Draco se trouvait en haut de la tour d'astronomie, sur la balustrade, il regardait le sol, encore et encore. Pourquoi était-il là-haut ? Pourquoi ne voulait-il plus vivre ? Ah oui, pour ça. Depuis qu'il était revenu à Poudlard tout le monde l'ignorait – dans le meilleur des cas- ou le torturait. Les Gryffondors car il était mangemort, les Serpentards car ils savaient qu'il avait trahis Celui-dont-on-doit-pas-prononcer-le-nom. Il ne voulait pas s'appesantir sur ce qu'on lui avait fait subir, il avait naïvement pensé que tout reviendrait dans l'ordre après la guerre. Faux. C'était faux. C'était pire. Bien entendue c'était pire ! C'était logique, avant il était le prince des Serpentards maintenant il n'est plus rien, plus qu'un punchingball. Comment avait-il pu penser que ça irait bien ? Il avait trahis son camps, et pas assez tôt pour que l'autre le considère comme un des leurs. Pour eux il les avait rejoints pour éviter de mourir – pour sauver sa peau- car il savait que le mage noir n'allait pas tarder à mourir sous la main d'Harry Potter. Leurs Héros. Et quel héros ! Depuis la bataille finale il n'était plus que l'ombre de lui-même, il ère dans les couloirs du château, la nuit, sans but. Et lorsqu'ils se croisaient la nuit – Parce-que il ne pouvait dormir la nuit dans un dortoir remplit d'ancien mangemorts qui en veulent à sa vie – Potter le regardait et lui souriait. C'était un regard triste, un regard un peu vide dans ces yeux d'émeraudes et son sourire, un sourire triste lui aussi. Et Draco ne savait pas. Il ne savait pas si la tristesse lui était destinée, un peu comme de la compassion. Peut-être pas, Potter aussi était mal en point. Pourtant il devrait être heureux, il était le héros, il était admiré, il avait gagné, il était vivant, il avait des amis, il avait tout. Draco soupira, secoua la tête, il espérait que de ce simple mouvement il pourrait oublier tout ce à quoi il pensait. Ces pensées l'empêchaient de sauter, penser à Potter l'empêchait de sauter. Pourquoi ? Il ne savait pas. Il regarda à nouveau le sol, lâcha la balustrade et lorsqu'il commença à avancer un bras puissant l'en empêcha. Quel est l'idiot qui ose gâcher mon suicide ? Il se retourna furieux pour apercevoir les yeux brillants de Potter.

- Arrête ! Qu'est-ce qu'il te prend de faire des trucs pareil ? Pourquoi tu te fais du mal comme ça ? Qu'est-ce qui ne va pas ? Parles moi ! Tu peux tout me dire ! Ils apprendront ! Ils ne savent pas tout ce que tu as dû subir ! Regarde-moi, regarde-moi dans les yeux : on s'en branle ce n'est pas important ce qu'ils pensent ce que le monde pense ! Et d'ailleurs moi je te trouve magnifique, depuis la première fois que je t'ai vu d'ailleurs je ne m'en suis toujours pas remis ! Et puis comment je ferai sans toi moi ? Et puis comment l'univers il ferait sans toi ? Ça pourra jamais fonctionner c'est impossible ! Alors faut pas pleurer, faut pas pleurer, parce-que ça va aller, je te le promets ça va aller ! Parce qu'on n'est de ceux qui guérissent, de ceux qui résistent, de ceux qui croient au miracle et un jour tout ça on n'y pensera même plus, on aura tout oubliés comme si ça n'avait pas exister. Alors passe tes bras autour de moi si tu veux. Je suis là.

Draco le fixait. Il ne savait pas quoi dire. Il se retrouvait dans les bras de Potter, il pleurait. Un Malfoy ne pleure jamais ! Mais il n'était plus un Malfoy. Là dans les bras de Potter il n'était plus que Draco. Draco. Un garçon aux cheveux blonds, aux yeux gris, au passé douteux et au futur qui l'est encore plus. Alors il se laissa aller pendant que le brun le rassurait avec des paroles réconfortantes, pendant que ses bras se resserraient autour de lui. Et Draco pleura encore plus.

Il ne savait pas depuis combien de temps il était là, dans les bras de Potter. Il avait fini de pleurer depuis un moment mais les bras de Potter n'avaient pas bougés. Il n'avait pas desserré son étreinte et continuait de lui caresser doucement les cheveux tout en le berçant calmement. Draco se sentait mieux. Il existait pour quelqu'un apparemment. Mais pourquoi Potter l'avait empêché de sauter ? Pourquoi il le réconfortait ? Les pensées de Draco l'amena aux phrases prononcées par le brun pour l'empêcher de sauter, elles l'amenèrent aux yeux embués de larmes, à ses yeux tristes et sans vie.

Draco se recula sans pour autant se défaire de l'étreinte si rassurante de Potter. Il ne voulait pas s'en dégager. Il était trop bien pour le vouloir. Il le regarda dans les yeux. Lui aussi avait pleuré. Pourquoi ? Pourquoi était le seul mot auquel il pouvait penser. Pourquoi Potter l'avait-il sauvé ? Pourquoi lui avait-il dit toutes ses choses ? Pourquoi l'avait-il rassuré ? Pourquoi avait-il pleuré ?

Alors Draco parla, d'une voix peu assuré, d'une voix tremblante :

- Pourquoi ? Sa voix n'était qu'un murmure.

Harry qui n'avait pas vu que le blond allait parler, sursauta. Pourquoi quoi ? Il ne savait pas pourquoi il avait fait tout ça ce soir. Mais voir le blond sauter lui avait fait rater un battement de cœur. Et puis pourquoi lui avoir dit tout ça ? Ces phrases qui sonnaient comme une déclaration d'amour. Il ne savait pas. La seule chose qu'il savait c'était qu'il se sentait vivant, la première fois depuis des mois. La première depuis qu'il avait ôté la vie de quelqu'un. Vivant dans les bras du blond. Tellement vivant que son cœur le faisais souffrir. Il n'avait plus rien ressentit depuis tellement longtemps qu'il s'était mis à pleurer.

Draco le regardait, un autre pourquoi lui venait en tête. Pourquoi le regardait-il et ne répondait-il pas à sa question ? Et surtout, pourquoi les yeux de Potter étaient à nouveau embués ?

- Je n'ai pas de réponse. Mais tout ce que j'ai dit je le pensais. Tout ce que j'ai fait ce soir j'avais envie de le faire. Je ne sais juste pas pourquoi. Pourquoi j'ai cru mourir lorsque je t'ai vu là-haut sur la balustrade. Je ne sais pas.

Draco le fixa, la bouche grande ouverte d'étonnement. Potter se retira doucement de ses bras. Se leva et lui tendit la main.

- Viens, je vais te montrer un endroit où tu pourras dormir tranquillement. Sans avoir peur de te faire tuer dans ton sommeil. Harry souriait.

- Que ?

Draco balbutiait. Comment Potter pouvait-il savoir ça ?
Et Harry souriait de plus belle. Son sourire était encore triste mais il semblait sincère. Et par Merlin ! Il était beau.

- Simple déduction.

Sans un mot de plus Draco pris la main que Harry lui tendait. Il se leva et le suivit.

Quand ils arrivèrent dans la salle sur demande, Draco soupira. Il se sentait mieux. Il comptait pour quelqu'un. Quelqu'un qui ne lui voulait pas de mal. Il s'allongea sur le lit aux couleurs de Serpentard et sans prendre le temps de se déshabiller il s'endormit instantanément. Harry souri à son tour, ferme la porte et rentra dans son dortoir. Que lui avait-il pris de lui dire tout ça ? Merlin. Cette déclaration d'amour. Depuis quand ressentait-il tout ça ?

Le Lendemain matin Harry reçu du courrier. Une belle chouette au plumage aussi noir que celui d'Hedwige était blanc. Il reconnut l'écriture fine et stylisé de Malfoy. Il souriait. Pourquoi ? Beaucoup de questions sans réponse ces derniers temps. Il sortit de la grande salle et ouvrit l'enveloppe.

Cher Harry,

Puis-je t'appeler ainsi ? Sans doute oui. Après tout, ça fait huit ans maintenant que nous nous connaissons. Huit ans que nous nous dévouons une haine sans merci. Et après hier soir … Et bien je t'appellerai Harry. C'est bien plus plaisant que Potter, le balafré ou Potty non ? Je trouve que oui. Commençons à être plus civilisés veux-tu ?

Je ne sais par quoi commencer, je ressemble sans doute à un Poufsouffle en te disant cela. Mais qu'importe. C'est la vérité. Je ne sais pas quoi dire. Je ne sais pas pourquoi je t'écris d'ailleurs. Pour te remercier ? Sans doute. Et bien Harry, merci. Je ne sais pas, et toi non plus si j'ai bien compris, pourquoi tu as fait ça. Mais tu l'as fait et mine de rien, ça m'a profondément touché. Je te l'ai dit, ici je vire Poufsouffle.

Sans doute le complexe du héros. Tu n'avais pas sauvé assez de monde pendant la guerre et tu as donc voulu me sauver. La veuve et l'orphelin c'est ton truc hein ?

Mais j'ai réfléchit. Mon cerveau embrumé par les souvenirs de cette nuit ne trouve cette raison que peu valable. Même si j'aurai bien aimé, elle nous aurait apportée moins de problème car nous nous serions empressé de retourner à la normale – nous ignorer- mais non, hier soir ce n'était pas ton complexe de sauveur.

Je le sais car tes paroles restent ancrées dans ma tête et dans mon esprit. Ses paroles que tu pensais – tu me l'as avoué – même si tu ne sais pas pourquoi tu le penses. Saches que je suis tout autant perdu que toi Harry.

En effet, Harry est vraiment plus plaisant.

Je peux te l'avouer, au point où nous sommes. Je suis resté un long moment sur cette balustrade. Je ne peux te dire combien de temps mais un long moment. Certaines pensées m'empêchaient de sauter. Ces pensées ? Et bien je pensais à toi. Penser à toi m'empêchait de sauter.

Pourquoi es-tu aussi mal Harry ? Une question qui me brûle les lèvres. Tu devrai fêter la disparition de Voldemort, retrouver tes amis. Mais je te vois triste et déprimé, plus aucune étincelle dans tes yeux.

Tu avais l'air de ne plus rien vouloir et lorsque nous nous croisions dans les couloirs tu semblais ne plus rien croire. Croire en quoi ? Je ne sais pas. Mais si j'ai retenu quelque chose de toutes ces années où nous nous détestions, je sais que tu croyais toujours en quelque chose.

Et cette année, plus rien, plus de rire, plus de sourire, plus de bataille sans fin entre le balafré et la fouine. Plus rien. Le château doit se sentir bien calme. Et tes yeux. Tes yeux si emplis de tellement de chose qu'on pouvait y lire comme dans un livre ouvert. Tes yeux. Ils sont tellement vides qu'on pourrait se demander si quelqu'un existe toujours derrière l'enveloppe charnelle de Harry Potter – Sauveur du monde sorcier.

Hier, cependant. J'ai vu des choses dans tes yeux. De la tristesse, de la détresse. Et lorsque tu m'as serré dans tes bras pour me réconforter, pour m'empêcher de sauter à nouveau, j'ai ressenti à nouveau. Mes larmes sont enfin sortit et les tiennes aussi. Nous avons ressenti quelque chose. Quelque chose qui n'existait plus depuis des mois.

Et tes paroles Harry. Elles ne sortent pas de mes pensées. Elles m'accompagnent chaque seconde passées à respirer depuis que tu m'as laissé dans la salle sur demande. Elles m'emplissent de quelque chose. Je ne sais pas. C'est comme une chanson qui reste coincée dans ma tête.

Dans tes bras je me sentais bien, en sécurité. Enfin quelqu'un qui pense à moi, vraiment à moi.

Tu as mis du bordel dans ma tête.

Tu as sauvé ma vie et tes paroles ont sauvés quelque unes de mes idées noires. Et ton étreinte. Ton étreinte était trop courte à mes yeux. Combien de temps sommes-nous restés là ? Une heure ? Deux heures ? Cinq heures ? Peu importe. Cette étreinte était trop courte.

Ton sourire Harry, ton sourire. Tes mots résonnent dans ma tête mais ton sourire est lui aussi ancré dans mon cerveau. Qu'à tu fais de moi Harry ?

Ton complexe de la veuve et de l'orphelin nous auraient simplifiés la vie. Simplifié oui mais nous aurait-il permis de ressentir à nouveau ?

Merci,

Draco.

Harry n'en croyait pas ses yeux. Il eut besoin de s'appuyer contre le mur le plus proche de lui. Son cœur battait à tout rompre. Il la relu une nouvelle fois. Les mots de Draco étaient si parfait pour lui. Le complexe de la veuve et de l'orphelin. Non, en effet, rien de tel. Son cœur commença seulement à ralentir qu'il le vit arriver dans la grande salle. Il le regarda et lui sourit, d'un de ses magnifiques sourires.

Draco s'avançait vers la grande salle lorsqu'il le vit. Il avait déjà reçu son hibou. Merlin ! Et puis il le surprit à sourire, son cœur battait la chamade. Ce sourire. Un des plus beaux qu'il n'est jamais vu. Il le lui rendit sans savoir ce que pouvait représenter ce sourire, mais il s'en fichait. Il entra dans la grande salle, sentant les yeux de tous les élèves présents qui le fixait. La haine était omniprésente dans leurs regards. Draco se sentait mal à l'aise. Il prit à nouveau conscience des raisons qui l'avaient poussé à vouloir sauter en haut de la tour d'astronomie. Il déglutit. La vie n'allait pas s'arranger parce qu'Harry lui avait sauvé la vie. La journée allait être longue.