa fortune, ni sa société, ce qu'il voulait c'était le rabaisser plus bas que terre. Ce qu'il voulait c'était sa vengeance... Il jeta un regard dur à ses subordonnés et lâcha simplement :

- Ce soir.

Les douze autres personnes présentes dans la pièce hochèrent la tête dans un bel ensemble. Oui, ce soir, il aurait sa vengeance. Ce soir, il décimerait cette famille qui l'avait rejeté, il leur ferait payer à tous le prix de leur arrogance. Les autres se levèrent, sortant de la pièce pour préparer l'expédition nocturne. Aucun d'eux ne parla. Les désirs du chef étaient des ordres, les contester ne signifiait qu'une seule chose : la mort.

~oOo~

Les lourdes grilles en fer forgées s'ouvrirent, laissant passer une voiture noire à la ligne sportive. Il devina plus qu'il ne vit son demi-frère au volant, quittant la demeure familiale protégée par les haut murs de crépis blanc où habitait son père. La bâtisse, nichée dans un grand parc arboré, était à elle seule un signe extérieur de réussite et de richesse. Il serra les poings, s'abritant dans l'ombre de l'épaisse clôture. Lui sa première voiture, il l'avait volée à quatorze ans.

Depuis qu'il savait d'où il venait, il épiait de temps à autres ce qu'il savait à présent hors de sa portée. Son père le lui avait clairement fait comprendre, il ne voulait pas entendre parler de lui. Il enfonça ses poings dans les poches de son jean. L'injustice dont il était la victime le fit grincer des dents alors qu'il shootait dans un gravillon avec colère tout en repartant, à pied, marchant sur le trottoir propret de ce quartier huppé que pas même une crotte de chien ne salissait.

Et pendant ce temps, il avait vécu dans un tout petit appartement misérable, sa mère faisant défiler les hommes entre ses cuisses, à la maison ou dans les hôtels où ses clients l'emmenaient. Oh elle ne faisait pas le trottoir, encore assez jolie pour draguer dans les bars ou jouer les escort girl. Mais ça ne saurait tarder... Pendant que lui traînait dans la rue du quartier sale et crapuleux, fricotant avec le milieu. L'argent ne coulait pas à flot et il fallait bien payer les factures et se nourrir. Sa mère investissait une grande partie de sa paye en spiritueux et autres drogues.

Il y avait bien longtemps qu'il avait laissé tomber l'école, pendant que l'autre, le nanti, était allé dans le lycée le plus renommé de la ville et continuait ses études dans un grand établissement réputé. La jalousie gronda en lui comme une tourmente impétueuse. Pourquoi l'autre avait-il une vie si facile pendant que lui avait bouffé de la vache enragée tous les jours et s'ingéniait à survivre ? Pourquoi son père ne voulait-il pas le reconnaître et lui donner ne serait-ce qu'un peu de ce confort doré et de cette honnêteté auxquels il aspirait ?

Il avait observé de loin en loin tout ce qui lui échappait, et sa colère et sa soif de réussite n'avaient fait qu'augmenter. Il avait alors amassé patiemment son argent et les connexions louches. Lui aussi allait réussir, peu importait le prix, peu importait ce qu'il devrait faire. Tuer, faire chanter, manipuler, impressionner; ce n'était plus un problème depuis longtemps. Il y arriverait. Il le menacerait s'il le fallait, mais il voulait lui aussi appartenir à ce monde.

Petit à petit, il bâtissait son propre empire dans l'ombre, pour acheter cette "respectabilité" et ne plus jamais manquer de rien. Il n'avait aucun scrupule, rien ne se dresserait en travers de sa route. L'argent faisait tourner le monde, alors il aurait de l'argent, beaucoup d'argent. Son père ne pourrait plus le rejeter quand il serait son égal, qu'il serait riche et qu'il aurait réussi lui aussi. Vendre de la drogue, faire chanter des politiciens véreux qui aimaient un peu trop les petits garçons, abattre une cible ou une autre : tout serait bon pour qu'il parvienne à ses fins.

~oOo~

Les appliques diffusaient une lumière jaunâtre dans le couloir sombre et froid, éclairant les murs de béton gris dans lesquels s'alignaient des portes de bois sombre. Deux hommes marchaient côte à côte dans l'obscur conduit, l'ombre de leurs silhouettes, si différentes, se découpant à peine dans les halos blafards. Ils s'arrêtèrent devant une porte semblable à toutes les autres. Le plus mince des deux sortit un trousseau de clés de sa poche pour ouvrir un à un les nombreux cadenas et serrures qui maintenaient le battant clos.

Il poussa la porte en s'adressant à l'occupant de la pièce sécurisée :

- Tu as de la visite.

Puis sans un mot, il se décala pour laisser entrer l'autre homme, à la carrure rondouillarde accentuée par sa petite taille, qui passa devant lui sans un mot. Juste avant de refermer la porte, il jugea bon de rappeler à celui qui venait de pénétrer dans la cellule :

- Vous avez une heure.

Resté dans le couloir, il s'adossa au mur prés de la porte à nouveau close. Des cris et des pleurs enfantins ne tardèrent pas à retentir, lui soutirant un sourire. Il tira de sa poche une épaisse liasse de billets qu'il recompta soigneusement. Ce gamin plaisait beaucoup, il avait même énormément de succès. Lui-même devait honnêtement reconnaître qu'il appréciait beaucoup voir la peau si blanche marquer si facilement. Ce gosse était bien plus beau, de son propre point de vue, avec des bleus et des blessures qu'avec son épiderme lisse et laiteux.

Quand au reste... plus ce morveux, ce rejeton de cette dynastie fastueuse et pompeuse, serait souillé, et plus il serait lui-même vainqueur. Voir cette lignée, qui avait eu droit à tout alors que lui n'avait reçu que mépris, sombrer dans la déchéance humaine la plus sombre et la plus totale le réjouissait. Un sourire sardonique et satisfait étira doucement ses lèvres alors que ses yeux étincelaient d'un éclat qui aurait fait froid dans le dos à n'importe lequel de ses subordonnés.

Oui, il les anéantirait, il les exploiterait, il tirerait d'eux un maximum de profit. Son père et son demi-frère l'avaient rejetés, ne lui accordant pas la moindre importance, pas la moindre attention, pas le moindre crédit. Aujourd'hui tous deux étaient morts. Il était devenu la Némésis de cette famille qui lui avait craché au visage et lui avait tourné le dos. Et ceux à qui il avait laissé la vie sauve souffriraient autant que lui avait souffert, sinon plus. Ils expieraient au centuple et même largement au-delà pour son avanie. Il allait y veiller tout particulièrement.

Un cri déchirant, empli de souffrance, résonna, se répercutant dans le couloir, créant un écho angoissant. La voix enfantine se brisa et l'homme à l'extérieur de la pièce eut un rire diabolique. Il tenait sa vengeance ! Son père et son demi-frère devaient se retourner dans leurs tombes ! Ces fils de chiens payaient pour l'affront et le mal qui lui avait été fait ! Il roula soigneusement la liasse de billets en un rouleau bien serré qu'il entoura d'un élastique, puis il s'éloigna en chantonnant doucement, lançant son butin en l'air et le rattrapant d'une seule main. Que la vengeance était douce !

~oOo~

Il était rentré dans le restaurant le plus cher de la ville, un léger sourire carnassier étirant sa bouche. La réussite et l'argent, ça avait du bon. Celui qui disait qu'un bien mal acquis ne profitait jamais était un idiot ou alors il était l'exception qui confirmait la règle. La jeune femme qui l'accompagnait était resplendissante dans sa robe de grand couturier, et sa satisfaction augmenta quand le maître d'hôtel qui les reçut ne fit aucune difficulté pour leur trouver une table bien qu'ils n'aient pas réservés, obséquieux au possible envers lui, une goutte de sueur coulant sur sa tempe.

Il aimait cela : le pouvoir et l'argent... la réussite. Sa compagne portait en bijoux l'équivalent de tout ce que gagnait en une année ce mécréant qui les précédait. La paire de chaussures qu'il avait payée à sa dulcinée aurait suffit à racheter l'endroit. Une paire unique avait dit le vendeur quand il avait chuchoté le prix composé de beaucoup de zéros. Lui, il en aurait presque ri quand il avait aligné la somme en liquide, d'un simple claquement de doigts. Oui, être riche ça avait du bon, et ce qu'il y avait de bien avec les gros billets, c'était que ça n'avait pas d'odeur disait-on aussi.

Le maître d'hôtel les installa, la peur transpirant de plus en plus par tous les pores de sa peau. La jeune femme richement vêtue et parée s'assit avec grâce à la table, celui qui l'accompagnait allait faire de même en face d'elle quand il interrompit son geste, son regard devenant plus perçant et acéré. Elle tourna doucement la tête pour suivre la trajectoire des yeux aiguisés, mais ne vit pas dans l'assemblée du restaurant opulent et hors de prix ce qui avait pu retenir ainsi l'attention de celui dont l'aura sombre et imposante en faisait trembler plus d'un.

Son vis à vis se redressa dans son costume italien sur mesure, sobre mais impeccable. C'était elle qui choisissait quoi acheter, que ce soit des vêtements, des voitures, ou une résidence. Lui, il s'en moquait. Du moment que c'était cher, très cher, et que ça lui permettait d'afficher sa réussite et sa puissance, ça lui convenait. Il n'avait aucun goût pour ces choses-là, elle oui. Ils venaient tous les deux de la même basse extraction, mais avaient tous deux la même soif de réussite, à n'importe quel prix, par n'importe quel moyen.

Elle s'était payée son éducation, charmant des dandys qu'elle plumait littéralement, payant avec l'argent que ces "sugar daddy" lui donnaient pour les soirées, et parfois les nuits, qu'elle passait avec eux. Elle avait appris les bonnes manières, l'art du bon goût, la musique, la cérémonie du thé et faire des ikébanas, sans oublier les origamis. Cette dernière activité, elle l'adorait. Elle en avait même fait son passe temps favori.

Quand leurs routes s'étaient croisées dans les bas fonds, parce qu'ils fréquentaient et frayaient après tout dans le même milieu sombre et corrompu, ils avaient tout de suite accroché, reconnaissant chez l'autre cette même soif de revanche sur la vie. Aujourd'hui, l'organisation était bien établie et marchait bien. Ce qui au début n'avait été qu'un projet pour acquérir plus de puissance et plus de fonds avait peu à peu pris forme.

Elle avait pleinement contribué à l'échafaudage, mettant au service de cet homme son esprit féminin retors, en échange de quoi il l'avait protégée. Séduire les hauts placés corrompus, mettre en place peu à peu les fondations de l'organisation : certaines négociations passaient mieux avec une femme. Et, cet homme était un véritable archange de l'ombre, n'ayant aucun scrupule et les bonnes connexions. Les gens n'étaient que des pions qu'il prenait dans ses filets d'une manière ou d'une autre, accroissant son influence, bâtissant sa fortune.

Les différents réseaux avaient peu à peu pris forme et aujourd'hui gagnaient en importance, rapportant toujours plus d'argent. Assassinats, prostitution, armes, drogues, chantages et intimidations divers et variés : tout était bon pour étendre son empire, et mieux valait être avec lui que contre lui. Il ne s'embarrassait pas de sentiments et n'hésitait jamais à faire disparaître les obstacles quels qu'ils soient sur sa route. Il était fin stratège et extrêmement intelligent, peu de choses et peu d'hommes lui résistaient. En fait, elle aurait pu compter les soucis qu'il n'arrivait pas à résoudre,d'une manière ou d'une autre, sur les doigts d'une seule main.

L'homme quitta finalement leur table et s'éloigna d'elle, un air qui ne lui disait rien qui vaille sur son visage particulièrement dur et fermé. Quand il arborait une expression aussi froide et aussi ténébreuse, ce n'était jamais bon signe. Elle le suivit du regard et identifia enfin la cible de son compagnon. Un peu plus loin, l'un des fameux soucis, qui restait encore à cet homme puissant, dînait tranquillement à une autre table.

Le consommateur assis leva la tête à l'approche de l'autre et elle vit nettement, de là où elle était assise, le mépris et la froideur se peindre sur les traits de celui qui mangeait jusque-là. Elle savait parfaitement de qui il s'agissait. Elle le reconnut tout de suite : le père de son partenaire, son père biologique. Ce dernier reposa ses mains, tenant ses couverts, de chaque côté de son assiette et s'excusa envers sa convive avant de se lever.

Quelques mots assez vifs, qu'elle ne put saisir car trop loin, furent échangés entre les deux personnages d'envergure qui se faisaient face, l'un défiant silencieusement l'autre. Les mots étaient policés, à peine plus hauts qu'une conversation normale, mais aussi tranchants que des lames de katana. Le grand dirigeant, qui n'avait jamais cédé à la demande de reconnaissance, renouvela son rejet, drapé dans une aura si glaciale que plusieurs convives occupant les tables voisines s'étaient tus.

La jeune femme, joliment apprêtée et dont la silhouette gracieuse attirait les regards par sa beauté, vit le visage de celui qui l'avait accompagnée se charger de haine. Les traits si singuliers se durcirent et se déformèrent face à cet homme qui était son père et qui ne voulait pas l'admettre, ni l'accepter, comme faisant partie de sa famille. L'homme d'affaire habillé avec classe se rassit à sa table, mettant abruptement fin à la conversation, et ignorant celui qui se tenait toujours à ses côtés, véritable statue d'Invidia.

Il lâcha une ultime phrase, une seule, à ce père qui se permettait de le mépriser, encore, et de le dédaigner. Il lui dit qu'il le regretterait, et que sa vengeance n'aurait pas de limites, tout comme sa colère en cet instant. Son géniteur ne prit même pas la peine de lever les yeux vers lui et répliqua d'un ton polaire qu'il ne voulait plus jamais le revoir. Un rictus tordit la bouche de l'homme toujours debout et ses yeux brillèrent d'une lueur mauvaise. C'était sa dernière tentative pour obtenir ce qu'il voulait. A partir de maintenant, celui qui était assis là était son ennemi, et ceux qui s'opposaient à lui : il les détruisait. Il n'aurait plus de cesse que d'abattre cette famille, jusqu'au dernier, et de les faire souffrir.

Il s'éloigna et prit place en face de sa compagne, digne et compassé. Rien ne transparaissait de sa rage et de sa haine. Son père ne perdait rien pour attendre. A partir de maintenant, il allait agir et utiliser tous les moyens à sa disposition, et des moyens, maintenant, il en avait. La jeune femme délicate et précieuse qui se tenait, stoïque, de l'autre côté de la table, lui murmura quelques mots. Mais aucun baume d'aucune sorte ne pourrait jamais l'apaiser.

Sa mère était morte, et ce soir son père venait de lui déclarer purement et simplement la guerre, à lui, qui ne demandait pourtant pas grand chose. Il se promit que la prochaine fois qu'ils se reverraient ce serait dans un cimetière. Il irait cracher sur la tombe de cet imbécile trop têtu pour lui donner ce qui lui revenait; mais avant, il le briserait, il les écraserait, tous, jusqu'au dernier. Sa vengeance serait terrible, il se le promettait. Faire grandir l'organisation, la rendre encore plus lucrative et prospère, tentaculaire, devenir encore plus riche et puissant...

Il posa un regard dénué d'aménité sur la carte et commanda. Oui, son influence et ses réseaux allaient grandir et grossir, comme une araignée tissant patiemment sa toile... Et comme des pièces sur un échiquier, son père, son demi-frère et toute cette dynastie honnie tomberaient. Il n'avait jamais été du genre à s'embarrasser de sentiments. Son père, ce soir, venait de tuer sa dernière part d'humanité. Pour le meilleur et pour le pire, disait-on. Il aurait pu être meilleur si son géniteur lui avait accordé un tant soit peu d'attention et de reconnaissance. Maintenant, il serait définitivement le pire. Il allait devenir le pire cauchemar de sa propre famille...

~oOo~

Des hommes et des femmes hurlaient, encourageant les deux combattants au centre de l'arène. Celle-ci n'était en fait qu'un trou circulaire dont le sol avait été recouvert d'une fine couche de sable. Aucun moyen de sortir, deux combattants : un seul vainqueur. Les règles étaient simples : il n'y avait aucune règle ! Tous les coups étaient permis, jusqu'à ce que l'un des deux adversaire ne s'effondre sur le sol, dans l'incapacité de se relever. Les paris étaient déjà lancés. Lequel des deux remporterait la victoire ?

Ces combats étaient très prisés dans ce quartier où les distractions étaient rares. Le public hétéroclite était composé d'hommes et de femmes aux origines misérables. Il en avait profité pour amener quelques uns de ses meilleurs employés, les chargeant de détrousser la foule. Un rictus méprisant étira les commissures de ses lèvres en entendant les commentaires des gens qui l'entouraient :

- Ce gamin n'a aucune chance !

- C'est clair ! Regarde-le ! Il ne tiendra pas deux minutes !

Ses yeux se posèrent sur le plus jeune des deux combattants, un adolescent brun à la carrure fine et frêle. C'était sûr que face à l'armoire à glace qu'il devait affronter, il faudrait être fou pour lui donner la moindre chance. Mais lui savait. Il avait vite repéré le potentiel de ce gamin, et l'avait rudement entraîné, ne reculant devant aucune extrémité pour le pousser, pour qu'il soit à la hauteur de ses attentes. Un gong retentit et l'homme s'installa confortablement dans son siège, prêt à savourer le spectacle.

Le colosse se jeta sans plus attendre sur l'adolescent, son poing tendu vers la mince silhouette. Le jeune garçon esquiva avec souplesse et décocha en réponse à cette attaque un coup de pied étonnamment puissant dans le ventre de son adversaire. Autour de lui, l'homme entendit le public se déchaîner en voyant que l'armoire à glace grimaçait sous le coup de la douleur.

- Ouah ! Il a pas l'air, mais il est fort !

- Ouais ! Allez gamin ! Vas-y ! Démolis-le !

Les hurlements et les sifflets s'accentuèrent, créant une cacophonie assourdissante dans l'entrepôt où se situait l'arène. Des mains agitèrent férocement des billets sous le nez des bookmakers soudain débordés. Ce combat, semblant joué d'avance, prenait brusquement un tout autre tournant, ravivant l'avidité des parieurs. Le rictus de l'homme s'élargit. Grâce à ce gosse, il allait se faire beaucoup d'argent. Et tant qu'il le tenait bien en laisse, ce petit génie ne risquait pas de lui échapper. Il allait tirer tous les profits possibles de ce pantin doué qu'il avait rendu si docile.

Aussi intelligent et malin que soit ce gamin, il ne pouvait rien face à lui. Il comptait bien l'exploiter aussi longtemps que possible, peut-être même pourrait-il en faire l'un de ses subordonnés les plus haut placés. Il avait un excellent moyen de pression, après tout... et cet adolescent avait les capacités pour être un très bon associé. Quelle plus belle vengeance pour lui que de mettre définitivement à sa botte ce fils de chien ? De toute cette bonne éducation, il ne resterait plus rien. Il le façonnerait et le ferait sombrer si profondément que plus rien ne pourrait le changer.

~oOo~

Assis derrière un comptoir rutilant, un homme brun nettoyait avec minutie une arme à feu. Il aimait les armes, il en avait une collection impressionnante. C'était lui qui était en charge de l'armurerie de l'organisation. Il souleva le cache-oeil qu'il portait sur l'œil gauche, pour mieux voir les détails de son travail. Un ricanement lui échappa. Les autres, cette bande d'imbéciles, croyaient qu'il en avait perdu l'usage suite à un accident de tir. L'arme de mauvaise qualité lui avait explosé entre les mains, brûlant tout le côté gauche de son visage au passage et lésant atrocement sa pupille.

Mais en fait, pas du tout. A la place de son œil perdu, il s'était fait greffer un œil bionique qui lui permettait de voir à travers tout ! Absolument tout ! Aucun mur, aucun revêtement, aucune pierre, ne l'empêchait de voir ce qui se passait de l'autre côté. C'était bien pratique pour surveiller les agissements de ces pauvres fous. Contrairement à ce qu'ils pensaient, le chef suprême c'était lui. Pas l'autre, lui. L'autre n'était qu'un vulgaire pantin entre ses mains. Rien de plus !

Il l'avait laissé assouvir sa vengeance, mais ce n'était pas son objectif. L'autre n'avait que des ambitions minables. Être reconnu ? Quelle blague ! Lui, visait plus haut, beaucoup plus haut. Il voulait être le Maître du monde ! Il avait d'ailleurs déjà commencé à s'allier avec les extraterrestres et les forces occultes. Bientôt, il serait à la tête d'une armée entière d'aliens surpuissants et d'êtres surnaturels invincibles. Il lancerait alors l'offensive pour renverser le monde actuel et mettre tous les hommes à sa botte.

Un rire hystérique retentit de l'armurerie jusque dans le couloir, faisant frissonner un jeune homme blond aux longs cheveux. Il fusilla des yeux la porte entrouverte et passa son chemin en maugréant sur "ce frappadingue qui jouait au pirate avec son cache-oeil ridicule". Il arpenta les couloirs sombres de l'endroit, râlant contre ce psychopathe qui se prenait pour le chef. Comme si un vulgaire armurier pouvait avoir la moindre importance.

De plus, crime suprême, ce fou n'avait jamais accepté ses suggestions en matière d'armement. Lui préférait les bombes en tout genre plutôt que les misérables armes à feu ou armes blanches qu'affectionnait tant ce débile. Une bonne explosion, y'avait que ça de vrai. C'était tellement beau que s'en était de l'art ! Et l'autre qui s'extasiait sur un vulgaire pistolet. Quel inculte ! L'art... c'était cela qui faisait tourner le monde. L'art et l'argent...

C'était bien pour ça que quoi qu'en disent les autres, pour lui, l'unique chef qu'il acceptait de reconnaître, c'était le trésorier de la société. Celui qui tenait les cordons de la bourse, tenait les rênes de l'organisation. C'était tellement évident ! Il hâta le pas vers sa destination. Il avait justement rendez-vous avec lui pour lui apporter ses recettes de la semaine. Les bars à putes dont il avait la gestion marchaient très bien, et cette idée de soirées à thèmes avait été un véritable succès.

Avant d'entrer dans l'organisation, il vivait à l'orphelinat. Peu aimé de ses comparses, il fuguait régulièrement et allait traîner dans les quartiers pauvres de la ville. C'était lors de l'une de ses "promenades" qu'il avait rencontré un frêle gamin, doué en chimie et aux cheveux roux. Les deux s'étaient longuement disputés sur l'utilité de la chimie. Lui n'y voyait que l'intérêt de créer des bombes plus puissantes, l'autre ne voulant que créer des drogues et des poisons toujours plus efficaces.

Ils avaient intégré l'organisation ensemble, suite à une rencontre avec un type aux allures de serpent. Après un temps "d'adaptation" où ils avaient été enfermés dans une cellule minable, le soi-disant chef les avait marqués, puis ils étaient allés sur le terrain. Ils avaient gravi les échelons, jusqu'à être aujourd'hui parmi les douze membres les plus proches du pouvoir ultime. Chacun dans leurs domaines, ils étaient devenus des "grands" de la société et accessoirement amants aussi. Mais bon, ça c'était un détail qui n'avait de sens ni pour l'un ni pour l'autre. Ils ne se privaient jamais d'un petit plaisir extra-conjugal quand ils en avaient l'occasion, en dehors de leur relation privilégiée.

Il poussa une porte noire et entra dans une pièce sobre et meublée uniquement d'une paire de fauteuils et d'une table basse. Il prit place face au trésorier et lui donna le résultat de sa dure semaine de labeur. Enfin labeur... c'était les filles qui bossaient pour lui et lui rapportaient autant. Mais quand même, lui devait veiller à ce que les bars ne soient jamais vides, à ce qu'aucune fille ne traîne la patte, à l'organisation des soirées à thèmes. Bref, son boulot était loin d'être de tout repos.

Il négocia longuement une avance sur ses bénéfices pour acheter le matériel nécessaire à la redécoration de l'un des bars, puis quitta la pièce en n'ayant obtenu que la moitié de ce qu'il souhaitait. C'était déjà mieux que rien, et pour le reste... il en faisait son affaire. La porte se referma derrière lui, laissant le trésorier seul. Un soupir échappa à l'homme brun au visage couvert de cicatrices qui recompta soigneusement la coquette somme qu'il tenait entre ses mains, même s'il l'avait déjà vérifiée avant. Deux fois valaient mieux qu'une.

Depuis quelques années maintenant, c'était lui qui était en charge de la comptabilité de l'organisation. Avant qu'il ne prenne les choses en main, c'était, sinon catastrophique, tout du moins passablement mal fait. A l'époque, il travaillait comme aide-comptable dans un cabinet quelconque et rongeait son frein en voyant des imbéciles, bien moins qualifiés que lui, faire des bourdes phénoménales et s'en foutre royalement. Pour lui : l'argent c'était sacré, on ne jouait pas avec. Si ces minables voulaient jouer, qu'ils aillent donc jouer aux billes !

Alors quand cet homme était venu lui proposer un poste lucratif de comptable, il avait immédiatement accepté. Peu lui importait que cela soit légal ou pas, l'argent n'avait pas d'odeur. Il se fichait de savoir comment il était gagné, l'essentiel c'était qu'il y en ait assez pour faire tourner la boîte. Il avait appris à blanchir et faire fructifier l'argent sale, le cachant aux yeux de l'état qui en aurait pris la moitié avec des prétextes idiots comme l'aide sociale, etc...

Son poste lui convenait très bien. En tenant les cordons de la bourse, il tenait la société entre ses mains. D'ailleurs, il faudrait qu'il aille réprimander cet imbécile qui n'avait que sa vengeance en tête. Son opération, non seulement avait coûté cher, mais en plus n'avait rien rapporté ! Il savait que c'était une mauvaise idée de le laisser se prendre pour le chef. Voilà où ça l'avait mené : un manque à gagner conséquent qu'il allait devoir trouver à combler.

Heureusement, il pouvait compter sur le gérant des bars à putes et le mac des quartiers sud, les quartiers les plus riches de la ville. Ceux-là avaient un bon rendement. Les putes rapportaient beaucoup d'argent, et ce à moindres frais. Leur principal désaccord résidait dans la dévotion du mac pour le Dieu Jashin, un Dieu maléfique quelconque qui prônait la destruction de toute vie. Le proxénète avait toujours la sale manie de faire un espèce de rituel étrange avant chaque grosse opération au nom de son Dieu minable.

Avec ses âneries, ils avaient bien failli être en retard le soir de l'expédition punitive organisée par l'autre, le chef de pacotille. Et il avait fallu toute l'autorité dont il était capable pour convaincre le mac, un homme aux cheveux gris, que boire le sang de leurs victimes n'allait rien donner de plus, le proxénète lui certifiant que cela le rendrait immortel. Mais à part cette légère divergence d'opinions, ils partageait tous deux le même point de vue sur leur soi-disant chef, et le comptable savait qu'il avait son entière confiance.

L'homme massif regarda autour de lui, détaillant la cuisine qui l'entourait, digne des plus grands restaurants. Avec sa peau blafarde, ses cheveux blancs en bataille, ses dents pointues et ses cicatrices sur les joues, il ressemblait vaguement à un requin. Il était l'un des mac de l'organisation, celui des quartiers Est, les quartiers "classe moyenne", comme il disait. Avec un soupir à fendre l'âme, il se laissa lourdement tomber sur une chaise. Visiblement, le maître des lieux n'était pas là, il ne lui restait donc plus qu'à l'attendre.

Ses pensées dérivèrent vers ses amis d'enfance, ceux avec lesquels il était entré dans l'organisation. Ils s'étaient connus dans la rue, partageant la même solitude, tous trois nés de pères inconnus et de mères prostituées. Leurs génitrices étaient bien trop occupées à écarter les cuisses pour se procurer leur came que de s'intéresser à eux. Mais peu lui importait, il avait trouvé deux frères de cœur en ses amis.

Bon, ils étaient aussi frappadingue l'un que l'autre mais c'était ses seuls amis, alors il y tenait. C'était d'ailleurs grâce à cette amitié qu'il savait sa place assurée au sein des douze grands de la société. Quoiqu'en pensaient les autres, lui savait que la véritable tête pensante c'était l'armurier, même si c'était difficile à croire quand il partait dans ses délires de conquête du monde avec l'aide des extraterrestres. Sérieusement, des fois heureusement qu'il était là pour calmer les discours mégalomanes de son ami.

La porte s'ouvrit et une voix retentit, une autre plus grave lui répondant. Le géant assis dans la cuisine ne fut même pas surpris de ne voir entrer qu'un seul homme. Le cuisinier avait une forte tendance schizophrène, se parlant à lui-même comme s'il avait une seconde entité à part entière en lui. La partie "noire" de sa double personnalité était bien plus pragmatique et n'hésitait pas à disputer la partie "blanche" de lui-même plus naïve.

C'était toujours assez amusant d'assister aux engueulades entre les deux parties, chacune d'entre elles facilement identifiable par la voix. Oui, parce que le cuisinier se parlait à lui-même avec deux voix différentes, l'une un peu aiguë pour un homme était celle de sa partie "blanche", l'autre plus grave celle de sa partie "noire". Le maître des lieux se disputa avec sa moitié interne tout en sortant le nécessaire pour préparer le repas du soir.

Il s'interrompit à peine pour saluer son visiteur, reprenant sa discussion houleuse avec lui-même sur le menu du dîner. D'un côté, il voulait des frites avec un bon steak sauce échalotes, de l'autre une salade de gésiers toute aussi bonne et bien plus légère. Pendant que le chef toqué débattait avec lui-même à haute voix, son visiteur se retint difficilement de rire face à ce spectacle, pourtant habituel, mais dont il ne se lassait jamais.

Rien de tel pour lui remonter le moral, après une visite chez le trésorier qui s'était montré mécontent de ses résultats. Il n'y pouvait rien lui si les classes populaires payaient moins bien que les classes beaucoup plus bourgeoises. Lui aussi aurait de bien meilleurs résultats s'il avait en charge les quartiers Sud. Mais peu lui importait après tout, il savait que sa place ne risquait rien... il était le bras droit du chef, et ce depuis de longues années.

Le cuisinier, sous ses allures de fou sorti tout droit de l'asile et bon à enfermer dans une camisole, était lui aussi dans les petits papiers du chef. Et même si personne ne tenait compte de son avis, lui savait que loin des oreilles indiscrètes leurs opinions à eux deux comptaient bien plus que celles de tous les autres réunis. Leur chef n'était qu'un vulgaire pantin entre les mains de l'armurier et celui-ci avait une totale confiance en eux deux.

Le débat culinaire prit fin sur la décision prise à l'unanimité des deux parties concernées de cuisiner une soupe thaïlandaise et du riz cantonnais. Une mousse au chocolat en dessert et voilà qui satisferait les papilles des différents convives. Pour les autres, ceux qui vivaient enfermés dans les cellules sordides et qui n'étaient là que pour remplir les caisses, ce serait une espèce de bouillie faite avec les restes de la semaine, et les restes de la bouillie de la veille. Ici, il n'y avait pas de pertes.

La jeune femme ferma la porte derrière elle et s'engagea dans le couloir sombre tout en envoyant un message à la nounou avec son téléphone portable. Depuis qu'elle était l'heureuse maman d'un adorable petit bonhomme, elle devait gérer, en plus de la dizaine de bordels sous sa responsabilité, l'emploi du temps de la baby-sitter afin que son petit garçon ne soit jamais seul à la maison.

Elle secondait son compagnon dans la gestion des affaires de la société qu'ils avaient monté ensemble. C'était souvent elle qui se faisait le porte-parole dans les "négociations" difficiles, n'hésitant pas à user de ses charmes pour convaincre les pigeons. Mais depuis quelques temps, elle trouvait que l'organisation s'éloignait de ses objectifs premiers. Et surtout, elle n'approuvait aucunement les projets d'avenir que fomentait son compagnon pour leur fils.

Elle rejoignit une salle d'entraînement où un homme aux longs cheveux roux endurcissait, à sa façon, les futurs combattants et assassins de la société sous ses ordres. Cet homme était celui qui était véritablement le chef de l'organisation. Il n'avait pas perdu de vue leurs objectifs et mettait tout en œuvre pour les atteindre. Elle lui avait confié ses doutes et ses craintes par rapport aux projets de son compagnon et celui-ci l'avait approuvée, lui avouant que lui non plus ne voyait pas tout cela d'un très bon œil.

Il lui avait alors demandé de profiter de sa situation privilégiée pour récolter et soutirer un maximum d'informations de celui qui se prenait pour le chef, afin qu'ensemble, avec l'aide de leur complice, ils puissent contrer ses plans. Le troisième membre de leur "bande" n'était autre que le tatoueur et pierceur de l'organisation. Le jeune homme roux possédait une chaîne de salons qui s'étendait dans tout le pays et servait d'intermédiaire entre l'organisation et d'autres sociétés éloignées, mais qui parfois pouvaient s'avérer être de précieuses alliées.

Il était aussi en charge de customiser les putes de l'organisation. Il fallait attirer le chaland et certaines d'entre elles avaient bien besoin de quelques artifices supplémentaires. Mais ce que le roux préférait avant tout c'était tatouer et piercer les belles personnes. Il trouvait que sur un beau corps et une belle peau son travail était bien mieux mis en valeur. Aussi n'hésitait-il pas à décorer celles et ceux qu'il estimait dignes de porter son art, allant même jusqu'à créer des bijoux exprès pour eux.

Dernièrement, il avait créé un bijou de nombril en forme de dragon, la tête reposant juste au dessus de la petite cavité où se nichait une pierre rouge. La queue du reptile contournait l'ombilic pour se terminer juste en dessous. C'était un bijoux unique, en argent massif, et la pierre rouge était un rubis flamboyant. Le gris du métal et le carmin de la pierre se mariaient à merveille avec l'épiderme laiteux de sa petite poupée de porcelaine.

Dans les sous-sols du bâtiment, un jeune homme à la carrure frêle et aux courts cheveux roux, discutait avec un homme au teint blanchâtre et à la longue chevelure noire. Tous deux parlaient de la nouvelle livraison que venait d'effectuer le brun et de l'usage que pourrait en faire le roux. Chimiste de son état, ce dernier avait en charge toute la partie "toxique" de la société. Toutes les drogues, tous les poisons et autres substances illicites étaient concoctés et créés par ses soins.

A l'occasion, il fabriquait aussi quelques substances explosives pour satisfaire son collègue et amant qu'il avait rencontré bien avant de rentrer dans l'organisation. Mais c'était uniquement quand celui-ci se montrait très sage et très convainquant, le laissant satisfaire ses penchants sadiques et marionnettistes sur lui autant qu'il le voulait. Son blond personnel étant d'une nature assez précieuse et n'aimant pas trop être abîmé, cela arrivait assez rarement.

Il écouta religieusement les explications données par son fournisseur. Cet homme faisait froid dans le dos. Il se maquillait outrageusement, s'habillait de façon classe mais avec des couleurs un peu trop voyantes, et ressemblait vaguement à un serpent. Pour lui, c'était cet homme là le véritable chef de l'organisation. Il était la plaque tournante, celui qui approvisionnait tout le monde. Que ce soit des armes, des substances pour créer des drogues, ou des êtres humains pour les différents réseaux de prostitutions ou de combats, cet homme fournissait tout.

Et pour lui, le chimiste, les produits que lui livrait cet homme étaient toujours de première qualité, et si certains d'entre eux étaient parfois peu communs, ils lui permettaient de laisser libre cours à son génie créatif. Le roux remercia son fournisseur et retourna à ses alambics, alors que l'homme brun quittait la pièce, en lui souhaitant de bien s'amuser. Une fois dans le couloir, ce dernier prit la direction d'une autre partie souterraine du bâtiment.

Il salua son collègue blond qu'il croisa, celui-ci allant sûrement rejoindre son chimiste d'amant. Ces deux-là passaient leur temps soit à se disputer, soit à baiser comme des bêtes dans tous les coins de la bâtisse, voire même les deux à la fois. Peu lui importait, tant qu'ils travaillaient bien, le reste n'avait pas d'importance. Il fronça les sourcils en pensant à cet homme qui se prenait pour le chef, mais qui n'était qu'une vulgaire marionnette entre ses mains.

Il savait que le chimiste et le médecin lui étaient entièrement dévoués. Après tout il faisait tout pour, leur fournissant des ingrédients rares et les encourageants dans leurs expériences aussi tordues soient-elles. Si le roux était spécialisé dans les poudres, comprimés et autres substances injectables, le médecin, lui, n'aimait rien tant que faire des tests sur les êtres humains. Tous les cadavres passaient entre ses mains, lui permettant d'assouvir ses penchants pervers sans la moindre contrainte.

Mais ce que l'homme aux cheveux gris et aux lunettes rondes préférait, c'était expérimenter ses idées sur des êtres humains vivants, l'objectif de maintenir ses cobayes en vie représentait un challenge que le médecin aimait relever. Il se délectait des cris de souffrance de ses victimes, aussi s'était-il vu confier la section "châtiments et interrogatoires" de l'organisation. Un sourire reptilien étira les lèvres quasi-inexistantes de l'homme brun. Son docteur préféré allait fortement apprécier son nouveau chargement : une vilaine petite fille à éduquer...

~oOo~

Ses yeux se posèrent sur la silhouette mince et pâle qui lui faisait face, uniquement vêtue d'un caleçon. D'un pas lent il s'en rapprocha, tournant autour tel un vautour guettant sa proie. Le jeune adolescent qui se tenait devant lui frissonna légèrement, la chair de poule s'étendant sur son corps parfaitement visible dans cette tenue, ou plutôt dans son absence de tenue. Se postant nez à nez face à sa victime, à quelques centimètres d'elle, l'homme croisa ses bras sur son torse et la fixa d'un œil cupide.

D'un doigt, il fit se relever le menton baissé, plongeant son regard glacial et sans pitié dans celui appréhensif mais défiant du jeune garçon. Levant une main, l'homme claqua des doigts, donnant ainsi un ordre silencieux à l'un de ses subordonnés caché dans l'ombre qui s'exécuta immédiatement. Les pas de l'autre résonnèrent dans la pièce vide de tout meuble. Seule une cheminée rougeoyante occupait un tant soit peu l'espace étroit de l'endroit sombre et lugubre.

L'homme tendit la main et son subalterne déposa dans sa paume un tisonnier au bout rougeoyant. D'une voix calme et détachée, il s'adressa à celui qui se tenait sous ses yeux :

- Ton entraînement est maintenant terminé. Il est temps de t'accueillir comme un membre à part entière de mon organisation, dit-il, tout en tournant la tige de métal entre ses mains pour que l'adolescent puisse en voir le bout flamboyant.

- Avec cette marque, expliqua l'homme, toujours sur le même ton, tu entreras définitivement dans mes rangs.

Se penchant au dessus du visage encadré de cheveux noirs, il durcit le ton avant de poursuivre :

- Tu n'auras aucun moyen de te soustraire à ma volonté... Mais bien sûr, tu ne ferais jamais ça, n'est-ce pas ? Tu sais déjà ce qu'il t'en coûterait... Tu m'appartiens, comme tous les autres.

L'homme se redressa et d'un geste brusque baissa le caleçon qui couvrait la silhouette adolescente. Il passa une main caressante sur la hanche gauche qu'il venait de dénuder, un rictus méprisant se dessinant sur son visage. Puis, sans prévenir, il appliqua l'extrémité incandescente du tisonnier sur la peau pâle où était posée sa main quelques secondes auparavant. Un cri déchirant résonna dans la pièce alors que l'odeur de chair brûlée se répandait autour de lui. Les grésillements de la peau subissant cette torture étaient une si douce mélodie à ses oreilles.

Le jeune, qui n'avait pas encore atteint dix-huit ans, tomba au sol quand la tige de métal fut enfin retirée de son épiderme. L'homme se pencha au dessus de la silhouette recroquevillée par terre, à ses pieds, et redessinna du bout des doigts le A nouvellement gravé au fer rouge dans la chair tendre. Ce même A qui marquait comme du bétail chaque être humain embauché, de gré ou de force, dans son organisation. La preuve indélébile qu'ils lui appartenaient corps et âme... jusqu'à l'ultime délivrance, la seule possible : la mort.

Avec sadisme, il appuya sur la zone devenue sensible, ses yeux s'illuminant d'une joie perverse quand sa victime glapit de souffrance, se ramassant douloureusement un peu plus sur elle-même. L'homme se releva, tendit nonchalamment le tisonnier à son subordonné, et lâcha d'une voix faussement chaleureuse à sa victime :

- Bienvenu dans l'Akatsuki.

To be continued...


Commentaires des auteures :

Voilà un prologue, bien sombre, bien glauque, comme on aime faire, et dans lequel il n'y a aucun nom... Alors vous en avez pensé quoi ? Avez-vous reconnu certains persos ? Tous ? Aucun ? Le cadre est mis en place, mais la fic ne fait que commencer...


Bureau des plaintes et réclamations des personnages martyrisés :

Un grand silence règne dans la pièce, étonnant les deux auteures qui se tournent vers le canapé où sont assis Sasu, Naru et Ita.

- Ben quoi ? Vous n'avez rien à dire cette fois ?

- Pour avoir quelque chose à dire, faudrait déjà qu'on soit dans votre chapitre, explique Ita.

- Oui. Là y'a personne qu'on reconnaît alors... rajoute Naru.

- Moi j'attends la suite... et je crains le pire vous connaissant, rétorque Sasu.

Les deux auteures se regardent, et s'étonnent :

- Le pire ? Nous ? On voit pas du tout de quoi tu parles...

Kyu intervint alors :

- J'aime bien moi ce début. C'est glauque et l'homme là, c'est un pur sadique ! J'espère que c'est moi !

Se tournant vers les lecteurs, il rajoute :

- Et vous ? Vous en pensez quoi ? Une petite review pour le dire... allez soyez cool !


Rendez-vous au prochain chapitre : Chapitre 1 : La vie rêvée de Taka.

C'est les vacances, alors jusqu'en septembre : publication aléatoire... Dés septembre, ce sera un chapitre par semaine.